‹ Dictionnaire de biographie chrétienneChapitre 214 sur 341 · SUG · texte numérisé non relu

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gens du plus grand mérite n'ont pas toujours la force ou la liberté de s'élever au-dessus de leur siècle. Du reste, sa théologie renferme de grandes lumières ; mais il serait à souhaiter qu'elles fussent dégagées de beaucoup de discussions superflues, et qu'il fallût moins les chercher. Voy. saint Anselme, Duns, GkaviNA (Jean-Vincent), Molina, Petau, saint Thomas. Son Traité des lois est si estimé, qu'il a été réimprimé en Angleterre. Il n'en est pas de même de son livre intitulé: Défense de la foi catholique contre les erreurs de ta secte d'Angleterre. Il fut condamné à être brûlé p.ir arrêt du parlement de Paris, parce qu'il parut qu'en défendant le saint -siège contre le schisme des Anglais, il dérogeait en quelques endroits à l'autoritédes souverains. Le P. Noël, jésuite, a fait un Abrégé de Suarès, imprimé à Genève en 1732, on 2 vol. in-fol. L'abréviateur a orné sou ouvrage de deux Traités, l'un De matrimonio, l'autre De justitia et jure. Le P. Descham|)s a écrit la Vie de Suarès; elle a été imprimée à Perpignan en 1671, in-4.°.

SUARÈS (Joseph-Marie), savant antiq.uaire, était fils d'un auditeur de la rote d'iVvignon, où il naquit vers l'an 1583 ; il devint prévôt de la cathédrale de celte ville, et se rendit ensuite à Rome, où le cardinal Barberin le nomma son bibliothécaire, et lui fit obtenir le titre de Caméricr du pape Urbain VIII. En 1633, il fut promu à l'évêché de Vaison. S'en étant démis, il se retira à Rome, chez le cardinal Barberin, son ami, à qui il plaisait par son savoir et par les agiéments de sa conversation. On a de lui : une (raductioii latine des Opuscules de saint Nil, à Rome, en grec et en latm, avec des notes, en 1673, in-fol.; une Description latine de la ville d' Avignon et du comtat Venaissin, in-4°, etc. Il mourut en 1677, dans un âge avancé.

SUEUR (Jean Le), ministre de l'église prétendue réformée au xvn° siècle, pasteur de la Ferté-sous-Jouarre en Brie, se distingua par ses ouvrages. On a de lui : un Traite de la divinité de l'Ecriture sainte; une Histoire de l'Eglise et de l'empire, Amsterdam, 1730, 7 vol. in-4°, et en 8 in-8°. Cette histoire, continuée parle ministre Pictot, est savante, mais pleine de préventions contre les catholiques, quoiqu'il y ait moins d'emportement que dans lesautres ouvrages historiquesdes protestants.

SUFFREN (Jean), né à Salon, ville de Provence, en 1363, se lit jésuite, et se rendit célèbre par ses talents pour la chaire et pour la conduite des âmes, par son zèle et par la sainteté de sa vie. Il fut confesseur de Marie de Médicis et de Louis XIII; mais, au bout de six ans, sa grande' franchise, dans une cour intrigante, le fit renvoyer. Il resta attaché à la reine mère, et mourut à Flessingue en 164-1, en passant avec cette princesse de Londres à Cologne, où elle allait chercher un asile. Il est auteur d'une Année chrétienne, qu'il fit i) la prière de saint François de Sales, k vol. m-h°. Il l'abrégea dans la suite sous le titre d'v4î;«s et exercices spirituels. LeP.Frizon en a fait un autre abrégé, Nancy, 1728, 2 vol. in-i2.

SUGER, abbé célèbre, né en 1082 (1), fut placé dès l'âge de 10 ans dans l'abbaye de Saint-Denis, où Louis, fils de France (depuis Louis-le-Gros), était élevé. Lorsque ce prince fut de retour à la cour, il y appela Suger,qui fut son conseil et son guide. L'abhé Adam étant mort en 1122, Suger obtint sa place. Il avait l'intendance de la justice, et la rendait en son abbaye avec autant d'exactitude que de sévérité. Les affaires de la guerre et les négociations étrangères étaient encore de son département; son esprit actif et laborieux suffisait à tout. Touché des exhortations de saint Bernard, qui prêchait une réformedans le clergé, l'abbé Suger réforma son monastère, en 1127, et donna le premier l'exemple de cette réforme. Les personnes du monde n'eurent plus dès lors un si libre accès dans l'abbaye, et l'administration de la justice fut transportée ailleurs. Suger élait dans le dessein de se renfermer entièrement dans son cloître; mais Louis VII, près de partir pour la Palestine, le nomma régent du royaume. Suger, quoiqu'il approuvât fort la croisade, s'était opposée ce voyage, à raison de plusieurs circonstances qui tenaient au bien de l'Etat. L'avis de saint Bernard prévalut. Les soins du ministre s'étendirent sur toutes les jiarties du gouvernement. Il ménagea le trésor royal avec tant d'économie,que, sans charger les peuples, il trouva le moyen d'envoyer au roi de l'argent toutes les fois qu'il en demanda. Ce ministre mourut dans l'abbaye de Saint-Denis, en 1132, entre les bras des évoques de Nuyjn, de Senlis et de Soissons. Le roi honora ses funérailles de sa présence et de ses larmes. On a de lui des Lettres, une Vie de Louis-le-Gros, et quelques autres ouvrages dans les recueils de Du Chesne et de D. Martène, notamment : De rébus in sua administratione gestis, Paris, 16i8, in-8°. Un auteur , dont l'imagination ardente et égarée a changé l'histoire en un tissu de déclamations violentes et injurieuses, a fait de saint Bernard et de Suger un parallèle romanesque, où louant celui-ci pour déprimer celui-là, il se fonde uniquement sur le prétendu -éloignement que Suger se sentait pour les croisades ; supi)osilion démentie par les faits. Après le retour de Louis, Suger, voyant Ik- zèle des seigneurs français refroidi, conçut la résolution de soudoyer une aimée à°ses propres dépens, et de la conduire lui-même en Palestine. Il avait déjà fait (les préparatifs considérables pour cette expédition, lorsqu'une fièvre lente, jointe à son grand âge, l'avertit de ne plus songer qu'au, grand voyage de l'éternité. (Voyez Louis IX, Pierre' l'Ermite.) Son administration a fait longtemps les regrets de la France, et l'admiration des nations étrangères; peu de ministres ont géré la chose publicpie avec autant de zèle, de sagesse, de modération et de désintéressement. Dom Gervaise a écritsa Vie, 1732, en 3 vol. in-12. L'abbé d'Espagnac

(1) Les auteurs ne s'accordent ni sur l'année, ni sur le lieu de sa naissance, qu'ils placent à Saint- Denis, à Toury en lieauce, à Saint-Omer, etc.

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a publié, eu 1780, contre ce grand et pieux ministre, un libelle allVeux, que les gens instruits dans l'histoire ont voué au mépris et à 1 liorreur. On a de Garât V Eloge de Suger, qui a été couronné à racadémiefrançaise, en 1778. SUICER (Jean-Gaspard Sciiweitzer, plus connu sous le nom latinisé de), né à Zurich, en 1620, y fut professeur public en hébreu et en grec, et y mourut en 1681. On a de lui, entre autres ouvrages, ~Hn Lexicon ou Trésor ecclésiastique des Pères grecs, dont la meilleure édition est celle d'Amsterdam, 1728, en 2 vol. in-fol. — Jean-Henri Suicek, son lils, professeur à Zurich, puis à Heid^'lberg, mort en cette dernière ville, en 1705, âgé de 61 ans, se fit connaître aussi par quelques productions, ])armi lesquelles on cite des Notes sur le Thésaurus ecclcsiasticus,c\U'i plus haut, insérées dans le Supplément à l'édition de 1728; un Commentaire sur l'Epître de saint Paul aux Colossiens , Zurich, 1699, in-V. On trouve à la suite trois discours : De fortunis Grœciœ nntiquv; De Grœcia christiana ; et De internis Ecclesiœ reformatœ terroribus. — On aquelquefois confondu ce théologien avec un autre Jean-Henri SlicER, l'un de ses ancêtres, dont on a : Chronologia Helvetica , res gestas IJelvetiorum ad nostra usque tempora... complectens, Hanau, 1607, in-t"; réimprimé en 1735, dans le Thésaurus helveticus, de Fueslin.

SUISKEN (Constantin), jésuite de Bois-le- Duc, où il naquit en 17li, s'est fait un nom ])ar les dissertations dont il a enrichi les Acta sanctornm, collection h laquelle il travailla pendant plusieurs années. Suisken mourut le 28 juin 1771 .

SULLY (.Malrice d"^), évêque de Pans au xii' siècle, né de parents très-pauvres dans le village de Sully, de Solliaco, sur les bords de la Loire, se rendit célèbre par son t;ileiit |)0ui' la prédication, et mourut dans l'abbaye de Saint-Victor, le 11 seiUembre 1196. Il avait pris une grande part à la construction de la cathédrale, dont il fit poser la première pierre en 1163, jinr le pape Alexandre 111, et qui no fut terminée que sous son successeur Eudes ou Odon de Sully. « On connaît, dit M. « Daunou, un assez grand nombre de copies « manuscrites des semiuns deMaurice,soiten « latin, soit en français ; mais son éloquence « est bien froide et sa latinité fort peu élé- « gante. Les versions françaises méritent plus '< d'attention, parce qu'eles sont au m lius « un monument du langage de cette époque. « Elles ont été, dit-on, imprimées deux fois, « in-i°, sans date, et i'i-8', à Lyon, en 1511 : « nous n'avons pu rencontrer ni l'une ni « l'autre de ces éditions. Des traités théolo- « giques De cura animarum ; De orationc « dominica et ejus septem parlibus, ont quel- «' quefois été attribués à \Iaurici3 de Sully ; « mais ce ne sont, en ellet, que quelques- « unes de ses prédications, réunies sous ces « titres. Il paraît avoir laissé un livre De ca- « none missœ; Montfaucon en cite un ma- « iiuscrit qui existait à Bourges, et dans l'in- « titulé duquel l'auteur était qualitiéSo/ic^Ms « Muuritius. On avait en elfet une très-

« haute idée des vertus de ce prélat, et il a « longtemps conservé de la réputation, quoi- « qu'il n'ait joué aucun rôle bien remarqua- « ble dans les grandes affaires l'e son siècle, « et que son nom ne reste guèie attaché qua « la construction de l'église cathédrale de Pa- « ris. »

SULLY (Eudes ou Odon de) , évêque de Paris après le précédent, naquit d'une famille illustre, à la Chapelle-Daragilon, dans le Berry. 11 fut d'abord chantre de l'église de Bourges sous son frère Henri, qui en était archevêque. Sacré évêque de Paris en 1197 , il acheva la construction de la cathédrale, s'efforça de soutenir Innocent III dans la querelle élevée entre ce pape et Philippe-Auguste, et provoqua la croisade contre les Albigeois. Il mourut le 13 juillet 1208, à peine âgé de 40 ans. '< Ses écrits, dit M. Daunou, se réduisent n à des Chartres, ou à des épitres ou ordon- « nances ecclésiastiques, ou synodales, dont « il n'a probablement pas été le rédacteur. « On les trouve éparses dans les compila- « lions de Duboulay et du P. Dubois , et « parmi les preuves ou pièces justificatives « de l'Histoire de Paris. Les constitutions « d'Eudes de Sully sont rassemblées, à la « suite de la pragmatique de saint Louis , « dans les OEuvres de Pierre de Blois, dans « la Bibliothèque des Pères, dans la collec- « tion des conciles de Labbe, et dans le Sy- « nodicon ecclesiœ parisiensis, puhWé en 167i, « par l'archevêque François de Harlay. »

SULPICE-SEVÈRE , historien ecclésiastique, naquit vers 363, dans l'Aquitaine, aux environs do Toulouse, oiî sa famille tenait un rang assez distingué. Aussitôt qu'il eut fini ses éludes, il se mit dans le barreau, et y lit admirer son éloquence. Il s'engagea dans les liens du mariage ; mais sa femme étant morte peu de temps après, il résolut de s'occuper entièrement du service do Dieu et do l'exercice des vertus chrétiennes. Il s'attacha d'abord à saint Phébade , évêque d'Agen, et ensuite à saint Martin de Tcmrs, suivit ses conseils, et fut son plus fidèle disciple. On ne connaît ])oiiit l'année de sa mort; on sait seulement qu'il mourut au commencement du v siècle, vers 410, suivant le P. Pralo ; en 429 selon d'autres. Sulpice-Sévère avait de grands biens auprès de Toulouse, et il s'en servit pour mettre les pauvres en état do travailler; car, étant grand ami du travail, il ne voulait pas les nourrir dans l'inaction. Sa piété n'excluait ni la politesse , ni la gaîté, comme on peut le voir par le commencement de sa Lettre à Bassula, sa bellemère, et par celle qu'il écrivit à saint Paulin, en lui envoyant un cuisinier, dont toute la science se bornait à assaisonner fort mal quelques légumes. Saint Paulin de Noie, saint Paulin de Périgueux, Venance Fortunat, font les plus magnifiques éloges de Sulpice-Sévère. Il s'était engagé dans les ordres sacrés; mais il ne paraît pas qu'il ait été prêtre. On lit dans Gennade que Sulpice-Sévère se laissa surprendre par les pélagiens dans sa vieillesse, et qu'ayant reconnu son erreur, il se condamna à un silence de 5 ans ; mais Je-

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