‹ Dictionnaire de biographie chrétienneChapitre 157 sur 341 · HOH · texte numérisé non relu

HOH

pouvait plus être agréable à la cour, ni auprès du roi et de la reine, qui dès lors se trouva en butte aux traits envenimés de la méchanceté. Le prélat fut privé de sa dignité de grand aumônier et de sa décoratiou du Saint-Esprit. Exilé dans l'abbaye de la Chaise- Dieu, en Auvergne, et ensuite à son évùché de Strasbourg, il y resta jusqu'en 1789, é|)0que où le bailliage de Haguenau et de Weissembourg le nomma député du clergé aux Etats généraux, par l'iniluence des chefs du parti populaire. 11 n'accepta pas d'abord ; mais rassemblée nationale ayant fait lever son exil, il y vint occuper son siège le 12 septembre 1789. Les intrigants se tlaltaient qu'il se jetterait dans leur parti, par un esprit de vengeance contre la cour, et surtout contre la reine ; sa modération déjoua tous leurs projets, et on ne put lui reprocher que son adhésion à prêter le serment civique , comme membre du clergé. Depuis ce moment il s'éloigna définitivement de l'assemblée, et se retira à sa principauté, dans la partie située sur Urive droite du Rhin. 11 y accueillit tous les malheureux qui eurent recours k sa bienfaisance, et répandit des secours jusque sur ceux dont il avait à se plaindre. Le jirince de Rohan vécut longtemps tramiuille et oublié dans sa retraite, se démit de son évêché en 1801, et mourut à Ettenheira le 16 février 1803. Son abord était très-prévenant, son air noble, sa conversation spirituelle et animée ; il parlait avec grAce, môme avec élO(iuencc. Un grand nombre d'ouvrages ont été comiiosés sur ce prélat. On peut consulter les Mémoires de Uescnval, ceux de madame Campan , ceux de l'abbé Georgel; V Histoire du xvm' siècle, par Lacretelle; le Recueil des pièces concernant l'affaire du collier, etc.

ROHAN -CHABOT ( Locis-François-Ad- GUSTE de], duc de Rohan , prince de Léon , cardinal du titre de la Sainte-Trinité, au Mont- Pincius, archevêque de Besançon , né à Paris le 29 février 1788 , d'une fauiille originaire de Bretagne, et l'une des plus anciennes de la monarchie, avait pour père Alexandre- Louis- Auguste de Rohan-Chabot, duc de Rohan et de Porroët, et sa mère était Anne- Louise -Madeleine-Elisabeth de Montmorency. Né la veille d'une révolution, il eut à pleurer, aussitôt qu'il put se connaître, sur la ruine de la monarchie et sur les malheurs de sa propre famille. Il suivit, penilant la Terreur, ses parents en Angleterre, et il en revint avec eux aussitôt que des jours plus calmes se levèrent pour la France. Le jeune de Rohan se distingua dès son enfance par d'heureuses dis[)Ositions jointes à une douce piété. Une facilité étonnante et une application soutenue lui firent faire des progrès rapides dans ses études , qui furent dirigées par M. Laperche. Après l'érection du trône impérial, Bonaparte, dont la politique habile tendait à aonner pour soutiens à sa dynastie les anciennes familles qui avaient entouré pendant des siècles le trône des Bourbons, jeta les yeux sur le jeune de Rohan, qui, après avoir été attaché à la princesse Bor-

ROB

ghèse, devint successivement chambellan de la reine de Naples et de l'empereur. Au milieu d'une cour licencieuse et guerrière sa piété ne se démentit pas, et toutes les séductions de la jeunesse et du monde ne purent lui faire oublier ses devoirs religieux. La crainte de déplaire au pouvoir qui régissait la France ne l'empêcha jamais de suivre l'impulsion de sa conscience. Lorsque le duc de Polignac fut enfermé à V'incennes, sous le poids d'une accusation capitale, on le vit presque chaque jour apporter à cet illustre dét('n\i les consolations de l'amitié, et plus tard (1812), quand Pie Vil vint expier à Fontainebleau sa courageuse résistance aux volontés despotiques de Bonaparte , le duc de Rohan, plus chrétien que courtisan, alla déposer ses pieux hommages aux pieds du père commun des fidèles. Vers les derniers temps de l'empire, il fit un voyage en Italie d'où il ne revint qu'en i'èik. La restauration ouvrit devant lui une carrière plus brillante. Chargé d'un commandement dans les compagnies rouges, il obtint, après la dissolution de ce corps, le grade de colonel. Une alliance digne de son rang l'unit à mademoiselle de Serent, aus>i distinguée par ses grâces que par ses vertus. Mais un événement all'reux vint briser ces liens à peine formés , et plonger dans le deuil deux familles heureuses du bonheur des jeunes époux : la duchesse de Rohan , parée pour un bal que donnait le comte d'Appony, ambassadeur d'Autriche, s'étant imprudemment approchée du feu, la llamme prit à ses vêtements et elle périt consumée avant qu'on eût pu lui porter secours. Cet horrible accident, qui lui enlevait une femme chérie, causa au duc de Rohan la plus profonde douleur, et le rapprocha encore de la religion qui seule pouvait adoucir une si cruelle bl^^ssure. Bientôt les malheurs de la monarchie vinrent le distraire de ses propres souffrances. L'invasion des cenl-jours ayant dispersé la famille royale, M. de Rohan suivit le duc d'Angoulême dans le midi, puis en Esj ague. Peu de temps a[)rès son retour en France, il eut la douleur de perdre son père, qui mourut le 8 février 1816, et auquel il succéda dans son titre de duc et pair. Sj famille cherchait à lui l'aire contracter de nouveaux liens; Louis XVlll lui-même voulait l'unir à une princesse de Saxe. Mais déjà une voix secrète lui révélait la carrière nouvelle qu'il devait embrasser. Sa modestie seule le d(''tournait encore du sacerdoce, qu'il regardait comme une mission sublime. Cependant des conseils pieux et éclairés fixèrent peu à peu son irrésolution, et après avoir passé plusieurs jours en prières, il se décida, malgré toutes les remontrances de sa famille, à suivre la nouvelle route que la Providence ouvrait devant lui. Entré à Saint- Sulpice le 29 mai 1819, il s'y distingua par sa ferveur, sa régularité, et son application aux études théoiogiques. Elevé à la prêtrise le 1" juin 1822 , il fut nommé peu après grand-vicaire de Paris. En 1828, il lut appelé au siège arcliiépiscopal d'Auch, et passa en

ROH

1829, à celui de Besançon, où il pontifia pour la première fois le 2 février de la même année. Avant de venir prendre possession de son diocèse, il avait vendu le château de la Rocheguyon , habitation d;; ses ancêtres, aQn de pouvoir, comme il le disait lui-même, faire plus de bien aux pauvres et h son église. Un de ses premiers soins fut d'embellir l'église métropolitaine , qu'il enrichit d'ornements de bon goût et de vitraux peints dans le genre gothique, dont l'elfet était favorable au reçue. llenient de la prière. Le duc de Hohan s'aequiita dj ses augustes fonctions avec le zèle le plus fervent, et ne quitta son diocèse que pour aller siéger <i la chambie des pairs en 1829 el l'u 1830. Décoié du pallium par Léon XU, il fui promu nu cardinalat dans le consisloire du 5 juill 1 1830. La révolution de juillet le surprit h Paris, oiî il fut arrêté et maltraité par des furieux qui le prirent pour l'archevêque di^ Reims. Douloureusement alfecté de la chute du trône de Charles X, il se retira en Suisse, puis à Rome où il concourut à l'élection de Grégoire XVI, qui fut élevé au trône |iontiûcal le 2 février 1831. Pendant le temps (ju'il passa en Italie, il vécut dans la fam liarité du souverain pontife , qui alla môme, contre les usages suivis par ses prédécesseurs, le visiter dans la campagne q l'il habita pendant quelque temps à Albancj. Le désir du cardinal de Rolian était de rentiei' dans sa pairie, et lorsqu'il eut appr.s (jue le choléra menaçait d'envahii' son diocèse, il n'hésita plus ;i y rev nir. Il se liât ait q.ie le souvenir du bien qu'il y avait fait apaiserait l'esprit de parti dont son ancienne alfection pour la branche aînée dus Bouil)oiis semblait devoir lui faire craindre les attaques. Mais un concours de circonstances malheureuses lui |irépara pour son retour h Besançon une épreuve cruelle. Sous prétexte que sa rentrée en France coïncidait avec l'apparition de la duchesse de Berry dans la Vendée , de jeunes exaltés vinrent >ous ses fenêtres pendant les trois jours (jui suivirent son arrivée, pousser des vociférations outrageantes, mêlées à des chciDts obscènes, l/auloiité finit par réprimer ces d 'sordres auxquels le i)rélat ne put demeurer insensible. Le soin de son diocèse lui olfiit une distraction aux chagrins qui déchiraient son Ame. Plus affable et plus simple, et demeurant étranger aux affaires du siècle, il se consacra avec un nouveau zèle à éclairer et ii nourrir son troujieau. On le vit, uniquement occupé des devoirs de l'apostol.it, encoLirager les insiitutions pieuses, visi.ei- les hôpitaux et les prisons, parcourir les parties les plus reculées de son diocèse, et porter la paiole évangélique jusque dans les plus obscurs villages. Ses pieux travaux altérèrent sa santé naturellement débile. A])rès avoir prôclié en plein air dans le village de Chénecey, il fut atteint d'un rhumatisme inflammatoire qui le conduisit au tombeau. 11 mourut après trois semaines de souffrances, le 8 février 1833. Sa charité, sa douceur et sa résignation chrétienne brillèrent d'un nouvel éclat dans ses derniers mo-

Page 1