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passées au séminaire de Sainl-Sulpice, il se produisit dans le monde, et y fut bien accueilli. C'est alors qu'il écrivit ses poésies légères et frivoles, ces vers galants, si peu convenables a son état, et qui étaient nonseulement tolérés, mais applaudis dans la haute société, qui se faisait un jeu d'appeler les orages qui devaient éclater bientôt. Toutefois de Bernis, plus avancé en âge, déplora amèrement ces essais, ces oublis de sa jeunesse, et il n'aimait pas qu'on les lui rappelât. S'ils lui ouvrireut les portes de l'Académie française , ils semblèrent lui fermer, au moins pour un temps, la carrière des bénéfices et des dignités. Le cardinal Fleury, alors premier ministre, et qui avait promis de le proléger, instruit de sa dissipation et de sa vie mondaine, manda le jeune abbé, et, après lui avoir fait les reproches que méritait une conduite si peu digne : • Vous n'avez rien à espérer, » lui dit-il, « tant que je serai è la (été des affaires. — Eh bienl Monseigneur, j'attendrai, « répondit l'abbé de Bernis. Quoi qu'il en soit de celte anecdote, elle fit du bruit et amusa le public. Cependant l'abbé de Bernis vivait dans une grande gêne, qu'il supportait facilement et avec l'insouciance de la jeunesse. Aimant le monde, il jouissait, avec abandon, d'une société qui était pour lui un théâtre, où il pouvait se prévaloir de ses talents, et où il trouvait le suprême bonheur. On se fera une idée de la position trèsmodeste où se trouvait alors le futur ministre, cardinal et ambassadeur, qui devait un •our paraître entouré de tant de magnificences, en lisant ces quelques lignes de Sénac de Meilhan : « M. de Ferriol, » dit-il, • prêtait à de Bernis les housses de ses mules pour lui servir de couvertures. Quand l'abbé de Bernis allait souper en ville, on lui donnait, en sortant, 3 livres pour payer son fiacre. On avait d'abord imaginé ce don comme une plaisanterie, lorsqu'il refusait de rester h souper, et objectait qu'il n'avait pas de voiture : cette plaisanterie se perpétua quelque temps. » De Bernis n'en rou-
{;issail point, et ne s'en fâchait point. Mais a fortune allait changer pour lui. 11 venait d'être présenté à M" de Pompadour, et lui avait plu ; il avait plu également à Louis XV. Il obtint une pension de 1,500 livres, avec un appartement au château. Bientôt, grâce à la favorite, il fut nommé ambassadeur è Venise. Ses talents d'homme du monde le servirent h souhait dans ses nouvelles fonctions; il obtint des succès. Le Pape Benoit XIV, qui avait avec cotte république des dilférends, dont les suites pouvaient devenir graves, prit de Bernis pour médiateur, et o eut qu à s'en applaudir. Cetle médialion, acceptée par Venise, eut pour résultat de terminer le différend è la grande satisfaction des deux parties. Sa mission diplomatique terminée, il entra bientôt au conseil, et fut nommé au ministère des affaires étrangères [1756]. C'est alors que changes le système politique de l'Europe. La France et la maison d Autriche, rivales et