JUGES
Art hébraïque sous les juges.
Aatel de Baal. — Vaurak. — Micha. — Les fils de Dtu. — Véphod et les léraphitn, ^ Les arts des Madianites. — Le butin de Gédéon. — Les tours carrées. — Samson. — Les portes et le temple de Gait.
Nous allons encore suivre la méthode aue
MUS avons suivie jusqu'ici, et opérer le aé-
pouiliement du Livre des Juges^ en groupant
^aboid les faits qui concernent les arts chez
peuplades aborigènes de la terre de Ké-
n, puis ceux qui jettent quelque lumière
les arts judaïques proprement dits.
Nous trouvons mentionné un autel de Baal,
r lequel était placée une idole, h propos
ilfistoire de Gédéon (vi). Gédéon était le
s jeune fils de Joas, membre de la tribu
Manassé, et habitait à Efrah. Jéhovah
ml jeté les yeux sur lui pour délivrer Israël
Joug madtanite, lui envova un anee a(m
lui annoncer la mission de salut dont il
lit chargé. Sans aucun doute la suprématie
Hadianites avait grandement répandu
.jlâtrie parmi les enfants d'Israël, puisque
^ lus voyons que Joas, le père du libérateur
choisi par Dieu, avait élevé lui-même un autel et une idole à Baal. (vi, 25.) D*abord il n'y a pas possibilité de se méprendre sur le sens du mot que je rends par autel, puisque ce mot mexbah est formé du radical zebah^ qui signifie immoler, sacrifier; ensuite le mot aserah se trouve ainsi employé au pluriel, Aserouth, dans le verset ci-après (lu, 7.) : « Les enfants d'Israël firent le mal aux yeux de l'Eternel, oublièrent l'Eternel leur Dieu et servirent les Bâalim et les Aieroutk (l). » Les commentateurs, d'aceord en cela avec le texte syriaque et la Vulgate, ne voient dans les Aserouin qu'une variante du mot pluriel Astarouth, dénomination commune des divinités féminines des Syriens aborigènes, comme le pluriel Bâalim
est la dénomination générique des divinités masculines des mêmes races païennes. Cette identification parait tout à fait admissible, et pour mon compte je l'adopte pleinement.
Quoi qu'il en soit, nous allons trouver dans le passage qui nous occupe un renseignement précieux sur la nature de cette aserah de Joas.
L'Etemel enjoignit à Gédéon de prendre deux bœufs, l'un jeune et l'autre de sept ans, dans les troupeaux de son père, de démolir l'autel de Bâal, qui appartenait aussi à son père, et de mettre en morceaux Vaserah qui était placée au dessus de l'autel (vi, 25). D lui ordonna en outre de construire un autal à TEternel sur le sommet de ce lieu fort, sur l'endroit mis en ordre (préparé? uni?J, de
f>rendre le second bœuf et a'en faire un hoocauste avec le bois de Vaserah, mis en morceaux (vi, 26).
Dans ce dernier verset deux points méritent d'être notés en passant. Le mot mâarakah, dont se sert l'écrivain sacré pour désigner plus particulièrement l'endroit où doit être établi l'autel de l'Eternel, signifie à la lettre un endroit mis en ordre, de aâraka, mettre en ordre, disposer régulièrement. Estce là le sens qu'il faut attribuer au substantif dérivé de ce radical? Je le suppose, sans que je veuille me permettre de 1 affirmer. Je me contenterai de faire remarquer que ce mot, qui semble consacré, a une singulière analogie avec le nom harakah de l'autel de dix blocs de rocher établi sur le sommet du Garizim.
La seconde remarque que nous suggère le texte du verset en question, c'est que l'euerah était en bois ; c'était donc une statue de bois, analogue à la multitude des figures égyptiennes taillées dans du bois de sycomore et qui sont arrivées intactes jusqu'à nous. J'ai ait que les traducteurs avaient parfois vu dans laserah un bosquet sacré ; ie ne doute pas que le passage que je viens de reproduire, et dans lequel flest dit d'alimenter le feu de l'holocauste avec le bois de Vaserah mise en pièces, n*ait donné lieu à cette interprétation, que je ne puis admettre. D'ailleurs l'expression dont se sert l'écrivain sacré, en disant : l'autel de Bâal et Vaserah qui est placée dessus, ne peut en aucune façon s'entendre d'un bosquet sacré, qui pouvait bien être planté autour de l'autel, mais non dessus. Il ne me parait donc pas possible de se méprendre sur le sens qu'il faut définitivement attribuer au mot aserah : c'était une figure de divinité féminine, le plus souvent sculptée en bois.
Nous avons vu dans le verset 25, cité tout à l'heure, que l'autel de Bftal, détruit par Gédéon, appartenait à son père; il est certain, d'après la teneur des versets qui sui-* vent, que les autels de ce genre, tout en appartenant à ceux qui les avaient construits, n'en servaient pas moins au culte de tous ceux qui demeuraient dans le voisinage, et
(M) Ce verset, |>ar pArenlhèse, rend parfaitement comi>tc des pratiques d'idolâtrie qui s'ëtah.iit infiltrées dans la famille de Gédéon lui-même.
JUG
JUG
UO
3ui iravaient probablement pas le moyen 'établk et d'entretenir un sanctuaire à leurs frais. En etfet, Lorsaue les gens de la ville se levèrent le matin, ait le texte (vi, 28), voilà que Vautel de Bàal était démoli, que Vaserah placée au dessus était mise en pièces, et que le second bœuf avait été sacrifié sur Vautel {nouvellement) construit. — 29. Bientôt la multittide sut que Gédéon, fils de Joas, était le coupable, — 30. Les gens de la ville dirent à Joas : Livre ton fils et qu'il meure, car il a démoli Vautel de Èdal, et il a mis en pièces Vaserah qui était dessus. Concluons de ce passage que les réclamants avaient des droits sur cet autel, bien qu'il appartînt à Joas, qui Tavait bâti. Nous allons voir un autre exemple tout aussi concluant de ce fait d*un culte fondé par un particulier, et qui devient le culte des habitants du pays.
C'est le chapitre xvii qui va nous fournir ce nouvel exemple. Nous y lisons qu'un certain Mi'Ke-Ianoua (ce nom signifie littéralement: qui est comme /éfAora/i? et les traducteurs en ont fait Micha), habitant la montagne d'Ephraim, vint dire èsa mère: Les onze cents pièces d'argent qui t'ont été dérobées, et à cause desquelles tu as fait des imprécations, c'est mot qui les ai ; je te les ai prises et je te les rends. Béni soit mon fils par VEternel, répond la mère à cette étrange confidence, et elle aioute : — J'avais consacré tout cet argent à VEternel pour mon fils, et j'en voulais faire faire une image sculptée et fondue; maintenant je te les laisse (1-3). Toutefois la mère de Micha garda deux cents pièces, qu'elle remit à un fondeur qui en fit une fi-
§ure coulée, qui fut placée dans la maison e Micha. C'est le mot souraf qui désigne l'artiste en question ; et, comme le radical sarafa, d'i)ù il dérive, signifie à la lettre : liquéfier à Vaide du feu, il est bien clair qu'il s'agit d'un orfèvre-fondeur.
Le texte ajoute : Micha avait chez lui une maison de dieux (Beit-Elahim); il fit un éphod et des téraphim, et il initia un de ses fils, qui lui servit de (cohen), c'est-à-dire, de prêtre (5). Quelque temps après, un jeune Lévite de Beit-Lehm quitta cette ville pour aller chercher fortune. Il arriva dans la demeure de Micha, qui le décida à rester avec lui et à se faire le ministre de son sanctuaire, moyennant son entretien et un salaire de dix pièces d'argent et d'un habillement complet par année. Micha se dit alors : Maintenant je sais que VEternel me fera du bien, puisque j'ai un Lévite pour cohen (7-13).
A la même époque, les fils de Dan, peu satisfaits de la part qui leur était échue dans le partaçe de la terre promise, envoyèrent des espions à la recherche d'une contrée qu'ils pussent s'approprier de vive force. Ces espions se mirent en route et passèrent par le pays de Micha, qui leur donna l'hospUahte. Ils connaissaient le jeune Lévite deBeit- Lehm, qui leur raconta ce que leur hôte avait fait pour lui. Consulte ton Dieu, lui dipent*ils alors, pour savoir si notre expédi-
n sera heureuse. La réponse du cohen tui :
Allez en paix, le voyage que vous entreprenez est devant VEternel (xviii, 5, 6). Les Danites continuèrent leur route, parvinrent jusqu'à Laïs, aux sources du Jourdain, s'assurèrent que le pays était riche, et la population sans aucun soupçon de leurs projets. Ils revinrent en hâte auprès de leurs rrères, qu'ils décidèrent h les suivre. Six cents hommes armés se mirent en marche et parvinrent à la demeure de Micha. Les cinq espions qui s'y étaient arrêtés, quelque temps auparavant, dirent à la petite armée que dans la maison de Micha était un temple, avec un éphod, des téro" phim et l'image sculptée d'un dieu oui leur avait présagé le succès. Les Danites alors résolurent de s'en emparer. Ils se rendirent à la maison de Micha, prirent son idole, son éphod et ses téraphim, malgré les supplications du cohen^ qui n'approuva pas tout d'abord cette étrange manière de reconnaître l'hospitalité de Micha. Mais les Danites l'engagèrent à les suivre Viens avec nous^ et lu seras cohen d'une famille en Israël; cela vaut mieux que d'être le cohen d'un seul homme (19), et le Lévite se laissa si bien persuader, qu'il aida les Danites à consommer leur vol.
Dès qu'ils furent en route, Micha rassembla tous ses voisins, leur raconta ce qui venait de lui arriver et les décida à courir avec lui à la poursuite des ravisseurs. Ceux-ci faisaient marcher devant eux leurs bagages, le bétail, les femmes et les enfants. A la vue de Micha et de sa bande, ils firent volte-face et lui dirent : « Qu'as-tu donc pour avoir convoqué tout ce monde? » Micha leur répondit : « Les dieux que je m'étais faits, vous me les avez enlevés avec le prêtre, et vous partez ! que me reste- t-ilî Comment donc osezvous me demander ce que j'ai? — Ne crie pas si haut, lui dirent les Danites, de peur qu'il ne t'arrive malheur; » et Micha, voyant qu'il n'était pas le plus fort, rebroussa chemin et revint tristement chez lui (20-26).
Je n'ai pas à apprécier la moralité de ce fait, mais je dois tirer de sa narration des détails qui se rattachent è mon sujet.
D'abord puisque les voisins de Micha prirent fait et cause pour lui, c'est qu'apparemment le culte fondé par celui-ci avait été adopté par eux. Nous avons vu que la mère de Micha livra deux cents sicles d'argent à un orfèvrefondeur, pour en faire une image coulée en argent. Ces orfèvres étaient donc capables d'exécuter des travaux d'art de ce genre. Il est question aussi d'un éphod (éfoud) et de téraphim (tarfim) ; qu'était-ce que les objets désignés sous ces deux noms? C'est ce que nous allons rechercher.
Quant à Véphod, ce nom se rattache au radical afada (entourer, revêtir). C'était le nom de 1 un des vêtements sacrés du grand
Eontife. {Exode, xxvni, 6.) Il parait proable néanmoins que sous ce même nom on a parfois désigné un objet auquel on rendait un culte; était-ce le vêtement Jui-méme? Ceci paraît peu probable ; n'était-ce pas plutêt une figure humaine, revêtue de f'^pAodf
lUG
DES ANTiOOiTES BIBLIQUES.
JUG
liésite pas à )e croire. Quoi qu*il en soit, le passage qui constate ce culte étrange, lisons dans les Juges (viu, 27) : Gédéon \ iphod qu'il plaça dans ta ville d'Efrah. Israël s'y prostitua après est éphod, ievint un scandale pour Gédéon et sa m.
»ons aux tarfim ou téraphim. Les Leiiexpliqucnt re mot par dit pénates, dieux es, et nous ne sommes guère plus avan- Cnarabcl^nr/' signifie bord, extrémité et nais j'avoue que je ne vois, dans ces deux et dans les autres que possède le mot, îui puisse nous éclairer sur la nature des him. Tenons-nous-en donc aux dieux es.
chapitre viii nous fournit quelques renements sur les arts des Madianites. Les Le verset 21 nous dit : Gédéon se leva Zabah et Salmenâa, puis il s* empara des tants attachés au cou de leurs chameaux, eux personnages étaient les rois des Macs (viii, 5\ et très-probablement ces «nts étaient en or. L usage d'orner le es chameaux n'est pas perdu; et dans ie, quand on rencontre ae ces animaux ichés, on est è peu près assuré d'avance 1 leur verra un collier. Celui-ci est frément formé de flies d'une petite co- ! blanche du genre des porcelaines, et e^rtdc monnaie sous le nom de cauri sur l<l côte occidentale d'Afrique. Je ne puis )er positivement que i'aie rencontré des eaux portant suspendu à leur collier un »nt de cuivre, je crois cependant bien e rappeler. Ce que tout le monde sait bien nue moi, c est que l'usage de ces «nts de cuivre s'est conservé dans *nachement militaire de la cavalerie mo-
"sque les Madianites curent été complé- ]t défaits, Gédéon demanda à ceux qui nt marché sous ses ordres de lui abaner, chacun de sa part du butin, un nexem * les ennemis portaient des tiezem d'or — qu'ils étaient de la raced'Ismaël. Nous sommes déjh occupé plus haut du bijou né nezem, et nous avons conclu que t un ornement de nez. L'usage de ce est encore général parmi les femmes du de la Syrie; mais je n'ai pas souvenance voir vu porter par un seul homme.
» soldats de Gédéon consentiront voloni lui donner ce qu'il demandait ; un 3au (nomiué chamlah, ce qui a une reslance assez étrange avec le nom de lah, du manteau syrien) fut étendu h
Chacun jeta dessus un ornement de nez n butin, et le poids total de ces bijoux cédés à Gédéon, s'éleva à dix-sept cents
d'or, sans compter les croissants ni les es d'oreilles des rois des Madianites, ni illiers qui étaient au cou de leurs cha- X. Le nom df's boucles d'oreilles citées ce passa^jeestnoiAfi/bu/, et il a une trop A analogie avec les nétdfa des Arabes, que ces deux noms ne présentent pas lul et même objet.
Le poids énorme de dix-sept cents sicles d'or, L rmé de la réunion des ornements de nez, prouve, ce me semble, que chez les Madianites l'usaffe de cet ornement était à peu près universel.
Nous trouvons encore dans le Livre des Juges quelques renseignements curieux sur les villes kénAanéennes de cette époque. Ainsi le eha-
|)itre IX nous raconte de la manière suivante a mort d'Abimelek, fils de Gédéon. Il venait de réduire Sichem et la forteresse nommée Me* djdei-Beit-EI-Berith,danslaquelle]esSichemitess'étaient réfugiés, et où ils périrent au nombre de mille environ. Il alla ensuite assiéger Tebez, dont il se rendit maître ; une tour forte était placée au milieu de la ville, les habitants s'y réfugièrent, et, après s'y être enfermés, montèrent sur le toit pour chasser les assaillants. Malgré leurs efforts, Abimelek parvint jusqu'au pied de la tour et tenta d'en incendier la porte ; mais une femme lui jeta du haut de la tour une meule de moulin, qui lui brisa le crAne. Aussitôt il appela le serviteur qui portasses armes et lui ait: Tire ton épée et tue-moi; on pourrait dire: Une femme Va tué. Son serviteur l'ayant percé, il mourut. (ix, 49 et suiv.)
L'usage de ces tours, placées comme dorions au milieu des villes, s est perpétué pendant la durée delà dynastie de Juda, et j'ai pu en retrouver un exemple au centre du village d'EI-Aazarieh, l'antique Béthanie; dont le nom arabe moderne implique une réminiscence manifeste de la résurrection de Lazare. Cette tour, qui semble massive à sa base, comme la tour de David qui se voit à Jérusalem, attenant au chAteaudes Pisans, et vis-à vis la porte d'KI Khalil ou d'Hébron, est carrée comme celle-ci. Les pierres qui en constituent le parement sont de très-beaux blocs, jointoyés avec un grand soin et taillés en bossage, comme les blocs de l'enceinte salomonienne du temple de Jérusalem.
La manière dont le fils de Gédéon cherche à forcer la tour qu'il assiège, semble avoir été généralement employée par les peuples asiatiques à cette é|)oque reculée. Ainsi sur les f précieux bas-reliefs assyriens recueillis dans es ruines des palais ninivites, nous voyons très-fréquemment n^présentées des villes assiégées: les assaillants écartent à coups de tiècnes les défenseurs des tours et des murailles, tandis que des soldats, munis de tor^ ches et le genou en terre, s'eflorcent de mettre le feu aux portes. Très-certainement Abimelek fit exactement la même chose , et ses soldats lui avaient facilité l'approche de la porte, lorsque la meule ([u'il reçut sur le crAne lui donna la mort.
Cotte meule devait être peu lourde, puisqu'une femme put la soulever et la lancer sur la tète du chef ennemi. Nul doute que cette meule n'ait été une de ces petites meules portatives de lave qui ont été manœuvrées de toute antiquité par les femmes, dans les tentes des Arabes nomades. Partout où l'on trouve des ruines de villes antiques, en Syrie, tout aussi bien que dans nos pays septen*