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Ce style a pris naissance à Jérusalem. Les Croisés, arrivés à Jérusalem, commencent par construire, d'après le type roman qu'ils apportent d*Occident, un magniflque portail, celui de l'église Saint-Pierre-aux-Liens. Il est encore en plein cintre : il contient toute rornementation romane ; il a les tètes plates, les douze travaux des mois, les noms en lalin des mois de Tannée ; mais cet art roman est mis en contact avec Tartdes Arabes; l'arc roman se brise davantage, non plus par une raison de solidité comme dans nos églises d'Occident, mais pour obtenir plus de grâce dans les courbes ; les nervures superposées décorent les arcades; l'archivolte se couvre de rinceaux profondément fouillés, empruntant leurs motifs à la nature végétale. Tout cela se trouve à la façade du Saint-Sépulcre.
L'art ogival des Croisés est tellement semblai}le à celui des Arabes, que dans les rues de Jérusalem, du côté de la mosquée d'Omar, j'ai [>assé des heures entières devant de ravissantes fontaines arabes , me posant ce Eroblème : Est-ce le travail d'un ciseau arae? est-ce un travail des Croisés? Je me demandais aussi : L'entrée de la maison du Patriarche, au nord de la grande coupole du Saint-Sépulcre, est-elle due aux Croisés? estelle construite par les Arabes poslérieurement aux croisades? A certains moments, j'hésitais à prononcer.
Jérusalem a été pendant tout le xn* siècle le rendez-vous de TOccident. Et c'est pendant ce xn* siècle, lorsque l'Europe tout entière, la France en particulier, en est encore au roman fleuri, que les monuments de la Palestine développent un art nouveau. Partout l'arc brisé, l'arc en tiers-point ; partout les nervures multiples. Cet art nouveau se féconde au soleil d'Orient; il construit des églises à Jérusalem, à Naplouse, à Sêbaste, à Ramleh. Et l'œil suit parfaitement le changement qui s'opère. L'art apporte le roman pur de lOccident, et l'Orient renvoie à l'Occident l'art ogival. C'est donc en Orient que cet art a pris naissance.
De tous les systèmes qu'on a émis sur l'origine de l'art gothique, celui qui a prévalu dans ces derniers temps consiste à faire honneur de cette belle création à la France, et à la France du nord. C'est la théorie de l'école archéologique dominante en ce moment. L'art gothique serait un produit spontané du génie français, comme l'aulne et le chêne un produit de notre sol. Les Français du xiir siècle auraient inventé cette architecture gracieuse, qui se serait ensuite propagée rapidement dans le nord. Si j'eusse adopté moi-même cette théorie avant mon voyage en Orient, lorsque j'ai vu l'ogive dominante en Palestine ()endant tout le xu* siècle, il m'eût été didicile de conserver la pensée que ce soit le xiir qui l'ait introduite nans l'art.
Il faut que ce soit cet Orient, auquel la Grèce emprunte sa belle architecture, qui ait encore donné au monde l'art ogival.
Je viens de constater, à l'aide de dates précisiîs, l'origine de l'art ogival de notre xnr siècle dans le» monumens chrétiens de la Pales-
tine Il m'a été facile d'étudier cette évolution de l'art. Elle forme une période de transition où le roman de l'Occident conserve encore sa puissance, mais où pénètre un élément nouveau.
L'église romane, avec ses trois absides symboliques, reste toujours le type dominant Eour le plan des édiGces; mais les voûtes en erceau ne sont pas connues ; la voûte à arêtes est seule employée. Les colonnes continuent à se grouper comme dans le roman; le plein cintre ne subsiste que dans quelques fenêtres. L'ogive à tiers-point est adoptée pour les portails, et les voussures sont couvertes de nervures multiples, qui donnent le vrai caractère de l'art ogival. La corniche à larmier incliné, qui est encore un des caractères du gothique, les contre- forts à retraits successifs se trouvent au clocher inachevé du Saint-Sépulcre. Même la baie à quatre feuilles se montre à l'une des fenêtres de ce clocher; mais je n'oserais pas affirmer qu'elle ne soit pas un travail de restauration postérieur aux croisades.
Mêmes remarques pour les édifices civils. Le grand corps de logis attenant au levant à l'église du Saint-Sépulcre, et qui fut la maison des chanoines latins au xu* siècle, a toutes ses fenêtres en ogive.
A Ramleh, le beau couvent des Templiers est tout de style ogival. Après l'expulsion des Templiers, les musulmans construisirent une mosquée au centre du grand corps de logis. On a de la peine h discerner le travail des musulmans de celui des Chrétiens,tant les deux architectures se ressemblent. Il faut dessiner séparément les moulures pour reconnaître qu'elles différent.
L'étude des monuments de Jérusalem et de la Palestine au temps de l'occupation chrétienne démontre la prédominance de l'ogive. Or il est impossible de ne pas attribuer cette révolution dans l'art à l'influence de l'architecture arabe, qui au xii* siècle était dans son complet développement.
Les Arabes avaient des édifices à ogives deux cent cinciuante ans avant la prise de Jérusalem parles Croisés. Le premier monument ogival de l'Orient à date certaine est la mosquée du Caire, appelée Sultan-Ahmed ibn-Teiloûn. Elle est de l'an 238 de l'hégire, l'an 850 de l'ère chrétienne. Ce curieux monument présente dans ses nombreuses arcadesl'arc brisé surhaussé, et dans les fenêtres qui séparent les arcades ce même arc beaucoup plus aigu, tel que le xnr siècle l'emploie dans notre Europe. La grande mosquée d'Amrôu au Caire, bâtie l'an 20 de l'hégire, l'an 640 de notre ère, était en plein cintre ; ses colonnes, ses chapiteaux étaient tirés en partie des monuments romains. L'art ogival chez les Arabes n'était donc pas né encore ; mais la mosquée Sultan-Teiloûn nous en donne positivement un type de date certaine.
La mosquée Gama-el-Azhar, bâtie un siècKî plus lard, l'an 968 de notre ère, montre l'art ogival dans son complet développement. Une de ses portes ressemble parfaitement à la porte de l'église du Saint-Sépulcre, cl lui est antérieure de deux siècles.
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L'art ogival se développe chez les Arabes du IX' au IV* siècle, non-seulement dans les édifices religieux, mais encore dans les cons^ tructions civiles. Une des quatre belles portes du Caire de la Tin du xi' siècle est en ogive, et une des portes du Nilomètre ressen^ble tellement aux baies ogivées de Notre- Dame de Paris, non-seulement par le profil des deux arcs brisés et leur surhaussement, mais encore par la forme des nervures, que le dessin de cette porte, mêlé dans un album avec d'autres dessins de Téglise Notre- Dame, aurait de la peine à être reconnu par un archéologue exercé.
Mon savant ami, M. Prisse d'Avesnes, directeur de la Revue Orientale, qui a longtemps habité r£gypte,et qui a bien voulu me communiquer ses précieux travaux sur les monuments du Caire, rapporte au xiv* siècle Tapogée de l'art chez les Arabes. Les mos-
auées Sultan-Hassen de 1356, et £l-Barquouq e l'an 13S6, lui paraissent les édifices de ce style les plus accomplis.
Avec de telles preuves, il est impossible d'hésiter à reconnaître en Orient l'antériorité de plusieurs siècles de l'emploi du style ogival. Devant des monuments à date certaine viennent s'évanouir tous les systèmes.
Ce qui donne donc aux édiflces religieux de Jérusalem tant d'intérêt, c'est que la ville sainte est le point de contact où, pendant tout le xu' siècle, cette période si remarquable en Occident, l'art vient se modifier.
11 ne faut pas même penser que le style roman fleuri du xi' siècle n'ait rien emprunté k l'Orient. Tout en conservant le plein cintre dans ses arcades, il donne une large part à l'imitation orientale par l'introduction des arabesques, que les premiers pèlerins du xi* siècle durent remarquer dans les constructions indigènes. La sécheresse ou plutôt la barbarie de notre ornementation du xi* siècle vient constater cette influence, e^ le nom seul d'arabesque, que l'on a conservé à ces précieux enroulements de feuillages et d'animaux, atteste leur origine (157).
J'ai donné à l'église du Saint-Sépulcre, bâtie par les Croisés, le nom d'ogivo-romane, parce qu'elle est d'un style de transition, le cintres y trouvant simultanément avec l'ogive. C'est un monument hybride d'autant plus curieux que les réminiscences de l'art grec antique y sont considérables. Ainsi les corniches de la belle façade de l'église sont grecques par leur profil et leur ornementation. Les architectes latins se trouvèrent en prestance de trois architectures: celle qu'ils avaient étudiée en Europe, l'art roman; celle que rorient leur montrait, l'art arabe; celle dont les restes des monument^ de l'antiquité leur présentaient encore des modèles, l'art grec importé de Byzance, et qui avait régné chez les Arabes eux-mêmes jusqu'au ix' siècle, époque où ils ont leur art indigène.
L'église du Saint-Sépulcre montre l'alliance
(157^ M. Prisse d^Avesnes Di*a montré, parmi ses beaux dessins <le monument» arabes, des portes de mosquées en broufe ciselé, dans tesqueUcs, contniremeol aai prescriptions (tu Coran, 4et tnimaox
de ces trois styles. Mais je dois direqnci fluence arabe y domine ; l'art grec k trouve que dans les corniches de U f^i et l'art roman dans les fenêtres de la eo^ et de l'abside.
Je regrette de ne pouvoir décrire la < cteuse façade de ce monument. Elle se ci pose de deux portes ogivées» dont i'uae actuellement murée , au-dessus des^iae!
sont percées deux fenêtres également o^ La façade, au lieu de fronton, a une oon de style grec. Ces portes et ces fenêtres a ornées de trois voussures ogivées. soi i
auelles court une archivolte continue ctan 'arabesques. Celle du haut est une farat de viçne qui suit toute la largeur de la façi et qui a tour à tour, dans ses enroidaui une grappe de vigne et une feuille tan coupée. Tout ce travail est fouillé praA«i ment, et soutiendrait la comparaisoo arec que les artistes du xni* siècle ont tut à nous de plus délicat en ce genre.
Il faut remarquer que, colonnes, ds teaux.cornicheSyarchivolteSytoutestdeniii Les deux portes sont couronnées de lis linteaux de marbre. L'un est couvert ci gracieux enroulement ; l'autre est no la relief historique, qui représente ésot scènes de l'Evangile. On y voit: 1' Il Cs eucharistiaue. Le Sauveur est entuorfc disciples. Saint Jean se penche sivsa poias Judas a ouvert la porte, et sort pour ifie trahir. 2" L'entrée triomphale à Jénae Le Christ a la tête entourée du nimbe cf fère. La foule est nombreuse, les (bs sont montés dans les palmiers et les oin 3** Jésus chasse les vendeurs du temple i U tient d'une main l'Evangile. 4* La i» rection de Lazare. Marthe et Marie sotfti pieds. Il tient encore le livre ; il est eoi de ses disciples et d'une foule nombm > pierre du sépulcre est sotdevée, et l0 paraît. Près de cinquante personnages ■ sculptés sur ce beau bas-relief, un de» » ceaux les plus précieux de l'art chrétiai Orient. U n'a souffert aucune mutilibflii ce n'est que rAnon,sur lequel était le Svb a été complètement enlevé. Tout kitski parfait de conservation.
Je ne dois pas oublier, à droite de ci façade, un escalier qui conduit à un dêki^ petit vestibule surmonté d'iw dAoe. Ci aujourd'hui une chapelle qui porte k tf de la vierge in Golgotha V. Ce vestibëc' vait d'entrée à l'église haute du Cahi* Mais la porte de communication est mMaa^ fermée, et le vestibule est devenu une <t pelle qui appartient aux Latins. ïiki* même luxe aornementation que la înfi^
Remarquons un fût de colonne i^ renversé et encastré dans la maçoaoent t l'escalier. C'est un bien précieux *»«»
Lorsque sainte Hélène se fit niarqa^* stations de la Voie Douloureuse, elle âip* une colonne prise dans les débris dckJ^
sont mêlés aux cnroulemetits de reuilli^.a^ ment dans le genre de nos arftbesqoes Icftp*' lic;Hes du xir t^iècle.
158) Je n'alfirnerais imis posUiwMMa^