REI
L'industrie du relieur se confondit d'abord avec celle du. libraire; Guillaume Ëustace, au commencement du xvi* siècle, prend le titre de libraire du roi et relieur de VUniversilédeParit, A la même épo(|ue Philippe le Noir s'annonce comme relieurjuréde /'Ûmifersité; un acte de 1566 appelle Jean Canivet religator Universitalis. A cette époque on ne Tendait aucun livre broché.
Ce fut en Italte que la reliure devint un art véritable. On imita à Venise et h Florence lescouverturesencuirde couleur, ornées de mosaïques et de dorures qui ornaient les copies du Koran et des manuscrits arabes» et cet usage s'est perpétué chez les Orientaux. La France imita ces modèles et les surpassa ainsi que le montrent les beaux volumes que possédait Grolier. Vers la un du xvi* siècle 1 Italie, perdant les bonnes tradition$9 laissa dépérir la reliure; TAllemagne et l'Angleterre restaitînl très-arriérées sous ce rapport; on y demeurait fidèle aux ais de bois, aux fermoirs, à la lourde méthode des siècles précédents.
M. Lacroix a accompagné le travail dont nous venons de faire des extraits, de quel-
Siues gravures qui représentent des reliures ort remarquables. Elles sont au nombre de huit.
1* Diptyque en ivoire (époque du Bas-Empire) servant de reliure à un manuscrit delà bibliothèque de la ville de Sens.
&• Une nielle en cuivre doré et bruni, formant fun des côtés de la reliure de VEvangéliaire de la (Sainte-Cbapelle à Paris, cadeau du roi Charles V.
5** Une couverture d'ivoire sculpté, l*sautier de Charles le Chauve à la bibliothèque Impériale de Paris.
A^ Une plaque en argent découpe à jour formant l'un des côlés de la reliure d'un Evatiyéliaire conservé à la bibliothèque de Wurzbourg.
S** Une reliure éniaillée du xui<) siècle qui fait
fiartie de la collection du prince Soltykoff; elle eprésente un Evanglébste.
6* Une reliure sculptée représentant un ange fenant une croi^ et une corde qui a Hache deux chiens ; il sonne de la trompette ; les chiens poursuivent une licorne qui se relugie dans les bras de la sainte Vierge (bibliothèque de M. Leber, achetée par la ville de Kouen).
?• Couverture en vermeil de VEvangéliaire de la Sainte-Chapelle (xin* siècle), manuscrit conservé à la bibliothèque Impériale de Pans. Le sujet est Jésus-Christ tenant la croii et assis; un ange est liebout à sa (iroite ; un autre à sa gauche. Au bas trois soldats gardiens du Saint-Sépulcre se livrent au sommeil.
8" Reliure d'un livre é^Heuret ayant appartenu à Diane de Poitiers (collection de M. le comte de rbscalopier) ; étui de reliquaire (xiv* siècle) appartenant à M. >chayes à Bruxelles.
Des détails très-curieux sur l'histoire de la reliure se trouvent dans un avani-propos du Caialogvie de la bibliuUièqae Libri ven-
(19S) Un autre prince allemand , Frédéric comte palatin et duc de Bavière, avait aussi desli reliés avec beaucoup de mugnificence : ils portail la devise : Uerr, nacJi deineni WiUçin : i Se>gue s^lon ta volonté. ?
/J9!>) M. Libri, qui dans son Catalogue de 1859, f SJéS, a enregistré uo e^iempl. des Augiutaruin,
ivres taie^it ur,
due à Londres en 1859; nous en reproduirons quelques-uns.
Parmi les anaateurs de belles reliures oa peut signaler le duc Albert de Bavière. On trouve au Catalogue en question, n* 505, son exempl. du livre de Canisius : De Maria Tir'
Îine incompar€Lbili 9 Ingolstadt, 1ST7, in-fol. .a reliure est en maroquin rouge, avec compartiments en or et en couleur et orne* ments symboliques. Les tranches sont dorées et gaufrées. La Madone y est représentée, ainsi que des figures d'oiseaui peintes avec élégance. — Ce prince bavarois avait des orfèvres chargés de décorer s€s livres. Un exemplaire des OËuvres musieales de Roland de Lassus qui lui a appartenu est célèbre par sa magnificence. ( Voy. la Nûtic9 de M. Delmoite sur ce compositeur.) Dibdia annonce dans son Voyage bibliographique qu*il n*a pas vu de spécimens plus |)arfaits de Part de Tancienne reliure que les volumes ayant appartenu au duc Albert (198).
- Fabry de Peiresc avait des relieurs à lai dans son bôtel àÂix,dans la pr^emière moitié du xvir siècle. On reconnaît ses livres aa monogramme qui donne en grec les trois lettres initiales de son nom réi>étées deuifois :
Un bibliophile italien du xvi* siècle doot le nom est resté inconnu (on a conjecturé (]uec*était Macenale, médecin du Pape) avait des volumes couverts de maroquin avec des ornements pleins de goût dans le genre de Grolier, et une devise représentant Apollon conduisant son char è travers les flots vers une luoiilagne sur laquelle se tient Pégase; tout autour les mots grecs : UPOûS KAl MlIAO-
Trois volumes de ce genre figurent au Ca- Libri : Li Antichita Giudaiche de Josèplie, 15H; Uygini fubulœ^ 1535; Galieu, Extra ardinem classium libri ^ 1541.
Un autre collecteur italien avait de forts beaux livres élégamment reliés en maroquin, à compartiments; au centre la devise d*un serpent entourant une clef et les mots:
SGILICET IS SVPERISLABOB EST (199).
L'empereur Charles-Quint mettait sur ses livres son portrait, ses armes et sa devise (les colonnes d'Hercule avec les mots plus oullre ) et son nom : garol. v. imp. Pareils volumes sont extrêmement rares. On en trouve un au Catalogue Libri : Salomonis Libri, Anvers, 1537, in-16.
François 1" ne montra pas beaucoup de goût dans les reliures qu*il ht donner aui volumes lui appartenant. La plu[>art étaient recouverts d'un simple cuir noir sans ornements. M. Edwards a reproduit, tom. H, |). 965, les ornements qui décorent un des volumes faisant partie, à cette époque, de
Jmaginei d'Eiuîe Vice (Venise^ 1558 ) ayant apparli'iiu au bibliophile inconnu dont il est question, ajoute qu'il a lait de louj^ues et infruciueusi^ reclierclics pour découvrir au moyen des devises, les noms des ancieHs propriétaires de bien des beau^ livres oui fout Tadiuiniiion des conuaisscurs.
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REL
DE BIBUOLOGIE.
REL
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JabibliolbèquedeFoniaînebleau. Des figures d*un aspect grotesque entourent un écusson où l'on Yoit la couronne de France au-dessus d'une Salamandre.
H V a bien plus de mérite dans la reliure
Ion la croit exécutée en Flandre) d'un voume qui a appartenu à Cbarles-Quint et dont M. Edwards a placé la reproduction en tète de son second volume. La figure de l'empereur, cuirassé, tenant d'une main une large épée» de l'autre le globe du monde, est bien dessinée et les ornements qui figurent dans la bordure et parmi lesquels on remarque quatre anges sont exécutésavecgoAt.
Les volumes à la reliure d'Henri II sont remarquables par les ornements , souvent irop nombreux 9 qu'on y a placés; les livres d'Henri III portent la devise Spes mea Deus^ el parfois aussi une tête de mort, emblème de la confrérie des pénitents à laquelle ce monarque s'était afiilié.
Au XVI* siècle, les plus beaux livres des souverains de l'Angleterre étaient recouverts en Telours brodé en or. L'exemplaire de dédicace à la reine Elisabeth de Tonvrage de Parker, De antiquitaie Eccletiœ Britannicœ^ est remarquable sous ce rapport; les broderies sur le plat représentent un parc entouré de palissades; on y voit des arbres et des cerfs.
Plusieurs volumes ayant appartenu à Jacques I** sont dans le même genre ; les emblèmes royaux de l'Angleterre et de TEcosse sont brodés eu soie sur le velours.-
Elisabeth avait des livres de Prières dont la reliure était formée d'une plaque d'or ou d'argent. Jusqu'au règne de Jacques I" on ne rencontre guère , dans la collection royale, de reliures en maroquin. Un des spécimens lesplus remarquables en ce genre, est un exemplaire des Hommes illustres de Thevet (Paris^ 158!») au Musée britannique; les plats sont couverts de petits fers, les tranches sont ciselées, mais c'est fort au-dessous de ce qu'on faisait en France à la même é^KKiue. On trouvera encore dans l'ouvrage de M. Edwards des fac-similé de quelquesunes de ces reliures.
Plus tard, un penseur célèbre, Locke, fut amateur de belles reliures; sa correspond dance le montre attachant un grand intérêt à ce que ses livres soient bien reliés. Il recommande de faire couvrir avec soin tel ou tel volume, en veau, de faire dorer les tranches, de mettre très-exactement le titre sur le dos : « J'aime mieux qu'à cet égard on me reproche trop de luxe et trop d'élégance qu'une insouciance fâcheuse. » Il reproche aux relieurs anglais de trop rogner les marges : « C'est là, dit-il, une faute impardonnable. »
Le comte d'Oxford, Harley, fit dans son immense et précieuse bibliothèque un trèsgrand emuloi du maroquin rouge; une large bordure d'or suit ordinairement le contour des plats. Des documents qui existent encore montrent que ce ministre prenait la peine de discuter avec ses relieurs sur ce qu ils
devaient faire et d*examiner leurs comptes avec une attention rigoureuse.
Les anciennes bibliothèques de l'Allemagne renferment un grand nombre de yolumes couverts de vieilles et riches reliures. Celle de Vienne possède une copie desEvangiles dont la reliure.est de l'époque de Frédéric III. Cinq têtes de lion, une au centre de chacun des plats, les autres dans les Quatre coins décorent ce beau volume ; celle du centre est entourée de rayons. Le tout est orné d'une bordure où des arabesques ont été tracées avec goût.
Un des plus beaux échantillons de la reliure anglaise est offert par celle d'un vo<lume conservé au Musée britannique et coDr tenant un traité passé en 150^ entre le roi Henri Vli et l'abbaye de Westminster. La reliure est en velours cramoisi avec une bordure d'or; l'intérieur est doublé de satin. Les armes du roi, dorées et argentées, sont au centre , entourées d'ornements splendides.
Dans des comptes relatifs à Edouard IV on voit qu'il a été payé 20 shellings pour la dorure et la reliure d'un Tite-Live; 16 sh. pour un Traité sur la Sainte Trinité ^ et autant pour une Bible.
En 1505, 20 deniers furent comptés pour la reliure d'un Psautier: cette somme représentait le salaire de six journées d'ouvriers. En 1642, la reliure d'un volume appartenant à la princesse Marie coûtait 29 shellings.
Il reste quelques volumes ayant appartenu à Henri VIU; dans plusieurs d'entre eux les ornements représentent les instrumentsde la Passion, avec les mots : Redemptoris Mundi ilrma ( singulière application de la science héraldique) :M.Libri avait plusieurs volumes aux armes de ce monarque; le Musée britannique possède en ce genre un très-beau Galien : De arte medendi. On connaît les noms de deux des relieurs qui travaillaient pour ce monarque : John Reynes et Jos. Cuodall, et Ton a avancé (mais sans preuves) que le célèbre Holbein avait fourni des dessins pour servir de modèle à ce dernier.
Quant aux amateurs français nous avons déjà parlédeGrolieretdu président de Tbou, ainsi que du comte d^Hoym (qui résidait k Paris) et de Girardot de Préfonds. Nous sommes forcé d'en passer bien d'autres sous silence, mais nous mentionnerons du moins Louis de Saincte-Maure, marquis de Nesle, mort en 1572, bibliophile peu connu, du XVI* siècle; ses reliures, d'une excessive rareté, sont remarquables par une richesse d*ornementatiun qui n'a jamais été surpas^ sée.
La Gazette des ArtSf 15 janvier 1859, donne le dessin de la reliure d'un Pline ^ Bâle, 15^5, appartenant à M. Solar; elle porte cette devise :
INVIà VIRTUl
NVLL. EST
VU
Inélégance du stylo et la pureté du goût, sont extrêmement remarquables.
REL
REL
Vers Ia fin du règne de Louis XIV« un aiiialenr, peu connu d'ailleurs, de Longei)icrre, faisait mettre les insignes de Tordre de la Toisond*orsnr sesTOlnmes, et ces reliures sont aujourd'hui disputées au poids de l'or.
Mesdames de France (les fillesde Louis XV) avaient chacune une collection de livres choisis avec soin et reliés par Derome ou par les autres relieurs les (>1us habiles de l'époque. Ils sont aujourd'hui très-recherchés, et ils sont faciles à distinguer. Madame Adélaïde avait fait choix du maroquin rouge, tandis que les livres de Madame Sophie étaient convertsde maroquin citron, et ceux de Madame Victoire de maroquin vert ou olive.
Nous empruntons ?k M. Jannet (Bulletin biblioffraphique de la Revue Européenne^ n'^du 15 août 1859] quelques détails intéressants :
« La décadence de l'art de la reliure au xvu* siècle est unfnit connu. Pendant que cet art tombe dans le reste de TEuropedans un élat d*avilissement dont il ne s'est encore relevé nulle part, la France seule le voit se maintenir dans sa plus haute perfection, se j)erfectionner peut-être encore et produire, j>endant près de deux siècles, des cliefsd'œuvre qu'il est impossible de surpasser. Après un sommeil d'un quart de siècle, c'est encore en France qu'il se réveille sotis l'impulsion d'amateurs pleins de goût pour briller bientôt du plus vif éclat.
« Tout ce qu'on sait de Phisloire des relieurs français est bientôt dit. Comment s'atpelait celui qui contribua si largement à la gloire de Grolier? On l'ignore. Comment s'appelaient les relieurs de François I'% de Henri 11, de Henri IV? On peut faire des conjectures. Pendant longtemps, les professions de libraires et de relieurs furent exercées concurremment. Ce n'est qu'en 1686, <|ue les relieurs furent érigés en corporation et purent n'être pas à la fois relieurs et libraires. Mais l'éditde 1686 n'avait s^ms doute pour but que de régulariser un état de choses depuis longtemps existant. 11 y avait alors des relieurs qui ne s'occupaient que de leur «irt. Il en était autrement au xvi* siècle. A celte époque, c'étaient réellement les libraires qui étaient relieurs, et c'est parmi les libraires du roi qu'il faudrait chercher les artistes qui confectionnèrent, pour nos souverains, ces reliures que nous admirons. On trouve Guillaume Eustace qui, libraire en 1493, libraire et relieur juré de l'Université en 1508, prend en 1520 le titre de libraire du roi. Jus(|u*à quand exerça-t-il ces fonctions? En 1578, nous avons Clovis Eve, relieur ordinaire du roi qui exerçait encore, ^auf erreur, en 1627 (200). A partie ducom-
(200) il y eut, nous le croyons, trois relieurs du roi qui ont porté le nom d'Kve : Clovis I, d'abord, puis Nicclas Eve. qui était aussi imprimeur. Il avait pour marque une vignette représentant nos premiers parents. Mous avons vu de lui une édition d'une traduction de Touvrage des Mésaventures de personnages signalés, 1578. Nicolas Eve exerça jusi|ii*enlG10, son fils Clovis lljnsquVn 1618, d*après re que nous lisons dans le Manuei du libraire. Vc Cata-
raencement du xtii* sidcle, on a des < entourés de quelque rague: LeGasouc
tarait avoir exercé sous Henri 1 ouisXIil; di> Seuil» ou Dussenil i Seuil, dont lenom est ce qu*onsaitlea Boyet qu*on suppose avoir relié pou bert; Oudan, que Richelet cite, dai Dictionnaire iuiprimé en 1680, comi des meilleurs relieurs de Paris; A; rand, maître de la communauté desr en 1725; Padelonp, relieur de Lonl Chameau, relieur du duc de LaV^ Derome p^re, Derome jeune qui véc qu'en 1700; Braiiel, successeur de D qui flt rarement une bonne reliure; mont, Biziaux, les derniers relieurs di dernier. A la Renaissance de Tar trouvons Bozerian qui gagna 500,00 faire des reliures qui n*ont qu un mais un grand mérite: les iKilumess ses mains ont assez de marge pour | être reliés de nouveau. Puis viennen levai, Simier, Purgold, ïhouvenin, ^ et les vivants que tout amateur cono
Un correspondant du Bulletin du niste (journal mensuel publié à Paris libraire Aubry), après avoir faitobser Thistoire de la reliure el des relie encore à faire, mais que ce sujet ai trayant au point de vue artistique point de vue bibliographique, ne sei doute pas délaissé bien longtemps met des renseignements qui peuve utiles.
On trouve dans un registre des d^ de Louis XIV conservé aux archives riales que le 3 juillet 1650, le roi « gratifier et favorablement traiter < Uuette, son relieur de livres ordinal considération des bons services qu rendus et au feu roy son père, lui son logement sa vie durant dans le royal. »
Antoine Ruette était Gis de Macé libraire et reiieurdepuis 1606, celui-1 à qui Ton doit Tinvention du papier (el la date de celle invention perme signer une limite (fâgeà la reliure d*i dont les gardes sont en ()apier de ce Antoine Ruelle fut nommé relieur aux appoinleuients de 100 livres p> comme on l'apprend [)ar V£$(at gêné officiers, domestiques et commensaux maison du roy, in -8, Paris ^ 165,*^.
Un petit livre plein de renseigne VAlwanarh parisien en faveur des ét\ (in-18,1761-1764.), lonsiate qu'à cette • la plus grande partie des relieurs rassemblés autour et aux environs de Hilaire. La reliure en veau d*un in
logue Buvignier, 1849, indique une Vie et lé saint Louis imprimée chez Clovis Eve en Iti colas avait imprimé eu 1605 les Tragédies < glosse (pseudonyme de Charles Bauler).
Plus tard, nous trouvons un Office delm sainte, iuiprimé en 1644 chez Antoine Ilue lieur du roi. Un exemplaire relié el doré
?oût exquis est indique au Catalogue M 84?, IJ. 211.