‹ Dictionnaire de biographie chrétienneChapitre 196 sur 341 · SUE · texte numérisé non relu

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nal qui est le plus connu est le traité intitulé : Kochis prœdcstinationis dissolutu.'!, home, 1G9(J, in-V. On y trouve sur la gr;lce, sur le péché originel et sur l'état des enfants morts avant le baptême, des opinions qui ont déplu à quelques théologiens. Bossuet, le carainal de Noailles et d'autres prélats écrivirent à Rome pour y faire condamner cet ouvrage; mais Innocent XII et Clément XI refusèrent de le censurer. Cependant le premier de ces pontifes fit examiner l'ouvrage avec soin, et avec d'autant plus de liberté , que, l'auteur étant mort, il ne pouvait rien pour sa défense. Quelques ccnseui'S s'adressèrent au clergé de France , mais sans plus de succès. On a fait une apologie de ce livre sous ce titre : Dispunctio notarum quadraginta quas scriptor anoiujmus Sfondratilibro, cui titulus : Nodus, etc. inussit. La manière de raisonner de ce cardinal sur les matières de la prédestination et de la grâce est presque entièrement conforme à celle de Lessius (voy. ce nom). On a encore de lui : Régale sacerdotium romano ponlifici asscrtum, imprimé au monastère deSainl-Gall, 1693, in-i°, et Ncpotismus Iheologice ejcpensits, in-12.

SHADY-ILAND, zélé méthodiste , naquit en Irlande vers l'an 1730. La doctrine du méthodisme avait été portée en Amérique par les deux Wesley et par Whitetield. Elle prit ensuite une autre forme sous le nom de nowvellc lumière. Shady s'étant transporté à Boston, ressuscita cette doctrine, et prêchait « qu'on doit suivre en tout l'inspiration « sainte, et que par l'esprit contemplatif on « dompte les révoltes de la chair. » Il interdisait la lumière et dans les prières et dans la contemplation, et, pour en donner-l'exemle, il n'olTiciait ciu'après le coucher du soeil et dans l'obscurité la plus profonde. Mais toute doctrine qui craint le grand jour entraîne nécessairement des abus. Celle que proclamait Shady en attira d'assez grands , et l'absence de la lumière matérielle produisit un grand nombre d'uiconvénients au désavantage des propriétés et de l'honneur des familles. Shady se vil obligé de fuir de Boston, où sa doctrine tomba dans un entier discrédit. On ignore le lieu qui lui donna asile, ainsi que l'époque de sa mort. L'abbé de Labouderie a publié un Pre'cis historique du méthodisme, in-8".

SHAFTESBURY (Antoine Asiiley-Cooper, comte de), petit-fils d'un grand chancelier d'Angleterre, naquit à Londres en 1G71, et reçut sa première éducation dans la maison paternelle. Après avoirfait ses études, il voyagea dans les principales cours de l'Europe. De retour eu Angleterre, il pritdes leçons de Locke, et passa en Hollande en 1698 , pour voir Bayle et les autres philosophes qui pensaient conunelui. La reine .\ime, ne croyant pas pouvoir donner sa conliance à un homme qui se déclarait ennemi de toute religion, le priva de la vice-amirauté de Doiset , qui était dans sa famille depuis trois générations. Ce philosophe mourut en 1713, à Naples où il s'était rendu pour changer d'air. On a de lui plusieurs ouvrages, dans lesquels ou trouve

DlCTIONN. DE BlOlilUVHlE RELIG. 111.

presque toutes les erreurs qui forment le fond de la philosophie du jour. Les principaux sont : les Mœurs ou Caractères, Londres, 1732, 3 vol. in-8", et traduit en français, 1771, 3 vol. in-8°. 11 prétend que le mal de cha([ue individu compose le bien général, et qu'ainsi, îi proprement parler, il n'y a point de mal. On sait que , dans tous lés temps, les philosophes n'ont fait qu'embrouiller cette matière; Shaftesbury n'a fait qu'ajouter aux erreurs de ceux qui l'ont précédé. Dans ce qu'il dit contre les vertus chrétiennes, il ne montre que trop qu'il ne les a jamais pratiquées, et qu'il connaît très-mal les grands motifs qui les animent. Il pousse l'extravagance jusqu'à prétendre c[ue la foi de l'immortalité et l'espérance des biens éternels produisent de mauvais eflets ; en même temps que par une contradiction digne d'une philoso|ihie si absurde, il assure que « l'athéis- « me » (inséparablement lié av(;c l'eri-eur de la mortalité de l'àme) « retranche toute atfec- « lion à ce qu'il y a de plus aimable et de « plus digne de l'homme ; que l'on est ])eu « sensible à l'ordre moral quand on envisage « l'univers comme un chaos; qu'un athée ne « peut respecter sincèrement les lois et les « magistrats ; que rien n'est plus capable « d'exciter h la vertu et de détourner du vice '( que la présence de l'Etre suprême, témoin « et juge de tout ce qui se passe dans l'uni- « vers ; qu'il y a une relation essentielle ence tre la vertu et la piété ; que la perfection « et le mérite de la vertu sont dus à la « croyance d'un Dieu rémunérateur et ven- « geur, etc. » Essai sur l'usage de la raillerie et (le Venjouement dans les conversations qui roulent sur les matières les plus importantes, traduit en français, La Haye, 1707, in-8°. Ce sont des leçons que les libertins de ce siècle ne pratiquent que trop, dit Feller. Le Soliloque, traduit par Sinson, Paris, 1771, in-S". Vue Lettre sur l'enthousiasme, traduite en français par Sinson, La Haye, 1708, in-8°. On y découvre des traces bien claires d'athéisme, que l'auteur, dans des moments d'une humeur opposée, a si bien réfuté; car on sait que c'est le pur caprice qui règle la foi ou l'incrédulité des philosophes, suivant l'observation d'ungrandorateurdusièclepassé: «Cha- « que libertin se fait, selon son caprice , une « créance à sa mode , et qui n'est que pour v( lui seul , suivant en aveugle toutes ses « idées, raisonnant tantôt d'une façon , tan- « tôt d'une autre , selon l'humeur présente « qui le domine. » Bourdaloue, Panégyrique de saint Thomas,

SHARP (Jean), l'un des meilleurs prédicateurs que l'Angleterre ait produits, né à Bradfordt en 16W, mourut en 1714, dans sa 70' année. 11 devint doyen de Norwich, occupa plusieurs autres places importantes, et fut placé sur le siège d'York , qu'il occupa pendant vingt-deux ans. On a de lui 7 vol. de Sermons estimés.

SHELDON (Gilbert), archevèquedeCantoF-

béry, naquit àStanton, dans le Stalfordshire,

eu 1598, et mourut à Lambelh en 1677, âgé de

80 ans. Il est le fondateur de la fameuse impri-

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merie connue sous le nom do Théâtre shcldonien { Yoy. Oxford dans lo iJict. géogr.). Quoique dans un moment d'ostentation philosopliique il n'ait pani regarder la religion que comme un mystère d'étal , il éUiii convaincu qu'elle n'est pas moins nécessaire au\ particuliers; il en a suivi les im|)ulsions dans jiius d'une rencontre ; car on dit (ju'il employa plus de 37,000 livres sterling en œuvres de piété.

SHERLOCK (Guillaume), théologien anglais, né l'an 1641, mort en 1707, eut plusieurs places considérables dans le clergé, et devint do.yen de Saint-Paul de Londres. On a de lui plusieurs ouvrages de uiorale et de métaphysiiiue, parmi lesquels on distingue Je Traiié de la mort et du jugement dernier, et celui de l'Immortalité de l âme et de la vie éternelle. Us ont été traduits en français, le premier en 1696, in-8% par Mazet; le deuxième, en 1708, in-8", par Marmande.On a encore du môme auteur d'autres ouvrages dont les Anglais font un grand cas.

SHERLOCK (Thomas) , célèbre prélat anglais , llls du précédent, né à Londres l'an 1678 , mort dans la même ville, en 1761 , âgé d'environ 83 ans , lit des études brillantes à l'université de Cambridge. Après avoir pris ses degrés de théologie, il fut successivement doyen de Chichester, maître du Temple, évéque de Bangor, en 1728, et enfui évèque de Londres, après la mort de Gibson. Leslivres scandaleux que l'incrédulité produisit contre la religion en Angleterre attirèrent son attention. Il réfuta solidement les Discours de CoUins sur les fondements et les preuves de la religion chrétienne, dans six sermons pleins de lumière, qu'il prêcha au Temple lorsqu'il en était le maître. Abraham Le Moine les traduisit en français sous ce titre : Traité de l'usage et des fins des jirophéties, Amsterdam, 17-29 et 1733, 1 vol. in-8'\ Le traducteur y a joint trois Dissertations savantes du même auteur. Sherlock ayant triomphé de l'auteur des Discours, attaqua Woolston. 11 prouva contre lui la vérité du l'ait de la résurrection de Jésus-Christ , dans un traité intitulé: I.f«T('HiO)n« de ki résurrection de Jésus-Christ examinés selon les règles du, barreau. Le Moine a aussi traduit cet ouvrage, La Haye, 1732, in-8°, qui a été réimprimé jjlusieùrs fois in-12, ainsi que le précédent , tant en anglais qu'en français. Cet honneur leur était dû pour la justesse et la profondeur qui y régnent. Ou a encore de Sheilock des Sermons, qui ont été traduits en français par le P. Houbigant, Lyon, 1768, in-12. L'auteur s'attache dans ces sermons , qui sont au nombre de quatorze , à réfuter les principales objections des déistes contre la divinité de Jésus-Christ, et il le fait avec autant de force que de clarté. Yoy. Hoadly.

SHUCKFORD (Samuel) , pasteui' de Shelton, dans la provuice de Norfolk, puis chanoin ■ de Cantorbéry, et chapelain ordinaire du roi d'Ai.ijIeteri-e, consacivî sa vie à l'étude. Ses muuurs étaient celles d'un savant que lo commerce du grand monde n'a pas corrouipu. On a de lui : une Histoire du

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monde, sacrée et profane, 3 vol. in-12, pour servir d'introduction à l'Histoire des Juifs par Prideaux. Ce livre, dont le premier volume parut en 1728, a été traduit en français, et ne va que jusqu'à la mort de Josué; il est écrit pesamment, mais avec beaucoup d'érudition. La mort de l'auleur, arrivée en Î75'i, l'empêcha de pousser son Histoire jusqu'à l'an 747 avant J.-C. , temps auquel Prideaux a commencé la sienne. Un ouvrage imprimé en 1753, qui n'a pas encore été traduit en français, et qui est intitulé : La création et la chute de l'homme , pour servir de supplément à la préface de son Histoire du monde. Il y a dans ce livre des choses singulières.

SIBA. 'Yoy. MiPHiBosETH, fils de Jonatlias.

SIBELIUS (Gaspard), théologien calviniste, né à Elberfeld , dans le duché de Berg , en 1567, fut successivement ministre à Juliers, Devenler, Campen, etc. Le prétendu synode de Dordrecht le choisit, en 1619, [lour être réviseur de la Yersion flamande du Nouveau Testament, que ce conciliabule avait ordonnée, il mourut le 1" janvier 1658. On a de lui : Opéra theologica, seri loci communes theologici practici, Amsterdam, 164-4, 6 vol. infol. Cette collection renferme des sermons , des commentaires , des discours historiques cl moraux sur l'Ecriture sainte : ils sont estimés de ceux de sa communion. Ces ouvrages avaient été imprimés d'abord séparément; ils sont réunis dans cette édition.

SlBEll ( Urbain-Godefroy ) , professeur d'antiquités ecclésiastiques à Lei[izig, né à Schandau, près de l'Elbe, en 1669, mourut en 1742. Il est auteur de plusieurs savants ouvrages en latin. Les principaux sont : une Dissertation sur les tourments qu'on faisait souffrir aux anciens martyrs; une autre sur | Viisaqc des fleurs dans les églises. I

SICARD (Claude), jésuite, né l'an 1677 , à Aubagne, près de Marseille , enseigna les humanités et la rhétorique dans sa société. Ses supérieurs l'envoyèrent en mission en Syrie, et de là en Egypte. Il mourut au Caire en 1726 , avec la réputation d'un voyageur exact et d'un observateur intelligent. On a de lui une Dissertation sur le passage de la mer' Rouge par les Israélites , et plusieurs écrits sur l'Egypte, dans lesquels il y a des choses savantes et agréables. On les trouve dans les Nouveaux Mémoires des missions , 8 vol. in-12, et dans les cinq premiers volumes des Lettres édifiantes , nouvelle édition, 1780, 26 vol. in-12.

SICARD (Roch-Ambroise Cucurron, connu sous le nom de l'abbé), directeur de l'institution des sourds-muets de Paris, naquit le 20 septembre 1742, au Fousseretprès de Toulouse, et lit ses éludes dans cette ville. Il exerçait depuis quelque temps les fonctions du ministère ecclésiastique, lorsqueM. (champion de Cicé, archevêque de Bordeaux, ayant résolu d établir dans son diocèse une éi^ole de sourus-mucls, l'en vo. a à i'arispour y apprendre la méthode de l'abbé de l'Epée. A son retour, l'abbé Sicard fut chargé ue la direction de l'établissement fondé par ce prélat dans

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le chef-lieu de son diocèse, et les succès qu'il obtint lui valurent d'iionnrnbles distinctions. Nommé vicaire général de Conlom, et chanoine de Bordeaux, il fut en outre associé à un grand nombre de musées, d'académies et do sociétés littéraires, entre autres de Bordeaux, qui en renfermait quatre ou cinq ; de Paris, de Toulouse, de Bayeux,de Caen, etc. A la mort de l'abbé de l'Epée, en 1789, l'opinion publique le désignait comme celui (|ui méritait le mieux de lui succéder. Toutefois il n'obtint la direction de l'école de Paris qu'après un concours subi devant des commissaires choisis dans les trois académies : l'abbé Salvan, instituteur ii Riom, en Auvergne; le P. Perrenet, religieux augustin. et l'abbé Masse, à qui la commune de Paris avait confié provisoirement la direction de l'établissement de la capitale, furent ses concurrents. C'est à tort qu'on a dit que l'établissement, jusques alors, n'avait été soutenu que par les uons de l'abbé de l'Epée et par les secours de quelques personnes charitables. Dès les années 1778 et 1785, un revenu de six mille livres avait été assuré par un arrêt du conseil, sur les biens du couvent des Gélestins, supprimé, à la maison des sourds-muets qui furent placés dans ce couvent. Leur maison cessa d'en jouir, dès que l'assemblée constituante eut déclaré nationales les propriétés des a'iciens monastères. Mais, en 1791, une dotation fut accordée à l'établissement que l'on transféra alors à Saint-Magloire, au faubourg Saint-Jacques ; c'était autrefois un séminaire des Pères de l'Oratoire. L'abbé Sicard adopta, mais avec beaucoup de modération, les principes de la révoluiion. En 1791, on n'exigea point de lui le serment civique ; mais, pressé l'année suivante de le prêter, il se borna à prononcer celui de libi-rté et d'égalité. Cependant seize JOLU'S après la funestejournée du dis août, les terroristes le firent arrêter au milieu de ses élèves, et conduire à l'Arsenal (où était le comité de la section), et puis à la mairie. La désolation régnait parmi les sourds-muets, qui firent une pétition touchante à l'assemblée pour redemander leur maître. Le mi:nistre de l'intérieur devait faire un rapport sur les motifs de l'arrestation de l'abbé Sicard ; mais ce rapport n'ayant pas été fait, le temps s'écoula jusqu'au -2 septembre, époque où l'abbé Sicard fut transféré à l'Abbaye. L'on y préparait alors les horribles massacres des '2 et 3 du même mois. Ils curent, en effet, lieu dans ces journées ; et, au milieu des malheureux qu'on immolait, l'abbé Sicard dut la vie à un horloger, appelé Monnot, ofTicier dans la garde nationale, qui le couvrit de son corps. Il resta en prison jusqu'au k septembre, entouré de bourreaux, de victimes, et dans une agonie cruelle, s'attendant au même sort que ses compagnons d'infortune. Dans cette terrible situation, il écrivit à M. Latfon-Ladehat, qui, pour sauver un homme utile et vertueux, parvint à amollir le cœur endurci de Chabot (Voij.-

ce nom), et obtint de lui qu'il se rendît- , ,,„

à l'Abbaye. Sa présence sauva l'abbé Si- cription placée dans la chapelle même. ÏAà

card, qui, le même jour, à sept heures du soir, fut conduit 'à l'assemblée où il prononça un discoursquelesjournaux rendirent public. L'abbé Sicard a donné, dans les Annales religieuses, tom. I", p. 13 et 72, une Relation des dangers qu'il courut: on la trouve aussi dans la Collection des Mémoires relatifs à la révolution française, publiés de nos jours par MM. Baudouin frères.. A l'époque de la création des écoles normales, Sicard fut nommé professeur de grammaire générale (1795) : il était en même temps professeur au Lycée national et coopérait à la rédaction du Lycée encjjclopédique. Après avoir traversé le règne de la terreur, et n'étant plus séparé de ses élèves, il se joignit, en 1796, à M. l'abbé Jauf fret, dans la rédaction des Annales religieuses, politiques et littéraires; mais ces deux collaborateurs n'en publièrent que les dixhuit premiers numéros, et cédèrent le journal à l'abbé de Boulogne. [Voy. ce nom.) Cependant, comme l'abbé Sicard, gui s'intéressait toujours à ce journal, signait les numéros, tantôt de son nom, tantôt de l'anagramme Dracis, il fut compris, après !a révolution du 18 fructidor, dans le décret de déportation des journalistes condamnés par le Directoire. L'abbé Sicard échappa à cette proscription, en secachanldans le faubourg Saint-Marceau, où la peur lui dicta des protestations de soumission, qu'il adressa au gouvernement établi. 11 le reconnaissait d'après les paroles de saint Paul sur la soumission aux puissances (Epître aux Romains, chap. 13). Il eut même la faiblesse de désavouer la part qu'il avait prise aux Annales religieuses, désaveu qu'il fit insérer dans le journal de Poultier. Mais le Directoire ne se laissa fléchir ni par ses démarches, ni par la réclamation des sourdsmuits, ni par les instances des personnes qui s'intéressaient à l'abbé Sicard. Enfin, après le 18 brumaire, il fut rendu à ses élèves ; mais il trouva cet établissement dans un état déploraitle. On n'avait pas fjurni les fonds nécessaires pour sa dépi-nse : on en avait môme banni la religion. L'abbé Sici:rd remédia à tous ces maux, et trouva un zélé protecteur dans M. Ciiaptal, ministre de l'intérieur. On établit aux sourds-muets une imprimerie qui fut mise en activité en décembre 1800: les élèves y travaillaient euxmêmes, et on y imprima la pfupart des ouvrages de M. Sicard. Il donnait tous les mois des exercices publics, auxquels assistait une société choisie pour admirer la rare intelligence des élèves, et celle surtout de Massieu, qui, le premier, a donné le plus de vogue à sa méthode. L'abbé Sicard en parlait avec un enthousiasme qui faisait parfois sourire, mais qu'on excusait aisément en considéra tion des services qu'il rendait à l'humanité- Chaque exercice produisait d'abondantes collectes, et notamment quand il en donnait dj particuliers à des étrangers de marque. Sa Sainteté Pie VII, qui honora de sa présenca l'établissement des sourds-muets en 1805, bénit, le 28 février, la chapelle de la maison;' et ce souvenir a été perpéiué par une ins-

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pape assista h une séance pétulant laquelle M. Sicanl otlVit à Sa Sainteté un livre de prières composé pour les sourds-muets et imprimé par eux. Le souverain pontife ayant été conduit à rinipriraerie, alors dirigée par M. Leclerc, on pria Sa Sainteté de prendre elle-môme le barreau de la presse pour tirer une feuille (pii contenait un compliment ingénieux en latin, composé par l'abbé (iliarlier. Pie Vil lit des présents k l'abbé Sicard et à M. Leclerc, et partit très-satisfait, ainsi que Is cardinaux qui l'avaient accompagné. En 1S05, l'abbi! Sicard fut nommé chaudine de la cathédnile de P.iris ; et, le -28 juin de la même aiuiée, il eut la douleur de jierdre un ami uni demeurait avec lui aux sounls-m nets: c'était l'abbé Bonnefoux, ancien sujjériour général di'S doctrinaires, et administrateur des établissements de bienfaisance de la capitale. Les conseils de cet ami l'auraient peut-être empoché de tomber dans les pièges que lui tenlirent des intrigants et des flatteurs, et l'auraient préservé des chagrins qui afiligèrent sa vieillesse. Sobre, et naturellement économe, mais d'un caractère facile et contiant, il suiiscrivit des billets |)ar complaisance, et fut poursuivi pour des dettes (pi'il n'avait pas contractées. 11 fut obligé, pour les acquitter, de se priver des revenus de ses places, de vendre sa voiture et son mobilier, de sorte (pi'il se vit réduit à un état peu éloigné de l'indigence. En 1809, l'abbé Sicanl avait fait un voyage dans son pays natal, accompagné d'un de ses plus habiles élèves, Dominé LecliTO, que l'on admira à Lyon, à Toulouse et à Bordeaux, etc. Le nom du savant instituteur était connu dans toute l'Europe ; aussi, cjuand les souverains alliés vinrent à Paris, en ISl'i- et 1815, ils assistèrent à ses exercices, ei, après la restauration, il reçut les décorations de la légion d'honneur, ccfle de Sainte-Aune de Russie, et celle de Gustave Wasa. Cette dernière décoration lui fut envoyée par la reine de Suède, comme une récompense de ses conseils utiles, pour la nouvelle institution des sourds-muets de Stockholm. La proscription de fructidor l'avait fait sortir de l'Institut ; il y rentra en 1801 et y fut conservé par l'ordonnance de 1816. Depuis cette époque, c'était l'abbé Sicard qui célébrait la messe de Saint-Louis devant l'Académie fia içaise. En 1817, il fit un voyage en Angleterre avec que!(|nes-uiis de ses élèves, et y reçut l'accueil le jilus distingué. Outre sa place de directeur et instituteur des sourds-muets, et celle de chanoine honoraire de Notre-Dame, il était un des administrateurs des Quinze-Vingts, de l'institution des aveugles travailleurs, et un (les commissaires de l'Institut nommés pour le Dictionnaire de la langue française, dont, depuis nombre d'années on attend la publication. On ne peut refuser à l'abbé Sicard le rare mérite d'avoir ajouté aux découvertes de l'abbé de l'Epée, et porté à un état de perfection un art oublié depuis la mort do ses premiers inventeurs, c'est-à-direpemlant plus de deux siècles. Voy. Ponce. L'abbé de l'Epée, désespérant d'initier ses élèves aux ob-

jets intellectuels, sa méthode se réduisait presque à un pur mécanisme, et c'est l'abbé Sicard qui est parvenu à mettre à leur portée les idées métaphysiques. 11 faut cependant convenir que sa méthode, quelque ingénieuse qu'elle soit, exige des enfants une intelligence peu commune, et tous les élèves ne l'ont pas au même degré que les Massieu, les Leclerc et les Berthier. Depuis longtemps la santé de l'abbé Sicard s'était affaiblie ; il mourut le 10 mai 1822, à l'âge de 80 ans. Avant de mourir, il écrivit le billet suivant à M. l'abbé Gondelin, son successeur, et instituteur des sourds- muets de Bordeaux:

« Mon cher confrère, près de mourir, je vous « lègue mes chers enfants; je lègue leurs « âmes à votre religion, leurs corps à vos « soins, leurs facultés intellectuelles à vos « lumières, k vos moyens; remplissez cette « noble tAche, etje meurs tranquille. » Tout en applaudissant k ce choix, nous ne pouvons nous défendre de dire que M. l'abbé Saivan, qui dirige ait l'établissement particulier des sourdes-muettes, méritait aussi, par son instruction et sa modestie, de succéder k M. Sicard. Voici la liste des ouvrages de ce dernier : Mémoire sur l'art d'instruire les sourdsmuets de naissance, Bordeaux, 1789, in-8° ; Second mémoire, Paris, 1790, in-S"; Catéchisme on \ Instruction chrétienne à l'usage des sourds-muets, 1796, in-S" ; Manuel de l'enfance, contenant des éléments de lecture et des dialogues instructifs et moraux, 1796, iu-12 ; Eléments de grammaire générale appliquée à la langue française, 1796, 2 vol. in-8°; 1808, 2 vol. in-8"; 3" édition, avec le titre de Théorie des signes pour l'instruction des sourds-muets, Paris, 1808,2 vol. in-8" , avec un Hommage à Napoléon, supprimé en 1814; Cours d'instruction d'un sourd-muet de naissance, pour servir à l'éducation des sourdsmuets, ibid., 1800, in-8°, lig., 1803, in-8". On a imprimé k part V Alphabet manuel qui en fait partie. De l'homme et de ses facultés physiques et intellectuelles ; de ses devoirs et de ses espérances ; traduit de l'anglais de Hartley, etc., 1802, 2 vol. in-S" ; Journée chrétienne d'un seurd-muet, 1803, in-12. 11 a donné en outre des éilitions du Dictionnaire généalogique de l'Ecriture sainte, des Sermons inédits de Bourdaloue, etc., etc. L'abbé Sicard avait imaginé une pasigraphic, ou système d'écriture universelle, qu'il a développé dans un livre annoncé en 1797. Il en a parlé dans les Annales religieuses, au tome 1°% page 621. On trouve l'Eloge de l'abbé Sicard, par Paulmier, dans la Revue encyclopédique, tom. XIV, p. 45'*. Un de ses élèves, Leclerc, k l'âge de 25 ans, est allé en Amérique fonder une école de sourds -muets. C'est M. Eroyssinous, ministre des affaires ecclésiastiques, qui a remplacé M. Sicard à l'Institut. On peut voir l'Eloge de Sicard, qui a été fait au nom de l'Académie française, par Bigot de Préameneu ; celui qu'a iirononcé M. Lafl'on-Ladebat au nom des administrateurs des sourdsmuets, et l'éloge académique que lui a consacré l'évoque d'ilermupolis, le28nov. 1822. SICAKD (N.), magistrat, né vers 1760,

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