KOS
ROS
état. Il ne se présentait aucune œuvre oe chanté îi faire qu'il n'en saisit l'occasion avec empressement. C'est h ses sollicitations que l'hospice de Saint-Louis de Gonzague fut ouvert aux enfants abandonnés. Il mourut à Rome le 23 mai 176i,en odeur de sainteté ; des informations ont été faites pour sa béatification.
ROSSI i'Ignace de), jésuite, né à Viterbe le 3 février 17i0, entra dans la société de Jésus en 1753. 11 enseigna d'abord les humanités et la rhétorique à Spolette, à Macerata et à Florence, jusqu'à la suppression de ce corps. 11 se rendit ensuite à Rome, où il fut nommé professeur d'hébreu dans l'université grégorienne où il resta 30 ans, et il continua à s'occuper de travaux littéraires, et surtout de la langue cophte. Lors du rétablissement des jésuites par le pape Pie VII, il s'empressa de se réunir à ses confrères, et il est mort au milieu d'eux le 25 novembre 1821, à Rome, au collège romain. On .ui doit : Commcnlationes Laertiatiœ, Rome, 1788,in-8°; Etymologiœ jEgypliacœ, Rome, 1808, in-i% et beaucoup de petites pièces en vers et en prose. Il a laissé eu manuscrit un Commentaire sur la Préparation évangéllrjue d'Eusèbe ; des corrections et éclaircissements sur des inscriptions antiques, sur beaucoup d'auteurs anciens grecs et latins, et une interprétation latine d'un manuscrit en langue cophte, tiré de la bibliothèque angélique à Rome, contenant les petits prophètes, à laquelle il a ajouté des fiagmenis de ces mêmes prophètes, en dialectes hébraïques, qu'il traduisit en latin et enrichit de notes. On trouve sur lui une Notice détaillée au tome XLIII, page 309 de VAmi de la Religion. L'éloge du P. de Rossi fut prononcé par M. Laureani, professeur au collé"ge romain.
ROSSI (JEAS-RER»iARD de), savaot hébraïsant et linguiste, né le 25 octobre 1742, à Castel-Nuovo dans le Piémont, lit ses cours de théologie et d'hébreu à Turin, et embrassa l'état ecclésiastique. Il était doué d'une aptitude si heureuse, qu'après six mois d'études sur l'hébreu il put faire imprimer, en vers hébraïques d'un mètre fort difticile, un assez long poëme intitulé : Canticum, seu Pocma hebraicum, Turin, 1761, in-i°, en l'honneur de M. de Rora, qui venait d'être nommé à l'évôché d'Ivrée. C'est eu 1766 qu'il fut fait prêtre et reçu docteur. La plu-
Eart des langues vivantes lui furent aussi ientôt familières, et il avait rédigé pour son usage des grammaires angaise, allemande, russe, etc. En 1769 il reçut un emjiloi au musée qui dépendait de la bibliothèque royale de Turin, annexée à l'université, et à la même époque le duc de Parme l'appela dans sa capitale pour y occuper la chaire de langues orientales. Rossi passa dans cette ville quarante années, pendant lesquelles il put, grâce aux belles presses de Bodoni, publier des monuments de son érudition dans la polygraphie orientale. Lorsque le docteur Kennicott publia son grand recueil des variantes du texte hébreu de la Bible, Rossi voulut en publier à son tour un
DiCTIONN. DE BlOURAPHIK RELIG. 111.
recueil plus complet. Il se rendit à Rome en 1778, y recueillit pendant trois mois, dans les t. lus riches bibliothèques, de nonib eux trésors qu'il joignit à ceux qu'il avait déjà rasseir.blés, et, le 3 janvier 1782, il lit paraître le programme des Variœ tecliones Yetcris Testamenti. Terminé en 1788, l'ouvrage reçut un Supplément dix ans plus tard. Cependant la réputation scientitique de Rossi s'étendait de jour en jour : la chniie de langues orientales de Paris lui fut olferte ; il la refusa ainsi que la place de bibliothécaire à Vienne, à Madrid, à Turin. Sa collection de manuscrits de la Bible et d'éditions hébraïques du XV' siècle était la plus riche qui eût encore été formée, et plusieurs souverains lui en offrirent des prix a\antageux. 11 la céda enfin, en 1816, à l'archiducliesse Marie- Louise, au prix de cent mille francs. Rossi mourut à Parme en 1831, laissant de nombreux ouvrages, parmi lesquels nous citerons : De prœcipuis neglectœ licbrnicarum litterarum disciplinœ, Turin, 1769, in-V; De la langue que parlaient le Christ et les Juifs de la Paieslinc, Parme, 1772, in-i", contre Diodati, qui avait soutenu, en 1767, que le grec était la langue dont Jésus-Christ et les apôti es se servaient ; La raine attente, par les Hébreux, de leur Roi-Messie, prouvée par l'accomplissement de toutes les époques, ibid., 1773, in-4° ; De Hcbraicœ Igpographiw origine, et primitiis, seu antiquis et rarissimis Hebraicorum libroiitm editionibus seculi xv, ibid., 1776, in-4°; Spécimen vai'iarum leetionum sacri textus et chaldaica Estheris additamenta, Rome, 1782, in-8°, réimprimé avec de nouvelles variantes, la môme année, à Tubingue, in-8". On sait que le livre d'Esther renferme quelques fragments dont les Juifs n'admettent point la canonicité. mais qui sont reconnus comme canoniques par l'Eglise romaine, ainsi que tout le reste de l'ouvrage : c'est de ces additamenta qu'il est ici question ; De ignotis iwnnullis antiquissimis liebruici textus editionibus, Erlangen, r.82, in-4° : c'est un supplément à la Bibliotheca sacra de Lelong, donnée \vaT Marsch ; Variœ lectiones Yeteris Testamenti ex immcnsa manuscriptorum editorumque codicum congcrie haustœ, et ad samaritanum textiim, advetustissimas rersiones, de, examinatœ, cum prolcgomenis, clavi codictim, etc., Parme, 1781-1788, 1 vol. in-1", plus un Supplément, sous le titre de. Scholia critica, ec., qui parut en 1798 ; Annales hebrœo-ttjpographici sœculi XV, Parme, 1795, 2 vol. in-l°; Bibliotheca judaica aniichristiana qua editi et inediti Judœorum adversus chrislianam religionem libri recenscntur, ibid., 1800, in-8°. « Cette bibliographie est d'autant plus cu- « rieuse, tiit un biogra|ihe, que les livres « qui en sont l'objet »ont très-rares, les juifs « les cachant avic un soin extrême aux « chrétiens. » Dictionnaire historique des auteurs juifs et de leurs époques, ibid., 1802, 2 vol. in-S" ; Diciionnaire historique des auteurs arabes les plus célèbres, et de leurs principaux ouvrages, ibid., 1807, in-8' ; Manu scripti codices hebraici biblioChecœ J.-B. de
ROS
ROS
Rossi accurate dcsr.ripli et illuslrali. Accedit Appendix mss. rodicum nliarum Unguarum, ibid., 1803 et ISO'i-. 3 vol. in-S" : le nombre de ces iiiss. est de 1.377 dont 1,371) soil hébreux ; Si/nopsis inslitulionum hcbraicnnim, ibid., 1807, in-8'; 1rs Psaumes de David, traduits du texte original en italien, ibil., iii-12; Annales h^hréo-ti/poç/raphiques de Crémone, ibid.. 1808, 111-8"; L'Eeele'siaste de Salomon, traduit du texte original en italien, ibid., 1809, iii-12 ; Choix de sentiments affectueux tirés des Psaumes, ibid., 1809, iii-12; Mémoires historiques sur sa rie et ses ouvrages,\h\d., 1809, iii-8"; Compendium de criti- </uc sacrée, des défauts et des corrections du texte sacré, et plan d'une nouvelle édition. Rome, 1811, in-8° ; Ouvrages imprimés de littérature sacrée et orientale de la bibliothèque du docteur J.-B. de Rossi, divisés par <-lasses et avec notes, ibid., 1812, i'i-8° ; Le livre de Job, traduit du texte original en italien, ibid., 1812, iii-12 ; Les Lamentations de Jérémie, traduites en italien, ibid., 1813, in-12; Les Proverbes de S'domon, en italien, ibiil.. 1813, in-12; Introduction à l'étude de la langue hébraïque, bi I., 1813, in-8°; Introduction à l'étude de l'Ecriture sainte, ibid., 1817, in-8'' ; Tableaux de l'herméneutique sacrée, ibid., 1819, in-8°.
ROSSI (JEAN-GtuiRD de), poète, littérateur et arctiéologue it,.lien, né l'an 173'i-, à Rome, d'une famille de négociants, mort dans 11 mêine ville vers 1830, fut directeur d ' l'académie des beauK-arts que le j^cuveriiemeni i.orluji,ais avait f^iulée à Romf. liid.;pendamment d'une Explicalioi de la belle < ollectioi) des vas s étrusques du duc de Blac s et des statues et b:\s-i'eliefs du palais Tortonia, de Nouvelles, de Comédies tant imprimées qu'inédites, llossi composa divers ouvrages littéraires, histjiiques et sur les arts. Nou:.. titeions l s suivants : Lettre sur le dépôt du corps de Clément XIII dans la basilique du Vatican, Dissa'io, 1792, in-8°; Dr l'influence de la religion sur le progrès et réélut des beaux-arts, Roiii'^ , 1801, in-8° ; Ilistoire de la religion du Christ, traduite de l'allem-Aid de Lattcr, Rome, 1817, i'i-8°.
ROSSI (QuiRico), (irédicateur italien et poète, né l'an 169G, à Loiii^o, près Vicence, entra dans l'ordre des jésuites en 1731, et, après avoir expliqué pendant plusieurs années le texte de l'Ecriture à Bologne, à Modène, h Parme, se consacra avoc b'aucoup de succès à la prédication. Il mourut à Parme en 1760. On a du P. Rossi : Lezioni sacre, Parme, 1738, i vol. in-i° ; Sagyio di poésie ituliane, ibid., 171)1, in-V"; Prediche quaresimali, ibid., 17G2, in-i" ; Pnnegirici, discorsi e quaresimalc detto alla corte di Purina, ibid., 17t)i, in-i". Ces divers ouvrages ont été réimprimés à Venise.
ROSSIGNOL (Jean-Joseph), jésuite, né en 1726, à Val-Louise, diocèse d'Kmbrun, se distingua par des connaissances profondes et variées, un jugement solide, un esprit pénétrant, quoique quelquefois un |)eu trop subtil. 11 enseigna successivement à Miirseillc, à Wilna, à Milan, à Turin, et revint
occuper quelque temps l'observatoire de "Wilna, ville où il aida le P. Boscovich dans la publication de ses Œuvres. Jeune encore, il soutint h Varsovie, oiî il se rendit après la destrujtion des jésuites en France, des thèses de omni scibili, avec un aj)plaudissement extraordinaire ; mais il n'en fut pas plus vain , convenant que ces sortes d'essais n'étaient jamais sacs quelque charlatanerie, et ne s'y étant détermuié que sur les plus imriortunes instances de quelques illustres Polonais, étonnés de son savoir. Voy. Pic. 1! se rendit plus tard ;i Milan, y professa, pendant dix ans, les mathématiques et la physique au coUé.^e des nobles, et revint ensuite dans sa patrie ; mais la vive opposition qu'il montra contre la constitution civile du clergé le força de quitter de nouveau la France ; revenu en Italie, il y trouva un généreux protecteur d uis le comte de Melzi, son ancien élève, depuis vice-président de la réjuiblique italienne. L'abbé Rossignol, ne s'o:cupant plus que d'écrire, vécut dès lors tr.uiquille jusqu'à sa mort arrivée à Embrun en 1807 : le nombre de ses opuscules s'élevait 1 plus de 100. On a de lui un petit Traité de botanique estimé, et réimprimé à Liège en 178V, chez Lemarié; des Yues philosophiques sur l'Eucharistie, Embrun, 1776, in-S", où il propose div^Tses manières de combattre des objections puisées dans de fausses notions de physique; des Vues nouvelles sur le inouvement ; un Traité de l'Usure, in-12 de 300 pages, etc.
ROSSIGNOLI (Berxaudiv), jésnite piemoatais, \\é l'an 1363, à Orméa, ilnns le diocèse d'Albi, mort en 1613, s'appliqua à la critique sacrée. On a de lui plusieurs ouvrnges, entre autres : Isloria delta Legione Thebeu, Turin, 1389 et ICOi, sous le nom de Guliehuo Bildesano. Il y prouve jusqu'à l'évidcnce l'histoire du mart. redu chefde la légion thébéenne [Vog. MiURicEj. De disciplina chrislianœ prrfectionis libri V, Ingolstadt, 1600, in-i°; Anvers, 1603, in-8'; traduit en français |iar Robert Charpentier, Paris, 1706, iii-8°. C'est le P. Rossignoli qui le premier fit connaître le fameux manuscrit clu livre de Imitatione Christi, portant le nom de l'abbé Jean Gessen ou Geisen.
ROSSIGNOLI (Charles-Grégoire), jésuite, né à Borgo-Manero, en 1631, dans le diocèse de Novare, mort le 5 jai.vier 1707. est particulièrement connu [)ar son ouvrage du Choix d'un état de vie, traduit de, l'italien sur la 8' édition publiée à Venise en 1731. Il a aussi composé une Instruction pratique pour les nouveaux confesseurs, divisée en deux paities, ne formant qu'un volume, et plusieurs autres Ouvrages ascétiques réunis par Baglioni en un recueil, précédé de la Vie de l'auteur, et publié à Venise, 1723, 3 vol. in-i°.
ROSTRENEN (le P. François-Grégoire de), prêtre et capucin, natif de la ville Ue Bretagne dont il porte le nom, mort à RoscofT vers le milieu du xviir siècle, est auteur d<*s ouvrages >uivants : Dictionnaire françaisceltique, ou français-breton, nécessaire à tous ceux qui veitlent traduire le français eti celti^
SiS
ROT
ROT
8ifi
que, ou en langage hretnn, pour prêcher, catéchiser et confesser selon les différents dialectes de chaque diocrsc, olc. Rennes, 17;i'2, ili-i"; Grammaire franrnise-celtiqne, ou française-bretonne. Rennes, 1738, iii-I'i ; Brest, 1795. iii-l"2, onviMge dont !.• savant Legonidec reconnaît avoir prolité [Kuir la coniiiosition de sa (irammaire; Exercices spirituels de la vie chrétienne, suivis de pieux cantiques, en langue bretonne, Saint-Pol-de-Léon, 170'J, in-8°, souvent réimprimés.
IIOSWEYDE (Hékibert), jésuite et savant agiog aphe, né cà Utreclit le 2-2 janvier 15G9, enseigna Ii plnlos p'iie et la tiiéologie à Douai et à Anvers avec réputation, et mourut dans cette dernière ville en 1629. La connaissance des antiquités ecclésiastiques bril'e dans tout ce que nous avons de l^a. Ses ouvrajîes sont : une Edition de saint Paulin, aver des notes, 1621 ; une Histoire des ries des Pères du désert, Anvers, 1628, in-fol., estimée; une Edition du Ma tyrolog ■ d'Adun, avec des notes sur l'ancien Martyrologe romain, Anvers, 161.3, in-fol., estimée; Fas^' sanctorum, Anvers, 1607, in-S° : c'est la publication des vies des saints dont il a trouvé les manuscrits aux Pays-B:is. L'auteur y donne le projet de l'immense conipilalioa des Bollandistes [Vog. Bou.andls). Une Edition ^:c rimitat on de Jésus-Christ, avec la Vie de Thomas àKempis, et /".s raisons invin- ^cibles qui doivent faire attribuer cet inestimable ouvrage à cet auteur, etc., Anvers, 1617; Dispulatio de fide hœreticis servanda, 1610, in-8°;une /sf/(ï/on du Pré siiirit el île Jean Muschus, avec des notes, 1615, in-fol. 11 a aussi publié (]nel[ucs ouvrages en llamand, entre autres : Vies des saints, Anvers, 16'i-l, 2 vol. ; Histoire ecclésiastique jusqu'à Urbain VIII, et Histoire de l'Eglise belge, 1623, 2 vol. in-fol.; l'ies des saintes filles qui ont vécu dans le sircle, ià'rl, in-8". Vog. Zïp^eus. ROSWITA. Vog. Hrosvita.
ROTA (l'abbé Joseph), naquit à Rassano le 7 mai 1720. Il embrassa l'état ecclésiastique, et, en 1760,11 obtint la cure d Saint-Sauveur à Bergunc, ville dont il était originaire. 11 était très-versé dans les sciences sacrées, se distingua dans la prédication, et cultiva en même ternes et avec succès la littérature. Indépendauiment de plu>ieui'S lettres critiques, de poésies fugitires, de dillerents discours académiques, et de qui.l lues o;ivi'a,,e3 de controverse, on a de lui : l'oetica d'Orazio, espostn in ottava rima, Bcrgauie, 1732, in-8°. Ce te traducti.ai est très-e^timée, autant par la b auté du st le que par la lidélité avec laquelle l'auteur a su rendre le tes.to origmal. Adamo, poema, in canti VI, Bergamc, 1778, qui pouirait servir de pendant à La Mort cl'Abel, de Gessner. Le poëme de l'abbé Rota est écrit en octavVs de vers de onze syl abes, mètre usité par les Italiens dans la poésie épique. Cet ouvrag<', qui établit a jamais la réputation de l'aut.-ur comme bon poète, est rempli d'images neuves, d.: belles pensées, d'un intérêt toujours croissant, de sentiments tendr .s et profonds, et il est en outr« écnt d'un style aussi élégant
que correct. L'abbé Rota fut estimé par ses vert is comme par ses talents, et mourut à Ber ;ame h> 3 mai 1792, ilgé de 72 ans.
ROTH (Michel), né en 1721, à llluxtahourg de Courlande, entra che/, les jésuit-s en 1757, exerça le ministère de la prédication à Dune 'Ourg, et lit ensuite des missions dans la Lithuan e et la Livonie polonaise, aujourd'hui lusse. Après de longs travaux" couronnés d'éclatants succès, il linit sa vie labori use dans le vil âge de Dagda, le 3 décembre 17-5, jour de saint Fiançois-Xavier, dont il avait con^tamme t tAché d'imiter les vertus apostoliques. Peu de missionnaires ont instruii le (leuple d une mani.TO |ilus suivie et plus solide : il n'admettait lersonne, pas même parmi les grantls du royaume, à la c uiîession pasc.il", qu'il n'eût assisté à toutes les exhortations qu'il fai-ait pendant le carême. Les établissemints utiles qu'il forma, les pratiq ics rel.gieuses (ju'il introduisit, les bons ouvages qu'il publia, surtout pour l'instruction du peuple , sont en trèsgrand nombre, et sont devenus une source al'oudante des fruits siibsistanis que les provinces qu'il arrosa >!e ses sueurs, dit Fellcr, continuent à recueillir.
ROTHELIN (i.HARLES d'Orléans de), ecclésia li [ue, né à Paris en t(i91,de Henri d'Orléans, marquis de Rotlielin, dasc liiiait du biave Danois. Charles accom|)agna le eardi nal de P. lignac ii Rome, 1 1 visita les princi|)ales villi s d'Italie. Son guîl; pour les ant quités et pour la litt/ratuie lui lit rasseinblrr un riche caiiinet i.e médailles antiques, et former une nomlireuse bibliolliè(|u:'. Il sacrilia tout, même les |)iélalures(pii lui farcit oifertes, au plaisir de cultiver les lettres en paix, les langues vivantes et les langues moi tes lui élai. nt familières. Cet illustre littén teur mourut en 174.1, dans sa 53' année. 11 était de l'académie française, et membre honoraire de celle des inscriptions. Le cardinal de Poligna; lui ayant laissé en mourant son Anti-Lucrèce encire imparfait, l'abljé de Rothelin le mit dans l'état i.ù nous le voyons, et le fit paraître avec une préface d'un ■ latinité riche et harmonieuse, digne de l'ouvrage auquel elle sert d'inlroductio !. Le Catalogue de sa riche bibliothèque, dressé pai- Gabriel Mai lin, est un des plus rechercliés par les b;blii>giaph "S. Il a laissé l'iusieurs manuscrits sur la théologie, une suite de Dissertations sur les adhère ids entre l'iiglise grec [US et l'Eglise latine, aussi en manuscrit, et a publié : Observations et détails sur la Collection des grands et petits vogages, Pa. is, 17'i2 , in-8" de 42 pages, et 17C8, .ans la Méthode pour étudier la r/t'of/rn/j/i/p, deLenglel-Duiresnoy, tom. I", pag. 324, 361. L'Eloge de Rothelin par Fréret se trouve dans le tome XVÎII du Recueil de l'acaih'mie des insci iptions.
ROTIGNI (dom Constantin), savant bénédiCt n, né d'une famille noble à Trescorio, dans le pa/s de Beigauie, le 23 mars 1696, après avoir fait ses études da^is cette dernière ville, prit l'habit religieux dans le monastère de Sainte-Justine à Padoue, congre»
ROT
ROU
gation (lu Mont-Cassin, et y fit profession. Il avait l'esprit vif et (i'hcureuses dispositions pour réussir rlaus les sciences. Il s'appliqua aux saintes lettres sous la- direction du célèbre P. Benoîi Bacchini, de la mèiui- congrégation, alors ahbé du monastère di^ He^gio. Le P. Rotigni devint un savant du | romier ordre. D'abord il enseigna la p'.iilosophie au monastère de Sainl^'-Justine, et ensuite h Averse et à Florence. Il professa ensuite le droit canon à Ravenne et h Rome, fut chargé du soin des novices dans divers monastères, et nommé à dilf rentes supériorités, jusqu'à ce qu'entin, en l"t52, il fut fait ahbé et visiteur général des provinces cisalpines. C'était le temps oiî s'agitait avec feu la question du probabilisme. Dom Roti^iii intervint dans cette dispute, et s'y distingua par sa science et son zèle contre la morale relâchée. On a de lui : De canonibus vulgo apostoiicis.., epistola critica ad revcrendam P. ridijmondiim Missorium , Venise , l"3i ; Lo Spiritu dclld Chiesa nelT uso desahni, o ampia parafrasi di essi, in forma d'orazione e di esortazione, 2 vol. in-12, plusieurs éditions; lai', Pailoue, 1750, r.'vueet améliorée. On a prétendu que l'auteur dans cet ouvrage n'avait point évité les répétitions ; mais il écrivait pour les g.'os simples et sans lettres, il qui il faut do longues e\plica;ipns. Trntlatç dclla covlidoizn chrisliana e dcH' uso Itgitimo délia vertte che rirjudrdano la gruzia di GiesH Cristo, etc.,Aenise, 1731 : c'est le Traité de la confiance de Fourquevauv ; Parafrasi de cantici colla spiegazione dcl Pater noster, Padoue, 1765; Parafrasi degl' Inni seconda la loro letteralc, tnistica e morale intelligenza, etc., Padoue, 175-2; Délia nécessita dril amor di Dio per essere'con lui riconciliali nel sacramcnto délia pcnitenza, etc., Rovereto, 1750. Ce livre essuya une critque de la part du P. Zaccaria, jésuite. Dom Rotigni y répondit. La Concordia delln passione di N. S. con annotazioni , Brescia, 1730. Ce savant bénédictin est auteur de beaucoup d'autres ouvrages, ou impriuiés ou restés inédits. 11 a écrit contre le P. Berruyer ; il a traduit la Genèse de Dugu;t, et Vlnstruction pastorale de l'archevêque de Tours, sur la justice chrétienne ; il a donné un reçue. 1 d'opuscules spirituels, etc. Dom Ro igni eut le malheur d'embrasser la doctrine de Port- Royal, et de ternir ses rares qualités par l'es- ]iri't de secte. On ne peut lui refuser beaucoup de science, le mérite d'une vie austère, les qualiiés d'un bon religieux. Le bruit courut qu'avant de mourir il avait rétracté quelques-unes de ses opinions, en présence de son supérieur, qu'il pria d'en instruire son évèque; on en publia même une relation. Quoi qu'il en soit, il est certain que ses derniers moments furent ceux d'un religieux édiliant et rempli de la piété la plus exemplaire. 11 expira dans ces sentiments, le 20 avril 1776, ;\gé de 80 ans. Il avait un frère (Josepli Rotigm), chanoine, non moins savant théolog'en et canoniste que prédicateur distingué. Il fut vicaire général Je l'évêaue de Bergame, et mourut vers 1780.
ROU (Jean;, avocat au parlement de Paris, né vers le milieu du ikvn' siècle, d'une famine i^rotestante, mort en 1711, s'était retiré h La Haye dix ans avant la révocation de l'éi'it de Nantes, atin d'y exercer plus librement ]x religion réfjrmée. Ii y fut choisi pour occuper la place de secrétaire-interprète des Etats généraux , devenue vacante par la condanniation du titulaire Wicquefort à une prison per|)étuelle. On a de Jean Rou : Histoire de Célimante et de Tclesmène, Paris, 1661., 2 vol. in-8% roman peu recherché, dit Lenglet-Dufresnoy ; I.e Prince chrétien et politique, traduit de l'esiiagnol de don Diègue Saavedra Faxardo, Paris, 1668, 2 vol. in-12 ; a' édition, Amsterdam, 1670, 2 vol. petit in-12, ouvrage oublié aujourd'hui ; Remarques sur l'Histoire du calvinisme de M. de Maimbourg, La Haye, 1682, in-12 : ouvrage qui eut un grand succès chez les protestants; Tables chronologiques pour l'histoire sainte et l'histoire profane depuis la création du monde jusqu'à l'an 1675, Paris, 1672- 1673, gnnd in-folio de -10 feuilles. Cette publication lit mettre l'auteur à la Bastille, les exemplaires qu'on en put sa sir furent détruits, de sorte que l'ouvrage est devenu très-rare ; Les Psaumes de don Antonio, roi de Portugal, traduits en français par du Rijer, nouvel e édition , augmentée d'une Dissertation préliminaire sur le Vous et le Tu, en pariant à Dieu, La Haye, 1691, in-12. Roii laissa en manuscrit une traduction de ['Histoire d'Espagne, de Mariana ; une Histoire de l'académie de peinture et de sculpture, dont Baie tiouvait le st.le trop fleur. ; etc.
ROUAULT DE (lAMACHES {Philippe-Al- GL'STE de), grand vicaire du diocèse de Meaux , arch diacre de Brie, président du chapitre et oliicial, naquit ;\ Nancy le 10 février 1719, ii'une famille noble et ancienne, mais peu riche, et fit ses études au collège de Sainte-B:ube. Ayant été fait prêtre le 22 mars 1773, il fut nommé grand vicaire pr.r M. Barrai, évèque de Troyes, et ce titre lui fut inaiiitenu par .M. Louis -Mathias de Barrai, neveu et successeur de ce i)rélat. En 1788, il fut jiourvu de l'alibaye royale de Saint-Loup de Troyes, dont il fut le dernier ti;ulaiie. Sous le règne de la terreur, il resta dans le pays, oià 1 trouva moyen de se rendre utile eu exerçant secrètement les fonctions de son ministère. Lorsque les temps devinrent ])lus calmes, il fut ap|ielé iv la cure de la cathédrale. En 1821, il fut nommé aumônier du quartier du roi , et quatre ans après il devint aumônier ordina re. La révolution de 1830 lui (it perdre cette place. Il s'était retiré à Versailles, lorsque M. Gallard, évèque de Meaux, le lit entrer dans le chapitre, qui l'élut pour son doyen. En 1832, l'évéque de Meaux le créa grand vicaire. L'abbé de Rouault est mort le 11 avril 1836, Agé de 87 ans. Il avait pris beaucoup de part à la rédaction du Bréviaire de Versailles , donné par M. de Bnr eries.
ROURAUD (Joseph-Marie), frère de Pierre Joseph- .\îidré, qui s'est fait connaître par un ouvrage estimé sur les synonymes français.
ROU
ROL
naquit à Avignon, en 1735. Il entra d'nbord r-liez les jésuites et se rendit à Paris après i'abnlition de Tordre. Lorsriue le privilège du Journal d'Avignon fut rétabli, Koubaud fut charjjè de la ré iaction de cette feuille, et se fixa da'is sa ville natale où il se livra en même tem s à d'autres travaux. Il mourut à Paris le 26 septembre 1797. Il a traduit, ou plutôt perfectionné, sous le double rap|)ort de la pensée et du stvle, deux ouvrages écrits en italien par l'abbi' Marconi, les Vies des bienheureux Benoît Labre t'i Laurent de Brindes. Les sermons de l'abbé Roubaud n'ont pas été imprimés et paraissent perdus ainsi que quelques autres écrits.
ROUGANE (l'abbé), ancien curé d'Auvergne, se retira au Mont-Valérien, et fut une des victimes des raassacr »s de septembre 1792. Il a laissé plusieurs écrits contre les mesures prises, lors de la révolution, sur les matières ecclésiastiques, tels que : Observations réfléchies sur difff'rentes motions de M. d' A ut un et ses confrères; Le Décret du 13 avril mal justifié par l'évéfiue d'Autun, dans sa réponse au chapitre ; Le Masque levé contre le rapport de Durand de Maillane, sur les empêchements et les mariages , 23 pages in-8° ; Béflexions sur le Rapport de Massieu , touchant les conç/réf/ntions séculières, 8 pages in 8° ; Lettre à M. de Condorcet, écrite par son ordre, i8 pages i i-8" : elle a rapport à son Adresse aux Français, et au Rapport de M. Neufchdicau contre les prêtres, en novembre 1791 ; Difficultés proposées à MM. Barruel et Fontrnay, 2'i- pages in-8°. Ces écrits sont signés Rougane, ancien curé d'Auverr/ne. On en cite d'aulrrs, publiés pour établir son opinion, que les intrus n'étaient pas schismatiques, et (pie l'on pouvait comiiui-iiquer avec eux. Rougane a écrit aussi le 1 vre intitulé : Les nouveaux patrons de l'usure réfutés, y compris le dernier défenseur de Calvin sur le mémo sujet, dédié aux Etats cjénéraux, Paris, 1789, in-12 de 66 liages. L'auteur répond à La Forêt, à Rulié, h Ruel, à Beurrey. La réfutation de l'écrit de Beurrey avait déjà paru en 1787 : Rougane la publia de nouveau, en 1789, avec une réponse à des re|)rocljes qu'on lui avait adressés. L'abbé Rougane eut le courage, même après le 10 aoilt, de ne pas vouloir quiiter son habit ecclésiastique. Il avait de 11 vivacité, du zèle; mais on remarque dans ses ouvrages un style souvent incorrect.
ROUGEMONT (François), né à Maëstricht en 1624, se lit jésuite, alla travailler au salut des âmes à la Chine, où il aborda l'an 1639. Pendant la cruelle persécution de 166i, il fut conduit à Példn, chargé de chaînes, et de là à Canton, où il fut détenu dans une horrible prison, avec la plujiart des missionnaires, jusque sur la fin de l'année 1671. Il mourut usé de travaux l'an 1676. Ce missionnaire, animé d'un saint zèle, ardent pour la propagation de la foi, s'était concilié l'affection des personnes les plusdi>tinguéesde la Chine par ses manières douces et persuasives. Il composa dans sa prison de Canton :
LIstoria tartarico-sinica, complectens ab anno 16G0 aulicam bel'icaniqnc inter Sinas discipli'iam ; chri.'<tinnœ rcligionis prospéra adversaque, etc., Louvain, 1673, in-S». Cette Histoire, qui va jusqu'à l'an 1668, est écrite avec beaucoup de sincérité : c'est un des meilleurs morceaux de l'histoire chinoise : il vaut seul plus que toutes les chimériques chroniques de cette vaine nation; il a été traduit en portugais par le P. Sébastien Magalhaens sur une copie manuscrite , Lisbonne, 1G72, in-4o. Cette traduction portugaise parut, comme on le voit, avant l'original latin. Le P. Rougemont a composé en outre deux ouvrages moraux et religieux en langue chinoise, et a eu part à la Paraphrase latine des ouvrages de morale do Coafucius, publiée par le P. Couplet.
ROUILLE (PiERRE-JuLiE»), jésuite, né à Tours en 1681, professa successivement la théologie, les humanités, la philosophie, et montra un génie projire à plusieurs sciences. Ses supérieurs l'associèrent à la composition de l'Histoire romaine du P. Catrou, en 21 vol. in-4%à laquelle le P. Rouillé ne contribua que pour les Dissertations et les bonnes Notes dont cet ouvrage est rempli. Voy. Catrou. Il eut aussi part , avec le P. Brumoi, à la révision et à la continuation des Révolutions d'Espagne, que le P. d'Orléans avait laissées imparfaites. Il ^ait travaillé au journal de Trévoux, depuis 1733 jusqu'en 1737. La 2' lettre de L'Examen du, Poème de Racine sur la Grâce est de lui. Ce savant jésuite mourut à Paris en 1740, âgé de 39 ans, aimé et estimé.
ROULLIARD (Sébastien), avocat de Paris, né à Melun, fut plus connu dans la républiqui^ des lettres que dans le barreau. On a de lui quilifues écrits mal digérés, mais savants et sing'diers. Les principaux sont: Traité de la virilité d'un homme né sans testicules, IGOO, in-8° ; Histoire de l'église de Chartres, iii-8° ; La Magnifique doxologie du festu, ia-8"; Les Gy:nnopodes, ou de la Nudité des pieds, in-i"'; Li Huns en Sang-ters, in-4° ; Histoire de Melun, in-4°; Traité de l'antiquité et privilège de la Sainte - Chapelle , Paris, 160G, in-12; Le Lumbifruge de Nicodèmc Aubier, scribe, soi-disant le cinquième évangéliste et noble de quatre l'aces ; des Poésies assez plates. Roulliard mourutà Paris en 1639.
ROUSSEAU (Jeam-Baptiste) , le premier de nos poètes lyriques, fds d'un cordonnier de Paris, naquit dans cette ville le 6 avril 1670. Son père lui procura une excellente éducation dans les meilleurs collèges de la capitale. Le jeune Rousseau s'y fit un nom par de petites pièces de poésie pleines d'esprit et d'imagination. II avait à peine 20 ans, qu'il était déjà recherché par des personnes (lu plus haut rang et du goût le plus délicat. Dès 1688, il fut reçu en qualité de page chez Bonrepaux, ambassadeur de France en Danemark. Le maréchal de Tallard le choisit pour son secrétaire, lorsqu'il passa en Angleterre. Ce fut à Londres qu'il lia une amitié étroite avec Saint-Evremont, qui sentit tout le mérite du jeune poète. Rouillé, direc-
ROU
teur des finances, le prit aup^^s de lui. Une jiir.iire fAcheuse le préci])ita dans l(>s inqiiiétud«s les i)liis ouisantes. Li' café de la Laurent était alors le ro;idi;z-vous littéraire; et poliiiquu des oisifs de Paris. La Moite et Kousseau étaient les clujfs df ce Parnasse, lorsque l'opéra d'Hésione de Danclict vit le jour en 1708. 11 parut, sur un air du pi'Oloijue de cet opéra, cinq couplets contrr les auteurs des paroles, de la musique et du ballet. Ces premiers coupli'ls, qu'o-i croyait être de Rousseau, fui'eat suivis d'une foule d'ai très, oiî tout ce que le talent inspiré par la haine, [)ar la vengeance et par la dé- Laucli ', peut enfanter de plus monstrueux, se trouve réu'ii. Versailles, Paris, furent inondés de ces hoireurs. Les tribunaux, fatigués par les plaintes des personnes outragées, recherchèrent l'auteur de ces infamies. 11 y eut de grandes présomptioiiscontre Rousseau ; cependant ce poète n'eiU jamais été condamné, s'il se fût borné à nier qu'il fût l'auteur des couplets. Mais, non content de vouloir paraître innocent, il voulut que le géomètre Saurin fût coup ble du crime dont on l'accusait. G'jillanme Arnould, jeune savetier, esprit faillie, fut, dit on, l'instrument que Rousseau mit en œuvre pour accabler son ennemi. Ce misérable déjiosa que Saurin lui avait remis les coufilots, et les avait donnés à un petit décrotleur pour les faire passer en d'autres mains. Le procès pnitéau Châtelet passa au p:irleraent, et le cnupdont Rousseau voulait accabler le géomètre retomba sur sa tète. Saurin fit valoir le contraste de ses mœurs et de cel es de son ennemi. Il l'attaqua comme suborneur do témoins, en particulier de ce G.i'llaumc Arnould, auquel il avait donné de Targ nt. L' s preuves de cette subornation parurent évidentes, et le suborneur fut banni h per.étuité du loyaunie. Cet arrêt, rendu le "7 avril 1712, fut affiché à a Grève. Rousseau se retira en Suisse, où le comte du Luc, amnassadeur de France auprès du corps helvétique, lui rendit la vie douce et agréable. A la p.iix de Rade, conclue en 17H, le prince Eugène demanda Rousseau au comte, (jui l'avait mené avec lui, et ce seigneur n'osa pas le lui refuser. Le poète français passa à Vienne avec le prince, auprès duquel il demeura près de Sans. linvelopi)é dans l'affaire du comte de Bonneval, et obligé de quitter la C'ur de Vienne, il se relira à Bruxelles. Ce fut dans cette ville que commencèrent ses bro^dlleries avec Vohaire. Rousseau avait connu ce poète naissant au collège de Louis-lc-Grand, et avait admiré sa facilité pour la poésie. Le jeune Arouet cultiva une connaissance qui pouvait lui être si utile ; il lui faisait nommage de tous ses ouvrages, ne cessa de le consulter sur ses cssas, et leur amitié fut de jour en jour plus vive. Ils se voient malheureusement il Bruxelles. Arouet fait à Rousseau la lecture de VEpître à Julie, aujourd'hui à Uranie. Cet ouvrage fit horreur h celui-ci qui lui en marqua son indignation. Le jeune homme, piqué de ces reproches, tint des discours atl'reux contre celui qui les
itou 852
lui avait faits. Dans quelane considération que Kousseau fût h Hruxelles, il ne pouvait oub.ier Paris. Le duc d'Orléans, régent du royaume , sollicité par le grand prieur de V^èndrme et le baron de Breteuil, lui accorda des lettres de rapf)cl. Mais le poète , avant d'en proliter, demanda qu'on revît son procès ; il voulait être rap[)elé, non à titre de gnlce, mais par un jugement solennel. Sa demande fut rfjetée. Pour se consoler de cette nouvelle disgrfi'-e, il se mit à voyager. En 1721. il passa eu Angleterre, où il fit imprimer è Londres le recueil de ses Œiitvrrs, en 2 vol. in-4°. Cette éJit on , j.ubliée en 1723, lui valut environ dix nii le écus. Il les plaga sur la com;;agîiie d'Ostende ; mais les affaires de cette compagnie s'étant dérangées, les actionnaires perdirent leurs fonds. 11 ti ouva une ressource- dans le duc d'Arerabert, qui lui donna sa table à Bruxelles. Ce seigneur ayant été obligé, en 173.3, d'aller h Va m e en Allemagne, lui assura une | ension de 1,500 livres; mais Rousseau eut encore le malheur de perde les bonnes grâces de son bienfaiteur. Il eut liieprudence de publier dans un journal que Voltaire l'avait accusé, auprès du duc d'Aremberg, d'être l'auteur des couplets pour lesijuels il avait et' banni tie Fiance. Voltaire, cj^ui aurail dû dédaigner celte imputation, aima mieux s'en plaindre .'i ce se gneur, qui pr iva Rouss 'au de ses b enfaits. La ville de Bruxelles devint ]>our lui, après cette disgrâce, un séjour insu i portable. Le comte du Luc et M. de Sénozai), leceveur général du clergé, instruits de ses chagrins, le firent venir secrètement à P.-iris, dans l'espérance d'avancer la lin de son bannissement. Rousseau y fit un séjour de 3 mois ; mais s- s prfitecteurs n'ayant pu lui obtenir un sauf-conduit pour un an, il retourna A Bruxelles, et iiiOurut h La Genette (linneau entre Mons et Bruxelles) le 17 mars 1"VI, dans de grands sentiments d ■ religion. Avant de recevoir le saint viatiijue, il protesta qu'il n'était point fauteur des couplets qui avaieni empoisonné sa vie. Cutt ■ proiestalion a [laru aux hommes impartiaux une démonstration complet ■ de son innocence. Est-il piob ble, disnit-ils, que Rousseau en ait voulu imposer. ians ses Uerniers moments, où la vér té se fait jour? Piion a fait cette épitaphe à l'Horace Français:
Ci-git 1 illii.slve et mallieureiix Rousseau. Leliiabant fut sa i()nil)f, et P.iris son berceau. Voici l'abrégé de sa vie.
Qui fut irop longue de moitié:
Il fut trente ans digue d'envie, El trente ans digne de pitié.
Il est plus facile ie peindre dans Rousseau le poète q e l'homme. Quelques personnes l'ont reprrésenlé comme inipnet, ca|iricieux, imprudent, vindicatif, envieux, flatteur, satiri([ue. D'autres l'ont peint comme un homme plein de candeur et de franehiso, comme un ami lidèle et reconnaissant, comme un clirétien fiéné ré de sa religion. 11 est difficile de se décider entre deux portraits si différents. Il paraît que Rousseau ne|iout être lavé sur l'accusation intentée contre lui, d'avoir atta-
ROU
ROU
que ses bienfaiteurs. On peut lo justifierplus facilement contre ceux qui l'accusèrent da- Vdir renié son père. La plus grande nnb'esse d'un poëte est de descendre d'Horaèr ■, tie Pindarc, de Virgile. Et quel besoin .nirait eu Rousseau de cacher l'obscuriti' de sa naissance? elle relevait son mérite, et il a veut trop de solidité d'esprt pour ne p is le comprendre. M. Séguy a donné une belle éiitiou de^esOEuvres, conformément aux intentions que le poëte bii avait marquées. CeUo édition, publiée en 1743, à Paris, en 3 vol. in-4°, et en k vol. in-12, ne conlient que ce qie l'auteur a avoué ; elle renferme quatre livres û'Odes, dont le premier est d'Odes sacrées, tirées îles Psaumes. « Rousseau, dit Fréron, « sait retr.:cer à propos le beuu désordre de a Pindaie, les grâces d'Anacréon, la saine « raison (l'Horace et la pompeuse majesté de « Malherbe. » Quel fen ! quel génie! quels éclairs d'imagination! quelle rapidité de pinceau! quelle abondance de traits frappants! quelleibule de brillantes comparaisons! quelle richesse de rimes! quelle heureuse ver.-ilication ! mais surtout quelle expression inimitab'e! Il y a des négligences, des mots impriipres, de phrases incorrectes; mais l'enthousiasme du poète, qui passe dans l'ànîe du lecteur, fa t ipTon ne les remarque guère; Deux livres û'EpiIres en vers. Quoiqu'elles ne manquent pas de beautés, il y règne un fond de misanihropie qui les dépare. Rousseau parle tro|) souvent de ses ennemis et de ses malheurs ; il y étale des principes qui portent moins sur la véiité que sur les dilférenles passions qui l'animaient. La colère le jette dans le paradoxe. Des Cantates. 11 es' le créateur de ce poème, dans lequel il n'a point eu d'égal. Les siennes respirent cette poésie d'expression, ce style pittoresque, ces tours heureux, ces grâces légères, qui forment le véritable caractère de ce genre, ii est tai.tôt vif et im|)étueux, tantôt doux et touchant, suivant les passions qui animent les personnages qi'ii fait parler. Des Allégories, dont plusieurs sont heureuses, maisdonl quelquesunes paraissent forcées ; des Epif/rammes qui l'ont mis au-dessus de Martial et de Marot. Ou a eu soin de retrancher de cette édition celles que la licence ctla débauche lui avaient inspirées. L'auteur en a témoigné dans la suite de vifs regrets. Un livre de Poésies diverses, qui manquent quelquefois de légèreté et de délicatesse ; ciuatre Comédies en vers, et deux en prose. Le théâtre n'était pas son talent principal. Cependant, sa comédie intitulée Le Café fut représentée neuf fois ; une autre, le Flatteur, fut jouée dix fois en 1696, et a été reprise avec succès. Un recueil de Lettres en prose. On n'a choisi dans celle édition que les plus intéressantes. 11 y en a en 5 vol. un recueil plus considérable, qui a fait tout à la fois tort et honneur à sa mémoire. Rousseau y dit le p ur et le contre sur les mêmes personnes. Il parait trop porté à déchirer ceux qui lui déplaisent. A cela pi es, on voit en lui un homme d'mi caractère ternie et d'une âme élevée, qui ne veut devoir sou retour dans sa patr,e qu'à sa
pleine justification. On y trouve quelques anecdotes et des jugements c'^nc's .^nr nkisieurs écrivains. Un liijraire de Hollandp a publié un ouvrage i]ui lui ferait i lus de tort, si les aille rs devaient r 'pondre des sottises qu'' n met sous leui- nom : c'est son Portefenille. H y a, îi la vérité, dans ce misérable recueil, plusieurs pièces qui sonl de Rousseau; mais il faut moins l'en blâm 'rquecpux qui fini tiré ces ouvrages de l'oulili a.uquel ce grand ]ioële les avait cond-minés. On a donné, en 1741, à Paris, une fort ji.lie édition de ses OEums choisies, en 1 vol. iu-l-?, i etit format. Ce soi't ses Odes et son 'ininento suoériorité dans la pcésie yr'que qui lui ont mérité le no n de grand Rnusseau. quoiqu'il soit il présumer qu'on h' bii a d-nné pour le distinguer des autres écrivains du même nom. Les OEurres choisies i\^' J. R. Ro sseau, arconqiagnées des notes île Fontr.nes et de Lebrun, et publiées par Roucharlat avec de nouvelles observations bitér.ur.s , ont l'té rangées parmi les livres classiques par l'univcrsité (23 juillet 1830). Ecouchar '-Lebrun a tâché de rabaisser la réputation de R usseau dans l'édition qu'il a dnnnée de ce poëte; La'iarpe nous semble l'avoir jugé avec beauiou) u'imparli.ilité. On [nui consulter sur le mérite de cit écrivain 7îo((.?>;r(7« vengé, par l'abbé de Gourcy, Paris, 1772, in-12. La première édition avouée f>ar l'auteur est celle de Soleure , 1712, 1vol. in-i2. Les O/rs, Cantates et Poésies diverses ont été publiées par INl. Didiit l'aîné, pour l'i'ducati m du daupîiin, 1790, gr. in-4°. Les 40" et 41° volumes de la Collection des meilleurs écrivains français, par le même éditeur, se com osent des OEiivres choisies de J.-B. Rousseau, Paris, 1818 , 2 vol. in-8°. Les OEuvres choisies du môme poète ont paru en 1808 avec des notes du poëte Leb un [Voi/. ci-dessu<). M. Amar a publié, en 1820, les OEuvres complètes de Jean- Baptiste Rousseau, avec un Commentaire iiistorir/ueet littéraire, précédé d'un nouvel Etsai sur la vie el les écrits de l'auteur, Paris, o vol. in-8": cette édition renferme une partie de la correspondance i e Rousseau. Le même criti |ue a donné les OEuvres poétiques de J.-B. Rousseau avec un Comment :ire, Paris, 1824, 2 vol. in-S", qui font p irtie de la Collection des classiques français, jinbliés che-c Lefèvre. — Un des frères utérins do Jean- Baptisie Ro'isseau, carme décliau-si'', S' us le nom de P. Léon de Saint-Joseph, se fit une certaine réputation dans le minstôre de la chaire, et mourut à Paris en 1730.
ROUSSEAU (.Iean-Jacqdfsi, n^ à Genève le 28 juin 1712, d'un horloger, coiUa en naissant la vie à sa mère. Son enfance n en fut pas moins, d t-il, environnée des plus tendres soins : son père, homme siujple 't bon, songea moins îi cultiver les disfiosJtions dont il le voyait doué, qu'à lui épargner es coiitrariélés de son âge, et Rousseau ne .^e rappelait [las corameni il ava^t apiiris h 'ire ; mais il se souvenait que ses premières lectures ava'ent été des romans , et qu ' les émotions que son enfan'.e y puisa lui «doii- « nèrent sur la vie humaiiie des nolious bi-
ROU
ROU
« zarrcs et romanesques, dont l'expërience « et la réilexion ne purent j-imais bien le « guérir. » Il lut néanmoins quelijues bons livres, tels que les Vies de Plutarque. Son père, oblii^é de quitter Genève, le mit en pension h Bossev, chez le ministre Laniliercier, tl'où il sortit au bout de deux ans à peu près aussi ignorant qu'il y était entré. Un oncle maternel, (|ui s'était chargé de lui, l'envoya copier des actes duns l'étude d'un grcftier de (lenève. Le peu de succès qu'il obtmt l'ayant fait passer pour « inepte et bmi tout « au plus pour pousser la lime » il fut i)lacé dans l'atclierd'un graveur; mas il ne piit s'assujeltir aux travaux ni aux devoirs d'un apprenti. Il ap]irit à dérober, pour imiter ses compagnons, et h mentir pour ('luder la sévérité (lu maître. Lassé d'une contrainte (|ui tendait à l'abrulir, il quitta subitement son nouvel état, son pays et sa famille, pour aller, <à tout hasard, demander l'hospitalité h l'abbé de Pont-Verre, curé de Confignon, en Savoie : cet ecclésiastique l'envoya à Annecy où il vit pour la première lois madame Warens qui devint sa bienfaitrice, et dont il paya les bienfaits par l'ingratitude la plus noire. Ce fut par la médiation de cette dame et aux fra's de l'évèque d'Annecy que Rousseau fut envoyé à Turin pour y être instruit dans la religion catholique. Après deux mois de séjour dans la maison des catéchumènes, il abjura le protestantisme, quoiqu'il ne pût « se dissimuler, dit-il, que changer de reli- « gion pour avoir du pain ne pouvait être « que l'action d'un bandit. » Les avantages qu'il avait conii)t6 recueillir de sa conversion se réduisirent à une co'lecte d'environ vingt francs , qu'on lui remit en le congédiant. Rendu h lui-même et privé de toute ressource, il logea chez la femme d'i-n soldat, qui retirait à un sou par nuit les domestiques hors de service, et qui lui procura une |)lace de laquais auprès de la comtesse de Vei-celles. Cette dame mourut quehiues mois après, et dans le désordre causé jiar cet événement une demoiselle de la maison perdit un ruban couleur de rose et argent déjfi vieux. « Beaucoup d'autres meilleures « choses, dit Rousseau, étaient à ma portée; « ce ruban seul me tenta, je le volai, et « comme je ne le cachais guère, on mêle « trouva bentùt. On voulut savoir oiii je l'a- « vais pris ; je me trouble, je balbutie, et en- « (in je dis en rougissant que c'est Marion « qui me l'a donné. Marion était une jeune « maurienne dont madame de Vercelles avait « fait sa cuisinière, bonne, sage, et d'une « tidélité à toute épreuve. La pauvre fille se « mit il pleurer, et ne dit que ces mots : Ah 1 « Rousseau, je vous croyais un bon carac- « tère ; vous me rendez bien malheureuse, « mais je ne voudrais pas être à votre place.» Il ne s'agit que d'un ruban, selon Rousseau , mais il ne dit point la vérité. Il est certain que, d'après des renseigm'ments obtenus sur les lieux, depuis la publication des Confessions, Rrmsseau avait volé, non un vieux ruban, mais un bijou précieux. (Voy. la notice sur Rousseau, écrite par de Sévelinges.)
Rousseau, chassé de celte maison avec la malheureuse victime de son imposture, rechcicha la société d'un ecclésiastique nommé l'abbé Gaime, qui lui donna d'utdes conseils et releva ses espérances. La fortune ]iarutun moment lui sourire dans la maison du comte de Gouron, premier écuyer de la reine de Sardaigne, où il passa rapidement de la condition de valet à celle de secrétaire. Mais son inconstance ne lui permit pas d'en profiter; il s'échappa de Turin comme il avait fui de Genève. Il alla trouver madame de Warens qui réveilla dans son âme quelques sentiments honnêtes. D'après ses conseils il entra au séminaire, avec le di'sir de se faire prêtre; mais il fut renvoyé comme n'étant jiropre à rien : toutefois sa bienfaitrice lui donna quelques soins ; elle dirigea si's lectures et lui fit apprendre la inusi(]ue. Séparé ensuite de sa seconde mère, il parcourut la Suisse avec un prétendu évêque grec qui faisait des collectes pour le Saint-Sépulcre, et auquel il servait d'interprète ; mais ils furent arrêtés tous deux à Soleiire. L'ambassadeur de France, h qui il raconta sa position, lui donna les moyens d'aller à Paris rejoindre celle qu'il appelle sa chère maman. Arrivé dans la capitale, il apprit que madame de Warens était partie : aussitôt il se rendit à Lyon où il sentit toutes les horreurs de la misère ; enfin il rejoignit sa bienfaitrice. Son séjour près d'elle fut consacré à des lectures sérieuses; mais obligé d'aller à Montpellier pour cause de maladie, il trouva à son retour de NeufchAtel, madame de Warens engagée dans des liens indignes d'elle. Il alla prendre à Lyon «ne iilace de précepteur chez M. de Mably, grand prévôt de cette ville. Après avoir fait ce métier pendant un an, Rousseau, qui ne songeait pas encore à faire l'éducation du genre humain, quitta ses disciples, persuads' qu'il « ne parviendrait jamais « k les bien élever. » Un autre motif l'engageait encore à prendre ce parti. Il s'était approprié clandestinement « quelques bouteil- « les d'un bon petit vin d'Arbois ; on avait « remarqué les bonnes petites buvettes qu'il « faisait à part lui dans sa chambre. » 11 s'estimait donc fort heureux de pouvoir se diriger vers Paris, où il arriva dans l'automne de nVi, avecl5 louis et l'espoir d'une rapide fortune fondé sur inie nouvelle méthode de noter la musique. Les membres de l'académie, auxquels Rousseau exposa sa découverte, jugèrent la méthode défectueuse et impialicable, et Rameau la combattit par des raisons si fortes que l'inventeur lui-même ne larda pas à l'abandonner. Il se consumait sans lien faire, « lorsq;ic le P. Castel, à qui « il rendait do fréquentes visites, lui dit : « J'ai parlé de vous à madame de Beuzenval « et à madame Dupin ; allez les voir de ma « part. On ne fait rien dans Paris que par « les femmes: ce sont comme des courbes « dont les sages sont les asymptotes ; ils s'en « approchent sans ces^e , mais ils n'y tou- « client jamais. » Rousseau n'adopta que la moitié de cette sagesse, puisque, après la seconde ou troisième entrevue, il écrivit à
ROU
ROU
madame Dupin l'amour qu'il avait cotiçii pour plie. On le congédia sans renoncer à le protéger. 11 obtint l'emploi de secrétaire de M. de Montaigu , ambassadeur à Venise.
Pendant son séjour en Italie, il se fortifia dans la musique. Il était de retour à Paris lorsque, dans l'été de 174-9, il allait visiter Dderot détenu à Vincennes h cause de sa Lettre sur les aveuqles. Il avait emporté avec lui le Mercure de France ; en le lisant, pour se distraire pondant la route, il y vit que l'a cadémie de Dijon proposait un prix sur cette question : 5( le rélablissetncnt des sciences et des arts a conlribu(' à épurer les mœurs ? Il concourut, et son discours, qui soutenait la négative, fut couronné en 1750, et il devait l'être, non-seuli'mont h raison de l'éloquence forte et mâle dont l'auteur soutenait son assertion, mais parce que réellement, en prenant la chose dans sa généralité, il avait la vérité pour lui, quoiqu'il l'exagère alors, comme il le fait si souvent. Plusieurs adversaires se présentèrent pour l'attaquer : Rousseau se défendit ; il avait de son côté l'expérience des siècles et les lumières de l'iiistoire. L'état de notre littéra'ure ne tarda point à venir à son appui. <■ S'il est faux, dit « un critique judicieux, que Ifs lettres, cul- « tivées selon les règles et les précautions « que le bien commun exige, soient capables « de nuire à la société, il est du moins trèsce certain qu'à en juger par les désordres qui « régnent aujourd'hui parmi les littérateurs, « elles sont sujettes à de grands iuconvé- « nieiits. Quelle idée avantageuse peut-on « s'en former, quels fruits jieut-on s'en pro- « mettre pour la culture de l'esprit et la per- « fèction des mœurs, quand on voit les vrais « principes attaqués, les règles méconnues, « lis bienséances violées, l'an.irchie et la « confusion établies sur les débris du goût « et de la raison ; quand la religion, la rao- « raie, les devoirs, la vertu, deviennent la « proie d'une philosophie extravagante, qui « ou' rage l'une, corrompt l'autre, prononce « sur ceux-ci, et défigure celle-là au gré de « ses caprices ou de ses intérêts ? Quelle « estime peut-on avoir pour les littérateurs, « à la vue des divisions qui les aigrissent et (c les déshonorent ? Est-ce en les voyant se « déchirer, se calomnier, sedécrierles unsles « autres, intriguer dans les sociétés, pour « persécuter leurs rivaux ou prôner leurs « a imirateurs et leurs disciples; employer, « pour se faire une réputation, un temps et « di's soins qui seraient plus utilement con- « sacrés à perfectionner leurs ouvrages ; se « révolter contre les critiques, et négliger « des avis utiles ; repaître leur vanité de « suffrages mendiés, sans s'occuper à en mé- « riter de plus justes et de plus solides ; « substituer à l'élévation des sentiments qui « devraient être leur partage, les bassesses « de l'artifice et de la flatterie, pour donner « des appuis à leur vanité 1 Est-ce enfin au « milieu d'une dégradation sensible et jour- « nalière, qu'ils pourront prétendre au res- « ppct et à la gloire destinés à payer les tra- « vaux du génie et des talents? 11 n'est donc
« que trop tristement démontré par l'expé- « rieiice que l'abus des connaissances litté- « ra ires est lejilus dangereux de tous les « maux qu'un état puisse éprouver. Depuis « ces prétendues lumières qu'on se vante de « nous avoir communiquées, la société est- « elle devenue plus heureuse et mieux ré- « glôe? La mauvaise foi, les perfidies, les « haines, les mensonges, les calomnies, les « atrocités, les crimes, ont-ils disparu parmi « nous? Y a-t-on vu renaître la franchise, la « droiture, la générosité, le bonheur et la « paix ; ou plutôt, malgré ces cris hypocrites « (ï II amanite', d^ bienfaisance, les cœurs ne « paraissent-ils pas s'être rétrécis, desséchés, « et avoir jierdu leur énergie? Tout ce que « nous avons gagné en devenant plus ins- « truits, c'est d'avoir appiis à être méchants « avec art, et à conserver dans le mal une « sorte do décence qui le rend plus épidémi- « que etidus dangereux. S'il est vrai que les « hommes aient été méchants dans tous les « siècles, on ne jteut nier qu'ils n'aient |)lus « de facilité à l'ètrfe dans les siècles éclairés. « Les ressources de l'esprit se tournent alors « du côté de l'intérêt des passiijus. Plus ua « méchant a de lumières, plus il est habile à « mal faire avec impunité.» Ce premier succès l'enivra et fixa sa destinée : il résolut d'être libre, de briser les fers de l'opinion ; et, pour préluder à ce nouveau rôle, il retrancha de sa table et de sa mise le peu de luxe qu'il s'était permis jusque-là. Renonçant à l'emploi de caissier rju'il avait obtenu chez M. Francueil, fils de M. Dupin, parce que la garde d'un trésor troublerait son sommeil, il se fit annoncer comme coi)iste de musique à dix sous la page. Son Discours sur les causes de Vinégatite' parmi les hommes et sur l'origine des sociétés , pli'in de maximes fausses et d'idées bizarres , fut fait pour prouver que les hommes sont égaux, qu'ils étaient nés pour vivre isolés , et qu'ils ont perverti l'ordre de la nature en se rassemblant. L'auteur, panégyriste de l'homme sauvage, déprime l'homme social, s'etforçant, conii'e son intime conviction, de substituer au bonheur de la vertu, de la religion, d'une civilisation honnête et raisonnable, l'état de la dégradation la plus humiliante pour l'immanité. Car, qu'est-ce qu'un sauvage tel que ceux de l'Amérique, et en général tous ceux que nous connaissons sui- ce globe ? « C'est, « répond l'auteur du Système social, qui mêle aussi de grandes vérités à de grandes erreurs, « c'est un « enfant vigoureux, privé de ressources, « d'expérience, de raison, d'industrie; qui « soullre continuellement la faim et la mi- « sère, qui se voit à chaque instant forcé de « lutter contre les bêtes, qui d'ailleurs ne « connnît d'autres lois que son caprice, d'au- « très règles que les passions du moment, « d'autre droit que la force, d'autre vertu « que la témérité; c'est un être fougueux, « inconsidéré, cruel, vindicatif, injuste, qui « ne veut point de frein, qui ne prévoit pas « le lendemain, qui est à tout moment ex- « posé à devenir Ja victime, ou de sa propre
ROL
ROU
« folie, ou de la férocité des stupides qui ui « ressemblent. La vie du sauvage à laquelle « des spéculateurs chagrins ont voulu raine- « ner les hommes, l'.lge d'or si vauîé par les « poêles, ne sont dans le vr.-j que les étals « dn misère, d'iuibécillilé, de déraison. » Sa Lettre à M. d'Ahmbert sur le projet d'élablir un théAtre à Genève, publiée eu 1757, renfei'mc, à côté df^ quelqu^'s i)arado\es, les vérités les plus im|iorlanles et les mieux dév lopi)ées. Cette lettre, si intér;'ssan!e poiu- IfS munirs en géiéial, et pour la république de (îenève en particulier, fui la première source do la li.iine que Voltaire lui voua, et des injures dont d ne cessa de Taccabler. Ce qu'on trouvait de singulier, c'est que cet ennemi des spectacles avait fait imprimer une comédie, et qu il ava't doiuié au ihéAtre une pastorale, le Dfvin du village, qui certainement n'était pas faite pour |)roduire des impressions de vertu. 11 en fit lui-même la musique ; car il avait cultivé cet art dès son enfance. Son Dictionnaire de musique, à quelques inexactitudes près, est un des meilleurs ouvrages que nous possédions en ce genre ; mais on s'aperçoit facilement qu'il a profité de celui de l'abbé Brossard : on est l'Aché seulement qu'il ne le dise pas; et cette réticence fait croire qu'il n'était point en ce genre aussi riche de son |)ropre fi)nds qu'on le croyait comminiémeut. La Nouvelle Hé- Zoï^f, 1761, G jiarties in-12, est un ri.raan épistolaire, dont l'intrigue est mal cond ite el Toi'donnance mauvaise ; il est, comme toutes les productions de l'auteur, [ilein de beautés et de défauts. Il en |)arle lui-même avec des éloges révoltants, et toute la tendresse d'une avpugh^ |iaternité : on a de la peine .'i comprendre qu'il n'en ait pas aperçu les contradictions sa liantes, ains' q e "la morale fausse et inconséquente. Quelquesunes de ces lettres sont admiiables par la force, par la chaleur de l'expression ; mais l'auteur ne tarde pas à se livrer au go H des S0|jhismes et à la manie d'ergoter contre 1 s notions reçues : de là ces froiJes digressions, ces critiques insipides et ces paradoxes révoltants. C'est <lans cet ouvrage qu'il s'est le plus souvent abandonné à sa manie d'exposer le pour et le contre, de répau'lre de l'incertitude sur tous les principes. Emile fit encore |)lus de bruit que la Nouvelle fléloise. On sait que ce roman moral, publié en 17G2, en k vol. in-12, roule principalement sur l'éducation. Rousseau veut qu'où suive en tout la nature, et qu'on l.dssc germer et prévaloir les passions, sans leur opposer, sinon loisqu'il n'en sera plus temps, l'impression des vérités religieuses, de la loi et de la crainte de Dieu. Tout ce qu'il dit contre les spectacles, contre les vices et les pré.ugés île son siècle, est digne tout à la f is de Platon et de Tacite. Il send>le môme en avoir la manière et le style. Mais ce qu'il est bon de savoir pour apprécier les hommes et les moyens qui fondent leur célébrité, c'est que le st.) le de Uousseau n'était ni dans son cœur ni dans son génie, et que, tandis que 3'houuèle homme médiocrement lettré parle
et écrit avec énergie et un enthousiasme éloquent des droits do lajustice et de la vertu, Rousseau no pouvait former une ligne sans se ..lettre l'esprit à l:i torture. « Je méditais, « dit-il lui-même, dans mon lit, les yeux fer- « mes, el je tournais et letrminais dans ma « pensée mes périodes avec des [leines in- « croyabl s ; puis, quand j'.'tais parvenu à « en être content, je les déposais dans ma « mémoire, jusqu'à ce que je pusse les met- « tre sur le pq)ier. Souvent j'onbliais tout « en m'habillant. Les quatre lettres à M. de « jMalesherbes sont peut-ètr.^ la seule chose « que j'aie écrite avec fac lité dans tout • ma « vie. » Voilà, sans doute, ceux quijugeaient de la force de l'Ame de Rousseau par celle de ses expressions, bien loin de leur compte ; et puis, la sublime philosophie qui a; hèle par de telles contorsions la réputa'ion de beau paileur! Quoi qu'il en soit du style, le fond lie l'ouvrage est une source de corriqjtion. Le IIP tom- est rempli d'objections contre le christianisme. Il fait, à la vérité, un éloge sublime de l'Rvangile et un portrait touchant de son divin auteur; mais les miracles, les prophéties, qui établissent sa mission, sont atla(|ués sans ménagement. C'est un traUé d'éducation le plus chimérique qu'un homine ait pu concevoir, un assemblage continuel de sublime et de subtilités, de raison et d'extravagance , d'esprit et de puérilité, de religion et d'impiété, de philanthropie et de causticité. Il h.ibilait, depuis 1756, une petite maison de campagne près Montmorency, connue sous le nom de l'Ermita;e ; solitude qu'il devait à la générosité d'un fermier général. Sans adopter en tout lu façon de vivre trop dure des auciens cyniques, il s'était retranché tout ce que peut fournir ce luxe recherché qui est la suite des richesses et qui en pervertit l'usage. Il aurait été heureux dans cette retraite, s'il avait pu oublier ce public qu'il atfectait de dédaigner ; mais le désir d'une grande réputation aiguillonnait son amour-propre, et c'est ce désir qui lui lit glisser dans son Emile tant de choses condamnables, et qu'il a lui-même plus d'une fois réfutées avec force. Le pai'lement de Paris condamna ce livre en 1762, et poursuivit criminellement l'auteur, qui fut obligé de prendre la fuite à la hAte. Il dirigea ses pas vers sa patrie, qui lui ferma se? portes. Proscrit dans la ville qui lui avait donné le jour, il chercha un asile en Suisse, et le trouva dans la principauté de Neufc Atel. Son premier soin fut de défendre son Emile contre le Mandement de M. l'archevêque de Paris, qui avait anaihématisé ce livre. 11 publia, en 1763, une Lettre où toutes ses erreurs sont reproduites avec la parure de l'éloquence et une espèce de morgue cynique. Les Lettres de la Montar/ne virent le jour bientôt après; mais ce livre, bien moins éloquent, et surchargé de discussions ennuyeuses sur les magi?ti'ats et les pasteurs de Genève, irrita les ministres protestants, sans le réconcilier avec les ministres de l'Eglise romaine. Rousseau avait abandonné solennellement cette dernière religion dans