CHAPITRE IX.-^BiBLioTiiÈQCES de la Suisse
La bibliothèque de Genève mérite une mention spéciale ; un homme qui a joué un rôle important dans les troubles dont cette cité fut le théâtre au xvi* siècle, Bonnivard, prieur de Saint-Victor, ayant promis de laisser ses livres à la ville, celle-ci s'occupa de jeter les bases d'une collection ouverte au public. En 1564 le conseil acheta les livres qui avaient appartenu à Calvin, et en 1565, ceux de Pierre Martyr. On trouve d'amples détails sur le développement de cette collection dans la préface du Catalogue publié en 1834, par M. L. Vaucher. La bibliothèque de Genève comptait alors 31,000 volumes environ. Aijfjourd'hui elle en possède près de 47,000. On peut y joindre la bibliothèque spéciale formée par le professeur Wiezel contenant 8,000 volumes relatifs à la littérature allemande, et qu'il a mise, depuis 1852, à la disposition du public.
Parmi les ouvrages précieux que renferme la bibliothèque de Genève, on peut citer le Spéculum vilœ humanœ imprimé en planches sur bois, et le seul exemplaire connu sur peau véhn du Mirouer du monde, Genève, 1517.
La bibliothèque de Bâle doit son origine h la résolution qui fut prise en 1530 de réunir les
d^Rrycius Putcanus : Au$picia bibliothecœ publiea Lovantensis* in-4.
BIB
DlCTlONNAlllE
BIB
livres des monastères supprimés afin d*en iormer la base d'une collection publiaue. Danslexvr et le xvir siècle diverses bibliothèques vinrent se fondre dans ce dépôt ; on y joignit les livres d'Erasme, et près de 9,000 /olumes appartenant au professeur Auerbach. En 1705, les livres qui avaient servi aux travaux des trois générations d'hébraisants qui Eortèrent le nom de Buxtorf furent acquis, a bibliothèque de Bâle contient environ 78,000 volumes imprimés et 4,000 manuscrits. Les classes les plus riches sont la théologie, les sciences naturelles et la littérature allemande. Un fonds annuel de 2,000 florins est consacré à des acquisitions nouvelles, et parfois des allocations extraordinaires ont été accordées.
Parmi les manuscrits, on en remarque quelques-uns en grec, fort précieux, notamment une copie des quatre Evangiles du ix* siècle et une copie des Epitres du x' , les Actes du concile de Bâle; de nombreuses lettres d'Erasme et un exemplaire de son Eneomium moriœ avec des dessins en marge de la main d'Holbein, dessins qui ont été souvent gravés et qui ont un peu souffert par suite de cette opération.
La bibliothèque de Berne doit également son origine à la confiscation des livres appartenant aux communautés religieuses. Les premiers volumes qui y furent placés provenaient des Chartreux deXhorberg ; ils furent apportés en 1548. Pendant près de deux siècles, la bibliothèque ne s'accrut que grâce aux dons qu'on lui faisait, le conseil municipal n'avait aCFecté aucun fonds pour l'enrichir; il ne prit celte mesure qu'en 1739. Parmi les dons qui eurent lieu, on distingue celui de Jacques de Graviseth qui, en 1036, offrit à sa ville natale une collection formée par J. de Bongars, historien et diplomate renommé, qui avait acheté un grand nombre de manuscrits provenant de l'abbaye de Saint- Benoit-sur-Loire. Cette circonstance adonné un prix tout particulier à la collection des manuscrits que possède la ville de Berne et dont J.-R. Sinner a publié un catalogue estimé (1784, 3 vol. in^). Les livres relatifs à l'histoire de la Suisse sont classés à part. La bibliothèque est ouverte tous les jours. Sinner en avait publié le catalogue en 1764, in-8 ; un supplément parut en 1784, mais on comprend combien d'autres suppléments seraient nécessaires. Aujourd'hui les volumes imprimés montent à plus de 50,000 et le nombre des manuscrits est de 3200 environ. La collection est installée dans douze salles.
La ville de Zurich possède deux bibliolhèûues : Tune appartient à la ville, l'autre à 1 école cantonale. Celle delà ville fut fondée en 16^9 grâce au zèle de quatre jeunes Zurichois qui, revenus d'un voyage en Europe, voulurent doter leur cité d'un établissement analogue à ceux dont ils avaient pu ailleurs constater les avantages. Celte collection com-
§>rend aujourd'hui 63,000 volumes environ et 50 manuscrits. Parmi ces derniers se trouve une réunion intéressante de lettres écrites à l'époque de la réforme; elles ont été en par- •
lie publiées par une de ces sociétés de bibliophiles qui sont nombreuses en Angleterre {the Parker Society) sous \e titre de Zurich Letter s. Un catalogue des imprimés fut publié, en 1629, par M. Huidrich; un autre, bien plus complet, mais qui ne dispense pas d'un troisième, a vu le jour en 1744, en 2 vol. in-8.
La bibliothèque cantonale compte environ 27,000 volumes imprimés.
La bibliolhèquecantonaledeLausanne renferme 45,000 volumes environ imprimés et Eres de 300 manuscrits. Lucerne offre trois ibliothèques intéressantes, celle de la ville, celle du canton, et celle du couvent des Capucins. Soleure compte 8,000 volumes environ dans sa bibliothèque municipale et dans celle du collège. On signale à Schaffhouse trois bibliothèques, celle de la ville, celle du clergé et celle de la Société médicale. Thun, Winterthur, Neufchâtel et quelaues autres villes ont aussi des collections de livres.
La bibliothèque cantonale d'Aarau offre de l'impoilance. En 1804, le canton d'Argovie acquit la bibliothèque du général Zurlauben qui avait été achetée par le gouvernement suisse. D'autres acquisitions suivirent : on se procura la collection des couvents de capucins de Laufenburg et de Rheinfeld> celle des Bénédictins de Mûri (10,000 volumes et 64 manuscrits), celle ducouvent de Wettingen,de Tordre de Cîteaux;en 1847, le grand conseil 6t l'achat du cabinet de Zschokke. On est arrivé ainsi à posséder 60,000 volumes imprimés et 1,200 manuscrits.
L'administration de la bibliothèque est confiée à un comité choisi par le conseil cantonal. La salle de lecture e$t ouverte trois jours par semaine durant cinq heures en été et quatre en hiver ; le prêt au dehors n'a lieu qu'en faveur des souscripteurs; leur nombre est de 40 à 50 par an.
Quant à la ville de Neufch&tel, les imprimés qu'elle renferme ne sont ni bien oonibreui, ni fort importants, mais on trouve quelques détails sur les manuscrits que possède celte bibliothèque dans un rapport de M. Dantier (voir Archives desmisiions $ciei^ tifiques, t. VI, p. 262). Les plus curieux sont un roman du cycle de Lancelot du Lac qui parait encore inédit et un recueil de fabiiaui du iiV siècle dont trois seulement ont été publiés. Un recueil considérable de manuscrits et de lettres de Jean-Jacques Rousseau renferme un grand nombre de pièces inédites ainsi que des lettres adressées par beaucoup de personnages plus ou moms célèbres.
Ajoutons que le travail de M. Dantier, où sont exposés les résultats d'une mission littéraire entreprise pour recueillir les correspondances des Bénédictins de la congrégation de Saint- Maur, est accompagné d'un grand nombre de lettres, jusqu'alors inédites, de Mabillon^da Montfaucon, de Martène, et d autres membrei de cette célèbre congrégation.
Lucerne renferme une collection intéres* santé; cette bibliothèque, qui s'est augmjMitéo de plus de 40,000 volumes par laréunionde celle de Saint-Urbain, possède entre autres manuscrits un superbe in-folio sur vélin du
BIB
DE RlBLlOLOaiE.
BIB
xnr* siècle, renfermant le Spéculum hittoriale de Vincent de Beauvais avec des leçons et des variantes qui mériteraient d'ôtre recueillies.
La bibliothèque du célèbre couvent de Bénédictins, à Einsiedeln, remonte à Tépoque de la fondation de ce monastère, au x* siècfe. Malheureusement la guerre et l'incendie ont détruit les plus anciens trésors de cette vénérable collection. Depuis quelques siècles, de grands efforts ont été faits pour la rétablir. Jusque répoque de la révolution, les Eroduits de l'imprimerie établie dans l'ab- Aye fournirent dans ce but des ressources importantes qui ne subsistent plus. Toutefois la bibliothèque d'EinsiedeIn compte environ 26,000 volumes dont 850 manuscrits. Un grand nombre de ces derniers sont du xi* et du xn* siècle; beaucoup sont d'une grande valeur. Un millier de volumes ont été imprimés avant Tan 1500. Des lectures sont faites à haute voix, suivant un ancien usage, pendant les repas.
Le rapport de M. Dantier, que nous avons déjà citév mentionne, comme se trouvant à Einsiedeln, une copie du Sipecuium humanœ salvationii, orné de très-belles miniatures, plusieurs manuscrits fort anciens de Virgile, de Salluste et de Juvénal, un recueil des lettres de Pétraruue et son traité De vita golitaria^ une fort belle Bible du x* siècle.
Quelques manuscrits ont de l'importance pour l'histoire du xvr siècle.
L'abbaye de Rheinau, près de Schaffouse, possède encore aujourd hui des ouvrages aussi nombreux qu'importants. Parmi les manuscrits, le plus remarquable par son antiguité est un recueil du ix' siècle oue dom aimet suppose avoir servi à saint Dunstan ou à l'un ae ses compagnons venus, comme lui, de la Grande-Bretagne.
Un Codex du xu* siècle renferme les Catilinaires de Cicéron et le traité De eenectute avec des variantes dignes de remarque. Un commentaire curieux, du même siècle, roule SUT V Art poétique (ïRoràce et sur les Fastet d'Ovide ; c'est une œuvre anonyme. Divers Actes de saints se rattachent à l'histoire de France ; une Passion de saint Quentin offre de notables différences avec celle qu'a publiée SÛiîUis.