‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. (3. Encycl. théol., tom.27)Chapitre 156 sur 181 · SAMUEL · texte numérisé non relu

SAMUEL

Art hébraïque sous Samuel,

Le dieu Da^n. — Aslaroib. — rarche d*alliance chez les Philistins. — Le travail du fer chez les Philistins. — Les artistes phéniciens appelés par David. — L*armure de Goliath. — Les armes de David. — Les bijoux de Saûl. — Arts de luxe chez les Hébreux. — Les instruments aratoires, de guerre et de musique.

Commençons par extraire de ce livre tout ce qui est relatif au culte des nations sur le lerntoire desquelles les Israélites vinrent s'implanter. Plusieurs fois il est question de temples ; nous allons examiner successivement les passages qui contiennent des mentions de ces édifices consacrés è des idoles, puis nous constaterons que les conquérants euxmêmes en adoptèrent l'usage, par pure imitation, et bien qu'il s'agit du culte du vrai Dieu.

Dans une guerre déclarée par les Philistins aux Hébreux, pendant que Heli était juge, ceux-ci furent battus à plate couture ; trente mille des leurs restèrent sur le chamn de iMtaille, et l'arche d'alliance, ce palladium d'Israël, qui y avait été apportée, lomba au pouvoir des vainqueurs. Les Philistins avaient pris l'arche de Dieu, et l'avaient \ emmenée d*Ebn-Hâazer à Esdoud, — Les Philistins prirent Varche ûe Dieu, Vamefièrent dans la maison de Dagon et la placèrent près de Dagon. — Quand les Esdoudiens se levèrent le matin, voilà que Dagon était étendu, la face contre terre, devant Varche de V Eternel ; ils prirent Dagon, et le remirent à sa place. —S' étant levés le lendemain matin, voilà que Dagon était étendu, la face contre terre, devant Varche de VEternet; la tête de Dagon et ses deux mains étaient rompues sur le seuil, le corps de Dagon

(150) Ajoutons enfin que la Vénus syrienne. Targatis ou Dercéto, était adorée prés d'Asmlon mémo, sous la forme d*un poisson; mais le Dagon dont il est ici questiou u*csl certainement pas une divinité

était seul resté entter, (I Samuel, v, 1-4.) Examinons les faits curieux qui se déduisent de la teneur de ces quatre versets. Ou*était d'abord la divinité d'EMJoud, que les Philistins adoraient sous le nom de Dagon î On est généralement d'accord pour y voir un dieu moitié hoînme, moitié poisson, précisément à cause de la forme même de son nom Dagoun ou Dadjoun, que Ton rap-

E roche du mot dag ou dadj (poisson). Cette ypothèse semble d'autant plus raisonnable, que nous avons l'assurance que les Assyriens adoraient un dieu dont tout te buste est semblable à celui d'un homme, coiffé de la tiare tricornue, tandis oue la partie inférieure de son corps offre la forme d'un poisson. L'image de ce dieu se remarque, par exemple, sur un des bas-reliefs ninivites déposés aujourd'hui au Louvre, et exhumés

Bar M. Botta du monticule de Khorsabad. 'un autre côté, nous devons faire observer que le mot dedjan signiQe froment, et nous savons que l'une des divinités dont le culte était en honneur à Ascalon, autre ville des Philistins bien voisine d'Esdoud, divinité appelée par les Grecs Siton, qui signifie également froment, blé ou pain, est identifiée avec Dagon par Sanchoniathon et Philo de Byblos. Il est bien difficile qu'un pareil rapprochement soit purement fortuit. Il me suffira, je pense, cfe signaler ce fait, pour justifier la conclusion que je me permets d'émettre, que le Dagon dont il est question était non pas un dieu-poisson, mais bien le dieu protecteur des moissons (159).

Quoi qu'il en soit, il demeure certain qu'à l'époque des Juges les Philistins attribuaient à leurs divinités principales une forme humaine, et qu'une statue de cette divinité était offerte à l'adoration du peuple, dans un tcm-

f»le qui portait le nom précis de Beit-Dagoun maison de Dagon).

Une autre divinité, Astaroth (Aastarout), est également citée dans le livre de Samuel comme ayant eu des temples. Voici è quel propos : Lorsque Saiil et ses trois fils eurent péri dans la montagne de Giilioâ,/^ lendemain (de la bataille ), quand les Philistins vinrent pour dépouiller tes morts, ils trouvèrent Saiil et ses trois fils tombés sur la montagne de Gilboâ. — Us lui coupèrent la tête, le dépouillèrent de ses armes, qu'ils envoyèrent dans le pays des Philistins, à Ventour, pour l'annoncer dans les maisons de (leurs idoles) et au peuple. — Ils déposèrent ses armes dans la maison d As^ taroth (aeit'Aaitarout) et attachèrent son corps (avec celui de ses fils) sur le mur de Beth-San (aujourd'hui Beisan). (/ Samuel , xxxi, 8-10.)

Nous trouvons au chapitre vu, verset 3, l'injonction suivante : Samuel dit à toute la maison d'Jsraè'l, savoir : Si vous revenez de tout cœur à l'Eternel, ôtez les dieux étrangers du milieu de vous, et les ^4 if flro( A... Très-probablement donc les templ»js de cette divinité,

féminine, puisqn'au verset 7 tin nitMnc ch:t|)itre, les habitants «rEj^loud disonl : La wain du Dieu ^hrael est lourde «wr noua et «mi l>ag'}ti uolte dieu (i't non noue déene).

SAM

Oi

ou BeU'Àastarout, contenaient des statues auxquelles on rendait un culte, de môme qu'on en rendait un à la statue de Dagon, dans son temple d'Esdoud.

t^expression de Técrivain sacré rendue plus haut par leurs idoles est assez remarquaole. C'est le mot Aasib^ qu'il faut nécessairement rattacher au radical Aasab, il a formé, il a représenté (finxU), et qui par conséquent a le sens rigoureux de simulacre, ^ J'ai déjà dit oue les Hébreux avaient suivi l'exemple oue leur donnaient les races aborigènes de la terré promise, et qu'ils avaient eux-mêmes construit un temple destiné au culte du vrai Dieu, avant l'installation de leur dynastie nationale à Jérusalem. Ce fait me parait mis hors de doute par te passage suivant (/ Samuel, i, 9) : Eli (Ali) le cohen était assis sur le trône y près de la porte du temple de VEttrneL Le mot emplové ici est hikcd, qui, en hébreu aussi bien qu'yen chaldéen, signifie édifice haut et magnifique, palais, temple. L'édiOcé désigné de la sorte était celui aans lecjuel reposait l'arche d'alliance à Silo.

Nous avons vu tout à l'heure (jue l'arche d'alliance avait été apportée par les Hébreux sur le champ de bataille d'Ëbn-Hâaser, et qu'elle y fut prise par l'ennemi. Il paraît bien certain que cet usage de foire intervenir à la guerre les objets du culte existait aussi bien chez les Philistins que chez les enfants d'Israël. En voici la preuve : David fit subir aux Philistins une grande défaite, au lieu qui reçut pour cellw cause le nom de Boal-Farsim (le Seigneur des massacres). //* (les vaincus) laissèrent là leurs idoles ^ qu'emportèrent Davia et ses gens, {II Samuel, v, 21.) Le mot employé dans ce texte est encore âasib (les simulacres). Il s'agit donc de statues portatives, qu'on pouvait conduire à la guerre, et puisqu elles existaient, c'est que les Philistins étaient en état de les sculpter.

Puisque nous en sommes à ce qui concerne le culte des Hébreux aussi bien que celui des Philistins, je dois citer un nouveau passage

3ue me fournit le Livre de Samuel, au sujet es teraphim, de ces idoles dont il ne paraît guère possible aujourd'hui de déterminer la nature. J'ai rappelé que le mot arabe tharf^ identique avec le mot hébraïque dont teraphim est le pluriel, ne présentait que deux sens distincts, celui de oord ou extrémité^ et celui d'œil ou regard. On aurait donc pu, à la rigueur, se laisser entraîner à reconnaître, dans les teraphim des textes bibliques, ces yeux mystiques qui se rencontrent en si grand nombre dans nos collections d'amulettes égyptiennes, et dont j'ai moi-môme vu une reproduction sur un bas-relief de lave, d'origine UQoabitique, et qui se trouve aujourd'hui encastré au-dessus de la porte et dans la muraille de l'église ruinée du vieux château de Karak. Je me disais que, puisque les Moabites avaient emprunté ce symbole sacré aux Egyptiens, les autres nations voisines, et lès Hébreux eux-mêmes avaient fort bien pu en introduire Tusage dans leur Culte non épuré. Mais cetto hypothèse , quelque séduisante qu'elle soit, ne me oaralt oas pouvoir êlre

soutenue, et voici pourquoi* SaiU poursmvûl son gendre David et voulait le iSaiire mettre i mort : Mikal^ femme de David^ le lui apprit, disant : Si tu ne te sauvés poê cette tint/, demain tu es mort. ^^ Mihal descendu Dwid par la fenêtre : ils' en aUa, s enfuit et s'éckappa. — Mikal prit le teraphim^ ou* elle mit sur le lit, et elle mit un tissu de poil de chèvre d» côté de sa t^te, et le couvrit avec %tne coûter* turc. — Saûl ayant envoyé des messagers pour prendre David, elle dit : Il est malade. {I Samuel, xix, 11-14.) Pour que cette comédie pût réussir, il fallait nécessairement qœ le teraphim (et ici le pluriel de ce nom est au moins étrange) fût un simulacre ayant une têtu humaine, et d'une taille assez forte pour

3ue les envoyés de Saiil pussent s'^ méprenre, et croire à la maladie de celui qui leur avait échappé. Il est donc bien clair que l'oeil symbolique égyptien n'a rien à faire avec les teraphim des textes bibliques.

L'usage de déposer des offrandes, des sortes d'f^-rolo, dans les temples, existait aussi bien chez les Hébreux que chez les Philistins. Nous avons vu tout à I heure que ceux-ci déposèrent les armes du roi Saiil dans le temple d'AsIaroth. Nous allons voir maintenant que la même chose pouvait avoir lieu dans le temple de Jehovah ; et il ne s'agit phis cette fois d'une portion du butin enlevé a l'ennemi, et qui se trouve à l'avance consacrée à rEternel, comme au sac de Jéricho. J'ai rappelé toute l'heure que l'arche d'alliance ayant été transportée à' Esdoud, par les Philistins qui s'en étaient rendus maîtres à la bataille d'Ebn- Bâazer, le premier effet de son séjour dans le pays des infidèles fut la mutilation de la statue de leur dieu Dagon. Aussitôt des maux plus grands vinrent fondre sur les Philistins, qui s'étaient tant réjouis de leur capture, et qui se virent bien vite réduits à déplorer le succès dont ils s'étaient glorifiés. D'abord uDe épidémie d'abcès hideux fondit sur eux : puis d'innombrables bandes de souris dévastèrent tout te pays, qu'elles affamèrent. Les Philistins épouvantes consultèrent leurs prêtres et leurs devins, qui leur conseillèrent de se débarrasser au plus vite de leur hûte désastreux et de le renvoyer aux Israélites, en y joignant, pour apaiser la colère du Dieu de ceux-ci, une obJalion de cinq images de leufs abcès et de cinq images de souris, fabriquées en or, et qui seraient offertes en expiation par les cinq villes d'Esdoud, de Gaza, d'Askalon, de Djelh etd'Aakaroun. Ce conseil fut suivi surle-champ. Des figures d'or d'abcès et de souris furent promptement exécutées et déposées dans un coffret; celui-ci fut placé à côté de l'arche d'alliance, sur un chariot neuf, attelé de deux vaches laitières qui n'avaient pas encore été soumises au joug, et le tout, renvoyé è l'aventure, s'achemina incontinent vers le pava des Israélites. (/ Samuel, vi, 2-12.)

De ce passaçe il ressort que les Philfetins avaient dans leurs nlles des orfèvres ciseleurs, capables d'imiter en or des objets et dés animaux dé très-petite taille, c*est-i-dire assez difficiles à modeler.

Au reste, nous allons pouvoir constater de

SAM

DES ANTIQUITES BIBLIQUES.

SAM

hi manière la plus précise, que certains ouvriers am se trouvaient parmi les Philistins étaient beaucoup plus habiles (jue les ou- ▼riefide la même classe qui vivaient dans les tilles des Israélites. Toutefois, eonime il ne 8*agit, dans le passade que nous allons examiner, que d'une fabrication, il ne serait peutêtre pas raisonnable d'en conclure que les Israélites, chez lesquels nous avons déjà saisi tant de traces d'un art délicat et avancé, étaient inférieurs en tout aui Philistins.

Voici ce précieux passage : Dans tout te pay$ d'Israël il ne se troumit aucun forgeron, car les Philistins avaient dit : Les Hébreuxpourraient faire des épies et des lances. - Tûut Israël, descendait ters les Philistins^ elut€un pour aiguiser son aiguillon, son soc, sa hache et sa béehe, -^ Quand la pointe était émoussée à leur béchCf à leur soc, à leur faurehe è trois dents et à leur hache, et pour redresser raiguillon, — Il arriva qu'au jour du combat if ne se trouva ni épée ni tance éstne la main d'aucun du peuple qui était avec Saisi et Jonathan. (I Samuel, xiii, 19-22.)

Discutons ce passage. D'abord, il porte avec kn un certain caractère d'exagération poéti-^ que qui semble prouver qu'il ne doit pas être pris a la lettre. Quoi I cette même race qui paSMûl au fil de Tépée les populations de Jéricho, d'Aï et de Beit-EI, dès son entfée aurla terre promise, et qui depuis lors n'ayait cessé d'être en guerre avec tous les peuples qu'elle refoulait, n'aurait eu d'autre res- Murce, pour se procurer des armes, que d'aller en chercher auprès de ses plus ardents ennemis? Quoi l de tant de milliers de glaives

3ui s'étaient rougis du sang des KénÂanéens, ne serait resté, à l'époque de Saûl et au milieu de quelques milhers de guerriers assemblés, que deux épées en tout, Tune pour Saiil et l'autre pour Jonathan ?

Concluons. Le passage que j'ai transcrit plus haut est certainement exagéré. Il faut n'avoir pas vu les Arabes pendant une heure,

eour ignorer avec quel amour ils accaparent 'S armes, quelles qu'elles soient, pour les conserver soigneusement comme ce qu'ils ont de plus précieux. Que pouvons-nous déduire alors de ce passage? Que la métallurgie et le travail du fer étaient plus avancés ehez les Philistins, peuple sédentaire et habitantde grandes villes, que chez les Hébreux, à peu prâ nomades encore, et dont la venue dans le pays était de fratche date. Voyons maintenant quels sont les instruments dont il est parlé dans ce texte curieux. Les artisans dont il est fait mention, et qui manquaient absolument parmi les Hébreux, sont appelés kharès (c'est le nom d'agent, du radical kkarasa, tailler, sculpter, fabriquer). Il signifie donc exactement faber, et ici forgeron, comme va nous le démontrer la nomenclature des instruments qu'il fabrique.

Des armes sont désignées d'abord comme pouvant être façonnées par le kharès : ce sont des épées, khareb (de kharaba, dévaster), et des lances, khenit. L'origine de ce dernier mot est fort curieuse; elle se rattache, sans aucun doute, au radical khanah, camoer,

planter sa tente. Peut-être donc les lances ont pris leur nom du piquet élevé qui soutenait le toit des tentes. Peut-être encore, et cette hypothèse me parait au moins aussi probable que l'autre, l'usage que i'ai vu généralement adopté chez les Bédouins, de planter à la porte de chaque tente d'un campement, et en l'appuyant sur elle, la lance du maître de celte tente, aura-l-il si bien lié l'une des deux idées à l'autre, aue le même radical aura fourni les mots meknanat (camp) et khenit (lance].

Passons aux autres mstniments oités dans le passage en question. Le premier nommé s'appelle me ftAra5aA,liUéralcment,Cf qui taille. C'est vraisemblablement le soc de la charrue: le second se nomme at, et les Lexiques le traduisent par ligo, houe : le troisième est le kardam, que tout le monde traduit par hache, sans trop savoir à quel radical il faut rattacher ce mot. Heureusement l'arabe l'a conservé, et nous trouvons le radical qardhama , qui sisnilie couper, fendre; nul doute, par conséquent, que l'instrument dont il s'agit ne soit bien une hache. Vient enfin un dernier instrument qui porte, aux points massorétiques près, le même nom que le

Eremier, c'est-a-dire encore une mekhrasah. e savant Cahen en fait une bêche, d'autres en font une faux ; quant à moi, j'y vois, sauf meilleur avis, une repétition tenant à une erreur de copiste. Comme il est question, dans ce verset, d'instruments qu'il faut aiguiser, je crois que leur identification, telle que je viens de l,a rappeler, ne peut pas offrir de difficulté réelle.

Le verset suivant parle des instruments à réparer quand ils sont émoussés. Ce sont encore la mekhrasah, et Vat, la charrue et la houe, le salas-kolsoun, le trident, la fourche à trois dents, le kardam, c'est-à-dire la hache, et enfin le darban, Taiguillon qu'il faut redresser lorsqu'il est faussé. Ce dernier mot vient du radical hébraïque daraba, auquel on attribue le sens être aigu, mais peut-être à tort, puisque le même radical dharaba, en arabe, signifie simplement frapper.

On voit que tous les outils que nous venons de trouver énumérés dans le Livre de Samuel sont précisément des instruments aratoires, que les peuplades nomades ne savent ^ère fabriquer, et qu*elles vont encore acheter dans les bazars des grandes villes. On ne trouverait guère de forgerons, je crois, dans les campements de Bédouins, elie me rappelle très-bien l'insistance avec laquelle des schcikhs desBeni-Sakhar, qui m'avaient accompagné à Karak, sollicitèrent de moi l'obtention d'un bakhchich supplémentaire, afin de faire ferrer leurs chevaux dans cette ville, sans écorner le salaire qui leur était promis pour prix de leur protection.

On serait presque en droit de s'étonner de la multiplicité de ces instruments aratoires de fer, si Ion ne savait par la Genèse, ainsi

3ue je l'ai déjà fait voir, que dès l'origine u monde, Toubal-Kain inventa Tart de fabriquer tout instrument d'airain et de fer. Au reste, une découverte toute récente faite

SAM

Page 1