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bliopliile apprécie le livre, le bibliomaiie le pèse ou le mesure. Le bibliophile procède avec une loupe, le bibliomane avec une toise. Il en est qui supputent les enrichissennenls de leur bibliothèque par mètre carré. 1/innocenle et délicieuse fièvre du bibliophile est, dans le bibliomane, une maladie aijijuë, parfois un délire. Parvenue à ce degré falal de paroxysme, elle n*a plus rien d'intelligent etse confond avec toutes les manies. «Le bibliophile devientsouvent bibliomane quand son esprit décroît ou quand sa fortune s'augmente, deux graves inconvénients auxquels les plus honnêtes gens sont exposés, mai» le premier est bien plus commun que l'autre. Un notaire de Paris, M. Boulard, avait été un bibliophile délicat et diflicile avant d'amasser dans six maisons à six étages, six cent mille volumes de tous les formats, empilés comme les pierres des murailles cyclopéennes, c'est-a-dire sans chaux et sans ciment.
« Le bib1iof)hile ne doit pas se confondre avec le bouquiniste dont nous allons parier, et cependant le bibliophile ne dédaigne pas de bouquiner quelquefois. Il sait que plus d'une perle s'est trouvée sous le fumier, et plus d'un trésor littéraire sous une grossière enveloppe. Malheureusement ces bonnes fortunes sont fort rares. Quant au bibliomane, il ne bouquine jamais, parce que bouquiner, c'est encore choisir. Le bibliomane ne choisit pas ; il achète.
« Le bouquiniste proprement dit, est ordinairement un vieux rentier ou un professeur ëmérite, ou un homme de lettres passé de mode qui a conservé le goût des livres et qui n'a pas su conserver assez d'aisance pour en acheter. Celui-là est sans cesse à la recherche de ces bouquins précieux, rarœ ave$ in terris, (\ue le hasard capricieux peut Avoir cachés d'aventure dans la poussière d'une échoppe, diamants sans monture que Je vulgaire confond avec la verroterie, et qui ne s'en distinguent qu'au regard judicieux <ki lapidaire.
9 Le nom de bouquiniste est un de ces substantifs à sens double qui abondent malheureusement dans toutes les langues. On appelle également bouquiniste i amateur qui chercha des bouquins et le pauvre libraire en plein air qui en vend. »
Terminons ces citations qu*on ne nous refiro hera point sans doute, en faisant un emprunt à quelques pages charmantes tracées par un autre membre de l'Académie française, tout aussi ami des livres que Nodier , mais a.yant des goûts plus fermes et plus çraves. M. de Sacv s'exprime ainsi dans un article au sqjet de la vente De Bure (vente dont nous >arlerons),etcelartic1e,qui fut remarqué dans e Journal des Débats lorsqu'il y parut, a été réimprimé dans les Variétés liltéraires,2 vol. in-8, qui reproduisent ce qui aurait disparu dans de vieux journaux.
^ « Avecun goût très-sévère dans le choixdes livres^ on ne compose pas une grande bibliotbeque,nimême peut-être ce qui peut s appeler une vraie bibliothèque; on a plutôt un ca-
binet de raretés. Ces soiies de bibliotliëques sont naturellement très-incomplètes » on n'y admet guère de livres nouveaux ni d'éditions récentes, quand njôme ces éditions seraient fort supérieures aux anciennes. Tant qu'on n apastrouvé [irécisement l'exemplaire qu'on veut, l'exemplaire .sans tache, pur et frais, comme un livre d'hier relié par Boyer, Dusseuil, Padeloup ou Derome, on se passe de. l'ouvrage. Comment I vous n'avez pas un Baciiieî Hélas I non. Voilà trente ans que j'en cherche un. J'aurai la douleur, je crois, de mourir, sans avoir trouvé celui que je veux. Mais toutes les boutiques de libraires regorgent de Racines I Pour vous, oui : pourmoi, je n'en veux qu'un, et celui que je veux, il est introuvable....
-* C'est un très-grand et très-légitime plaisir de regarder d'un œil d'amateur les beaux volumes que l'on possède, de les ranger, de les manier, de les epousseter ; ces jouissances délicieuses, je lespermetsau bibliophile,pour* vu qu'il lise ou qu'il ait au moins l'intention de lire. Je deviendrais aveugle que j'aurais encore, je le crois, du plaisir à tenirdansmes mains un beau livre. Je sentirais du moins le velouté de sa reliure et je m'imagineraisie voir. Le biblophile odieux, c'est celui qui achète brutalement des livres qu'il ne lit jamais. Notez bien que cette classe de bibliophiles est précisément la plus passionnée et la plus avide; c'est elle qui fait monter ridiculement le prix des livres. Vous n'aurez jamais un volume quand' un de ces gens-là prétend l'avoir. Tous les livres leur sont bons, pourvu qu'ils soient beaux; sans savoir un mot de latin ni de grec, ils achètent hardiment un Homère de Clarke ou un Virgile de Heyne. Ils achèteraient aussi bien un manuscrit arabe. Nous autres bibliophiles raisonnables, notre champ est plus restreint. Quand un livre n'est pas a notre usage, il a beau être bien brillant, nous soupirons et ne l'achetons pas. »
Ajoutons qu'après avoir tracé le portrait de l'amateur de beaux livres, M. de Sac^ nous* montre l'amateur de bouquins. « Il existe, el plus passionné qu'un autre peut-être. Ce n'est
f)as l'homme modeste qui se contente de ivres d'une condition ordinaire, mais pro-* près, complets et honnêtement recouverts. Celui-Jà est l'homme raisonnable, ce n'est )as un amateur. Je parle du collecteur de ivres salis, dépareilles, déguenillés, bons h mettre au lazaret, s'il y avait un lazaret pour les livres. Comme vous trouvez au haut de l'échelle le bibliophile d'un goût rigoureux et impitoyable qui repousse le plus beau livre dès qu'il y découvre le plus pardonnable défaut, vous trouvez tout au bas l'amateur du livre à trois sous, à cinq tout au plus, à dix les jours de folie. 11 lui faut du laid et rtu bon marché, comme il faut à d'autres du cher et du beau. »
Arrêtons-nous ici en ce qui concerne le portrait du bibliophile en général. Passons aux individualités.
Les bibliophiles anciens ne nous arrêteront pas ; nous ne nous occuperons pas beaucoupnon plus de ceux du moyen âge ; avant l'ia-
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▼ention de rimprimerie , il n'existait en fait <te livres que clés manuscrits d'un prix fort élevé, surtout lorsc^u'ils étaient ornés de miniatures, et les roisv les princes pouvaient seuls en réunir un certain nombre. Les ducs de Bourgogne, les ducs d'Orléans se firent remarquer parmi ces collectionneurs (zélés ; nous en reparlerons à l'article Manus-
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Parmi les nombreuses collections formées
Ear des bibliophiles au moyen ftge, nous nous, ornerons à signaler celle que forma Guy de Beauchamp,comte de Warwick, mort en 1315, et qu'il légua h l'abbaye de Bordesley, où il paraît qu'il l'avait déposée de âon vivant. L'inventaire, document intéressant, existe dans les manuscrits Lambeth, n* 557, fol. 18. n a été imprimé dans les ouvrages de Todd (Jllxistrations of Chaucer and Gotter^ p. 161) et de Merryweather IBibliomania in the middleayes, p. 193j; mais comme ces livres sont à peu près mconnus en France, on nous excusera de reproduire cette liste curieuse :
A tus iceux que ceste lettre verront ou orront, Guy de Beauchanip, comte de Warr. saluz en Deu. Nous avoir bavle en la ffarde le Abbé el le covenl de Bordesleye lesse a demorer à touz jours louz les Romaunces de souz nomes ; ceo est assavoyr. — l]n volum qe est apele Trésor (sans doute le Trésor de Brunetio Latini).
Un volume en lequel est le premier livre de Lancelot, e un volum del romaunce de Aygnes.
Un sauter de romaunce.
Un volum des Evangelies et de vies des Seins.
Un volum qui parle des quatre principals gestes de Charles et de Booin de Biayance, e de Girard de Vienne e de Emery de Nerbonne (o n reconnaît sans peine Doulin de Ma yen ce.
Uu volum ae romounce Josep ab Arygmathie e deu seini Grael (le ruiiiuii de saiiii Gréai qui débute par rbistoire apocryphe de Joseph d*Arimalhie.
Un volum qui parle coment Adam fost enleste hors du Faradys, et le Genesie.
Un volum en lequel sont contenues Yilas Patram au comencemeni, et la vision seintPol, et les Vies des xii Seins.
Les Autorités des seins humes.
Le Mirour de aima (le miroir de l'àme; specuium animas.)
Un volum qe est appelé TApocalyps.
Un livre de phisik el de surgie (de médecine et de chirurgie.
Un volum del romaunce de Guy et de la Reigne. (Il s'agit de Guy de Warwick.)
Un volum del romaunce de Troyes.
Un volum del romaunce de Willame de Oranges.
Un volum del romaunce de Amase et de Idoiue.
Un volum del romaunce Girard de Vienne.
Un volum del romauuce deu Brut, e del roi Gonstentine.
Un volum del enseignement Aristotle envoyez au royAlisaundre.
Un volum de la mortly Hoy Arthur et de Mordret.
Un v<$1um en lequel sount conlenuz les Enfaounce Noslre Sevgneur coment il fust mené en Egvpt.
La vie seint Edward.
La vision seint Pol.
La vengeaunce Nostre Seygneur, ^par Vespasian e Titus et la vie seint Nicolas qui Aist né en Fatras.
La vie seint Eustace.
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La vie seint Cndiac.
La Passysoun Nostre Seigneur.
La Meditacioun Seint Bernard de Nostre ïhmm seint Marie, e del Passsyoun sour deuz fiz iem Greist, Noslre Seigneur.
La vie seint Eufrasie.
La vie seint Radegunde.
La vie seint Jnlianc.
Un volum del Romaunce d*Alîsaondre, ovepeîi* tures.
Un petit rouge livere, en lequel sount contenn mons divers choses.
Un voiuni del romaunces des Maresdtnns et de Ferebrus, etde Alisaundre.
Plusieurs des anciens rois de France se firent remarquer par leur goût pour les livres. Charles VI fonda la Librairie du Louvre, qui fut le germe de Timmense bibliothèque imnériale; François I" et surtout Henri U possédèrent de très-beaux volumes dont nous aurons l'occasion de reparler; plusieurs reines de France, pendant que leurs époux étaient absorbés par les soucis du gouvemement et lesfatigues de la guerre, se plaisaient à la réunion de précieux manuscrits.
Un savant qui a fait du xV siècle robjet des investigations les plus patientes et les plus fructueuses, M. Vallet de Viriville, a inséré dans le Bulletin du bibliophile (13* série, p. 613 et suiv. ), une notice curieuse sur la bibliothèque dlsabeau de Bavière. Les éléments de ce travail ont été puisés dans les comptes royaux qui existent aux archives de France. Selon les usages de Tépoque^ la collection de la reine se composait surtout de livres pieux. En 1396, elle acheta un Livrée de dévotions; en 1398, un Livret auquel e$t contenu la vie de sainte Marguerite; en 1 408, la Léaende dorée qui fut payée 54 livres. Elle possédait plusieurs livres d'Heures. Christine de Plsan , femme poète en renom à cette époque, fit hommage à Isabeau de Bavière de plusieurs de ses ouvrages. Un beau manus* crit qui est conservé au Musée britannique est une de ces copies de dédicace ; en tète est une jolie nuniature qui représente la reine dans son appartement, entourée de ses dames d'honneur; Christine à genoux lui offre le volume qu'elle a compose (cette mi« niature intéressante a été gravée plusieurs fois, notamment dans le Magasin pittores-' gu<î,1836, pag. 321).
Les sommes payées à un assez grand nombre d'écrivains, de relieurs, de libraires pour la confection des manuscrits que possédait la reine, ont été soigneusement relevés par * M. Vallet de Viriville ; ils fournissent des renseignements intéressants pour ce qui concerne la fabrication et le coût des livres fc cette époque.
Catherine de Médicis montra toute sa vie un goût fervent et éclairé pour les beauxarts et les belles-lettres, M. Leroux de Lincy a inséré dans le Bulletin du bibliophile, 1858, p. 915, une notice curieuse sur la bibliothèque de cette souveraine. Lorsque le maréchal de Strozzi fut lue au siège de Thionvilje en 1558, elle prétendit que la belle collection de ce vieux guerrier provenait d'un membre 4e la famille des Médicis; elle la revendiqua.
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en prit possession avec promesse, dil un écrivain du temps» « d*en récompenser son fils et do ia lui payer un jour , mais jamais il n'en a eu un sou. »
A la mort de Catherine, les livres en toutes langues qu'elle avait réunis s'élevaient au nombre de 4,550 environ ; beaucoup de volumes renfermaient plusieurs ouvrages. On y comptait 800 manuscrits grecs et latins, la plupart d'une grande ancienneté.
Les créanciers de la reine flrent, lorsqu'elle eut expiré en 1588, mettre la bibliothèque sous te séquestre ; mais grâce aux efforts d'Auguste de Thou qui venait d'être investi des fonctions de garde de la bibliothèque du roi, après des lettres-patentes d'Henri IV et bien des démarches , les livres de Catherine furent, en 1599, réunis à ceux des rois de France.
Une estimation datée du 20 mars 1597, faite par le savant Pithou et par deux autres érudits, évalue la collection à 5,400 écus, somme très-forte pour l'époque. Aigourd'hui ces mêmes ouvrages vaudraient des centaines de mihe francs.
L'inventaire fut dressé; M. Leroux deLincy Ta analysé.
On y voit Ggurer la plupart des éditions princeps des classiques grecs et latins, de précieux volumes italiens, des ouvrages assez nombreux sur l'astrologie (science chimérique dont Catherine de Médicis était infatuée, comme chacun sait), des romans de chevalerie, des mystères, des ouvrages fort intéressants relatifs à l'histoire. M. Leroux de Lincy a donné les titres de tous ceux qui ont rapport à l'histoire de France.
Parmi les imprimés sur vélin on trouve la Bible hisioriale de Guyot des Moulins, la Cité de Dieu de saint Augustin, Abbeville ,
(13) La devise adoptée par la reine après la moride Henri 11 est de la chaux jetant une grande fumée à cause des eaux (symbole de larmes) qui tombent dessus, et autour ces mois : ^ Ardorem extincta lesiaiaur vhere flamma, c'est-à-dire : i Le feu vit sous la cendre, i
(14) On poarraît nommer plusieurs autres reines de France covnme ayant été dignes d*entrer dans la tribu dos bibliophiles. Louise de Vaudemont, flamme d'Henri III, avait Tormé une curieuse et nombreuse collection de beaux livres. Quant an goàt de Catherine de Médicis pour les somptueux volumes et les splcndides reliures, le poêle Ronsard lui a rendu juslice sous ce rapport dans des vers que M. Noél a cités dans sa belle collection des Portraits de$ personnage$ français du xvi* siècle. Nous croyons que les livres aux armes de Catherine sont fort rares ; du moins dans une multitude de catalogues que nous possédons. nousn*en avons rencontré qu*un seul, un Pontificale, Lyon, I54â, in folio, relié en maroquin puce à compartiments en argent (catalogue Motteley, 1842, n" 1208. Anne d'Autriche possédait de fiirt jolis volumes; un charmant exemplaire de la traduction d'une comédie espagnole (la Célesiiné), Paris, 1578, in-i6, a été adjugé à 100 fr., vente Soleinne. Le traité de Boccace, des Dames en renom, traduit par Ridolphi, Lvon, 1551, in-8, s'est payé 85 fr. à la vente Nodier en 1850.
I/infortunée Maiie-Antoinetle avait un certain «ombre de volumes reliés à ses armes ; on en reu-
1488; la Ugende dorée, H93;VArbrt des Batailles. même année; Lancelot du lac^ 1494. Ce dernier ouvrage, ainsi que la Cité de ÏHeUy quoique inscrits sur l'inventaire, ne se rétrouvent plus à la bibliothèque Impériale.
Plusieurs volumes dont la reliure est ornée des armes ou de la devise de Catherine de Médicis (13), et qui lui ont évidemment appar* tenu, se rencontrent dans des bibliothèques publiques ou particulières. Nous citerons, d'après le Bulletin du bibliophile, un exemplaire, grnnd papier, de V Architecture de Philibert de l'Orme, Paris, 1567, dans le cabinet de M. H. Destailleur, architecte ; un exenipl. de VOrlando furioso, édition de Giolito, dans la riche bibliolhècjue de M. Solar ; un manuscrit intitulé Histoire des prouesses et vaillant tises de Simon, comte de Montfort^ h la biblio* thèque Sainte-Geneviève (14).
Des reines, des princesses étrangères k la France se distinguèrent aussi par leurs goûts de bibliophile.
L'infortunée Jane Grey, décapitée en 1554 à l'âge de dix-huit ans, aimait les livres et se plaisait à en réunir. La veille de sa mort, elle envoya à sa sœur Catherine im exem-
1)laire du Nouveau-Testament en grec sur e feuillet de gauche duquel elle avait écrit une lettre touchante.
L'altière souveraine de l'Angleterre, Elisabeth, faisait couvrir ses livres des reliures les plus riches; elle ne dédaigna pas de brocler des devises et des emblèmes sur un livre de prières. ( Voy. Dibdin, Bibliomania^ p. 250, édii. de 1842.) A sa mort en 1603, la collection royale s'élevait h 1,950 manuscrits et à 1,000 volumes imprimés (15). Jacaues 1" copiribua d'une manière notable k raccroissement de cette bibliothèque, qui fut dispersée en partie lors des guerres civiles
cootre Quelquefois dans le commerce.
(15) Le Musée britannique possède une BIMe française, imprimée à Lyon en 1566, et qui a appartenu à Elisabeth. $ur là couverture est un ovale renrcrmaiil un portrait en miniature de cette reine entouré de ces mots:
Elizabeth, Dei gratta, AngL, Franc, et Uib. r^mst*
Les livres de cette princesse étaient en généra reliés avec un grand luxe, comme le montre Tinventaire de son trésor, fait la seizième année de son règne. On y remarque surtout le Golden Ma» nual o\ prayers, relié en or ulas^if, et qu*elle portait suspendu à sa ceinture par une chatne (Tor. Sur un des côtes est représenté le jugement de Salomon; ^urTaulrele serpent d'airain entouré des Israélites blesses. Ce volume est, dans Tinventairc, évalué i50 livres sterling.
On conserve à la bibliothèque Bodléyenne une traduction anglaise 6cs Epitres de saint Pau/^couvcrte d'unereliure brodée,exécutéeparla mémo princesse, dans le temps qu'elle resta en prison à Woodstoek, sous le règne de sa sœur Marie. La couverture en soie noire est couverte de devises. On lit en haut :
Cœlum patria. Scopus vitœ xpvs. Christo vive.
Au milieu un cœur, entouré des mots :
Eleva corsursum ibi ubi e. c. (est Christus).
De Tau ire côté :
Beattis qui divitias Scripturœ legens, vcrba vertit in opéra.
Et au centre, autour d'une étoile ;
Vicit omnia pertinax virtus e. c.
DICnONNAIRÏ
du milieu du xvu* siècle. Le Musée britannique, par suite du don de Georges IV, a reçu oe qui en était resté et ce qui avait fait partie du domaine des monarques qui s*élaient succédé sur le trône de la Grande-Bretagne.
On distingue dans cette collection un manuscrit grec de la version des Septante, regardé comme le meilleur de ceux qui sont venus jusqu'à nous.
Matnias Corvin , roi de Hongrie , mort en 1490, conserva au milieu dos fatigues de l/i guerre la plus vive contre les Turcs, un amour passionné pour les livres; il fit venir d'Italie un typographe qui imprima en 1473 une chronique latine, le premier livre qui ait vu le jour en Hongrie ; il avait à Florence et dans diverses autres villes des calligraphes travaillant sans relAche à transcrire les manuscrits qu'il n'avait pu acheter. A sa mort, la bibliothèque qu'il avait réunie à Bude était la plus belle de l'Europe, mais en 1527 ceUe ville fut saccagée et la bibliothèque détruite en erande partie. Trois manuscrits qui en ont fait partie se trouvent à la bibliotrièquo Impériale h Paris. (Foy. la note pag. 26, tom. X de la Biographie universelle.) Un de ces ma^ nuscrits contient une portion des écrits de Tacite ; un autre , transcrit à Florence en 1488, offre sur un vélin d'une beauté extraordinaire le Breviarium de saint Jérôme m Pêolmoê; le titre est en capitales d'or sur fond d'azur avec les armes de Corvin. La bibliothèque de Vienne possède un certain nombre de volumes venantde la même source, et la plupart privés de leur splendeur primitive. Busbecq, la voyageur plein de zèle, les découvrit à Bude , oubliés dans une vieille tour. D'autres furent achetés aux héritiers de Sambucus. Quelques-uns, traversant des destinées aventureuses, sont venus trouver asile dans quelques grands dépôts. Le docteur Vogel en a patiemment dressé un inventaire qui a été inséré dans le Serapeum , publié à Leipziç (18M, t. X, p. 373-385); M. Edwards l'a traduit et inséré dans son livre sur les bibliothèques , 1. 1, p. 595. Cette énumération comprend 102 manuscrits différents; six se rapportent à l'Ecriture sainte, cinq sont des ouvrages de liturgie, 35 sont des écrits dos Pères ; diverses bibliothèques d'Allemagne en possèdent la presque totalité ; il y en a quelques-uns h Florence, à Ferrare, à Rome ; un est sisnalé comme étant à Paris (Sanlinus, de te militari) ; les œuvresde saint Denis l'Aréopagite sont mentionnées dans la Biblioiheca manuscripta de Monlfaucon comme se trouvant à la bibliothèque de la ville de Besançon, et le Catalogue La Vallière (t. I, p. 444) indiquait une copie du Commentaire de saint Jérôme sur les Psaumes achetés parla bibliothèque du Roi.
A partir du commencement du xvir siècle, les bibliophiles se montrent en nombre toujours croissant. C'est à peine si nous pouvons prendre comme au hasard quelques noms
(16^ Voy., au snjeldecet écrivain remarquable, deux ?ilu;ice8 dans la Revue des Deux-Mondes^ l'une de M. Labitie (15 aoûi 1856;, l'autre de M. Sainte-
dans cette armée. Citons Habcrt de Montmort, un des premiers membres de PAcadémie française. Les livres peu nombreux qu'on rencontre el qu'on reconnaît comme lui ayant appartenu sont tous de petit format , ils* ont des reliures charmantes et sont très-recberchés. A la vente De Bure, en 1854, on a payé 100 fr. son exemplaire de VArs benemortendi du cardinal Bellarmin, 1626, reliure en inaroquin h compartiments, petit in-16
Le cardinal de Richelieu aimait les livres ; il en composa, il en lit imprimer de fort beaux par les presses du Louvre, mais il n'eut pas le temps de s'occuper de la for* mation d'une bibliothèque. Son successeur, l'adroit Mazarin, quoique accablé aussi de travaux , trouva le moyen de se livrer h ses goûts d'amateur. Il forma une riche galerie de tableaux, il réunit une fouie de livres précieux. 11 avait choisi pour bibliothécaire un des hommes les plus instruits de Tépoque et possédé lui-môme du démon de la biblioma- Di3, Gabriel Naudé (16).
Après avoir fait en bloc pour compte de Son Eminence l'acquisition de dix mille Tolnmes rassemblés par un chanoine de Limogi» nommé Descordes, Naudé parcourut pendant dix ans une grande partie de l'Europe, achetant tout ce qu'il rencontrait d'ouvrages rares et estimés. Le résultat de tant d'efforts Ait un assemblage de 40,000 volumes, formant la bibliothèque la plus belle, la mieux choi* sie (jui existât alors.
Des 1644 et avant 'que Naudé eût achevé ses pérégrinations bibliographiques, le cardinal qui ne réunissait point tous ces trésors littéraires dans un but égoïste, mais pour en faire jouir le public, avait pris des mesures
Êour ouvrir sa bibliothèque aux travailleurs. Ile occupait plusieurs pièces de l'hôtel de Nevers(aujourd'nui la bibliothèque impériale), logement du tout-puissant ministre ; elle était ouverte tous les jeudis de huit heures du matin à onze, de deux heures à cinq.
Les troubles de la Fronde vinrent jeter la
Eerturbation dans cet asile consacré à rétude. n 1649, le parlement, en bannissant Mazarin, en ordonnant la vente de ses meubles, avait excepté la bibliothèque, mais en lb51« un arrêt, triste monument des aberrations politiques, enjoignit la vente de la bibliothèque et du reste des meubles, et décida que sur cette vente il serait, par préférence, pris la somme de 150,000 livres, la(]uelle serait donnée x à celui ou à ceux qui représenteraient ledit cardinal à justice, mort ou vif. » Ce fut en vain que Naudé supplia le parlement de ne pas disperser la plus belle bibliothèque qui eût ianiais été au monde , ainsi qu'il le disait dans sa requête. On passa outre, et le 30 janvier 1652, il avait déjà été vendu seize mille volumes lorsque le roi, qui venait d'atteindre sa majorité, ordonna de faire cesser la vente. Lorsque Mazarin fut revenu au pouvoir et qu il en jouit tranquil-
Beuve (celte dernière réimprimée dans les Porfraiff liUéraires, 1844, U 11, p. 4Gl-5u6).
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DE BIBLIOLOGIE.
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h^nent, il s'occupa de réparer les vides faits dans ses collections chéries, et à sa mort, en 1G61, il les consacra au service public. (Voy. ce que nous disons à cet égard à l'article Bibliothêques^Paris.)
Un contemporain de Mazarin, le président de Mesmes, se montra ami non moins dévoué des livres. Ce fut en s'occupant de la collection formée par ce magistrat queNaudécom* posa son Avis pour dresser une bibliothèque (Paris, 1627), réimprimé en 1644 avec quelques augmentations dans le Traité des bibliothèques du P. Jacob; il en existe deux traductions latines. Cette bibliothèque fut vendue en 1706 avec celle d'Ëmeric Bigot; le catalogue publié en 1705 ne fait pas connaître Quels étaient les ouvrages qui formaient la Bibliotheca Mesmiana. On affecta de dissimuler cette provenance ; on fit enlever avec un fer taillé exprès le morceau de cuir sur lequel étaient les armoiries, mais cette Qnesse n'aboutit à rien qu'à dégrader de précieux volumes. Un des principaux ornements de cette collection était un choix d'éditions des Aides, presque toutes sur vélin, avant fait partie du cabinet de Grolier. « Malheureusement cela tomba entre les mains d'un coquin de notaire qui n'achetait des livres que pour en tapisser un appartement, et qui, absolument mcapable de connaître le mérite de ces volumes, les fit impitoyablement dépouiller de ces vêtements précieux et respectables pour les revêtir de reliures modernes plus brillantes h son goût. »
Un des plus grands ministres de Louis XIV, un homme d'Etat dont le nom est resté immortel, Colbert était passionné pour les livres ; il choisit pour bibliothécaii-e un érudit de premier ordre, Etienne Baluze. Après la mort du ministre, sa belle collection passa à ses enfants, et elle resta dans la famille jusqu'en 1728, où elle fut mise en vente. Le catalogue rédigé par le savant libraire Martin indique 18,219 articles qui ne fournissent pas moins de 60,000 volumes environ. Les livres aux armes de Colbert sont, .pour tout amateur qui en possède, un juste sujet de satisfaction.
Un magistrat éclairé, Louis Bigot, forma une collection de livres bien choisis et bien reliés. On en a vu plusieurs figurer avec honneur dans la vente Libri faite à Londres en
Le grand Condé ne fut pas seulement le plus illustre des capitaines de son temps, il fiU également un ami dévoué des lettres et un bibliophile distingué. M. Le Roux de Linc^ a récemment publié dans le Bulletin du bibliophile (U* série, pag. 1157-1169 ) des recherches sur la bibliothèque qu'il avait réunie dans son hôtel. Germain Brice, dans sa Desrription de la ville de Paris, dit (qu'elle était très-nombreuse, qu'il s'y trouvait des livres fo'rt curieux et des cartes à la main très-rares.
L'historien des antiquités de Paris, Sauvai, dit que cette collection renfermait de 8,000 à 10,000 volumes. L'abbé de Marolles , dans de fort mauvais quatrains où il retrace le tableau de la ville de Paris, a dit de son côté :
DlCTiONN. I»B BlBLIOLOGIB.
Au pliait de Condé la grande litirafrle
De volumes sans nombre esi di^^ue de son rang
La révolution dispersa cette bibliothèque, et on retrouve parfois chez des amateurs ou chez des libraires des volumes reliés en maroquin ayant sur chacun des plats les armes du prince.
Les manuscrits saisis à Paris et à Chantilly en 1791 ont été restitués en 1814, mais il est certain qu'ils ne sont pas tous rentrés au pouvoir du dernier rejeton de cette famille illustre, mort si misérablement en 1830, car on en trouve en plusieurs endroits. M. Le Roux de Lincy les signale, et il donne tout au long un ancien catalogue des manuscrits, mais celte liste a été rédigée par un homme peu instruit et insouciant, qui se borne à des indications bien insuffisantes.
Le célèbre prince Eugène de Savoie doit être rangé parmi les bibliophiles de premier ordre ; il s occupa surtout de réunir des livres lorsque Tâge l'eut contraint de renoncer aux fatigues de la guerre ; sa collection nombreuse, bien choisie, bien reliée, ne fiit Eoint dispersée; elle est entrée dans la biliothèque impériale de Vienne. Depuis quel* que lemps , par une circonstance que nous ne nous chargeons pas d'expliquer, on a vu passer dans des ventes quelques exemplaires aux armes du prince dont nous parlons. Le Catalogue Ch. 6. (Giraud), 1855, présente, entre autres volumes, YOvide^ publié i Londres par Tonson, 1715, 3 vol. in-12 (adjugi^ à 145 fr.) et fë Tristan de Leonnoys , Paris. 1533, in-fol. (vendu 300 fr.).
Le cardinal Dubois réunit une bibliothèque extrêmement considérable et précieuse; le chancelier d'Âguesseau en eut une, moins nombreuse, mais encore fort belle. Nous reparlerons de l'une et de l'autre lorsque nous signalerons les catalogues qui en ont été dressés.
Sous le règne de Louis XV, nous trouvons M. Berryer, qui, successivement secrétaire d'Etat au département de la marine, ministre, puis garde des sceaux, s'était occupé, pendant près de Quarante années, & se former un cabinet des plus beaux livres grecs et latins. Par un soin et une patience infatigable, h l'aide de plusieurs coopérateurs éclairés, il avait recueilli les plus belles éditions, de sorte Qu'il avait toiyours su se procurer un exemplaire parfait de chaque éaition par un moyen simple quoique dispendieux. Si les catalogues de ventes publiques lui apprenaient qu'il existait un exemplaire plus beau, plus grand de marge, mieux conservé du tout au tout que celui qu'il possédai^, il le faisait acquérir sans s'embarrasser du prix, et il se défaisait de l'exemplaire u)oins beau. La majeure partie des auteurs anciens et modernes de son cabHiet a été changée huit ou dix fois de cette manière. Il ne s'arrêtait qu'après s'être assuré qu'il avait le plus bel exemplaire connu, soirpour la marge,8oit pour la force du papier, soit pour la magnificence de la conservation et de la reliure. A l'égard des ouvrages d'éditions modernes, même celles faites en pays étranger, M. Berryer voulait les avoir en feuilles; il en faisait choisir dans
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DICTIOXNAIRE
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plusieurs CYcmpliiires un parfait, et il le faisant relier en maroquin de choix, le ministère de la marine qu*il avait rempli lui avant donné toutes les facilités d*en être abondamment et fldèlement pourvu dans toutes les Echelles du Levant. On coliationnait ensuite pour vérifier s'il n'y avait ni transposition, ni omission de feuilles ou de pages.
La préface mise en tète du catalogue des livres de Mirabeau montre combien cet homme célèbre avait de droits à être rangé narmi les bibliophiles : « L'acquisition d'un Leau livre lui causait des transports de joie inexprimables; il l'examinait, il l'admirait; il voulait que chacun partageât son enthousiasme, y»
Les deux frères de Louis }^VI, destinés à monter tous deux plus tard sur le trône de France, eurent l'un et l'autre du goût pour les livres. Ils firent tous deux exécuter de belles impressions fnous en reparlerons) ; le comte d'Artois voulut qu'on mit sous presse et qu'on tirât à un très-petit nombre d'exemplaires le catalogue des livres qui lui appartenaient ; le comte de Provence, Monsieur, fit exécuter de beaux volumes dans une imprimerie qui porta quelque temps son nom.
Nous laissons de côté un grand nombre d*amateurs, tels que le cardinal de Brienne, le diplomate Gaillard, Naigeon et bien d'autres que nous aurons l'occasion de mentionner en parlant de leurs Catalogues ; mais nous tenons à signaler un helléniste des plus distingués, mort en 1803, Ph. Bruhck. On peut consulter, à son égard, l'article très-intéressant que M. Boissonade lui a consacré dans la Biographie universelle, t. VI, p. 105. Ses éditions de divers poêles grecs, de YAnlholoaicy etc., ont un véritable mérite, quoique la critique ait été en droit de leur reprocher divers défauts. A l'amour du grec, il loignait la passion des beaux livres et des riches reliures; sa bibliothèque, formée des meilleurs Uvres, surtout dans les éditions des anciens classiques, était brillante et d'un grand luxe, et cependant il criait parfois assez rudement contre les bibliomanes. « De chacune des éditions grecques qu'il publiait, son exemplaire était tiré sur un papier toujours supérieur et quelquefois unigue, et ces volumes de prédilection il les faisait relier en maroquin souvent avec plus de recherche que de goût, mais toujours avec magnificence. » Ainsi s'exprime M. Renouard (Catalogue d'un amateur, 1. 1, p. 234), lequel possédi^it un grand nombre d'ouvrages provenant de la bibliothèque de Brunck, entre autres un des deux exemplaires du Sophocle (1786, 2 vol. in-i) sur vélin, celui que Brunck avait choisi pour luimême, un des huit exemplaires sur papier de Hollande de V Aristophane de 1783 , 4 vol. in -4, avec un grand nombre de notes et corrections manuscrites.
En 1791, Brunck avait été obligé, par des raisons de fortune, de vendre une portion de sa bibliothèque, et il fut, en 1801, obligé do recourir encore à celte ressource. Il aimait îfcs livres passionnément, et cette privation lut fut très-amère. Quand on parlait devant
lui de quelque auteur qu'il avait possédé, les larmes lui venaient aux veux.
Un érudit qui avait de fort beaux livres et qui en a cothposé de justement estioié», \v respectable Larcher, ne voulut jamais se servir de livres qui n'étaient pas sa propriété personnelle. Il était sur le point de terminer sa traduction d'Hérodote ilorsque son collègue Langlès reçut de Londres le travail du savant Rennell sur la géographie de rhistorien grec. A cette époque la guerre rendait trèsdifBciles les communications avec rAngkterre. Langlès, croyant faire grande cbère à Larcher, lui porta en hâte le précieux volume, et lui offrit cle le lui prêter aussi longtemps qu'il en aurait besoin. Grande fut sa surprise lorsque le professeur de grec au collège de France, remerciant sèchement, répondit qu il n'avait pas l'habitude de travailler avec le9 livres qui ne lui appartenaient pas.
Nous passons sous silence une foule de noms, mais parmi les bibliophiles contemporains qui ont acquis de la célébrité, nous signalerons da moins un ancien agent de change, M. Cigongne, mort en mai 1859, à l'âge de soixante-neuf ans : cet amateur avait formé une réunion eitrêmement précieuse où dominait l'ancienne littérature française. Empruntons quelques lignes è une notice qu'une Revu^ a consacrée à ce bibliophile éminent.
« Il commença sa collection il y a longtemps, dans le bon temps. Il s'attacha un des premiers à réunir les livres français imprimes en caractères gothiques; ce au'il conquit sur l'Angleterre de volumes de ce genre est incroyable. Le libraire Crozet le seconda dans ces recherches avec un zèle heureux ; il procura à M. Cigongne un grand nombre de plaquettes uniques et rarissimes, et il Ses lui cédait à bon compte; vingt-cin(][ francs; c'était un prix fait. Elles valent aujourd'hui dix et vingt fois ce prix.
(c La collection de manuscrits sur vélin ornés pour la plupart de miniatures, que possédait M. Cigongne, est assez nombreuse, et chacun des volumes qui la composent est un trésor; l'un contient les poésies de François I"; il y a là des volumes admirables de Jarry et des autres calligraphes du xvii* siècle; il y a un livre d'Heures qui parait avoir été fait pour Anne de Bretagne. #
« Les livres imprimés sur vélin sont en grand nombre et fort importants.
« La poésie française, si richement représentée par les plaquettes gothiques, se continue par une série non interrompue de ces charmants volumes dont le xvr siècle avait le secret. Les poètes du xvn* sont là, dans leurs éditions originales si recherchées aujourd'hui, et dans les contrefaçons hollandaises qu'on paye fort cher depuis longtemjïs.
« La série des Noéls, du Théâtre, des Romans anciens est des plus riches.
« Tous ces livres rares et précieux sont parfaits de conservation. Tout ce qu'il y a de rare et de recherché dans les éditions elzéviriennes se trouve là relié en maroquin et non rogné.
« Des reliures qui datent de trois siècles et plus sont aussi fraîches que si elles sortaient
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DE BIBLI0L06IE.
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des {Bains d6 Tartiste. Personne ne se connaissait en reliure mieux aue Bt. Ciçongne, et tout volume de sa bibliotnèque était supérieurement relié.
€ Amateur fervent de ces livres provenant de bibliothèques célèbres et qui atteignent aujourd'hui des prix un peu excessifs, M. Gigongne possédait des livres ayant appartenu à Grolier, à Maioli, au cardinal de Granvelle, h François P% à Henri II, à Henri Ul, à Henri IV. Il en avait beaucoup de J -A. de Thou, de Richelieu, du chancelier Scî^uier, de Longepierre, du comte d'floym, de Girardotde Préfond, de l'abbé de Rôthclin.
« Une opinion très-répandue pose en principe qu*un bibliophile ne lit pas ses livi*es : c'est une erreur dans bien des cas, M. Cigongne en est là preuve. Il n'y avait pas dans sa bibliothèque un volume qu'il n'eût lu ou du moins parcouru.
« Comme prei^ue tous les bibliophiles, M. Cigongne montrait volontiers ses livres et il les entourait d*une vive sollicitude ; il ne les confiait aux mains d*un visiteur qu'avec une certaine appréhension facile à comprendre pour qui sait que la moindre maladresse (jeut amener, lorsqu'il s'agit d'un livre précieux, un accident irréparable. »
Le Bulletin du bibliophile de Techencr, 1842, p. 213, a donné quelques détails sur cette précieuse collection, qui, depuis cette époque, s'accrut dune manière notable, grâce à d'importantes acquisitions. Voici quelqiiosuns des livres précieux que signale le Bul^ letin :
Les Psaumes en vers loiins, par Jean de Gaiiay, 1^2, ancienne reliure aux armes de Diane de Poitiers.
Les Psaumes en vers français, par Cl. Marot, Sedan, 1614, maroquin vert, aux armes et chiffres de de Tbou.
La Vie de Nostre Benoit Sauteur Je$uscriL (Edition sans date et sans nom d*imprimeur qui paraît avoir élé imprimée à Lyon vers 1476.)
Le Bulletin indique cet exemplaire comme unique; mais le Manuel du libraire, t. IV,
S). 609, en signale un autre comme existant i la bibliothèque Impériale.
Un livre d'Heures^ manuscrit du xrv* siècle, in-4, sur peau vélin, avec quarante belles miniatures, confectionné pour le cardinal Jean de Dormaus, qui mourut en 1373.
Un Office de la Vierge^ manuscrit in-52 sur vélin avec de charmantes miniatures. (La reliure, en vermeil recouvert d'ornements en flligrane avec des tètes d'anges sculptées en ivoire, est du plus beau travail et de la plus grande magnificence.)
Les Heures de Marie Stuart, imprimées à Paris par Simon Yostre en 1498; ce volume avait été envoyé à la reine d'Ecosse par le pape Pie Y ; les armes de ce pontife sont brodées en or sur la couverture, en velours crainoisi.
Divers volumes de Preces piœ ou d* Offices de la Vierge, d'un choix parfait et de diverses époque?, pouvant donner un aperçu de l'état de la peinture uu xui* et au xiv* siècle.
Les Œuvres de Bourdaloue, édition do Rigaud, exemplaire en grand papier, relié en maro(|um vert, par Padeloup. Il a fisuré aux ventes La Valliére, Firmin Didot et Labédoyère, et, à cette deruicre, il fut adjuge à 730 fr.
Le Doctrinal de sajnence, Lyon, 1485, in-lolio (très-rare).
La Fleur de vertu auquel est traité de Cegeet de plusieurs vertus et vices, Paris, Galiot Dupré, 1530, m-8. (Volume des plus rares.)
Uvre très-bon, plaisant et salutaire de rinstltutiou de ta femme chrestienne, composé par Loys Vive», Paris, 1543, in-8. (Très-belle reliure ancienne, aux armes de France.)
Cicérom Elzevir, 164i, 10 vol., superbe exempt, relié par Dessenille.
Nous renvoyons au Bulletin déjà cité pour rénumération d un grand nombre d'ouvrages d'anciens poëte§ français, tous fort rares et qui se trouvent dans le cabinet dont nous parlons.
La classe des mystères offre, le Mystère des Actes des Apostres, Paris, 1540, m-fol. (exempt, de Girardot de Préi'ond, relié en maroquin vert, par Padeloup) ; LUomme juste etlhomme mondain^ imprimé i>ar Vérard,en 1508, uiagniQque exempl. relié par Derome ; le Jfyttère de la Passion, par Jean Michel, Paris^ 1498, livre d'une conservation admirable: la reliure est le chef-d'œuvre de Thouvenio.
« M. Cigongne a presque tous les romans de chevalerie, et tous sont irréprochables; il n'admettrait dans sa bibliothèque aucun livre de ce genre s'il n'était parfait de reliure et de conservation. Il possède le Becueil des Histoires troyennes, par Raoul Lefèvre, imprimé à Paris pour A. vérard, exempl. unique sur peau de vélin ; le Roman de Beuves d'An^ thonne^ Giron le courtois et d'autres volumes d'une rareté extrême. »
Dans l'histoire de France, nous signalerons seulement le plus bel exempl. connu de Mézeray, édition elzévirienne en 7 volume», relié en maroquin bleu, par Bauzonnet.
Divers catalogues que^nous avons sous les yeux et où sont indiqués les prix de vente et les noms des acheteurs, nous permettent d'indiquer quelques acquisitions faites par M. Cigongne dans les ventes qui se sont succédé depuis une douzaine d'années. A la vente du prince d'Essling, il acheta plu* sieurs romans de chevalerie, notamment le Fier d Bras, Genève, 1478, payé 1004 fr.; et le Livre des faictz de Bertrand du Gués* clin, Lyon (vers 1490), payé 850 fr. A la vente des Hvres au roi Louis-Philippe, il se rendit acquéreur pour 1260 fr. aun exemplaire de Perceibvest. A la vente De Bure, en 1853, on lui adjugea pour 385 fr., les Miraeoli délia Madonna , 1496, in-4, et pour 700 fr. un Office de la Vierge, écrit par Jarry. A la vente Armand Bertin, il se rendit maître des Faictx merveilleux de Virqile (imprimés n Paris par Trepperel) au prix de 30a fr., et Syparis de Vincvaulx^ roman de chevalerie des plus rares, lui resta moyennant 609 fr.
La curieuse collection d'Anciennes poésies françaises, publiées par M. A. de Montaigdon et qui fait partie de la Bibliothèque elzévirienne de j&nnet, renferme un assez grand nombre de pièces reproduites d'après les exemplaires, quel(jucfois uniques, qui se trou* vaient dans le cabinet de M. Cigongne.
Après la mort de cet amateur, sa bîblio*
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thèque* a été achetée en bloc par le uuc d'Aumale, pour la somme de trois cent cinquante mille francs.
Un autre bibliophile parisien , bien moins opulent d'ailleurs que M. Cigongne, ne doit lias être oublié dans ce coup-d œil jeté sur li*s bibliophiles contemporams ; il s'agit de M. Auguste Veinant, mort, aussi en 1859. Un de ses amis lui a consacré, dans la Revut européenne (n* du 15 mars 1859), une courte notice à laquelle nous emprunterons les lignes suivantes :
« M. Veinant s'était pris de bonne heure de passion pour les livres. N'ayant pour toute fortune qu'un traitement fort modeste, il était cependant parvenu, à force d'activité, de patience et d'habileté, à se former une bibhothëque réellement précieuse. Tous les
iours il assistait à l'ouverture des boîtes des >ouquinistes, et ce qu'il a dû à ces promenades matinales de trouvailles heureuses est incroyable. Il lisait tous les catalogues, il connaissait tous les libraires et tous les amateurs. Les hasards des ventes publiques, les échanges ont beaucoup cpntribué à enrichir sa collection. Il lavait et réparait les livres avec beaucoup d'habileté, et souvent des exemplaires dédaignés de tout le monde sont devenus, entre ses mains, des volumes irréprochables. Il était d'ailleurs très-dillicile, et personne ne se connaissait mieux que lui aux mille détails qui constituent le mérite d'un volume aux yeux d'un amateur. Une tache de rouille dans le papier, un pli de magasin, un feuillet mal plié, un fer mal poussé sur une reliure faisaient son désespoir.
« Il a fait réimprimer, soit seul , soit de concert avec un autre amateur, un nombre assez considérable de pièces rares. Ces réimpressions, tirées à très-petit nombre, sont exécutées avec le soin le plus scrupuleux. » ;. Une des plus belles bibliothèques particulières de Paris est aujourd'hui celle qua formée un homme d'une haute intelligence, M. Félix Solar, ancien collaborateur d'Henri Fonfrëde, et que des spéculations heureuses ont placé à la tête d'une grande fortune. Les raretés bibliographiques de tout genre , les ouvrages les plus précieux abondent chez M. Solar, et tout les amis des livres désireraient qu'une de ces publications qui s'adressent sf>écialement aux bibliophiles, fit connaître avec quelques détails ce que renferme déjà cette collection si importante et qui s'accroît sans cesse. Comme renseignement nous placerons ici l'indication de quelques achats faits par M. Solar dans deux ventes récentes
Vente Libri^ à Londres en août 1859.
N. 785. La Comedia dei Dante, Mediolani, 1477, in-foK, 30 1. st.
N. 951. FacéUes diverses, 1555-1624 (5 pièces), S I. st., 6 sh.
N. 1005. Fr. Fléridi Sabini opéra, Basileœ.i^AO, In-fol., excmplait-e à la reliure de Grolier,28 I. si.
N. 1166.Diclz ctauUorilez dessaigespbilosonlies
ipar Pierre Gringoirc), in-4, sans lieu ni dale, ►Jsl. lÎRh.
N. 1268. Les lliadcs d'Homère, poêle grec, irans-
\ài(es par Jehan Samxon, Paris, 1.^30, in-4, f 6 I. »i.
N. U57. Titi Livii Oecades, 1470 (édition briii. ceps), 20 1. st. 10 sb.
N. 1993. Petrarca, Sonelli, VenetHi^ 1473, in-foL, 29 L SI.
N. 2033. Pierre de Provence. Paris^ s. d. in-4. {roman de chevalerie fort rare), 14 1. si.
Vente A, Veinant à Parit ijantier 1860).!.
N. 178. Recueil de pièces satiriques liupriroëes au XVI* siècle, 455 fr.
N. 362. Le livre de Facet translaté en francovs. Paris, 1535, 244 fr. '
N. 374. Les souhaits du monde, petit iii-8, 4 lU, 151 fr.
N. 379. Deploration de la mort de François de Valois (en vers), Paris, 1547, in-8, 203 fr.
N. 416. Poésies deCesarde Nostre-Dame. TAolose, 1608, 99 fr.
N.677.Troi8 facéties, imprimées vers I6f0j59fr.
N. 678. Recueil de dix pièces rares en vers et en prose (vers 1620), 129 fr.
N. 689. Recueil des Œuvres et fantaisies de Tabarin, 1623-24, 3 parties en un vol., petit iu-12,
Parmi les bibliophiles qui conservent encore à Paris le feu sacré, nous signalerons, d'après un petit Annuaire publié par M. Louis Lacour, la belle collection formée par M. AIkan aîné d'ouvrages relatifs à la typographie, l'importante bibliothèque dramatique dé M. Francisque jeune, la réunion très-remarquable d'ouvrages en patois et en dialectes Brovinciaux, appartenant à M. Burgaud des [arets, la bibliothèque mathématique de M. Chasles et celle d'un autre membre de l'Institut, M. Vincent , qui y a joint des livres de musique, science à. l'égard de laquelle il a publié des mémoires remplis d'érudition.
M. Coppinger s'attache à réunir les éditions françaises du xv siècle , les chroniques, les romans de chevalerie; M. de TEscalo^ pier a rassemblé des ouvrages sur la Terrc- Samte et sur l'archéologie chrétienne; M. Terneaux-Compans est le possesseur d*une importante collection de voyages etd'ouvrages sur l'Amérigue; M. Taschereau a formé ime réunion unique de livres et d'estampes sur la Touraine.
BI. Louis Lacour signale aussi le cabinet de M. de Lurde, où l'on remarque un grand nombre d'EIzevirs français non rognés, Corneille, Molière, Racine, éditions originales, le Molière de 1682, exemplaire de Longepierre. Dans la collection de M. de Villeneuve, peu nombreuse mais d'un choix exquis, on peut citer une Imitation en français, exempl. de Longepierre, un magnifique livre dMeures de Germain Hardouin, paye 975 fr. à la vente Libii, un très-beau volume à la reliure de Maioli, acquis 2500 fr. h la môme vente.
N'oublions pas \a bibliothèque de M. Victor Cousin, riche en éditions originales des classiques français, en ouvrages du xviv siècle, et qui doit, dit-on. faire l'objet d'un legs à la bibliothèque de la Sorbonne.
Le savant auteur du Manuel du libraire possède une collection admirablement choisie de raretés typographiques, et il serait bien à souhaiter qu*il voulût en publier le catalogue accompagné de notes comme lui seul serait en mesure de les faire. Ce seiail
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h coup sûr un des livres les plus précieux qu'un bibliophile pût posséder.
Ce n'esl point à Paris seulement que se rencontrent des bibliophiles pleins de zèle. La province en possède plusieurs qui s'efforcent de donner à leurs collections toute rétendue qu'elles peuvent avoir, qui lisent avec empressement les catalogues des ventes faites à Paris, et qui font parfois une rude concurrence aux amateurs établis dans la capitale.
Sous ce rapport, la ville de Lyon s'est distinguée ; malheureusement deux belles collections formées par des habitants de cette grande cité ne subsistent plus ; elles ont été livrées aux chances des enchères. (Foy. à Tarticle Catalogue les notices consacrées à ceux de M. Cailhava et de M. Coste. Il reste toutefois encore à Lyon de très-remarquables bibliothèques ; la plus importante peutêtre est celle de M. lemeniz. Un journal 3[ui a cessé de paraître il y a longtemps, 1g Moniteur de la librairie, en a fait en 1843 l'objet d'une notice dont nous reproduirons quelques passages :
Originaire de Constanlinople , M. Yeaieniz est un manufacturier distingué; ses riches tissus pour rOrient, ses étoffes pour ameublements lui ont mérité une juste réputation : mais, les soins du commerce ne Vont pas détourné de la formation d'une précieuse bibliothèque, œuvre de discernement et de patience.
M. Yemeniz n'a rien épargné pour la restauration et la reliure de ses livres. Il a su tirer tant de bons ouvrages de l'abandon et delà poussière sous laquelle ils allaient dépérir, que, loin de considérer les riches reliures comme un simple luxe de parade, il les croit jiropres à faire respecter et conserver les ouvrages revêtus d'aussi brillants habits.
M. Simier père, que Ch. Nodier a désigné comme le restaurateur de la reliure en France, a couvert d'habits de maroquin solides, magnifiques et élégants, une grande partie des classiques grecs 'et français de ce cabinet.
Les classiques grecs sont le premier et le plus cher objet des affections de M. Yemeniz. Parmi les Aides, tous à grandes marges, d'une rare pureté et d'une magniûque condition , on peut citer :
Joannis Grammatici In posteriora resolutoria Arisloteiis, 1524, in-folio. (Exemplaire en Ircsprand papier, excessivement rar^ en cet état. A son côté on voit, comme objet de comparaison, le même livre en petit papier, mais non rogné, ni ébarbé, circonstance qui n'est guère moins rare.)
Theocritus, 4495, in foi., première édition (sans feuillets réimt>rimés).
Biblia sacra, 15i8,in-rol. (papier fin).
Luciaiius, 1522, in-fol. (trois exeniplairrs ont contribué à former celui-ci, très-complet et dans toutes ses marges).
Athenaeus, 1514, in-fol. (remarquable en ce que le texte est suivi d'une table de 78 feuillets manuscrits sur vélin).
Parmi les autres éditions originales des auteurs grecs, on distingue :
rindare, Rome, 1515, in-(, maroquin rouge.
(Exemplaire de Gaillard, bibliophile des plosKélés.) Suidas, Milan, 1499. in-fol.
Apollonius Rhodius, Florence, 149^ in-4.
Vient ensuite la riche collection grecque des Ëstienne, dans tous les formats jusqu'à rin-32. Nous citerons le Platon in-folio,
Îrand papier, et un magniûuue Plutarque en 3 vol. in-8,à côté du(|uel M. Yemeniz a placé le plus bel exempl. connu du Plutarque d'Amyot, «rand papier.
N'oublions ms \e Photitis, 1693« in-folio, grand papier, les Geographi veteret, 1698, 4 vol. in-8, magnifique exempl., THomère, le Stobée, les Poetœ minores grœci, imprimés h Oxford et à Glasgow, grand papier Télin» in-8, devenus introuvables, exemplaires non rognés.
Dans les figures gravées sur bois du xvT siècle, M. Yemeniz admire le fini de l'exécution joint à la hardiesse et à la correctioa du dessin. Il s'est plu à former, en ouvrages de tout eenre, une nombreuse et riche collection de livres enrichis de ces estampes. Nous signalerons, VHypnerolotnachia Poli-* phili, Aide, 1490, in-fol., et la seconde édition du même livre, 1534, le Blarrokivi Nan^ ceides liber , 1518, in-fol., exempl. relié en mar., aux armes de la maison de Lorraine, de précieux recueils de cosiumes, plusieurs éditions des Imaaines mortis.
Parmi un grand nombre lïEmblimes, on remarque la première et jolie édition des Devises de Paradin, Lyon, 1551, et celle de 1557. De nombreuses suites de figures bibliques ne sauraient être omises : mentionnons les Historiarum veleris Testamenti Iconeê^ 1538, première et rare édition, les Quadrinê historiques, 1533, la Passio Domint nostri^ Nuremnerg, 1507. et une édition différente, Argentorali, 1507.
Parmi les éditions du xv* siècle, le Spéculum humanœ salvationis, sans date, et le Spéculum vitœ humtinc^, 1477.
Entre autres livres sur la chasse, un beau manuscrit du Gaston Phœbus, acquis pour 421 fr. en 1842, à la vente Crozet, et une
I'olie suite de ligures de chasse gravées sur )ois par Just Amman Parmi les voyages à la Terre- Sainte, une des sp(^cialités de M. Yemeniz, le Breydenbach, de 1488.
La classe des livres de piété, des sermons, abonde en fort jolis volumes garnis d'anciennes et charmantes reliures. Nous indiouerons seulement r/mt(a(toH de l'abbé de Choisi, édition de 1692 supprimée, dans sa première reliure avec la croix de la maison de Saint-Cyr et un envoi de la main de Mnm de Maintenon, un Office de la semaine sainte oui a servi à Louis XTV, d'après cinq lignes de la main de Mme de Maintenon, un magnifique manuscrit in-4'' {Preces pte), un Missel avec 38 riches peintures extrêmement curieuses par leur ancienneté.
Terminons cette nomenclature très-abrégéc en indiquant la Bible latine de Didot, ad institutionem Delphini, sur peau vélin, et le Pro^ dromus bibliothecœ grœcœ de Coraï, 1805» superbe exeuipl. également sur vélin ""' aussi que de rares éditions des vie
primé en Angleterre, des événements dont il Ait le témoin (21). II avait réuni un trèsgrand nombre d*opuscu1es de tout genre, qu'on obtenait alors presque pour rien et qui, aujourd'hui devenus excessivement rares it recherchés, se payent au poids de Tor. Il légua, lors de sa mort, survenue en 1703, foute sa collection au collège de la Madeleine à Cambridge, et il prescrivit des dispositions minutieuses pour qu'elle restât parfaitement intacte. Les volumes sont renfermés dans des armoires qui ne doivent être ouvertes qu'en présence aun employé supérieur du collège; chaque livre consulté doit être remis le plus tôt possible à Tendroit qu'il occupait, et si la perte d'un seul volume vient jamais à être constatée, la collection entière cesse d'appartenir au collège de la Madeleine et devient la propriété d'un autre collège de Cambridge.
Parmi les bibliophiles anglais, aujourd'hui défunts, au siyet desquels Dibdin a donné d'amples renseignements, ou peut citer :
James Bindley, dont la bibliothèque, riche en ancienne littérature anglaise, fut vendue en 1820; cet amateur figurait sous le nom de Léon tes dans le Bibliographical Decameron de Dibdin; son catalogue, divisé en deux
garties» comprenait près de 6,000 articles, uelques-uns se sont placés à des prix fort élevés ; un poème de Stephen Hawes, imprimé en 1554, fut adjugé 48 1. st. 19 sh. (1,023 fr. 75 c), quoiqu'ileût cinq feuillets manuscrits ; un autre poëme du môme auteur, The Tem-
{iU ofàloMêe (le Temple de verre), in-4% s'éeva à 46 1. st. 4 sh. (1155 fr.).
Edward Nassau, dont la vente eut lieu en 1828; elle produisit 8,500 1. st. L'histoire d'Angleterre, la typographie et la poésie britannique y figuraient en première ligne.
La vente de sir Martin Sykes, qui eut lieu en 1824, fit sensation; Dibdin [Library eompnnion, p. 841) indique les prix auxquels s*èlevèrent quelques-uns des principaux aitlicles. Un exemplaire des Poems de Chester,
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1601, s'éleva à 61 l. st. 19 sh. (1558 fr. 75 c.); un petit volume renfermant aes poésies de Chaucer et autres monta à 42 1. st. (1070 fr. environ). La somme totale obtenue fut de 18,624 I. st. (465,600 francs).
Un bibliophile irlandais, oui mit fin à ses jours, en 1809, dans un accès de fièvre chaude, J. Quin, lègun ses livres au collège de la Trinité à Dublin. Il en avait réuni de fort précieux, surtout en fait d'anciens classiques; il avait payé 170 gumèes un ext»mplaire sur vélin du Virgile imprimé à Venise par Vin-
delin de Spire. , . „ , , ,
Quant au fameux Richard Heber, le plus déterminé do tous les bibliophiles passés,
(il) Les Mémoirei de Pcpvs , publiés p<»ur la première fois en 1825, ont «blenu, en 1858, une liixiàne édition. Voir sur ce curieux journal VE- (litnburgk Ileview, novembre 1823, le Quarterly Review^ mars I8i6, etc.
(22) Malgré le haut pHx de ce recueil , qui s'est adiucc à Londres jusqu*à36 I, st, (exemplaire avani U lettre), et luquel on joiat un 3* volttino publié
présents et ftiturs, il mérite un articlo spécial ; nous le lui consacrerons.
N'oublions i)as James Storer, littérateur. mort en 1799; il légua au collège d'Eton une belle bibliothèque qu'il avait formée volume à volume avec un soin minutieux. Toujours à rafifût des bonnes occasions, il attendait avec une persévérance patiente qu*un livre de choix vint s'offrir à lui, et il ne le laissait pas échapper. On distingue parmi les ouvrages qu'il avait rassemblés un exemplaire sur vélin de la Bible hébraïque de NapJes, 1487; la rare édition de la BibU en irlandais,' Londres, 1685; le Monte santo di Dio^ Florence, 1491; l'œuvre du graveur Nanteuil en 2 volumes, et une collection de portraits anglais en 11 volumes, parmi lesquels il en est de fort rares et d'un grand prix.
Parmi les bibliophiles anglais, il faut cite? lin grand seigneur, mort il a peu de temps. La bibliothèque du duc de Devonshire est, partie au magnifique château de Chatsworth, partie à rhôtel de Devonshire à Londres. Elle renferme l'ancienne collection formée de bien longue date par la famille des Cavendish. Elle est ricne en volumes imprimés I)ar Caxton, et elle possède un magnifique exemplaire ayant appartenu à la reine Elisabeth Gray, épouse d'Edouard IV, du premier livre imprimé en langue anglaise.
On y trouve aussi un choix remarquable d'éditions originales des classiques anciens,, et la collection des vieux auteurs dramatiques anglais est d'une richesse étonnante. Lorsque le duc eut atteint sa majorité, en 1812, lorsque la mort de son père l'avait rendu maître d'une fortune énorme, il se tit remarquer dans les ventes publiques do Tépoquc nar la quantité de guinées qu'il donnait atin de se faire adjuger des volumes précieux, et il lutta souvent contre son oncle lord Spenser, avec une énergie qui lui fit rcmporler la victoire. Il voulut en 1816 acheter en bloc la bibliothèque du comte Mac-Carthy, à l'égard de laquelle un autre article de ce Dictionnaire donne d'amples dé* tails, et s'il avait réussi, il aurait été sans rival en fait d'éditions du xv* siècle et do volumes imprimés sur vélin. Entre autres trésors de premier ordre qui se trouvent à Chatsworth, on peut signaler les dessins originaux de Claude Lorrain qui ont été gravés par Eariom, sous le titre de Liber veritaiis. 1779, 2 vol. in-folio (22).
Nous nous contenterons de signaler un seul bibliophile vivant, lord Ellesmère. Cet amateur instruit et zélé, chef de la maison de Bridgewater, possède ^ comme base de ses collections, la plus ancienne des bibliothèques de famille qui se trouvent en Angleterre. Elle existait en germe depuis des siècles;
on 1804 et gravé d'après des dessins recueillis de (ôléet d*aulre, il ne faut pas en avoir une haute idée, selon M. Léon de Laborde, qui s'exprime ainsi dans un article qui fait partie des Archives de r/rr£ français : cil est impossible de traduire d'une manière plus futile, plus insipide, plus monotone, en un mot plus banale, une (H)llcclioii de dessin* (pli sont des chcfs»tl'œuvre. i
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D£ BIBLIOLOGIE.
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mais elle lut considérablemeDt agrandie par .e cbancelier lord Ellesmère , et ses successeurs, le premier el le second comte de Bridgewaler, l'enrichirent beaucoup. Malheureusement, le troisième comte, célèbre j)ar l'ardeur qu'il apporta à l'extension de la navigation intérieure en Angleterre, et par les entreprises de canaux auxquelles il dut le développement d'une fortune princière, s'oc- <:upa très-peu de ses livres; il les laissa renfermés sans air et sans lumière, et à sa mort, survenue en 1803, une grande partie avait énormément soutl'ert. Ce qui restait fu^ soigneusement réparé, et il n'est guère de collection plus riche en productions littéraires de l'époque de la reine Elisabeth.
Les manuscrits de la bibliothèque de loi*d Ellesmère sont surtout dignes d'être signalés. On dislingue les Poésies de Chaucer, xV siècle, sur vélin, avec de belles miniatures; les Poésies de Gower, beau manuscrit offert par l'auteur au roi Ilenri IV. Une collection de quelques centaines de pièces de théâtre manuscrites, composées ae 1737 à 1824, oiflre d'autant plus d'intérêt pour Thistoire de la littérature dramatique, qu'elle est accompagnée de la correspondance du licetiser officiel avec les auteurs. (Le licenser est le fonctionnaire chargé d'autoriser, après examen, la représentation des pièces nouvelles; c'est une des branches des attributions du grand i'hambellan.)
Un catalogue de ce que la bibliothèque de lord Ellesmère renferme de plus curieux et de plu3 ancien a été dresse par M. Payne Collier et imprimé. On peut d'adieurs consulter, pour plus auaples détails, le Repertorium iibhographicum de Clarke (p. 359-373J, que nous avons déjà cité.
Nous ne pouvons terminer cet article sans rendre hommage à un bibliophile français qui mérite à tous égards une mention respectueuse, et que les événements ont jeté sur le sol étranger. Mgr le duc d'Aumale, après avoir, jusqiren 1848, servi la France avec distinction, charme les ennuis de l'exil et fait un noble usage d'une grande fortune en formant à Twickenham, près de Londres, une bibliothèque qui est aéjà très-riche et qui promet de devenir une des plus précieuses qu'un particulier ait jamais rassemblées,
(23) Montaigne raconte dans ses Essaii (Uv. ii , cb. 10) qu^il c aprins en cuustitine d'adiousier au iMHit des livres desquel» il ne veult servir qu'une fois le jugement qu'il en a retiré en gros.» U transcrit les annotations qu'il a faites sur Guichardin, sur Philippe de Goniines , sur les Mémoirei de Du Bellay ; mais, parmi ces volumes.qui seraient au-
iourd'liui du plus grand prix, il n'en est qu'un dont 'eiistence soit bien oonuue, c*est le César dont nous parlons.On assure que M. Parisonie trouva vers 1810, sur un quai, et qu'il ne le paya qu'un franc. Après être resté si longtemps inconnu, le jugement sur César a été mis au jour par M. IHiyen iOocument^ inéditM sur Ifoitlat^ne, Paris, 4855, p. 30), et Domnie ces Documenls onléié tirés à petit nombre, couniic celte page autographe de Moutaigne est encore presque inédite, nous ne nous refuserons piis le plaisir d'en transcrire quelques lignes : 4 Scunuic c'est César vn des plus grans mira-
Lorsqu'il faut devenir possesseur de quelque trésor littéraire de premier ordre, le prince montre une résolution que rien n'arrête. C*est lui qui, à la vente Parison, en 1856, est devenu propriétaire (moyennant la somme de 1550 fr. , plus les fiais d'adjudication) d'un exemplaire des Commentaires de Céiar (Anvers, 1570, petit in-S"), ayant appartenu à Michel Montaigne, et sur lequel l'auteur dus. Essais a écrit son nom , des notes marginales, et un jugement sur César et Pompée (23). A la vente Libri, en 1859, dont nous avons déjà parlé. Je duc d'Aumale a fait, entre autres acquisitions, celle d'un volume de Ma« chiavel (Libro delV arte de la (^ufrra,Vinegia» 1540, in-S"), reliure de Grolier; ce volume a été payé 150 1. st. (3750 fr. environ). A la vente \Valcken«er, le prince avait acheté pour 975 fr. un fort bel exemplaire du Ptolemée de Rome, 1478 (le premier ouvrage où se trouvent des planches gravées en tailledouce); et nous avons eu tout à l'heure Toccasion de dire qu'il avait fait, en bloc. Tac- (juisition de la riche et curieuse collection de M. Cigoiune.
M. Waagen (Galleries and Cabinets of Art in Great'Britain , London. 1857, p. 247-260) entre dans quelques détails au sujet des manuscrits à miniatures que possède le duc d'Aumale; nous en reparlerons à l'article Manuscrits a miniatures.
Si une dynastie déchue nous montre un bibliophile éminent, une autre dynastie, que les fluctuations des événements ont ramenée au pouvoir, nous présente de son côté un amateur non moins fervent des livres. S. A. 1. le prince Louis-Lucien Bonaparte, ordinairement fixé h Londres, a formé une réunion très-considérable et Irès-nrécieuse d'ouvrages (la plupart rares) relatifs à la linguistique. Ne se cr»ntentant pas de réunir à grands frais^ et avec beaucoup de temps et de peine, des volumes imprimés, le prmce a voulu concourir, par des publications nouvelles, aux progrès des sciences qu'il affectionne. Il a iiiit traduire en divers dialectes , et spécialement en basque, diverses portions des Livrer saints; malheureusement, quelques-unes do ces impressions, exécutées avec beaucoup de soin, et qui n*ont point été mises dans le commerce, ont été tirées à un si petit nombre
des de nature, si elle eut volu ménager ses faueurs, elle en eut bien faict deus pièces admirables, le plus disert, le plus net et le plus sincère historien qui fut iamais; car en cete partie il n'en est nul romain qui lui 84)it comparable et sui très aise que Cicero le ju^e de môme. Et le chef de guerre en toutes considérations des plus grans qu*ele fit'
t'aniais. Quand je considère la prandur incomparade de cete ame iexcuse la victoire de ne 8*estre peu deraire de lui, voire en cete très iniuste et irea inique cause.., S*il dérobe rien à la vérité iestime que ce soit parlant de soi car si grandes choses ne peuvent pas être faictes par lui qu'il n'y aie plus du sien qu'il n'y en met. C'est ce Hure qu*un mènerai d'armée deuroit continiiellemant auoir deuant les veux pour patron comme faisoit le mareHi;d SiVo^zi qui le suuoil quasi par cucr et Ta iraUuii. >
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DICTIONNAIRB
MB
ISt
d'exemplaires, qu'elles sont nécessairement comme non avenues pour la plupart des personnes désireuses qj recounr dans TintéH^t de leurs études (24).
BîBLIOTIIEOUE. — Nous n'avons pas besoin de dire ce aue désigne ce nom. Nous nous efforcerons ae réunir sur les plus belles bibliothèques qui existent en ce moment un ensemble de renseignements exacts; nous ne nous arrêterons d'ailleurs fort en détail sur aucune collection; car un volume entier ne sufllrait pas pour épuiser une faible partie de ce sujet, si nous no nous arrêtions a temps. Nous nous sommes servi, dans le travail dont nous offrons les résultats, de divers ouvrages, notamment de celui de M. Edward Edwards,
1>ublié à Londres : Memoirs of libraries, 859,2vol.in-8.