TENAILLES
PEKBIN Charles-Joseph), jésuite, né à Paris eu 1690, mourut à Liège, en 1767. Après la disgrâce de sa société, M. l'archevêque de Paris lui donna un asile dans son palais. C'était un religieux qui édifiait autant par la régularité de sa conduite, qu'il touchait par la douceur de ses mœurs. Son zèle pour sa société expirante pensa lui être funeste. U prêcha avec succès dans les villes les plus considérables de France, et surtout dans la capitale. Ses Sermons ont été publiés en i vol. in-12, à Liège, en 176S. On y trouve un style facile, mais quelquefois incorrect; des raisonnements pleins de force et de solidité, un pathétique mêlé d'onction, des images vives et touchantes. — 11 y a un François Perhix, aussi jésuite, né à Rodez en 1636, professeur de théologie dans l'université de Toulouse, puis danscellede Strasbourg, dont on a Manuale theologicum, Paris, 1714, 2 vol. in-8 . 11 mourut à Toulouse, le 14 décembre 1716.
PEKRON (Jacques Davy du), cardinal, vit le jour dans le canton de Berne, en 1556,'de parents calvinistes, d'une maison ancienne de Basse-Normandie. Elevé dans la religion protestante par Julien Davy, son père, gentilhomme très-savaut, il apprit sous lui le lalin et les mathématiques. Le jeune du Perron, né avec une facilité surprenante, étudia ensuite le grec, l'hébreu, la philosophie et les poètes. Philippe Desportes, abbé de Tyron, le fit connaître à Henri 111, comme un prodige d'esprit et de mémoire. La grâce ayant éclairé son esprit, il abjura ses erreurs, et embrassa l'état ecclésiastique. Ses talents le tirent choisir jjour faire l'oraison funèbre de la reine d'Ecosse, et celle de Ronsard. Il ramena h l'Eglise catholique par la solidité de ses raisonnements un grand nombre de protestants. Henri Sponde, depuis évêque de Pamiers, fut une de ses conquêtes. Ce prélat en fit depuis l'aveu solennel dans l'Epître dédicatoire de la première édition de son Abrégé des Annales de Baronius, qu'il dédia au cardinal du Perron. Les évèques demandèrent qu'un homme qui travaillait si utilement |)Our l'Eglise fût élevé aux dignités ecclésiastiques. En 1593, sous le pape Clément Ylll, du Perron fut sacré à Rome évêque d'Evreux i)ar le cardinal de Joyeuse, archevêijue de Rouen. En 1600, il eut avec Du|)lessis-Mornai, en présence du roi, un© conférence publique, dans laquelle il trioi* plia de ce seigneur calviniste. 11 lui fit re mari|uer plus de 500 fautes dans son TraiU contre l'eucharistie. Mornai, ne jiouvant défendre les passages que son adversaire l'accusait d'avoir altérés, se retira promptemeut à Saumur. [Voy. Mornai.) Henri IV dit à cette occasion au duc de SuUi : « Le jiape <c des protestants a été terrassé. — Sire <i I é()oiulit le duc, c'est avec grande raison « (juc vous appelez Mornai pape ; car il fera
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« du Perron cardinal. » En effet, la victoire que ce dernier avait remportée contribua beaucoup à lUi procurer la pourpre romaine et l'archevêché de Sens. Henri IV l'envoya à Rome, où il assista aux congrégations de Auxiliis. Ce fut lui principalement qui détermina le pape à ne point donner Ue décision sur ces matières, ce qui était effectivement le parti le plus sage: peut-être aussi toute décision dogmatique était-elle imiwssible, vu que les deux partis se réunissaient dans le dernier résultat de la doctrine catliolique. [Voy. Lemos et Molina.] Quand il l'ut revenu en France, le roi l'employa à différentes affaires, et l'envoya une troisième fois à Rome, pour accommoder le dillérend de Paul V avec la république de Venise. On assure que ce pape avait tant de déférence pour les sentiments du cardinal du Perron, qu'il avait coutume de dire : « Prions Dieu « qu'il inspire le cardinal du Perron, car il « nous persuadera tout ce qu'il voudra. » La faiblesse de sa santé lui lit demander son rappel en France. Après la mort de Henri IV, il employa tout son crédit pour empêcher qu'on ne fît rien qui déplût au siège de Rome. Il arrêta par sa vigilance les troubles qu'eût pu exciter dans l'Eglise et dans l'Etat le livre du docteur Richcr sur la puissance ecclésiastique et politique. Il assembla ses évoques suffragants à Paris, et dans cette assemblée on anathémalisa l'auteur et l'ouvrage. (Voy. RiCHER.) 11 mourut à Paris, le 5 septembre 1618, à 62 ans. On a dit de ce cardinal, par allusion à ses grands talents et aux défauts de sa constitution : « Qu'il res- « semblait à la statue de Nabuchodonosor, « dont la tête d'or et la poitrine d'airain « étaient portées sur des pieds d'argile.» Effectivement il avait de mauvaises jambes. Quelques écrivains passionnés ou incrédules eux-mêmes l'ont accusé d'irréligion, et avancent « qu'après avoir prouvé l'existence de « Dieu en présence de Henri III, il lui pro- « posa de prouver par des raisons aussi fortes « qu'il n'y en avait point. » Cette anecdote, absolument fabuleuse, est le fruit de la haine que les protestants et les richéristes portaient à ce redoutable adversaire. Les protestants ont cru surtout que le conte pouvait servir à couvrir la défaite de Mornai, en montrant i(ue ce cardinal prouvait le faux comme le vrai. Ses ouvrages ont été publiés en 5 vol. in-fol., précédés de sa vie : ils renferment la Réplique au roi de la Grande-Bretagne ; an Traité de l'eucharistie contre Duplessis-Morn<ii, plusieurs autres Traités contre les hérétiques ; des Lettres, des Harangues, et diverses autres pièces en prose et eu vers ; le Recueil de ses ambassades ; un Appendice dv la doctrine de saint Augustin. Les livres de controverse de ce célèbre cardinal offrent une vaste érudition. Il a surpassé tous les controversisles dans l'art de pousser les preuves fondées sur desfaits ou des textes, et de former des conclusions fermes et précises. Ses Poésies, placées aai refois p.irmi les meilleures productions du P.irnasse français, ont perdu beaucoup par les vicissitu-
des qu'a subies la langue. On y trouve des stances amoureuses et des hymnes, des complaintes et des psaumes, etc. Le livre intitulé Perroniana fut composé par Christophe du Puv- Isaac Vossius le fit imprimer h la Haye, et Daillé à Rouen, en 1669, in-12. Il y en a eu dans la suite plusieurs autres éditions. Il n'y a aucune apparence que ce grand cardinal ait dit toutes les puérilités qu'on lui attribue dans ce livre ; tous ces 4na sont d'ailleurs, comme l'on sait, très-suspects, et ne forment souvent que des recueils d'historiettes libres et ridicules, quelquefois indécentes, qu'un brochuraire oisif ou avide se plait à mettre sur le compte d'un homme célèbre. Du Puy avait fait cet inutile et en partie fabuleux recueil avant de renoncer au-x sottises du siècle, et de se faire chartreux. Le cardinal du Perron faisait toujours imprimer deux fois ses livres avant de les mettre au grand jour : la 1" jiour en distribuer des exemplaires îi des juges éclairés ; la 2' pour les donner au public, a|>rès avoir profité de leurs avis. .Malgré cette précaution, presque aucun de ses livres ne lui a survécu, sinon ses livres de controverses, soit ijue le style en ait vieilli, soit qu'on ait fait mieux après lui. On peut voir sa Vie, par Burigny, homme d'ailleurs peu pro|)re à l'écrire fidèlement, vu ses étroites liaisons avec un parti ennemi de l'Eglise catholique, Paris, 1768, vol. in-12.
PERTUSATI ( le comte François ), né à Milan, le 9 mai 17'4-1, mort subitement dans la même ville, le 22 mai 1823 , était fils d'un sénateur. Pendant toute sa vie il fut très-attaché aux jésuites, chez lesquels il avait été élevé, dont il avait même porté pendant quelque temps l'habit, et dont il vit le rétablissement avant de mourir. En 1796 les Français ayant envahi la haute Italie, le comte Pertusati fut arrêté à Milan, transporté à Pavie , puis il Nice, où il subit un exil de quelques mois. En 1795, il fui obligé de fuir pour se soustraire à de nouvelles persécutions. Le comte Perlusati ne s'est point illustré par des actions d'éclat , mais il a rendu sa vie fort utile par des œuvres de charité : il a contriliué surtout à la propagation des bons livres de morale et de piété. Lui-même en a traduit un grand nombre du français en italien ; nous citerons : la Consolation du Chrétien, par le P. Roissard, jésuite ; les Circonstances de la mort de Voltaire ; des Pensées chrétiennes tirées du Trésor du chrétien, par l'abbé Champion de Pontalier ; Pieux soliloques sur les souffrances de N.-S., par le P. Comjians ; Mentor des enfants , de l'abbé Reyre ; la Vérité défendue et prouvée par des faits contre les calomnies anciennes et nouvelles, qui est une apologie des jésuites, Reggio, 1819; Exercices pour la communion, du P. Griffet, et le Chrétien catholique fermement attaché à la religion, par le P. Diessbach.
PKRUSSEAUT (Silvain), jésuite , illustre dans la société par ses vertus comme par les talents de la chaire et de la direction. 11 lut confesseur du dauphin, iils de Louis XV, et ensuite du roi, emploi qu'il conserva jusqu'à
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sa mort, nrrivdo on 17")'i. On a de lui : Oroison fiinrhrf i\u duc ili- Lorraine ; Pannji/rigiir (te sninl Louis; Scnnnns choisis, 2 vol. in-12, 1758. Le T. P(^russoaiit n'a ni la force de raisonniMiicnl de Bourdaloue, ni 1er, grâces et le ton inli'ressanl de Massillon; m lis il montre un esprit net, facile, solide, pénétrant ; un fuour sensiljlo, une imagination vive, de l'ordi'C et de la justesse dans les desseins, une élocution aisée, noble, variée, mais pas toujours ass'ez clultiée. Ses sermons ont souvent touché les cœurs, et produit des conversions.
PESSE (Nicolas La), jésuite de la province de Lyon, se distingua par son talent pour la [)rédication dans les xvii' et xvui' siècles. Ses .SVdhohs furent imprimés à Lyon, en nos, {) vol. in-12. Ils sont au nombre de 72, doiiî ijlusieurs roulent sur des sujets i|ue les prédicateurs traitent rarement, tels (^ue la Modestie extérieure, le Véritable honnête homme, y Espérance d'une tardive sagesse, la Fausse innocence, aie. Les autres traitent des V('ritc''s de la religion, des vices et des vertus chrétiennes. Le P. La Pesse observe dans sa liréfacc que ces matières ont été traitées déjà par tantdi' prédicateurs, qu'on n'y peut prcs([ue plus attendre de dillérence que dans la manière de concevoir et de s'exprimer de chaque orateur. « Les prédicateiu's, ajoute- « t-il, n'ont pas d'ontinaire les mêmes pen- « sées , et par la diversité de leurs senli- « menis la vérité peut f. ire diverses iuiprcs- « sions ; elle réveille, elle plaît, elle pénètre « selon le jour où on la met. » On trouve dans ses sermons de belles pensées et de la justesse d'es[)rit ; et l'on cite comme exemple d'une division juste et en môme temps ingénieuse, celle de son sermon sur le luxe, où il ('tablit que la vanité, l'injustice et la vohiplé ont une liaison naturelle avec ce vice; que la vanité le produit toujours, que l'injustice lo nourrit souvent, et que la volupté le suit quelquefois. — M. l'abbé Migne a iïiSéré les œuvres de La Pesse dans sa collection des Orateurs sacrés, avec celles de plusieurs autres prédicateurs, sous ce titre: vHiivres complètes d'Anselme {l" et II" parties), suivies de celles de l'ahlié lioileuu, des Olùirres complèies de La l'esse [ï'- et IP jjarlies), et de celles de Chaacliemer, 3 vol. in-4.°.
PiiTAU (DuNis), savant jésuite, né h Orléans en 1583, étudia en iiiiilosophie dans sa patrie, el en théologie h Paris. Il n'était âgé que .le 20 ans, quand il obtint au concours une chau-e de philosophie à Bourges. Il était suus-diacre l't chanoine d'Orléans, lorsqu'il entra en 1605 au noviciat des jésuiles à Nancy. 11 régenta la ihéti.rique .\ Reims, à la Elèche, h Paris, jus(|u'en 1C21, puis la théologie dogmatii]ue dans cette caiulale pendant 22 ans, avec une réputation cxtraordmane. Les langues savantes, les sciences, les l)eaiiN-arts, n'eUrent lien de caché pour lui. 11 s'aipliipia suriout à la chronologie, et Si' lit daiis eu genre un nom qui éclipsa celui de ]>resque tous les savants de l'Europr'. 11 mourut au collège de Clermout, en leSâ. il «9 ans. Ce iésuite était d'un carac-
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tere n.ein oe ieu;il eut plusieurs disputes, et il les soutint avec autant de chaleur que de succès. Son mérite ne se b ;rnait p<s à l'cTudilion, qui n'a de prix que par l'usage que l'on en fait : les grdces ornè'.ent son savoir, ses écrits sont pleins d'agréments. On y sent l'homme d'esprit et l'homme de goût : critique juste, science profonde, littérature choisie, et surtout le talent d'écrire en latin. En prose, il a quelque chose du stjle de Cicéron ; en vers, .il sait imiter Virgile. 11 avait étudié l'antiquité, mais sous la direction du génie, et de la manière dont les grands maîtres font leurs lectures. Aucun des bons auteurs parmi les anciens ne lui était inconnu. La nature l'avait doué d'une mémoire |)iodigieuse, l'art vint encoic à l'appui du talent. Pour ne pas la charger trop, il déposait une (lartie de ses connaissances dans des recueils fails avec autant de métliode que de justesse. Quand il se proposa d'écrire sur la chronologie, il prit un maître pour lui enseigner rastronomie ; mais aj>rès quelques leçons le maître se retira, s'imaginant que c'était par plaisan'terie qu'un tel disciple 1 avait demandé. Quoiqu'il soit sorti de sa plume un nombre inliiii d'ouvrages, il avait des relations avec presque tous les savants de l'Europe, et réiioudait exactement à leurs lettres. Le riche fonds de son commerce épislolaire l'ut brûlé quelque temps après sa mort, sous le prétexte assez frivole que les lettres des morts étaient des titres sacrés pour les vivants. Ses principaux ouvrages sont : de Doctrina lempurum, en 2 vol. in-fûl., 1G27 ; et avec son Vranologia, 1630, 3 vol. in-fol., livre dans le(juel il perce, avec autant de sagacité que de justesse, la nuit des temps. Cetimvragc lui fera toujours honneur, parce i[u'il y fixe les époques par un art moins dil'iicile et d'une façon beaucoup plus sûreciu'on ne l'avait fait avant lui. L'auteur le composa pour redresser les écarts de Scaliger. Itationariani temporum , plusieurs fois réimprimé. Lenglet du Fresnoy en a donné une édition augmentée de tables chronologiques, de notes liistoriques et de dissertations, Paris, 1703, 3 vol. in-12. « C'est, selon M. Drouel, continuateur delà « Méthode d'étudier l'histoire ,<ie Lenglet, de « toutes les édiiions la moins estimée. Le « texte du P. Petau y est rempli de fautes, « et les additions (pi'oii y a jointes ae méri- « tent pas d'uccomjiagn'r un ouvrage aussi « exact que celui du jésuite. Ce sont dépures « compilations, dont le système ne se rap- « ixirti' pointa celui de ce Père. » Jean-Conrad llungius a donné une édition du Rutionarium Temporum, 'Lcydo, 1710, 2 vol.in-8°, avec des Suppléments, que les' savants préfèrent h uflle de Lenglet. Petau y abrège son grand ouvrage sur la chronologie, et y donne un précis de l'histoire universelle. On ti;*)uve dans la dernière partie des discussions chronologiques i)lcines d'ordre et d'érudition. Moreau de Mautour et l'abbé Dupin ont traduit cet ouvrage. On en a encore une Iraduclion. par Collin, Paris, 1082, 3 vol. in-12. Ce faiseur de traductions s'est aiTOKô
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