IV. — Nombres
Les bijoux des Madianites. — Les arts chez les Kén&anéens. — Le serpent d'airaio.
Noi^s allons encore tirer du Livre des Nomkres les indications qui s'y trouvent clairsemées et qui, de près ou de loin, se relient à notre sujet ; nous n'aurons plus ensuite qu'à analyser de même' le Deutéronome , pour avoir terminé l'étude artistique du Pentaleuque, c'est-à-dire pour avoir extrait de ce livre saint tout ce qui peut jeter quelque lumière sur l'élat plus ou moins avancé des arts chez les Juifs, lors de leur arrivée dans la terre promise, et chez les na- Xiojxs dont ils venaient prendre la place. Pour abréger, nous p«irtdgerons ces renseigne ments en deux séries, la première contiendra les documents qui concernent l'art autochtone des Kéoâanéens; dans la seconde seront groupés les faits artistiques purement judaïques.
Les villes du pays do Kénâan étaient closes et grandes (xui, ^8-29), ainsi que le rapportèrent les explorateurs envoyés de Kaaes au désert de Faran, pour aller reconnaître fe pays des KénAanéens. Ces espions, car il faut bien les appeler par leur nom, pénétrèrent jusqu'à Iléhron (khi, 23). Cette ville, d|t le même yerset^ avait été bâtie sept ans avant Tzâan d'JSgj^pte. Les comment^ateurs^ d'un accord unanime, reconnaissent Tanis dans la ville aue désigne l'Ecriture Maiheureuisepient 1 auteur du verset évidemment inteii>olé 4ont il s'agit, a oublié de nous dire quand fut l)âtie Tanis, et par conséquent nous ne gagnons pas grand 'chose à savoijr qu'Hébron fut fondée sept ans avant Tanis.
Un passage très-précieux est celui qui contient la description de la part du butin fait par les Hébreux sur les Madianites (xxxi, 50), que les vainqueurs consacrèrent à l'Eternel. Voici comment ce passage est traduit i)ar Cahen : Nous présentions une offrande à fEtemel, chacun ce qu'il a trouvé de joyaux d*or, des jarretières, des bracelets, des amneaux, des pendants d'oreilles et des colliers, etc. ; mais je suis convaincu que tous les bgoux désignés dans le texte sacré n'ont pas été bien reconnus par le savant traducteur. D'abord des jarretières supposent des bas, et jamais, que je sache, les peuples de l'antique Orient n'ont porté de bas. Le mot hébraïque est asaàdah^ nue les Septante interprètent xXc^ûw (des bracelets). Le nom de ce bijou est, sans aucune espèce de doute, tiré du radical sûad, s*avancer, d'où s'est formé le substantif sdah, pas. Dès lors c'est d'un ornement du pied ou de la jambe qu'il s'agit. On me permettra d'y reconnaître ces larges anneaux métalliques que les femmes syriennes portent encore ai^ourd'hui à la cheville, et (|ui sont connus sous le nom de khalkhal. Ce sont donc des bracelets de jambe, si Ton veut bien me permettre cet étrange assemblage de mots.
ART
BICTIONNAlKE
ART
Suivent les samin (Seplanle ^i»âv. ornement de lamainj, véritables bracelets, dont le nom s'est forme de samad, se lier d, adhérer. En troisième lieu sont mentionnés les thahdat, qui sont, à proprement parler, les anneauxracbets, detinés à former une empreinte (de thabâa^ être fixé] . Les Septante traduisent ce mot par oaxrvXov (bague).Puisies dadjil, dont le nom signifie à la lettre un objet rond et rien déplus. Il est assez naturel d'y voir des iiendants d'oreilles, avec le prophète Ezéchiel (xvî, 12) et non avec les Septante, un mpM^ iov, ornement 5 placer autour du bras droit. Heste enfin le bijou nommé Aoumiz, que les I.exiques traduisent j)ar qlobides d'or ou r o/- /fffs, les commentateurs juifs par formes du sein, et les Septante par c>n>ôxcov, ornement de tête. Comme il est certain que les colliers étaient des joyaux fort en usase, particulièrement à cette époque, je m en tiens à ee ^ens.
Quelle que soit la valeur réelle des explications que j'adopte, il n'en demeure pas moins démontré (}u*avant la venue des Israélites, Tart de la bijouterie d'or était assez largement développé chez les Madianites pour que le prélèvement des bijoux offerts ainsi à l'Etemel formât le poids très-considérable tie seize mille sept cent cinquante sicles o'or travaillé (xxxi, 52). C'est tout ce qu'il m'importait de constater.
Voici ce que je trouve parmi les prescriptions que Moïse fait aux Hébreux, au moment où il va se séparer d'eux pour toujours : Chassez de devant vous tous les habitants du pays de Kénâan ; détruisez toutes leurs idoles {leurs mâsàkhit): anéantissez toutes leurs images fondues, et démolissez tous leurs hat»ts lieux.
Les Kénâanéens adoraient donc des sîmulacreSy des idoles métalliques modelées par des fondeurs. Nous verrons un peu plus loin que ces images, probablementd airain, étaient ordinairement revêtues d'ornements en or et «^n argent. Voilà tout ce qui, dans le Livre des Nombres, concerne Tart des KénAanéens.
Les Hébreux n'avaient pas besoin d'apprendre de leurs ennemis l'art de travailler les métaux, puisque nous voyons (\ii, 84-85)
Îue les ndui d'braël ou chefs de tribu, firent édicace, au jour de la consécration de l'autel, de douze rases d'argent pesant chacun cent trente aides, de douze bassins, également d'argent, pesant chacun soixante-dix sicles, «t enfin, de douze cuillers d'or pesant chacune dix sicles. L'identité de poids de ces vases et ustensiles consacrés semble impliquer leur identité de formes, ou tout au moins leur faftirication ad hoc. Puisque ce n'étaient point dcH vases enlevés aux Egyptiens, les Hébreux étaient parfaitement en éiat de ciseler euxmêmes des vases dignes d'être destinés au culte de Jéhovah.
Au chapitre x, verset 2, nous trouvons encore mentionnées deux trompettes d'argent massif, que Moïse ordonna de fabriquer, pour ((U'elles servissent au besoin à convoquer la
nation et à transmeltre au camp l'ord départ.
Enfin, nous lisons (xxi, 9) que les Hél se trouvant campés dans un canton où lulaient Mes serpents très-dansereux, wés chéraf, et dans lesquels il faut recc tre le basilic ou urœus, insigne rovaJ excellence des Eg)'ptiens, Moïse fit )n serpent d'airaifi, sur lequel il sudisaitde les yeux pour être guéri de la morsure reptile venimeux. Concluons encore q avait parmi les Hébreux, dans le désert artistes en état de couler en airain Vi d'un serpent.
Voilà tout ce que nous trouv^ons di Livre des Nombres, Passons au Dtuiéros