NES
demie française se l'associa en 1710. Louis XIV foisai' un cas particulier de ce prélat. Un jour qu'il hanuiguait ce prince, la mémoire lui manqua : « .le suis bien aise, lui « dit le roi av. c bonté, (|uc vous me don- « niez le temps de goOter les belles choses « que vous me dites. » 11 mourut en 1727. On a un recueil de ses Discours , Sermons, etc., imprimés à Paris, 1734, in-12. Son style est simple, soutenu , éner^^ique ; mais il manque souvent de chaleur. Ce prélat était neveu du vertueux François de Nes- MOND, évèque de Bayeux, dont la mrmoire est en grande vénération dans ce diocèse par tous les bienfaits qu'il y a répandus, et qui mourut en 1715 , doyen des évèques de France.
NESTOKIUS, fameux hérésiarque du v° siècle, né à Germanicie dans la Syrie, embrassa la vie monastique près d'Antioche, et se consacra à la piédication. C'était le chemin des dignités, et \\ avait tous les talents iiécessa res pour réussir. « Ses mœurs « graves, ou plutôt sombres et sauvages, dit « l'abbé Bérault, la simplicité alfectée et le « malproi>rpté de ses vêtements, son vis.ige « pâle et décliarné, une teinture superficielle « des arts et des sciences, une grande et « belle voix, qui prenait facilement le ton « de la componction et du jiathétisme, une « éloquence éblouis^anle, moins occupée « de l'édification des âmes solidement chré- « tiennes, qu'avide des a|jplaudi^sements « d'un peuple volage et préci|)ité, l'amer- « tume de son zèle et de ses iléclaniations « perpétuelles contre les hérétiques, son « respect eutni pour saint Chrysoslouje ré- « pandirent les préventions les plus avanla- « geuses en sa faveur. » Il cacha, t sous ces dehors une profonde hypocrisie, un orgueil insupportable, un esprit faux et entêté de ses projires idées, qu'il prélérait à la dnctrine des anciens Pères. Après la mort de Sinninius, en 428, Théodose le Jeune léleva sur le siège de Constantinople. Après avoir établi son crédit par des édits rigoureux qu'd obtint de l'empereur contre les ariens, il crut que le temps était venu de donner une nouvelle forme au christianisme. Un prêtre, nommé Anastase, prêcha jiarson ordre qu'on ne devait point apiieler la sainte Vierge la mêrc dp Dieu; et Nestorius monta bientôt en chaire pour siutenir celte doctrine. 11 fallait, sehjn lui, reconnaître en Jésus-Christ deux [lersonni'saussi bien que deux natures, le dieu et l'homme; et (lire que le Verbe ne s'est point uni hypostati([uement à la nature humaine : th' façon qu'on ne devait |)as aiiiieicr Marie mère de Dieu, mais mère du Christ. Cette erreur anéantissait le mystère de l'incarnation, tjui consiste dans l'union des deux natures ^'livine et humaine, en la personne du Verbe ; o'ijù résulte un Homme-Dieu, appelé Jésis- (^HRisT , dont les mérites inQpis ont rat!ieté le genre humain. Gomment après cela a-l-on pu prétendre qu'il ne s'agissait en;re Mestorius et les catholiques que d'une affaire de mots, puisqu'il est évident qu'il s'agiswit de h substance de la foi ? Foî/. Eutï-
cuÈs , Arius. Les nouveautés de Nestorius excitèrent une indignation gén<'rale. Les prêtres attachés à ia saine d(ictrine, entre autres saint Procle et l'usèbe, depuis évoque de Dorylée, réclamèrent en faveur d" la loi antique. Le jieupli' se soûl va ; on s'adressa à saint Cyrille, patriarche il'Alexandrie. ((ui, ayant lu les Homélies de Nestorius, trouva que cet hérésiarque était coupable de toutes les erreurs dont on l'accusait. Il lui écrivit po::r tâcher de 1 ■ ramènera la vériié par les voies de la douceur; mais le palriaiche de Constantinople, qui n'aimait pas ii être contredit, fut piqué de cette lettre, et ilyrépouilit avec hauteur. Bientôt les deux patriarches infoimèient toute l'Eglise de leurs contestations. Acace de Bérée et Jean d'Antioche apprr)uvèrent la doctrine de saint Cyrille, et condamnèrent celle de Nestorius; mais ils conseillèrent au premier d'user de quel'iue ménagement, et de combattre l'erreur par le zèle et la douceur réunis. Cette affaire ayant été portée à Borne, le pape Ci'lestin convoqua un concile en 430. Après un mûr examen, tous les Pères s'écrièrent que Nestorius était hérésiar(iue , et on prononça contre lui une sentence d'excomiiuinication et de déposition : on l'envoya à saint Cyrille, en le chargeant de la. faire exécuter, si, dans l'espace de dix jours, à compter de celui de la si.;nificalion, Nestorius ne réi rai tait publiipieMient ses erreurs. Le patriarche d'Alexandrie, chargi'; (ie dre-^ser urje formule de rétiactation avec une profession de foi, éloignée de touie équivoque, assembla les évèques de sa dépendance, et ce fut au nom de ce concile d'Alexandrie que parut l'acte célèbre qui est connu sous le t tre des douze analhi'mcs; cet aete renfermait douze proposition'^, qui étaient les douze chefs de l'hérésie nestorienne. Le concile d'Aiexanirie, pour ne laisser aucun faux-1'nyanl, voulait que Nestorius les anathém lisât chacune en particulier, s'il voulait être reconnu pour ortijodoxe; il refusa d'obéir. Son opiniiltreté donnalieuà la convocation du 3' concile !;énéral, dont l'ouverture .se lit à Eplièse en 431. Saint Cyrille y présda au nom du pape Célestin. Nestorius refusa d'y comparaître, quoiqu'il fût dans la ville. Sa doctrine y fut condamnée, et, après trois citations juridiques, on [trononça contre lui une sentence de déposition. Quelques jours après arriva à Eplièse Jean d'Antioche, avec 14 évêques d'Orient, et il iirononça une sentence de déposition contre saii t Cyrille; mais il se rétracta ensuite. Yoy. Jean d'Antioche. On réclamades deux côtés la protection de l'empereur, qui donna ordre d'arrêter saint C,>rille {Voy. son aiticiej et Nestorius. L'arrivée des évôjues Arcade el Projecte, et du prêtre Philippe, légats du pape saint Célestin, fit prendre aux alfaires un tour plus équitable. Us désapprouvèrent tout ce qui avait été fait contre saint Cyrille, et confirmèrent la êondamnation de Nestorius. Théodose s'étant convaincu, dans une audience donnée à rh(irésiarque, que ce qu'il avait pris pour du zèle et pour de la fermeté n'é-
53 NEU
lait ([uc l'cITot d'uno huineur violente et su-' pcrljc, passa do l'estiiue et de l'amitié au nié|iris et h l'aversion. « Qu'on ne me |)arle « plus de Nestorius, disait-il; c'est assez « qu'il ait fait voir une fois ce qu'il est. » Cet lién^sianiue devint odieux a toute la cour; Sun nom seul excitait l'indit^nation des courtisans, et l'on traitait de séditieux ceux qui osaient agir pour lui. Nestorius se relira dans le monastère où il avait été élevé. Du fond de cette retraite, il excita des factions et des caliales. L'empereur, informé de ses intrigues, le relégua, l'an .'i-32, dans la Tliéhaide, où il mourut dans l'opprobre et dans la misère. Sa lin ne fut pas celle de l'hérésie. Elle passa de l'empire romain en Perse où elle lit des progrès rapides; de là elle se répandit aux extrémités de l'Asie, et elle V est encore aujourd'luii ])rofessée par les Chaldécns ou nestoiiens do Syrie. Nestorius avait composé des Srrmons et d'autres ouvrages, dont il nous reste des fragments. {Voyez VUistoiredu ncstorianisme [)ar le jésuite Doucin, 1G98, in-i°).
NETTEll (Thomas), théologien de l'ordre des Carmes, plus coimu suus le nom do Thomas }y'al(lensis ou de Waldeji, village d'Angleterre ilans la province d'Essex, où il jirit naissance, fut employé par ses souverains dans plusieurs allaires importantes. 11 |iarut avec éclatau concile de Pise, l'an li09, (iéjnilé par Henri V, roi d'Angleterre, à celui de Constance l'an l'i-15, où il terrassa les hussiles et les wiclélites. Il fut envoyé en qualité d'ambassadeur auprès de Wladislas, roi de Pologne; pendant cette ambassade, il convertit à la foi Vitoldus, duc de Lithuanie, qui ne s'était distingué jusqu'alors que par ses tyrannies; il étendit les mêmes soins sur toute la nation et avec un égal succès. Il fit donnera ce duc le titre de roi par le pape et par l'empereur : il érigea dans ces provinces plusieurs maisons de son ordre, pour que les religieux empêchassent par leurs sermons les progrès des hussites. Il vint ensuite en France, où il recueillit les derniers soupirs de Henri V, son souverain, qui mourut à Vincennes en l't22. Ce prince lui avait constuuunent témoigné beaucoup de coutiance. Netter mourut le 3 novembre li30, à llouen, après avoir été élevé aux premières charges de son ordre. On a de lui un traité intitulé : Doctriixile antiqiiitaliim fidci Krclesiœcalholicw, \enise, 1751, 3 vol. in-ful. Cette édition, (jui est rare, est la plus estimée. Cet ouvrage lui mérita un bref particulier du pape Martin V; il y réfute avec beaucoup de forc(' dos hérésies de son siècle. Il est auleur d'autres ouvrages jileins d'érudition, que l'on conserve dans des bibliotlièipics d'Angleterre. Il y en a plusieurs dans la bibliothèque IJodléiènne.
NEUBAUEU (Erm.;st-1'rkdéric), théologien protestant, né à Magdebourg en 1705, tut professeur d'antiquités, de langues, puis ie^ théologie à Giessen, où il mourut en I7'i8. On a ele lui des Disserlalions acadc- «i"/"'s ; des l-:xi)licaliotis heureuses de ditrers texles de l'Ecriluresaiiite; des Serinons:
NEn
■ des Recueils do petits traités des savants de Hessc ; les Vies des professeur? en théologie de Giessen. L'érudition qui règne dans ses divers ouvrages lui a mérité un nom parmi les savants.
NEUBRIDGE. Voij. Litle.
NEUFVILLE (Roland de), né l'an 1530, abbé de Saint-Jaciiues de Montfort en 1551, évêque de Saint-Pol de Léon en 1562, souscrivit en cette dernière qualité au concile tenu à Angers en 1583, et au serment prescrit par l'édit de 1588 pour la pacification des troubles. 11 n'en poursuivit pas moins les doctrines des réformés avec une activité telle qu'à sa mort il n'en restait pas un dans son diocèse, bien qu'ils fussent nombreux dan« les autres parties de la province. Neufville mourut à Rennes le 5 février 1613. On conserve parmi les manuscrits de la bibliothèipie de Lyon un Missel ayant appartenu à ce prélat, et qui est intitulé : Missale Ecclesiœ gallicœ, grand in-fol. de 360 pages. En tête de ce précieux manuscrit on voit le prélat à genoux devant saint Paul Aurélien, fondateur de son église, et ses armes sont dans les vignettes de la miniature.
NEUMANN ( Gaspard ) , théologien allemand, mourut en 1715, à Bresiaw, où il était né en 16i8. Il y était jiasteur, et inspecteur des églises et des écoles. On a de lui : une grammaire hébraïque, sous le nom de Claris doiiius lleber; De punctis Hebrœorum littcra' riis ; De dispensatione circa legein naturœ ; Epistola descientin litterarum hieroglyphica- 7-um ; Biija difficullatum physico-sacrarum ; Genesis linguœ sanctœ. Il y a des choses hasardées dans cet ouvrage. Neumann était un homme d'une imagination vive, mais bizarre. H écrivait mieux en allemand qu'en latin.
NEUMANN (Jean-Georges), né en 1661, fut professeur de poésie et de théologie, et bibliothécaire de l'université de NVittenberg, où il mourut en 1709. On a de liii des Dissertations sur des matières de controverse et de théologie. Elles sont la plupart prolixes, et ne peuvent intéresser que ceux de la communion de l'auteur.
NEUMAYER (François), né à Munich en 1697, entra chez les jésuites en 1712. Après avoir enseigné les belles-lettres et la théologie, et travaillé avec de grands succès au salut des âmes, en dirigeant la congrégation latine de Notre-Dame à Municn, il devint jirédicaleur de la cathédrale d'Augsbourg, fonction dont il s'acquitta pendant dix ans, avec une réputation extraordinaire, s'attachant surtout à réfuter les erreurs du temps et écrivant à la fois sur toutes sortes d'objets qui intéressaient la religion, avec une force et une éloquence do raison qui entraînait même ses adversaires. Ses ouvrages, écrits tantôt en allemand, tantôt en latin, ont été , répandus dans toute l'Allemagne; les der- ; niors l'ont élé dans toute l'Europe catholi- ' ({ue. On distingue parmi ceux-ci : Gratta rocalionis saecrdotis ; Theatrum ascelicum ; Thealrnm polilieum; Correclio fraterna, Ejrterminiuin aeediœ ; Remedium melancholiw; Yirlules Ihcologicœ. Le plus considéra-
NEU
NEU
ble de ses ouvrages écrits eu allemand est intitulé : Sermons de controverse, 3 vol. in-4-°; ils sont d'une solidité qui les a mis à l'abri de toute attaque. Il mourut à Augsbourg le 1" mai 17G5, et eut pour successeur dans la chaire d'Augsbourg le P. Aloysius Merz. ' NEUSER (Adam), théologien calviniste du xvr siôcle, né dans la Souabe de parents luthériens, était pasteur de l'église de Saint- Pierre de Hcidelbcrg dans le Palatinat, lorsque de concert avec Jean Svlvanus, pasteur de Ladenbourg, George Blandrata médecin du vaïvode de Transylvanie, et quelques autres, il tenta d'introduire le socinianisme dans ce pays. Ils voulurent s'assurer de la protection du sultan Sélim pour le cas où ils échoueraient; mais ils furent trahis par l'ambassadeur du vaivode de Transylvanie, qu'ils avaient pris pour intermédiaire, et leurs lettres furent remises à l'électeur Palatin, qui fit arrêter Sylvanus et Neuser. Le premier fut décapité en 1572. Neuser parvint à s'évader, et il se réfugia à Constantinople, où il prit le turban, il y mourut des suites de ses débauches, le 12 oct. 157G. La Biblioth. des anti-trinitaires, qui le nomme iVei«4'/ier, cite de lui : Scopus septimi capitis ad Romanos, Ingolstadt, 1583, in-8°. Sa Lettre à Selim se trouve dans le Recueil de Mieg : Monumenta pietatiset lilteraturœ, Francfort, 1702, in-i", I" part., p. 318.
NEUVILLE ( Anne-Joseph-Clal'de Frey de), jésuite, né^en 1693, à Coutanccs, d'une famille noble établie en Bretagne, lit retentir les chaires de la cour et de la capitale de sa voix éloquente, pendant plus de trente années : il commença seulement à prêcher en 173G. Après la destruction de sa société en France, il se retira à Saint-Germain-en- Laye, où il eut la permission de demeurer, quoiqu'il n'eût i)as rempli la condition que le parlement de Paris exigeait des jésuites qui voulaient rester dans son ressort, c'està-dire l'abjuration de leur institut. La supériorité de ses talents, embellis par de grandes vertus, lui avait mérilé à la cour d'illustres protecteurs, qui obtinrent de Louis W qu'il pût vivre tranquillement dans la solitude qu'il s'était choisie. Il est mort à Saint- Germain-en-Laye en 177i, alterré du coup dont Clém>'nt XIV avait frappé la société l'année précédente. On jugera aisément de l'impression que cet événement lit sur lui, par !a lettre qu'il écrivit à un de ses anciens confrères, en date du 3 septembre 1773 : « Permettez, disait-il, que sur cette tragique * révolution, qui fera l'étonnement de la « postérité, je vous parle en père et en ami. « Pas un mot, un air, un ton de plainte et « de murmure. Respect incapable de se dé- « mentir à l'égard du siège apostolique et du « pontife qui l'occupe ; soumission parfaite a aux volontés rigoureuses, mais toujours « adorables de la Providence, et à l'autorité « qu'elle emploie à l'exécution de ses des- « seins, dont il ne nous convient point de « sonder les profondeurs. N'épanchons nos « regrets, nos gémissements, nos larmes, « que devant le Seigneur et dans son sanc-
« tuaire; que notre juste douleur ne s ox- « prime devant les hommes que par un « silence de paix, de modestie, d'oliéissance; « n'oublions ni les instructions ni les exem- « pies de piété dont nous sommes redeva- « blés à la société; montrons par notre con- « duite qu'elle était digne d'une autre desti- « née ; que les discours et les procédés des « enfants fassent l'apologie de la mère : cette « manière de la justifier sera la plus élo- « quente, la plus persuasive; elle est la seule « convenable, la seule permise et légitime. « Nous avons désiré dcservir la religion par « notre zèle et par nos talents ; tichons de « la servir par notre chute même et par nos « malheurs. Vous ne doutez point, mon cher « frère, de la situation pénible de mon esprit « et de mon cœur au spectacle de la destruc- « tion humiliante de la société à latpielle je « dois tout, vertus, talents, réputation. Je « puis dire qu'à chaque instant je bois le c< calice d'amertume et d'o[)probre, que je « l'épuisé jusqu'à la lie.; mais en jetant un « coup d'œil sur Jésus-Christ crucitié, ose- « rait-on se plaindre? » Ses Sermons ont été publiés en 8 vol. in-1-2, Paris, 177G. On les distinguera de la foule des écrits de ce genre, par la beauté des plans, la vivacité des idées, la singulière abondance d'un style pittoresque et original, la chaleur du sentiment. Dans Bourduloue on^a admiré la force et la majesté de la rarso'n; dans M;issillon, l'élégance et le sentiment ; clans le P. Neuville, les richesses et les ornements de l'esprit. Croirait-on qu'un habile et judicieux littérateur ( l'abbé Trublet ) a cru pouvoir comparer cet orateur à Voltaire ? « J'ai trou- « vé, dit-il, des rapports entre M. Bossuet « et Corneille, j'en trouve aussi entre le P. « Neuville et Voltaire; et le premier me jia « rait, à plusieurs égards, dans l'éloquence, « ce que le second est dans la poésie. J'es- « père qu'on ne désapprouvera pas des coiii- « paraisons où j'ai considéré les talents en « eux-mêmes, et indépendamment de l'u- « sage qu'on en fait, usage d'autant plus blà- « mable, lorsqu'il est mauvais, que les tait lents sont plus grands. » Sans prétendre justitier dans toute son étendue ce parallèle singulier, il nous semble que la dillérence môme que M. Trublet met entre ces deux hommes est un trait de ressemblance de plus par l'égalité d'ardeur et de constance avec laquelle ils ont combattu , l'un pour, l'autre contre la religion de Jésus-Christ. Si l'acharnement de Voltaire contre le christianisme lui a fait saisir toutes les occasions de le calomnier et de le rendre odieux ; si à tout j)ropos et même contre tout propos il a donné l'essor à sa haine im|)laca!)le contre tout ce qui tient à la sainteté et à la divinité de noire foi, le P. de Neuville, par un esprit contradictoire à celui de ce philosophe, a dirigé tous les ressorts de son esprit, toute l'impulsion de son éloquence vers la défense et l'honneur de la religion. Quel que fût le sujet de son discours, fût-ce la moralité la plus simple et la plus connue, fût-ce un panégyrique ou une oraison funèbre, son zèle
NEU
NEW
y trouvait des digressions faciles et naturelles sur revcellence, rutililé et la vérité du clirislianisiiie; jamais il n- pirdnit de vue ce grand objet, jamais les couleurs ne lui uni uian(i':i'- iiour en tracer des tahlraux lirillanlsel niagiiiliques. Partout on voit dans la reli.^ion inie terre fertile en fruits précieux et salutaires : la vraie gloire, l'iiunneur, la décence, suivant rex[iression du Sa:^e, les charmes d'un amour tendre et permanent, les douceurs de l'espérance la plus sulide et la pins sûre, sont le prix de l'atlaclicmcnt qu'on lui voue. l:(jo f/uasi ritis fructificavi stMvi(nteiii odoris, et fores mei fructus honoris et honestatis. Ego mater ptilchrœ ditecliunis et sanctœ spci ^Eccli. xxiv). C'est sous ce point de vue que le P. de N uville faisait envisager la doctrine de l'Evangile, dont il relevait encore 1 éclat par un contraste frappant avec les dogmes absurdes, avilissants et désolants de l'incrédulité : et cela toujours avec un-' force, une opulence d'idées et d'expressions qui enlevaient l'adluiration et la conviction, et qui opéraient dans l'àme des chrétiens éclairés et persuadés le sentiment le plus doux. Si quelpiefois l'enthousiasme de son éloquence lui a fait négliger l'exactitude du langage et les lois sévères de l'élocution française; si l'ardeur de sa marche a paru déranger quelquefois l'économie du discours et la régularité de la dislribuiion, ce sont des défauts de grands maîtres, que l'homme de goût préférera sans hésiter à la froide exactitude des génies subalternes. On a pu!jlié, en 1783, sa Morale du Nouveau Testament ou liéjJexions chrétiennes, etc., Paris, 3 vol. in-12 : ouvrage écrit avec autant de netteté que de solidité. — Quelque long que soit cet article, nous croyons devoir le terminer par la iirédiclion l)ien précise de la révolution de Fiance et de SCS etfels très - détaillés : elle ne peut que paraître inliniment remarquable. C'est dansie panégyriijue de saint Augustin, qu'ajnés avoir exposé avec autant Ue force (pie de vérité les Ctreurs de la prétendue philosophie, il tinit de la sorte : « O religion « saiut(; 1 ù trône de nos rois 1 ô France I ô « patrie! ô pudeur! ù bienséance 1 Ne fiU-ce « pas comme chrétien, je gémirais comme « citoyen ; je ne cesserais pas de pleurer les « outrages \>av lesquels on ose vous insul- « ter, et la triste destinée qu'on vous pré- « pare. Ou'ils continuent de s'étendre, de « s'alleniiir, ces all'reux systèmes; leur poi- « Son di'vorant ne tardera pas à consumer les « principes, i ap]ini, le soutien nécessaire et « essentiel de l'Ktal. Amour du prince et de « la julrie, lien de famille et de société, dé- « sir de l'estime et de la réputation (lubli- « que, soldats intrépides, magistrats désinté- « ressés, amis généreux, épimses tidèles, en- « fanls respectueux, riches bieid'aisants, ne « les espérez pomt d'un peuple dont I.' plai- « sir et lintérét seront l'unique dieu, l'u- « nique loi, l'unique vertu, l'unique hon- " neur. Dès lors, dans le plus llorissant em- « pire, il faudra que tout croule, que tout « s aU'aissc, que tout s'anéaulisse ; pour le
« détruire, il ne sera pas besoin que Dieu « déploie sa foudre et son tonnerre : le ciel « |)0 irra se reposer sur la terre du soin de « le venger et de la punir. Entraîné parle « vertige et le déhre delà nation, l'Etat tom- « bera, se préc pitjra dans un abîme d'anar- « chie, de confusion, de sommeil, d'inac- « tion, de décadence et de dépérissement. »
NEUVILLE (Pierre -Claude Fret de), frère aîné du précédent, également jésuite, né h Giandville, en lt)92 (à Viti é, suivant la liiographic universelle de Michaud, qui lui donne les prénoms de Pierre-Charles), deux fois provincial et deux, fois supérieur de la maison professe de Paris; il mourut à Rennes en 1773. il s'est aussi distingué dans la carrière delà prédication. Ses Scn«o»is, au nombre de 16, ont été imprimés à Rouen , ea 1778,2 vol. in-l:i. Si l'on en excepte quelques-uns, plus travaillés et mis au net par lui-même, la plupart ne sont qu'une légère ébauche, telle que la jetait à la hâte un esprit facile et constamment nourri par les réllexioas les plus solides sur la religion et les mœurs.
NEUVILLE (Jean-Baptiste Poxcy de).
yoij. PONCY.
NEVERS (l'abbé Philippe-Julie\ Mazaki\-Mancini, duc de), chevalier des ordres du roi, était neveu du cardinal Mazariu. Il naquit en l(3il, à Rome, et reçut de la nature beaucoup de goût et de talent pour les belles-lettres. 11 mourut à Paris eu 1707, après avoir publié plusieurs pièces de poésie d'un goût singulier, et qui ne maui|uent ni d'esprit ni d'imagination. On connaît ses vers contre Rancé, le réformateur de la Trappe, qui avait écrit contre l'archevêque Fénelon :
Cet abbé qu'on croyait pétri de sainlelc, etc.
NEVEU ^FRA^çoIS-XAVIER), dernier prince ■ évèque de Bjle, né le 26 février 17i9, à Arleslieim en Alsace, fut institué évéque de Bàle le 12 septembre 1794. Depuis la réforme de Luther, comme la ville de Bule avait a iopté les doctrines de l'hérésiarque, les évèques s'étaient ûxés à Porrentruy. lis avaient conservé au midi de l'Alsace une petite principauté dont ils ont été dépouillés par la révolution française. En 1798, l'évèque de BAle se retira dans la partie de son diocèse située sur la rive droite du Uliin. Trois cents paroisses, ()u'il possédait eu Alsace, lui furent ùtées par le concordai de 1801 ; le siège épisropal de Bâle fut suptirimé, et un autre fut institué à Soleure. Neveu mourut à Oll'enbou g, dans le grand duché de Bade, le 24 août 1828. Il avait légué au nouvel évèché, par son testament, une somme de trente mille francs, son argenterie, son linge et sa chapelle.
NEVVC.OME (William), archevêque anglican d'Armagh en Irlaudi;, né en 1729, mort le 11 janvier 1800, lit ses études à l'université d'Oxford. .Vdmis dans la maison du comte d'Héréford, lord lieutenant d'Irlande, en qu ilité de ch.'i, elaiii, il lut promu, en 1766, à lévèché d • Dromore, d'oii il fut transféré siicccssivemeui à Ossori, à Water
NEW
NEW
furd, enfin, en 1795, à rarclmvôché d'Armagh. On a de ce priMat érudit : une Ilarnionie des Eranfjiles, 1778. Il y fait grand usage de l'édition du Testament grec de Wetstein, et y soutient l'opinion commune qui' ,e minisîère du Sauveur a duré au moins tro'S ans. Voyez Wetstein (Jean-Jacques). En 1780, il traita ex professa ce point de critique contre Priestlov, qui, dans son Harmonie grecque, réduisait à un an le temps de la prédication de Jésus-Christ. Priestley répondit. Il y eut des écrits de part et d'autre ; et, comme cela arrive presque toujours, aucun des contendants ne changea d'opinion. Observations sur la conduite de Notre -Seigneur, comme instituteur divin, et sur Vexcellence de son caractère moral, 1782, m-k" ; Essai sur une version perfectionnée, sur tm arrangement métrique, et sur une explication des douze petits prophètes, 1785; Essai du même genre sur Ezéchiel, 1788; Examen des principales difficultés de l'histoire de l'Evangile, relativement à la résurrection, 1792 ; Examen historique des traductions de la Bible en anglais, iutiiilé de revoir ces traductions, et les moyens d'opérer cette révision , 1792; Essai sur une revue des traductions anglaises de l'Ecriture grecque, avec des notes. Quoique l'auteur eût f;iit imprimer l'ouvrage de son vivant, il no le publia point, et il ne parut qu'après sa mort. L'Essai sur une revue avait donné lieu à tant de critiques, excité tant de controverses, qu'il voulut s;ms doute s'épargner celles que lui attirerait l'ouvrage même. Il avait fait un pareil travail sur les Ecritures hébraïques. Il s'était, au reste, formé sur l'interfirélation de l'Ecriture sainte un système qui laissait aux auteurs des versions beaucoup de latitude. 11 ne croyait pas qu'on dût avoir égard aux opinions des dillëi'entes conmuinioiis, mais seulement au sens critique ; il fut combattu par Horsley.
NEWTON (IsAAc), créateur de la philosophie na urelle, né le 25 décembre 16+2, la même année où mourut Galilée, à Woolstrop dans la iirovince de Lincoln, ai)partenait à une famille noble : il s'adonna de bonne heure à la géométrie et aux mathématiques. Descartes et Keppler furent les auteurs où il en puisa la première connaissance. Dès si plus tendre enfance il s'était fait remarquer par son goûl pour les inventions phyNi((ues et mécaniques. S'étant muni d'ustensiles d'une dimension proportionnée à sonilge, il fabriqua de petites machines de diverses espèces, et laème des horloges qui marchaient par l'écoulement de l'eau, éi un moulin à vent d'une invention toute nouvelle. Il api)rit le dessin de lui-môme. On montre encore aujour l'hui à Woolstro[) un petit cadran solaire, ipa'il construisit sur la muraille de la maison qu'il habitait. Les premiers ouvrages qu'il parcourut, dans sa premièie jeunesse, furent Euclide, la Logique de Saunderson et l'Optique de Keppler. On raconte qu'étudiant un jour, assis sous un pommier, une pomme lomija devant lui; la chute de ce fruit le porta à réfléchir sur la nature du pouvoir gui porte et précipite les
corps vers le centre de la terre avec une force continuellement accélérée, et il établit son système de l'attraction. Il crut qu'il fallait bannir de la i)hysique les conjectures et les hypothèses, et soumettre cette science aux exjîériences et <i la géométrie. Projet excellent, s'il avait pu l'exécuter sans mêler à sa théorie beaucoup de choses hypothétiriues. Diverses expériences de Keppler sur la pesanteur, peut-être aussi l'idée de l'attraction générale, établie dans le Mundus Magnes du P. Kircher, fournirent au pliilosophe anglais des conjecluies sur la force qui retient les planètes dans leurs orbites. Ce fut en 1687 qu'il publia ce qu'il pensait sur cet objet. Ses Principia malhematica philosophiœ naturalis, traduits en françjais par madame du Chàte!et, ouvrage où la géométrie se t de base à la physique, parurent cette année en latin, in-i", et ont été réimprimés en 1726. 11 y avance cette assertion, qu'il n'y a peutêtre pas un pouce de matière dans tout l'univers. En môme temps (]u'il travaillait à ce livre, il en avait un autre entre les mains, son Optique, ou Traité de la lumière et des couleurs : celui-ci vit le jour pour la première fois en 1701; il a été traduit en latin p.irClarke, Londres, 1719, in-'i-"; en français par Coste, Paris, 1722, in-'i-% et par Marat d'odieuse mémoire, revu par N. Beauzée, Paris, 1787, 2 vol. in-8°. Cette dernière traduction est peu fidèle ; mais elle répare les défauts de l'original, où les pensées sont quelquefois rendues en termes obscurs, souvent noyées dans des périphrases, et ressassées par de vaines redites. Partant de la découverte du P. de Châles, et adoptant quelques idées du P. Grimaldi (1), Newton crut pouvoir faire connaître parfaitement la naiure de la lumière, en la décomposant, et en anatomisant ses rayons; plusieurs de ses expériences sont vraiment curieuses et dignes de l'attention des phi siciens. Sa théorie a paru à bien des personnes une espèce de démonstration ; mais dans ces dernières années elle a perdu beaucoup du crédit dont elle avait joui. On a vu Marat [Découvertes sur la lumière, etc., Paris, 1782 et 1788) réduire les sept couleurs primitives à trois, nier la différente réfrangibilité des rayons, avancer que le noir n'est pas une simple privation de la lumière, etc ; Palmet {Théorie des couleurs et de la vision, traduite de l'anglais, Paris, 1777) assurer que chaque rayon est composé de trois autres, quela lumière ne comporte aucune couleur, etc.; le célèbre Euler [Lettres à une princesse d'Allemagne, Berne, 1775) faire consister les couleurs, comme les sons, dans des vibralions plus ou moins vives, plus ou moins multipliées, etc. Cette diversité d'opinions sur la nature de la lumière et des couleurs
(1) Le P. de Châles, jésuite, est le premier qui a reconnu que la réfraction de I;> lumière était une condition essentielle à la production des couleurs dans l'arc-en-ciel, dans les verres etc.; et l'on doit au jésuite Grimaldi la découverte de l'inflexion des rayons solaires dans le voisinage de certains corps, et de leur dilatation causée par le prisme.
03 NEW
n'oiiipAcho pas qiio Newton n'ait rendu à )'iipti([iie des services précioux. 11 a perfectionne^ les l(''lcscopes, et a inventé, si l'on s'en tient à l'opinion commune, celui (pii montre les objets par réilexion ; nuiis Nollet al-!ribue l'invention de ce télescope à Jacfjues Gréf,'ory, dont VOptica promola p;irut lorsque Niiwton avait ;i peine iO ans. Peut-ôtre l'un ou l'autre, ou tous les deux, ont-ils pris l'idcodece télescope dans la Cntnplriqur du P. de Cliales, liv. m, firop. 5i, où il oarait clairement cnoiici'. Oiioi qu'il en soit, il est certain que Ncwlon pnilil.T beaucoup de VOp/ira de Grégory, comme il a tiré pour sa gi'wimétrie de grandes lumières de Grégoire de Saint-Vincent. {Voij. ce nom.) Un des principaux titres de sa gloire était le Calcul (lifférrntii'l. Leilmitz lui eu contesta la déciuiverle; le jjhilosophe allemand fut r'ondamné p;u- les commissaires de la so- (■iété royale de Londres, qui jugèrent en faveur do leur concitoyen. Voy. Leibmtz. En 1696, le roi Guillaume créa Ne^^ton garde des monnaies. Le philosophe rendit des services importants dans cette charge h l'occasion de la grande refonte qui se Ht alors. Trois ans après, il fut mgître de la monnaie, emploi d'un revenu très-considérable. On lui donna, en 1703, la place de prési(1pnt de la société royale, qu'il conserva jusqu'à sa mort pendant 1.3 ans. La i-eineAnne le fit chevalier en 1705. Il fut plus connu que jamais à la cour sous le roi Georges. La princesse de Galles, depuis reine d'Angleterre, disait souvent qu'f//e se tenait heureuse de t'iire de son temps. Dès que l'académie des sciences de Paris put choisir des associés étrangers, elle ne man([ua pas d'orner sa liste du nom de Newton. Du moment qu'il fut employé à la monnaie, il ne s'engagea plus dans aucune entreprise considérable de mathématiques , ni de physique. Il posséda, jusqu'à lâge de 80 ans, une santé égale; alors il commença d'être incommodé de la pierre, et le mal devenu incurable l'enleva en 1727, à 85 ans. Dès que la cour de Londres eut appris sa mort, elle ordonna que son corps, après avoir été exposé sur un lit de parade, comme les personnes du plus haut rang, îùl transporté dans l'abbaye de Westminster. Le poêle du cercueil fut soutenu par le grand chancelier et par trois i)airs d'Angleterre. On lui éleva un tombeau magnifique, sur le(piel est gravée une épitaphe dans le goût oriental, où l'on félicite le genre humain d'être frère utérin de ce grand calculateur :
Sil)i gratiilenlur moriales Talc iaiiUiiiii|iie ex(ilisse lluiiiani yciieiis decus.
Newton ne se maria point. Son caractère tranquille, simple, atfable, ne se démentit point jiendant le cours de sa longue carrière. La vanité le troublait quehiuc^fois ; mais la réilexion lui faisait combattre cette einienue du repos, (pi'il appelait avec raison une chose très-subslantiellc : Srro dcinum unimudrcrti quod vanam f/lurioluin laptuns , padidi quietcin meuin, rem prorsus subslan-