‹ Dictionnaire d'orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes. (3. Encycl. théol., tom.27)Chapitre 157 sur 181 · SAIT · texte numérisé non relu

SAIT

à Khorsabad, par mon ami M. Victor Place, consul de France àMossoul, montrequenonseuJement le fer, mais encore l'acier de la meilleure qualité, étaient employés à la construction des outils précisément analogues à ceux dont nous venons de nous occuper. Il a eu le bonheur de découvrir le magasin aux outils du palais de Khorsabad, et là il a pu choisir, parmi des milliers d'exemplaires, des échantillons de ceux que mentionne notre passage de Samuel.

Nous venons de constater une première fois la prééminence des Philistins, en ce qui concernait Tart du forgeron; nous allons voir par un autre fait analogue, se confirmer la conclusion que j'ai tirée du premier, à savoir, que les Hébreux, à leur arrivée dans la terre promise, savaient parfaitement exécuter les ouvrages délicats de luxe, sans savoir aussi bien, à beaucoup près, faire encore usage de leur inlellii^ence pour le développement des arts primordiaux, tels que l'architeclure, qui ne peut évidemment naître et faire des progrès que parmi des peuples établis à poste uxe dans une contrée.

Lorsque David se fut rendu maître de la capitale des Jébuséens, c'est-à-dire de Jérusalem, il lui fallut songer, en fixant sa résidence dans la citadelle du mont Sion, à faire bâtir une demeure digne de la rovauté. Comment s'y prit-il pour cela? Eut-iï recours à des artistes israélites? nullement; il fit appel à la bienveillance de son voisin, Hiram, roi de Tyr, et le pria de lui envoyer des hommes capables de lui construire un palais. Très-probablement cette demande du saint roi avaitune toute autre portée que celled'oblenir pour son compte une habitation somptueuse : il s'agissait pour lui de mettre à l)roût la présence des ouvriers phéniciens, afin de créer dans le sein de son peuple, dont il ne pouvait méconnaître l'aptitude pour tous les arts, une véritable école qui lui permît plus tard de se passer de ses voisins.

Voici ce que nous lisons au chapitre v du 11* Livre de Samuel : 10. David devenait tonjours plus grande et l'Eternel Dieu Sebàouth était avec lui. — 11. Hiram, roi de Sour, envoya des messagers à David, avec du bois de cèdre, des charpentiers, des tailleurs de pierre à bâtir, et ils construisirent une maison pour David, Ce passage est fort explicite, et parle assez de lui-mônie. Il est bien clair que des ambassadeurs envoyés par le roi de Tyr ne fussent pas venus à Jérusalem avec des charpentiers, des tailleurs de pierre et une provision de bois de cèdre, si David n'en eût pas fait la demande expresse. Ce fait eut lieu aussitôt que David se fut établi à Yéboussi, ou Jérusalem. Il est donc certain que, dès ou'il se vit maître du pays, le roi des Israélites songea à pourvoir au développement des arts parmi ses siyets, et notamment des arts qui étaient florissants chez ses puissants voisins les Phéniciens. C'est donc, sans grande chance d'erreur, à la première année du règne de David à Jérusalem qu'il faut faire remonter la venue des artistes phéniciens qui fondèrent l'école judaïque^ école qui fit de

tels progrès, ainsi que nous le verrons bie&tôt, que les élèves devinrent aussi habiles que leurs maîtres.

11 parait que le bois de cèdre fut copieusement employé dans la constnictioQ du nouveau palais , puisque nous trouvons im peu plus loin (II, vn) les paroles suivantes prononcées par «David : 1. // arriva après que le roi fut tissis dans sa maison^ et que FE* temel lui eut donné le repos avec tous tes fmiemis d'alentour, — 2. que le roi dit à iVi»than, le prophète : Vois donc^ moi je demeure dans une maison de cèdre^ et Var^ de Dieu habite dans des courtines. — 3. iViiihan dit au roi : Va, fais tout ce qui est dam ton ccetir, car P Eternel est avec toi. La nuit suivante Dieu parla à Nathan et lui commanda de dire à David aue ce ne serait pas lui oui bâtirait un tempie, mais bien le fils qui nii succéderait sur le tr6ne (vers. 13). Nous avons vu ailleurs (art. Rois et Pariupomènbs) corn* ment cet ordre de Dieu fut accompli par Salomon, lorsqu'il éleva à Jehovah le temple qui devint une des sept merveilles du monde.

Revenons maintenant aux arts des Philistins. Il est dit que les KénAanéens avaient dans leurs armées des chars de guerre.

Les Philistins en avaient aussi un très-grand nombre, témoin le verset où il est question d'une armée de Philistins réunis pour attaquer les Israélites (7 Samuel, xiu, 5) : Les Philistins s'assemblèrent pour faire la guerre è Israël (avec) trente mille chariots^ six mille chevaux, et un veuple nombreux comme le sable qui est sur îe bord de la mer. Ils montèrent et campèrent à Mikhmach, à l* orient de Beit'Aoun. Il me semble qi/il doit y avoir eu ici une transposition de chiffres, et qu'il faut lire six mille chariots et trente mille chevaux ; car il est peu probable qu'une armée ait compté cinq fois plus de chariots que de chevaux. Quoi qu'il en soit de l'opportunité de cette correction, il n'en demeure pas moins évident aue l'art du charronna^e était trèsavancé chez les Philistins. Aussi avons-nous déjà vu plus haut aue lorsqu'ils songèrent à se débarrasser de l'arche cl'alliance, dont la

I)résence n'avait attiré que des calamités sur eur nation, ils s'empressèrent de faire construire un chariot neuf, qui devait recevoir l'arche et le coffret contenant l'oblation des cinq images d'or d'abcès et de souris, que les cinq principales villes des Philistins offraient au Dieu des Israélites, afin d'apaiser son ressentiment. Le chariot devait être attelé de deux vaches laitières qui n'avaient pas encore été soumises au joug. Ce chariot, qui devait recevoir un attelage de deux botes de trait, était-il monté sur deux roues seulement ou sur quatre roues? nous l'ignorons; l'Ecriture ne le dit pas, mais je n'hésite pas à croire qu'il était monté sur un seul essieu, parco (|ue je ne connais pas, dans lesmonumentsde I Orient, d'exemple de voilures à quatre roues, tandis que les représentations de voitures à deux roues y abondent.

Un passage extrêmement précieux nous donne quelques notions précises sur l'armement des Philistins, c'est celui qui nous dé-

SAM

DES ANTIQUITES BIBUQUES.

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erit Tattirail de guerre de Goliath (Djalouïth) (160) (/ Samuel xvii); le voici : — 4. Un homme êortii du camp des Philistins^ Goliath était êon nom : (il était) de Djeth; il était haut de êist coudées et un empan, La coudée est désignée sous le nom cbaldéen de amah, qui signifie bien coudée; quant à l'empan, il est nommé xerat. Ces deui termes nous font connaître deux des mesures linéaires des Hébreux. Poursuivons : 5. Il avait un casque dTairain sur la tête, il était couvert d*une cuirasse à écailles: le poids de sa cuirasse était de cinq mille sicles d*airain, — 6. /{ avait des jambières d'airain sur les jambes et un javelot d'airain entre les épaules. — 7. La hampe de sa lance était comme Vensuble d^un tisserandy et la lame de cette lance pesait 9ix cents sicles de fer; le porteur de son 6oucIier marchait devant lui,

Examinons ce curieux passage en détail.

Le casque d'airain que portait Goliath est désigné sous le nom de koubàa nakhasat, ce qui signiGe à la lettre un casque de cuivre. Le motÂoti6dame paratt très -proche parent du koubbeh arabe, qui signifie un dôme, et je ne connais en hébreu que les deux radicaux djoubda^ être élevé et rond, d*où djoubiâa, vase, coupe, calice d'une fleur, et kaiUfda (par un kof), couvrir, d'où vient koubâa (parunAo/), qui a le sens de casque, comme le même mot écrit par un kaf. Quant au métal dont était fait ce casque, pas de doute possible, il était de cuivre, mais peu épais, comme les casques assyriens dont M. Victor Place a trouvé récemment un précieux spécimen dans ses fouilles de Khorsabad.

La cuirasse est appelée serioun kachkachim^ cuirasse de pièces dures. Le mot kachkach me paraît un substantif formé du redoublement du radical kachab, être dur, lourd, difficile. Cahen a vu dans ce mot l'indication des écailles d'airain qui composaient la cui* rasse, et il a très-probablement eu raison. Les bas-reliefs égyptiens et assyriens représentent fréquemment des guerriers revêtus de ces cuirasses à écailles ; il en est même parvenu des débris jusqu è nous. Ainsi la collection d'antiquités égyptiennes rassemblée au Caire par M. Abbott, contenait un lambeau d'une cuirasse formée d'écaillés de cuivre imbriquées, sur Tune desquelles se trouvait impnmé le cartouche royal de Schcchonk, le Sesacde la Bible, conquérant de la Judée. M. Place, quil faut toujours citer, quand il s'agit des plus nrécieux débris de I art ninivite, a trouvé, dans ses fouilles de Khorsabad, un autre lambeau de cuirasse assyrienne; celle-ci était formée d'une pla-

3ue mince d'or pur, sur laauellesont figurées es écailles tout à fait analogues à celles de le cuirasse de M. Abbott, cuirasse contemporaine de Sesac, si même elle n'a pas appartenu à ce prince. Une ligne de caractères cunéiformes est de plus estampée au bas de cet inappréciable fragment.

L'armure des jambes, que TEcriture nom-

(160) J écris ce nom DjalouUh, parce que It» iinm du Kéanl Goliath, coiistTvé dans le pays, parmi \v% Arabes, se proiionice Djaloud, Un fort ruiné de Jé-

me des matzakhah n'est certainement pas autre chose que les cnémides que portaient tous les opiites et tous les héros de la haute épo-

3ue grecque. Il n'est pas rare de rencontrer, ans les tombeaux grecs du royaume de Naples, des cnémides d'airain qui rappellent certainement celles qu'avait aux jambes le Philistin Goliath.

Le javelot d'airain qu'il portait entre les deux épaules s'appelle kidoun; on doit avoir

f)eine à comprenore cette expression entre es deux épaules, quand on n'a pas vécu Quelque temps avec les Arabes. Ceux-ci ont l'habitude de se débarrasser de ce qu'ils tiennent à la main et qui les gêne, en l'insinuant entre leurs deux épaules et entre la peau et le vêtement. C'est là que se place constamment le tchibouk, une fois qu il est éteint, et moimême j'avais trouvé la chose si commode, que j'eus bientôt contracté cette habitude des Bédouins qui m'accompagnaient. Les javelots d'airain sont extrêmement fréquents dans les musées d'antiquités çrecques.

J'ai adopté la version de Cahen : la hampe de sa lance était comme l'ensuble d'un tisserand, mais, faute de mieux. Je m'avoue incapable de trouver un sens plus précis et plus net pour les mots que le savant traducteur de la Bible rend par l'ensuble d'un tisserand.

L'idée lame de la lance est rendue par le mot lahabety quisi^niQe littéralement /Zamme, mais il n'en faudrait pas conclure, je pense, que cette lance était de la forme que Ion est convenu d'appeler flamboyante. L expression dont se sert l écrivain sacré ne fait très-probablement allusion qu'à l'éclat de cette lame; elle était de fer, et pesait six cents sicles.

Enfin, le porteur du bouclier de Goliath marchait devant lui ; ce bouclier est désigné par le mot tzenah, oui dérive du radical tzenna, protéger, garder, garantir. Ce passage nous montre que l'institution des écuvers, scutifery remonte un peu plus haut que I époque de la chevalerie.

Nous venons de voir quel était l'accoutrement guerrier de Goliath, voyons maintenant quelles armures défensives reVêlit David, lorsqu'il se présenta pour combattre le géant philistin. Saiil revêtit David de ses habits, lut mit un casque d'airain sur la tête, et le revêtit d'une cuirasse, — David ceignit l'épée de Saiil au-dessus de ses habits et commença à marcher, car il ne l'avait pas essayé, et David dit à Saiil : Je ne puis marcher avec cela, parce que je ne l'ai pas essayé; et David ôta {ces armes) de dessus lui. — Il prit son bâton en main ; il se choisit dans le torrent cinq cail^ toux unis, et il les mit dans sa gibecière de berger et dans sa poche; il avait sa fronde en main et il s'approcha du Philistin. (I Samuel, xvn, 38-40.)

On voit que les armes défensives de David étaient, aux jambières près, les mêmes que celles de Goliath ; quant aux armes offensives, il ne prit que celles qui lui étaient habituelles : sa fronde et son bâton. Gêné dans ses mouve-

rusalem porle encore le nom de Kair-Djaloud (palais de Golialli) ; c'cbt probuMemenl la lour Pscpbiiia.

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