SI
BAi
BAZ
iT.'i
lain (Ifi Jacqites I" et évoque de Bangor, en 1616, et motirut en 1632. Un ouvrage religieux qu'il publia lui lit une grande réputation ; il est intitulé : La Pratique de piété, qui a été trf-s-souvent réimprimée, notamment en 173i, ia-8% et qui fui tniiiuite en français en 1633. Ce livre acquit une telle vogue et une telle autorilé, qu'un (.rédicateur se plaignit de ce qu'on le respectait autant que la Bihle.
BAZARD (Amand), l'un des fondateurs du carbonarisme en France, et l'un des premiers pères suprêmes de l'association saintsimonienne, né vers 1792, fut initié aux rêveries de son prétendu apostolat par Olinde Rodrigups, à qui Saint-Simon avait transmis son héritage. C'est k l'^ivénement de la révolution de 1830 qu'il commença à mettre sa doctrine au grand jour. Il lit imprimer, au mois d'octobre de cette année, de concert avec M. Enfantin, un écrit intitulé : Religion saint-siinonienne, Lettre à M. le président de la Chambre des députés, dans laquelle ils repoussaient en ces termes le reproche qu'on leur avait fait de vouloir la communauté des biens et celle des femmes : « Oui, sans doute, 1 s suint-simoniens « professent sur l'avenir de la propriété et « sur l'avenir des femmes des idées qui «leur sont particulières aussi, et toutes nou- «velles sur la religion, sur la politique, sur
« le pouvoir, sur la liberté ; mais il s'en
« faut de lieauciiup que cis idées soient cel- « les qu'on leur attribue. » Bazard et Enfantin déclarent qu'ils repoussent le partage égal de la propriété : que ce partage égal serait une violence grande ; mais, comme ils croient à Vinégalité naturelle des hommes, ils veulent qu'à l'avenir chacun soit placé selon sa capacité et rétribué selon ses œuvres. Ils se bornent en conséquence à poursuivre la destruction de l'héritage. « Ils demandent « que tous les instruments du travail, les « terr. s et les capitaux, qui forment aujour- « d'Iiui le fonds morcelé des [iropriétés par- « ticulières, soient réunis en un fonds « social, et que ce fonds soit exploité />ar«sci sociation et hiérarchiquement, de manière « à ce (}uc la t khe de chacun soit l'expris- « sion c!(^ sa cnijarité, et »a richesse la mesure « de ses (Buvres. » La propriét T- ne doit pas consacrer le privilège impur de roisivclc, c'est-à-dire celui de vivre du travail d'autrui. Quant k la com[)Osition du triiiunal qui devait prési'Ier à la r(''paitition propo, tionnelle (lufnnds social entre tous les individus composant la gramle famille humaine, MM.
Ba/ard et Enfantin n'en disaient mol, snp- [losant sans doute (juc les huit cent millions d'individus répandus sur la surface du glnbo ne [louvaient manquer de s'en rapporter à eux pour ce partage. Dans le niéme écrit les auteurs déclarent ne vouloir que la coni- [ilète l'mancifjation des femmes, sans prétendre abolir la sainte loi du mariage; mais leurs réticencesialculées surce sujet. les termes dontilsenv(|()|ipaient cette pai tiède leur System •, et les expressions de prostitution itéijah-, trujic hontcud, aiiplitiuées à l'union
conjugale, ouvrirent le champ à toutes les interprélations. Ce manif 'ste produisit peu d'etlet à la chambre des députés. Le gouvernement, par une tolérance qu'expliquaient sans la justitier les événements politiques qui venaient de s'accomiilir, laissa les nouveaux apôtres, qui afiirmaient n'être pas républicains, ouvrir leurs églises à Paris et dans plusieurs grandes villes. La nouveauté de leurs prédications attira la foule, et leur gagna un a rtain nombre de partisans. Plusieurs jeunes gens de l'école polytechnique se laissèrent séduire par l'idée de diriger la société avec des chiffres. Quelques adeptes vendirent leur patrimoine, et en versèrent le prixintégi al dans la caisse du fonds so(nal universel. Bazard et son compère eurent soin d'à joutera leurs prédications une grande [lublication délivres qui devaient se distribuer gratis. Le Catéchismcdes industriels, ouvrage de Saint- Simon, fut réimprimé; et ils lirent paiaitre en
1830 un Tableau synoptique delà doctrine, suivi de l'Organisateur, Journal hebdomadaire des Saint-Simoniens , qui fut continué en
1831 et forme 7 volumes in-^". Ils devinrent aussi propriétaires du journal le Globe, dont le titre convenait parfaitement à leurs vues de réforme universelle; ils y ajoutèrent ces mots : Journal de la doctrine saint-simonienne, avec celte épigra[ilie : A chacun selon sa vocation, à chacun selon ses œuvres. Association universelle. Appel aux femmes. Organisation pacifique des travailleurs. Cette feuille qui se distribuait gratis cessa de paraître dans lesderniersjours du mois d'avril 1832. Cependant dés la lin de 1831, la discorde s'était glissée parmi les pèies suprêmes de la doctrine. Bazard, [dus modéré qu'Enfantin, répudia une partie de ses idées; mais il succomba dans le débat qui s'ouvrit en présence de tous les saint-simoniens et il fut déposé de sa quote-part du poniilicat à la fin de novembre 1S31. Le père Enfantin fut reconnu seul père suprême; toutefois le scandale de ce schisme fut pour la secte un coup dont elie ne put se relever. D'un autre côté l'argent qui était le nerf de la doctrine s'épuisa dans les dé[)enses de toutes sortes que. nécessitait la piO|mgaiide, telles que frais d'impressions et disinliutiiuis de brochures, ainsi que de représentation, car ils avaient compté sur les nombreuses fêtes et soirées que leurs pères donnaient chez eux pour multiplier le nombre de leurs prosélytes. Peu de mois api èsavoir foi ce Bazard à se retirer, Enf;intin, déguisant sous une apparence d'iiis(iiration ce qui était une nécessité, déclara qu'il allait, mais de son plein gré, se retirer et se recHiillir. Ses adieux furent |nibliés dans le dernier numéro du ^V/oi(c avec cette adresse: AU iio.MiK. l.iilanlin annonçait qu'il allait se retirer à .Ménilmontant. Trois de ses apôtres firent dans le même numéro leur allocution d'adieu, dans latjuelle par un ra[iproehemeiit sacrdége, qui d ailleurs leur éiait familier, ils ne craignaienl pas dappliipicr au iièro Enfantin les expressions myslujues de Messie de IHeu, (le Hoi des mitions, de ( hrist et do Verbe. Ba/ard cependant s'êtuit éloigné de la
RÀZ
capitale; il mourut, âgé de 40 ans, K Courtry près de Montfermoil, le 29 juillet 1832. Enlantin et ses disciples se retirèrent dans une espèce de chartreuse à Ménilmontant, où ils travaillaient et se promenaient en cliantant des hymnes dont les vers et la musique étaient leur ouvrage. La police dont l'attention fut éveillée par les rassemblements de curieux qui se formaient dans les alentours de cet établissement, y fit mettre les scellés, et le père suprême fut appelé à comparaître, avec quelques-uns de ses disciples, devant la cour d'assises. Enfantin, et avec lui Chevalier et Duveyrier, rédacteurs du Globe, furent condamnés à un an de prison et cent francs d'amende, pour délit d'outrage à la morale publi :ue, parla publication d'écrits, et pour discours proférés dans les lieux publics. Leurs collègues Olinde Rodrigues et Emile Barrault en furent quittes pour 50 francs d'amende. Le père Enfantin [)artit plus tard pour l'Orient, afin d'y chercher dans les harems de l'Egypte et de la Turquie le principe régénérateur du monde, c'est-à-dire la femme libre ; mais ses rec'iercheslui ont attiré de fâcheux désagréments chez des peuples qui preiuient facilemint ombrage lorsqu'il s'agit du chapitre des femmes. — Bazard et Enfantin avaient une église constituée h Lyon : on sait les malheurs qui fondirent peu après sur cette cité; il est permis de croire que l'agitation produite dans les esprits par la prédication de leurs doctrines n'y a pas été tout h fait étrangère.
BAZINGHEM (François-André-Abot de) , savant numismate, né dans le Boulonnais, en 1711, se fit recevoir avocat du parlement à Paris, et fut pourvu en 174-1 de la cliargo de conseiller-commissaire à la cour des monnaies. 11 s'en démit au bout de trente ans, et se retira à Boulogne, où il s'appliqua à la culture des lettres et à la recherchi' des monuments historiques. Bazinghi m mourut dans cette ville en 1791. On a de lui : Traité des monnaies et de la juridiction de la cour des monnaies, en forme de dictionnaire, faris, 1764, 2 vol. in-4", qui est encore le plus estimé dans son genre; Tables des monnaies courantes dans les quatre parties dumonde, ibid., 1776, in-16; i{fc/îerc/ies historiques concernant la ville de Boulo(jnc-sur-3Icr et l'ancien canton de ce nom, ihid., 1822, in-8'; Les aventures du comte de Yincvillc et d'Ardelisc sa fille, ibid., 1822, in-8% rom.ui historique. On cite encore de lui une Histoire ecclésiastique de Boulogne, restée manuscrite.
BAZIUS (JEAN),évèque de WexiœenSuède, né en 1581, est auteur d'une histoire ecclésiastique de Suède, intitulée : Inventarium Ecclesiœ Sueco-Gothicorum, continens integram historiani ecclesiœ Suecorum, libris via descriptam usque ad annum 1G42, Lincopiœ, 1642, in-4°. Bazius mourut en 1G49. Ce prélat eut trois fils : Jean, qui devint archevêque d'Upsal, mit au jour quelques ouvrages de théologie. Eric, qui se distingua dans la carrière des armes, fut anobli amsi que le plus jeune, Benoît, qui fut précepteur du prince Charles-Gustave, depuis roi de Suède,
BEA iSi
sous le nom de Charles X, et dont on a plusieurs dissertations d'histoire et de morale.
BEATILLO (Antoine), jésuite, né à Bari dans le royaume de Naples le 22 novembre 1570, enseigna dans son ordre les belleslettres, l'hébreu et l'Ecriture sainte, et parut avec succès dans la chaire. Il mourut à Naples le 7 janvier 1642, laissant plusieurs Vies de saints, écrites en italien, etdontquelques-unes ont été imprimées; on y distingue celle Di san Sabino vescovo Canusino, protettore délia città di Bari, Naples, 1629, in-8°, à la fin de laquelle est une liste des archevêques de cette ville, utile pour l'histoire ecclésiastique du pays. Be.itillo écrivit en outre La Storia délia città di Bari, Naples, 1657, in-4°.
BEATRIX (sainte) signala sa charité dans les temps des persécutions : elle retira du Tibre les corps de saint Simplice et de saint Faustin, ses frères, qui avaient été décapités à Rome en 303, et resta ensuite cachée pendant sept mois chez une femme vertueuse, nommée Lucile, avec laquelle elle employait la nuit et le jour à la privre et à la pratique de toutes sortes de bonnes œuvres. A la fin on la découvrit et on l'arrêta. Son accusateur fut un païen de ses parens, qui voulait s'approprier ses biens. Elle protesta généreusement dev.int le juge qu'elle n'adorerait jamais des dieux de bois et de pierre. Sa confession fut suivie d'une sentence de mort ; on l'étrangla dans sa prison. Lucile l'enterra auprès de ses frères, du côté du grand chemin de Porto, dans le cimetière appelé ad ursum piteatum. Le pape Léon transporta les reliques de ces saints dans une église qu'il avait fait bAtir à Rome sous leur invocation; elles sont aujourd'hui dans celle de Sainte Marie-Majeure.
BEATTIE (James), poëte et littérateur écossais, naquit à Laurencekirk dans le comté do Kinkardine, le 5 novembre 1735; son père, quoique simple fermier, avait des goûts httéruires et ciiltivait la poésie. Le jeune Beattie eut le malheur de le perdre eu bas âge; mais son frère lui reconnaissant d'heureuses dispositions, le conduisit à Aberdeen, où il obtint, au concours, la première bourse dans le collège Mareschal. Au bout de quatre ans il prit ses degrés, et il fut successivement maître d'école à Fordoun, professeur à l'école de grammaire latine instituée à Aberdeen, et, en 17tjO, professeur de philosophie au collège Mareschal. Beatlie mourut en 1803, des suites de la douleur qu'il ressentit d'avoir perdu deux fils, l'un de 22, l'autre de 15 ans, qui donnaient de belles es[iérances. Parmi ses ouvrages nous citerons : un Recueil de poésies, com[iosé d'odes, d'élégies, de stances sur divers sujets, et d'une traduction des Egiogues de Virgile, Londres, 1761; Essai sur la poésie et la musique, 1762; ouvrage estimé et traduit en français, Paris, 1798, in-8 ; Essai sur le rire et les ouvrages de plaisanterie, 1764; Essai sur la nature et rimmutabilité'dc la vérité : l'auteur coml-'at la doctrine des sensations, source unique do nos idées, de Locke, eu adoptant le Système
fiEA
BEA
tëS
de Reid, dont les Recherches sur l'esprit humain avaient paru quelques années auparavant ; le poëme du Minstrel (Le ménestrel, ou les Progrès du géniej ; la première partie de ce poème, composé en 1768, parut en 1771 : l'ouvrage acquit promptemeiit beaucoup de célébrité, et le roi, à qui l'auteur fut présenté en 1773, lui accorda une pension; une Théorie du langage, 1783; Traité sur l'évidence du christianisme; Eléments de la sdence morale, 1790, 2 vol,; c'est le résumé de ses leçons à l'université d'Aberdeen ; l'auteur avait voulu d'abord le publier en latin, et on en a retrouvé dans ses papiers une grande partie éc;ite en cette langue qui lui était familière. H publia à Edimbourg, en 1790, les OEuvres posthumes d'Addison, 4 vol., avec une préface de l'éditeur. Ce qu'on remarque surtout dans les écrits philo.^ophiques de Beattie, dit Suard, est la clarté, une grande pénétration, plus de sublidté que de profondeur, mais un esprit net et sage. Il ne s'attache pas h pénétrer très-avant dans ?es idées métaphysiques; il tourne plutôt sa philosophie vers l'application à la morale qu'il étaye d'un grand nombre de faits ; ce qui joint à la nature de son style, généralement très-clair, quoiqu'un peu prolixe, et rempli de chaleur et de mouvement, a contribué à rendre ses écrits extrêmement populaires.
BEAU (Jean-Baptiste Le), né dans le Comtat Venaissin, en 1602, se fit jésuite, se distingua par son érudition, et mourut à Montpellier, le 26 juillet 1670. On a de lui : plusieurs dissertations savantes , qui ont trouvé place dans les Antiquités romaines de Grœvius; Deveterum et recentium Gallorum stratagematibus, Francfort, 1661 ; Vie de François d'Eslaing, évéque de Rodez , publiée en français et en latin; Vie de dom Barthélémy des Martyrs, en latin; le Modèle des évéques dans la rie d'Alfonse Torribius, archevêque de Lima, en latin.
BEAUCAlRE de Péguillov (François), né dans le Bourbonnais, en 151i, d'une famille ancienne, fut précepteur du cardinal Charles de Lorraine, cju'il accompagna à Uome , et qui lui céda 1 évôché de Metz. 11 lo suivit encore au concile de Trente, et s'y distingua par son zèle et son éloquence. Péguillon se retira dans le château de Cresto en Bourbonnais, après s'ôlre démis de son évôché. C'est l<i qu'il coni])osa ses Rerum Gallicarum commentaria, ab anno 1561 ad annum 1562, Lyon, 1625, in-fol. On a encore de lui un Traité des enfants morts dans le sein de leur mère, 1567, in-8". 11 mourut en 1591, avec la réputation d'un prélat savant et vertueux. Son Histoire de France ne parut qu'après sa mort, comme il l'avait désiré. Elle est bien écrite, et elle renferme les événements priiici{)aux. Il y défend avec chaleur les intérôls des Guise; mais d'ailleurs il est assez exact. BEAUFILS (titiiLAiME). jésuite, né à Sainl- Flour en Auvergne, en 1674, mort à Toulouse, le 30 déceuibn; 1757, iigé de 83 ans. Il a publié (juelipies Oraisons funèbres; la Vie de madame de l'Eslonac, fondatrice de
V ordre des religieuses de Notre-Dame; celle de madame de Chantai, première supérieure des religieuses de la Visitation, et des Lettres sur la manière de gouverner les maisons religieuses.
BEAUFORT (Marguerite), fille de Jean Beaufort, duc ae Somerset, naquit en Hil à Bletshoe dans le comté de Bedford. Plusieurs personnages d'un rang illustre la recherchèrent en mariage; à l'âge de quinze ans elle épousa Edmond, comte de Richemond, beau-frère du roi Henri VI, dont elle eut unOls quimonta ensuite sur letrôned' Angleterre, sous le nom de Henri "N^II, par la cession que lui fit sa mère de ses droits à la couronne. Le comte étant mort, Marguerite épousa sir Henri Stafford, puis Thomas lord Stanley, qui la laissa veuve en loOi. Elle mourut en 1509, trois mois après la mort de son lils Henri VII, et immédiatement après l'avènement au trône d ■ son petit-tils Henri VIII. Sa vie et sa fortune furent consacrées à des œuvres de charité et à des fondations utiles; c'est à elle surtout que l'université de Cambridge doit ses collèges du Christ et de Saint-Jean, et une partie de l'éclat dont elle jouit. Elle avait recueilli dans sa maison douze I auvres vieillards. qu'elle nourrissait et qu'elle soignait dans leurs maladies. Elle se liviait aussi à de grandes austérités. On lui attribue quelques ouvrages, entre autres Le Miroir de l'âme pécheresse, traduit sur une traduction française du Spéculum aureum pcccatorum, publié par R. Pynson, en un vol. ïu-k°, et la traduction du iv" livre de l'Imitation de Jésus-Christ , imprimée à la suite de la trad. des trois premiers livres par le docteur Atkinson.
BEAUFORT, (dom Eustache de), né en 1635, s'( st fait une place près des Montgaillard et des Rancé par son éclatante conversion et par la réforme qu'il introduisit dans l'antiqui' abbaye de Sept-Fonts , de l'ordre de Cîteaux. Eustache n'avait que 19 ans, quand il fut, à la sollicitation de ses parents et sur la recommandation du cardinal Ma/arin, nommé par le roi à l'abbaye de Sept-Fonts. La vanité de se voir possesseur d'une mitre et d'une crosse, et l'avantage de jouir des revenus attachés h cette dignité religieuse , avaient seuls pu le déterminer à s'en laisser investir, et ce n'était pas avec de telles dispositions qu'il aurait pu remédier au relâchement de ses moines. Son frère, l'abbé de Beaufort, ecclésiastique d'une grande piété, qui était venu le visiter, fut touché de compassion à la vue de tels désordres; il obtint de lui, quoiqu'avec beaucoup de penie, qu'il fit une retraite, cl ils entrèrent tous deux dans une maison des Carmes déchaussés de Nevers. Avant que huit jours se fussent écoulés, le cœur d'Euslache était changé. Do retour h Sept-Fonts, Eustache se |)rosterne devant lo Sainl-Sairemcnt, assemble le chaj)ilre et propose la réiornie à ses religieux. Ci'tle pri'iiiière lentative fui vaine, l't iiom Eustache presque découragé voulut renoncer a son ablia\e et se retirer à la Tiaj-pf; mais il fut détourné de ce dessein. Euliu d«
BEA
BEA
nouveaux et persévérants efforts que ne las- .s;iieiit pas les plus rudes épreuves triomphèrent de tout. Dom Eustaclie gouverna son abjjaye près de 45ans depuis l'établissement de sa réforme, et 53 ans depuis sa nomination, et mourut dans de grands seniiments de piété le 22 octobre 1709. Pour plus am[iles détails on peut consulter, entre autres ouvrages, VHistoire des ordres religieux par Héhot et Hermant, etc.; ViUefore, au deuxième volume des Vies des Pères d'Occident ; et surtout le Dictionnaire des ordres religieux, faisant partie de l'Encyclopédie théologique de M. l'abbé .Migne. ,
BEAU(iENDRE (Antoine), né à Paris, en 1628, d'une famillj originaire de Caudebec, entra à l'âge de 19 ans dans l'ordre de Saint- Benoît, et fut prieur de plusieurs monastères. 11 mourut le 16 août 1708 dans l'abbaye de Samt-Germain-des-Prés, oii il ét.iit doyen et bibliothécaire. On a de lui : Vie de uiessire Bénigne Joly, prêtre, chanoine et instituteur des religieuses hospitalières de -Dijon, 1700, in-8° ; Venerabilis Hildeberti primo Cenomanensis episcopi , deindc Turonensis archiepiscopi opéra..... accesserunt Marhodi Rhedonensis episcopi, ipsius Hildeberti supparis opuscula, 1708, in-fol. La mort empêcha Beaugendre diV publier une tratiuction française qu'il avait faite des Lettres d'Hildeberl.
BEAULIEU (Louis Leblanc de) , professeur de lliéologie calviniste h Sedan, fit soutenir plusieurs thèses de tliéolo^ie dans l'académie des protestants, qui furent publiées sous ce titre : Thèses sedanenses, 1683, infol. 11 examine dans ces thèses les points controversés entre les catholiques et les calyinist. s, et il conclut toujours que les uns et les autres ne sont opposés que de nom. Si cela est, il faut que l'esprit de secte soit un fléau bien terrible, puisque sans aucun fondement réel de division, et précisément pour une opposition de mots, il a inondé de sang non-seulement la France, mais tous les royaumes de l'Europe, si l'on en excepte le Portugal; l'Italie et l'iispagne, que l'iniiuisition, dont on dit tant de mal, a préservés de ses ravages. Beaulieu était né en 1614 au Pless.s-.Marli, ou, selon des biographes qui paraissent mieux informés, à Beaulieu, petite ville du Bas-Limousin, dont il aurait pris son surn mi, et mourut en 1675.
BEAULIEU (Jean Claude Leblanc de), évéque de Soissons, naquit à Paris le 26 mai 1753. Il ent a jeune encore dans la congrégation des chanoines réguliers de Sainte- (ieneviève, et lorsque la révolution éclata, il parut lui applau .ir parce qu'il n'en prévoyait pas les suites. Il prêta le serment prescrit, fut nommé en 1791 curé de Saint- Séverin à Paris, et se montra néanmoins bienveillant pour les prêtres à qui leur couscience n'avait pas permis de prêter le même serment. Lorsque Gobel, évoque constitutiorm 1 de Paris, eut installé dans une cure un prêtre asse mente et marié, il rédigea une réclamation énergique, et protesta contre cette installation avec trois autres
DiCTIONN. DE BlOGKAI'lllK HELIG.
curés constitutionnels : cette démarche lui valut une détention de i)Iusieurs mois. Après laterreur, il desservit l'église de Saint-Etienne-du -Mont. Beaulieu fut sacré évêque constitutionnel de Rouen le 18 janvier 1800; le :',7 mai suivant, il tint dans cete vil e un synode dont il fit im[irimer les actes, ainsi que plusieurs écrits adressés à son clergé, dont la plus grande part'e refusait de le reconnaître. Il se fit peu remar(]uer au concile de Paris qui eut lieu l'année suivante. Après la signature liu concordat, il donna sa démissi<jn qui lui avait été demandée. Nommé évêque de Soissons en 1802, il paraît qu'il refusa d'abord la rétrartation que le légat du pape demandait aux évêques constitutionnels: mais des ecclésiastiques lui ayant fait connaître tous les brefs du pape dont il ignorait l'authenticité, n'ayant jamais lu que les écrits des constifutionneN, il écrivit à Pie VII pour protester de sa soumission et témo gner ses regrets du passé, et ce pontife lui adressa un brevet pour lui exprimer sa satisfaction. Beauheu composa lui mémoire jiour faire part de sa démarclu- à ses amis, et il eut le bonheur de ramener par ses ex- )ilications un ecclésiastique qu'il affectionnait beaucoup. Invité, en 1815, h se rendre au Chimp-de-Mai, il déclara dans une lettre au ministre de l'empereur qui a été imprimée, qu'il ne reconnaissait d'autre souverain légitime que Louis XVIII. Pendint les centjours il se réfugia en Angleterre, repassa en France à la seconde resta iration , et fut nommé archevêque d'Ailes en 1817. L'érectiiin (le cet archevêché n'eut jias lieu, et le prélat continua de se livrer aux soins de son premier diocèse jusqu'en 1820; s s infirmités l'obligèrent alors de donner sa démission. Le roi le nomma membre du chapitre de Saint-Denis. Beaulieu mourut au séminaire des missions étrangères, le 13 juillet 1825.
BEAU'iARCHAIS (Antoine de la Barre de), né à Cambra , entra d'abord dans l'ordre régulier de la maison de Saint-Victor à Paris, qu'il abandonna ensuite pour se retirer en Hollande, où il se maria, et se mit aux gages des libraires pour subsister. Devenu veuf, il rentra, dit-on, dans le sein de lEglise, et mourut vers 1750. Ses principaux ouvrages sont : Histoire de la Pologne sous le roi Auguste II, 1733,4 vol. in-12, publiée sous le nom de l'abbé de Paithenay ; la Monarchie des Hébreux, tiad. de l'espagnol du marciuis de Saiiit-Phili|)pe, 1727, 4 vol. in- 12; le Hollandais, ou Lettres sur la Hollande ancienncy^et moderne, 3 [larties, in-8°;' Lettres, sérieuses et badines sur les ouvrages, des savants, 12 vol. in-8'.
BEAUMONT, baron des Adrets (François de), naquit en 1513, d'une ancienne famille du Daiiphiné. Il avait un esprit ardent, et il était fait pour etrechefdeparti.il se mit (lu C(jté des huguenots en 1562, par ressentiment contre le duc de T.uise. Il prit Valence, Vienne, Grenoble, Lyon, et se signala autant par sa valeur et par sa célérité, que par l'atrocité de ses venu-eanccs. 11 tuait,
BEA
BEA
brûlait, et s ccageait avec une inhumanité qui faisait frémir ses officiers niâmes. Son seul aspect, son regard farouche, son nez recourbé, son visage décharné et marqué de tacbes de sang noir, tel qu'on peint Sylla, imprimaient l'eifroi au plus intréiiide. Son caractère atroce se montre tout entier dans le barbare plaisir qu'il se donna sous les rochers de Mornas, au pays du Rhône, puis à Montbrison en Forez. Ayant réduit ces i)OStes, il s'amusait, après son dîner, à voir sauter, l'un après l'autre, les soldats et les officiers de la garnison catholique, soit du haut des rochers, soit de la plate-forme des tours, dans le fusse où ses gens les recevaient sur leurs ]iiques. Il sortit néanmoms de son caractère dans l'une de ces rencontres, et, pour la première fois, son cœur s'ouvrit à la pitié. Un de ces malheureux ayant pris deux fois ?on essor, et s'arrêtant chaque fois au bord du précipice : Lâche, lui cria des Adrets, voilà deux fois que lu, recules. — Et moi je vous le donne en dix, brave général, lui réi liqua le soldat. Cette force d'âme, dans une situation si capable de l'étouffer, plut au tyran, et obtint la grâce au proscrit. 11 fut à l'égard des catlioliques ce que Néron avait été à l'égard des premiers chrétiens. Il recherchait, il inventait les supplices les plus bizarres, et goûtait la barbare satisfaction de les faire endurer à ceux qui tombaient entre ses mains. Ce monstre voulant rendre ses enfants aussi cruels que lui, les força de se baigner dans le sang des cathoUques, dont il venait de faire une sandante boucherie; et ces horreurs avaient fapprobation des chefs du parti : l'amiral de Coliguy disait qu'il fallait se servir de lui comme d'un lion furieux, et que ses services devaient faire passer ses insolences. On donna cependant le gouvernement du Lyonnais à un autre. Des Adrets, piqué, voulut se faire cathoUque ; mais on le lit saisir à Romans, et il aurait péri par le dernier supplice, si la paix qui se fit alors ne lui eût sauvé la vie. Il exécuta ensuite son dessein, et mourut le 2 février 1586, abhorré des catholiques et méprisé des huguenots. « Les horreurs, exercées ])ar la baron d^s Adrets, dit un écrivain moderne, suffisent seules pour justiher les mesures les plus sévères qu'on prend dans quelques pays contre l'introduction des sectes et des dogmatisants anti-i atholiques. Que d'alfreux s[)ectacles la France se fût épar,^nés, si elle avait veillé, comme l'Italie et l'Espagne, à écarter ou à éteindre dans sa naissance un fléau qui devait en produire tant d'autres, et qui, en et- blissaut ' le règne des erreurs par le fer et le feu, a mis la monarchie a deux doigts de sa pertts 1 Peut-être toutes les suites de ce malheur ne sont-elles pas encore calculées, et le philosophisme, qu'on peut considérer comme le produit des dernières hérésies, n /US apprendra dans peu a quelle somme elle se monte. » Cet homme féroce et vénal laissa des lils et une lille qui n'eurent point de postérité. César do Vaussèle, son gendre, se maria en secondes noces, après avoir hérité de la tille
du baron des Adrets, sa première femme ; et c'est de ce mariage que sont descendus les barons des Adrets, du nom de Vaussète. Sa Vie a été écrite ;iar Gui Aljard, à Grenoble, 1675, in-12. Elle est d'un style simple, mais les faits sont vrais. Une autre Vie des Adrets a été pubUée par J.-C. Martin, 1803, in-8°.
BEAUMONT (Guillaxjme-Robert-Philippe- Joseph-Jean de), curé do Saint-Nicolas de Rouen, sa patrie, mort au mois de septembre 1761, fut regretté de ses o.iailles, qu'il édifiait et qu'il instruisait. On a de lui quelques ouvrages de piété, qui manquent quelquefois d'élévation, mais qui ne peuvent produire que des fruits de vertu. De l'imitation de la Sainte-Vierge, in-18 ; Pratique de la dévotion du divin Cœur de Jésus, in-18 ; Exercice du parfait Chrétien, 1757, in-24-; Vie des Saints, en 2 vol.; Méditations pour tous les jours de l'année, etc.
BEAU-MONT (Christophe de), né au château de la Roque, dans le diocèse de Sarlat en 1703, d'une famille ancienne, contracta dès son enfance, par les soins de sa mère, l'amour de l'ordre, une grande sévérité de mœurs, et un respect profond pour tout ce qui tient à la religion. Ayant embrassé l'état ecclésiastique, il devint ciianoine et comte de Lyon, évoque de Bayonne en 1741 , et passa à l'archevêclié de Vienne en 1743. Louis XV l'ayant nommé en 1746 au siège de Paris, lui écrivit deux fois vainement pour le faire acquiescer à cette nomination, et le prélat n'obéit qu'à des ordres précis, qu'il regarda cogime l'exiiression de la volonté de Dieu. Tout le monde sait de quelle manière il se conduisit dans ce poste délicat ; par quel mélange de douceur et de fermeté son zèle s'opposa tantôt aux progrès alarmants de l'impiété, tantôt aux artifices d'une secte d'autant plus redoutable au repos de l'Eglise, qu'elle s'opiniàtre à rester en apparence dans son sein, pour le déchirer d'une manière plus sûre. Les principes qui dirigèrent invariablement les démarches de M. do Beaumont dans ces temps pénibles, lui conservèrent l'estime de ceux même auxcpiels il croyai't devoir opposer toute la résistance du ministère chrétien. 11 acheva de la gagner par la tranquillité et l'égalité d'âme avec lesquelles il supporta les divers exils qui furent la suite de son zèle et de son courage. Lorsqu'il subissait un de ses exils à la Trappe, Fiédéric le Grand dit : Que n'esl-il venu dans mes états 1 l'aurai fait la moitié du chemin. Il savait qu'un jour il avait répondu à madame de Marsan, qui avait vu sortir un homme de son cabinei,et lui disait : Vous igiiurie.L donc qu'il était lauieur d'un libelle contre vous Y — Je le savais , madame. — Madame de Marsan, depuis, apprit que le pasieur avait prélé, c'est-à-dire donné 15,001) l.vres à l'iiouime en q^uestion. — Un jour qnie se promenant vers Conllans, un vieux militaire vint lui dire son infortune : « Je n'ai pas d'argent sur moi, ni à Cunllans, venez dans huit jours à l'arche vèché. Eu attendant, voici ma montre. »
BEA
BEA
Louis XV eut constniument pour cet illustre pri'lat un altaclicmeut tendre et vif; les Anglais, malgré les préju^^és du schisme et de l'hérésie, furent ses admirateurs ; le roi de Prusse lit de sa fermeté les plus grands éloges. Après diverses tempêtes, rendu à son diocèse, il s'occupa à maintenir la discipline ecclésiastique avec d'autant plus de vigueur que le relâchement devenait plus général ; M veiller sans cesse sur ses ouailles chéries, à les instruire, k les défendre contre ceux qui se parent si mal à propos du nom de pldlosophes ; à combaltre sans ménagement l'erreur, et la foudroyer par les instruclions les plus lumineuses et les censures les plus vigoureuses. On vit à sa mort, arrivée le 12 « décembre 1781, un spectacle bien touchant : celui de trois mille pauvres , assiégeant les portes de l'archevêché, demandant un père, et dont les cris et les gémissements annonçaient la grande perte que 1 i capitale avait faite. On trouva plus de mille ecclésiastiques, et plus de 300 personnes qui ne subsistaient que des bienfaits de ce digne prélat. C'est surtout à l'égaid des vierges qu'un souille contagieux allait flétrir, qu'il
firodiguait des soins charitables pour mettre eur vertu en sûreté ; et à l'égard des jeunes gens , pour leiir procurer une éducation clirétienne. Sa charité était si riche en ressources, que des gens (pii le connaissaient peu, ont prétendu qu'il ne soulageait tant d'infortunés qu'aux dépens de son exactitude à satisfaire ses propres créanciers; et l'on a vu un citoyen riche et vertueux, offrir la jilus grande partie de sa fortune, pour payer, disait-il, les dettes de son archevèoue i xpirant, et pour préserver sa mémoire d'une (ache qui aurait pu rejaillir sur la religion ; mais il ne tarda pas à être détrompé. Le bon ordre (jui régnait dans les affaires domestiques du prélat, son économie, sa frugalité, ses privations personnelles, tout cela empocha que le trésor où il puisait sans cesse, ne fût épuisé. M. d'Aguin de Chàleau- Lion a tracé son portrait dans ces quatre vers :
Austère dans ses mœurs, vrai dans tous ses discours. Plein de Pe»|)ril de Dieu, qui laniiiie el l'embrase, Ou libre ou dans les l'ers, Il sni j .indrc loujours La lermeié d'Ambroise à la loi d'Allianase.
On a di; lui un grand nombre d'Instructions pastorales, pleines d'onction et de force ; on estime surtout celles oùleprélatattaqueleserreurs dominantes, et s'élève contre J.-J. Rousseau {Voij. ce nom), contre Voltaire, contre le Bélisaire de Marmonlel, etc. On a donné le recueil de ses Mandements et instructions pastorales, en un gros vol. in-i" ; recueil précieux, très-propre à maintenir les bons principes, l'autorité de l'Eghse, l'orthodoxie, et à démasquer les nouvelles erreurs. Il est malheureux qu'on en ait retranché une des instructions les plus essentielles, où les droits de l'Eglise sont supérieurement établis. M. l'abbé Ferlet, son secrétaire, a fait son Eloge funèbre, Paris, 1784.
liEAUMONT (ExiENNK-A.Nnuii-FuANgois uic Pâlle Fallot de), évoque de \'aisou, puis
de Gand, et, en dernier heu, de Plaisance, naquit à Avignon le î" avril 1750, et fut d'abord chanoine de la cathédrale d' Agde et grandvicaire de Blois. Il obtint en 1781 l'abbaye de Sept-Fontaines au diocèse de Langres, fut nommé en 178-2 coadjuteur de Vaisondansle Comtat Venaissin et sacré K Frascati le 23 décembre de la môme année sous le titre d'évèque de Sébastopolis. C'est en 1786 qu'il succéda à M. Pélissier de Saint-Ferréol sur le siège d.' Vaison. Ce siège fut supprimé en 1791 par la constitution civile du clergé, et l't'vêque fut dénoncé à l'assemblée constituante le 20 avril par Bouche sous l'inculpât on d'avoir fait chanter un Te Dcum après l'assassinat des patriotes ; Fallot de Beaurn.int parvint à faire écouter ses réclamations et prouva jusqu'à l'évidence la fausseté du fait qui lui était imputé. Les progrès de la révolution l'obligèrent de quitter la France, et il alla chercher un asile dans les états du pape. Revenu en France, ainsi qu'un certain nombre de prêtres exilés, pendant le moment de calme qui précéda le 18 fructidor, il dut bientôt se tenir caché derechef, afin de se soustraire aux mesures de rigueur qui furent prises sous le directoire. li sut néanmoins trouver encore l'occasion de rendre des services à rEgli>e, et il conférait les ordres en secret, administrait la confirmation, etc. Le IS brumaire rendit un peu de sécurité à la religion. En 1801, Fallot do Beaumont fut un des premiers à donner sa démission, sur la demande générale de Pie VII, et en 1802 il fut d signé par ;e premier consul pour le siège épiscopal de Gand. En 1807, il fut nommé à celui de Plaisance, où Bonaiiarte v ulait se servir de lui pour gallicaniser le jiays. Si le cardinal Pacca a pu lui reprocher d'avoir tout fait pour engager les prêtres à prêter un serment réprouvé par le pape, il est juste de recoi.naitie qu'il fît beaucoup de bien. D'un côté, il empêcha de fermer les ég'ises dont on voulait s'em; arer, il agrandit le séminaire, favorisa les communautés religieuses, et lit écarter le projet de convertir en un lycée militaire le beau séminaire Alberoni. D'un autre côté , nonobstant des ordres souverains, il maintint l'usage de l'ancien catéchisme et ne pressa point l'enseignement des quaire Ariicles. Au concile de 1811, Fallot de Beaumoîit passa pour un des évoques les plus dévoués à Napoléon, et il fut un des huit évèques envoyés àSavone numoisd'aoûtpour essaj er d'arracher au pape quelques concessions. L'empereur l'ayant nommé à l'archevêché de Bourges en 1813, il prêta seiment, le 15 aoi'l^, untr. les mains de Marie-Louise. Il alla occuper larchevôclié de Bourges et fut nommé grand-vicaire capitulaire; mais on assure qu'il lie prit point en main les rênes du gouvernement du diocèse , et les grandsvicaires qui dirigeaient l'administration continuèrent leur I llice. Napoléon l'envoya plusieurs fois auprès du pape à Foniainebleau ; quelques journaux ayant publié des détails inexacts sur l'objet de ses missions, l'évêque m insérer daus le tome I", j). 102, de l'Ami
BEA
BEA
de la Religion, une relation que le cardinal Pacca reconnaît, dans ses Mémoires, s accorder quant au fond avec ce cjuil avait appris lui-même de la bouche du souverain ))ontife. Il quitta Bnurgps peu de temps après que la Restauration se fut accom])lie, et revint à Paris, avec le dessein, dit-on, de reprendre l'administration du diocèse de Plaisance. Pendant les cent-jours, l'empereur le nomma son premier aumônier, puis il l'appela à la chambre des pairs. C'est Fallot de Beanmont qui, à la cérémonie du Champde-Mai, présenta le l.vre des Evangiles à Nanoléon pour la prestation du serment. La seconde restauration tint jiour non -avenue la niimination du prélat au siège de Bourges, et en 1816 il se démit de révèché de Plaisance. Le prélat se fixa à Pans où il se renferma dans la retraite, et mourut le 26 octobre 1835, après avoir reçu les derniers sacrements de la main de l'archevêque. Il était 11' doyen des évêques de France.
BEAUMONT (madame Le Piunte de), née à Rouen ie 2.5 avril 1711, morte à Paris en 1780, est très-avantageusement connue par un grand nombre d'ouvrages destinés à l'éducation et à l'instruction de la jeunesse, tels que le Magasin des enfants ; le Magasin des adolescentes; \e Magasin des jeunes dames; le Magasin des pauvres ; Lettres de madame Dumontier ; Education complète on Abrégé de rhistoire ancienne ; \e Mentor moderne ;ïes Américaines ou la Preuve de la religion chrétienne par les lumières naturelles, etc. Ce dernier ouvrage (8 vol. in-12), contient des vues plus relevées el des observations plus sérieuses ([ue les précédents ; l'auteur s'y laisse quelquefois aller à des spéci.lations de systèmes, et semble se déplacer : mais en généra! ses vues sont saines, sages et utiles. 11 y a dans la Dévotion éclairée, ou Magasin des dévotes, certaines choses qui peuvent prêter à la critique, et qu'un peu [ilus de circonspection aurait fait évter.
BEAUN h (Renaud de), petit-fils du baron de Sambl.inçay, né à Tours en 1527, prit d'abord le parti de la robe; mais étant entré dans l'état ecclésiastique, il fut nommé à l'évôché de Mende, à rarchevôché de Bourges, puis à celui de Sens, en 15!)lj. Clément VIII, irrité de ce (pie ce prélat avait absous Henri IV, sans la pai'ticipalion du chef de l'Eglise, et d*e ce qu'il avait proposé de faire un patriarche en l'rance, lui refusa ses bulles et les lui accorda ensuite six ans a])rès. De Beaune se distingua aux assemnlées du clergé, aux états de Blois, où il [)résida on I5S8, et surtout à la conférence de Suresne. H .joignait à une mémoire i)rodigiense, bcauc(jup de pénétiation dans r. sf)rit, et de fermeté dans te caractère. Le mari[uis de Paidniy d'Argonson {Mélanges tirés d'une grande bibliotliègue, lettre T) ram)orte une singu'arilé de la vie di' ci; prélat digne d'être recueillie. « Il jivail, dit-il, l'apiiétit le plus extraordinaire, élait obligé de fa.re six rejias jiar Jour, de quatre lii'ures en quatre heures, et avait été forcé de prendre des dispenses pour dire la messe moins Ji jeun que le comnuni des
prêtres. Loin que cette quantité d'aliments appesantit son esprit, il ne se trouvait jamais la tête pesante que quand il avait besoin lie manger; il craignait de faire des exercices de corps, parce qu'ils augmen taient son appétit ; mais il se livrait au travail de cabinet le plus assidu en sortant de table. » Il mourut en 1606, grand aumônier (le France, et commandeur des ordres du roi, à 79 ans. On a de lui le Psautier traduit en français, Paris, 1586, in-4-°.
BEAUPUIS (Charles Walon de) , pieux ecclésiastique, né à Bi'auvais en 1621, était lils d'un conseiller à l'élection de cette ville. Il s'est fait connaître surtout p r ses relations avec les solitaires de Port-Royal. L'évêque de Ba/as, Litholphi-Maioni , l'avait amené dans son diocèse; après la mort de ce prélat, il f t cha gé de la direction des petites écoles de Port-Royal à Paris. Ensuite il dirigea celle des Granges, et eut pour disciples Thomas du Fossé el Le Nain de Tillemont. Après la supjir. ssion de ces écoles en 1650, Beaupuis fut fa.t prêtre par l'évoque de Beauvais, Bu/anval, puis fut interdit par le nouvel évêque Janson. 11 |)assa les trente dernières années de sa vie dans la pénitence, et mourut le 1" février 1709, à 87 ans. Indéiiendamment de quelques opuscules ascétiques manuscrifs, Beaupuis a laissé : Maximes chrétiennes tirées des lettres de l'abbé de Saint-Cyran, Paris, 1768, in-12 ; réimprimées plusieurs fois, notamment en 1735 ; Nouveaux essais de morale contenant plusieurs traités sur différents sujets, Paris 1699, in-12.
BEAUREGARD (l'abbé) , prédicateur jésuite, né à Pont-h-Muusson en 1731, se fit une grande réputation dans les provinces et dans la capitale par son éloquence impétueuse, son ton apostolique et des traits de génie qui l'auraient fait placer au rang des jiremiers orateurs, s ils n'eussent été trop souvent déparés par une diction peu soignée, quelquefois déclamatoire et souvent mêlée de trivialités choquantes. S.i haute vertu commandait le respect et ajoutait aux fruits de ses prédications. Aussi éloigné de briguer les applaudissements qu'il était audessus des atteintes dc^ l'ambition, il ne songea qu'à obleiur la })lus solide (les réconi- |)enses, celle du bien (pi-il faisait, et il en fit beaucoup; il ne prêchait jamais son sermon sur les mauvais livres qu'il ne vit plusieurs de ses auditeurs venir déposer à ses pieds q ;el(jues-uns de ces instruments de corruption. A|)pel.'' h la cour en 1789. ])our y prêcher le carême, l'-abbé Beaiuegard y fit la plus grande sensation. On remar^ qui surtout ces paroles | ro|)héti(jues, qu'il lironnnra dans un moment d'.nspiration :
« Je vois mais vous, oh ! vous n'avez
pas vu les ell'cts de la colère de Dieu ; attendez, vos pères ont vu, et plill à Dieu que vous ne vissiez pas de vos propres yeux des mal eurs publics, la famine, c'est-à-dire des entants demandant du pain à une mère atfimée.... Attendez, vos pèi-es ont vu, et nliU à Dieu ipie vous ne vissiez pas de >os
BBA
BEA
propres yeux un fléau, la peste... ; attendez... un'fléau plus tcrriljle, puisqu'il occasionne plus de crimes, la guerre et ses horreurs, c'est-à-dire... le temps oii Dieu met dans les mains de l'Ange exterminateur le glaive du grand carna.;e. Mais pourquoi demander aux siècles futurs (ces formidables, exemples de la colère divine) ? Les siècles passJ'S nous les montrent... Les siècles présents (ux-mèmes m- nous d sent-ils point d'une voix forte et terrible ? Le ciel semble ne pleuvoir que des fléaux, la t rre ne germer que des malheurs... L'or et l'argent semiilent rentrés dms le sein delà terre... La lâche et le marteau sont dans les ma ns des philosophes ; ils n'attendent que le moment favorable pour renverser le trône et r.iutel. Oui, vos tem h'S seront dé,'0uillés et défruits, vos fêtes abolies, votre nom blasphémé, voire culte proscrit. .Slais qu'entendsje ? grand Dieu I que vois-je ? aux saints cantiques qui faisaient retentir les voûtes sacrées en votre honneur, succèdent des chants lubriques et profanes ! Et toi, divinité inf;\me du paganisme! impudique Vénus! tu viens ici même prendre audacieusement la place du Dieu vivant, t'asseoir sur le trône du Saint des saints, et recevoir l'encens coupable de tes nouveaux adorateurs ! ... » En écoutant ces paroles solennelles, on eût dit que le prédicateur voyait 1rs malheurs qu'un avenir i rochain allait déchaîner sur la France. Des liounnes alors puissants, qui se crurent désignés dans ces discours, le dnoncèrent comme un séditieux et un calomniateur de la raison et ries lumières. Le P. Beauregard, pei-sonnellement signalé au commencement de la révolution, se réfugia à Londies; il n'y eut pas le même succès qu'à Paris, Des applications peut-être trof) vives et trop directes <|u'il faisait dans ses sermons aux tristes victimes des orages révolutionna res, parurent intempestives. Il se relira h Maestrieht, ])iiis à Cologne, et mourut en 180i, au cluUeau de Gronincq en Souabe, chez la princesse So[)l)ie de Hohenlohe, au moment où il se disposait k rentrer eu France. On assure que dans sa dernière retraite il avait fait une révi>ion exacte de ses Sermons, qu il li'gua aux jésuites de Russie. Ils n'ont joint été imprimés; on en a seulement ()ublié un Abrégé, Paris, 1820, in-12. BEAUSOBRE, (Isaac de) , né à Niort en 1659, d'une ftimille origuiaire de Provence, se réf.igia en Hollande, pour éviter les poursuites qu'on faisait contre lui, eu exécution dune ^ei tence qui le condamnait à faire amende honorable. Son crime était d'avoir brsé les sceaux du roi, apposés à 'a porte d'un temple, après la défense de professer publiquement la religion prétendue réfornii e. Il passa à Berlin en lC9i. Il fut fait ciiapelain du roi de Prusse et conseiller du cimsistoire royal. Il mourut en 1738, après avoir \ ublié plusieurs ouvrages : Défense de la doctrine des réformés, \6':)'S;Traduclion du Nouveau Testament, accompagnée de notes en franijais, faites avec Lenfant, Amsterdam, 1718, et en 174.6, 2 vol. in-V ; elle est esti-
mée dans son parti. Dissertation sur lesAdamilcs de Bohême. Il y montre qu'il connaissait peu cette secte, et fait de vains efforts pour la justifier des abominations que des gens mieux instruits lui on r.'prochées. Voy. Pic\RD et ZrNZENDûRF. Hisloire critique de Manichée (Manèsi et du Manichéisme , en 2 vol. in-îp°, 173'* et 1739. Il v a des recherches et de l'érudition, mais en môme temps des vues fausses, des réflexions déplacées qui déroj;ent autant à l'exactitude du jugement, iju'à la sag sse des principes qui doivent diriger un historien, et enfin un esprit de système qui veut tout ramenei- à certaines idées. L'auteur trouve le manichéisme et les deux principes dans les écrits de ceux même qui n'y ont jamais songé. Il y a des reproches encore plus graves à lui faire. « Beausobre, dit un critique célèbre, marque un grand mépris pour les Pères grecs, et parait ne vouloir pas recevoir leur témoignage. 11 ne ménage pas plus saint Augustin. Mais comment persuadera-t-il qu'un docteur si éclairé, qui a vécu huit ans parmi les manichéens, n'a" point entendu leur doctrine, et qu'il leur attribue des erreurs qui n'étaient qu'à lui ? L'historien du manichéisme ne peut assurément manquer de plaire à ses lecteurs; mais il faut le lire avec précaution ; et les esprits désintéressés conviendront qu'il se serait fait plus d'honneur, s'il eût été plus modéré dans sa critique, et s'il eût traité les Pères avec plus de décence. L'ardeur de son imagination lui a fait commettre des fautes et adopter des calomnies qu'on ne lui reprocherait pas , si . comme il le pouvait et le devait , il eût pris soin de se mieux instruire. » Des Sermons, k vol. in- 8% où l'on trouve peu de profondeur, et une éloqui nce assez négligée. Plusieurs dissertations dans la Bibliothèque Germanique, à laquelle il a travaillé jusqu'à sa mort. Beausobre écrivait avec chaleur , prêchait de même. Son cœur était généreux, humain, compatissant; mais par un défaut de |irudence, il se livrait à des vivacités et des emportements, qui troublaient son repos et celui des autres Charles Bonnet admirait son Discours sur l'authenticité des Evangiles. Les philosoph.s ont regar-dé Beausobre comme agrégea leur secte ; mais (juoiqu'il ait dit bien des choses qui semblent le prouver, il en a dit beaucoup d'autres qui peuvent être considérées comme une rétractation des premières. V Eloge funèbre du prince d'Anhatt- Dcssau est ieni|ili de vues chrétiennes et de maximes très-opposées à l'incrédulité. — Son fils aîné Charles-Louis, fut ministre du saint Evangile et conseiller d'Etat à Berlin, où il mourut en 175'{. lia laissé une Apologie des Protestants ; et le Triomphe de Vinnocence. C'est lui qui continua avec Pierre Roques les Discours historiques et critiques sur la Bible, commencés par Saurin ; il composa la partie du Nouveau Testament.
BKALTEVILI-E iJean Lolis du Buisson de), évèque d'Alais, né en 1708 à Beauteville d'une ancienne famille du Rouergue,fut chanoine et grand-vicaire de Mirepoix, et dé-
BEA
BEA
puté du second ordre à l'assemblée du clergé de 1755. Dans cette assemblée, il se rangea du côté de M. de La Rochefoucauld, devenu ministre de la feuille des bénéfices, et il lut nommé la môme année à l'évî^ché d'Alais. Un mandemPnt qu'il donna !:■ 16 avril 1764 au sujff des Extraits des assertions mé- «ontenta fort.ment ses collègues. M. de Brancas, archevêque d'Aix, lui écrivit <\ ce sujet, et n'obtint de lui aucune satisfaction. Ce prélat obtint contré lui, du jiape Cléme:.t XIII, un bref que le parlement de Provence osa faire biûler par la main du bour eau, avec la lettre paslorale dont l'archevêque en avait accompagné la publication. Beauteville avait refusé de reconnaître la compétence de l'assemblée du clergé à laquelle son mandement avait été déféré, et il rédigea une protestation, qui se trouve dans un écrit intitulé : Précis de ce qui s'est passé à l'assemblée provinciale de Narbonne, 1765. in-12. Mais il ne put faire prév;doir son seiilinient parmi son clergé; plusieurs de ses prêtres se déclarèrent contre lui. Après sa mort, arrivée le 25 mars 1776, la signature dn formulaire fat rétablie par les grands-vicaires du chapitre, et l'on éloigna quelques sujets de son conseil, qui étaient considérés comme dangereux. On attribue à un abbé Lanot, ami de Gouriin, le mandemi'nt qu'il donna sur les Assertions, ainsi que les écrits qu'il publia pour le soutenir.
BEAUVAIS (le P. Gilles-François , jésuite et écrivain ascétique , né en Bretagne en 1695, se servit de sa facilité à composer des vers latins pour faire quelques élégies sur la mortdeLoiiisXIV.En 1716, ilromportale prix de poésie latine au Palinoa de Rouen pour un hymne sur l'immaculée Conception. Il enseigna longtemps dans divers collèges. Lors de la su[>prt'ssion de son ordre, il obtint la perlnis^ion de rester h Paris, et l'on croit qu'il y mourut vers 177.'j. On doit au P. B.-aiivais: une édition de la Retraite pour les religieuses, Paris, 17Vfi, in-12 ; ime «'dition des fipUres et Evangilesarec desrépexions qui sont do lui, Paris, 1752,2 vok in-12; Considérations et élévations affectives de Notre- Seigneur Jésus-Christ au très-saint Sacrement de l'autel, Paris, 1753, in-12; Lettres de Madame *"* () sa fille sur 1rs nwtifs et les mni/ens de mener iive vie plus chrétienne, Paris, 1753, in-12 ; réimpr. sous le voile de l'anonyme, avec le titre de Lettres morales et chrétiennes d'une dame à sa plie sur les moyens de se conduire avec sagesse dans le monrte, Paris, 1738, in-12; Education d'un (/rand roi, |ioëme latin, Paris, 1718, in-V ; 1750, in-12 ; La France ecclésiastique, ou Etal présent, séculier et régulier des ordres religieux, milita'ires et des universités de France, Paiis, 176V-17(i8, k vol. in-12; les Vies du P. Azcvcdd, 17Vï ; du P. Brito , 17V6 ; cl do M. de Breligiiy, 17W, chacune en 1 volumo in-12.
BEAUVAIS (.Jkan-Baptiste-Ciiables- Ia- Bir. nr), évéïpic de Sene/, it |<rédi(ateur célèbre, naquit à Cherb(jurg le 17 octobre 17.'}1. Son pire, avocat au parlement de Paris, s'appliqua à cultiver les heureuses disposi-
tions de l'enfant qui répondit parfaitement aux soins dont il était l'objet. Une circonstance qui contribua sans doute h développer ses talents pour la chaire, c'est qu'il eut l'avantage d'avoir pour maître le célèbre Lebeau. Après qu'il eut reçu le saint caractère du sacerd )ce, il fut choisi en 1768 pour prêcher le panégyrique de saint Augustin devant rassemblée générale du clergé, panégyrique qui se prononçait une fois seulement tous les dix ans, lors des grandes assemblées. Elevé sur le siège de* S^ nez, il se montra le père de ses diocésains, et se distingua dans toutes les occasions où la cause de l'Eglise réclama son action. Les plus connus de ses discours sont, outre le panégyrique de saint Augustin, celui de saint Louis, qu'il prononça en 1761 devant l'académie française, des éloges funèbres, parmi lesquels on d"istingue celui de l'infant don Philippe , duc de Parme, celui du maréchal du Muy, et celui do Louis XV. Ce dernier, qui excita la critique dos courtisans, obtint le suffrage de tous les hommes qui attendent de la bouche d"S ministres de l'Evangile le langage do la franchise et de la fermeté. L'orateur y célèbre les vertus du monarc(ue sans manquer à la vérité, et déplore ses malheurs sans manquer à sa mémoire. « Viens-je, dit-il, ne faire retentir ici que des louanges? Viens-je renouveler dans ce tem|)le du Dieu do la vérité ces anciennes apothéoses oiî Rome idolâtre élevait sans distinction tous ses princes au rang des dieux , sitôt qu'ils avaient cessé d'être hommes ? Loin d'ici une profane adulation I N'est-ce donc pas assez que la flatterie ait assiégé les princes pendant la vie, sans qu'elle tienne encore se traîner à la suite de leurs funérailles et ramper autour de leur tombeau? Louons les hommes illustres, célébrons la gloire des héros et des rois; mais osons déplorer aussi leurs malheurs pour l'honneur de la vérité et pour l'instruction des générations qui leur survivent. » Toute la pièce est conçue sur ce ton : composition simple et fière, tableaux vrais et touchants, diction noble et facile, ijui dédaigne ce luxe de métaphores, et ces tours apprêtés qui ne séduisent que les esprits sans goût. Nous citerons encore du même discours ce passage où l'on reconnaît un remarquable esprit de pro|iliétio : « Siècle dixhuitièn;e, s'écriait-il, siècle si lier de vos lumières, et qui vous glorilioz entre tous les autres du titre de siècle philosophe, quelle épo pie fatale vous allez faire dans Vhisloire de res|irit et des iiKours dos nations'? Nous ne vous contoslcions puiiit le progrès de vos connaissances; mais la faible et superbe raison des hommes ne |)ouvail-elle donc s'anêlor à son point de maturité '.' .\près avoir réldriiK' (pielipios anciennes erreurs, fallait-il I ar un remède destructeur allaquer la vt'rilé iiiêiiie? Il n'y aura donc plus de su- |icrsliiioii, parce qu'il n'y aura plus de rolig.oii ; plus do faux hiToisuie, parce (|n'il n'y ai;r,i pliiSfd'Iioniieur ; plus do préiii;.;('>, pnr- (■<> qu'il n'y aura plus de principes ; jilu^ d'IiNpocrisie, parce qu'il n'y aura plus do
BEA
BEA
vertus ? Esprits t(''m(''raïres, voyez, voyez les ravages de vos systèmes, et frémissez de vos succès. R<^volntion plus funeste encore que les hérésies qui ont changé autour de nous la face de plusieurs Etats ! Elles y ont du raoins laissé un culte et des mœurs, et nos neveux mallieureux n'auraient plus un jour ni culte, ni mœurs, ni Dieu ! 0 sainte Eglise gallicane 1 ô royaume très-chr.Hien ! Dieu de nos père*:, ayez pitié de la postérité! » Les Sermons de M. de Beauvais, sans être de la môme force que ses oraisons funèbres, n'en méritent pas moins de figurer avec distinction parmi ceux qui honorent la chaire française. Sa manière est plutôt d'attacher par les peintures que par le raisonnement, et l'on sent que l'élévation et le courage des pensées,la noblesse et l'énergie des expressions, la vigueur et la vérité des tableaux sont trèscajiables d'y supfiléer. 11 prêcha devant le roi l'Avent de 1768 et le Carême de 1773. Etant évêque de Sene/, il fut chargé de prêcher à Versailles le sermon de la Cène, et il sut proflter de l'autorité que lui donnait sa dignité nouvelle pour faire contraster les scandales de la cour avec la misère des peuples. On remarqua surtout ce passage : « Sire, mon devoir d'un ministre d'un Dieu de vérité m'ordonne de vous dire que vos peuples sont mallieui eux, que vous en êtes la cause, et qu'on vous le laisse ignorer. » Il avai! choisi pour t<xte de son sermon ces paroles de Jonas : Dmis quarante jours Ninive sera dHruite ; et, chose remarquable, Louis XV, qui jouissait d'ui>3 trèsbonne santé, mourut quarante jours après dans des sentimtnts très-chrétiens. On lui a reproeliéde prodiguer l'apostrophe et l'exclamation ; mais le retour fréquent de ces ligures est chez lui un effet de cette heureuse Hberté qui conserve aux traits de l'imagination toute leur rapidité, et fait disparaître cette empreinte du travail si contraire au pathétique. Ce prél rt se démit de son évêché en tlUS, et s'attacha à M. de Juigné, alors archevêque de Paris. llfutdé;)uté aux états généraux en 1789; mais son âme, peu faite jiour sujipoi ter des agitations violentes ne put résister aux orages qui en signalèrent le début. La vue des premiers désordres révolutionnaires l'attrista profondément ; il tomba dans une espèce de langueur, et mo irut le 5 avril 1790. Ses Sermo-ns ont été publiés par b's soins de M. l'abbé de Calard, Paris, 1806, k vol. in-12, précédés d'une Notice biographique par M. labbé de Boulogne. On regrette de n'y point trouver le panégyrique de saint Augustin et le Sermon sur la cène, qui avaient pro luit un si grand ell'et lorsqu'ils fuient prononcés, non |ilus que les deux discours prononcés par le jirélat devant les assemblées du clergé auxqu lies il fut député. M. l'abbé de Galard lit son éloge funèbre dans une assemblée de la famille de M. de Juigné. 11 a été publié une \'ie de Mgr de Beauvais, évêque de Scnez, suivie de /'Orator sacer, par l'abbé de Sambucy, chanoine de Paris, 1 vol. in-18, avec portrait. BKAUVAU ( Héné-Frakçois de ), né en
1661 d'une branche cadoltedela maison de eo notn, étaldie depuis ians le Poitou, irçu docteur de Sorbonne h Paris, en 16%, fut porté par son mérite plutôt que par sa naissance à i'évêché de Bayorme, et ensuite à celui de Tournay, où à l'exemple del'illustie évêque de Cambrai, il fit do son palais un hôpital pour les blessés et les malades pendant le siège que cette ville eut à soutenir contre le prince Eu^;ène. Après avoir vendu toute sa vaisselle et autres objets précieux, il emprunta 800,000 francs pour faire subsister la garnison et nourrir les pauvres habitants. La ville ayant été obligée de capituler, il refusa au vainqueur de clianter le Te Deum et toutes les ofl'res qui lui furent faites jiour l'y engager. Le roi le nomma ensuite à l'archevêché de Toulouse, puis à celui de Narbonne. 11 mourut le 4 aoftl 17.39. Président des états de Languedoc pendant 20 ans, il avait porté dans son aiiministration politique la même sagesse et bienfaisance que dans son administration pastorale. C'est à ses encouragements que l'on doit l'Histoire du Langiiedoe, 5 vol. in-fol. publiée parles religieux do Saint->îaur, et In Description géographique et Vhistoire naturelle de cette province, par la société de Montpellier dont il était membre honoraire.
BEAUVILfJER (François -Honorât de), évêque de Beauvais, était fils de François de Beauvillier, duc de Saint-Aignan, de l'académie française, et frère du duc de Beauvillier, gouverneur du duc de Bourgogne. 11 fît ses études de séminaire à Saint-Sulpice, suivit les cours de Sorbonne, et se distingua dans sa licence. Lorsqu'il fut nommé à I'évêché de Beauvais, Clément XI refusa de lui accorder des bulles^ parce qu'il avait soutenu les quatre articles de 1*582 dans une de ses thèses; mais après quelques exphcations entre le gouvernement et la cour de Rome elles furent accordées. Des circonstances difticiles dans lesquelles se trouva Beauvillier, le déterminèrent plus tard à donner sa dém^ission ; il se retira à l'abbaye de Prémontré, et consacra le reste de ses jours à l'étude et aux exercices de ;iiété. 11 mourut dans cette retraite en 1731 et fut enterré dans le chœur. On a de lui quelques ouvrages de piété, notamment un Commentaire sur la Bible, in-8".
BEAUXALMIS (Thouas;, carme de Paris, docteur de Sorbonne, né à Melun en 152i, mourut en 1389. On ne sait où Amelot de La Honssnye a pris que ce carme avait eu la cure de Saint-Paul, et qu'il l'avait perdue pour n'avoir pasvouluq le les mignons de Henri 111 fussent inliumis dans son église. On a de lui des Commentaires sur l'harmonie érangélique, Paris, 1B30. :i v. in-foL et d'autres ouvrages.
BEAUZEE (NrcoLAs), de l'académie française et de celles délia Crusca, de Rouen, de Met/, et d'Arras, etc., secrétaire interprète û" Mgr le comte d'Artois, né à Verdun le 9 mai 1717, mourut ci Paris le 23 janvier 1789. Les ouvrages auxquels il a consacré ses longs et cortstants travaux, lui fint autant d'honnrur par le choix du sujet que par la manière dont ils sont exécutés. Sa Grammaire
BEB