‹ Dictionnaire de biographie chrétienne (volume 2)Chapitre 109 sur 228 · BA · texte numérisé non relu

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dant que sans un motif politique qui intéressait l'état , Jurieu n'aurait point réussi. Halwin, bourgmestre de" Dordrecht, état entré dans une espèce de négociation avec Amelot, ambassadeur de France en Suisse, pour faire la paix avec cette couronne à Tinsu de l'Etat. Il fut arrêté pour ce sujet par l'ordre du roi d'Angleterre, qui ne voulait que la guerre, et condamné à une prison i)erpétuflle et h la confiscation de tous ses biens. Bayle fut soupçonné d'avoir, par ses écrits, fait entrer bien des personnes dans les vues du bourgmestre, et les magistrats de Rotterdam eurent (,rdre de lui ôter sa charge de professeur et sa pension : ils obéirent en cela au roi Guillaume, dont ils étaient les créatures. Il s'éleva contre Baj'le une nouvelle tempôie, lorsque son Dictionnaire parut en 1697. Jurieu dénonça au consistoire de l'église V alloue ce cpx'il y avait de ré| réhensible dans cet ouvrage, c'en était une partie trèsconsidérable. Ba.le fut obligé de promettre qu il corrigerait les fautes qu'on lui reprochait. Les preuves d'impiété que ce livre fournissait contre lui, lui causèrent beaucoup d'inquiétude. On dit qu'il devait ]> isser en France avec une pension de 6000 liv. lorsqu'il mourut à Rotterdam, d'une maladie de poitrine, âgé de 59 ans, en 1706 ; mais il n'y a pas d'apparence que Louis XIV fût disposé à récomjienser un écrivain, dont l'irréligion était manifeste. Il en convenait lui-même sans détour; on sait la réponse qu'il lit à l'abbé d^: Polignac, depuis cardinal : « A la- « quelle des sectes qui régnent en Hollande, « ôtes-vous le i)lus attaché , lui demandait « cet abbé'? Je suis protestant, répondit Rayle. « Mais ce mot est bien vague , reprit Poli- « gnac : Etes-vous luthérien, calviniste, an- « glican"? Non, répliqua Bayle : Je suis protes- « tant , parce que je proleste contre tout ce « qui se dit et ce qui se fait. » (Eloge du cardinal de Polignac par deBoze).Les ouvrages sortis l'e sa lîlume sont : Pensées fUverses sur la comète qui parut en 1680, k vol. in-12. Il avait commencé cet ouvrage à Sedan, et il le iiiiit en Hollande. Il y soutient, parmi d'autres paradoxes, qu'il est moins dangereux de n'avoir point de religion , (jue d'en avoir une mauvaise. On jugea dès lors que Bayle était un sophiste et un pyrrhonien. Après avoir sapé les fondements de toutes les religions dans ce livre, il veut anéantir la chrétienne. 11 ose avancer que de véritaities chrétiens ne formeraient pas un état qui piU subsister. On a cru, qu'en soutenant ce paradoxe, il méconnaissait l'esprit de la relig'on : il ne le méconnaissait pas , mais il feignait do le méconnaître. Bayle se formait des ianlômes pour les combattre : on ne le voit que trop dans cet ouvrage, à travers les digressions, les hors d'ieuvre et les passages dont il est ijarsemé. Il dessille les yeux sur l'influence des comrles, mais il mêle à cette vérité une inlinilé d'erreurs. Un de ses arliliccs est d'attaquer les vérités les ])lus capitales en tout genre, par les erreurs que l'ignoranct; y a mêlées. Eu nKinlr.uil i]u'(n\ lésa malsouleuues, il croit les avoir renversées. Les

chutes des savants font à ses yeux chanceler toutes les sciences : les méprises des uns sont des raisons, d'oii il conclut l'incertitude des autres. Sur ce vain sophisme, il appuie les fondements pour établir l'édifice de son pyrrhonisme. Sun style, qui plaît d'abord par sa clarté et par le naturel (jui le caractérise, déplaît à la tin, par une langueur, une mollesse et une négligence poussées un peu trop loin; il en convenait lui-même. « Mon style, « disait-il, est assez négligé, il n'est pas « exempt de t rmes impropres et qui vieil- « lissent, ni peut-être même de barbarismes. « Je l'avoue, je suis Ik-dessus presque sans « strupule. » Il rendait une exacte justice à ses ouvrages. Il dit dans une de ses lettres : « On m écrit que M. Despréaux goûte mon « ouvra,.;e. J'en suis surpris et llatté. Mon « Dictionnaire me paraît à son égard un vrai « ouvrage de caravane, oii l'on fait 20 ou 30 « lieues, sans trouver un arbre fruitier ou « une fontaine. » Bayle écrivait aussi au P. de Tournemine : « Je ne suis que Jupiter « Assemble-Nues. Mon talent est de former « des doutes, mais ce ne sont jiour moi « que des doutes... » Il s'est peint lui-même à l'article ArcésUas, oiiil fait le portrait de ce philosophe. A l'article Euclide, il se do: ne d'excellentes leçons dont il ne sait point faire usage. Subtilisant sans cesse, il condamne les auteurs qui subtilisent. Pouvait-il ignorer qu'Isocrate, dans le panégyrique d'Hélène, appelle ce talent « un talent petit, médiocre « et qui suppose peu de génie. » Les Nouvelles de la republique des lettres depuis le mois de mars 1684, jusqu'au même mois 1687. Ce journal eut un cours prodigieux. La critique en est saine dans bien des endroits, les réflexions justes, l'érudition variée. On est fâché d'y trouver quelquefois des plaisanteries déplacées, et des obscénités qui le sont encore plus. Ce philosophe tenait souvent des discours très-libres, et dans des assemblées où le plus petit reste de décence eût dû le décontenancer; il parlait des matières les plus cachées de l'anatomie dans un cercle de femmes, comme les chirurgiens dans leurs écoles; les femmes liaissaient les yeux, ou détournaient la tête ; il faisait semblant d'en être surpris, et demandait tranquillement « s'il était tombé dans quelque indécence'.'...» Commentaire philosophique sur ces paroles de l'Evangile Comrains - les d'entrkh , 2 vol. in-12. C'est une espèce de traité de la t'dérance, qui intéressa vivement tous ceux (jui en avaient besoin. Il y a beaucoup de dialectique, mais de celle qui lait des elTorls pour confondre le faux avec le vrai, et pour obscurcir un bon princqic i>ar des conséquences mal tirées. Réponses aux questions d'un prorinrial , 5 vol. in-12. Ce sont des mélanges de littérature, d'histoire et de phi- Josopine. Critique (jcnérale de ihisloirr du calcinisme, du P. .Maiinbourg. Dos Lettres, eu 5 vol. Dictionnaire historique, en't vol. in-fol.. Riitterdam, 17-20. Bayle l'aurait réduit, de. son l)ropre aveu, h un seul, s'il n'avait eu plus Cil \ues(in liliraiic cpie la postérité. Ce livre, d'un goût nouveau, estaccomi'a^çnédcKrandcs

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notes, dans lesquelles le compilateur a déchargé, avec plus de profusion que de chois, tout ce qu'il avait pu recueillir de bon et de mauvais. De là une foule d'anecdotes hasardées, de citations fausses, de jugements peu justes, de sophismes évidents, d'ordures révoltantes. Bayle traite le pour et le contre de toutes les opinions. Il expose les raisons qui les soutiennent et celles qui les détruisent; mais il appuie plus sur les raisonnements qui peuvent accréditer une erreur, qui^ sur ceux dont on étaie une vérité. Un écrivain fameux, grand admirateur de Bayle, a dit : « Qu'il élait l'avocat-général des philosophes , mais qu'il ne donne point ses conclusions. » Il les donne quelquefois. Cet avocat-général est souvent juge et partie, et lorsqu'il conclut, c'est ordinairement pour la mauvaise cause. C'est [iresque toujours le doute qu'il s'ell'orce d'établir. 11 est presqu'incroyable à quel ])oint il avait porté le scepticisme , au moins apparent, car on ne peut croire que dans le fond do son âme il fût aussi peu aftirmatif. Le Clerc nous apprend que dans ses vieux jours il voulait môme « ergoter contre les démonstrations « géométriques. » On sait qu'à La Haye, dans une compagnie nombreuse, il soutint que les Français n'avaient point perdu la célèbre bataille de Hochstel, quoique toutes les ga/.ettes l'eussent annoncé , que les suites de cette bataille fussent visibles , et qu'il se trouvât là même présents deux officiers qui y avaient été faits prisonniers. Après cela faut-il s'étonner si les mystères de la religion lui ont paru des problèmes? M. Dubois de Launay, dans une excellente Analyse de Bayle, Paris, 1782, 2 vol. in-12, montre par les paroles mêmes de Bayle que si ce sceptique parle pour toutes les erreurs, il rend éga'ement hommage à toutes les vérités. Les meilleures éditions de son Dictionnaire historique sont celles de 1720 et 17i0. Ses OEuvres diverses ont été recueillies en iautres vol. in-fol. Des Maiseaux a publié sa Vie en 2 vol. in-12, ouvrage qu'on aurait pu réduire à la moitié d'un, si l'historien s'était borné à l'utile. Ses principaîes erreurs ont été solidement réfutées par tes auteurs de \à Religion vengée, dans les sis premiers volumes de ctt ouvrage, et par le Père Le Fèvre dans son Examen critique de Bayle. Ceux qui veulent rassembler les portraits qu'on a faits de ce fameux pyrrhonien, peuvent consulter Ramsay, Le Clerc, Crusaz, Saurin, le Père Porée, etc. ; nous nous contenterons de rapporter celui qu'en a tracé un célèbre orateur de nos jours. « D'oii viennent « et comment se sont formés parmi nous ces « progrès si rapides du libertinage et de l'a- « théisme ? Il s'est trouvé un homme d'un « génie supérieur et dominant, à qui de tous « les talents qui font les grands hommes, il « n'a manqué que le talent de n'en pas abu- « ser; esprit vaste et étendu, qui n'ignora « presque rien de ce qu'on peut savoir, qui ne « voulut apprendre que pour rendre douteux « et incertain tout ce qu'on sait; esprit hal>ile « à tourner la vérité en problème, à tourner, à « confondre la raison par le raisonnement, à « répandre du jour et des grâces sur les ma^

« tières les plus sombres et les plus abstraites, « couvrir de nuages et de ténèbres les prince cipes les plus purs et les plus simples ; es « prit uniquement appliqué à se jouer de « l'esprit humain ; tantôt occupé k tirer de « l'oubli et à rajeunir les anciennes erreurs, « comme i)Our forcer le monde chrétien à « reprendre les songes et hs superstitions « du monde idolâtre ; tantôt heureux à saper « les fondements des erreurs récentes , par « une égale facilité à soutenir et à renverser, « il ne laisse rien de vrai, parce qu'il donne « à tout les mêmes couleurs de la vérité : « toujours ennemi de la religion, soit qu'il « l'attaque, soit qu'il paraisse la défendre, il « ne développe que pour embrouiller, il ne « réfute que pour obscurcir , il ne vante la « foi que pour dégrader la raison , il ne « vante la raison que pour combattre la foi. « Ainsi par des routes difl'érentes, il nous « mène imperceptiblement au môme terme, « à ne rien croire et à ne rien savoir, à mé- « priser l'autorité, et à méconnaître la vérUé, « à ne consulter que la raison et à ne point « l'écouter. » Que reste-t-il dans l'esprit après qu'on a lu ses ouvrages, dit un célèbre critique ? « Des objections en réponse à des « objections, des doutes pour combattre d'au- « très doutes; de l'incertitude, voilà le fruit « de son savoir, et l'unique présent qu'il fait « à son lecteur. Quelle gloire, ajoule-t-il, « pourrait donc tirer l'incrédulité d'un cory- « phée qu'on nous prône sans cesse, et qui « s'est décrédité lui-même par des incerti- « tudes conlinuelles? Ce ne sont pas des « hommes de cette trempe que la religion « nous présente dans ses maîtres et dans ses « défenseurs. Les Chrysostome, les Augus- « lin, les Cyrille, les Athanase, les Huet, les « Abbadie , les Bossuet , les Fénelon, les « Bourd-loue, les Massillon, et un millier « d'aut;es s'en tenaient à quelque chose de « hxe, el leur manière déraisonner supposait « la vérité dans leur esprit, comme elle en a communique la conviction à leur lecteur « A quoi en serait réduit l'esprit humain, s'il « n'avait pour se conduire que ces lumières « incertaines qui l'abusent et le fatiguent « sans le fixer? Les écrivains du christianis- « me, en répandant la clarté dans l'esjirit, « font sentir en même temps une chaleur « qui échautl'e et remplit le cœur ; dans « Bayle c'est une lueur froide qui éblouit ua « instant les yeux, et vous laisse ensuite « dans l'obscurité. »

BAYLEY (Anselme), théologien anglican, né en 1720, mort en 179i, composa plusieurs ouvrages qui sont maintenant à peu près oubliés. N(pus citerons : Grammaire hébraïque sans points et avec des points ; Y Ancien Testament en anglais et en hébreu, avec des remarques critiques et grammaticales, 4 vol. in-8° ; Union de la musique et de la poésie ; Traité pratique sur l'art de chanter et de jouer des instruim nts ; Institutions, règlements et statuts religieux pour les églises juive et chrétienne.

BAYLY (Louis), prélat anglais, né à Caermartheu dans le pays de Galles, fut chape-

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