‹ Dictionnaire de biographie chrétienneChapitre 116 sur 341 · BAC · texte numérisé non relu

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ce jour, pour ta réunion de toutes les communions chrétiennes, 1806, in-8° ; Annuaire ou Répertoire ecclésiastique à l'usage des églises réformées, Paris, 1807, iii-8°, recueil qui a été continué sous le titre de Nouvel Annuaire protestant.

RABJÎI (Charles-Constance), savant relig-ieux de l'ordre de Saint-Augustin, naijuit à Bologne eu 1;)78. 11 parcourut presque toutes les sciences, et tut professeur de philosophie et de théologie ;i Bologne, à Home et dans plusieurs couvents de sou ordn'. il mérita la bienveillance du pape Bciniît XIV^, et son exlièiue modestie le tint timjours écarté des dignités ecclésiaslitfues. Le P. Rabbi mourut îi P.ome, le 8 septembre 17i6, et a laissé {ilusieurs ouvrages, corauu^ : De mathemnlicarum disciplinarum ad theologiam utilitale, ipsarumqne in ea iisu dissertutio, Maience , 1729 ; Venise, 17i5 ; Sinonimi ed ar/giunti italinni rnccolti, con in fine un trnttato de sinonimi, degli aggiunti e délie similitudini, Bologne , 1732. Plusieurs manuscrits de ce religieux se conservaient dans la bibliothèque de l'institut de Bologne {la Specola ) , et (1 Rome dans celle du pape Benoît XIV.

RABSSANO (Livio), fut un des hommes les plus éclairés de son siècle, et naquit iirès de Vienne eu 1605. Il entra dans l'ordre des Frères mineurs de l'observance, y remplit plusieurs emplois im|)Ortauts, et lut pondant plusieurs années professeur de philosophie. On a de lui : Cursus pitilosophicus ad mentem doctoris subtilis pro tijronibus scotistis, Venise, 1665, in-i°; Cursus philosophicus, etc., continens 1res libros Aristotelis de anima, ibiil., 1665; De cœlo et mundo , ibid., 1672; De grneratione et corruplione, ibid., 1674.. Le Père Rabesano mourut à Vienne vers

RABUSSON (dom Paul), né en 1G34, à Cannât, ville de Bourbonnais, entra dans l'ordre de Cluny en 1633, et y occupa différentes places. Les deux chapitres de 1676 et 1678 le chargèrent de composer le fameux Bréviaire de son ordre, qui a servi de modèle à tant d'autres. On lui associa Claude de Vert, de l'ancienne observance, qui ne se chargea que des rubriipji's. D. Ral)Usson engagea Santeuil de Saint-Victor à consacrer à des poésies plus dignes d'un chrétien le talent qu'il avait pour ce genre d'écrire; et le poète lit, h sa sollicitation, ces belles Hymnes,dont Le Tourui ux et Rabussoii lui fournissaient les pensées. Dom Rabusson fut élu, en 1G93, supérieur général de la réforme; et pendant jnès de dix-huit ans qu'il gouverna de suite, il lit régner dans Cluny la paix et toutes les vertus religieuses. Les cardinaux de Bouillon et de Noailles laisaieut beaucoup de cas de son mérite.

RACAN (Honorât de Bueil, marquis de), poète français , né eu Touraine h la Roehe- Racan, l'an 1589, d'un maréchal de camp des armées du roi, fut un des premiers membres de l'académii' française. 11 reçut une éducation toute militaire , et prit même une telle aversion pour la laugue latine, qu'il ue put

jamais , dit-on, retenir io Confiteor. A l'âga de 16 ans, il devint page de chambre durci, sous Bellegarde, qui avait pris Malherbe dans sa mai'^on par l'ordre de Henri IV. Racan , cousin-germain de madame de Bellegarde, ent occasion de voir ce grand maître en poésie , et il se forma sons lui. Le Jeune Racan quitta la cour pour poiter les armes : mais il ne lit (|uo deux ou trois campagnes, et il revint à Paris après le siég' de Cal -is. Ce fut alors qu'il consulta Malherbe sur le genre de vi" qu'il devait embrasser. Le poète, pour toute réponse, se contenta tie lui réciter la Fable du meunier, son fils et l'une ; fable ingéniieuse, inventée par le Pogge et imitée parla Fontaine. Le maixjuis de Racan continua quoique temps encore la carrière qu'il avait embrassée, parvint au giade de maréchal-de-camp, se maria et passa le reste de sa vie au milieu des plaisirs et du culte des muses. Ses Bergeries sont recommandables dans le genre pastoral. Celle qui commence ainsi : Paissez, chères brebis, jouissez de la joie, etc., passe pour son chef-d'œuvre. On a loué aussi des Stances sur la fausseté des grandeurs humaines. Sa traduction de la fameuse strophe d'Hurace, Pallida mors, a été souvent comparée, mais toujours à son détriment, à celle de Malherbe. Voici la traduction de Racan :

Les lois (le la mort sont fatales.

Aussi bien aux nialsoris royales Qu'aux lauJis couverts de roseaux.

Tous nos jours sont sujets aux Parques : Ceux des bergers et des monarques Sont coupés des mêmes ciseaux.

Malherbe avait dit :

Le pauvre, en sa cabane, où le chaume le couvre,

Est sujet à ses lois ; El la garde qui veille aux barrières du Louvre,

N'en défend pas nos rois.

Le mérite de Racan était d'exprimer d'une manière ingénue et touchante toutes sortes d'objets, ceux même qui appai-tenaient à la poésie sublime; mais il réussissait mieux dans ceux(iui étaient proprement du ressort de la [loésie simple et naturelle. Il mourut h. la Roche-Racan, en 1670, à 81 ans. L'auteur de l'ylr; poétique a bien caractérisé Malherbe et Racan dans ces deux vers :

Malherbe d'un héros peut vanter les exploits; Uacan chanter Philis, les bergers et les bois.

Les ouvrages de Racan sont : les Bergeries, Paris, 1628, in-8"; Lettres diverses, dans le recueil des Lettres nouvelles de Faret, Paris, 1627, in-S"; Les sept Psaumes de lapénitence, 1631 , in-8" ; Poésies diverses, dans les recueils de 1621, 1627, 1633; Odes sacrées, dont le sujet est pris des Psaumes de David, et qui sont accommodéesautemps.avec un Discourt contre les sciences. Pans, 1651, in-8° ; Mémoires pour la Vie de Malherbe, 1 vol. in-12; Dernières OEuvres et Poésies chrétiennes, Paris, 1060. Coustelier donna une édition de ses OEuvres complètes, en 1724-, Paris, 2 vol. in-12 : maison n'y trouve point les Mémoires pour la Vie de Malherbe, et il y mauciue en

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outre plusieurs pièces, entre autres une ode h Iticlielieu.

UACIIEL, seconde fille de Laban, épousa le patriarche Jacob, l'an 1732 avant Jésus- Christ. Elle eut de lui Joseph et Benjamin. Hailiel mourut en accouchant de celui-ci. Elle fut enterrée sur le chemin qui conduit h Ephrata, où Jacob lui éleva un monument quia subsisté pendant plusieurs siècles. On montre encore aujourd'hui sur la route d'Ephrata une espèce de dôme soutenu sur quatre pihers carrés, qui forment autant d'arcades et l'on prétend que c'est le tombeau érigé à Raclul par Jacob. Mais comme ce monument est encore tout entier, il est d llicile de croire que ce soit le même que le patriarche consacra à la mémoire de son épouse.

RACINE et CORNEILLE. Nous avons cru devoir réunir ici les deux articles queFeller a consacrés à ces deux monarques de la scène tragique, qui, en même temps qu'ils s'élevaient aux plus hauts degrés de la gloire littéraire, appliquèrent plus d'une fois leur génie à des sujets religieux. — Pierre Corneille, né à Rouen le G juin 1606, do Pierre Corneille, maître des eaux et forêts, parut au barreau, n'y réussit point et se décida pour la |ioésie. Une petite aventure développa son talent qui avait été caché jusqu'alors. Un de ses amis Le conduisit chez sa maîtresse : le nouveau venu prit bientôt dans le cœur de la demoiselle la place de l'introducteur. Ce changement le rendit poète, et cafut le sujet de Mciite, sa [jremière pièce de théâtre. CeKe comédie tout imparfaite qu'elle était, fut jouée

avec un succès extraordinaire. ^/eV/fe fut suivie de la Veuve, de la Galerie du Palais, do la Suiranle, de ta Place Royale, de Clitandre, et de quelques autres pièces qui ne sont bonnes à présent que pour servir d'époque à l'histoire du théâtre français. Corneille prit un vol iilus élevé dans sa Médée, et surtout dans le Cid, tragi-comédie jouée eu 1636. Les Espagnols, dont il avait emprunté ce sujet (c'était une imitation du Guilhem de Castro), voulurent bien copier eux-mêmes une copie dont l'orignal leur appartenait, mais qui, par les embellissements dont l'avait accompagné l'auteur français, était audessus de tout ce qu'a produit le théâtre espagnol. Il lit ensuite les Horaces, et Cinna. Le grand Condé, à l'âge de 20 ans, étant h la première représentation de celte dernière pièce, versa des larmes à ces paroles d'Au- {juste

Je SUIS maître de moi eommo île l'iinivers.

Je le suis, je veux l'cliv. 0 siècles! 6 mémoire!

(.onservez ;\ jain;iis ma iionwlle victoire.

Je triomphe aiijoiinl'liiii ilii plus juste courroux,

l»e (|ui le souvenir puisse aller jusipi'à vous.

Soyons amis, Ciiina ; c'est moi (pii t'en convie.'

Corneille augmenta encore sa gloire par Poli/niclc. Le style n'en est [las si fort ni si majestueux que celui de Cinna; mais cette pièce a quelque chnse do jihis touchant. Ceiiendant 'es personnes pieuses furent choquées de la l'burte que Je poète s'est donnée de laire

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monter les saints sur un théâtre, habituellement consacré à un histrionisme profane et licencieux, et de mêler la tendresse de l'amour huma-n avec l'héroïsme de l'amour divin. Après Polyeucte vint Pompée, dans laquelhi l'auteur profita de Lucain, comme dans sa Médée \\ avait imité Sénèque; mais dans les endroits où il les copie, il paraît original; et dans ceux qu'il n'a pas empruntés d'eux, le poëte français est fort au-dessus (le ces deux romains. Le Menteur, iiièce comique, et presque entièrement prise de l'es; agnol, suivit la tragédie de Pompée. Au Menteur succéda Rodoqune, qu'il aimait d'un amour de pi éférence. Il disait que, pour trouver la plus belle de ses pièce-, il fallait choisir entre Rodorjune et Cinna, ({uoique le ])Ubli* penchât plus du côté de la dernière. Héradius parut ensuite, elle public ne la trouva point indi,.;ne des chefs-d'œuvre qui l'avaient précédée. Puis vinrent Sertorius et Othon , où, malgré une certaine dureté de st.\b', il y a encore de grands traits. Turenne étant un jour it une représentation de Sertorius, s'écria, dit-on, à cette scène : OX donc Corneille a-l-il appris l'art de la guerre? Ce fut par Acjésilas, Attila, Pulchérie, Bérénice et Suréna, que ce père du théâtre finit sa carrière. Ce sont les ouvrages d'un vieillard ; mais ce vieillard est Coineille. Si nous n'en jugeons que i>ar les pièces du temps de sa gloire, quel sublime dans ses idées 1 quelle élévation de sentiments ! quelle noblesse dans ses portraits! quelle profondeur de politique 1 quelle vérité, quelle force dans ses raisonnements! Chez lui les Romains parlent en Romains, les rois en rois ; partout de la grandeur et de la majesté. On sent, en le lisant, qu'il ne puisait l'élévation de son génie que dans son âme. C'était un ancien Romain parmi les Français, un Cinna, un Pompée, etc. Corneille, débarrassé du théâtre, ne s'occupa [dus qu'à se préparer à la mort. Il avait eu dans tous les temps beaucoup de religion. Il traduisit l'Imitation de Jésus- Christ en vers : version qui fut très-bien accueillie, mais qui manque, dit Feller, du plus beau charme de l'original, de cette simplicité touchai. te, de cette naïveté tendre, qui opèrent plus de conversions que tous les sermons. Corneille s'étant accusé à confesse de queli}ues poésies qui pouvaient avoir des elTets fâcheux sur les mœurs, avait reçu pour pénitence de traduire le premier livre de cet ouvrage précieux; le succès qu eut cet essai l'engagea à le traduire entièrement. M. Onésime Leroy a fait réimprimer il y a quelques années la traduc:ion de Corneille sous ce titre : Corneille et Gerson dans l'Imitation de Jésus-Christ, 1 vol. in-S°, qui a obtenu à cet écrivain une récompense de l'académie française. L'éditeur a relouché que'ques endroits de Corneille qui 1 li ont paru vieid.s, a remplacé queltjues mot- siiranni's.a même refit plusieurs vers. .Malgré la réserve et le talent qu'il a mis dans son travail, nous sommes de ceux qui pensons que le texte d'un écrivain tel que ConieiUc devait être reiigiouseuieut ras-

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pecté. En effet, dans celte traduction, mal- gré quelques défauts, on retrouve souvent tout l'éclat, toute la vigueur de son génie, et il est à craindre qu'en voulant faire disparaître des taches, on n'affaii disse ses mâles beautés. Quoi qu'il en se il, M. Onésime Leroy, par sa publication, a bien mérité de la religion et de la littérature. Corneille mourut doyen de l'Académie française le 1" oct. 168i, regardé comme le plus grand poète tragique de la France. Racine a la seconde place, quoique supérieur à son rival, dans une de ses plus belles parties de l'art du théâtre, dans la versitiration. On fera à son gré l'intervalle entre ces deux places, un peu plus, ou un peu moins grand : c'est là ce qu'on trouve en ne comparant que les ouvrages de part et d'autre. >'aissi l'on compare les deux nommes, 1 inégalité est plus grande. 11 est peut-être incertain que Racine eût été, si Corneille ne fût p s venu avant lui; il est certain que Corneille a été par lui-même. Laharpe ne prononce pas surla |irééminence entre lui et Racine; on peut voir dans son Lycée le jugement qu'd porte sur ces deux grands tragiques. Joly publia, en 1738, une nouvelle édition du Thédlrc de Pierre Corneille,eaU) vol. m-12. C'est la [)lus correcte que nous ayons. Voltaire, qui doit tant au grand Corneille, et, pour nous servir de ses expressions, soldat do ce général, donna, en 1764, une nouvelle édition de ses OEuvres, en 12 vol. in-8% avec de jolies figures. On l'a réimprimée depuis avec des augmenlations en 12 vol.in-8', 8 vol. in-k', ou 10 vol. in-8°; la plus belle, la plus correcte et la plus complète est celle de Paris, Reimuard, 1817, 12 vol. in-8°, avec figures deMoreau. Voltaire a joint au lexte des tragédies et des comédies : un Commentaire sur la plu|iart de ces pièces, et des rétlexions sur celles qui ne sont plus représentées; traduction de YHéraclius espagnol, avec des notes au bas des pages; une traduction littérale en vers du Jules César de Shakespeare; un Commentaire sur la Bérénice de Racine, comparée k celle de Corneille; un autre Commentaire sur les tragé iies d'Ariane et du Comte d'Ëssex de Thoujas Corneille, qui sont restées au théâtre. Celte édition est remplie d'observations critiques, et peut-être trop critiques; on a accusé le commentateur, non sans fondement, d'avoir voulu déprécier le mérite du grand Corneille, pour renforcer le sien; on trouve les principales dans un livre imprimé à Pans en 17Gd, in-12, sous ce titre : Parallèle des trois principaux poètes tragiques français, avec les observations des meilleurs maîtres sur le caractère particulier de chacun d'eux. Ou a publié les Chefs-d'œuvre de Pierre Corneille, avec le jugement des savants à la suite de chaque pièce, Oxford, I7i6, in-12 et in-S", recherchés des curieux, particulièrement rin-8''. On adonné plusieurs autres éditions dos Chefs-d'œuvre de Corneille; les plus belles sont celle de Pierre Didot l'aîné, 1814, 3 vol. in-8°, à laquelle on peut joindre l'Esprit du grand Corneille, imprimé par le môme, 1819, S vol. in-8°; et l'édition donnée par M. Le-

pan, avec les Commentaires de Voltaire, et les Observations critiques sur t'es commentaires, Paris, 1817, 5 vol. \(\-%' et iii-12. Ses autres ouvcges sont : Mélanges poétiques, 1632, in-8" ; OEur-^es diverses avec la Défense du grand Corneille, par le P. ïournemine, 17.38; Lettre en réponse aux observations du. sieur Scudéry. sur le Cid; Imitation de Jésus- Christ traduite en vers français , Rouen, 1636, qui a eu au moins quarante éditions. Louanges de la sainte Vierge, composées en rimes latines, par saint Bonaventure, et mises en t^ers français, 1663, in-12; l'Office de la sainte Vierge, traduit en français, tant envers qu'en prose, avec les sept psaumes pénitentiaux , les Vêpres et Compiles du dimanche, et toutes les hymnes du Bréviaire romain, 1670, in-12. On trouve plusieurs poésies latines et françaises deCorneille dans les Recueils du temps. Les talents de Corneille et sa grande célébrité ne contribuèrent pas à l'enrichir. Il vécut dans une médiocrité qui approchait quelquelbis du l'indigence, comme on voit par une lettre de 1679, trouvée dans des papiers de famille, et publiée dans le Journal de Paris, 22 janvier 1788. « J'ay veu hier « M. Coineille, nostre parent et amy. Il se « porte assez bien pour son asge. Il lù'a pryô « de vous faire ses araitiez. Nous sommes « sortys ensemble aprezle disner, et en pas- « sant" par la rue de la Parcheminerye, il est « entré dans une boutique pour faire ac- « commoder sa chaussure qui éloit décousue. « Il s'est assis sur une planche et moi au- « prez de lui, et lorsque l'ouvrier eust re- « fait, il lui a donné trois [jièces qu'il auoit « dans sa poche. Lorsque nous fusmes ren- « trez, je lui ai otlert ma bourse, mais il n'a « point voulu la recevoir ni la | artager. 'J'ay « pleuré qu'un si grand génie fust réduit à « cet excez de misère.» Corneille laissa trois fils, dont les deux premiers suivirent la carrière militaire, le dernier prit les ordres et obtint le bénélice d'Aigue-Vive près de Tours. L'Eloge de Corneille jiar Viclorin Fabre rerajiorta, en 1807, le prix de l'Académie française. — Son frère, Tliomas Corneille, membre de l'académie française et de celle des Inscriptions, né à Rouen en 1623, moit aux Andelys en 1709, courut la môine carrière, mais avec moins de succès. Quoiqu'il observât luieux les règles du théâtre, et qu'il fût au-dessus de lui, et peut-être au-dessus de nos meilleurs poètes pour la conduite d'une pièce, il avait moins de feu et moins de génie. Parmi ses pièces qui sont au nombre d(; 42, on cite : Ariane, Le comte rf'^A'sea;, tragédies; Le geôlier de soi-même, Le baron d'Albikrac, Le Festin de Pierre, L'Inconnu, comédie en cinq actes, etc. L'union entre son frère et lui fut toujours intime, ils avaient épousé les doux sœurs. Us eurent le même nombre d'enfants, ce n'était tpi'une même maison, qu'un même domestique, qu'un même cœur. Après 25 ans de mari.igtj, ni l'un ni l'autre n'avait songé au partage du bien de leurs femmes, et il ne lut fait qu'à la mort du grand Corneille Le Théâtre de Thomas a été recueilli on 5 vol

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iti-12; mai"^ ceno sont passes seuls ouvrages. Ôna ciii-oiT (le lui : 1 1 Cnnlurlioii en vers fraiii-ais des Métamorphoses d'Ovide, d'une parii'e des i'lé<iies el des t'pilrcs du lucMiio poeli', en 3 vol. iu-J-i; un /fictionnairc des arts et des sciences, en 'i vol. in-tolio, (jui p.init pour In pieniière fois l'an Ki'J'i-, en môme temps (juc eelui de l'Aeailémie franyaiso, dont il élait comme le supplémeni. Foulenelle, son neveu, donna une seconde édition de cet ouvrage en 1731. ]l le revit, le corrigea, l'augmenta considérableim-nt, surtout [lour les articles de mathémati(|ues et de physique. Dictionnaire universel, (jéoç/raphique et historique, 8 vol. in-lolio, 1707, trcVs-exact pour la partie géograpliique qui conceiiie la Normandie, et très-l'autit' d,ins tout le reste. Quoiqu'il fût devenu aveugle sur la lin de ses jours, il préparait une nouvelle édition de ces deux dictionnaires ; mais la mort l'empêcha de donner au dernier l'exactitude dont il serait susceptible. Des Observations sur les remarciues de Vaugclas.— iL'an lUciNE,un des plusbcauxgénies du siècle de Louis XIV, et peut-être le poète tragique le pbis parfait qui ait jamais paru, naquit à La Ferté-Milon d'une famille noble, le 21 décembre 1G39, l'année même où Corneille, Agé de 33 ans, faisait représenter Horace et Cinna. Orphelin de |>ère et de mère dès l'âge de trois ans, il fut élevé d'abora à Beauvais, [)uis à Paris, au collège d'Harcourt, et enlin à Port-Royal-des-Cham|)s, où Marie des Moulins sa grand'mère s'était retirée. Son goût dominant était pour les poètes tragiques. 11 allait souvent se [lerdre dans les bois de l'abbaye, un Euripide à la main : il clierchait dès lors h l'imiter. 11 cachait des livies pour les dévorer à des heures indues. Le s.icristain Claude Lancelot, son maitre dans l'étude de la langue grecque, lui brûla consécutivement trois exempl.rires des Amours de Théaqcne et de (liaricléc , roman grec qu'il appi'it par cu3urà la troisième lecture. Après avoir terminé sa \)hiloso[)l)ie au collé,^e d'Uarcourt, il débuta par une Ode sur le mariage de Louis X.IV. Cette pièce, intitulée La Nymphe delà Seine, lui valut nue gratilication de cent louis et une pension de liOO livres. Le ministre Colbert obtint pour lui l'une et l'autre de ces grAces. Uacine composa, vers la lin de 1()()3, une autre ode, ayant pour oliji^t de célébrer le rét-iblissement des trois académies, et intitulée la ltenoinm<fe aux Muses, qui lui valut une nouvelle gratilication, et ce qui était pour lui d'un bien plus grand avantage, lui i'oui-nit l'occasion dt; se lier avec Boileau. Ces suci;ès le décidèi'cnt à se livrer h la iioésie. Eu vain un de ses oncles, chanoine régulier et vicaire; général d'Uzès, l'appela dans cette ville pour lui résigner un riche bénélice, la voiï du talent l'appela à ■Pans. 11 s'y relira vers lOti'r., époi[ue de sa •première pièce de théâtre, qui fut la l'héhdidc ou Les Frères ennemis, suivie lïAlcxandrc, en !()()(). Car Uacine, quoique élevé dans les maximes sévères de Port-Hoyal, et por tant l'habit ecclésiastique, n'en travaillait

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pas moins au profit des histrions; et ce n'est j)as la i)remière lois que l'on vit un partisan du rigorisme s'occuper des choses que les plus lAchesp'-obabilistcs eussent cru ne s'accorder pas avec l'esprit du chiistianisme. Ce fut à peu près vers ce temps-là qu'il obtint le prieuré d'Epinay; mas il n'en jouit pas longtemps. Ce bénéfice lui fut disputé : il. n'en retira pour tout fruit qu'un procès, que, ni lui ni ses juges n'entendirent jamais; aussi abandonna-t-il el le bénélice el le p.ocès. Il eut bientôt un autre [iroiès qui lit plus de bruit. Des Marets de Saint -Sorlin écrivit contre Nicole, qui, dans la iiremière de ses lettres, traita les poètes dramatiques d'rmpoisonncurs, non des corps, mais des âmes. Racine prit ce trait pour lui ; il lança d'abord une lettre contre ses anciens maîtres. Nicole négligea de lépondre, mais Burbier d'Aucour et Dubois le firent ijour lui. Racine leur répliqua par une lettre qui sentait l'iiomme piqué, et qui à tout prix voulait avoir raison. Boileau, à qui il la montra avant de la rendre publique, l'engagea à la supprimer. Alexandre fut suivi d'Andromcique. Jouée en 1(568. La comédie des Plaideurs, jouée la même année, eut du succès, à raison des allusions où l'on reconnut divers jiersonnages , et des anecdotes qui avaient été l'objet de la conversation des Parisiens; ce n'était du reste qu'une imitation des Guêpes d'Aristophane : cette pièce se joue encore au ThéAtre-Francais. Briiannicus parut en 1670. Bérénice, jouée Tannée d'après, n'est qu'une ]iastorale héroïque; elle manque de ce grand intérêt et de ce terrible, les deux grands ressorts de la Iragédie. Racine prit un essor \]as élevé, en 1672, daui Bajazet. Mithridate, joué en J()7.'>', est plus dans le goût du grand Corneille, quoique l'amour soit encore le piincipcd ressort de cet épithalame, et que cet amour y fasse faire des choses peu dignes di' la tragédie. Mithridate s'y sert d'un artifice de comédie pour surprendre une jeune personne et lui faire dire son secnt. Cette fureur de mettre do l'amour partout a dégi'adé presque tous les héros rie Racine. Voltaire a eu raison de dire : « Les connaisseurs qui « se plaisent plus à la douceur élégante de « Racine qu'à la force de Corneide, me [)a- « raisseut ressembler à ceux qui j)rél'èrent « les nudités du Corrége au chaste et noble « pinceau de Raphaël. » Jphiyénie no parut que deux ans après (en 1673), et mérita le même reproche que les précédentes. Phèdre fut jouée en lt)77, deux ,;ours avant la représentation du même sujet traité |iar Piadon. Le plan des deux j)ièces est à [icu piès tie la même contexture : mêmes pei'sonnages, mêmes situations, mômes fonds de sentiments et de pensées; mais c'est lorsque les deux auteurs se rencontrent de plus j)rès, qu'on sent davantage la su[>ériorité du talent. Cependant Pradon, soutenu par les ennemis de Racine, attiia tout Paris à sa piè.e, tandis que celle de son rival fiit couverte ue huues et de ridicule. Racine, dégoûté de la carrière du théfttre, semée de tant d'épines, résolut

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de se faire chartreux. Son directeur, qui connaissait l'inconslance de son cnraclère, lui conseilla de s'arracher au monde et au théâtre, ]ilidùt par un mariage chrétien que par une entière retraite. 11 épousa, queliiues mois après, la tille du trésorier do France d'Amiens. La même année de son mariage, en 1677, Racine fut cliargé d'écrire l'histoire de Louis XIV, conjointement avec Boileau. Cette histoire n'a jamais paru; le manuscrit en a péri dans l'incendie île la b'hliothèque de M. de Valincourt. Il en a échappé, dit-on, îin fragment, qui a été publié en 1781. {Voyez le Journ. hist. et litt., 1" décembre 178'i-, p. S02.) Ce fragment ne donne pas une grande idée de l'ouvrage, et n'oHre dans le fait qu'un Eloge historique, titre sous lequel il a paru. On y admire tout, on y exalte tout. « Tant « il est vrai, dit un ciitique, qu'on ne peut « jamais écrire l'histoire pendant la vie des « rois, surtout lorsqu'ils sont venus à bout '( de subjuguer les esprits, coname avait fait « Louis XIV. On doit se borner alors à re- « cueillir les faits ])ar ordre chionologique, « et l'on n'est pas en di'oit d'en attendre da- « vantage lîes historiographes contempo- « rains. >> La religion avait enlevé llacine.à la poésie; la religion l'y ramena. Madame de Maintenon le pria de faire une pièce sainte, qui put être jouée h Saint-Cyr : il en fit deux, Estlier et Athalic; mais ces tragédies, quoique d'une grande beauté, et vrais chefsd'œuvre de la scène franraise, ne fiu-ent pas reçues avec le même enlhousiasme que les précédentes : nouvelle jjrouve des vrais motifs qui produisent l'attachement aux spectacles, toujours faible lorsque la corruption du cœur ne le fortifie [>as. On disait « que « c'était un sujet de dévotion , propre à

« amuser des enfants » Racine jouissait

alors de tous les agréments que peut avoir un bel esprit à la cour. Il étai' gentd'iomme ordina:re du roi, qui le traitait en favori, et qui le faisait coiiclier dans sa chambre pendant ses maiadies. Ce monarque aimait à l'entendie parler, lire, déclamer. Tout s'animait dans sa bouche, tout y prenait une âme, une vie. Sa faveur ne (lui a ])as, et sa disgrâce hâta sa mort. Madame de Maintenon, touchée de la misère du peuple, avait demandé à Racine un Mémoire sur ce sujet intéressant. Le roi le vit entre les mains de cette dame, et fâché de ce que son historien se mêlait de son administration, il lui défendit de le revoir, en lui disant : « Parce « qu'il est poëte, veut-il être ministre? » Dès idées tristes, une lièvre violente, une maladie dangereuse, furent la suite de ces paroles. Racine mourut le 22 juin 1699, à GO ans, d'un petit abcès dans le foie. Tant il y a de distance entre les ornements de l'esprit et la force de l'âme; entre la culture des letires et les sentiments de la véritable grandeur, qui sent si vivement son indépendance Jes cours et des rois, et qui en jouit si bien ! Racine était d'une taille médiocre ; sa figure était agréaule, sou air ouvert, sa physio- ■&omie douce et vive. 11 avait la politesse ë'un ' ourtisan et les saillies d'un bel-esprit.

Son caractère était aimable, mais il passait pour faux; et, avec une douceur apparente, il était naturellement très-caustique. Plusieurs épigi-ammes, un grand noudjre de cou|)lels et de vers satiriques, qu'on brûla à sa mort, prouvent la vérité de ce (pie répondit Despréaux à ceux qui le trouvaient trop malin : « Racine, disait-il, l'est bien [)!us « que moi. » Les défauts de ce jioéte furent efl'acés en partie par de grandes qualités. La religion réprima souvent ses penchants.

« La raison, disait Boileau à ce sujet, con- « (luit ordinairement les autres à la foi; mais « c'est la foi qui a conduit Racine à la rai- « son. » Avec cela, on remarquait un air de fluctuation dans sa conduite, et comme un état de dispute enire Dieu et le monde, entre sa conscience et les choses qu'elle réprouvait. Il eut sur la fin de ses jours une piété tendre, une probité auStèie; il condamna l'usage qu'il avait fait de ses talents en faveur d'un genre où les vertus chrétiennes ont si peu à gagner. Outre les tragédies de Racine, nous avons de lui : des Cantiques, qu'il fit à l'usage de Saint-Cyr. Ils sont pleins d'onction et de douceur. On en excuta un devant le roi, (^ui, à ces vers •

Mon Dieu, quelle guerre cruelle !

Je Uouve deux liomiiies en moi :

L'un veut que, plein. d'auiour pour toi, Je le sois sans cesse lidéle; L'autre, à les volontiis rebelle.

Me soulève contre ta loi,

dit à madame de Maintenon : « Ahl madame, « voilà deux hommes que je eoimais bien. « VHi»tovre de Port-Royal, ÏIGT, 2 parties in- 12. Le style de cet ouvrage est coulant et hislorique, mais souvent négligé ; on sent assez que l'historien est dans le cas de faire quelquefois l'apologiste et quelquefois le panégyriste. Clémencet nous a donné aussi une Histoire de cette maison chérie du parti. 11 en a paru une nouvelle en 1786, Paris, h vol. in-12, réunis eu 2 vol. Outre cela, nous avons encore les Mémoires hist. et chron. de Guilbert. Tant d'histoires d'une m;dson religieuse semblent dire qu'elle avait grand besoin de gens qui en contassent du biei. (Voy. Cléaienciît.) Lne Idylle sur la paix,. pleine de grandes images et de peintures riantes; quelques E pi gramme s , genre qu( n'était (juc trop dans son caractère, auquo il se fût livré peut-être davantage, si les remords n'en avaient atfavbli le goût; de? Lettres et quelques opuscules, publiés par son fils dans ses Mémoires de la vie de Jean Racine, 17i7, 5 vol. iii-12. On trouve les uifférents ouvrages de Racine dans l'édition de ses OEuvrcs, puldiée en 1768, en 7 vol. in-8°, par M. Luneau de.Boisgermain, qui l'a ornée de remarques. L'abbé d'Olivet a donné des Remarques de grammaire sur Racine, avec une Lettre critique sur la rime, adressée à M. le président Boulrier, iii-12, Paris, 1738. L'année suivame, r.;bbé Destbntaines opposa à cet écrit : liaciuc vengé, ou Examen des remarques graiiimaticaies de M. l'abbé d'Olivet sur les ÔËuvres de Racine, Avignon (Paris),

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in-1-2. Ces doux écrits nif'Titent dVMre lus. Celui lie l'abhé ifOlivet a été réimpi'iiiié en 170(>- Nous avons encore d'autres remarques el d'autres couuuentaires sur Racine : les plus connus soni ceux de Laharpe et de (ieotrroi. Les éditions de son théâtre sont innombrables : nous indiciuerons seulement celle de Bodnni, 1813, ;J vol. in-folio, et celle de Pierre Didot l'ûlné, an ix (1801-1805), 3 vol. in-folio, un des livres les plus magnifiques que la typographie ait produits. Paimi les éditions des OEuvres complHes de Racine, nous citerons celle de Garuier, Paris, 1807, 7 vol. in-8%avoc le commentaire de Laharpe et le portrait de l'auteur ; celle d'Ainié-Martin, avec les notes de tous les commeniateurs, Paris, Letebvre, 1820, 1822, 1825, 184i.

RACINE (Louis), fils du précédent, naquit à Paris le C novembre 1692. Ayant perdu son père de bonne heure , il fut confié aux soins de Rollin, alors [irincipal du collège de Beauvais. 11 dem.nida deoi avis à Boileau, qui lui conseilla de ne p'is s'appliquer à la poésie; mais son penchant |)Our les muses l'entraîna. Il donna, en 1720, le poème tie la Grâce, écrit avec assez de pureté , et dans leijuel on trouve plusieurs vers heureux. 11 le com posa chez les Pères de l'Oratoire de N.-D. des Vertus, où il s'était retiré après avoir pris l'habit ecclésiasti(iue. Les chagrins que son père avait essuyés à la cour lui faisaient redouter ce séjour; mais le chancelier d'Aguesseau réussit pendant son exil à Fresnes à le réconcilier avec le monde qu'il avait quitté. Il se fit des protecteurs qui contribuèrent à sa fortune. Le cardinal de Flcury, qui avait connu son père, lui procura un emploi dans les finances ; et il coula dès lors des jours tran(|uilles et fortunés avec une épouse qui faisait son bonheur. Un (ils unique, fiuit de leur union, jeune homme qui donnait de grandes espérances, périt malheureusement dans le tremblement de terre et l'inondation qui ravagèrent Cadix en 1755. Son père, vivement allligé de cette perte, ne traîna plus qu'une vie triste, et mourut dans de grands sentiments de religion, en 17G3, à 71 ans. L'académie di's Inscrijitions le comptait parmi ses membres dès l'an 1719. Ce poète faisait honneur à l'humaniti'; : bon citoyen, bon époux, pèie tendre, fidèle à l'amitié, reconnuissaiit envers ses bienfaiteurs, la candeur régnait dans son caractère et la politesse dans s s manières, malgré les distractions auxquelles il était sujet. 11 s'était fait I eindre les OJùivres de son père à la main , et Je regard fixé sur ce ve. s de Phèdre :

El moi, lils inconnu d'un si glorieux père...

, Pénétré dft la vérité du christianisme, il en remplissait les devoirs avec exactitude. On a de lui dos OKuvrcs diverses, en 6 vol. in-12. On trouve dans ce recueil : son poème sur la Religion, imprimé séparément in-S" et in-12, avec d'excellentes notes : cet ouvrage offre les gr;Vces de la vérité et de la poésie. Il n'y a point de ch;uit (pii ne renl'erme des traits excellents et uu grand nombre de vers admirables; mais il ne se soutient pas, et il y règne

une monotonie qui le rend quelquefois languissant. Dans les dernières éditions on trouve des changements que l'auteur a cru devoir faire, surtout dans les notes, par déférence pour certa'nes critiques qui n'avaient pas la solidité qu'il leur supposait, et cette docilité mal entendue prend quelquefois un airdefaiblesseet d'inconséquence. Ce poème, que Laharpe regarde comme un des meilleurs du deuxième ordre, a été réimprimé un grand nombre de fois , et traduit en vers anglais, en vers allemands, deux fois en vers italiens, et plu-ieurs fois en vers latins. Son poëme sur la Grâce, 1722, qu'on trouve k la suite du précédent. Il en a |iaru une critique, où l'on examine : 1" la marche et la versification; 2° la doctrine. Cette critique parut en 1723 sous le titre d'Examen , etc. Elle est quelquefois un peu sévère ; mais il y a des observations raisonnables. Voltaire a adressé à l'auteur de ce poème les vers suivants :

Cher Racine, j'ai lu, dans les vers didactiques, De Ion .lansënius les dogmes fanatiques : Quelquefois je l'admire, et ne te crois en rien. Si ion style me plait, ton Dieu n'est pas le mien. Tu m'en lais un tyran, je veux qu'il soil un père; Ton lioinmage est forcé, mon culte est volontaire. De son sang mieux que toi je reconnais le prix : Tu le sers en esclave, el je l'adore en fils. Crois-moi, n'allecte plus une inutile audace : Il huit compiendie Dieu pour comprendre sa grâce. Soumettons nos esprits, prcsenlons-lui nos cœurs, El soyons des chrétiens, mais non pas des docteurs.

Des Odes, recommandables par la richesse des rimes, la noblesse des pensées et la justesse des expressions. Quoiqu'elles soient sur le vrai ton de ce genre, on souhaiterait d'y rencontrer plus souvent le feu de Rousseau. Des Epiires qui t'enferment quelques réflexions judicieuses. Sa poésie est élégante, mais il n'y a aucun trait bien frappant, et elle manque en général de clialeur et de coloris. Des Réflexions sur la poésie, qu'on a lues avec plaisir, quoiqu'il n'y ait rien d'absolument neuf et de bien profond. Des Mémoires sur la vie de Jean Racine , imprimés séparément en 2 vol. in-12. Ils sont curieux et intéressants [tour ceux qui aiment l'histoire littéraire. S'il y a quelques minuties , on doit les pardonner à un fils qui parle de son père, et d'un père si célèbre. <c Malheur « à l'âme froide, dit un critique équitable , n qui ne sera pas attendrie en assistant à « cetteprocession, où l'auteur d'Athalie [lone « la croix, dont ses filles composent ^e clergé, « et que termine le jeune Lionval (nom de « Louis Racine dans sa jeunesse), faisant gra- « vemeiit les fonctions res[)ectables de pas- « leur! Il faut l'avouer: nos mœurs sont si « corrompues , notre goiit si frelaté, qu'en « lisant ces mémoires nous nous croyons « transportés, je ne dirai pas dans un autre « siècle, mais dans un autre monde; cepen- « dant il est encore des âmes honnêtes , qui « sentent tout le prix d'un hommage rendu « à l'amour paternel par la piété filiale; et « jamais, mou jamais notre fastueuse philan- « tluopic ne vaudra cette touchante naïveté.» Nous avons encore de cet auteur deux ou-

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vrages médiocres : Remarques sur les tragédies de Jean Racine, en 3 vol. iii-1-2. C'est une cr tique volumineuse ; on a repro'h(^ à l'auteur de manquer d'tMùvation , d'usn.^e du théâtre et de connaissance du cœur humain. Il y a pourtant de bonnes réflexions. Une traduction du Paradis perdu de Milton, en 3 vol. in-8°, char;;ée de notes. Elle est plus fidèle que celle de Dupré de Saint-Maur; nids on n'y sent point comme dans celle-ci l'enthousiasme de l'Homère anglais. On y rencontre quelquefois lies alliances de mots qui choquent, un style heurté, des anglicismes ; et c'est par-là qu'elle a obtenu en Angleterre des suffrages qu'on lui refuse en France, car on Siu't que les Anglais se servaient de cette traduction pour étudier la langue française. Les Pièces fugitives, publiées >ous son nom en 178'*, ont été hautement désavouées par sa veuve et par ses amis; et il est certain que c'est une imposiure typographique, aujourd'hui si commune, ajoute Feller, en fait (i'ouvrages posthu nés. Les OEuvres de Louis Racine ont été recueidies en 1747 et en 1752, 6 vol. pi'tit in-12; et on en a une bonne édition complète donnée par Lenormant, à Paris, 1808, G vol. in-8°, précédée do V Eloge de l'a teur par Lebeau. Selon Barbier , Louis Racine est l'éditeur des Psaumes traduits en vers par les meilleurs poêles français , Pans, 1751, in-12. — Les [lOënies de la Religion et de la Grâce, avec les notes, font partie du tome VIII de la collection des 7>('/no)!.sOY/</ons évangéliques , publiée par M. l'abbé Migne, 18V3-18!|.9, en 18 vol. in-i°. Les erreurs janséniennes, qui se trouvent dans le second de ces poëmes, sont rectifiées dans la Révision des Démonstrations évangéliques, qui fait partie du tome XVIII, col. 10.« et 1036.

RAl'.lNtl (Bonaventure) , ecclésiastique, né i\ Chauny en 1708, vint achever ses études à Paris, au collège Mazarin, et s'y rendit hal)ile dans les langues latine et grecque. La Croix-Castries, archevêque d'Alby, l'appela en 1729 pour rétalilir le collège de Ribasteins, dont les habitants demandaient la restauration. Mais son zèle pour les nouvelles opinions l'obligea de se retirer à Montpellier auprès de Colbert, qui le chargea de la direction du collège de Lunel. 11 en sortit secrètement pej de temps après pour éviter des ordres rigoureux. Il passa à la Chaise- Dieu, afin d'.) voir l'évoque de Senez, puisii Clermont,où il s'entretint avec la nièce de Pascal, et vint à Paris. Il s'y chargea de l'éducation de quelques jeunes gens au collège d'Haï court. 11 fut encore obligé d en sortir en 1734. , par ordre du cardinal de Fleury. Caylus , èvêque d'Auxerre , attaché ainsi que lui aux intérêts du parti, le nomma à un canonicat de sa cahédrale , et lui conféra les ordres sacrés. 11 mourut à Paris, en 1755, à 47 ans. L'abbé Racine fut recommandable par ses connaissances, parla bonté de son caractère, et, dans son parti, par la vivacité de son zèle. Ardent et intlex ble dans ce qu'il croyait viai, ou ce qu'il s'était engagé à défendre comme tel, il le soutenait avec une espèce de fanatisme. On a do lui : DiCT. DE Biographie reug, JII,

quatre écrits sur la dispute qui s'était élevée touchani la crainte et la confiance; un Abrégé de r histoire ecclésiastique, 1748-50, 13 vol. in-12. Cet ouvrage a eu le plus grand succès auprès des discipl "s de l'Augustin d'Yprès; mais ceux qui distinguent l'Eglise catholique des factions diverses qui de tout temps se snnt élevées dans son sein, n'en ont pas porté le môme jugement. « Ce n'est réel- « lenient, dit un critique , qu'un libelle dif- « famatoirede tous les hommes illustres dont « les noms ne se trouvent pas dans les dyp- « tiques du parti , et un recueil d'éloges de « tous les fanatiques qui en ont porté les in- « térèts jusqu'à la démence. » Voy. Vincent DE Paul. L'auteur se proposait de pousser cet Abrégé an moins jusqu'en 1759, mais la mort ne lui en a pas donné le temps. On joint à cette histoire des Lettres h. Morénas , qui font le 14' volume, et une suite en deux volumes, formant les 15° et IG' tomes. Les neuf premiers volumes ont moins de partialité et d'esprit do parti que les quatre suivants, où l'auteur prend un ton d'enthousiasme indigne de l'histoire. De simples religieux appelants ou apostats occupent cinquante pages, tandis que des saints reconnus par l'Eglise, et les martyrs, les évêques, les solitaires qid ont illustré la religion chrétienne d .ns les premiers temps, sont traités lestement et avec une sorte d'indifférence. L'Histoire de l'Eglise, jia.' l'abbé Bérault a entièrement elfacé celle de Racine dans l'esprit des gens dont le jugement n'est asservi à aucun parti. Nous ne dirons rien des Siècles chrétiens de l'abbé Ducreux, autre abrégé de l'Histoire ecclésiastique, ouvrage moitié I)hilosoph.i[ue , et qui, dans sa totalité, ne peut être envisagé que comme le fruit de la faiblesse et de l'inconséquence. — Depuis Feller, on sait que d'importants travaux ont jiaru sur l'histoire de l'Eglise ; nous nous bornerons à citer : l'Histoire universelle de l'Eglise , |)ar Jean Alzog, chanoine de la cathédrale et supérieur du grand séminaire à Hildesheim, traduite en français sur la 4° édition par l'abbé Isidore Goschler , professeur de jihiloso.ihie et directeur du collège StanisfiS, et Ch.-Féiix Audley , avec un tableau chronologique et deux cartes géographiques , Paris, 1»45 et suiv., 3 vol. in-8°; l'Histoire de l'Eglise, par l'abbé Rei;eveur, Paris, 1840 et années suiv., 8 vol. in-8'' ; l'Histoire universelle de l'Eglise catholique , par l'abbé Rohrbacher, Paris, 29 vol. in-8° ; 2' édition, en cours do publicalion au moment où nous écrivons ces lignes (1850); Introduction à l'étude de l'Histoire ecclésiastique, par l'abbé Blanc, Paris, 1»41, 1 vol. 111-8°; el Cours ou précis d'histoire ecclésiastique, par le môme, Paris, 1849; 2 vol. in-8°, etc.

RACONIS (Charles-François d'Abrade), théologien, né, en 1580,auch;UeaudeRaconis, dans le diocèse de Chartres, professa la philosophie au collège du Plessis, et la théologie à celui de Navarre. La régularité de ses mœurs, jointe au succès de ses sermons et de ses ouvrages de controverse, lui méritèrent l'évêché de Lavaur en 1637. Il mourut

651 ft-V»

en 1646, après avoir publié plusieurs écrits : Trnili' pour se tromrr en conférence avec les hérétiques, in-12 , Paris, 1618; Théologie latine , en [iliisieurs vol. in-8"; la Vie e.t la mort (le madame de Luxembourg, duchesse de Merrœur, in-12, Paris, 1625; Réponse à la Tradition de l'Eglise sur la pénitence et la coinmunion, «l'Aniauld, etc.

HADBERT. Voy. Paschase.

R.VDBOD II , évéque de Novon et de Tournai, mort Tan 1082, a écrit la Vie de saint Médard , publiée par les bollandistes.

RADEGONDK (sainte) , fille de Berthaire, roi de Thuringe, née en 519, fut élevée dans le paganisme jusqu'î* l'Age de 10 ans, que le roi Clotaire I" l'emmena et la fit instruite dans la religion chrétienne. Elle joignait aux charmes de la vertu ceux do la ligure. Clotaire l'épousa , et lui permit, six ans après, de se faire religieuse. Elle prit le voile à Noyon, de la main de saint Médard, et [\\a sa demeure à Poitiers , oij elle mourut saintement le 1.3 août o87, à G8 ans, dans l'abbave de Sainte-Croix qu'elle avait fait b:îtir. Nous avons son Testament dans le Recueil des conciles; et sa Vie, Poitiers, 1527, in-i% traduite du latin par Jean Bouchet : il y en a U( e plus moderne, par le P. de Monteil , Rodez, 1627, in-12. M. Edouard de Fleury a publié un« Histoire de sainte Radegondc , reine de France au vi" siècle, et patronne de Po/;/(Ts, Paris, 184V, I vol. in-8'\ Pidoux, Filleau, dom Liron, Hildebert, et plusieurs autres, ont aussi écrit cette Vie. On a de madame Gottis un roman historique intitulé : V Abbaye de Sainte-Croix , ou Radegonde, reine de France, 1823, 5 vol. in-12. Voy. \e-

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