‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 73 sur 457 · AIRE BEL · texte numérisé non relu

AIRE BEL

au service de la gloire, à laquello il la dévouait par une consécration toute pure , touto sineère et to île dégagéo. El il n'eut pas achevé son offrande et sa prière, qu'il ouït une voix intérieure qui l'assura de la grâce obtenue, dont les effets parurent eu peu «le temps, avec l'étounemeiit de Ions, en l'embonpoint de son visage, et en la gaillarde disposition du tout son corps. Cette faveur singulière aussi l'obligea tonte sa vie de contribuer de toute sa puissance set travaux à l'avancement de la gloire do Dieu, no s'épargnant en chose qui fût pour remplir toute l'étendue de son obligation. D'où venait, qu'enseignant même la rélliorique à Mondoni et à Florence, il ne se contentait pas d'ajouter au travail de la classe celui des exhortations et des prédications fréquentes, auxquelles ilfutanpliqué avec une réputation incroyable depuis l'Age do vingt-deux ans; mais il suppléait encore à la plupart.des vils ofjccs des coadjutcurs temporels, infatigable qu'il était à rendre la mesure comblée des fruits de sa santé à celui qui la lui avait donnée.

« 11 avait seulement étudié deux années en théologie en l'université de Padoue,

3uand pour les rares preuves qu'il donna o sa capacité, el do l'ôminence de son esprit, il fut envoyé à l'université de Louvain pour y prêcher en lalin ; où il fut ouï avec une telle aflluence d'auditeurs que l'Eglise ne les pouvait pas contenir occupant les deux places joignantes. Eisa manière do prêcher était accompagnée de tant d'éclairs de doctrine, el de feux de dévotion, avec lesquels il foudroyait amoureusement les cœurs des écoulants, qu'il opta un nombre inestimable de conversions d'hérétiques, qui venaient jusquo d'Angleterre ot du Hollande expressément pour l'ouïr. Ou assure même qu'il a été vu quelquefois en la chaire la face resplendissante comme d'un ange, et comme celle du premier martyr, les lumières do son âme passant à travers la nue blanche de son cor|»s, pour attester la pureté de sa vie el de sa doctrine. Il continua six ans de suite en 'ce saint ministère, quoique pour la même fin il fût demandé pour Paris, et par saint Charles Borroméu pour Milan : joignant après la première année au travail de la prédication, celui de la lecture scolastique de la théologie: enseignant les matières qu'il n'avait jamais apprises à l'école, avee une si extraordinaire réputation de grand savoir, qu'il passait pour un oracle, el pour uu parangon du sièclo. Et ceux-là mémo qui éclairaieut do plus près ses actions, jugeaient qu'il y avait du surnaturel, considéré qu'il n'était point autrement possible, qu'un homme de ses forces, outre l'emploi des prédications et dos confessions, s'appliquât loin ensemble, comme il faisait, à apprendre et à enseigner la théologie, el la langue hébraïque, el vaquât du plus à la lecture de tous les Pères grecs el latins, do la plus grande part des docteurs scholasliques, du toute I histoire ecclésiastique, des

conciles et du droit canon ; et ce avec tant «le diligence et d'attention, que ce fut pour lors qu'il «imposa te livre Des écrivain» ecclésiastiques, où il fait une exacte censure de la doctrine et du mérite de quatre cents ailleurs. Et encore dans ces occupations, et ru* éind.-f si empressées, il n'en avait point oui le pressât plu* (comme il disait) et pos- Ml»le qui l'occupât davantage, que celle de fui salut et de sa propre perfection, pour la<;n«*lle il semblait toujours avoir vacation d'affaires, ne communiquait pas moins avec Di«*u qu'avec les hommes, ci comme un brave soldat du vrai Cédéon, portant en même temps la trompette de la doctrine à la bouche, et le flambeau de l'exemple à .la main.

• Eu ce même temps furent semées dans cette université certaines propositions du docteur Michel Bajus, condamnées par te Pape Pie V, auxquelles Uellarmin s'opposa courageusement avec les armes de son esprit: mais il ne put pas se servir des mêmes armes contre la violence des hérétiques hollandais qui combattaient le fer à la main, et étaient sus approches de la ville de Lnuvain, qui {tour n'être pas bien munie, ne donnait point d'assurance è ses habilants, dont tous les religieux se résolurent de l'abandonner, et Bellarmin avec eux. lequel après avoir échappé h plusieurs dangereuses rencontres dans le chemin qu'il entreprit à pied, et sans escorte, pour se rel irer a Douay, trouva enfin dans celle ville la peste, en fojant la guerre, ou plutôt une nouvelle couronne que son courage et sa charité lui plièreoi des branches de la mort, à laquelle |l fut pour un temps glorieusement exposé.

« Quelque temps après le pays étant délivré des armes, et la paix faite, il s'en alla reprendre a Louvain ses travaux ordinaires. Mais if avait fait un tel déchet de sa santé, qu'il fut contraint pour recouvrer ses forces corporelles de retourner h Rome par ordonnance de ses supérieurs, et conformément au jugement des médecins. C'était aussi à ce grand théâtre que la providence de Dieu le rappelait, pour y faire dignement paraître les ornements d'un savoir si exquis et ai relevé, et de là même, comme du bel orient d'où se lève le jour de la religion, donner cours a l'ouvrage immortel des traités de ses Controverses, qui comme autant de chariots de lumière ont porté les éclairs des vérités catholiques par toute la terre.

« L'occasion qui lui fit entreprendre cet ouvrage fut que le Pape Grégoire XIII do glorieuse mémoire, ayant par un grand zèlo de la réduction des hérétiques fondé divers collèges et séminaires a Rome comme dans la capitale et première forteresse de la religion, pour y élever des personne? capables a combattre les nouvelles hérésies qui, connue furies sorties des enfers, marchaient ht torche au poing pour mettre eu feu la chrétienté, les supérieurs de la Compagnie, qu'il avait choisis pour exécuteurs du ce grand dessein, voulant avancer l'œuvre do

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tout leur pouvoir, se résolurent d'établir dans le collège Romain fondé magnifiquement par le même Pape, une nouvelle leçon de controverse, où toute la jeunesse élevée dans les séminaires se pût instruire a manier ces armes de lumière et de vérité, pour choquer le mensonge et l'erreur. Le P.

Bellarmin fut jugé seul capable île col emploi si profila h lu et si glorieux à l'Eglise romaine: lequel après avoir mis sa confiance au secours du Dieu des armées, et après l'avoir chaudement prié de vouloir façonner ses mains à la guerre, et roidir ses doigts aux combats, s'étudia d'abord a ramasser tout ce qu'il put trouver épars çà et là d'opinions el d'erreurs, pour mettre en quelque ordre celte grande et incroyable masse de points controversés, qu'il voulait par après traiter plus amplement, et développer en ses leçons. Ce fui sur la (In d'octobre de Tannée *I576 qu'il entra en champ clos, el engagea le combat par ses premières lectures contre les ennemis du l'Eglise, avec tant de succès el d'applaudissement, que le bruit el la réputation en retentit du Capilole au delà des monts,. où il y avait peu de |iersonnes d<» qualité qui ne voulussent avoir copie des écrits qu il dictait : où chacun admirait, et depuis a toujours admiré la vérité solide, la piété, la fidélité, la doctrine universelle, mêlées avec une telle clarté, que parlant même des ténèbres il semble les peindre avec un rayon de cristal. Les ennemis même de l'Eglise, h la vue de ses premiers écrits, en prirent l'alarme et dès lors établirent en l'université de Cantorbéry et ailleurs une nouvelle leçon pour parer aux coups, et répondre à Bellarmin, assuré (disaient-ils) que c'était la moeïle do ta religion des papistes, cl luut le nerf de leurs forces.

« Celte grande réputation des premiers écrits de Bellarmin fil entrer en espérance tous les gens de bien des grands fruits quo cette œuvre apporterait si elle était imprimée. Dont ils tirent instance à ses supérieurs do lui commander qu'il les mît sous la presse, et les donnât au public. A quoi il travailla aussitôt après en avoir reçu le commandement; faisant voir en moins do trois ans les deux premiers tomes, et les autres ensuite, qui ont emporté l'estime, comme chacun sait, de l'ouvrage le plus accompli qui ait élé mis on lumière depuis plusieurs siècles en çà, pour la défense du l'Eglise catholique, en semblable sujet, qui est l'éloge qui leur donne le savant cardinal du Perron, assurant qu'il a toujours fait plus d'étal des Controverses de bVllarmin que de tout co qui a été écrit en l'Eglise de mille ans en ça. A quoi encore su rapporte la louange que plusieurs leur ont donnée après le grand cardinal Baronnius, les nommant l'arsenal du l'Eglise militante, el comme la tour du David, garnie de toutes tories d'armes pour défendre el assaillir. Co qui n'a l>as empêché que cette œuvre incomparable eu son genre- n'ait été regardée de mauvais œi! par auelqucs esprits traversés , comme

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il arrive a toutes les choses qui «ont dans quelque émincnce, par une secrète nnibition de la nature corrompue qui s'offense de ce qui la passe : sans parler d'une troupe de grenouilles criardes crues d'une brouée, qui ont vainement attaqué ces écrits, et n'ont gagné autre chose à crier contre quo de crever.

« Il était arrès les laborieux enfantements de ses beaux ouvrages, quand le Pape Sixte V, pour l'estime qu'il faisait de son savoir, et pour la pratique qu'il avait des controverses de la foi, le bailla nu cardinal Henri Gaëtain, qu'il envoyait légat en France 5 l'occasion des grands troubles qui y étaient émus après la mort de Henri 111 , pour l'assister en qualité de théologien et de conseiller en tout ce qui concernait les affaires de la religion. En laquelle légation, il lui rendit, et a l'Eglise, de signalés services : et quoiqu'il reçût de grands honneurs, pour l'opinion qu'un chacun avait conçue de sa grande capacité , i| ne laissa pas d'y trouver force occasions de pâlir, parmi plusieurs dangers qu'il encourut de sa vie, et particulièrement lors du siège du la ville de Paris, où il se trouva enfermé avec le légat, et où il fut contraint d'endurer tout ce qu'on lit aux histoires des sièges les plus cruels et les plus opiniâtres , excepté de manger de la chair humaine. Il en sortit enlin, les troubles un peu apaisés, h l'occasion de la mort survenue du Pape Sixte, qu'il avait assurément prédite et déclarée auparavant quo la nouvelle en vint, et que l'on eût ouï aucune chose de son indisposition : ce qui obligea le cardinal légat à hâter son retour pour se trouver à Home a la création du nouveau Pape, où ils se rendirent au travers de beaucoup d'accidents, qu'il trouva tous bons comme assaisonnés des aimables volontés de la Provideuce divine.

« Et il ne fut pas longtemps a Home sans élro chargé d'un nouveau travail pour le bien de l'Eglise , qui fut la révision et Is correction de la Bible; sur laquelle il avait encore dèssein, s'il tût eu quelques années de rej>os, de dresser une nouvelle glose; mais le loisir semblait avoir Juré divorce avec sa vie. Il fut ensuite appliqué dans la religion au gouvernement du collège Romain, et deux ans après h celui de la province de Naplos : de laquelle, comme de ce grand collège, il lit |«ir sa prudente et exemplaire conduite, ur. modèle de bien obéir, et de bien commander, et uno lice de toutes les vertus religieuses, dans laquelle il courait le premier, montrant a tous a bien faire, en mieux faisant.

« Pendant qu'il était si utilement occupé au bieu de sa province, le Pape Clément VIII l'appela è Rome pour lui servir de théologien à ta place du cardinal Tolel décédé, de laquelle il le jugea seul digne, et par la commune réputation , et par l'expérienco qu'il avait faite do sa doctrine en diverses rencontres. Et eu moins d'un mois après II J'bonora de la charge do consulteur du SEM-

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Office, lui confiant ta plupart des dispenses en matière de conscience, comme a celui qu'il savait être aussi inflexible dans les règles de la science et dans les lois de In conscience, que le soleil l'est dans sa ligne. El l'estime qu'il faisait de ses mérites ne s'arrétant pas là, il le déclara cardinal en plein consistoire avec cet éloge d'honneur qui lui était beaucoup plus avantageux «pu la dignité à laquelle il le nommait : Nous choisissons celui-ci , parc$ que dnns l E-jlitt de Dieu il n'a point de pareil en doctrine, tt parce qu'il etl neveu du tris-bon et tris-saisA Pape Marcel.

« La déclaration faite il lui fut quant et quant fait commandement de la pari Je Sa Sainteté de ne point sortir du collège de la pénitencerie où il était. Ce qui le mit en des transes extrêmes , se voyant forclos du moyen ou de fuir, ou d'agir efficacement pour secouer de dessus ?es épaules cet honneur qui était un fardeau insupportable à sa modestie. Il s'essaya bien par diverses voies d'impétrer audience de Sa Sainteté, mais toujours -en vain, sa résolution étant prise; eu suite de laquelle il fut conduit selon la coutume au palais du Pape pour prendre le bonnet : où étant arrivé, comme il ouvrait la bouche pour dire ce -pt'il avait préparé à la décharge de sa conscience, Sj Sainteté lui imposa silence d'autorité, et lui commanda en vertu de la sainte obéissance, sous peine de pé^hé moriel et d'excommunication , d'accepter incontinent ce qu'il lui baillait : et il n'en fallait pas dire moins pour charger celle dignité sur les épaules de celui qui redoutait l'éclat de la pourpre comme de la foudre.

■ La morne contenance qu'il prit, les larmes qu'il répandit, et les tristes paroles qu'il répéta à cent qui en (reprenaient i'»i lui faire les compliments pour su nouvelle dignité , que saint Grégoire le Grand avait autrefois dites en semblnhfo occasion : Ht m'appelez pas Noè'<nî, mais appelez-moi Mura, parce que le Seigneur m'a rempli d'amer- /urne, faisaient bien comprendre la profonde aversion que son esprit ava l formée de ces dignités éclatantes d'un faut jour, et dont la gloire, disait-il , passt comme la Qeurdu foin, et comme la vapeur du parfum qui , en s'élevant, se défait. Il avait certes son Aine tellement saisie de ce sentiment, que quelques jours après, étant invité au collège Romain, et prié d'agréer quelques applaudissements de la jeunesse quiy est élevée, il protesta qu'il ne les écoulerait point, s'ils touchaient à ses louanges, el s'ils parlaient d'autre sujet que do celuici : Que toute chair est foin, et toute ta gloire comme la fleur du foin (Isa. il, 6), qui doit tomber sous la faux.

« Rien ne changea en lui, que ta condition et la couleur do l'habit, qui lui passa souvent sur le visage po^r les honneurs qu'il recevait. L'humilité, la iL-odestie, l'affabilité, ces vertus douces qu. '"»ient en lui, et qui attiraient, mais plutôt q» ;** saicol les cœurs, lui demeurèrent : et

pin* il se voyait élevé, tant plus se tenait-il (tan* le rabais de sa personne, ne voulant souffrir d'aucun religieux de la Compagnie les termes du respect extraordinaire qui lui appartenait ; ajoutant que les accoutrements qu'il portait étaient sur lui, ni plus ni moins que s'ils eussent été sur une perche, qui en porterait le poids et la charge, sans en tirer pour elle aucun proGt, ni tant soit peu d'honneur, et qu'au reste il ne s'était poiot déchargé de l'obligation d'observer les vœux et les règles et coutumes de la Compagnie, quand les exercices et les fonctions de cardinal ne l'en empêcheraient point. Qui fut l'occasion qu'il vint demeurer auprès du collège, pour pouvoir régler ses actions au son de la cloche, comme quand il y dpmeurait, gardant toutes les observances régulières, voire y ajoutant de nouvelles rigueurs. Il ne se contenta pas de la dépense frugale dosa table qu'il avait réglée à quinze sols, il en retrancha depuis cinq ; et durant un espace de temps il se réduisit aux herbes et aux légumes. Il jeûnait rigoureusement trois jours de la semaine, et macérait son corps de grandes et longues mortifications. Il ne prit jamais des commodités de son état de cardinal que celles qui étaient purement et sim-

C tentent nécessaires, rejetant même les ienséantps. Il ne souffrait point le service d'aucun valet, où il pouvait se servir lui-même. Il se levait sans aide, allumait lui-même sa lampe, et ne voulait jamais, voire au cœur do l'hiver, qu'on fit du feu en sa chambre devant l'heure de l'audience. Il ne se plaignait jamais, ni ne faisait parai- Ire p*r aucun signe extérieur qu'il fût mal servi, ou qu'il souffrit quelque chose ; ne faisant rien pour rejeter ou se défaire des incommodités qui lui arrivaient des créatures, ne voulant pas même chasser les mouches, moucherons, et les autres bestioles, qui lui donnaient quelquefois do grandes peines, et disant avec une grande douceur à ceux qui s'en émerveillaient, qu'il ne fallait pas incommoder le conlentementde ces petites bestioles qui n'avaient autre paradis que la liberté de voleter, et de se reposer où bon leur semblait.

• Pendant qu'il cultivaiLavec tant de soin ces vertus privées, son zèle et sa charité lui ouvraient des emplois publics, en toutes sortes de grandes et importâmes affaires. Il déploya premièrement son zèle sur tout ce qui regarde le gouvernement et la police ecclésiastique : représentant au Saint-Père avec une sainte liberté tout ce.qui était de ses devoirs en qualité de pasteur de l'Eglise universelle, d'évêque particulier de la ville de Rome et de prince temporel en l'Elal ecclésiastique; et l'aidant grandement de ses s*ges conseils touchant I administration de 1* justice distributive, et touchant la pleine et entière observation du concile de Trente. Il combattit avec ardeur tant les longues absences des prélats hors de leurs Eglises, comme la polygamie spirituelle (ainsi qu'il l'appelait ) qui se fait en Unant plusieurs

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Eglises ensemble et en un même temps. Il poursuivit la promotion des bons prélats, et surtout qu'ils fussent capables de prêcher, qu'il disait être le principalofficede l'évêque; et s'opposa en toutes occasions, ranime un mur d'airain et un rempart de feu, è tous ceux qui entreprirent de heurter l'honneur elles pouvoirs de l'Eglise; honorant en tout la pourpre que le Saint-Siège lui avait baillée par les grands fruits et par les mérites de sa science et de son zèle. •

« Il s'était déjà passé trois ans qu'il s'entretenait du seul plat que le Pape a coutume de donner aux pauvres cardinaux, ne demandant aucune sorte de revenu pour l'entretien et la l.ienséanccde sa dignité , quand le Pape, étonné de son admirable retenue, le pourvut de l'évôché deCanouo, et le vonlui consacrer lui-même archevêque de sa propre main, sans qu'il y apportât aucune répugnance, nonobstant la pesanteur de semblables charges, pour ce qu'il jugeait être beaucoup meilleur, et plus conforme a l'esprit de sa vocation de s'employer immédiatement!! l'aide des Ames pour la plus grande gloire de Dieu, faisant, par la générosité de ses inloniions, courber toutes ses crainte? au service du divin amour. Et ce fut ici qu'il eut occasion do montrer en pratique ce qu'il jugeait- des obligations des prélats à la résidence. Il partit trois jours après sa consécration, et dès le même jour qu'il arriva à son évêché, il 6e dédia si entièrement a tous les devoirs de la profession, et les exerça si ponctuellement, et avec tant de soin et d'assiduité, que l'on peut dire qu'il exprima dans le zèle Je son ministère, dans la pureté de sa vie, dans la prudence elja force de sa conduite, la parfaite idée d'un très-saint et trèsaccompli prélat. Il dédia les prémices de ses travaux à la prédication infatigable de l'Kvangjle, qui fut suivie quasi d'une réfonuatioo générale en tous les or.ires. Il extermina de tout son pouvoir les jeux défendus, avec les débauchés et les dissolutions qu'ils traînent, retrancha les libertinages et lesabusdu clergé, désarma l'insolence de ceux qui voulaient opprimer les libertés de l'Eglise, releva J'iiomicur et la bienséance du service divin dans les églises, cultiva la piété des monastères, planta la dévotion partout. En trois ans qu'il Ut résidence en son archevêché, il ne s'en absenta que trois jours, et pour graude raison il le visita trois fois, assembla trois synodes, soulagea toutes nécessités, Ut des aumônes par-dessus ses forces, et beaucoup de miracles par-dessus le cours de la nature: faisant estimer eu tout, qu'il n'étailinférieur que do temps à ces grandes lumières de l'Eglise, les Basile, les Ambraise, les Augustin, desquels il représenta les précieuses qualités, en l'éminence de la doctrine, au zèle de sou ministère et eu la sainteté de sa vie.

« C'est bien merveille qu'ayant dressé aux premiers jours qu'il arriva è Capoue le catalogue de tous ses prédécesseurs, depuis saint Prisquc, disciple de saint Pierre, jusqu'à lui, il marqua avec assurance, qu'il

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atait ienu le siège trois ans. C« qui arriva comme il l'avait prédit, ayant été obligé trois années après de retourner à Rome, d'.où il ne revint plus, % l'occasion .le la mort du Tape Clément, pour l'élection d'un nouveau Pape, à laquelle il emporta au premier scrutin plus de voit que pas un des autres cardinaux. Ce qui lui donna de grandes appréhensions, et lui fit ajouter depuis a ses litanies, que Pieu le Jétivàt du pnpat, et s'obliger par vœu exprès, si d'aventure cela arrivait, de n'élever pas un de ses parents au cardinalat, ni a aucune principauté ou autre dignité temporelle. Mais la bonne affection et l'inclination des cardinaux envers lui se montra bien plus au conclave suivant, auquel il fut proposé avec tant de faveur au Sacré Collège, et porté si ardemment par les poursuites du cardinal Baronnius, qui criait hautement par le conclave : Faisons Bellarmin Pape qui est un saint, qu'il tint h peu qu'il no lut choisi. L'élection néanmoins fût conclue. Dieu le disposant ainsi, en faveur du Pape Paul V, qui ne voulut point résolument qu'il s'éloignât désormais de Rome pour le bien universel de l'Eglise. Et quoiqu'il lui déclarât qu'il le dispensait dosa résidence è Ca|M>ue, il ne put néanmoinsjamaislui fa ire accepter la dispense, disant qu'il ne pouvait en conscience demeurer à Rome, et retenir son Eglise, tellement qu'il se résolut de la résigner. Et encore que Sa Sainteté lui permit de retenir quasi toutes les rentes, laissant seulement teille écus a son successeur, il rejeta néanmoins ce conseil, et résigna purement son trehevêché qui était de neuf mille ducats et plus de revenu, sans en rien réserver è son profit ; disant qu'il n'était pas permis de répudier une femme, et retenir son douaire. Ainsi après avoir écrasé d'un pied ferme ce ver du propre intérêt né dans la nature corrompue qui ronge jusqu'aux cèdres du Liban, il maintint, jusqu'à la (in de ses jours, son cœur «t ses mains blanches, sans autre avarice que de mettre au ciel pour l'éternité des mérites à rente : répondant h ceux qui lo menaçaient de la nécessité, qu'il était né pauvre gentilhomme, qu'il avait vécu pauvre religieux, et qu'il voulait mourir pauvre cardinal.

■ Il coula sa vie glorieuse, pendant tout le temps que le Pape Paul V gouverna l'Eglise, en toutes sortes de grands emplois, soutenant comme sur ses épaules toute la gloire de son pontificat , travaillant infatigablement pour l'honneur du Saint-Siège, et n'ayant autre repos que la vicissitude de ses travaux, qui lui firent enfin désirer ardemment le repos éternel , principalement depuis qu'il eut vu déloger son cher collé-

Sue et ami le cardinal Darunius: car depuis répétait souvent qu'il voulait aller è sn maison, c'est-à-dire au ciel, où il volait sans cesse de toutes les ailes do ses désirs, comme une simple colombe qui a toujours les yeux et le creur è son iml , où est tout co qu'elle aime. Dieu le réserva néanmoins encore pour servir d'aide et de conseil au

Pape Grégoire XV , qui depuis son entrée au pontificat le tira en son palais, où il ne fit pas toutefois long séjour , car il importuna tant Sa Sainteté qu elle lui accorda de se retirer en quelque maison de la Compagnie pour s'y préparer è la mort : non pas toutefois do quitter la |K>urpre,et de renoncer à sa dignité, comme il l'avait suplié.ll vint donc èson grand contentement, du Vatican où il demeurait au noviciat de Saint- André, è dessein de finir sa religieuse vie, milieu même où il l'avait commencée, désirant d'avoir un ai pour s'approcher au voyage de l'étecnilé : mais il n'eut pas si long terme; aussi n'en avait -il pas besoin, ayant mené une vie extrêmement pure et innocente, déchargée des ordures et des impressions de la terre, et (ce qui est rcre et admirable) sans conscience de faule même légère qu'il eut commise volontairement et de propos délibéré, comme plusieurs ont atteste. Il s'alita donc bientôt après, étant attaqué d'une fièvre double tierce, qu'il sentit incontinent élre la messagère de sa dernière heure, après laquelle il commenças soupirer avec des désirs incroyables, appelant sa mort comme sa bien-aimée; se plaignant amoureusement au crucifix, si quelquefois l'ardeur de !a fièvre qui consumait les restes de sa vie, s'allentissait , et se fâchant contre les médecins qui lui parlaient d'espérance d'amendement, pour re (disait-il) qu'ils le voulaient rejeter en haute mer, comme il pensait être arrivé au port. Ce'a fit qu'il reçut nvec les témoignages d'une extrême joie la nouvelle de sa mort, s'écriant par Irois fois : Bonne nouvelle, oh 1 que celte nouvelle est heureuse pour moi I Les cardinaux vinrent a la Ole le visiter, et ne pouvant impélrer de lui la bénédiction, se bénissaient eux-mêmes avec la main du malade qu'ils élevaient sur leurs têtes, protestant d'être venus voir un miracle d'un homme qui se réjouissait à la mort, et la bravait sur la frontière de son empire. Le Pape même lui (il l'honneur de le vi.siter en personne, il qui le malade ayant dit qu'il désirait pour une grâce particulière d'être emporté comme un poids inutile de la terre, et qu'il lui soulmitail les années qu'il avait vécu pour le bien et le service de l'Eglise. Le Pape répliqua qu'il désirait plus ses vertus et ses mérites que ses années. Il reçut lo vialiquo prosterné en terre, ayant impélré par ses importunes prières qu'on le tirât du lit pour recevoir son Sauveur, entre les mains duquel il expira doucement sâ bénite âme , le dix-septième jour de septembre, dédié aux sacrés stigmates de saint François, comme il l'avait prédit et désiré, eu l'année 1621, lui manquant seulement dix-sept jours pour outrer en l'octai.lième do son âge.

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