SE
que de la révolution dont il embrassa la cause. 11 fut sacré le 27 mars 1791 évêque métropolitain, puis en 1792 il fut nommé député à la Convention, oiî, seul de sa députation, il eut le courage de voter, dans le procès de Louis XVI, pour la détention, le bannissement à la paix, l'appel au peuple et le sursis. Voici dans quels termes il se prononça contre la peine capitale : « Si vous « condamnez Louis à la mort, ma crainte est « que, loin de servir la nation française par « ce grand acte de vengeance, vous ne ser- « viez au contraire contre elle tous les des- « potes de l'Europe, en leur donnant un « nouveau prétexte de s'armer d'une manière
« plus terrible contre notre liberté Cette
« crainte peut-elle ne pas être fondée quand « nous nous voyons environnés d'hommes « achetés ])Our influencer, par leurs menaces « surtout, le jugement à porter sur le ci-de- « vaut roi ? » Seguin eut le malheur de suivre l'exemple d'apostasie donné le 7 novembre 1793 par le trop fameux Gobel, accompagné de treize de ses vicaires, et le lendemain il monta à la tribune pour abjurer ses fonctions ecclésiastiques. Le sort ne l'ayant pas désigné pour faire partie des conseils en 1795, il rentra dans l'obscurité. En 1797, il renonça encore aux fonctions épiscopalcs pour le bien de la paix, disait-il, et pour céder à la nécessité. Aussi sa démission ne lui fut-elle point demandée à l'époque du concordat de 1802. Il mourut peu de temps après. Demandre lui avait succédé sur le siège de Besançon.
SÉGUIN (Jean-Marie), prêtre de Saint- Sulpice, né à Carpentras le 8 août 174-8, mort à Paris le 19 avril 1843, à l'Age de 93 ans, n'a point marqué son passage sur la terre par ces actions éclatantes ou par ces ouvrages profoncis qui fixent sur leur auteur l'attention d'une époque. Mais l'auteur du Génie du christianisme dont il était le confesseur lui a consacré, dans les premières pages de son livre de la Vie de Rancé, (|uelques lignes qui sauveront le nom de l'humble prêtre de l'oubli. Nous ne pouvons assurément mieux faire que de reproduire ici ces lignes. « Je « n'ai fait, dit Chateaubriand, que deux dé- « dicaces dans ma vie : l'une à Najjoléon, « l'autre à l'abbé Séguin. J'admire autant le « prêtre obscur qui donnait sa bénédiction « aux victimes qui mouraient à l'échafaud, « que l'homme qui gagnait des victoires. « Lorsque j'allais voir, il y a plus de vingt « ans, Mlles d'Acosta (cousines de madame « (le ChAleaubriand), je rencontrai, rue du « Petit-Bourbon, un ].irêtre vêtu d'une sou- « taiie relevée dans ses poches ; une calotte « noire à l'italienne lui couvrait la tète; il « s'appuyait sur une canne et allait, raar- « mottaiit son bréviaire, confesser, dans le « faubourg Saint-Honoré, madame de Montce boissier, lille de M. de Malesherbes. Je le « retrouvai |ilusieurs fois aux environs de « Saint-Sulpice ; il avait peine à se défendre « d'une troupe de mendiantes qui portaient « dans leurs bras des enfants em])runtés. Je « ne tardai pa:? à connaître plus iutimeuieut
SEG
SEl
« cette proie des pauvres, et je le visitais « dans sa maison, rue Servandoni, n° 10. « J'entrais dans une petite c»ur mal pavée ; « le concierge, allemand, ne se dérangeait « pas pour moi ; l'escalier s'ouvrait à gauche « au fond de la cour, les marches en étaient « rompues : je montais au second étage ; je « frappais, une vieille bonne vêtue de noir « venait m'ouvrir : elle m'introduisait dans « une antichambre sans meubles, où il n'y « avait qu'un chat jaune qui dormait sur une « chaise. De là je pénétrais dans un cabinet « orné d'un crucifix de bois noir. L'abbé Sé- « guin, assis devant le feu et séparé de moi « par un paravent, me reconnaissait à la « voix : ne pouvant se lever, il me donnait « sa bénédiction et me demandait des nou- « vclles de ma femme. 11 me racontait que « sa mère lui disait souvent, dans le langage « figuré de son pays : Rappelez-vous que la « robe des prêtres ne doit jamais être brodée « d^avarice. La sienne était brodée de pau- « vreté. 11 avait eu trois frères, prêtres « comme lui, et tous quatre avaient dit la « messe ensemble dans l'église paroissiale « de Sainte-Maure, ils allèrent aussi se pro- « sterner à Carpentras sur le tombeau de « leur mère. L'abbé Séguin refusa de prêter « le serment : poursuivi pendant la révolu- « tion, il traversa un jour en courant le jar- « din du Luxembourg et se sauva chez M. de
« Jussieu, rue Saint-Dominique d'Enfer
« L'abbé Séguin rassemblait, dans des lieux « cachés, les chrétiens persécutés. L'abbé « Antoine, son frère, fut arrêté, mis aux Car- « mes, et massacré le 2 septembre. Quand « cette nouvelle parvint à Jean-Marie, il en- « tonna le Te Deum. 11 allait déguisé, de fau- « bourg en faubourg, administrer des se- « cours aux fidèles. 11 était souvent accom- « pagné de femmes pieuses et dévouées : « madame Choqué se taisait passer pour sa « fille ; elle faisait le guet et était chargée « d'avertir le confesseur. Comme il était « grand et fort, on l'enrôla dans la garde na- « tionale. Dès le lendemain de cet enrùle- « ment, il fut envoyé avec quatre hommes « visiter une maison, rue Cassette. Le ciel « lui apprit le rôle qu'il avait à jouer. 11 de- « mande avec fracas que les appartements « lui soient ouverts ; la fouille est faite. « L'abbé Séguin aperçut un tableau placé ■ « contre un mur, et qui cachait ce qu'il ne « voulait pas trouver. Il en approche, sou- « lève avec sa baïonnette un coin de ce ta- « bleau, et s'aperçoit qu'il bouche une porte. « Aussitôt, changeant de ton, il reproche à « ses camarades leur inactivité, et leur donne « l'ordre d'aller visiter les chambres en face « du cabinet que dérobait le tableau. Pente dant que la religion inspirait ainsi l'hé- « ro:sme à des femmes et à des prêtres, l'hé- « roisme était sur le champ de bataille avec « nos armées. Jamais les Français ne furent « si courageux et si infortunés. Dans la suite, « l'abbé Séguin, ayant vu quel parti on pouvait « tirer de la garde nationale, était toujours « prêt à s'y jirésenter. Le mensonge était «sublime ; mais il n'en offensait pas moins DicT. DE Biographie reug. 111.
« l'abbé Séguin, parce qu'il était mensonge. « Au milieu de ses violents sacrifices, il « tombait dans un silence consterné qui « épouvantait ses amis. 11 fut délivré de ses «.tourments par suite du changement des « choses humaines. On passa du crime à la « gloire, de la répuldique à l'empire. — C'est « pour obéir aux ordres du directeur de ma « vie que j'ai écrit l'histoire de l'abbé de « Rancé. L'abbé Séguin me parlait souvent « de ce travail, et j'y avais une répugnance « naturelle. J'étudiai néanmoins : je lus, et « c'est le résultat de ces lectures qui com- « pose aujourd'hui la Vie de Rancé... » UAmi de la Religion, rendant compte de ce livra dans son tome CXXl, p. 481 ( n° du 6 juin 184-4), après en avoir. signalé plusieurs passages répréhensibles au point de vue de la morale, ajoute: «Ah! si le directeur de « cette conscience sincère et naïve eût vécu « jusqu'à cette heure, certainement l'illustre « auteur n'aurait point alarmé sa vertu eu « plaçant ce nom sacerdotal et vénéré comme « protecteur des pages que nous avons si- « gnalées. Une autre pénitence eût été impo- « sée, plus ]jrofitable, sinon plus digne d'un « j)areil talent » Toî/. Chateaubriand.
SÉGUR (Jea\-Chables de), ancien évêque de Saint-Papoul, naquit l'an 1695 à Paris. 11 exerça d'abord quelque temps la profession militaire, entra dans la congrégation de l'Oratoire, et appela de la bulle Vnigenitus. La grande faveur où était sa famille sous la régence du duc d'Orléans lui inspira de l'ambition. 11 révoqua son appel, et fut pourvu de l'abbaye de Vertmand. 11 quitta l'Oratoire, devint grand-vicaire de M. de Saint-Albin, évêque de Laon, et enfin évêque de Saint- Papoul. 11 édifia pendant quelque temps ses ouailles par sa piété et sa soumission aux décisions de l'Eglise ; mais eu 1735 il rétracta par un mandement tout ce qu'il avait fait en faveur de la constitution, et donna la démission de son évêché. 11 vécut 13 ans depuis son abdication , dans l'obscurité , et mourut à Paris en 1748, k 33 ans. On a donné Y Abrégé de sa Vie, Utrecht, 1749, in-12. Les jansénistes en font presque un saint. Son Eloge se trouve dans les Nouvelles ecclésiastiques , n°' des 4 , 18 et 25 décembre
SEIGNEUX (Gabriel), seigneur de Correvon, né sur la fin du xvii' siècle à Lausanne, mort en 1776 dans la même ville, y fut nommé en 1718 président du tribunal criminel ecclésiastique, puis l'un des magistrats de la ville, où il coopéra à la fondation de l'école de charité. Membre de plusieurs comliagnies savantes, il était aussi correspondant de la société d'Angleterre pour l'avancement de la doctrine chrétienne. On a do lui : une traduction de l'ouvrage d'Addison sur la religion chrétienne, avec un Discours préliminaire, des notes, des dissertations et un Eloge de Lojs de Chéseaux ; une Histoire de Frédéric le Grand, trad. de l'allemand, 17G0, in-8" ; Discours sur l'irréligion, par Haller, trad. de l'allemand, 1760, in-12; Lettres sur les vérités tes plus importantes de