‹ Dictionnaire de biographie chrétienneChapitre 127 sur 341 · RAU · texte numérisé non relu

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ciel, sans voile et sans figure. Le traité du corps et du sang de Jcsus-Christ fat impiiiné en latin avec une Défense, en 1712, i'i-12. On trouve dans les Pjcrivains ecclésiastùpies ti'Oudin, article Ratramne, une lettre curieuse de celui-ci sur les hommes qui ont une tête de chien. 11 y a toute apparence que ces prétendus hommes étaient des singes ; q^uoiqu'il soit possible que la partie inférieure du visage, devenue trop saillante, ait donné à quelques familles une espèce de physionomie canine, sans altérer essenlielfement la figure de l'homme, ineffaçable dans ses grands traits, comme le remarque Buffon, la mémo sous tous les climats et l'influence de toutes les causes locales. Les monstruosités qu'elle essuie quelquefois ne sont qu'individuelles, et tiennent aux rè.^les mûmes qui maintiennent l'uniformité g.'nérale. RAU (Sebald-Foulques-Jean) , théologien et orientaliste hollandais, né l'an 1763 à Utrccht, acheva ses études dans les écoles d'Ulreclit et de Leyde, et s'adonna à la piédication française. En 1787, il fut nommé paslenr de l'église valonne deHaderwyck, et il reçut le môme titre dans celle de Leyde l'année' suivante. A ses fonctions pastorales il joignit la chaire de théologie, puis celle de langues et d'antiquités orient.des. Le èjanviei- 1807, unecatastrophc épouvantable porta la désolation dans la ville de Le de ; un bateau chargé de poudre fit explosion dans un des canaux les plus fréquentés, et un grand nombre de maisons, au nombre desquelles était celle de Rau, ne furent en quelq.ies moments qu'un monceau de ruines et de cendres. Rau, alors absent de chez lui, accourut précinilammcnt, youv snuver les membres dt^ sa famille : il y réussit pour quelques individus, notannuent p^ur son épouse elle seul enfant ipii fi'it auprès d'elle. Il perdit sa bibliothè(pie et ses manuscrits, à l'exception de ses sermons. Le roi de Hollande (Louis Bona:iarte) s'étant rendu sur le lieu cie la catastrophe, Rau fut auprès de ce prince l'int-Tprète de la douleur publique, et il obtint de généreux secours. La secousse qu'il reçut dans celte circonstance paraît avoir profondément affaibli son organisation, car il mourut onze mois l'ius tard, le 1" décembre 1807. Ses priuci[)aux écrits sont: cinq Discours acad'micjues, dont voici ]i;s sujets : 1° De eo quod jucandum est in studio theologico, Leyde, 1788; 2" De Jesu Chrisli inç/enio cl indole jierfcrlissimis, per comparutionem vuin ingenio et indole l'auli apostoli illitstratis, ibiJ., 179S ; 3' De pocseos hebraica; prœ Arabiun pnrslantid, tiiin veriiatis qwiin diviuitalis reliyionis, in releri codive sacro traditœ , argitmcnto, ibid., 18i)0 ; k° De poelicœ faculUitis excdlcntia et prrfeclione, sjtecldla in tribus poelnrum principibus, srripture Jobi, Homero et Ossiano, ibid., 1800; 6° De natura optimaeloquenliœ sacrœ magistra, 1806, in-i". — Des Sermons, eu trois volumes, publiés par Josué Teissèdre l.'Auge, pasteur à Amsterdam, et uuteur d'une Oraison funèbre de Rau, en Itollandais.

RADCOURT (Loots-Marie), dernier abbé de Clairvaux, naquit à Reims le 10 juin 174-3. Son père avait été d'abord manufacturier, et était devenu contrôleur des guerres. Le jeune Raucourt commença ses études dcus l'université de sa ville natale, et un voyage, qu'il fit à Clairvaux auprès d'un de ses oncles, prieur dans cette abbaye, fixa sa vocation pour la vie religieuse. Pendant la durée de son noviciat, il fut envoyé à l'abbaye des Trois-Fontaines, puis k Paris, au collège des bernardins, où il acheva ses étudps. Raucourt, de retour à Clairvaux, y enseigna la théologie ; il devint procureur de l'abbaye en 1768, prieur en 1773, et coadjuteur de l'abbé en 1780. Il était retourné h Paris pour y prendre ses grades en théologie , et fut reçu docteur en 1775. Après la mort de' l'abbé Leblois, Raucourt fut désigné pour lui succéder, et son administration répondit aux espérances que ses talents avaient fait concevoir. Il acheta pour la somme de 500,000 francs, la bvlle bibliothèque du président Bouhier de Dijon, que la révolution ne permit pas de mettre en place, et qui forme maintenant la bibliothèque publique de Troyes. L'abbé Raucourt avait aussi conçu le projet d'élever un monument à saint Bernard : la statue de la charité était déjà arrivée à Clairvaux et les marbres de Carare étaient en route ; mais les troubles poli- 'tiques qui survinrent empêchèrent l'érection de ce monument. Oi assure qu'il se laissa pendant quelque temps séduira pardes idées d'innovation, et qu'il introduisit dans son abbaj-e des cliangements, tant pour le costume des religieux que pour la discipline de la maison. A l'époque de la révolution, l'abbaye de Clairvaux fut envahie ; le mobilier, le trésor, tout fut enlevé hormis quelques reliques trouvées par l'abbé Raucourt. Obligé de quitter cette demeure, il se retira au petit village de Juvancourt à une lieue de 1^, et il y resta juscju'en 1804-, entouré de l'estime et du respect des habitants qui lui en donnèrent des preuves non équivoques pendant la terreur. Il se fixa ensuite <i Baisur-Aube , et mourut dans cette ville le 6 avril 1824

RAUFFING (Elisabeth de), est la môme que Marie-Elisabeth iIcRanfaing, qui est son vrai nom, au |uel nous renvoyons.

RAULENGHIEN. Vog. Raphelengius.

R.\UL1N (Jean), prédicateur, naquit à Tuiil en 14'*3. Après avoir pris ses degrés dans l'uiiversilé de P.u-is, où il fut reçu docteur en t'iéologie l'an r*79, il prêcha dans celte capitaie avec iicaucoup de succès, il était entré dans l'ordredeCliiny en 14U7, etil mourut à Paris en 1314, îi71 ans. En 1341, on reçu illit s.^s Sermons, en latin, in-8'. Il se rendit autant recnmmandab'e par sa régularité que liar les iiuv;ag"S asi-i'liq les qu il dmina au pu ilic. On a encore de lui des Lettres, Paris, 1520,in-4°. en latin, peu communes. Ses ouvrages furent recueillis à Anvers, 1612, en 6 vol. in-4". La Fontaine a emprunté à Raulin le sujet de sa belle fable des Animaux malades de la peste, et Rabelais a tiré parti d'une

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histoire de cet auteur dans les chap. 9 et 27 de '011 Pnntaqrud

RAUUN (Jean-Facond), Espagnol de nation, ad'inmS d ms le cours du xviii" siècle, Histoire ecclésiastique du Malabar, imprinice à Rome, iii-'i-°- Elle esl iilcine de p.irlicularilés qui semblent n'avoir d'existence que dans rima;:;ination de l'auteur.

RAUIRNSTHAUCH (Etienne be', bî^nédictin allemand, et ahl)é de Rraunau, était savant en théologie, et avait prof ssé cette science pendant plusieur's années dans son monastère. On sait que vers ce temjjs une nouvelle docti-ine, (pii rabaissait l'autoité spirituelle pour relever celle des princes, s'introduisait en Allemagne. Dom Raiitenstrauch en avait adopté les principes et les enseignait dans ses leçons. Le consistoire archiépiscopal de Prague en ayant été instruit, Rautcnstraucli fut mmdé pour y rendre compte de ses opinions. Elles (larurcnt au moins su.si»ectes, et il fut privé de sa cliaire; mais ses sentiments s'accordaient avec ceux des lliéolog ens (pii avaient du crédit à la cour. Dom Raulenstramli envoya à Riéger, l'un d'eux, son Traité du pouvoir du pape, les Thèsis (pi'on avait niijiiouvées à Prague, et ses Définses. Hié^er les coujmuniqua à Stock, présideiit de !a faculti' de théologie de Vienne, et membre du conseil des étuil'S {Voy. Stock), qui le fit nommer p.ésideiitd S étiid s à Piague même où il avait étécondamué. Le triomphe de Hautensirauch ne se borna jiiiint h ce premier succès. En 177i, l'impératrice, abu-ée sur son compte, le rappela à Vienne et lui donna la place de SiO( k, (|ui était mort. Il se trouva ainsi | résident de la faculté dé théologie de Vienne, et investi di; tous les fiouvoirs nécessaires pour fa re iirévaloir les nouvelles idées. Il dressa un Plan de théologie dans ce sens. En vain le cardinal Miga.;zi , archevêque de Vienne, et d'autres prélats, ie pape lui-même, auquel ce plan avait été déféré, firent des re, résentations au gouvernement impérial. Non -seulement le plan, mais en; ore une Introduction à la théologie, dressée d'après les mêmes principes [lar Ferdinand Sto,-;er, prof, sseur d'histoire ecclé-iastique, furent approuvés jiarle tribunal des études. On n'em|iloya plus q le de; proiessem-s imbus des opiiiicns nouvelles; chaque jour la manied'iniioverdfvena t[Uiis ardie. Peliem, l'un de ces professeurs, o>a proposer de se servir de la langue vul.^aiie dans la célébration des olhces et dans l'administration des sacrements , Uautenstrauch fit soutenir à 'Vienne une Thèse où l'on prenait contre le pape le parti .ie^E^;lise d'Ulrecht, ei où l'on permettait une usure modelée. En 1j8d, il entreprit un voyage en Hong, ie pou;- y proiingec Ces réformes ; mais il mourut à Erla;! le 30 septembre de la même année. 11 avait pui)lié eu 1771 des Prolégomènes sur le droit ecclésiastique universel, et sur le droit ecclésiastique d' Allemagne.

RAVENNE (cardinal de). Voij. Accolti.

RAVESTEYN (Josse), ou Judocus Tiletafius, né à Thielt en Flandre vers 1506, pro-

fesseur en théologie et chanoine de SaiiU- Pierre à Lonvain, assista au concile de Trente, député de Charles-Quint, et au colloque de Woorst en 1557. Il mourut à J.ouvain le 7 février 1571. Ce docteur était habile controversiste , grand adversaire des erreurs de Raïus, qu'il dénonça h plusieurs évêq'ies et universtés, etc. Nous avons de lui: WWQ Ré f ut 'tt ion delà confession d'Anvers, en latin, Louvain, 15G7; Apologie de cette Réfutation, 1568 ; Apologie des décrets du concile de Trente touchant les sacrements, Col 'gne, 1007, in-12.

RAY (.Iohn). ou Wray, en latin Raius, savant naturaliste, né dans le conjté d'Fs>ex, en 1628, étiit lils d'un forgeron. Il étudia à Cambridge et fut membre du collège de la Trinité. A rès avoir pris les degrés académiques, il fut ordonné prêtre de l'église anglicane; mais Sun opposition aux sentiments des éf)iseo|iaux l'empêcha d'ubtenir des bénéiices. Il se consola de la privation des biens ecclésiastiques par l'étude de la nature. Il avait tout ce qu'il fallait | our l'approfondir: un esprit actif, un zèle ardent, un courage infatigable. Il parcourut JAngleterre, l'Ecosse et l'Irlande, la Holhuide, l'Allemagne, l'Italie, la France et plusieurs autres pays dans lesquels il lit des rech relies labori uses. La s;jciélé royale ile Londres s'empressa de le posséder eii iC()7, et le perdit en 1700. Il était alors Agé de 78 ans. Itay passa sa vie en philosophe, et la finit de même. Sa modestie, sou aifabiiiié lui firent des amis illustres. Il joignait aux connaissances d'un naturali-te celles d'un littérateur et d'un théologien. Ses ouvrages, où l'on trouve beaucoup de solidité, de sagacité et d'érudition, sont : une Histoire des Plantes, en 3 vol. in-folio, 1086, 1088, 1704; et 1;'S trois tomes ensemble, 1710, in-folio; une Nouvelle méthode des plantes, Lonlres, t6S2, iii-8° ; un Catalogue des plantes d'Angleterre et des lies adjacentes, Londres, 1677, uj-8", avee nn Supplément en 1688, et divers autres ouvrages île botau.ique. Son système ditfére de celui de Tournefort. Un Catalogue des Plantes des environs de Cambridge, 1600, in-8', avec un appen iix d • lOO.'J, et un de 1685 ; Stirpium. europearuin extra BrilannUim nascentiuni sylloge, Londres, 109'i-, in-S°; Synopsis inethodica aniinaliuin quadrupedum et scrpcntiiii gcneris, ibid., 172'i., ii.-S"; Synopsis inethodica avium et pisciuiii, ibid., 1613, in-8"; Uistoria insectorum cam Appendice Martini Lisleri de scarabœishritannicis, 1710, i'i-V; Dictionariolum trilingue secundum locos communes; De variis plantarum methodis dissertatio , 1696 , in-4°. C'est une apologie de sot système. Tous les ouvrages préijédenls sont en latin. Les principaux de ceux qu'il a écrits on anglais sont: VExisterice et la sagesse de Dieu, manifestées dans les œuvres de la création. Ce livi-e a été traduit en fi-ançais, IJtrecht, 1714, in-S". Il y a beaucoup de solidité et d'érudition. Trois Dissertations sur le chaos et la création du monde, le déluge et l'embrasement futur du monde, dont la plus ample édition est celle de Londres, en 1-713, in-8°. Une

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Exhortation û la piété, le seul fondement du honhcnr présent ou futur. Ce discours est contre Bayk", qui niait qu'une république com|)osée' do chrétiens qui observeraient exactement les préceptes de Jésus-Christ pût se soutenir. Divers Discours sur différentes matières théologiques, imprimés à Lo-idres en 1()92, in-8° ; un Itecueil de lettres philosophiques, 1718, in-8°, qui ne sont pas dans leur totalité un recueil précieux; Observations topographiques, morales et physiques, sur les pays qu'il a parcourus, 1673 et l'iO, in^'. — il ne faut pas le confondre avec l'abbé Augustin-Fidèle Ray, dont ci a une Zoologie universelle, ou Histoire universelle de tous les quadrupèdes, cétacés et oiseaux connus, etc., Paris, 1788, in-4° ; ouvrage savant et sagement écrit. V'o//. le Journ. hist. et lilt., 15 octobre 1789, pase2i3.

RAYMOND. Yoi/. Heymovd.

RAYMONDIS. Voy. Pauadis.

RAYNAL (Guillaume- I'homas-François ), un des écrivains philosojihes les plus célèbres du xvni' siècle, né le 11 mars 1713 à Saint-Geniez dans le Rouergue, entra fort jeune chez les jésuites, et obtint des succès dans l'enseignement et dans la prédication. Mais se lassant d'un genre de vie qui ne s'accordait nullement avec son carac'ère ni avec ses opinions personnelles, l'abbé Raynal quitta, en 17i7, la société des jésuites, et alla s'établir dans la capitale où il s'attacha à la paroisse de Sainl-Sulpice en qualité de prêtre desservant; renonçant ensuite aux pratiques du saint ministère, il parut dans le raoncle, prit le titre d'homme de lettres et se mit sous la bannière des philosophes. Raynal, n'ayant pas de fortune, chercha des moyens d'existence dans la culture des lettres. Queliiues-unsde ses premiers ouvrages, les Anecdotes littéraires et les Mémoires de Nin07i de Lenclos fournii-ent à ses besoins, mais sont aujourd'hui h peu près oubliés. Son Histoire du Statkoudérut, prônée pai' des amisintéressés, obtint nu succès de vogue. Ce livre est un précis des révolutions ([ui ont agité la Hollande, depuis que ce [lays s'est soustrait à la domination espagnole. Raynal s'était l'ait des amis: Diderot, d'Holbadi et les autres philosophes du temps le [iiirent sous leur protection, lui firent coniier la rédaction du ^fercHrc de France, e( l'aidèrent de leur ci'édit pour lui assurer une existence indé|)endante. Cependant Raynal, que les occupations littéraires n'enrichissaient pas, se livra, dit-on, aux spéculations du commerce, et il paraît qu'elles furent plus utiles à sa fortune. Ce fut au milieu de l'agiotage qu'il conçut et qu'il exécuta son Histoire philosophique des établissements et du commerce des européens dans les deux Indes. Cet ouvrage parut en 1770, et son succès, d'abord assez écjuivoque, ne llatta pas l'amour-propre de l'auteur; mais le j)arti eni-eleva bientôt le mérite parde pompeux éloges, et |)ublia autant d'apologiesciu'il parut de critiques. 1! paraît que Raynal fut aidé datis cet ouvrage j)ar plusieurs de ses amis. Deleyre fut chargé de réunir les matériauT, les comtes d'Aranda et

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de Souza fournirent des mémoires ; le baron

d'Holbach, Naigeon, Jeande Pechmeja, etsurtout Diderot, y travaillèrent. « Qui ne sait, « dit Grimm, que près d'un tiers de Vtlistrire a philosophique appartient à Diderot? il y « travailla pendant deux ans, et nous lui en « avons vu composer une bonne |iarlie sous « nos yeux. Lui-môme était souvent ell'rayé « de la hardiesse avec laquelle il fai-;ait par- « 1er son ami. Mais qui, lui dis.ut-il, osera « signer cela"? Moi, lui répondait l'abbé, moi, « vous dis-je ; allez toujours. » (Voy. le Dictionnaire des anonyme-, 2' éditinn, ï\" SiGï, et le môme numéro aux Corrections.) D'après les princi|ies de tels co laborateurs, l'esprit antireli^'cux (jui règne dans tout ce livre ue doit nullement étonner. 11 f.it pul)lié en 1770. Cène fut que le 19 décembre 1779, qu'un arièl du conseil en détendit j introduction en France, connue unpiimé h l'étranger. Le public, par ses observations, l'ayant averti des délauls de son ouvrage, Ra.v nal se mit à voy.iger, cl visita les principales [ilaces de (ommerce de la France, de la Hollande et de l'Angleterre, lui parlant du connuercc des deux Judes, il avait llatté ramour-[)ropre des Anglais sur leurs éiablissements ; au^si il reçut a Lfmiires une distinction Irès-llatteuse. Il se trouvait un jour dans la galerie de la chambre des communes : l'orateur l'ayant appris, lit tout ii coup cesser la discussion, jusiju'à ce qu on eût accordé à Raynal une |)lace d'hoi.neur. A son retour d'Angleterre, il s'arrêta à Genève, et il y ]iublia une nouv( lie édition de son Histoire, 1781. Elle contient des corrections utiles, des articles et des notices plus exactes sur la Chine, les Etais-Un.s, et .-ur le commerce en général ; mais, en levanche, sa haine contre les rois et la religion s'y montre plus h découvert. Il se t ouvait à Courhevoie lorsque son ouvrage faisait de nouveau le su,;et de toutes les conversât. ons dans la capitale- Des g.ns recomuianJa les, attaché-; au service de Louis \V1 , placèrent l'Histoire philosophique sur une table, dans l'aiipartemeiit de ce prince alin qu'il pQl la ]iaii.ourir. Louis X\ 1, n .turelh ment pieux, en lut ind gné, et le pailement, d'après les cunclus ons de l'avocat-général Séguier, ordonna qu'il fût brûlé. La Sorbonue déclara le livre abominable, et le qualitia, non sans raison, de délire d'une âme impie. L'auteur fut décrété de |)rise de corfis ; il en fut avirli, et se retira de Courhevoie .ourse rendre aux eaux de Spa. Il partit eiisu te pour l'Allemagne, et ayant |).olongé son voyage jus- (pi à Rerlin, il lit deman.ier h Frédéric II la permission de lui présenter ses houuiiages. Le roi de Prusse lui indiq: a le jour. Ce prince (tait d bviut auprès de sou buieau: « Monsieur, lui ilil-ii, vous êtes vieux ain.i « q le moi ; sans façon asseyons-nous. \'ous «me trouv. z à lire un de vos ouvrages, « VHistoirc du Slaihondéral. » La vanité de Raynal, qui était extrême, fut Irès-sar.sfaite de cet accueil familier; il réjiondit à Frédéric avec le ton de cette même vanité : " Celte «histoire est un des ouvrages do ma pre-

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« mière jeunesse : j'ai fait mieux que cela. » — « Et (jnel est donc cet ouvrage? denianila « le prince.— C"e<;t, ajouta Ravnal, mon His- « Inire philosophique des deux Indes. — Je ne « la connais |ias, lui i-f'-pomiit Fiéfir'Tic, je « n'en ai jamais entendu pirler. » Cette réponse froide et 'uattendue déconcoria un peu Itayiia', (pii s'empressa de termine:' la convcisaTon. 11 visita plusieurs cours, comme s'il avait voulu piom''ner sa renommée. De retour en Fi-ance, il demeura longtemps d^ns les pay? mérid oiia x. 11 donna aux acndéinies de Marseille et de Lvon plusieurs prix, dont il p.oprisa les su.;ets. Le jdus renrT(jual)le est relui qui avait pour liut de déte miner Si la découverte de l'Amérique avait été utile ou nuisible à l'Europe. Mûri par l'Age, et moins dominé )iar i'etfervescence tles passions, il n'envisagea d.ins les nombreuses innovations qui eurent lieu lors de 1 1 formalii'ii de rassenildéeConstitu^uite, que des atientats contre la propiiété, et des encourairements .^ la licence parmi le peu- :)le. Le 3! mai 1791. il adressa une longue .eltre à celle assemblée, où l'im remarque les passage-; suivants : « J'osai, dit-il , parler « longtemps aux rois de leurs drvoii's ; souf- « frez qu'aujourd'hni je parle au peuple de « ses erreurs. Serait-il dune vrai qn il falUU « me rappe'er avec etlVoi que je suis un de « ceux (jui , en éprfmvant une indignation « g'néreuse conirc le pouvoir arbitraire , « ont peut être donné des armes à la licence!... « Pies de descendre dans le tombeau , que « vois-je autour de moi ? des troubles reli- « gieiix, des d ssensions civiles, la con>ter- « nat on d'S uns, l'audace des autres; un « gouvernement esclave de la tyrannie po- « pulaire, le sanctuaire d s lois envi.onné « d'ni'inmes etfrénés, qui veulent allernati- « vement ou les dicter, ou les braver; des « soldats sans disci|ilii)e, des chefs sans auto- « rite, des m nistres sans moyens, la [mis- « sance publique n'existant plu-; quedans les « clubs !... Vous vous a[)plaudissez de lou- « cher au t^rme de votre cariière, et vous « n'éles entour.'S que de ruiner, et ces rui- « nés sont souillées de sang et baignées de « larmes : des bruits sourds et vagues, une « terre qui fume et qui tremble de toutes « parts , annoncent encore des explosions « nouvelles. Qui osa jamais rêver pour un « grand t)eu|;le une constitution fondée sur .( un nivellement abstrait et cbimérique ? Ma « pensée va jusqu'à désirer que le tombeau « se referme promiitement sur moi ; vous '( recevrez d'un vieillard qui s'éteint la véiité « qu'il vous doit. «Quand Raynal avait parlé en philosophe, il avait trouvé un grand nombre d'admirateurs; j1 parlait une fois en homme sage, et ces mêmes admirateurs méprisaient ses avis , et allaient jusqu'à l'insulter. On ne fit aucim cas de sa lettre, et on le traita de vieux radoteur. Voyant la marche terrible que prena.t la révolution, il alla se lixer à Paï.sy où. il vécut tout à fait ignoré, et où il eut le temps de se convauicre, par une juste réllexiou, et comme il le marque dans sa lellre à l'assemblée , cm'»/

avait été nn de ceux qui avaient aonné des ar7nes à la licence. 11 demeurait depuis quelque temps à Montlhéri, lorsqu'il mourut à Chaillot , chez un ami, le G mars 179G, à 83 ans, dépouillé de presque tout ce qu'il possédait. O^uitre heures avant sa mort, il avait entendu la lecture d'un journal, sur lequel il avait fut des ob-ervations critiques. Sa fortune était tellement diminuée, qu'on ne trouva, dit-on, chez lui, pour tout argent, qu'un assii;nat de 50 1 vres, valant alors 5 sous en numéraire. Le Directoire, (|ui s'i ccu^iait d'organiser l'institut, l'eu avait nommé membre pour la classe d'histoire. Raynal était aussi de la 'société royale de Londres, et de l'académie de Berlin. Voici la liste de ses principaux ouvi âges : ///«foire du Stathoudérat, Paris, HiS. in-12 ; 1750, 2 vol., réi.uprimée en 1819. Il la fit imprimera ses frais, 'a vendit lui-môme, et en débita, diton, GOGO exemplaires ; Histoire du parlement d'Angleterre, ibid., 1750, 2 vol. iii-12. On critiqua justement dans ces deux ouvrages un ton oratoire et ampoulé, peu convenable au bon goût et h la dignité historique. En 1820 les frères Baudouin ont réimprimé cet ouvrage sous le titre d'Histoire du parlement anglais, par Louis Bonaparte avec des Notes de Napoléon. Anecdotes littéi-aires, historiques, militaires et politiques de l Europe, depuis l'élévation de Charles-Quint ù l'empire, jusqu'à la paix d'Aix-la-Chapelle, ibid., 1753, 3 vol. in-12. Ot ouvrage présente des faits assez curieux et intéressants, et il est écrit d'un styie naturel et rapide, qualités qu'on retrouve rarement dans ses autres I roductions, exce|ité la suivante, h laquelle ou accorde le mènip mérite Histoire du divorce de Henri VJJl , \b\d , 17G3, in-12; Ecole militaire, 17G2, 3 vol. in-12, recueil indigeste , et où les exemples de bravoure sont mis pèle - mêle avec ceux de liassesse et de l.'cheté ; Mémoires historiques de l'Europe , 1772, 3 vol. in-8% où la critique et les faits ne sont pas toujours exacts; Tableau et révolutions des colonies anglaises dans l'Amérique septentrionale, 1781, 2 vol. in-12 ; Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes, Amsterdam, 4 vol. in-8", 1770; Genève, 1781, 10 vol. in-8% réimprimée à Paris, eu 1820. Les éloges que Laharpe fit de cet ouvrage , dès sa première édition , sembleraient plutôt dictés par un esprit de secte que par un esprit de justice ; et le lecteur judicieux, en parcourant VHistoire philosophique, y trouve de la confusion, des absurdités, des déclamations fatigantes contre les lois, les usages établis, les gouve-i-nements et surtout contre les rois et les prêtres. Le mérite qu'on remarque dans plusieurs de ces Mémoires sur le commerce de quelques nations est contre-balancé par des erreurs, des inexactitudes sans nombre, et par des récits et des tableaux licencieux qui répugnent également aux bonnes mœurs et aux convenances sociales. Ces premiers défauts ont disparu , il est vrai , dans la seconde édition ; mais l'auteur, comme nous

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