‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. 3. Encycl. théol., tom.27 (volume 4)Chapitre 96 sur 457 · BOH · texte numérisé non relu

BOH

DICTIONNAUŒ

continuant de déployer les talents administratifs dont il avait déjà fait preuve. Entre ses mains, ce service subit de grandes réformes ; des améliorations, faites pour servir de modèle en ce genre, y furent introduites. Ccpendan t l'espri t révolu tionnaire avai t, franchi les îronlièresdelaFranceet envahi lespays voisins, surtout l'Ilalio. De grands troubles menaçaient Rome en 179-7; dans cette circonstance critique, le Souverain Pontife, connaissant la capacité du cardinal Borgie, l'investit de la dictature, en lui adjoignant deux autres cardinaux. Le nouveau dictateur de Uoine sut tellement imposer par sa fermeté que, jusqu'à l'arrivée de Berthier, l'ordre fut maintenu. Hais dès qu'une fois eut paru l'armée française, le parti populaire, s'étant rendu maître du pouvoir, établit la république. Le Souverain Pontife avait dû quitter Rome, et le cardinal Borgia, arrêté le 8 mars 1798, ne recouvra la liberté, trois semaines après, que sous condition de sortir des Etats romains. Il se retira à Venise : là, pendant que tout tremblait autour de lui, il conserva toute sa constance. 11 continua de s'occuper de ses missions, trouva les moyens d organiser une nouvelle Propagande, recueillit des souscriptions, parvint à envoyer d'abondants secours aux missionnaires répandus sur tous les points, et à en faire partir de nouveaux. Le traité do Lunéville avait rendu, en 1801, au Saint- Père ses Etals. Tout y était désorganisé. Le cardinal Borgia eut la plus grande part à la direction des affaires. Lorsque Pie VII dut se rendre à Paris, en 180V, pour y sacrer l'empereur; il voulut être accompagné du cardinal Borgia qui obéit malgré son grand Age et la rigueur de la saison. Arrêté à Lyon par une maladie grave, ce prélat distingue y mourut, le 83 novembre 180k, dans les bras de Fontana, depuis cardinal. Il avait publié en italien un grand nombre d'ouvrages qui sont estimés. « Peu d'hommes ont été aussi universellement regrettés; ses bienfaits l'avaient mis en relation avec les gens de lettres de tous les pays : depuis trente ans, aucun voyageur de distinction n'avait visité l'Italie sans admirer le magnifique musée de Vellelri, et sans conserver un vif souvenir de l'affabilité du propriétaire. Un savant avait-il des recherches à faire dans un genre quelconque? il était assuré de trouver au musée Borgia quelques objets importants pour son travail ; le cardinal s'empressait de les lui indiquer lui-même, les lui prêtait avec la plus grande facilité, l'engageait à en frire la description, se chargeait souvent des frais d'impression et toujours des frais de gravure des planches. C'est ainsi qu'Adler, Zocga, Georgi, le P. Paulin de Saint-Barlliélemy et beaucoup d'autres savants de tous les pays, ont décrit diverses parties de cette immense collection, riche surtout en monuments égyptiens et indiens. On l'a vu vendre de la vnisselle d'argent, et jusqu'aux boucles de ses souliers, pour faire l'acquisition de quelques morceaux curieux, ou pour faire imprimer une dissertation : il

vendit un plat d'or pour subvenir au frais d'impression du Syitema Brahmanicum, composé par le P. Paulin. Bon, facile jusqu'à l'excès, ouvert, franc, gai, et même un peu caustique, sa conversation était d'autant plus intéressante, que sa mémoire prodigieuse lui fiurnissait sur tous les sujets quelques détails intéressants. » [Biographit Michnud, art. Borgia.)

RORROMÉE (Saint Charles), ûl s du comte Gilbert Borromée, et de Marguerite de Médicis , sœur du Pape Pie lV, naquit le 9 octobre 1538, au château d'Arone, sur les bords du lac Majeur, dans le Milanais. Dès son enfance, il annonça ce qu'il devait être un jour, le modèle de toutes les vertus, et un saint. Après avoir achové ses humanilii, il alla, Agé de seize ans, étudier ledroitsous le fameux François Alciat, auquel il (il, depuis, obtenir le chapeau de cardinal. La mort de son père le rappela, en 1558 , pour les affaires de sa famille. L'année suivante, le cardinal deMédicis, son oncle, fut élevé au souverain pontificat. Le jeune Borromée reçut les félicitations qu'on lui en adressa, avec une froideur qui faisait voir combien il appréhendait les dangers auxquels cette élévation allait l'exposer. Il était reçu docteur, et il était au niveau de toutes les connaissances de son temps, lorsque le Souverain Pontife l'appela auprès.de loi ; étonné d'une si grande maturité, et d'une si grande sagesse. Pie IV le fit cardinal en 1500, et archevêque de Milan quelques temps après, quoiqu'il ne fût âgé que do 23 ans. Il fut encore grand pénitencier, légat de Bologne, de la Romagne et de la Marcho d'Ancôoe, protecteur de plusieurs couronnes,ainsique de plusieurs ordres religieux. Son frère unique, Frédéric Borromée, étant mort en 1563, à la fleur de son Age, sans postérité, Charles se tit aussitôt ordonner prêtre, pour se délivrer de l'imporlunité de ses parents et de ses amis, qui le pressaient de quitter l'état ecclésiastique, afin qu'il ne laissât pas tomber le nom de sa famille. Malgré la multiplicité de ses emplois et des affaires dont il était chargé, il trouvait encore du temps h donner à l'étude des écrivains sacrés etprofanes, élude qui était pour lui son plus précieux délassement. Usant de son influence, et du crédit que lui donnaient son rang et ses fonctions, il avait institué au Vatican une académie, composée d'ecclésiastiques et de laïques, et qui avait pour but d'encourager lo goût et le progrès des saines études. Cette académie lut commo une pépinière d'où sortirent des cardinaux et des évôques aussi distingués par leurs vertus que par leur savoir. C'est dans ces conférences qu'il triompha de sa difficulté h s'exprimer, qu'il acquit môme le talent de la parole. Elles se tenaient la nuit, après que le jour avait été consacré aux affaires. Les sujets qu'il y avait traités ont été imprimés à Venise en 17b8, sous le titre de Nocta Valicanœ, comme il les appelait lui-même.

Charles n'avait accepté toutes ses dignités que par obéissance ; mais il eut bientôt jus-

tifié le choix du Souverain Pontife, dont il fui la consolation et l'appui dans les affaires les plus difficiles du gouvernement de l'Eglise. L'une des plus importantes alors était relie du concile de Trente, qui durait depuis dix-huit ans, après avoir été plusieurs fois interrompu. Le saint cardinal, par son zèle et par son autorité, vint a bout de surmonter toutes les difficultés qui en avaient retardé la clôture. La dernière session eut lieu le k décembre 1563. Il se hâta d'en frire

f oublier les décrets, dans son diocèse, pour a réformalion de la discipline ecclésiastique; et pour en faciliter l'exécution, il donn/i, le premier, l'exemple, en réformant sa maison, en vendant ce qu'il y avait de plus précieux et de moins nécessaire dans ses meubles et dans son équipage. Dès l'Âge de 12 ans, il avait été pourvu de la riche abbaye de Saint-Gralian, puis d'une autre abbaye et d'un prieuré- que lui avait résignés le cardinal de Médias, son oncle, en montant sur le Saint-Siège ; c'étaient là des abus qu'il avait appris à condamner; il travailla courageusement a les détruire.

Avantde se séparer, les docteurs, qui composaient le concile de Trente, avaient recommandé au Souverain Pontife de faire rédiger un abrégé de la doctrine chrétienne, à la portée de lous les fidèles. Saint Charles, rhoisi par son oncle pour l'exécution de oe travail, s'adjoignit François Foreiro, théologien portugais du concile, Léonard Marinf, archevêque de Lanciano, cl Gilles Foscarari, évèque deModène. De leurs travaux réunis sortit, en 1566, le Catéchisme de JVwi/e.dans lequel on ne sait pas ce qu'on doit le plus admirer, de l'érudition, de la précision, ou de la simplicité.

Le s*inl cardinal n'avait qu'une préoccupation, c'était de retourner au plus tôt dans son diocèse pour travailler è la sanctification de son troupeau. Il se fit précéder de plusieurs missionnaires de la Compagnie de Jésus à qui il donna, dans Milan, une maison qui devait leur servir de point central, pour donner des missions dans tout son diocèse. Il partit lui-même peu do temps après; mais il était à peine arrivé è Milan, qu'il apprit la maladie de son oncle , ce qui .e fit retourner è Rome. Pie IV mourut entre ses bras le 10 décembre 1565. Pie V.qui, nn mois après, fut élevé au pontificat, mit tout en œuvre pour conserver auprès de lui léminenl cardinal; mais, vaincu par ses vives instances, il céda à regret, et lui permit de se rendre dans son diocèse.

1 Depuis 80 ans que ses archevêques n'y résidaient pas, il était tombé dans l'étal le plos déplorable; on n'y voyait qu'ignorance dans le clergé séculier, indiscipline dans le clergé régulier , scandales dans toutes les classes des fidèles. C'est è nés abus, et è bien d'autres, que s'attaqua courageusement le pieux archevêque. Il tint six conciles provinciaux et onze synodes, dont le principal objet fut de mettre en vigueur les sages prescriptions du concile de Trente, et qui contiennent tous les statuts nécessaires pour

le parfait gouvernement d'un diocèse. H avait commencé par régler sa maison, par en bannir la splendeur dans laquelle il avait vécu k la cour romaine; chacun y eut sa règle è observer. Les exercices de la piété chrétienne y furent fixés pour lous les jours. C'est alors qu'il commença cette vie de prière, de charité pastorale et d'austérités,

Su'il continua jusqu'à sa mort. Dès qu'il eut xé sa résidence è Milan, il se réduisit à la pension qu'il s'était réservée sur les biens de sa famille, a celle qu'il recevait du roi d'Espagne, et au tiers du revenu de son archevêché. Jaloux de faire revivre l'ancienne discipline sur la distribution des revenus ecclésiastiques, il abandonnait les deux autres tiers pour les pauvres et pour les besoins de l'Eglise. Il avait résigné ses autres bénéfices, ou s'était fait autoriser h en employer le revenu è fonder des séminaires, des collèges, a fournir aux besoins des pauvres et des malades des hôpitaux, pour lesquels il vendit sa vaisselle d'argent, tous ses meubles précieux : son palais fut toujours sans tapisseries ni décorations, ou autres recherches de luxe, de vanité ou de sensualité. Il se confessail tous les jours avant de célébrer la sainte Messe, récitait son bréviaire tête nue et è genoux, et, les jours de fêle, assistait k l'Office public dans sa cathédrale. La Passion de Jésus-Christ était le plus cher objet de sa piété, et sa tendre dévotion pour la sainte Vierge et pour les saints honorés dans son église, lui fournissait des prières auxquelles il éteit fidèle. Son jeûne était continuel ; il ne l'interrompait que les jours de fêle; d'ordinslre, il l'observait en mangeant quelques légumes avec du pain, et en ne buvant que de l'eau. Son palais, toujours ouvert à ceux qui imploraient sa charité, qui désiraient recevoir ses conseils, ou lui confier leurs peines , représentait l'image d'une maison religieuse dont le chef et la communauté étaient des sainls, et dont le zèle et les exemples firent l'édification de Milan et de tout son diocèse, où la piété so renouvela, et rendit à la religion son autorité et son éclat, dans l'observance de ses lois et les pratiques du culte. Ces heureux résultats ne se bornèrent pas au diocèse de Milan; la piélô, avec les vertus qui en découlent, comme uoeconlagiou bienfaisante, gagna, de proche en proche, les pays voisins; elle exerça une puissante influence sur toutes les classes de la société, et les transforma. Celle influence s'étendit jusqu'à la cour romaine, où, sous le saint Pontife, Pie V, on vit des formes plos régulières succéder aux désordres de quelquesuns des pontificats précédents. Mais en opérant de grandes réformes, il avait dû rencontrer de grands obstacles, et blesser bien des intérêts. Il triompha des difficultés par sa fermeté, sa persévérance, son inépuisable charité. Il en éprouva de la part des évêques de sa province, qui ne voulaient pas se soumettre à la résidence ; de la part du chapitre de la Scala, qui se prétendait eo df. hors de sa iuridiclion ; de la par' de quelques

Page 1