CHAPITRE !•'. — BiBLiornÈQUKs chez les a>'ciex
Ce sujet ayant déjà été traité dans un grand nombre d'écrits auxquels il est facile de recourir, nous avons peu de chose à en dire, notre but étant surtout de présenter dans notre Dictionnaire des détails, des faits qui ne se trouvent point ailleurs.
Nous ne nous arrêterons pas aux bibliothèques qui existaient avant le déluge, selon des Mvants allemands oui en ont fait le sujet de dissertations spéciales.
Il existait des bibliothèques dans la Judée. Les livres, et particulièrement les livres d'histoire, étaient devenus si nombreux, que Judas Machabée crut devoir tirer et répandre des extraits de ceux de la bibliothèque de Néhémias.' (// Mach, ii, 13; xi, 25.)
La bibliothèque d'Osymandias , un des an-
(2i) Nous croyons devoir ici indiquer quoiquosuns des volumes imprimes aux frais du prince ; ils sont tous d*un vif intérêt pour Tctude de In linguistique et pour les bibliophiles, surlout pour ceux qui recherchent les livres rares appartenant aux travaux sur FEcriture sainte.
El Ev«ngelio segun san Maieo, traducido al vascuence, dialecte navarro, par D. Bruno Elclie- Tiique de Elizondo, Londres, 1857, in-8. Edition tirée à 10 exemplaires.
L'Evanpile selon saint Matthieu, sur la version «le M. Le Maistre de Sacy, Iraduit en langue basque, dialecte bas navarrais, par M. Salalierry (d'Ibarolle) , Daycnne, i8:G. Edition tirée à 1^ exemplaires.
Le saint Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu, traduit en basque sur le latin, parTabbé Indiauspe, pour le prince L.-L. Bonaparte, Batjon^ ne, i8[ib, gr. in-8. Edition tirée à iâ exemplair<*s.
L*Âpocaiypse de Tapôtre saint Jean, traduite en basnue soiîlelin , par Tabbé Inchauspe, Londres, 1858, iu-IG. Edition tirée à 50 exemplaires.
Ceitic Hexapla : l>eing the Song of Solonmn in ail ibe liviiig Dialects oie ibe gaelic and Cambriun Languages, London^ 1858, iu-4. Edition tirée à !t50 exemplaires.
Lès langues dont ce volume offre des échantillons sont Tanglais, Tislandais, le gaélique, le dialerte de Tlle de Man, le franç^iis, le gallois, le brc(on et le vannetais. Ces deux dernières versions «Mit été exécutées par M. Gh. Terrien, expressément |MMir cette publication.
L'Evangile selon saint Matthieu, traduit en Lre-
ciens souverains de l'Egypte, doit sa renommée au passage souvent cité de Diodore de Sicile. Cet historien a conservé jtisqu'à nous l'inscription qui la désignait comme le dépôt des remèdes de Fâme (vrxHS nATPEïON).
Des recherches récentes ont donné lieu de penser que le temple ou pt4ais près de Thèbes, que Champollion et wilkinson ont appelé le Rameseium, mais qui est plus généralement connu sous le nom de Jlfeiitfiofitiiiii, avait contenu une collection de Uvres.
Wilkinson a donné dans son savant ouvrage : The ancient Mgyptiam^ t. I, p. 111, un plan du Memnonium; il a cru devoir indiquer deux appartements intérieurs , que M. Edwards a reproduits (t. i, p. 13)^ eomroe^ étant ceux qui contenaient la BiMîothèque sacrée. Champollion, dans ses Leiires $w t Egypte , a été plus loin encore : il avance qu*à rentrée de la première de ces chambres on trouve les flgures de Thoth, rinventeur des lettres, et de la déesse Saf, sa compagne, avec les titres de dame des lettres et président de la salle des livres. Le monument luin)éme est attribué au xiv* siècle avant Tère chrétienne.
Quelaues inscriptions où il est fait mention des bibliothèques des roisf d'Egypte se rencontrent sur les murailles des tombes; elles rappellent ordinairement l'allocation aux bi* bliothèques de pièces de terre. Une de ces inscriptions se trouve dans le voisinage immédiat de la grande pyramide de Chéops (ou Suphis); on Ta traduite par : La terre de U bibliotnèque (des livres réunis) de Suphis.. Cette inscription nous reporte à quelques siècles avant l'ère chrétienne. Deux autres. tombes, regardées comme étant de la mêmt
ton de Vannes, par M. Christophe Terrien, Londres, 1857, in- 16. Edition tirée à ^51 exemplaires.
Il Vangelo di S. Matteo, vol{:;arizz:ito in dialHlo sardo logurodese dal can. C. Spano, Londrût I8Ô8, in*16. Edition tirée à 250 exemplaires»
The Sonç of Soloinon in Lowland Scotah^ From. the anthoriscd English version. Qy Henry Scott Riddcll, London, i858, in-4. Edition Urée à i50 exemplaires.
The Buik of Psalms, in-8. Il n'a été tiré que les. premières feuilles de cette première édition de la traduction écossaise des Psaumes, par Henry Scott Kiddell, pour compte du prince Louifr-Lucitui Bonaparte.
Tlie Book of Psalms in Lowland Scotch. From. the authorised English version. By Henry Scou- Riddell, London, 1857, in-8. Edition tirée à âS(K exemplaires.
The Gospel oï sant Matthcw, in Lowland Scotch. From the English authorised version. By H. S. Riddell, London, 1856, in-8. Edition tirée à. 18: exemplaires.
The Song oC Solomon in the Newcastle dialecL From the authorised English version. By J. G. Forster, London, 1858, in-16. Edition tirée ai S50. exemplaires.
The Song of Solomon in the Cumberland dialecte. From the authorised English version. By Jobn. Ravson, London, 1858, in-16. A 250 exemplaires
The Song of Solomon in the Westmoriand diar le* t. From the anthoriscd English version. By. John Uichardson, Loiidon, 1858^in-16« Aâ50cxeiu'* plaircs.
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DE BIBLIOLOGIE.
énoque, rappellent « la terre consacrée à la biMiutbèiiue de Sephres. » ^ ,.
Les Assyriens n'avaient pas de livres; mais lis écrivaient sur des briques ou des cylindres d'argile. Les fouilles faites à Ninive, sous les auspices des gouvernements français et anglais, par MM. Botta et Layard, ont fimené la découverte d'un très-grand nombre de ces monuments fragiles, qui sont venus enrichir les musées de Paris et de Londres. Les caractères semblent avoir été tracés avec un instrument tranchant, et Targile durcie par le feu, après que l'inscription avait été laite. Les prfttres chaldéens informèrent CaU listhène qu'ils conservaient leurs observations astronomiques sur des briques cuites dans des fours, et le témpignage d'Epigène, cité par Pline (Hist. na^, liv. vn, chap. 56], confirme celle assertion.Ezéchiel reçut l'ordre de prendre une tuile et d'y retracer l'image de Jérusalem. .
Les inscriptions sur les briques de Ninive sont en général renfermées dans un petit carré, et tracées avec beaucoup de soin et de netteté. Elles semblent avoir été faites parfois au moyen d'un timbre, ce qui donnerait un
1 procédé analogue à ceux de la typographie, les lignes honzontales ou perpendiculaires, })rofondément tracées, se conservent sans altération durant une longue série de siècles, et existent encore à une époque où des volumes sur papier auraient disparu sans retour. M. Jules Oppert. que le gouvernement français a chargé de missions scientifiques en Asie, n'hésite pas à dire qu'il existe une classe nombreuse de tablettes chargées de caractères, lesquelles méritent, dans le sens strict du mot, d'être appelées une bibliothèque publique sur argile. Il croit que ces tablettes ont été préparées par ordre de 3ardanapale Y, vers l'an 650 avant l'ère chrétienne, et dans le but de servir à l'instruction jïublifiue. A l'appui de cette opinion, il cite une inscription remarquable : « Palais de Sardanapale» roi du monde, roi d'Assyrie, auquel le dieu Nebo et la déesse Ournut ont donné des oreilles pour entendre Quelle est la base du gouvernement. Ils ont révélé aux rois mes prédécesseurs celte écriture cunéiforme. La manifestation du dieu Nebo^ du dieu de l'intelligence suprême, je l'ai écrite sur des tablettes, je l'ai signée, je l'ai mise en ordre, je l'ai placée au milieu de mou jKilais, pour l'instruction de mes sujets. » ( VoyAe Rapport à If. le ministre de Viustrue^ tion publique, inséré dans les Archives des fnissiofis scientifiques , mai 1856.)
Il n'entre pas dans notre plan de dire grand'chose des bibliothèques cnez les Grecs et chez les Romains.
Aulu-Gelle (Nuits attiques, liv. v, chap. 7) avance que Pisistrate fonda une bibliothèque à Athènes, et qu'il la mit à la disposition du public; Athénée [Deipnosophistes ^ liv. iv) s'exprime è peu près de la même manière. On sait que Pisistrate était dévoué aux lettres, et qu'il réunit les œuvres des poêles; mais il n'est pas à propos de supposer qu'il ait réelhîmeut formé une bibliothèque , dans le sens
q^u'on attache aujourd'hui à ce mot. El si ou s en rapportait à cet égard à Aulu-Gelle, pourquoi n'adoplerail-on pas également le récit absurde qu'il fait sur l'enlèvement de celle bibliothèque parXerxès, qui l'emporta en Perse, et sur sa réintégration & Athènes, par les soins de Séleucus Nicanorî
Athénée ou son abréviateur mentionne Polycrate de Samos comme un zélé collecteur de livres. Il attribue les mêmes goûts à un Athénien nommé Euclide (peut-être s'agit-il de l'archonle de ce nom oui exerçait la magistrature l'an 403 avant l'ère chrétienne), à Nicocrate de Chypre, aux rois de Pergame, au poète Euripide et à Aristote
Selon Strabon , Aristote fut le premier qui réunit une véritable bibliothèque, et c'est h lui que revient l'honneur d'avoir suggéré aux Ptolemées la formation des riches collections rassemblées à Alexandrie. Il légua ses livres et ses propres écrits à Théophraste; celui-ci augmenta les collections, et il en disposa à son tour en faveur de Néléus. Le nouveau propriétaire, à ce que raconte Strabon, transi)orta ces livres à Scepsis en Troade, où ils furent oubliés et délaissés; on les cacha dans un souterrain, pour les soustraire aux souverains de Pergame, qui, dans leur zèle pour accroître leurs collections , n'avaient pas toujours grand égard aux droits de la ])ropriété. Ces manuscrits, après avoir souffert par suite de riiumidité et des vers, furent vendus k Apellicon de Théos, bibliophile plutôt oue philosophe, qui, dans ses tentatives maladroites pour restaurer des passages nui avaient souffert, altéra et corrompit les textes.
Lors de la prise d'Athènes par Sylla, la bibliothèque d'Apellicon fut transportée à Home parie conquérant. Les écrits d'Aristote furent mis entre les mains de Tyrannion le grammairien, et il les confia à Andronicus do Uhodes.
Tel est le r^'«It de Strabon; mais il ne s'accorde pas avec celui d'Athénée, qui dit que IMolémée Philadelphe acheta les livres de Néléus, et qu'il les fit porter à Alexandrie, avec ceux qu'il avait rassemblés à Rhodes et à Athènes.
Afin de concilier ces récits contradictoires, Vossius suppose que l'acquisition faite par Plolémée Pniladelphe ne contenait qu'une partie de la bibliothèque de Néléus, et que le reste , contenant les écrits d'Aristote , publiés ou non, furent cachés de la façon que mentionne Strabon, el longtemps après vendus è Apellicon. Tout cela est fort incertain, et des Critiques moderne« ont pris le parti de rejeter l'anecdote tout entière comme apocryphe.
Paul-fimile et Lucullus formèrent des collections avec les livres cju'ils obtinrent dans le cours de leurs victoires, et qu'ils envoyèrent à Rome ; Sylla se procura les bibliothèques d'Aristote et de Théophraste, ainsi ({ue celle de Pisistrate que Xerxès avait transportée en Perse, lorsqu'il se fut emparé (l'Athènes, mais que Séleucus Nicator, roi de Syrie» fit rendre à celle ville. Jules César avait l'intention de fonder une bibliut' *
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publique, à la tète de laquelle il voulait placer le savant et fécond polygraphe Varron ; ce projet ne fut pas exécuté, et ce fut Asinius FoIHo qui établit dans le vestibule du temple de la Liberté la première collection ouve'rte au public qu'il y ait eu à Rome; elle eut pour base les livres pris dans la Dalmatie, et elle reçut le nom d*Aventina. On peut consulter à cet égard le mémoire de Thorbecke sur Asinius PoUio, et la dissertation de J.-H. Fels, De Asinii PoUionis bibliothtca Romœ publicata^ lenœ, 1713, in-4.
L'empereur Auficuste créa deux bibliothè- ({ues publiques, fOctaviana à côté du théâtre de Marcellus, et la Palatina dans le portique dû temple d'Apollon Palatin; Uygin fut le conservateur de celle-ci, et Suétone ajoulo (fue PompeiusMacp.rfut préposé à la direction lie ces trois collections. {Voy. S. Luersen, De Umplo et bibliotheca Apollinis Palatini. Add. Dhput. de bibliolhecis veter. max, Romanorum, Franequerœ, 1719, in-8.) La bibliothèque de Pollion fut détruite par un incendie sous le règne de Dioclétien ; la Palatina eut le même sort du temps de Commode.
Des particuliers avaient aussi des collections importantes; Cicéron parle plusieurs fois de la sienne dans sa correspondance. {Ad Ait. I, 16; IV, 4, 8; Ad Divers. V. 9, XUI, 77) ; et il s'en trouvait dans les maisons (le campagne des riches Romains. (Martul., JUpigr. VU, 16).
Ajoutons enûn au'il existe deux dissertations spéciales , difficiles à rencontrer en France : l'une de P. Hamner, De bibliothecin Jlomanortim, [Jpsal, 1744, in-4; l'autre de Poppe : De privatis ntque publicis Romano^ rum bibliothecig, Berlin, 1826, in-4.
La bibliothèque d'Alexandrie, créée sous les Ptolémées, est une des plus célèbres de l'antiquité ; elle passe pour avoir été détruite par les Arabes, lorsqu'ils firent, peu de temps après la mort de Mahomet, la conauéte de I Bgypte, mais ce fait n'est pas bien démontré. (Vov, Bonamy, Dissertation historique sur )a bibliothèque d'Alexandrie^ dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions, t. IX. — C. D. Beck, Spécimen bibliothecarum Aieâ?andrtfiarum,Lipsiœ, 1779, in-4. — G. Dedel, flistoria critica bibliolhecar.Alexandrinarum , J.ugd. Bat. 1823, in-4. — Sainle-Croix, Ihcherches sur les anciennes bibliothèques d\i iexandrie, dans le fifagasin encxfclopédiqup , 1799, t. IV, p. 433. — Reinhard, Veber dus SchicksaL... Sur le sort de (a bibliothèque d'Alexandrie, Gollingue, 1792, in-8, etc. — Consulter aussi S. Assemani, Saggio sulV ori^ine, culto^ litteratura e costumi degli Arabi, Padoue, 1787, in-8; Oelsner, Mahomed, 1852, p. 174.
Saint Augustin nous apprend qu'il existait une bibliothèque à Hippone, et le grand nombre d'ouvrages qu'il cite, notamment dans La Cité de Dieu , attestent qu'il avait eu accès h une quantité considérable d'ouvrages. Le pape Ililaire fonda une bibliothèque à Saint-Jean de Latran ; celle
qu'Isidore de Péluse entretenait dans ^ou monastère était riche en auteurs profones, ainsi (}ue l'attestent les citations dont il a rempli ses épîtres. Il serait difficile de remonter à Torigine des collections du même genre fondées dans les Gaules ; mais Sidoine Apollinaire , qui lui-môme avait sans doute rassemblé beaucoup de livres classiques, puisqu'il en fait un fréquent usage, parie avec éloge des bibliothèques particulières de , quelques-uns de ses contemporains, tels que Loup, évêque à Périgueux, Rurice, évèque de Limoges , Philagre, oui enseignait les belles-lettres, et surtout le préfet Tonance Ferréol. La bibliothèque de ce préfet, poétiquement comparée par Sidoine à celle d'Alexandrie, était divisée en trois parties, l'une pour les femmes, l'autre pour les savants , la troisième pour le commun des lecteurs. Au vin' siècle, les traces de collections littéraires sont bien minces. En 814, la bibliothèque de Pontivi ne contenait que 200 volumes, et cependant elle paraît avoir été une des plus considérables de Téfioque. Les livres, les éludes se réfugièrent dans les monastères ; des collections , d'abord bien modiques, mais conservées avec un soin religieux, s'enrichirent successivement de nouvelles copies dçs anciens ouvrages, d'essais divers ce traductions, de productions nouvelles, soit en langue latine , soit en langues modernes.