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2'i-8 Lettres, Londres, 1051, in-fol., publié par Kich iivl de MoiUai;^i, avec une Iraluction laline; on y rennrquc, comme d.ins to'.is se^ aures ouvrages, beaucoup (rps|)i'it, une grande ('l'u iition ; mais en général son styli! sent la déclamation, il estditl'us, reclieiclié, charg;'^ .le iigurcs élrmgères. Plusieurs Traitds Ihéolo^iipics dans le premier tome du Supplément de (Janisius, et dans le dernier du Supplément du P. Combelis à la Bibliothèque des Pères; plusieurs ouvrages manuscrits que l'on garde au Vatican, que qirelqUe savant devrait se do ner la p"ine de mettre au jour. On a VHistnire dePhotius, patriarche schismatic/ue, suivie d'observations sur le fanatisme, par le P. Clirysnstome Faucher, Paris, 17G2, in-S-, avec l'épigraphe : Toute reliijion réduite au pur spirituel est bientôt reléguée dans V empire de la lune. Voy. CousTANT. Le P. Ch. Fauclier a publié la Vie de Pholius, Paris, 1772, iii-12. Ou a aussi uno Histoire de Pholius et du schisme des Grecs, d'apr's les documents originaux, par j'ahiié Jager, professeur à la laciilié de théologie, 1 vol. in-8° avec portrait, ISii, et un vol. gr nd in-18.
PîliiYdlON ( PAUL-Co\STANTm ), do Schele^tadt, embrassa les erreurs de Zwiugle et d'Olilculaïupade, et fut le premier minisire de l'égKse de Saint-Pierre à Bàle, en 1529. Ulric, duc de Wirtcmberg, qui s'i'tait réfugié dans cette ville, goûta sou esprit; et dès qu'il fut rét;ibli dans ses Etats, en 1534, il y aj)pela ce novateur. 11 lu fit miûislre à Tubia.:eii. oCi Phrygiou mour.U en 15i3. On a de lui: une Chronologie ; des Commentaires sur l'Exo le, sur hî Lév tique, sur Michée, et sur les deux E[jitresà Timolhée.
PHUL, roi d'Assyiic, s'avança sur les terres du royaume d'Israël, vers l'an 703 avant J.-C, et lit reconnaître pour roi u'Is aël, Manahem, qui, pour ce service, lui douna mille talents d'argent. IV Reg. xv.
PIALES ( Jean-Jacques ), savant canoiiiste né vers 1720, à Mur-de-Barrès, dans le Rouergue, fut reçu avocat au parlement de Paris. 11 se lia avec les hommes d'un parti qui avait alors une g ande iulluence, el devint l'intiiue a.mi de ravoc:t Mey, regardé coanne la colonne du janséuisine. lis do, menait l'un et l'aLUre un grand numbre de cousu (atinns, et [ii-irent une pai't très-active aux allaires du parti. Piales perdit la vue vers 17G3 ; cet accident ne mi ûta rien de sou zèle pour la ciuseq.i'il soutenait. Il m^iurut à Paris, le i août i7o9. Sl'S ouvrages, qui; les chang(Mncnts surv nu*^ dans les niiliôrcs ecclésiastique r.'ndont inutiles, sont auuuudjro de SIX : Traité des collations des hénéjices, 8 vol. in-12; De la provision de la cour de Rome à tilre de prévention, 2 vol. in-12 ; De la dévolution, du dévolu et des vacances de plein droit, 3 vol. in-12; De l'expectative des gradués, 6 vnl. iu-12: Des commendes et des réserves, 3 vol. in-12; Des réparations et reconstructions des églises, k vol., et 5 dans l'édition donnée par Lamus. Picot, dans une note du k' tome de ses Mémoires ecclésiastiques, attribue à Piales le premier volume
de VTTistoire de la fêle de la Conception. Co premier volume a seul paru.
PIAl'TI (JÉtoMK], jésiiilc, né l'an :':;*7 à Milui, d'une tamillL; noble, mort le \ï août 1391, à h't. ans, écrivait en latin avec une grande puri'té ; le père Aquiviva, général de l'ordre. Si) l'attae la eu qualité de secrétaire pour li>s lettres latines, et il fut aussi chargé du noviciat. Dans cet emploi, d eût sous sa direction saint Louis de (îouzague. On a de lui : De bono status religiosi libri très, Rome, 1593; Venise, 1391, où il momre les avantages de l'état religieux; De cardinaliuni dignilatt et oficio tractalus, plusii urs f;is réimprimé. Jean-André Tria, savant napolitain, eu donna une nouvelle édition, à Rome, en 17V(5, avec des noies etd 's augmentations ; De bono status conjugalis. La j)lus grande jiartie de ce traité s'est perdue, parce que l'auteur 1 avait écrit sur des feuilles vol.uites qui furent prises pour des papiers insign fiants.
PlAZESKI [Vwl), Piasccius, évoque de Przemysl en Pologne, jmblia en 1646 une Histoire de tout ce qui s'est passé dans la Pologne depuis Etienne B tt n jusqu'à l'année 1646, in-folio. Elle est détadiée, voilà son mérite; mais elle est pleine d'inexactitudes. 0 1 cite encore de lui un ouvr-ge. intitulé : Praxis episcopalis, in-4% quii o t une sorie de manuel utile (lour les prédicateurs polonais.
PL\ZZA. Voy. Plazza.
PIC (Ji:a.n), comte de La Mrandole et de la ConcorJii, né en 1463 d'une famille illustre, fut dès sa première jeunesse un prodig • par sa mémoire é onnante. A peine avait-d entendu Iro s fois la lecture d'un livre qu'il ré|)était les mots de deux [) 'ges en ièi-es, ou dans leur onlre naturei, ou dans leur ordre rétrograde. Après avoir étud é le droit à Bologne, il pareo irut les plus cidèbres linivers tés de France et d'Italie. On prétend (|u'à l'âge de 18 ans il savait 22 langues : chose exiraorduiaire et peu vraisemb'able. Une cho-e plus exlraordinaire encore, c'esi que ce prince ayant étudié tant d'idiôunis dilféreats ait pu, à 24 ans,souteiiirtles thèses sur tous les objets des sciences, e/^ omni rc seibili; mais il est connu que ces sortes de tSièses ne sont qu'une espèce uo parade ipii réussit avec une tein'ure assez légère des -ciences, ui:e bonne conli'nauce et uu parler facile. L'auteur se rendit à lloiie pour pu'aitr > sur un t-iéàtie plus digne de son nom, et y lit alïicher d s thèses. On l'accusa d'hérésie, et on l'emiièclia de se donner de nouveau en sjjectacle. Le pape Innocent Vlll en censura treize projjositions, après les avoir fait examiner par des conmiissaires ; on vil que cet homme qui préeudait toiit savoir ne savait jias bien s ;n catéchisme. Pic fit une Apologie, uans la jue le il prét.ndit se justiiici-; i! y dit des choses plausibles, mais plusieurs leproclies re-tèr nt sans répoiis satisfaisante Ou trouve à la tète de sus ouvrages les 1400 conclusions générales sur lesquelles iloll'iit de disputer. On sent assez que dans cette étude immense, il se trouvait bien des cho-
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(lue l'auteur ne savait que très-légèretl et ui"'me très-défectueusement. La seule oslenlatiou avec laiiuellc il promenait et étalait son savoir exclut l'idée d'un esprit juste et solide, capable d'apprécier ce qu'il sait et ce qu'il ignore. Devenu plus grave et plus modeste, il renonça à ces fanfaronnades, cultiva son esprit dans le silence et abdiqua sa pi'inci|)auté pour se livrer à l'étude sans réserve. Il s'enferma dans un de ses clulteaux, et mourut à Florence en liOV, à 32 ans, le niènie jour que Cli.irles Vlli lit son entrée dans cette ville. Ce [irince, qui avait connu à Paris Pic de La Mirandole, ayant aiipiis sa maladie, lui envoya deux de ses médecins ; mais Pic expira quelques heures après dans de grands seiitimenis de piété. Le pape Alexandre VI lui avait donné un bref d'absolution l'année d'aupaiavant. Les mœurs de Pic de La Mirandole étaient aus-i pures que son esprit était actif ; il était foncièrement honnête homme, bon chrétien ; ses écrits prouvent son zèle )iour la religion, et c'est dans celte matière qu'il a écrit des réflexions qui ont mérité d être citées par des orateurs et des théolog.ens célèbres. Outre des Thèses, on a de ,ui iilusieurs autres ouvrages, écrits avec assez d'éléga.ice et de facilité. Us ont élé recueillis en ue.ix volumes in-folio, à B.'de, en 1573 et en 1001. Les principaux sont : Le opère sex dieram, dans lequel on trouve bien des questions inutiles, in-folio, sans date, mais qui a été imprimé à Florence vers 1580; un Discours de la dignité de riioiiime, un tr.iité De mie et MHo;les R'glesdria rie chrétienne ; un Traité du rotjniune de Jésiis-Clirist, el ile la vanité du inonde; trois livres sur \e Uunquel de Platon ; une Exposition de l'Oruison dominicale; un 1 vre de Lettres; Dissertationes adversas astrologiam divinatricem, Bologne, li'Jo, infolio, rare. Pic s'y oécjare contre l'astrologie judiciaire, mais il nef tut pas s'y méprendi'e, c'est Contre l'astrologie pralitiuée de son temiis. Il en admellait une autre, et c'était selmi lui l'ancienne, la véritable, qui, disaitil, était négligée, et par laquelle il croyait lJOuv(jir prédire la tin d i monde. On voit l)ar 1.^, ainsi (jue dans beaucouj) d'.'u lioils de ses ouvrages, ([u ■ la snlidité de son jugement n'éga.aitpas l'élendue de sa mémoire! : observatio'n ijuise vérilie presque toujours ilans les savants précoces.
PIC (Jean-Fkanç(iis), prince de La Mirandole, neveu du iirécédent, cultiva les sciences avec Jiutant d'ardeur ([lie son oncle; m.iis sa passion pourla scolaslnpie lui lit m^gliger la bjllc laiinité. Sa vie fui lort agité.^', et d fui chassé en li!)9 de si-s lilals |)ar ses frères ; il y fut rétabli en loll par le pape Jubs II. Chassé de nouveau parles Frai çais en 1512, il y rentra trois ans après ; mais Galeolto, son neveu, l'avant surpris une ludt dans son clii'iteau, l'assassina avec sou lils .Vlbert, en 1533. Il reçut la mort • n embrassant uncrucilix. Nous avons quelques-uns de ses ouvrages dans le recueil de ceux de Siin onc e. Les principaux sont : deux livres sur la mort de Jésus-CUrist ; Lxamen vanitatis doctrinœ
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gcntium et veritatis disciplina; catholicœ; De rcruin prœnotione pro reritate religionis contra superstitiosas vanilatts dans lequel il s'élève avec force contre les moyens illicites dont on se seit |iour découvrir avenir; des Poésies latines : quatre livres de Lettres. On a encore de lui séparément : Strix, sive de ludificatione dœmonum, 1612, in-S" ; De anim r iminortalitate, 1523, in-i°; Vita et defensio Hier. Saronarolœ, Pans, Hi~k, in-12.
PICAKD (JeaxJ, ainsi nommé parce qu'il était lie Picardie, renouvela les erreurs des Adamites au commencement du xV siècle, et se fit suivre par une populace ignorante et corrompue. 11 prétendait être un nou.el Adam, envoyé de Dieu pour rétablir la loi de nature. 11 fut chef des hérétiques qui se répandirent dans la Bolième, et qui, de son nom, furent appelés picards, secte abomuiahle en fa t de mœurs comme en fait de croyance. Ziska, chef des hussites, et aussi fanatique que les picards, \ our se venger d'une incursion où ils avaient causé du désordre , détruisit, en U2i) , leur pr ncipa. asile; mais il ne parait pas que la St-cte ait élé détruite jiar ce te exp ditiou. Btausobre a l'ail une longue dissertati m jiour justiiier les picards, et avec i ux toutes les sectes qui se sont souillées par des crimes contri' les mœurs, que le sa\anl auteur croit su|iposés; mais malgré son érudition il n'a pu rendre son opiniai vraisemblable, quoique dans cette même disseilaliou il ait fait d'exceili-nles remarques contre Barle, dont il relève grand nombre d'i^ireurs. Avant lui, Basna avait aussi fait d'inutiles elforis (lour justifier les picards, qu'il a coufiudus avec les vauifiis. Quelques anabaptistes tentèrent en Hollande d'augmenter le nombre des sectateurs de Picard ; ma;s la sévérité du gouvernement les eut bi^ ntôt dissipés. Cette secte a aussi trouvé des partisans en Pologne et en .\ngleterre: ils s assemblaient la nuil, et l'on |)réten 1 qu'une d s motions fondamentales de leur so'ciété élaii contenue dans ce vers :
Jura, parjura, secretum prodere noli.
PICARD. Voy. Saint-Adox.
PIC.\RT (BENoir), capucin connu sous le nom du jière Benoit de l'ouï, naquit en cette ville en 1680, et se consacra aux reclierclic» jnstoriques. Il fut gardien des ca, ucins de Toul, et définiteiir-général de la province de Lorraine. Nous avons de lui: une Histoire de la maison de Lorraine, Toul, ITOi, in-S"; une Histoire ecclésiastique et politique de la cille et du diocèse de Toul, 1707, in-V; un Pouillé de Toul, 2 vol. in-8", qui fut défendu |)ar arrêt du parlement. Ces livres sont mal écrits, el manquent quelquefois de critique ; mais il y a des choses qu'on ne trouve point lilleurs. L'auteur moui ut en 1720.
PiCAKT (Fra>çois Le;, seigneur d'AtliJi et de Vilb ion, dnyen ue San.t -Cermainl'Auxerrois, el dodeUi- de Soibonne, né à Paris en ISOV, mort dans la même ville en 1556, fut un des plus savants théologiens du xvr siècle, et se distingua par sa piété et son •
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zMe. L'ardeur avec laquelle il combattit les nouvelles ht^rés'es lui mérita la haine de Bèze et Je Calvin. On composa sur sa mort dns Reijrets et Complaiulc!;, ilrm une Déplorntion : pièces ini'irinK'es dans le temps, qui prouvent coniljien il 'Hait aimé st estimé des catholiques. Le P. Hilarinn de ('oste, mirdme, a écrit sa Vie. On lui attrihue un livre singulier et rare : Le d^bat d'un jacobin et d'un cordelier, à qui aura sa religion meilleure, 160f), in-1-2.
PICAKT (Bernard), né à Paris en 1663, d'Eticime Picarl, dit le Bomain, fameux graveur, mort lan 1721, à Ams'crdam, étudia cet ai t sous son père, et l'architecture et la perspective sous S'biistien Lecl rc. Son goût pour la religion prétendue réformée le fit passer en Hollande en 1710. Ses compositi'ius, eu nombre, font Irumcur h son géu'e. Les pensées en sont belles et pleines de noblesse ; peut-être S!)nt- Iles qm Iquefois trop re.herchées et tro|) allégoriques. 11 altéra l'expression de seslôtes, à force de les couvrir de petits po nts, 1 1 il chargea ses draper!'s de taillis roiil(!s, lon.;ues, unies, qui produisent un fini froi I et insi|iide. Ci't artiste mouiu à .\insli idam en 1733, h 70 ans. il a fait un gand noudire d'estampes qu'il nomma I s Impostures innumites, [larce qu'il avait tdi'hé d'imiier les différents goûts pittoresqu 'S decerlains maîtres, qui n'ont grivé qu'à l'eau-forlp, tels (|u»' h; Guide, Uembrandt. Carie Maratle, etc. Il eut le plais rde voir ses estampes vendues comme i tant des maîtres qu'il avait imités. Le recueil de ses estampes toime un in-folio, Amsie-dam 1734. On a encore une collection de Pierres antiques gravées, sur lesquelles les graveurs ont mis leurs noms, dessine'es et gravées en cuivre par B. Picart, avec les explications latines par Philippe Stoscli, traduites par Limiers, Amsterdam, 172+, in-fol.ll a fait aussi beaucou[) d'épithalniucs, sorte d'estaïujjes en usage dans la Hollande. On ad mi e encore les estampes dont il a enrichi h- g and ouvrage des Cérémonies religieuses de tous les peupifs du monde, Amsterdam. 1723, et années suivantes, ipd parurent dans cet ordreci : 1° cinq vol. contrnant toutes les religions qui ne reconnaissent qu'un Dieu ; 2° deux vol. pour les idolâtres; 3° deux auties vol. intitulés : l'un, tome VII, 2° partie, l'autre, tome Vni;4' deux vol. de superstitions. Picait avait eu le malheur de s'engager dans une Secte qui travestissait d'une mauière calomnieuse les dogmes et les riies (ie l'Eglise catholique, et sou ouvrage ne se ressent que trop de ce fanatisme. Les amis des a,ts éta.eut il, dignes de voir ces bedes gravures contraster avec les injures et les extravagances de l'auteur. Les abbés Banier et Le Mascrier ont tâché de remédier à ces désorares, en refondant l'ouvrage, Paris, 1741 et suiv., 9 vol. in-fol.; mais leurs elfirts n'oi.t pas eu un succès bien complet, et les ligures sont d'ailleurs moins belles que celle de l'éd tion de Hollande. Eutin, en 178J, des philosolîhisles se sont emiiarés de cette collection fameuse, pour en faire le repaire de toutes DiCT. DE Biographie relig. I1I«
les erreurs du jour, et confondre la vraie religion dans le chaos des délires humains. « Faisons gr;ice, a dit un critique à cette « occasion, au fanatisme de Picart et de ses « associés. Tout odieux qu'il est, il est infi- « nimeiit préférable à celui de ces prétendus « gens de lettres. Qu'il maudisse et calomnie « l'Eglise catholique, c'est un mal et une sot- « lise sans doute ; mais du moins respecta-t- « il le christianisme, la révélation : au lieu (( que ces plagiaires obscurs n'ont de l'admi- « ration que pour la religion des brames, « pour la doctrine et le culte des nations «vaines, molles, voluptueuses, sepersti- « tieuses et corrompues. » On a encore de Picart les figures du Temple des Muset, Arasterdam, 1733, in-fol. 11 a gravé aussi les Métamorphoses d'Ovide.
PICCADOHi ( JEAN-BâPTisTE ), supérieur général des clercs réguliers mineurs, naquit eu 1766, à Uiéti, d'une famille honorable, et prit l'habit religieux à l'âge de 14 ans. 11 fut ch.iigé plus tard par ses s^ipérieurs d'enseigner Il philosophie et la théologie. Il n'avait que 25 ans, lorsqu'un concours fut ouvert à la Sapirnce pour une chaire de morale, et le P. Piecadori. qui s'y présenta, fut nommé professeur : il a rempli cette chaire avec la plus grande dist'uction jusqu'à la fin de sa vie. Piccadori devint en même teraps curé de la paroisse de Sa:nt-Viijcent et Saint- Anastas ■, qualificateur de l'inquisition, consultciu'de i'index, memlire du collège philosophique et de [diisieurs sociétés littéraires. Il avait aussi iem[)li ditférent s charges dans so.i ordre, lorsqu ■ Léon XII le nomma supérieur général, dans le mois de septembre 1826. Le P. Piccadori est mort le 25 décembre 1829, à r;l,^e de 03 ans, dans le couvent de Saint-Laurent in Lucina, après avoir publié des Institutions d'Ethique, ou de Philosophie morale ; il se proposait de i.'oiiner des Institutions du droit des gens, que la uioii ne lui a i as permis d'achever.
PICE.NINl (Jacques), né à Samadeno, lieu sauvage de 1 Engaddine, pays des Grisons, vivait vers la moi ié du xviii" siècle. Il est connu par les ouvi'ages suivants : Apologie des Eglises réformées, Coire, 17U6. C'est une réponse au livre du P. Segneri , jésuite, intdule : l'Incrédule sans excuse. Le P. André Seineri, aussi jésuite, réfuta Picenini uans sa Courte défense de la religion ; ce qui donna occasion à un n 'uvel écrit de la jiart de ce dernier , qu'il intitula Trionfo délia vera religione Pic iiiui trouva i.n autre redoutable adversaire dans le cardinal Vincent-Louis Golti, dominicaai. Ce [irélat écrivit con re Picenini tro.s gros volumes, imprimés à Bologne, en 174,:<. Il y réfute com))léteraent toutes les assertions du ministre c?.Jviniste, dont les ouvrages, au reste, dictés par l'aigreur, et où percent la haine et le mépris pour le catholicisme, semblent être plutôt d'un fougueux prédicant que d'un conlroversiste de bonne foi, qui cherche la vérité.
PICHLER (Gui ou VVeith], en latin Yilus, jésuite allemand, savant professeur de droit canoa dans l'université de Dillingen, né à
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Berohiiofen en Bavière, occupa aussi la m^rne chaire d ms les universités il lii^olst.vjt et île Miiiiioli. et mourut dans celte ilernière v le le 15 fi'vrier !73G on a (!<■ lui : Theoloyia polfmicn, in qnn gmerulia Ihcologiœ conlrotersisCirœ l'unilamrntii et prinripin. e.T</Hilnis pmnes infiihles hicreiici cl scclarii manipsti enoris conainciintar, et muleriœ particaUirrs cum prolestanlibus H modcrnix sectnriis controvrrsœ, et nh lùclesia cathoUca contra eondem dccisœtraduntar, Augsbour,^, 1719, in- 4°; J7o2, 2 vol. in-V"; Jus canonicum, secittiduin ({uiiupie devrelaliuin titulos Greijorii papœ IX explicnlum, etc.; accédant prcrter^fcitndam tomum, in t/uo decisiones casuum, nd gini/ulos decrelnliitmtitulos, e.rplicantur, utiles onœdnm adnotalioncs ne vindiriw, curaet studio Fravrisci Antonii Znchariœ, ejusdnn sovictalis, IiK;ols(,idt, 17.'}8, iu-V; Venise, Pesaro, 1758, 2 vol. iu-ful. Ou^re les notes dans lesiiuilles le P. Ziccaria corrige et éulaircit, d'ajtrès les dernières coiislitulioiis poi l ficales, la première édition donnée p.^r Tautenr, il a ajouté aux proh y;uniènes un appendice tiré des Pnenotiones cnnonicœ (t eît;//fs de Je.in Doujt, Paris, 1()87. On tiouve à la tin du loiue secoml I Apologie contre le P. Concin.i, par le célèbre François Zccli, de l'opinion de Pichler, autrefois s m niailre, sur les di-o ts des p. inc s au sujet du pré!, avec une Réfutation de la HépUque du même P. Concina a cette Apologie, sans pour cela s'écarter île la Lettre iwycii<jue de Benoit XIV. Epitome juris canonici JHu;ta décréta, AugsPourg, li'i9, 2 vol. iii-12.
PiGHON (Jean), né à Lyon - n 1083, se fit jésuite eu 16U7. Le loi St uiislasa, aiit fondé avec une mag iliceuce vra aiei.t royal ■ des missions daiis la Lorraine, pour donner un conimeueeraeiU k cette foudalion , jeta es yeux sur le P. Piclion, qui avait di'jà donné des pre :vesde-on zèle dans dite pr.jVinre. Ce missionnaire, voyant que ([uelquos novaleurs éloigriaienl les lldèles de la sainte communion, sous préiixte qu'il fa'lait être p;\rfait pour la recevoir, composa l'I.'spril de Jésus-Christ et de rtùjlise sur la [réiiiiente communion, \1\ô, in-12, oii, ; n (:oml)alta.it des erreurs, il donna ilans wes erreurs contr lires. Son livre lit beaucoup de bruit : les jésuites furent les nreaiiers 5 i'iiiij)iou\er ; il fut co,.daiuiié.1 R</ine en 174-8, et |),ir plusieurs évoques de France. L'auteur e condamna lnimome par un acte | ul) tu à SlrasPnuig, le 2'ija:,viei- 17'i8. Il fit lelé^ué ensuite en Auvergne, et passa de là fi Sion en Valais, où l'iveq.ie do celte vill l'avait deinati lé. Il y l'ut grand vicaire cl visieur général du diocèse, et hiounil en exer(,anl les fonclions du saint miiiislèie, Ir 5 mai 1751.
PICIIO.N (TinniAS-JeAVj, doctiuir en théologie, et clianoin-' de la Sa nte-tJiapell' (iu Mans, iiaq nt dans celle v Ile en li.'il. Lorsqu'il eut (iri< lesorilres, d s'altacliaà .il. d Avrinco'irt, év,>(]u,' d.- Perpignan, et le suivit dans son lUoceio. Il \\\ resta ipu; deux ans, re.int a Paris, l'i .s'y occupa (le la composition (lu qncitpies "ouvra-jes. L'évéque du ,*l,ius le uouiiua supérieur général des com-
munautés de fdles du diocèse, et Monsieur, frère du roi, le lit son liis:orio.;iaplie pour son a 'aiia:^e du Mans. A la révolution, il se \it piivé de ses bénelices et de ses places. On dit qu'on lui ollrit,en 1791. l'évèi héconstitut.onnel du Mans, <t qu'il le ref,;sa; mais il accepta a place d'.-.dministraleur de lliùpilal ^ a Tal, et mourut le 18 novembre 1812. On a de lui beaucoup d'ouvrages, dont les titres sont : La raison triomphante des nottrvraulh, fin Essai sur les mœurs et l incrédulité', Paris, 1750, in-12; Traité historique et critique de la nature de Dieu, 175s, in-12; Cartel aux philosophes à quatre pattes, oui' Immatérialisme opposé au matérialisme , Bi uxelii s, ntj.'î, iu-8°; La physique de l'histoire, ou Considérations générales sur les principes élémentaires du leni])érament et du caractère naturel des peuples, La Haye, 1705, iri-12; Mémoires sur les abus du célibat dans l'ordre pol tique,. Amsterdam, 1703, in-12. Ce mémoire fui mal accueilli au Aians, où résinait l'altbé Piclion, et on y blâma plusier.rs choses ; iMémoires sur les abus dans les mariages, Ailisler.'am, 1750, in-12; les Droits respectifs de l'Etat et de l'Eglise, rappelés ù leurs principes, Avignon, l'GO, in-12; des Eludes théologiques, ou Itecherches sur les abus qui s'opposent aux progrès de la théologie dans les écoles publiques, et sur les moyens possibles de les réformer en France, par un docteur monceau, Avignon et Paris, i707, in-8°. Ce livre n'eut pas non plus l'approbation généraK' ; Principes de la religion et de la morale, e.i traits des ouvrages de Saurin, ujinistre ou saint Evangile, 1708, 2 v.J. iii-12. Selon le Diclio n .ire d's a onymes , tome IV, p. 327, le xéritable aiileur de cet oi.vrage est Durand, ministre du saint Evangile a Lausanne, qui le i)ublia, en 1707, sous le titre d'Esprit de Saurin. L abbé Piehon y lit des additions et des n Ira chemeiits, et le iionua sous \l: titre cpie nous v. nous de reproduite; Sacre et couronnen.ent de Louis XVI, précédés de recherches sur le sacre des rois de France, et suite d'un journal historique de ce qui s'est passé à cette cérémonie, avec ligures gravées |iar i'at.is, Paris, 1775, in-'i-°. Les Kcchnches ionl de (li bel, et le Journal est de l'ab.jé Piclion ; Les Arguments de la raison en faveur de la religion (t du sacerdoce. 1770; Examen de iho*nmc d'IIelcétius, même année. On a lieu de i;egrellerque l'abbé Piclion ail donné quelcjuefos dans ses écrits des ni )r pjes d'un ju,emint peu sùi'.
Ph'.HOr li'iEKiii:], ne à Paris au mois de décembr.! 1738, lit ses et -des au séminaire (le Saint-Nicolas du-C'iardonnet, et entra ensuite d.uis la communauté; de Saint-Sulpice. A^^nil refusé, lois de la révolution, de prêter seiiiient, il uut se tenu- caché dans Paris et ses environ^, suis touletbis (]u'il ait éniig'é. Les temps é ant deviiiuis plus tranqi.iiies, Picliol se réunit à plusieurs de ses contières, et ils reprirent leurs fomlions dans l'église des (".armes, (pi'ils desservireiit jiendant ijueli|ue leiniis. L'abbé Picliot était devenu le doyen des prêtres do l'ancienne coiumuuaulé de Saint-Sulpice, lorsque la
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cardinal de Péri^ord lui conféra un canoiiicat d' Suiit-Deris. Il mounii lu 10 mars 1823,à85;ins. On a de lui un Eloii<- de Christophe de IScaumonl, arclicrànie de Paris, iraprinjt' seulement en 1822, in-8°, à Purs, bien
embarqué sur un bAtiment deftiné à se rendre;) Caiicale. Le caiitaine Tliévenard, lils de l'amiral, qui avait été ministre de la marine sous Louis XVI, lui tf'-moigna des égards, el l'admit à sa taL)le , en re.onnaissanco des services quM lui rei.dait dans la rédaction des ordresdii jour et des ra; ports. Une mal.idie contagieuse dont il lut • tteint le lit t'anspoi'ter dans un hospice que l'on improvisa dans une maison située h une df'mi-li(i e de Saiut-Malo. Un ancien employé d'\s hmeaiis de la marine avec qui il s'était lié à Bi-est, et f{ui ét.it alors attaché au secrétariat de l'agent maritime à Saint- Malo, le lii venir dans cet e ville. Après son rétablissement Picot se remb.irqua eu qualité d'instituteur des mousses sur une corvette qui avait pour mission d'aller observer lescùli'S de l'Irlande. De retour à Brest, il y fut employé (Jans les bur .aux de la marine, et il profitii des facilit s que ce poste lui ofl'rall pou farre des recherches sur la guerre maritime de 1777 à 1783. Plus tard, il continua de préparer les matériaux d'une histoire de cette guerre, mais ce travail est resté inachevé. Nous ne devons pas oublier do dire que dans toutes les situa ioirs uîi il s'était trouvé, Picot avait conservé, autant qu'il l'avait pu , la pr.diqiie ùe tous s s devoirs religieux. 11 logeait à ISrest dans la maison d'urte famille pieuse, où d. s prêtres di, aient
pr
quM erit été composé à 1 époqae de la mort
de ce pré'at.
PICOT (Pierre-Joseph). Voy. Clorivièbe.
PICOT (Pierre), prédicateur roti'stant, né
à Genève en 1716, était issu de Nicolas Picot,
comiiatiiote el ami di' Calvin, qui abaudouna
Noyon sa patrie avec ce [néten lu r-éforma-
teur, et vint sefixer en Suisse en 1336. Après
être entré de bonne heure tiar'S la carrière
du minislôr-e, Picot voyagea en Frairce, en
iHûUande et en Angleterre pendant h s années 1771 f 1 1772. A son retour, il fut nommé
pasteur du village de Sattigny, et il devint
ensuite frrofesseur de tliéo ogie. Piiot est
mort à Genève le 28 mars 1822, d'une attaque d'apoplexie. Le professeur Chenevière
a recueili ses Sermons, Genève, 1823, 1 vol.
in-8". Ils sont remarijuables surtout par l'élégance et l'harmonre du style. Picot avait
aussi de gr'aiides connaissances eu astiO-
Domie.
PICOT (Michel-Pierre-Joseph), né le 2i
mar-s 177i?, à Neuville-aux-Ro s, iielite ville
située à cinq lieu! s d'Orléans, d'une f.riuille
eonsid'rée, était ti!s d'un notaire , homme
religieux et instruit. L isquil eut atteint
l'âge de dix a s, son éducation fut conliée seciètemeat la me se, el c'était lui 'jui la
servait. In 1797, Picot put revenir dans sa famille. L s circonstances r.e lui permellant pas de su:vre sa vocation ecclésiasiique, il se mil à étuiier l'histoire d ■ l'Eglise. Son attention .-e porla surtout S' r le svui" siècle, et dcj.uis 179i il avait corumencé des recherch( S sur l'histoire ecclésiastique de cette époque. La résidence uans une grande ville lui paraissait néiessaire pour la coutinuatioa de s s travaux, et il soidiaitail de se lixer à Orléans. La jiroposit on qui lui fut faite do se charger d'une éilucati.m particulière au mois de mai 1797, lui donna l'occasion (ie satisfai.-e ce dés r. Une maladie g, ave et longu-s'ionl il fui atteint vers 1800, le diici ia à renoncer déiinitivement à lacirrière ecclésiastique. Duiaut h s neuf années qu il consacri à l'éducation de son élève, il ■ em()loyait ses loisirs à l'étude et à des travaux litléiai.es; il cultivait la poésie, traduisant en vers frari(;.iis t.rniùt h's iiymnes de l'oflice divin, taritùt quelques morceaux choisis des [fooles arrcieus, et l'on a tr-ouvé par-iiii ses manLiscrits 'aie traduction en *ei s des l>ucoii({ Lies. Au mois de iiOvembre 180i, Picot alla se ab il' à Paris avec sou élève, à qui il faisait suiv.e des cours spéciaux. Il profita des ressources que lui ofl'rait la capitale pour mettre la il rnière main h son gran.i travail sur Ihistoiie ecclésiasiique du X.VIU" siècle. Ce travail fut pour lui l'occasion de r'olalions avec les morabies les plus distiugiiés du clergé de Paris, irotam " eut avec les j.rûtre de la congrégation de Saint-Sui-
aux soins de l'abb' Pic^t, son fmcle , chanoine dans la coiii'giale du Saint-Sé:iulcre, à Caen. On le destinait à l'état ecclésiastique : en vertu d'un dimisso re accordé, le 20 mai 1783, par l'évèqire d Orléans, il reçut, à l'âge de treize ans, la tonsure clér'icale des mains de Mgr de Ch. ylus, évèque de Bayeux. Revenu en 1783 dans sa famille, il entra, peu de temps a rès, au grand séiuinaire d'Orléans, liirigé par la compagnie de Saini-Sulf)ice. Picot ayant terminé son cours de ihéoogie avant l'âge de vin,;t ans, et étant troji jeune pour entrer dans les irdres, fut nommé professeur au petit .séminaire drocésain de Meung-sur-Loire. Lor que le serment fut exigé des ecclésiastiqu'S, Picot le, refusa t-t revint à Neuville. S ui père, qui se rendiit so vent au châtrau de Jioutigiry apparienant au comte de llochechouart, lui p, ocuia, en 1793, peu de tem, s apr-ès la catastr'op'ie d i 21 janvier, une entrevue avec l'abbé Edgewoi th, cnnfesseur de Louis XVI, qui s'y tenait caché sous le nom u'EssCv. i'ius tard Picct aimait à rappeler les eulictieiis q r'il avail eus avec ce [ir'èt e vertueux , et I s détails qu'il avait reçus de lui sur- le roi nia. tyr et madame Elisabeth. .V[)| elé au service milit .ire par la réquisition, il essa.a d'ab.i'd de s'y soustiaiie, et il s entuitavecson père, a. ors procuieur-syi.dic, lequel se trouvait sous le coup d'un décret d'anestatiiuj, pour avoir' favorisé l'évasion d'un royaliste. .Mais il liiiit pu- céder aux conseils qui t. a furent donnés de su'uir les exigen; esd>! la loi, e. il se décda à partir. 11 ;iri;féi'a au se.vi e de terre celui de mer, et il demanda uiu-feudio de roule pour Brest, où il fut, à sou arrivée,
pice. Labbd Emery et 51. 'le Boulogue rengagèrent LOi'tement à publier ie résultat de S'js laborieuses iuvestigatioiis. En 1603, Pi-
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cot retourna h Orléans , où il se séfiara de son élève, dont réducntioii était Unie. Il revint, en 1806, .'i Paris, et entra d'abord comme préceiiteur d ns la mais^m du prinne de Beauvau ; mais il renonça biiMitùt à cette position, afin de s'occuper exclusivement de ses travaux personnels. Dans les premiers mois de 1806, parut chez AlriiMi Leclùre, en 2 vol. in-8°, la première édition des Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique du XVIII' siècle, sans nom d'auteur. Ces Mémoires étaient précédés d'un court exposé de l'état de la reli^'ion et de l'E^'dse à la lin du siècle précéilent, et suivis, sous forme de supplément, du récit des [)rincipaux fais des
cinq premières années du xix" siècle. Le public ac(!ue 11 t cet ouvrajçe avec faveur, et l'auteur prit j>lace parmi les défenseurs de l'Eglise. M. do Boulogne voulut se l'associer pour si's publications. Dès 1795, A Irien Leclère avait entre >ris un recueil périodique, spécialem "ai consacré aux matières re igieuses. Cette publicatinn fut [ilu>ieurs fois suspendue, puis continuée sous un autre titre. M. de Boulogne, qui en avait été un des priiicipauxrrdacte u's, la ^e^>riten 1806 sous le nom de Mélanges de philosophie, d'histoire, de morale et de littérature, et choisit Picot pour son collaborateur. L'année suivante celui-ci prit la direction du journal, et bientôt il eu devint le seul rédacteur. Pendant plus de tro s ans Picot consacra tout son temps aux Mélanges, auxqu- Is l'exactitude des renseign rnents et une critique liue et spirituelle donnaient le plus ^rand intérêt. Queli[ues-uns des articles furent reproduits dans le Spectateur français. Les connaissances variées de Picot le rendaient trèsutile à ses amis (jui venaient iVéquemment le consulter, et qui l'appelaient le datier. « Dès qu'uni» question m'embariasse, d sait « le cardinal Banssel, au lieu do perdre mon <( temps à feuilli'ter des centaines de volu- « mes, j'interroge Picot. Après une minute « de réflexion il m'indique h' tome et la page « où je trouvinai ce dont j'ai besoin. » La police impériale ayant suppriuéles Mélanges en 1811, Picot emj)loya ses loisirs à rédiger des articles pour diirénmts journaux, et à donner- d>'S leçons de 1 ttér.itureà des jeunes gens clioisis. .\près 1 1 mort de l'abbé Émcry, P. cot composa une Notice sur sa ve et ses écrits. Cependant la première édition de ses Mémoires s était épuisée ; il se préparait à en faii c par'uître un ■ seconde, qnoicpi'il n'ignol'At p.. s que la censure impériale s'y opposerait; mais les événeiminis devaient le servir. Pico' avait surtout ii cœur d'écrire avec exactitud ' riiistoire du concile de 1811, et il recueillit de |ir.''cieux renseigneiiienis des pers nn.'S qui avaient été ù portée deconiiaitro les ressorts secrets des choses, entre autres des abbi's de Qu(''1(mi et de Feutri r , tous di'ux attachés au cardinal Fesch. Il futa.issi appelé à prendre part à la rédaction de la hiographic universelle do Michaud, et il y fournit d'importants articles, t(ds que ceux de Diderot, de Mgr d(! Boulogne, de Grégoire, du cardinal Latil, do Legris-Duval, du
cardinal Maury, et celui de Tabaraud, qu'il avait remplacé comme collaborateur de 1 immense d ctionnaire. Depuis 18H. Picot fut le nrincipal rédacteur et directeur de L'Ami de In religion et du roi, où il eut pour collaborateurs, pendant des périodes de temps plus ou mous longues, MM. de Boulogne, Clausel, Alfre, Cottret, F. de Lamennais, L'Kcuy, Fray^sinous, de Salinis, etc. 11 se servit de son influence pour rendre des services à l'Eglise, et il en a été récompensé par les encouragements des évêques, les brefs et les honneurs accordés par le souverain pontife. On lui a reproché d'avoir peut-être contribué, du moins en partie, par la vivaciié de ses at aques, à la rél>ellion 1 1 h la chute de Lamennais : mais, observe l'abbé Badiche, quoi qu'en ait dit l'esprit de parti et de dénigrement, il ne fut ni préci|)ité ni passionné dans ses attaques, qu'avaient précédées cell s de toutes les a très feuilles publ ques. Le 1" octobre 18V0, Picot céda la direction du journal à M. Henrion. 11 employa ses dei'ui rs jours h la préparation d'une troisième édition, entièrement refondue de ses Mémoires pour servira l'histoire ecclésiastique pendant le wiiv siècle, ot il avait composé I année 170S, lorsqu'il mourut presque subitenientle 15 novembre 1841. Il communiait Jeux ou trois fois par semaine, et la veille il s'était approché de la sainte table. Picot fut l'un des pr.miers associés de la Pioiiagation de la foi, et il devint viie-prés.dent de cette association en 1839. 11 était décor ■ de l'Eperon d'Or, cheva ier du Sai t- Sé|Ulcre et coinmandeurde l'oidi'ede Saintdrégoire le Grand. Voici l-a liste de s. s ouvrages : Mémoires pour servir, etc , 2' édition, b en sui)érieure à la première, 1815- 1816, k vol. in-8", et continuée jusqu'à l'année 1815; Vies des dames franç(tises , avec Jailïret, évôi|ue do Metz, qui en a fait les dialogues, 1 vo\. in-i-l; Mélanges de philosophie, d'histoire, de morale et de littérature, coll ction commencée par M. de Boulogne, évoque de Troyes, et qui est presque tout entière de Picot ; elle se compose de neuf vol. et demi in-S" ; Notice sur ta vie et les écrits de M. E mer y, bvoc'.iure m-8-. Essai historique sur l'in/luence de la religion en France pendant le wii' si de, Paris, 1824,2 vol. in-8". « Cet ouvrage, dit l'abbé Badiche, « est comme un supplément aux Mémoires « de d'Avrigny .sur la même époque, car « d'Avrigny n'a guère traité les matières <i conieniies dans l'Essai historique qui est, « suivant nous, le moi leur ouvrage de Pi- « cot. » Pii-ot fut chargé d'éditer les OEuvrcs de Boulogne, 1827 et années suivantes ; il les lit précéder d'un Tableau politique et reli-^ gieux de la France sous le Directoire, et d'un Précis historique sur l'Eglise constitutionnelle depuis son orKjiiic jusqu'à nos jours, formant ensemble cxi.vi pages in 8°. Il avait en outre coopéré à diver.ses (lublicalions littéraires, et avait f luriii des articles au Journal des curés, qui parut sous l'empire. L'Ami de la religion a donné une notice détaillée sur Picot, dans ses tomes CXI et GXIL
PID
PICQUET (François), raissionnaire, n-^ à Lyon eu lo26, d un banquinr de celte ville, voyage 1 en France, en Italie et en Angleterre, et fit nommé consul d'AIop en Syrie, en 1652. La ré|)ubli(iue de Hollande, instruite de sou mérite, le choisit aussi pour son consul à Alep. Il ne se se. vit du crédit que lui donnait sa place que pour le l)ifn des nat'rns qu'il servail, et pour l'ut lité de l'Kglise. Il ren lit de fi;rands services à la France, à la Hollande, et aux chréheus du Levant, ramena à l'Eglise catholique un gnnd nombre de schismatiques, et se montra aussi zélé m ssionniire q le consul (1 lèle et intelligent. André, archevô \ue des Syri uis, homme de mérit'>, qui deva t son éiévition à Picquet, sachnnt qu',1 voulait ab iquer le consulat pour retourner en France et y embrasser l'état ecclé.siasti(iue, lui donna la tonsure cléricd ■ en 166;). Picquet partit en 1662, emportant avec lu les regrets de tous les chrétiens d'Alep, dont il était com.ue le père, et de tous les habiianis de cette grande ville aduhraieurs de ses vertus. Il passa à Rome pour rendre compte au pape Alexandre VIII de l'état de la religion en Syrie, et vint ensuite en Fr-ince, où il prit les ordres sacrés. Il fut nommé, en 1674, vicaire apostoli jue de Bag la 1, puis évèque de Césaropole, dans la Macédoine. Ce digne prélat repartit pour Aie,) en 1679, et y rendit les services l 'S plus iiuiiortants à l'Eglise pe.idant tout le cours de sa mis-ion. Il mourut à Hamadan, ville de Persd en août 1683, à 60 ans, avi'C le lilre d'ambassadeur de France auprès du roi de Perse. Il fo iriiit plusieurs pièces importantes à Nicole pour le grand ouvrage de la Perpétuité de la foi. Sa Vie a été donnée au pubdc à Pans en 1732. On l'attribue àAnIhelmi, évèque de Grasse, qui paraît avoir eu de bons mémoires.
PICQUIGNY. Voy. Bernardin.
PIC'I'E r (Bénédict), né à Genève en 1635, d'une famille distinguée, lit ses étud s avec beaucoup de succès. Après avoir voy igé en Hollande et en Angleterre, il professa la théologie dans sa patrie avec une réputation extraordinaire. Une maladie de langueur, causée par un excès d^; travail, accéléra sa mort , arrivée en 172'i.. 11 a laissé un grand nombre d'ouvrages en atin et en français, estimés de ceux de son p.u-ti. Las principaux sont : une Théologie chrétienne, en latni, 3 vol. in-i", dont la medieure édition est de 1721 ; Morale chrétienne, Genève, ITIO, 8 vol. in-12; [Histoire da \i' et du xii° siècle, pour servir de suite à celle deLeS leur ; plusie irs Traités de controverse; un graid noiubc d'écrits as :étiques ; des Lettres ; des Serinons, 1697 à 1721, h. v.l. in-8° ; Traité contre Vindill'érence des religions , Genève , 1711 , in-12.
PIDOUX (Charles), seigneur du Chaillou, lieu enant-général de la marécha l^sée de Civray dans le xvu' siècle, est auteur d'un ouvrage intitulé : La vie de sainte Radegonde, jadis reine de France et fondatrice d.i royal monastère de Sainte-Croix de Poitiers, Poitiers, 1622, iu-12. Le P. Jacob, dans son
PIE 370
Traité des belles bibliothèques, a parlé de la sienne comme étant f irt remarquable.
PIK I" (sai t), s icoesseur du pape saint Hygin en li2, était italien d'origine, et fut martyrisé, selon Alletz, l'an 130: d'autres disent qu'il mourut aiirès un règne de 8 ans suivini Len^let-Dufres loy, et de 10 suivant le P. Pagi. Il condamna l'hérésiarque Valentin, et soulin' un grand nombre de com-, bits, q li, selon Tillomont, lui ont fait donner 1 i titi-e de m irtyr par Usuard et l.!s anciî'ns nart rologistes ; miis Fontanini, critiq le aussi <avant que judicie ix, sriutient dans sou Historia litteraria aquiliensis, lib. II, cai). 3 et 4, ifue ce saint termina sa v.e par le glaive. On lui a attribué des Lettres que quelque^ iriti [ues regardent comme supposée-. Saint An^c.-t lui s iccéda.
PIE II (vEneas-Sylvius Piccolouini), né en liOo, à Corsini, dans le Siennois, dont il changea le nom en celui de Pien^ia, lit ses études à Sienne. Ses [jrogrès firent rapides. A 23 ans, il assista au conoile de Bile, où il fu' secrétaire du cardinal de Fermo. Le concil • l'honora de did' 'l'entes commissions. Il fut ensuiie secrétaire de Frédéric III, q;J lui décerni la couronne poétique, et l<j[v voya en ambassade à Roiur-, à .>Iilan, à Nap pies, en Bohème et ailleurs. Nicolas V releva sur le siège de Triesie, qu'il quitta quelque temps après nour celui de Sienne. Enfin, après ^'ètre signalé dans diverses nonciature-;, il fut revêtu de la pourpre romaine par Cadixte III, au piel il succéda, deux ans après, en 1438. Pie II donna, en 1400, une bulle, qui déc are les appels du pape au concile nuls et erron'''s. Il disait « que c'ét lit là « un abus inouï dans les siècles précédents, ^' manifestement coniraire aux sain s ca- « nous, et souverainement domm ige.ible à « tous les ordres de la république chré- « tienne ; qu'en apiielanl à un riljunal qui « n'existe p dnt, ut n'existera peut-être de « fort lo.iglemps, on se met en pleine liber- « té de connu ler le in.il, q ,e les crimes de- « meurent impunis : que tous les ordres de « la hiérarchie languis eut dans la conf i- « siou ; qu,' les puissants, avant de nouioir « être réprimés, ont écrasé les fables, et « que la révolte co itre le premier siège se « tortilie au point de devenir irréméd aule.» Cette bulle n'empêcha pas le procureur général d 1 parlem nt de Paris d'interjeter appel au coiic le, pour la d'éiense de la Pragmatiqae-San tion, contre laquelle le pape ne cessait de s'élever. Pie était alors à Alantoue, où il s'était rendu pour engager les princes catliol ques à entreprendre la guerre contre les Turcs, qui continuaient à envahir les p'us bedes provinces de rEuro|)e, et menaçaient le reste. La plupart consentirent à fjuruir des troupes ou de l'argent ; mais les Français refusèrent l'un et l'autre, ce qui indisposa le pape contre eux. 11 parut oublier ce refus sous Louis XI, qui, pour l'obliger et faire cesser d'anciennes plaintes, abolit, en 1461, la Pragmatique-Sanction. L'anuée suivante, 1462, fut célèbre par une dispute entre les cordeliers et les domini-
571 PIE
cains, touchant le sang dn Jésus-Christ S(''paré de son corps pendant qu'il était au tombeau. Il s'agissait aussi de savoii' s'il avait M séparé de sa divinité ; les coidnlicrs et ient pour l'affirmative, et les ilominicains pour la ni''gative. lis.ce traitaient mutuellement d'héré iques, et le pape fit obligé de leur d. 'fendre par une bulle de se charger les uns les autn s de ce- qnaliiications odieuses, dans une raati('Te qui un touchait en i-ien à la pureté de la loi, et q'ii ne pouvat être discutée avec tant d'ariefu-, et par raisdruieuenls nécessairem uii minutieux et subtils, sans dérogera la sirnnlic té et h la majesté lie la reliiçion. Eu 1W)3, il donwn une bulle par laquelln'il rétiarta ce qu'il avait écrit .lu concile de BAIe, lors pi'il en é ai! secrétiire. 1! sentait bien qu'on lui obji'Ctei'ait que « le pape voyait les choses dans un jour « dilîéient de l'honune particulier ; » et il rt>pou'l à cette objection. Cependant les Turcs inena(;aient la chrétienté. Pi'-, toujours plein de zèie pour la défense de la leligion contre les infidèles, prend la résolution d'^'quiper une flotte aux dépens de TEgl se. et de \):\sser lui-même en Asie, pour exciter les piiuces chiétiens (lai' son exemple. Il se rendit à Ancône i!ar!s le dessein de s'embarquer; mais il 3' tom()a n-alaiiade fatiiuc, et 3' mourut le Ifi aoftt l'iGi, ;1gé de 59 a^s. Pie il fut un des plus savants hommes de son siècle. Ses principaux ouvrages sont : Mémoires sur le coneile de Bâ'e, depuis la suspension d'Eugi'nc IV JM-qi'.'à l'élection de Félix V ; y Histoire des Bohémiens, depuis leur origine jusqu'à Tan f't-SS ; deux livres de Cosmographie , i'Histoire de t'Eitrope, durant le règne de l'empereur Frédéric ///, dont il avait été le vice-chancelier, 16S5, nfol. : elle passe l'Our assez exicte et as-ez bien détaillée. Traité de rédiicalion des enfants; \ii\ Poëme sur la Passion de Jésus- Christ ; uri Recueil de k'Sl Lettres, Va] ai, l'i-73, in-fol., clans lesquelles on trouve quelques i articularités curieuses ; 1 s Mémoires de sa Vie, publiés par son secrétaije et imprimés îi Home, in-'i.", en l5Si. On no doute poni que ce ne soit Touviage méuio de ce pontif . Hisioria rerum tibicuni/ne gestarum, dont la première partie s uleiucnt vit le jour à Venise, l'i77, in-fil. Il avait couiposé en latin le Roman {YEurgale et l.urrèce, petit in-4°, sans date, mais fort amien, publié en français à P.iris, 1V93, in-fol. Ct:tte production excita dans son cuîur de vils legrets, (ju'il exprime avec beaui'ou|) de t'one dans une de ses leltrfS (l.'i Wy dans lédition de l.yon, 15;)dj. Ses OSitvres ont été imprimées ^ Hcjmstadt, en 1700, iu-fol. Ou trouvo sa Vie au (•onmienfem"iit. En 178(), il a paru dans le Journ. Enegclopédigiie une Notice fausse 1 1 crloumieus ■ de ce punlile, avec une lettre malicu'usem -nt coirompiu;. Voy. le Journ. hist. et litt., 15 mai 17SG, p. 108, où celte imposture est dévoilée et confondue. Paul I" fut le successeur de Pie H. PIK 111 (François Ton^scHiNi), était tils d'une S(oui- du pape Pie II. (le 'ponlife lui permit do prendre le nom du l'ran{'ois l'ie-
PIE
colomini, et le fit archevêque de Sienne et cardinal. Il succéda au pape Alexandre VI, le 22 'Septembre 1303. Son prédi'c'ss' ur avait montré sur la chaire de saint Pierre beauc'iup de vices : Pie }■ fil éclater h'S vertus d'un apôtre. On coneevait de g'am.'e* espérances d un tel i ontifc ; mais il mourut 21 jours après son élection, le 12 octobre suivant, .tuhs II lui succéda.
PIE IV (Jea^-.4ngkJ, car tinal de Médicis, était frère du m irquis de Marignan, gém'ral de Charl' s-Ouint. T nuju t à Milau, de liernariliii iXîedichino, en li!)9, s'éleva par son méi-ite, et eut divers cmi.lois imporlants. sons les pap s Clément \\. et Paul III. Jules m, qui l'avait chargé de plusieurs légatiins, l'honora du chapeau de car.iinal en 1349. Après la mort de Paul IV, il fut éli'vé sur la chaire de saint Pieire le 15 décembre 1339. Son pi'éiécesseur avait eép'u aux Romains, qui outragèrent crudiement sa mémoire. Pie IV commença son iiunt'ficat en leur pardonnant. Il n * crut pas devoir user de la môme clémence envers les neveux de Paul IV, que ce \ww a 'ail chassés de Rome,, parce qu'ils avaient abusé do leur autorité, coîit e les lois de la justice et de la religion ; car il fit étrangler le c.u-d'nal Carall'e au château de Saint-Ange, et rou()er la tète au prince de Palliano, son frè e : jugem'iit (|ui fut annulé sous le i^outificat de Pie V. {Voy. l'élégant et intére-SHut (.uvrage de Graziaiu : De casibus virorum iUustrium.) Poiu' arr'ter les propres des hérétiques, il reprit le concile de Trente, qui ava.t été malheuieusemeiit suspendu. Il envo^'a, en 1361, des nonces h tous les princes catholiques et pr 1tes.ants. pour leur |irésenter la bulle de l'indication de cette importante assemblée. Ce concile ayant été terminé en 15G3, par les .-oiiis de sa ni Char, es B irromée, son neveu, le pape douia une bulle, le 20 j.-(nvi t de l'année suivante, pour la coufiimation des décrets du concile. L'année 13u5 vit écloie une consp'raiiou contre la vie da pape, ai Henoit Accolti et cjuelques autres visiomiaires. Ces iusensos s'élaient imaginé (jue Pie IV n'é.ait pas légil me, et ipi'après SI mort on en mettiaii un autre sur le sainl-siége, qu'ou nouuiierait le pape Angélique, siiusleijue! les erreurs seraient réformées et la pa X serait rendue h l'EJise. La conspiialion fut découverte, et le fanatique Reiioit périt par le de nier sup.^lice. Le pontiie miujrut peu de tiuups après, eu 1505, à 0(i ans. H orna Home de plusieurs édifices pidjlics. S il ci.niribua beaucoup à l'élévation de sa famille, il faut ((invenir que la plupart de ses parents lui firent honneur. C'est au règne de ce pontife qu'on doit rappi rtc r l'époque de I institution des séminaires: œuvre si impurtante, qui fit répandre aux Pères du coneil,> de 'l'renio des larmes de joie, et qui leur parut elle seule un ample dédommagement de tous les travaux du concile; seule ca[)able en elfel de réparer par -les fondements l'ordre hiérarchique, et par une suite nécessaire, tous les ordres des fidèles. '< C'est par ce moyeu, dit l'abbé Bé-
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« mult, qu'on vit redenrir de toutes pnrts « l'usprtt princi|i«l du sacerd'ice ; eetle so- « li le piété (jiii est uti'e h tout, ou dont i)r!i- « l'èdf tOL> utilit'' ; cette vertu enracinée à « loisir dans une terr^ de bénédiction, mûx( rie lentement à rorabie du sunctu.iire, « éclairée par d s maitr s liahiles et exiiéri- « mentes, également éloignée de la puérilité «snpeistiti use, de la ferveur inilisorète et « d'une liilie pusillan'mité. C'est là rpi'a i «moyen des exercices assidus, la jeun^^sse « a quit ( n peu de ti'mp-; TexTiérienre d s « anciens; ipi'un z(;le naissant.'-e forma aux « saintes industries et à tous les proeélés « savants de l'ait divin d;; conduire li^s « âmes. Ecoles évangéliqu'cs, où tout prôcdie a aux yeux m'me la piété, la pureté, l.i dé- « cence ecidésiastiijue. Sous la couronne « et riiabii cl/u'ica', on aoprit qu'on avait « choisi à jamais le Seigneur pour uuiijue « iiéi-iti,^e, ({u'.m ne pouvait sans ridicule, « ainsi (|ue sans cime, retfiurner aux pa- « riires et aux manières mondaines, pai'aitre « aux lieux de 1 ce ice ou de hmudlc, nix «tliéàlres, aux tavernes, au milieu des [ilii- « sirs contagieux du siècle. Q :e di ai-je du « renouvellement, de la coniinuité, de la « perfection d >s étud.'S ecclésiasiiquis, cnl- « livé.'s avec des succès tout iiou' eaux dans « le calme solitaiic de ces pieux asi-es ? « Théûl 'gie profonde, t'iéologie mo-ale et « pratique, règle pour la* c uiduile .ies âmes, « pour lobservan e des litcs et des cért'mo- « nies sacrées, pour tout c ■ qui peut con- « server à nos mystères adorables l'air do « majesté qui leur convient : ce sont là au- « tant de malièies, dont la simple indication « doit n us inspirer une ruconui.ssance « éteriielle pour les instiluleurs visiblement « inspu'é-. des lieux de bénédiction où elles are cultivent.» Voij. Boruomke (saint Charles).
PIEV (saint, !\Ti(:nEL Gnisi.Eni), né à Bosclû oullosco, uanslediocèsede Tortone, en 159i, était lils d'un sénatrurdeMilm, suivant l'aobi de Choisi, et suivant l'opinion la plus commune. 11 naquit d'une faaulle pauvre. Il se lit religieux dans l'i rdre de Saiiit-Do.uinique. Paid IV, instruil de sou mérile et de sa vertu, hîi donna 1'évêclié de Suiri en 1556, le créa c u'dinal en 1557, elle fit inquisite.r généial de la foi dans le Milands et la Lombar<lie ; mas la sévérité avec laquelle il exerça son eiuploidaus des temps péidbles, où les nouvelles er, eurs pénétraie.d partout, l'oblig 'a de q ittu- ce jiays. On l'eovoya à \ enise, où l'anieurde son zèl,^ trouva encore plus d'obstacles. Pie IV le transféra à Tiivôilié de Mondovi. Après la mort de c ■ pontile, il f d mis sui- le sé^e d<: siint Pierre, en 150(3. Eievé à la première place du christiai)ism« |)ar son méri e, il redoubla de zèle et d.'ploya contre l'iiérésie une sévéri é deven e plus nécessaire que jamais, et qui étoulferait les secîes dans leur naissance, si ceux qui ont l'auiorilé en main songeaieid à l'employer. Il n'usa cependant de cette sévérité qu'après avo r épuisé tous les moyeus de douceur. 11 ût exécuter les
décrets de r ^formation faits parle concile de Tnuite ; il défendit le combat des taureaux au cir(iue ; il chassa de Home les filles publiq e-, et permit de poursuivre les cardinaux \n>uy dettes. 11 sig-^ala, en 15(18, son zèle pour la giande ir du saint-siége, en nrdonnant que la bulle //) cœna Domini ( qu'on publiât à Roue tons les ans le jeudi-saint, avant 1' po: tifuat de Clément XIVj serait publiée de même dans toute l'Eglise. Cd'.e bu le, altîibuée assez communément h lîon lace VIII, mais rjui,])a;- ries a iiiitions successives , est c;'nsi ié ée comme l'ouvra^^o de pluvieurs souverains pontifes, regfirle principa e oent la jiir iiction de; la puissance ecclésiastique et civile : ceux (jui appellent au concile général des décrets «les napes; ceux qui f vorisent les ap elanis ; les ()rinces qui veulent rcsticindre la juridict.on ecciésiastiquH, qu' volent 'es immuni es du clergé, ijui vexent le^ peuples par de nouveaux imp'its, qui fonrni-sent des armes aux inridèies, etc., y sont frappés d'anat'iènie. Elh; fut reçue dans quelques provinces ; mais la plupart des puissances' r.'f sèrent de la rcconi.aitrc. Il ne faut pas ce|iendant la juger sur nos , oûts et nos priicij) s; elle exprime les maximes et les be-oins d s temps où elle fut d'abord cnnçi e. Un philosophe moderne en a fait l'apologie en des termes remarquables : « On re- « proche, di -il, aux chef, .le l'Egi se d'a- « voir voulu empiéter sur le temporel des «souverains, d'.ivoir diumé atteinte à leurs « droit-. Mais e-t-; e empiéter sur leui' tein- « po el (pie de veiller sur leurs usurp ;- « lions ? Est-ce un aiientat que de léclmier « enfiveur d'un peu;ile qu'où dépouille et « qu'on écrase ? £.sl-oe uu crune .jue d'obli- « ger un [>riuce à pa. er ses d -ttes et à vq^- « tituCi" les r ipin^s fa tes en son nom ? Est- « ce uu abaS (pie d'avertir un souverain de « ne point surcharger une nation d'impôts, « de ne point établir de nouveaux jiéages, « de ne poiid entre, rendre de guerres in- « justes, de ne point b dtie de fausse mon- « naie, (Je ne point gêner le commerce, de « ne po nt uicter de mauvaises lo s, de no « point permettre à ses sujets de vendre « des muiiitions de guerre aux Algériens, « aux Tunisiens, etc., dont les pirateries « Continuelles ne tendent qu'à ruiner le « commerce desnat ons chrétiennes? Kst-ce « un si grand mal de rappeler aux princes « nM'ûies leurs devoirs et les d'oiîs (les i a- « t ons lors [u ils lesoubl eut? Qui réclauiera « (lonc eu faveur des peuples, si la religicm, « celte seule et unique liarriè e qui m us « lede ciuitre le des.iOtisme et le désordre, « se tait 1 N'esi-ce pas à el.e à parler lors(|ue « ies lois gardent le silenco?Qui ei;sei,-,nera « la justice si la religion ne ait rien ? qui « vengera les mœuis, si la religion est « inuetie ? En un mot, de quoi servira la « leligion, si elle ne sert à réprimer le « crime, et pai' consé [uent le despotisme « mi'itaire, qui est le plus grand de tous les « crimes ? j\lais, dira-t-ou, le pape abuse de « sou autorité. Eli 1 comment pourrait-il en
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« abuser? A-t-il d'autres armes que celles « de la persuasion, de la charité, de la modé- « ratiiin?S'il se trompait évidemment, rnlHe « \o\\ ne s'élèveraient-elles pas contre lui ! .< Que pourraient d'ailleurs faire contre le « Bien commun celui qui a le plus grand in- « téiêt au maintien du bien commun ? » {Voy. BoNiFACE VIII.) Clément XIV suspendit la publication de cftte bulle, et P e VI, ami de la paix, et inspiré par l'esprit de modération qui a toujours gouverné l'Eglise, a continué à la re-çardiM' comme non avenue, espérant par là ralenti'r la conspiration d^^ ce siècle contre le siège de Pierre ; espérance qui jusqu'ici, dit Fellor, n'a point élé réalisée par des événemenis bien flatteurs. Pie V méditait depuis qui-lque tenips un armement contre ies Turcs; d eut le courage de fa re la guerre à l'empire ottoman, en s^' liguant avec les Véniliens et le roi il'Espagne Philippe II. Ce f.it la première fois qu'on vit l'étendard des deux c efs déployé contre le croissant. Les armées navales S"" rencontrèrent le 7 octobre 1571, dans le .;olfe de Lépnde , oii les Turcs furent battus par la flotte d(!S princes chrétiens coidëdérés, et perdirent p^us de 3;),000 hommes et près de 200 galères. On dut principalement ce succès au pape, qui s'ét.i t épuisé en dépenses et en fatigues pour procurer cet armement. On prétend qu'il eut surnaturellement connaissance de cette grande vicloire, donnée précisément à l'heure où il la demandait par les plus fervenles prières. Pie mourut le 1" mai 1572, àGSans, delà pierre. Il réf)éta souvent au milieu de ses souffrances : Seigneur, augmentez mes douleurs et ma patience. Son nom ornera toujours la liste des pontifes roraa ns ; il eut les vertus d'un saint et les qualités d'un roi. Le suhan Sélim, qui n'avait point de jMus grand ennemi, lit faire à Cons anlinople, pendant trois jours , des réjouissances publiques de sa mort. Le pontificat de Pie V est encore célèbre par la cnndamnalion de Baïus, par l'extinclion de l'ordre d(;s humiliés, et par la réforme de l'ordre de Citeaux. Clément Xi le canonisa en 1712. Il reste plusieurs Lettres de ce pape, imprimées à Anvers en ICiO, ink-'. Voy. sa Vie en italien p.uAgatio di Somma, in-'i-°. Féiibien la publia en frany.ds, 1()72. Elle ré[K)nd d'avance à tout ce i(ue la fausse philosophie, la douce et hvpoeriie lolér.mce, ont d'bité conte la mémoire de ce pieux pontife. On a aussi V Histoire de saint Pic V, pape, de l'ordre des Frères prêcheurs, par M. le vicomte de Falloux, Paris, iS'*k, 2 vol in-8".
PIE VI (Jean-Ange Braschi) successeur de Clément XIV, naquit à Césène le 27 décembre 1717, d une fandlle peu riche, mais noble et ancienne, et reçut une éducation distinguée. Le cardinal UûH'o h', jirésenta à Benoit XIV, qui le lit son secréiaire. Ilezzoin<:o (Cl'metu Xlll) le nomma successivement auddeur, puis trésorier de la cuamlire a|)oslolique, place qui con;luit infiulliblement à la pour|ire. On sait (pie Clément XIII refusait do prononcer la destruction des jé-
suites, si vivement sol'icitée par les couronnes de France, d'Espagne et :e Portu.;al. B/aschi aurait voulu se dément réformer leur institut poiu- ai)aiser les princes. La réponse de leur général est connue : Sint ut sunt, ont non sint. Uezzoni'O mourut sans avoir tranché cette grande question, et Avignon fut perdu. Cléiu nt XIV se chargea de la destiuction de l'ordre, ce qui lui ren lit les bonnes grdces de la France et les provinces du cimtat. Brascbi recueillit dans son logement quehjues-unsdfs malheureux proscrits (1) ; il n'en ol)tint pas moins le chapeau de cardi' al que l'eslime publique demandait hautement pour lui (2). Cet ét;it de chose était nécessaire <i connaître pour fa re sentir toutes les dilRcultés qui s'élevaient dans le choix du successeui- de Clément XiV. Les couninnes, et surtout ceiles de la maison de Bourbon, voulaient un sujet qui consomra;lt l'ouvrage de tianganelli. La première condition qu'on exigi'ait du nouveau pa e était de re jamais rétaiilir les jésu tes. Les Romains, médiocrement atlac lés à la mémoire de Ganganelli , cherchaieni à écart r celui (jui aurait (professé un atiach ;ment trop servde aux couronnes t nneniH s de la fameuse société. Biaschi, qui s'ét . t tenu dans une pru lente mod ration au ih\ lieu des deux partis, fut élu. Cette nomiiu; tion, faite le 15 février 1775, causa une j \u\ universelle, que le nouveau pape justifia j ai tous les actes de sa conduite publique e\ privée. Il répandit des largesses parmi *e ]ieiiple, répiiuianda sévèrement le gouveineur de Rome pour n'avoir pas su arrête.' quelques tlésoidres occasionnés parles sbi res; priva de sa pension le préfet de l'annone, qui avait manqué de vigilai;ce dans l'approvisioiinement de la capitale ; se forma un conseil composé d,' tous les gens les plus distingués par leurs talents, et annonça qu'il surveillerait lui-môme toutes les parties de l'administf atiou. Sa conduite passée répondait en etfet de la vérité de ses promesses. Sévère contre les fripons, et juste envers les gens de bien, il avait su fai e rentrer d .ns le tié or pour plus de quarante mille écus romains de [)ensions, dont l'Etat éiait grevé. Redouté des méchants, estimé des bons citoyens, il était le seul des chefs du gouvernement que le peuple eût épargné dans ses murmures occasionnés par une disette cruelle; et 11 f rmeté, la pénétration de Pie VI, étaient devenues célèbres par une espèce de proverbe (3). C'était aussi lui qui avait déterjiiné Clément XIV à rétabdssen.ent de ce beau Muséum, où les chefs-d'œuvre de tous les arts, les antiquités les plus piécieu-
(1) Pie VI, loin de persécuier les jésuites, aurait voul I leur conlimit-i- une bienveillance que lui interdisait sa position politiiiue.
(:2) On a picteiulu, sur l(! témoignage de personnes dignes de foi, (pie niMsclii dut le cli.ipeau aux manœuvres de c|uel(pies aiidiitieux (jue gênait son inflexible; sévériie dans la place de trésorier. (Voyez les Slurtijrs tte ai fui, toiii. IV, pag. 258 61 259.)
(15) lia dcnli per monicare, eun buon naso per lenlire.
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ses, devaient attirer les voyageurs de toutes les nations civilisées. Tous les projets que Biasclii Mif^dilait depuis longtemps avaient un caractère de nojjli'sse, de générosiié, où son rtme s>^ pfti,naii tout entière. Nous ne ferons i]u'indi(jner les ]ihis importants : les travaux exécutés d uis le port d'Aucune, le seul d.uis les Eiats ilu pa;.e où le co'umerce pilt être protégé; le fanal qui litparliede ces travaux, les |uels niéritèient à Pie VI une statue p reill'' h celle de Clément Xli (l! et un arc de triomphe ii côté de celui de Trajan : la sacristie raagniliijue ajoutée à la basilique de Saint-Pierr(\ les réparations faites à l'entrée du palais Quiriu'd, où il lit relever le f.raeux obélisque, les emhellissernentsde l'abbaye de Subiaco, qu'd avait posséd/ie autrefois ; mais surtout la vaste eutrepri e du dessécheuieiit di'S rtiara'S Ponlins. Dès les premiers temps de la république rom^iiie, et depuis, SOU-- les em[)ereurs, enfin, jikis récemment encore, sous les pontificats de Bon face VIII, de M.irtiu V, de Léon X, et de SixteV, on avait fait de vaines tentatives pour assainir cette contrée, où une mal 'cureuse popuLition languit et s'éteint au milieu des vapeuis pes ilentielles(-2),et que le voyageur même ne traverse im|>unément qu'avec des précautious indispensables : Pie VI visita luimême cette terre de désolation, et il y venait tous les ans encourager et diriger les travaux. Une souscription volontaire procura des fonds considérables, ([ui soulagèrent le fisc. Douze mille arjients de teire, ren lus Ma culture des gr.ins et à la nourriture des troupeaux, furent vendus a i duc Braschi, neveu du pape, par la chambre apostolique. La voie Appien- U's ce chef-d'œuvre de l'industrie des Romains, fut dégagée des encombrements inutiles qui la su'chirgeaient et ne faisaient qu'augm nter la stagnation des eaux C'est aiijourdhui un chemin droit et uni, qui condu.t rap d meut à Terr.icine, et (jui dispense défaire uudétour long et incommode pour gagner la route .,e Na|^)les. On creusa, en outre, un large canal, qui lacilita davantage l'écoulement des eaux vers le lac Fogliano, et qui devait [lar la suite augmenter les mouvements du commerce. Une ville tout entiè;e, dont les plans éiaient déjà adoptés, aurait embelli et couronné ces superbes ouvrag s: mais les troubles qui survinrent, et la révolution française em|)èchèrent l'exécution de plans conçus dans les mêmes vues de salu-
(1) Celle st.itiie n'est pas la seule qu'on ait voulu ériger à Pie VI; les Roiiiaius lui en déceiiièreiit une auue en bronze au Capitole, lorsque la flotte française lut tlissipée par une tenipêle devant Oneille, le 21 (léceniliie i79'2. Pie VI refusa la statue; mais une inscription la remplaça pour attester le vœu du peuple, qui atlril)uait aux prières du pape un événement qu'il regardait comme miraculeux. Voij. les Miirlijys de la (oi, par M. l'abbé Guillon, toui. IV, pag. 258, 259 et 215.)
(2) En 1772, un voyageur, qui traversait ces malheureuses contrées, demandait à un des habitants, qu on peut appeler des spectres mouvants, <omtnenl ils fuisaieii. pour vivre. — « JSoiis ne vivcns pas, répondit-il, nous mourons. »
hrité et d'embellissement. A l'esprit de bienfaisance qui le caractérisait. Pie VI unissait un g>L"lt de magnificence qui se révélait surtout dans les cérémonies pontificales. Co souvei-aiu pontie était encore, dans un âge avancé, un des plus beaux hommes de son tenifis. Une |)h.s.onomie noble et spirituelle, une taille haute et dévelopjiée dans les plus belles proportions, donoaient à toutes ses manières, h tous ses niouvemenis, une grâce, une majesté, ciui excitaient au plus haut degré l'affection et le respect (1). Un écrivain anglais, John Moore, et un luthérien, qui l'avaient vu ofliciant pontilicalement, l'un a Rome, et l'autre à Vienne, en jiarlent dans leuis mémoires avec un enthousiasme d'autant moins suspect, qu'ils semblent se le reprocher comme une espèce d'ido âtrie. Il était réservé à un écrivain calholiiiuc et français (2) d'essayer de Ih'tiir la mémoire de Pie VI, en lui attribuant des mouvements d'ostentation et d'orgueil, au milieu de ses devoirs les plus saii ts. Dilférentes traverses exercèrent les vertus de Pie VI, dans son intérieur ; comme ses détracteurs en ont rendu un compte peu fidèle, et souvent calomnieux, nous nous y arrêterons Un moment. Le pape avait deux neveux, lils de la comtesse Onesti, sa sœur. H leur lit prendre son nom, à l'exemple de plusieurs pajies, et maria l'aine, le duc de Braschi, à la tille de la comtesse Falconieri, l'une des [)ersonnes les plus riches de la ville. Le jeune époux se trouva à la tôte d'une assez grande fortune. La richesse de Draschi lispa-: ut dès les premiers moments des infortunes de Pie VI.
Quant à son jeune frère , Romuald , le pape le fit passer [ ar tous les degrés qui mènent au cardinalat , et ne lui donna le chapeau qu'après toutes ce> épreuves, dont son neveu se lira avec hontje.ir. \oilà à quoi se réduisit le népotisme de Pie VI. Un vieil ecclésiastique, nommé Amanzio Lepri, cité )iour ses bizarreries, et fils d'un Milanais ({ui s'était prodipieusemenl enrichi dans les douanes, lit spontanément une donation de tous ses biens aux deux jeunes B aschi, soit pour se donner une giande faveur auprès du pape, suit pour légitimer, en quelque sorte, une fortune si rapidement acquise. Cette donation, au moins indiscrèie, privait de sa i-uccession une nièce fort jeune, Marianne Lepri, dont les donataires ignoraient peut-être l'existence et les droits. Amanzio mourut quelque temps après; et la famille jiroduisit un testament qui révoquait la donation, mais qu'on aiguait de faux. L'affaire ayant été portée au tribunal de l'aud.teur de la chambre, la donation avait été d'abord confirmée : sur l'appel au tribunal de la rote, la sentence, après des dénats extrêmement longs, fut ensuite infirmée. Les donataires s'étant pourvus en révision, par une forme particulière à ce tribunal, en ver-
(l)Le peuple s'écriait souvent : Qunn(o e bello, quiitifo e bello! Taiito e bello, quanta c stinto.
(2) L'auteur des Mémoires ph.losoplii(iues el /i/sfotiques.
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tu de laquelle un plus grand nombre de juges est a 'i)flé à prononcer en dernier n""»sort, la iion;ilion fut 'le nouveau réhabil ti'o dans li'us srs ell'els Le pape s'iiit, rposu niViumoins comme médiili'ur. Ses neveux ahatidounèri'Ut la moitié ([(> la succession à la niccc, (pii fut marié' avantageusMinont.
Ainsi se termina cotte affaire, (juc les détracteurs (le P.e VI peignirent d s plus odieuses coule:M'S. H.Uous-n.)us de passer h des événements plus dignes d'attention. « Il faut « convenir, dit lui des détracteurs les plus « amers de Pie VI, qu'il a gouverné 1 E^l.se « à une époque où les plus grands tidents et « les i)lus grandes veitns n'auraient pu la « uiettieà l'abri des orages. «(>'o«/. 1. s Mém. Inst. et philos.) En ell'ot, non-seulement les pr ncipes de la p!dloso,>liie moderne s'étaient insinués dans les dernièies classes du la société, mais plusieurs souver dus eux-mêmes semblaient s'être mis en lutte ouvert^; aveo l'aulorité religieuse , notannnenl l'empereur d'Allemagne, Josej)h II, que dirii^e.-dent Kaunitz, vieux ministre plein de vanité et d'orgueil, et Herberstein , évè(pio ambitieux (1). Pie VI, justement alarmé du dan,:,'er de sa posit on, crut ne pas devoir s'eii tenir aux siiuples communications dirlomatiques : il résolut d'.dler à Vienne traiter en pcisonne avec Joseph. Ce votag ■ ép ouva la plus vive oppo'iilion dans sa f.unille et ians le conseil ; le cai'dinal de Uernis su. tout re|irésentaiiavec force l'humiliation qui résulterait pour le chef de la r. ligion d'une dî'inarche inutile: mais P.e VI était résigné à tout, et ses esjiérances ne furent pas toutes déçues (2). Joseph le reçut (1782) avec une inagnilicence atfectée, dont il comjitait b:en se faire un moyen i^our atfaiblir l'autorité du jiaije, en redoublant de respect [>our sa personne : on essaya môme de tenter le pontife, en lui of-
(I) Quclf|iics princes revemliqir.iient des parties do domaines, ;\pji;u'leii;iiil depuis limg einp.i au souverain do U.iine, soit à litre de donaiion, soit par des traités d'aiitie iiainre. Paiini eux on leniarquait surtout li:s prin.es ilalien.s. Le granJ iliic de Toscane rétianiail le duclié d Uiijin; le roi de Naples nienaçail d'oi:cup 'r Bénévenl; il n'y avait pas jusqu'à li répuldique de V.iiise, et iiiùine jusqu'au duc de Modène, qui n'essayassent d'aj:)u;er quelques parcelles du duclié de Ferrare ;i leur domaine liérédilaire, dont la lolalité devait bienioi eue envahie par inie puissance tout aulreincnl formidalde que celle de réve(iue de Home.
(•2) Le voyage de Pie VI à Vienne a été représenl.' par plu^ieirs liiîlorii'us, entre autres par r.iiileur dc;s H(Uiwircs pliiusuiiliiiiucs, coiinne une inaicli,' triomphal,', peu (.iyiie de la modestie du vicaire de Jésus-Chris; : c'est un niensO;ige insigne, dcinontié par tnus les lénoiiis oeulaires, et par les propres p.iioles d'un anlcui conieinpoi'ain, HeeeaUai, qu'on ne soiipi;ounera p as d'adidatio.i envers t'iC Vi : liuslcra sulo u iliri:, ecril-il, ch'eqli fu iiss/ii lonlnito <iel l'iislo sjityaludii Leone X el Clciueihc \ ll,qii.:iiilo xi purtarunu a livlvijnu (Sloiiailel seeolo xvii, Ijii.xtv, p. 1-27). L'eipiipag' et la suittr du pipe éi.ienl de la l)lus grande si. iiplieite. (a- qu'il y eut de plus remar- <iualde, ce riiiem 1 s aeclamalions cl les vceuv du piuqile, (|ui le re(.nt avec (les transports viaiment extraordinaires sur toute sa route, et jusqu'aux portes de la capitale de l'Autriclie.
frant le titre de prince de l'empire pour son neveu. Pie VI re'us i modestement, mais avec fer iieté. U s it parfaitement se concil er l'amour, la V'néi^ati'ih, renthous'asinedes.j)ciiples, tandis q lo, d'aulre part, le prince, par son invineiiile obstination, et le premier ministre (1), par ses su[)erbc'S et riJicu'cs dédains, chcrcliaienl i\ lui faire subir des inortilications . t ies dégoiits. L'infie eur vint à Koine 1 umée suivante, et déjà l'on put remarqiiL'r qu'en traitant l'alTaire d • l'archevêché (le Milan, il avaii cédé sur quelques difficultés as-ez sérietises, pa; suite &e l'estime 2u'il avait conçue pour la personne du pape, es dispositions favorables s'accrurent par la suile ; et, en 17'e0, l'impérieux Joseph, alanué des mouvements du Brabant, se vit forcé de demander à Pie VI des arnies spirituelles, pour ramener ses sujets r voilés contre l'aut.irité lég time. Ce fut ainsi cjue l'o. mion .•ub'ique dutchanzersurce voyage, d'abord si vivement condjat u. Cependant l'ex-empereur d'Allemagne av.iU 'braDié l'Italie : en Toscane, le grand duc Léopold, frère de Joseph, imbu des mèm.'s docirines, mais plus prudent, avait (jris pour auxiliaire de ses projets révè(pie de Pistoie, Hi -.ci, tieveu du dernier général des jésuites, que danganelli avait fait enfermer dans le ciiMteau Saint-Ange, et que Pie VI y avait laissé mourir, dans la crainte de porter ombrage aux couronnes qui avaient exigé de lui la uestruetion de cott • société. Vn s,, iioile, leuu à Pistoie, en 1786, avait consacré toutes les maximes anlirom unes, et Léopold avait entrepris do faire conlirmer lesd>'C:ets du .synode dans un concile tenu l'année suivante à Florence, oii se tro vèrent dix-huit archcvêipies ou évèques. Trois d entre eux seulement donnèrent leur approbation. Léopold sentit dès lors le danger d • son ei.treprise : le temps mûrit ses réflexions ; et, en 1790, re\emi)le de son frère l'instruisit de la nécessité de réiiarer ses imprudences. lin lui succédant au trône im|)érial, il >e hâta de faire sa jiaix avec le clergé brabançon, qui dirigeail, en grande paitie, l'insurrection «es vill s, et d'abolir toutes les innovations introduites par Joseph. Le nouveau gr<ind duc en lit autant en Toscane: il rel !i,ua Kicci dans un couveiil, après l'avoir forcé h présenier sa démission ; et Pie VI eut la consolation d'obtenir une réconciliation com(ilète avec l'empire et la 'ioscane. A Naples, ce fut une es,.èce d'intrigant, nommé Tiiniicci, parvenu au ministere,(pii dirigea les alta.iucs
^l)Ce fameux Kauiiitz, que le grand Frédéric représente, dms SCS Mémoires, comme un homme l'orl médioere, tout rnllé encore du flivoridsme àc sa déluiite souveraine, joignait à la morgue allemande une espèce de latuiie qu'il copiait gauchement sur les modes françaisi-s. 11 dedaig.ia de rendre visite au p p'; el lors pie Pie VI lui lit l'honneur de se transporter che?. lui p;iur examiner son supjrbe cabinet, l'or^u illeux niiaistre alfecla de parailie en une espèce de négiig(>aii milieu d'un cercle tout resplendi-saiil de m.iguilicence, et de serrer t'amilièremenl la main du pape, ([ .e tous les autres, el l'eaiperouv lui-même, baisaient avec respect.
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contre l'autorité du saint-siége. A l'ascendant qu'il avait obtenu dans le conseil se joignait le ci'i'ilil de la reine, s..eur de Joseph; et tout l'esprit de la cour de N-ii)les ne liit, penilant Ion ,tem[)s, ((ue celui de la maison d Autriche. La sunpressioii sub te et v/oli'iite do soixantc-dix-liuit raonastores en Sicile, Ja nomination d'un archevcV[ue lie Niples, à laquelle le roi prétendit o'abord avoir un droit exclusif; le refus du clia|)eau lie cardinal fait à ce même archevôque, pour leqnel on avait, en quelque sorte, arraché l 'institution du pajie ; le rejet imiiolitique des indulgences qAe la cour de Rome éta t dans l'usage d'accorder au peuple najxîlitain, furent, dès 1775, les premiers bran Ions de liscorde. On séquestra de riches ab' ayes appartenant au cardinal secrétaire d'Kiat ; on menaça de s'emp.irer du duché de Bénévent ; eiilin, l'on suscita de nouvelles diflicullés dans les cérémonies d'un ancien usage féodal. Le roi, oubliant que le piemier prime de sa maison, qui était monté sur le trône de Naples, le devait en gran ie partie aux prédécesseurs de Pie VL pai- suite de ce droit de suzeraineté attribué alois au saint-sié^-,e, unagina de disputer sur la présentation de la haquenée, espèce d'homm;ige-lige. La cérr^monio de ce, te présentati(jn se lit, en 1777, avec quelques res;rictions i)ubli(|ues, et jjresque outrageantes, auxquelles Pie \I opposa la fermeté, la modération et la dignité cjui ne l'abandonnaient jam is. La cour d'Espagne, où régnait le père de Ferdinand, tcmoigna son mécoiitenlement contre Tanucci, dont le ciédit commença dès lors à b lisser. Le chevalier Acion, qui lui succéda dans la principale faveur, se montra moins violent. Le marquis Caraccioli, vice-roi de Sicile, l'ut appelé au conseil. Ce seigneur, un des hommes de son siècle les plus aimables et les plus spirituels, qui a\ait été longtemps amb.issadeui- en France, sentit les inconvénients qui pouvaient résulter d'une misérable querelle. Le cardinal de Bernis lut envoyé à Naples pour négocier, et l'un ne pouvait faire un meilleu. ,clioix. De gian(is changements s'annonçaient d'ailleurs dans tous les esprits. Les peuples commençai. 'iit à intervenir dans les dissensions des g uvernements, où tant de uroits étaient en litige, où tant d'intérêts étaient froissés. Le Brab.uit s'agi.ait, et les moyens militaires n'avaient pu comprimer la révolte. La santé de Joscfili il, l'àme ae tous ces bouleversements ph.losopjiiques, déclinait d'une manière aiarmant.' , et les trônes cliancelaienl déjà. Toutes ces circonstances amenèrent, à la tin de 1789, un rapproehemeiU née, ssaiie. L'hommage de la baquenée fut couve, ti en une prestation pecuiiiairi', q.i satisiit les deux puissances. Le Toi et la reine d.j Naples vinrent à Rome mettre le dernier sceau ii cette réconciliation, qui fut sincère de ]iart et d'autre. Les démêlés avec la lépulj.ique de 'S'enise et 'e duc de lUoilène causèrent aussi quelques ch.igrins à Pie VI, qui en triomplia par les mêmes moyens de douceur et de modération.
De tous les princes d'Italie, celui qui régnait
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sur le Piémont, et le duc de Parme, furent les seuls qui résistèrent au torrent. Dans le reste de l'Europe, Pie VI eut moins d'adversaires à comb ttro. La France, encore monarchi'iue, denieurail lidèlo au culte de Clovis. L'EsiKigne imitait rexemiiUnle la France. E.i Portuga , la mort du manjuis de Ponibal, le plus ardent ennemi de< jésuites, avait rendu à la reine ia I berlé de renouer avec le saint-siége des liaisons amicales. En Pologne, le roi Stanislas ne te montrait pas moins attaché à la cour de Rome ; il lit [lunir l'évèque de Cra' ovi , ainsi que d'autres écrivains, qui tentaient de prop.iger des maximes (-ontiaires aux bulles. Les princes i rotest iiits ne traitaient pas Pie VI avec moins d'é;,ards. Frédéric lui sut gré d'avoir été le premier pape qui lui eiit donné le titre de roi, et den'avoir |)asinquiélé les jésui.'es auxquels il ava t donné un refuge dans si s Etats. Calherine il exigeait davantage ; c^le demandait i.ne liulleq.iileurperniit de recevoir des novices. Pie VI, embarrassé d une demande opiioséeaux engagements (ju'il avait [irisaveo les puissances catholiques refu>a avec sa douceur acco;itumée, et céda sur d'autres points, tels que la nominal on de l'évèque de Mallo à l'archevêché de Moiiilo\v,et d'un jésuite à la coadjutorerie de ce siég •, ainsi (jue sn.r la promotion ,.u cardina at, eu nonce Archetli, qui avait eu la | lus grande ,'art à la négociation. On ferma les yeux sur l'article des novices, que les jésu tes continuèrent à recevoir. Pie VI n'avait d'ailleurs aucune force pour s'y opposer. Les enfants de la czaiine, sous le nom de comte et de comtesse du Nor.l, vinrent admirer l.'s richesses du Jîuséum rem.iin, et lasuperbe roule rétablie d.ms les marais Pontins. (îustave Jll, excité par les mêmes motifs d'une noiile curiosité, quitta aussi un moment les glaces du N.ird pour venir visiter le Vatican. Les souverains, qui av.iient enfin compris (;ue c'était s'en prendre à leur projire autorité que d'atta |uer l'autorité religieuse , vo.. lurent remédier au mal que l'erreur avait déjà fait; mais l'impulsion é.ait donnée, et la i-évolutioii française éclata. Après les premières mesures prises au détriment du clergé français, des attaques plus formelles furent dirigées contre la cour de Rome : on supprima les aimâtes, et dès lors il fut question de s'emparer d'Avignon. L'as, emblée Con-tiluante imagina la laineuse constitution civile du, cleiyjé, et afin de donner ia fnic(^ nécessaire à cet .'Cte mmistrneux d'impit'dé et d'orgueil, on exigea un serment formel; tout ce qui refu,sa deleprt'ter fut privé des secours et des aumônes c|ui représentaient les bénélices abois. Sur loS évêques, quatie se d ment s'y soumirent; la plus gr neie partie du clergé, composé de soixante-quatre mille individus, suivit cet exemple, et [.réféia la misère au jiarjure. L'émanci[)ition de tons les ordres monai tiques, le divorce, le mariage des prêtres, d.vinrent des lois de l'Etat et des titres de proscription, non-seulemenl contre ceux qui se refusèrent à leur exécution, mais contre ceux oui osèrent les dé,s-
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approuver. .'»u milieu de tant do désordres, Pie VI ne |ioiivait pas garder le silence. Il s'expliqua sui- l'xisces points dans plnsieu s t'crits, niais surtout dans son liief ,Joctrin;il, qui est un cliet'-d H'uvre (l"clot|nenie et d ; s ine tli(5oloj;ie. Loin d'employer des menaces, qu'on eût tMUvécs orgueilleuses, et qui n'eus.-ent produit qu'une vaine irrit.itidn, c'est avec les armes de la raison et les préceptes des saints canons qu'd ciiinl)at ses ennemis. Le courage dont il est animé, U cherche à l'inspiierau mi i-lèn- qui dirigent a!ors la France: « La résistance fût -> lie « pleine de dangers, écrit-il à l'arc'ievèque « de Bordeaux (1), alors garde d s sceiux, « et à l'arilievéque de Vienne, (pu avait la « feudie des bénélices, il n'est jamais permis « de paraître abanilunner un instant la foi « catholique, môme avec le dessin de reve- « nir sur ses pas, quand les circimstances « auront changé. « Défenseur zélé des droi s d'autrui , mais désintéressé comiilétement pour ce qui le touche, il suspcn i la i erce;)tion des taxes pour les expéditions de France. « A lin, dit-il, que l'on ne croie |)as « que notre inquiétude ait d'autre obiet que « la religion, et pour fermer la bouche aux « ennemis du Siégeapostolique. »fintin,dans ]e bref dnctrinal, qui sera toujours cité comme le monument le |ilus honorable pour son pontiticat, Pie Vi professe des principes bien éloignés de ces maximes ultramontaines, tant repiochées à quelques-uns de ses prédéres-eurs, en lisant, avec autant de modéiation (|ue de clarté et de sincérité, les limites eulre li s deux |iuissances. Tant d'efforts génér.'ux furent inutiles. Legouvernemenlfrançais, trop faible et trop etfriyé, n'osa s'opposer aix décrets désastreux de l'assemblée Constit aiite, et 1 issa le pape et le clergé expo-és seuls dans l'arène. Les évoques, imaginait qu'un sacrilice éclatant pourrait Ciianger l'état des choses, offrirent tous au pape la démission de leurs sié.;es ( mai 1791). Le pape la refusa, en les exhortant à attendre les décrets de la Providence. Qnelques brefs consola eurs pénétraient difiicilement jusqu'à eux. A mesure qu'ds tombaient entre les mains des factieux ils étaient brûlés avec ignominie , et le ministère français souffrait ces indignités. (Voy. les Martyrs (le la foi, tome IV, pag. 278. j Tout lien religieux fut rompu dès lors avec la cour de Home ; à peine quelques vaines considérations extérieures retenaient encore le len politique. Le no: ce du pape fut contraint de se retirer : l'elligie de Si Saiir.eté f t brûl 'e ; et les jiouvoiis du ca diiial de He nis, qui n'avait pas voulu pi'èter serment, furent r.'voqués. Cette noble résistance ne lit qu'accroître la fureur des révolutionnaires. Ils étaient importunés par la vue de tant de malheureux, dont la courageuse résignatiou pouvait exe. ter niu! dangereuse pitié. On résolut de s'en défaire, en les désignant connue des rebelles à l'autorité nationale ; et la dé-
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(I) Voy. l'Ilistdirc du clergé pendant lu révolution, r l'abbc Barruvl.
nomination de prêtres réfraclaires, qui parut , pr)urla première fois, dans des actes publics de 1 administration, fut un si;nal de proscript on. Tel fut le sanglant héritage légué par l'assemb! l'e Constituante à ses successeurs. A peine avait-elle disparu, que la glacière d'Avignon fut comblée de cadavres, parmi lesquels les ecclésiastiques lurent les principales victimes (2't octobre 17!)1). Trois év '(jues et plu^ de trois cents prêtres f irent égorgés dans les journées des 2 et 3 septembre 1792. Tout ce qui [tut échapiier au ler des bourreaux et des assassins était déport'^, ou se condamnait à un exil volonlaiie au d.'là du Rhin, des Alpes, des Pyréni'es, et des b;irrières de l'Océan : l'Europe fut couverte de prêtres réfugiés (1). Pins de quatre raille d'entre eux reçurent l'hnsp talité dans les Etats romains. Pie VI les accueillit avec Ja chanté d'un pasteur et les larmes d'un pèie. Ces malheureux ecclésiastiques trouvèrent à Rome (les victimes non moins illuslres delà révolution, Mesdames de France, qui les y avaient précédés. Quelques années après, le roi et la reine de Sa daigne devaient auss' venir y apporter leurs infortunes et leurs douleurs. Depuis la révocation du cardinal de Bernis, le gouvernement français avait ()roposé plusieurs ambassadeurs, que Pie VI avait refusés, entre autres le comte de Ségur. C'était la légation de Naples qui dirigeait, en quelque sorte, la diplomatie française à Rome, soit en correspondant avec le consul nommé Digne, so t en envoyant des agens de ses bureaux. Le 13 février 1793, un sieur Flotte, major de l'escadre française, en croisière devani Napl'S, arriva porteur d'une lettre oflicielle, qui enjoignait au consul de faire placer sur sa porte et sur celle de l'acaQémie l'écusson de la liberté. L'olUcier de marine se chargea de l'exécution, accompagné d'un certain Hugon de Basseville, jadis abbé, précepteur des enfants d'un banquier de Bayonne, Cabarrus, depuis écrivain philosophe, etalorsl'ami inlimede Brissot.Ils devaient, à la suite d'une orgie civique, être appuyés dans le mouvement qu'ils avaient préparé, par les élèves de l'école de France. Les deux émissaires répuolicains se promenèrent en carosse sur le cours, étalant avec
(1) La raorl de Loiiis XVI ajouta un chagrin mortel à tous ceux dont Pie VI était déjà accaldé. Ce fut il ceUe occasion que se déploya cette affection si vive, que le caidiiial de Bernis avait depuis longtemps annoncée, eu écrivant : Pie VI a le cœur tout fruitçnis. Ette parut tout entière dans l'allocution du 17 juin 1793, ui'i te saini pontife s'ccriait avec l'accent des douliimeuses lamenialions du propliele sur le sort di Sioii : Ali! Ciitlia, Cailla ! a prœdecessoribus noslris u})\)ftlalu lotius cliriiliankutis spéculum Quam liod c nversa a nobis es! qm.m
h^stili in veruiu reliijioncm nuimo! ac inler omnes qui uiiquam [ucrunl inst'ciulores infcslhsima! ah ! itcrum Cullia, etc. Celle cloquenle allocution fut traduite dans le leuips par l'archevèipie de Nicée (Mauiy) : dans la première édilidn, publiée à Kouie, on remarquait l'épilliéle Sii'Ieralissimus, donnée à Voltaire ; dans la traducliiiii franvaise de Par s, eu 1815, 1818 et I8il, celle (piilu-le a élé relrancliée. (Voy. les Martyrs de la foi, loin. IV, pages 271 el'ili-)
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orgueil la cocarde tricolore. La multitude s'assemble et fait entendre des menaces; on y répond de la voiture par des insultes : le peuple s'arme de pavés, et le tumu! e est au comble. Flotte et Basseville , assaillis de toutes parts, sont obi gés de mettre pied à terre; ils se réfugient dans la maison d'un banquier français où le peuple les poursuit. Basseville veut se défendre avec un slylet dont il s'était nnuii : un barbier lui |)0;(eun coup de rasoir clans le bas-ventre, et le blesse mortellement. Cependant la force armée arrive, et protège sa retraite. Le pape envoie son propre chirurgien ; mais le blessé mourut dans la soirée du le: idemain, après avoir fait témoigner ses regrets et demander pardon an cardinal secrétaire d'Etat. Il montra les sentiments d'une piété édiliante. Le consul Digne suivit cet exemple (1) ; et Flotte revint <i Naplcs, avec soixante-dix écus romains que la chambre apostolique lui fournit, parce qu'il n'avait pas, même l'argent nécessa're pour son vovage. Pie VI eut son d'instruire toutes les puissances des céiails de cet événement : la Convention nationale ne manqua pas de représenter l'atf d, e comme un assassinat prémédité, dont elle comptait tirer vengeance ; mais elle ne put accomplir ce dessein. L'anarchie la plus complè.e, iles rébellions intérieures, des profanations, des massacres, des succès militaires, dont elle récom|)en-a jibisieurs de ses gém'raux en faisai t tomber luuis tèles (2), tels fment les événeme ts (|ui lui tirent |)iTine de vue Rome, contre la(|uel e elle ne lit |)0iut d.' houvelle tentative, depuis la dé astr U'^e expédia tion d'Oneille. [Voij. la note l,tol.'^'n.) Le 9 theimidor ^27 juillet 179i) arriva. On crut en It.die comme en France à un chan^enient heureux , et beaucoup de i-retres français se disposèrent à rentier dans Icir patrie. Pie VI ne croyait pas le danger passé; et il les exhoita à demeurer. Cédant ensuite à leurs instances, il ht assurer leur voyage par tous les moyens qui étaient encore en son pouvoir. Ses pressentiments ne furent quti trop ju>titiés. Le Direc.oire, qui avait succédé à la Convention, suivait les mêmes I)lans avec moins de violence et [dus de perfidie. Les supplices étaient plus raies, et la persécution n'en était pas moins active. Il voulait moins de sang, dit Carnot dans son premier mémoire, mais des larmes en abondance. Tout était cononij^u et avili; l'aimée soutenait seule la gloire de la nation, et mépr sait le gouvtrnemenl à qui elle faisait célébrer et craindre ses trionipnes. Ap es avoir suumis tous les pays en deçà du Khin, il lui restait à conquc-rir lltalie; et Bona,-aite fut chargé de cette expédition au com.uenccmeiit de l'année 1796. Le général fiançais, après
(1) On a suivi, dans ce récit, M. l'alibé Guillon, auteur des Martyrs de la foi, Iciiioin de beaucoup de faits, et dépositaire de tons les souvenirs du cardinal Spina, qui n'avait pus quitté Konie pendant tous ces événements, et qui resta auprès de Pie VI jusqu'à sa mort.
(2) Luckner, Cuslines, Houchard, Beauharnais.
tïiie suite de victoires éclatantes, força les Autr, chiens à repasser l'Adige, et le pape, voyant cette barrière rompue, la seule qui pût défendre le pays d'une invasion tôt de, avait pris le parti de négocier. L'ambassadeur d'Iîspagne, Azara, fut chargé par Sa Sainteté daller trouver le vainqueur, qui, laissant un moment respirer l'archiduc Charles, s'était porté ra[)idement sur sa droite, pour envahir les Etats du sant-siége. La cession des deux légations de Bologne et de Ferrare satistit à peine l'avidité du conquérant, auquel il fallut en outre promettre les plus beaux tableaux, les plus belles statues du Muséum, et une contribution de quinze millions. D'un autre côté, des commissaires particuli rs du Dircctrdre, étant venus à Florence, dictaient des pro|)ositioiis encore plus dures : ils voulaient que Sa Sainteté se rétractât, désavouât, annulât toutes les bulles, tous les brefs, maniements, instructions pastorales, et généralement tous les écrits émanés du saint-siége depuis le commencement de la révolution. Pie VI, indigné de ces propositions, dédira s'y refuser au risque de sa vie : il aima mieux traiter avec le général. De son côté, Bonaparte avait eu orure do s'emparer de Rome ; mais, soit qu'il voulut saisir cette occasion de faire preuve d'indépendance, -oit qu'il eût conçu dès lors la pensée de laisser une ombre d'existence à r. uioiilé leligi use, jiour la faire servir à de plus vaste- projets, il se hf.ta de conclure un traité qui aoutait aux articles déjà arrêtés la cession d'une partie de la Bomagne, élevait la conliibution à la somme de trente-un millions, outre ],i fourniture de seize cents clu-^aux.Cl■t ariangement signé, il ne perdit ]ias un moment pour ratoiinior vers le Tyril, laiss.int quinze mile hommes sous le commandement de Victor, ahn de gard r les pays conquis. Telle fut la paix, ou plutôt la trêve de Tolentino (19 lévrier 1797), qui porta la drsolalion et l'anarchie dans les murs de Rome. Pie VI déployait un courage surnaturel au mJieu de tous ces revers. Sa modération, son activité, l'exemiile qu'il donna de tous les sacritices, ne furent que de faibles palliatifs, qui retardèrent seulement une douloureuse catastrophe. Les familles les plus considérables et les plus riches se dépouillèrent, comme le pape, de leur or, de leur argenterie, de leurs chevaux, de leurs voitures, de tout ce qui appartenait aux jouissances d'un vain luxe. Le trésor du château Saint-Ange fut bientôt épuisé, et l'on eut recours inutilement à la latale ressource du papier-monnaie. Le Directoire s'était vu, avec un dépit mal dissimulé, arracher une proie qu'il bnliait de ressaisir. Ce n'était pas assez de tous les maux qui accablaient le sain!-père , les calomnies les plus absurdes furent inventées pour acci lérer sa perte. 11 était accusé d'avoir permis le passage à la cavalene napolitaine, qui voladà Mi an pour secourir l'Autrche, comme s'il avait eu à sa nisposition des forces imposantes pour l'empêcher ; et on lui re[)rochait en outre d'avoir soDoé un instant à se mettre en état de dé-
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fcnse, et h prmd'c qn(>!q\ics-unfis de res mesures dift.'es par la siinplo prudence, lûur maitilMiir la liaiiquill.té intérieure. Tout C"la. d'ail 0 rs. avait préci'd.' ie (niit(^ de Toleiitiiio. Mais le Directoire aval d'nii- Ir 'S moyens de salira eliir le 1 1 foi jurée. Il pri ssà t avec la dirniùre rigui'ur le versement de la rançon pc'v iniiaire, et incna^iait iiauiomenl. La sédition vint à son secours: lu 27 décendjre 1797, un ra^seinjjlcincnt armé et déployant le drapeau tricolrne se forma autour m palais de ramliassa(Jeur de France, Joseph Bonaparte, dans le (piarticr des Transiéverins : à i'autie extrémité de la ville, un mouvi'MKMit semblable s'était manifesté, et les factieux devaient se réunir au ccn:re, lorsqu'un détachement de cavalerie Be I r(>sf'nt.i pour empêcher la jonction. Le rassembfemeiit, où se trouvait nn général français, nonnué Duphot, à côté do rauil)assadeur, voulut forcer h' pa^-sai^e, et latrdujie fit feu (1). Duphot fut atteint d'une Ijalic et mou:ut |)iesc]U(( sur-le-champ. Le |)ape était malade depuis plusieurs jours; et le cardinal Josepii Doria, gouvernant <n son nom, au lieu de se plaindre d un att:ntat aussi évident contre l'autorité souveiiiiise et la iran(piillité publique, envo, a faire dos excuses à l'amba-sadeiH" franc os, (jui s'enfuit à Fliirence. Le carduial écrivit, dans les mômes termes de soumission, au jjriiice Massimi , amb-'ssadeur eu France. Le moment |iarut favoiable au Dirctoire p'our parvenir à ses lins. Le général îîcrtliier [u-it le couunandement de cette année que Bonaparte avait la ssée dans la Marche d'Ancône, et, le 2!) janvier 171)8, il vint camper sous les murs de ll(jme. Il se lit iirécéder d'une proclamaiion, mcnaçnnte contre le pape, tlattouse pour lepeiqjfe, et dans laquelle il protestait de sa déféron( e pour la voonté nationale des ciloyens romains, de son attachement aux intéi'éls des gens de bien, de son respect pour les piopriétés généi-alos et j)arliculiér(s. Ce moyen ne [louva.t gUèie manqui rsonilfc'l sur cette [partie corrompue des hab tants d'une grande ville, qui es, ère tout d une révi.fition, et sur la foule des gens timides et paisibles, dont la srtreié.comjiromise lia.iS les convu'sions d'une anarciiie sans frein, trouve une garantie plus assurée dans un gouvernement usu pateui', m is ferme cl |)UiSsant. Due dépulalion solennelle vint prier le général îrançais d'accomplir ses g(''néreux desseins. Dés le lendomn.u (15 lévriery, il entia dans la ville avec Alasséna, l'ini de ses l.euicnai.ls, et les spoliations connnencèrenl. On mil les srclli'sau Muséiuu, aux galeries, sur tous les obéis précieux qui lievaienl faire désormais la jiroie d la grande nation. On avait jiropo.sé u l'ie \i d'en soustraire une partie à l'avidité des vainqueurs; mais il opi)Osa labonno
(1) Nous avons p'ssi'' rapidement sur un f.iii con.s gué ilaiis lotis les Mériioins du leiiips, iiujour- •l'Iuiiionnu l'i jugi^ par TKurope culicic. Voij. les «emuiiet liu l'alil.o GoriJil , les Miirliirs 'de lu (ot, Cli;.
foi des traités, qu'il faut observer, même avec des scélérats; et pas un anneau, pas un camé-e, n^^ furent ilétournés de leur place. On vendit h vil prix les statues et les vases qui orna'ont la viPa A!b;ni, et le palais du cardinal Busca à Sainte-Agathe dei Monti. Pendant ce temps on planiait un arbre de libiTlé au Cajiitole, on attachait des co-ardes tricoliiresaux oreilles du c'ieval de Marc-Anrele; on créait un directoire corn osé de s pt memlires, aveclosipie's tigurait un secrétaire français, nommé Bas al, ex-vicaue ?» Versailles, qui avait joué un rô'e dans les preni'ors temps de la révolution. Tous ces bouleversements s'opé aient sous les auSj.ices de l'armée conquérante, qui remplissait l)ar ces grands exploits les promes-es de son génér.d. Les spoii.itions qui devaient s'exercer sur la personne même ilu pape furent conhé(!s à des conniiissaires très -habiles en ce genre, et ca' abls des reeh -rches les plus minutieuses (i). l'ie VI fut dé ouille de ses meubles, de la jlns riche partie de ses ornements pontificaux, de ses moindres bijoux. Sa bibliothèque paiticuhère, composée de pins de VO mille volumes, fut vendue h un libraire de Borne, [tour douie mille écus en cédnles. On eut n.'anmoins l'a r de vouloir conserver au pape une ombr(; d'aiitoiité ; in lui lit propi'ser, par le général Cervoni, de prendre la cocarde triculore. P:e VI la repoussa avec dignité: « Je ne connais poi t, « dit-il, d'auire uniforme que celui dont l'E- « glise m'a honoré. » On éla:t b;en assuré d'avaiu;e de ee refus ; et tout était préparé pour rexécuti(m des grandes nipsitres. Ce fut le commissaiie lîaller qui fut cliai'gé de les annoncei' et de j.ri'sser le déjiart du pape (2). Le saint-père allé,,uait son grand ;lge et ses inlirmités: « Je suis à peine convalescent, « s'éciia-t-il, je ne puis abandonner uioa « peuple ni mes devoirs; je veux nioorir ici. « — Vous mourrez parlou , ré))liqua Haher: « si les voies de douce r i e vous jiersua lent « pas de iiaràr, on emiiloiera les moyens de « rigueur [iour vous y coi.tiaindro. » Pie VI, resté sed a ec ses domest'ques , |)ariit pour la première fo s acciUlé d' i douleur. Il entra dans son oratuire, se recueillit un instant d ms le seii de Dieu, et lejiarut au bout de quelques moments : « Dieu le veut, « uit-il,en rejirenant sa sérénité ordinaire; « i)rép,.ri.ns-nous a recevoir loui ce que sa « prov. douce nous destine : » et pendant les
(1) Parmi les commissaires, un bnufiuier suisse et calviiiisto, noiiiino lîaller, se fil disiiriguer par des nianiei es iiisiilcntes et liiiilales. Uieii n'tTliappiiit à sa vigilanlc rapacité. Après avoir fait iiiain-liasso sur les «Hijets les plus précieux, il ap^r^ul aux doigls du pape deu\ l)a;;ucs, tpi'il se lit remettre avec des menaeis assez posiiivfs de s'en emp.irer de vive force. Il est vrai (pi'il renilil le lendemain celle qui éiail d'une uKMiidre valeur. Ou rougit de raconter tant de bas'iesses et diulaniies.
(t>) Il est :: reu)ari|iier que toutes ces vexations coiiiuieuceient U- IS levrjer, jour de l'anniversaire de l'cxaltati^m de Pie V.l. C'était lous les ans une fèie solennelle dans la roui pontificale. Uuoi(|ue le pape liil iiialaile alor,-, ranuiversaire fui céléi)rc, pur les cardinaux, dans la chapelle Siiliue.
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quarnnle-huit heures qu"il passa encore à Rome, il ne cessa de s'occuper des affaires do rKglise et de ses devoirs rcii^icux. La niiit inèuiede son dé|iari, 20 lévrier, le commissaire français, qiii'av.iit devancé le ]'.>ver (kl jour, le tioiiva t>rosterné aux pieds du crucilix. « Dépèchez-vi us, » s'écriait l'impatient exécuteur de cette violence sacrilège ; et , le pressant de descendre l'escalier du Vatican, il ne le perdit point de vue ([u'il ne fût monté dans la voitur'C oui l'alteniiait. C'est ainsi que ce véiié able ponlife, arrac'ié à son palais, était trainé au lieu en ore incertain de son exil et de son supplice, h travers les létièlires d'une nuit désasireuse, dont un ora,j,e épouvantable vint encore augmenter l'horreur. Un détnchem lit de drago s, qui accompagnait la voiture, servit à écarter la foule du peuple, que loat s les précauîious d'une in(juiè:e surveillance n'avaient pu empèrher de se tenir éveilli- pour se précijiiler sur les i)as de son souverain. Le pape aviit à ses côtés son médecin, son ni.uli'e de cfiamb;e , et devant lui quelques personnes de sa maison. A la porie Angélique, lis coinmissaiies fianças lui di'Ciaièrent qu'il ('tait sou> leur i-esponsnbilité, et lui fi ent prendre le chemin de Viterbc. Que ques adoucissemei ts se luèlètent néanmoins aux peines de sa position : sur la loute, 1,8 pa.ysaus accf'Uraienl de toutes pans; les plus é oignes s'agenotii.laienl |icur recevoir sa bénédiction ; les jilus jins de la voiture expri;nr,ient h tiau'e voix leur douleur et leurs vœux. Quelques i)rètres, des Finançais surtout(l),écliapiies h la colère des vainqueurs, heureux naguère des bienfaits d'une généreii e bospitabt'' , maintenant h peine couvei'ts de vêtements co/.vunables à la misère et ii la nécessité ne Ué,.;u ser leur étal, étaient parvenus à rejoindre 1 illnstr:; voy/igeur. Le pape les accuiillait avec le plus tendre intérêt, se gloiiliant de combattre, de soufl'rir avec eux, et di; travailler aussi à mériter ci s consolations sublimes que la religion seule peut donner. La Toscane éiait la | rem ère pause de ce voyage, ou plutôt de Cet odieux enlèvement. Li- projet du directoire était de dépo ter d'abord son ca|Hif en Sardaigiie: mais il craignit les Anglais, et changea u'avis. Arrivé à sienne, le pape fut logé au couvent des Augustiiis, où il séjOurna pendant trois mois, loi squ'un événement < xtraordinaire le força d'en sortir. Le 25 m. i, un tremiileiutnt (;e terre énranla toute la maison, el lit < crouler le plafond de la chambre que le saint-père venait à (leine ue quitter. Ou le tiansféia dans la Charireuse, près Florence, où il aiiiva le 2 juin; là, du moins, il put recevoir la visite du grand duc, du roi 1 1 de la reine de Sardaigne : le premier, tremb ant isous la surveillance tyrannique de la dominati^ n française; et les autres, récemment chassés
(I) Voy.dans les Martyrs de la foi, renlrelien que je pipe l'Ul a Bologne avec un ecciésiahtii)ne franais habille en soldat. Cet etclésiasiiquo eiait M. labljé oAuribeau.
de leurs Etits, où ils avaient laissé des souvenirs imino:lels de bonté et de vertus. On peut imaginer, et non pas décrire, tout ce qu'une telle entrevue dut avoir de tombant et d'admirable, dans une circonstance i;ui rasse nblait tant dillustreb et déplorables exemples de la fragi ité des grandeurs lium.ine-. « J'oublie, dans des moments si « doux, tomes mes disgrâces, disait (Jharles- « Emmanuel au saint-pèiO; je ne regrette « point le trône que j'ai perdu : je letroiivo « tout à vos pieds. — Hélas! cher prince, « répondait Pie VI, tout n'en que vanité; « neus en sommes, vous et moi, la iriste « preuve. Portons nos regards vers le ciel ; « c'est là que nous atlen"eiit des trônes (,ui « no périront j'imais. » Et ce couple aug' ste pressait le vénérable vieillard de l'accompagner en Sardaigne. « \ene/ avec nous, saint- « père , lui disait la sœur de Lou^s XVI , « Ma ie-Clotilde , nous nous consolerons « ensemble : vous tiviuver« z dans vos en- « fants tous les soins resjiectueiix que mé- « rite un si tendre pèi e. <> i'ie VI se refusa à ces généreuses instances : il donna pour excuse son g: and dge, ses intirmités, et surtout la crainte d'éveilier les soupçons de leurs farouches oppresseurs. Il Icillut se ré- .'■011 ire à d'étemels adieux, et cett(> sépaïation cruelle altéra, d'une manière plus doulouieiise encore, la s.mté (u saiiit-(ière. Cependant il ne se rakniit pas un instant oans les o cuii.it ons les | lus dignes (le son courage. iMalgiv la di.iiculté des coii:munications et la rigueur de la su veillance dont il élait environné, le déidoreble état des affaires de l'Eglise trouvait constamment en lui toute l'ardeur d'un zèle infatigable. Pendant celle premère pérode de sa captivité, qui dura dix mois, réduit à un très-jetit nombre de personnes qui j artageaienl son sort, il put p/olitT du moins de quelques n^oiuents di? calme pour se livrer encore à des travaux dont l'utilité et la gloire rappelaient les plus beaux jours de son pontitical. Ce lui là qu'il reçut i'ex()ression de la douleur du liuele clergé de Franc, et jiarticuhèreinent des évèques réfugiés en Angleterre. Le bref qu'il leur adressa en léponse, le 19 novembre Î7y8, rippede et la haute élo.juence de saint Léon, et l'OiClion pénétrante (ie >aii t Cié,oiie. 11 ini la aussi leur intiéj i.iité, en combattant , avec non moins de V gueur ie serment de haine à lu royauté, que des ecclésiasliques faibles ou égarés avaient cru devoir pre.er. Cependanl les négociations secrètes des cabii ets étrangers redoublaient les ai xiélés ou directoiie français, qui sou, çonn.nt, avec raison, que la délivrance de Pie VI serait le but de leurs princiiaux etl'ûrts. Par un calcul de perliuie, q i concil ait sa peur et sa cruaulé, il voulait que le grand duc chassât lui-même le sahit- ère. Le prince répondit que ce n'était j»as lui qui avait appi lé le pape en Toscane, et qu il ne se ciiargerait pas de l'en faire sortir. Cette généreuse résislance valut bientôt après au grand duc l'i nvabis-ement de ses Etals, et à la France la dépouille tle
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l'Elrurie. DrtiiS le moment, ott «en tint encore à nt^gocier; on lit proposer h l'Autriilie d.) recevoir Pie VI au couvent Je Moelk, près le Danut)e. L'imjirudente jactance <le ramba«saiieur français k Vienne dérangea ce projet (1). On sonda l'Espagne, qui exigea des conditions inacceptables au gré du gouvernemint français. On parla de nouveau de la déportation en Sardaigne. On ne prit aucune résolut on définitive, et les choses restèrent au même état. Au commencement de l'année 1799, les hostilités recommencèrent. Les nrmées'russe et autrichienne menaçaient rilalie, où la garde de l'auguste prisonnier ■devenait plus incommode, et pouvait gêner les opérations militaires. Le Directoire prit donc le parti de le faire transporter en France. JVIais la maladie du pontife avait fait des progrès alarmants. La paralysie s'était établie sur une de ses jambes, qu'on avait couverte de vésicatoires. Ce fut en cet état qu'on l'enleva , le 1" avril pour le transférer à Parme, où il respira [lendant quelques jours, consolé par les égards respectueux du commandant français (2), et par la visite de l'infant et de sa famille : mais, ie 13, des ordres plus rigoureux lui intimèrent un nouveau dép.trt. Les médi cins représentèrent en vain le danger d'un transport aussi brusque, aussi violent. Le commissaire français entra dans la chambre, lit découvrir le lit du malade, ins; ecla les plaies avec cette brutalité farouc!io qui convenait si bien à sa mission, sortit un moment , et rentra presqu'aussitôt , en disant : Il faut que le pape parte mort ou vif. La résistance était inutile; elle pouvait être dangereuse en com;:roinettant les souverains du pays, et le pape n'.nsisia pas davantage sur ses propres soullVances. Le H, il fut uiené à Plaisance, d'où on le lit partir, le 15, ooiir Lodi, afin de le conduire par Milad à ru.in. Mais à peine avait-il passé le Pu que la crainte d'être surpris par les ennemis saisissant ses gardes, il fut ramené à Plaisance , pour regagner Turin par une autre Mute. Il arriva le -2'i. dans la capitale du Piémont. On le fit entrer h trois iieures de la nait dans la citadelle par la jiorte de secours, alin de tromper l'empressement du peuple, avide de j uir de sa présence. Il se iroyait au terme de ses persécutions, lorsqu'il npprit le lendemain qu'il allait être transféré en France.» J'irai partout où ils « voudront, s'écria-t-il, en levant les veux « et les mains au ciid : Anderà dove\^or- « ruiuw; » et le vendredi , 20, il est enlevé également pendant l;i nuit , et conduit à Oulx, où il est lo^é chez les chanoines réguliers. Le lenilemain, on se mil en devoir de franchir lu mont Geiièvre : à peine a-t-on
(I) Le général nernadolle fit .nrlinror ips armes de la rcpuliliqiie, mal-iv le poiipic de Vienne, qui l'ùi- 6ulla el liilill^'ca de revenir iii l-'ianee.
(-) Le n( ie eel esiiiiial)l(' dllitiiT est niailiiii-
rcusemenl omis dans l'Iiisluiiv iln temps. 11 ne /, ut pas (inblier de dire (pic p„. V|, louclu- de son pmté.lé, lui lu présent d'un cheval niaynilique, t"l'oii aciiela par boi ordre.
ptf itilTtrr vfUelques préparatifs décents , au moins indispensables, pour le transport du j)risonnier. Ses membres sont couverts do plaies. On est obligé de le soulever avec des sangles pour le placer dans une voiture." On « parvient enfin îi l'asseoir sur une es|)èce « de chaise h porteur, qui n'était guère q 'un « grossier brancard. Les [irélats et les pens « de sa très-modeste suite ont des mules « pour gravir les rochers. C'est en ceté atqiie « le saint-père est porté sur la montagne. « Pendant quatre heures, il va, sus|)endu « sur des sentiers étroits, entre un mur de « vingt pieds de neige et d'S précqiices « effrayants. Des hussards piémontiûs lui « offrent leurs pelisses; il les remercie en « disant : Je ne soutire pas, et je n' crains « rien; la main du Seigneur me protège vi- « siblemeiit parmi tant de dangers : allons, « mes amis, du courage! mettons en Dieu « notre confiance. » Le 30 au soir, ce lugubre cortège, qui ressemble déjk à un app reil de funérailles anticipées, entre dans Briançon. Pie VI tuuche enfin le sol de ceite France, d'où l'on a vu sortir tous les maux de l'impiété , et où le ciel a préparé des miracles de repentir. Le peuple, honteux de ses crimes, de sa gloire ■ t de sa misère, fatigué d'un gouvernement qu'il méprise et qu'il abhorre, commence à gémir des d 'i lorables excès de l'u'réligion et de la rév( lie. L'aspect déchirant de cette victime auguste, qu'on lui offre en sacrifice, le rappel e à d. s sentiments de piété , dont souvent il n'es plus le inailre de cacher les émotions : mais il esl interdit au pa])e, enfermé dans l'hôfiital de Briançon, de s approcher de la fe, èire près de laquelle la foule se presse pnur s'efforcer de le voir. On le sépare dis fidèles compagnons de son mai lyre (1), qu'on envoie à Grenoble. On ne lui laisse que son confesseur et un aide-camérier. 11 passa vin^tcinq jour-s dans ce cruel isolement , qui eût duré plus' longtemps sans doute, si les rapides progrès de Souwarow en Italie n'eussent inspiré de nouvelles frayeurs au Directou-e, qui se détermina à fai.e transporter le pape a Valence. Ce nouveau trajet fut mêlé de quelques consolations, qui purent adomir du moins l'amertume de ses derniers moments. Pendant que le Directoire et ses odieux satellites cherchent encore à multiplier les outrages contre leur victime, les habitants du pays multiplient sur ses pas les témoignages d'amoiir, de douleur et de vénération. A Gap, à Vizille, à Grenoble surtout, un même sentiment a électrisé tous les cœurs. Les personnes de to<.t âge, les calvinistes même, expriment tout haut leur adnnratioii et leur religieuse pitié. Les femmes se tunt remarquer par des traits de courage, et par ce te ingénieu->e sensibilité qui s'anime encore davantage ti la vue du péril, et
(l)C'élail l'arclicvrqMc de Corintlie, Spina, depuis cardinal, ciai-ehevequedeGénes; le prélat Caraeeiolo, maitie de chamlire de Sa Sainteté; le P. neuamcra, son cbapelaiiv. çt son secrétaire, M.
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ne manque presque jamais de moyens de succès. Quelques-unes d'entre elles se déguisent en servantes, et séduisent, à force d'argent, les gardes du pape, pour être reçues dans sa maison, et y exercer les plus humbles emplois. A son départ de Grenoble, une mère et ses deux fdles suivent à pied la voiture jusqu'à TuUins. Sur la route, cent jeunes vierges, velues de blanc, se réunissent pour lui jeter des couronnes de fleurs. Le impe, souriant à ces hommages si purs , si naifs , bénissait avec bonté cette innocente jeunesse. Quelquefois les gendarmes de son escorte se prêtaient k ces empressements; quelquefois aussi ils les repoussaient , suivant l'impulsion qu'ils recevaient de l'autorité supérieure, devenue plus déliante encore, et plus irrésolue , par les orages élevés dans son propre sein. Des cinq directeurs dont elle était composée, trois venaient d'être expulsés par une mesure extraoï'dinairo (1), et ce changement convulsif donnait à toutes les opérations politiques une incertitude, une hésitation, qui annonçaient la faiblesse d'une puissance qui se voit sur le point de tomber en dissolution (2). Le Ik juillet cependant, le souverain pontife arriva à Valence, accom|iagné de ses fidèles amis, qu'on lui avait rendus à Grenoble. Il fut logé à la citadelle, dans l'appartement du gouverneur, près le couvent des cordeliers, qui servait de prison à trente-deux prêtres, dont plusieurs avaient épiouvé la bienfaisance du pape , pendant leur fuite en Italie. Il fut sévèrement défendu à ces infortunés de communiquer avec leur bienfaiteur, et à celui-ci de sortir de l'enclos du jardin , « de peur, disait-on, « qu'il n'occasionnât du trouble et des rasce semblements. » Pie VI , indifférent désormais aux choses de la terre , aux outrages des hommes, ne songe plus qu'à se [)réparer au dernier des sacrifices. Tous ses moments sont consacrés à la prière. Quelquefois ces actes de piété sont interrompus par des regrets qui ne tombent que sur cet épouvantable déluge de maux qu'il va laisser après ■ lui : « Mes souffrances corporelles ne sont « rien, disait-il , en com]3araisOii des peines
« de mon cœur Les cardinaux et les
« évoques dispersés... Rome, mon peuple!... « l'Eglise I ahl l'Eglise!... voilà ce qui, nuit « et jour, me tourmente. En quel état vais-je « donc les laisser? » A ces pensées si amères , si douloureuses, se joignaient de nouvelles persécutions. Le Directoire, effrayé de plus en plus des progrès de Souwarow , avait ordonné, le 'i- août, que le pape serait transféré à Dijon : « bien entendu, ajoutait-il , « que le voyage sera fait aux dépens du saint « Père. » il défendait même expressément qu'on s'arrêtât à Lyon; mais la maladie avait lait de tels progrès, que le moindre mouve-
ment extraordinaire pouvait hâter l'instant fatal. Le 20 août , vm vomissement violent annonça que la paralysie s'était jetée sur les entrailles : les secours de l'art h- tirèrent avec peine d'un évanouissement profond qui suivit cet accident. Tous ces symptômes d'une dissolution imminente décidèrent le pape à demander le saint viatique, qu'il reçut placé dans un fauteuil, et revêtu de ses ornements pontificaux. La connaissance lui resta jusqu'à la fin : il expira le 29 août 1799, à une heure 25 minutes du matin. Il était âgé de 81 ans 8 mois et 2 jours, el avait gouverné l'Eglise |)endant 24 ans 6 mois et 14- jours. La nouvelle de sa mort ne se fut pas plutôt répandue dans le public, qu'une foule immense accourut [lour rendre aux restes inanimés tlu saint mai tyr les hommages de sa vénération. Les autorités civiles n'essayèrent pas même d'arrêter cet élan universel. Ceux qui ne pouvaient obtenir le plus simple objet qui eût ap|jartenu au |iontilc, jetaient des fleurs sur son cercueil , et remportaient ce qui avait j)u y touchei-. Le Directoire ayant permis ((uon observât, en cette circonstance, les formalités , et qu'on ren lit les honneurs accoutumés, le corps avait été embaumé et enseveli avec ses ornements , et les actes qui accompagnent la dépoudie mortelle d'un souverain (IJ: et le cœur, avec les entrailles, avaient été renfermés dans une urne particulière. Ce dépôt sacré resta dans la citadelle de Valence jusqu'au moment où Bonaiiarte, qui venait de s'élever au consu at, publia une résolution prise le 30 novembre 1799, avec ses collègues, par laijuelle ils arrêtèrent : « Que « les honneurs de la sépulture seront rendus « à ce vieillard respectable |jai- sesmallieiirs, « qui n'a été un moment l'ennemi de la « France, que séduit par des conseillers per- « fides qui environnaient sa vieillesse; ajou- « tant qu'il est de la dignité de la nation « française, et conforme à la sensibilité de « son caractère, de donner des marques do « considération à celui qui a occupé un des « premiers rangs sur la terre, etc. » Cet acte, qui en imposa Tongieraps aux gens de bien , et qui annonçait de plus v,istes desseins, fut exécuté d'une manière mesquine : l'inlmniation fut faite dans le cimetière commun; un protestant eut seulement la permission de faire élever une petite voûte en maçonnerie, dont la porto fut murée, afin de' reconnaître le lieu de la sépulture. Les cIk ses restèrent en cet état, jusqu'au 15 juillet 1801, éjioque à laquelle le concordat , accordé par Pie VII à Bonaparte, servit de rançon à la dépouille mortelle de son prédécesseur, qui fut enfin transportée à la basilique di' Saint- Pierre à Ruine , suivant les intentions du testament de Pie VI. {Voyez les détails très-
Ci Treilhard, Merlin, et Laréveillère-Lepaiix.
(2) C'élail cinq mois avant fa révolution du 18 Brumaire ; mais en ce moment on avait déjà ciioisi sccrctement un chef unique du gouvernement : ce devait être Joubert, qui lut lue fe l'J août 1799, à fa bataille de Novi.
DlCriONN. DE RiOGRAPHIE REUG. IIl.
(1) Ces actes sont l'inscription liistorique, sur des tafik'lles de cuivre, des pièces de monnaie de dillërenies espèces, frappées sous le r. gne du seuverain défunt, etc. L'cpitapfii! que Ion mit sur son cercueil contenait ces mots très-iemarquafjfes :
lu aice in qua obscs Gulloriim cusioiliebaïur,
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curieux de cette exliuruation dans les Martyrs de la foi, tora. IV, [>. 330 et suivantes.) Les entrailles ont été rendues à la ville de Valence, sur ses instantes réclamations. Un monument exécuté par un sculpteur français , M. Maximilien Laboureur , élève de Canova, décore le mausolée qui les renferme, et porte cette inscription, envoyée de Rome par le cardinal Spina :
Sancta Pii scxti redeunt pnecordia Gallis : lioma tenet corpus, nomen ul)ique sonat.
La longue durée du pontificat de 'Pie VI , ses qualités brillantes sous un aspect purement humain , plus admirables encore dans ses devoirs religieux; une fermeté imperturbable dans les combats qu'il eut k soutenir tour à tour contre les souverains et contre les peuples, des vertus touchantes dans les calamités qui l'accablèrent; la vénération, l'enthousiasme qu'il ne cessa d'inspirer alors même que le prestige des grandeurs de la terre avait disparu, et la part qu'il dut prendre aux premiers, aux plus déplorables événements de la révolution européenne , lui assurent une trop grande place dans l'histoire , pour qu'une foule d'écrivains ne se soient pas empressés de lui consacrer des souvenirs ou d'éloge ou de blâme. Ce fut la satire qui ouvrit la lice : elle prohta du deuil de la religion [tour insulter à ses regrets, quand elle ne pouvait encore répondre que par des larmes. Ce fut dans les derniers mois de 1798, c'est-à-dire pendant la captivité de Pie VI, que parurent les Mémoires historiques et philosophiques. Cet ouvrage, composé par ordre du directoire, est écrit d'un stjlie^plus amer qu'énergique, plus aiïecté qu'élégant, et très-souvent rempli de mauvais goût. Indépendamment des déclamations, des impiétés cyniques, qui font les grandes réputations parmi les incrédules, l'auteur tombe dans les contradictions les plus grossières. C'est ainsi, par exemple, qu'après avoir peint Pie VI tour à tour comme entêté et irrésolu, comme impétueux et pusillanime, obligé cependant de rapporter tant de faits qui prouvent une liaison, une suite non interrompue dans toutes les parties d'un système où l'élévation des pensées n'excluait pas la modération, la bonté , la douceur des moyens d'exécution, il essaie d'attribuer tous les malheurs du pontilicat de Braschi à la timidité, à Vinconslance do son caractère; ot bientôt il les rejette sur la fatalité des circonstances. Une telle instabilité de jugement dispense d'un examen plus approfondi (1).
D'autres écrits ont vengé Pie \l de ces odieuses calomnies. Le premier est : le Précis historiqui de la vie et du pontifical de Pie VI, par M. Blanchard, Londres, 1800. Cet ouvrage répond aussi aux Mémoires philosoi)hiques; l'article Pie VI dans les Martyrs de la foi, ar-
(1) Les rédacteurs des Annales philosophiques, morales et titti'rnires, donnèrent plusieurs arlicles contnr les Mémoires de Bonrgoing, et répondirent avec autant d'esprit que de vérité à loutos les vaines attaques de cet auteur.
ticle fort étendu et fort curieux ; Viaggio del pereyrino apostoiico, Rome, 1799, par un des personnages qui suivirent le paite jusqu'à Valence; les Mémoires de M. l'abbé d'Hesmivy d'Auribeau ; VOraison funèbre de monseigneur Brancadoro. — On a VHistoire de Venlêvement et de la captivité de Pie VI, par l'abbé Baldassari ; traduite de l'italien , et augmentée d'un Précis historique des 22 |)romières années du pontiticat, par M. l'abbé de La Couture, Paris, Lecoffre, 1 vol. in-8^
PIE VII (Grégoire-Barnabé-Louis Chiaramonte), né à Césène, ville de la Romagne, dans les Etats romains, le 14- août 17iO, était fils du comte Scipion Chiaramonte et de Jeanne Ghini, famille peu riche, mais trèsconsidérée dans le pays. Le jeune Grégoire, désirant embrasser l'état monastique dans l'ordre de Saint-Benoît, se rendit à la célèbre abbaye du Mont-Cassin, chef-lieu d'une congrégation fort répandue. Il passa ensuite à Rome, et entra dans le célèbre monastère de Saint-Paul extra muros, dont l'église, monument précieux et pour la religion et pour les arts, a été, en 1823, dévorée par les flammes. Chiaramonte professa la théologie dans plusieurs couvents de son ordre, et se ht remarquer par ses talents et sa piété. A ces quahtés il joignait une conversation aimable et les plus heureuses qualités du cœur et de l'esprit. Il était concitoyen et parent de Pie VI, qui le nomma à l'évôchô de Tivoli. Quelque temps après, il fut attaché à l'administration du siège d'Imola, dont il devint évèque en 1786, en même temps qu'il reçut le chapeau de cardinal. Ses nouvelles dignités n'altérèrent nullement la bonté et la modération de son caractère : il en donna une preuve éclatante, ainsi que de la ferveur de son zèle pour son troupeau, à l'époque de l'invasion des Français en Italie. La mort récente de l'infortuné Louis XVI avait exaspéré les peuples contre la république française. Toute la Romagne se mit en armes pour résister à ses soldats. Le digne évoque d'Imola n'épargna ni exhortations ni sollicitations pour calmer l'etl'ervesceiice des esprits. Les Français furent bien reçus à Imola, mais en même temps une insurrection éclata dansLugo. Le pieux évèque adressa une touchante past'n-ale aux insurgés, les engageant à déposer les armes. N'en pouvant rien obtenir, il s'adressa au général français, Augereau, qui, touché de son zèle et de ses vertus, épargna les vaincus, et parvint à éviter un horrible massacre. Deux républiques venaient de s'établir en Italie sous les auspices des Français, la Cisalpine et la Cispadane. Chiaramonte parvint à laire élire dans son dé|)artemeiit des députés amis de la religion, destinés à le représenter. Mais quelques scrupules agitant sa conscience, il publia une pastorale où il rendait douteuse la com(iatibilité de la religion avec le système républicain d'alors, et il irrita ainsi les partisans du nouvel ordre de choses. Le ministre de la police générale en rendit cotnpte au Directoire, et le prélat s'attendait au môme sort que le cardinal Mattéi, qui avait été renvoyé de son diocèse pour une semblable ,
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protestation ; cependant il ne fut pas inquiété. Quelque temps après,'le gouvernement anarchiste intercepta une correspondance de Chiaramonte avec les cardinaux Mattéi et Gioannetti, évêque de Bologne; dans cette correspondance on trouva une circit/rtîVequo les trois prélats devaient, d'un commun accord, adresser aux pasteurs de leurs diocèses, par laquelle ils leur ordonnaient d'exhorter les habitants à prendre les armes en faveur de l'empereur d'Autriche et de la religion. On comprend quelles conséquences fAcheuses pouvait avoir cette circulaire pour les (rois cardinaux, si dans ce moment les Français n'avaient pas été repoussés (1799) par les Austro-Russes. Aussitôt que la Uomagne fut évacuée, l'évêque d'Imola publia une Lettre pastorale qui exhortait les fidèles à obéir aux nouveaux vainqueurs. Le sort des armes ayant expulsé les Austro-Russes de ce pays, les Français occupèrent encore la Romagne. Cependant Pie VI était mort à Valence le 29 août 1799. Les cardinaux, chassés de Rome, s'étaieiit réfugiés en Lombardio, à Gênes, dans le Piémont et dans les Etats de Venise. Après la mort de Pie VI, tous se réunirent en conclave dans cette dernière ville ; ils en firent part à tous les souverains, et n'oublièrent pas Louis XVIII, alors proscrit, et résidant en Courlande. S: M. leur lit la réponse suivante : « Nous reconnaissons solen- « nellement le pontife qui sera choisi par « vous, (t lorsque Celui par qui régnent les « rois nous aura rétabli sur le trône de nos «( ancêtres, nous ferons respecter son auto- « rite légitime dans toute l'étendue de notre « royaume, et nous justifierons notre titre « de roi très-chrétien et de fils aîné de l'Eglise. « Donné à Mittau, le 14 novembre 1799.— « Signé, Louis. » C'est le 1" décembre de la même année que s'ouvrit le conclave composé de trente-cinq cardinaux, en y comprenant le cardinal llertzan, ministre de l'empereur d'Autriche, qui arriva peu de temps après. Les cardinaux Albani, Archetti, Bellizzoni, Martiniaiia, ^e partagèrent, pendant trois mois, les sutl'raoes, qui enfin tombèrent tous, excepté trois, sur la personne de Chiaramonte, auquel jusqu'alors personne n'avait songé : il fut élu pape le 14 mai 1800. Le nouveau pontile, pour honorer la mémoire de son prédécesseur, prit le nom de Pie VII. Sa Sainteté demeura quelque temps à Venise, quitta cette ville le 6 juin, s'embarqua sur une frégate impériale, la Bellone, prit terre à Pesaro, continua sa route par terre, et entra dans Rome le 3 juillet 1800, au son des cloches et au bruit de l'artillerie du château Saint-Ange. Le premier soin de Pie Vil avait été de s'entourer des personnes dont il connaissait le dévouement pour l'Eglise romaine, et il conlia les principales charges de sa cour aux prélats Caratla.Marotti (ex-jésuite),Balbi, Widmann,Falconieri,Simonelti, et l'abbé AnnibalSchmid.il créa le cardinal Roveiellaprodalaire; et le prélat Consalvi, qui était auditeur de rote, fut nommé pro-secrétaire d'Etat, puis cardinal. Pie VII apporta la même prudence dans ses autres choix. Les ressources de l'E-
tat avaient diminué, Bonaparte ayant pris, après la bataille do Marengo, trois riches légations. Pie \n sut pourvoir à tout, et son gouvernement temporel et spirituel commença sous les plus heureux auspices. A peu près à cette éjioque, il parut à Venise une brochure où, tout en démontrant les dangers produits par les maximes du jour, l'auteur suppliait le pape de rétablir les jésuites. « Leur destruction, disait-il, a été une des « principales causes de la révolution fran- « çaise, qui n'aurait jamais éclaté, si leur « société avait été maintenue. » Pie VII se borna, pour le moment, à témoigner son affection pour cette célèbre compagnie, en en publiant, le 7 mars 1801, un bref en faveur des jésuites, par lequel il leur permettait de s'établir en Russie, nommant , pour chef de l'ordre, François Kareu, délégué jiar le saint-siége. "Trois ans après, et par un autre bref du 31 juillet 1804, il sanctionna l'établissement de ce même ordre dans le royaume deNaples. Dans cet intervalle, PieVII s'occuj)a à fermer, ou au moins à diminuer les plaies qu'avaient laissées dans les Etats romains les troubles révolutionnaires. Il fallut entrer en composition avec d'avides acquéreurs des dépouilles de l'Eglise, qui avaient acheté à bas prix, et avec un papier-monnaie connu sous le nom de cedola (cédule), des chefs-d'œuvre des arts. Ces transactions fui'ent très -onéreuses au trésor papal, qui était déj;i, ainsi que les établissements publics , grevé d'une dette énorme. Pie VII, en faisant un appel h l'amour des ])lus riches de ses sujets, qui accoururent olïrir leurs secours, donna le preiÏHer l'exemide. On retrancha dans le service du palais tout ce qui n'était pas indispensable, et le souveraij;i^de Rome vivait comme le plus simple particulier. En même temps, il rétablit l'ordre dans 1 administration, satisfit au vœu public en assurant le libre commerce des grains et de toutes les denrées de première nécessité. Par une autre loi , on établit une répartition des impôts plus juste et plus modérée; enfin Pie VII rendit un bref qui réprima l'indécence des vêtements des femmes, malheureusement assez commune dans Rome, et qui était devenue plus scandaleuse depuis la révolution. Si retenu par de graves motifs d'économie. Pie VII n'éleva point de somptueux édifices, il restaura du moins les anciens chefs-d'œuvre. L'arc magnifique de Septime-Sévère, au pied du Capitole ; ceux do Tite et de Constantin, dans le Forum romain, furent déblayés, et reparurent dans leur premier éclat. Une des vertus les plus éminentes de Pie VII était la modération unie à la fermeté. Le cardinal Ruil'o, par suite de ses victoires, ayant chassé de Naples les Français, une junte suprême fut établie dans cette ville pour punir les coupables de rébellion. Dans les châtiments qu'on infligea, il se mêla des vengeances particulières. Sans considération pour le rang, le sexe ou les services, on exécuta des princes, des princesses, des moines, des
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prc^lres, et môme des évè([uc-.s, auxquels on n'avait à reproi'hei- qu'un moment de faiblesse ou d'erreur. De ce nombre fut Nntali, (^véque de Vico, qui, après avoir été exposé aux insultes d'une populace effrénée, fut pendu en place publique, au milieu des vivat et des huées des lazzaroni. Pic VII, affligé, écrivit au roi de Napies une letlre énergique. Le gouvernement napolitain donna pour excuse, ciue deux prélats avaient assisté au conseil de la junte suprême, et que c'était il eux et non au roi à se justilier. Le pontife, peu satisfait de cette réponse, excommunia les deux (n-élats, Gervasio, arche-
!vèque de Capoue, et i'évèque Torrusio, vicaire apostolique de Napies, et commandant en second de larmée de Ruffo. Quand Bonajiarte, à son retour d'Egypte, se fut fait proclamer premier consul, il sentit que, sans la rligion, il n'y avait pas de gouvernement stable , et qu'en outre , en rétablissant le culte catholique, il remplirait les vœux de la grande majorité des Français. Après la bataille de Marengo, il ouvrit à ce sujet des négociations avec Pie VU; et le cardinal Mai tiniana, évoque de Verceil, fut l'interméaiaire de ces négociations. Bonaparte, en assurant le saint Père de son resitect pour sa personne, le pria d'envoyer des délégués il Paris pour préparer un concordat. Comme dans tout état de choses, le premier objet, notamment pour un iiontife, doit être le bien de la reli-çion. Pie VII chargea de cette mission dillicile M. Spina, archevêque de Corinthe, et le P. Caselli, ex-général des servîtes, tous deux profonds théologiens. Malgré tout leur zèle et leur talent, mille dillicultés s'opposèrent, pendant un an, à la conclusion du concordat. Enlin le cardinal Consalvi , secrétaire d'Etat, et honoré de toute la conliance du saint Père, vint h Paris, où il dut acheter le retour de la religion en France par bien des sacrifices. Outre les trois légations, que le pape fut contraint lie céder défmitiveruent à la France, le consul exigea une nouvelle clrconscj-iption des diocèses, et la démission des anciens évô- ({ues. Le pape fut obligé de consentira cette dure condition. Le plus grand nombre des prélats, obéissant à la voix de leur pasteur suprême, se démirent de leurs sièges, mais ([uelques-uns s'y refusèrent. Le concordat fut donc signé à Paris le 15 juillet 1801, et Pie VU le ratifia à Rome le 15 août suivant. Afin de donner une sanction plus imposante à cet acte, le pontife i)ublia, le 27 no-
. vembre 1801, une bulle solennelle, et le cardinal Caprara vint ensuite en Franco pour doiuier l'institution aux nouveaux évêques, et terminer tous les arrangements relatifs aux affaires ecclésiastiques. On publia le concordat h Paris le joiu' de IMcjiies, 18 avril 1802, et le retour à la religion fut cidébré avec i.iompe dans une cérémonie solennelle, où assistèr( nt les trois consuls et les principaux corjis de l'I^lat. Peu de temps après, Bonaparte lit sanctionner par le corjis légisi.ilif des articles on/aniqucs ijui altéraient sensiblement l'esprit et le fondement du
concordat. Pie VII ne dissimula point la douleur que lui causait cette artificieuse conduite; et dans une allocution, prononcée en consistoire secret, le 2'» mai 1802, il déclara aux cardinaux, « qu'en promulguant « le concordat, on y avait ajouté plu- « sieurs articles dont il n'avait pas eu con- « naissance... » Aussi et par la mesure arbitraire du premier consul, le concordat ne produisit pas tout le bien que les fidèles en attendaient. Les réclamations du pontife auprès de Bonaparte ne furent écoutées qu'au moment où celui-ci se fit proclamer empereur. A l'exemple de Pépin, il voulut qu'un pape lui donnât l'onction royale. Pour l'obtenir, il fit espérer au saint Père qu'il rendrait à la religion son ancienne splendeur. Pie Yll. entraîné par ce motif, et craignant d'ailleurs que son refus n'eût les résultats les plus iunestes, après avoir longtemps hésité, tint un consistoire secret le 29 octobre 1804, et, d'après ces considérations, dit aux cardinaux : « Vénérables frères, vous voyez « combien sont justes et puissantes les rai- « sons que nous avons d'entreprendre ce « voyage; nous y sommes déteiminé par « des vues utiles pour notre sainte reli- « gion. » Ce pontife quitta Rome le 2 novembre 1804, jiendant une saison rigoureuse : il en fut dédommagé pendant sa longue route par la joie vive et les acclamations que sa présence excitait, non-seulement dans les villes d'Italie qu'il traversa, mais en France, et surtout à Lyon, où le 13 il dit la messe dans la métropole et donna, sur un balcon, la bénédiction papale à une foule immense, qu'il trouvait partout sur ses pas. « Que grâces en soient rendues à Dieu ! » s'écria le saint Père dans l'excès de sa satisfaction paternelle. Le nouvel empereur lui avait envoyé à Turin une députation comjiosée des cardinaux Cambacérès et Fesch, et de MM. Aboville et Salmatoris, le premier, sénateur, et le second, [iréfet du palais. Il arriva le 25 à Fontainebleau, et à peu de distance de cette ville, à la croix de Saint-Hérem, eut lieu sa première conférence avec Napoléon. Le 28, il entra dans Paris, où il fut reçu par les mêmes acclamations, et où tous les corps de l'Etat lui furent présentés. Avant de quitter Fontainebleau, Pie VU exigea positivement de Napoléon une déclaration inilividuelle des évêques constitutionnels, sur la sincérité de leur soumission aux décrets de Pie Vil. Il la reçut ainsi qu'il l'avait demandée, et elle était conçue en ces termes : « Je déclare, en présence de « Dieu, que je jirofesse adhésion et soumis- « sion aux jugements émanés du saint-siége, « et de l'Eglise catholique, apostolique et « lomaine, sur les alfaires ecclésiastiques « do France. Je prie Sa Sainteté de m'ac- « corder sa bénédiction apostolique. » Les cérémonies du sacre eurent lieu comme on sait, le 2 décembre ISO'i-, dans l'église de Notre-Dame de Paris. Le 1" janvier 1805, le pape tint, à l'archevêché, un consistoire oii d donna le cha[)cau h MM. de Belloi et Cambacérès, qui ne l'avaient pas encore reçu, et
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répDiidit en latin à un discours dans cette iiiùiiie langue, quo lui adressa le premier de ces prélats. Après cette cérémonie, le pontife tint un consistoire secret, où il nomma M. Charles-Théodore de Dalberg, électeur chancelier de l'empire germanif(ue, archevêque de Mavence, au siège de Ratisbonne (que ce prélat administrait depuis 1803), métro- ])ole qui comprenait celles de Mayence, Trêves, Cologne et Strasbourg, et il lui donnait pour suffragants les évoques qui l'étaient précédemment de ces quatre archevêchés. C'était le prélude d'autres arrangemonts pour l'Eglise d'Allemagne, mais qui n'eurent pas lieu. Le jiontil'e donna ensuite le rochet à deus ecclésiastiques que Sa Sainteté venait de créer évê(|ues de Poitiers et de la Rochelle ; et, le 22 mars, il y eulun second cunsisloire pour nommer à des églises vacantes. Pendant son séjour à Paris, partout oiî Sa Sainteté se présentait, elle était reçue par de nouvelles acclamations de Vive le Pape! Vive Pie VII! Tous les corps de l'empire lui envoyèrent des députations; mais le saint Père ne put obtenir la récompense qu'il attendait pour tous ses sacrifices. Il [)ersistait toujours à tiemander l'exécution des promesses qu'on lui avait faites; après plusieurs conférences qui n'eurent aucun résultat, Bonaparte se rendit à Milan pour se iaire couronner roi d'Italie. Sa séparation d'avec le saint Père ne lut point aussi amicale que l'avait été leur première entrevue à Fontainebleau. Napoléon avait fait offrir au pontife de riches présents; il les refusa : ses cardinaux refusèrent également des pensions. Pie VII, le cœur navré d'amertume, se disposa à retourner à Rome, n'ayant retiré d'autres fruits de son pénible voyage, qu'un supplément aux fonds assignés au clergé de France, le rétablissement des missions étrangères, celui des prêtres de Saint- Lazare, et des sœurs de la charité. Le pontife se mit en route le i avril 1805, après un séjour d'environ cinq mois à Paris. II fut reçu partout avec le même enthousiasme qu'il avait excité eu se rendant dans cette capitale. Il était accompagné de M. Brigode et de M. Durosne], le premier, chambellan, et le second, écuyer cavalcadour de Napoléon. A Châlons-sur-Saùne, il donna, après la messe, la bénédiction papale ; à Lyon, les jeunes gens de la ville formèrent la garde d'honneur du saint Père, et tirent le service du palais. Pie VII rouvrit à Lyon, et avec solennité, l'église de Notre-Dame de Fourvières, objet dans ce pays de la dévotion des peuples. La reine d'Etrurie fit au pontife l'accueil le plus distingué. Il logea à Florence dans le magnitif[ue palais Pitli, sur le grand balcon duquel il donna au peuple rassemblé sur la pface la bénédiction papale. C'est aux pieds du saint Père que le fameux Ricci, évoque de Pistoie, abjura ses erreurs. Le saint Père quitta Florence le 10 mai, et à la Storta, à l'entrée des Etats de l'Eglise, il trouva l'embassadeur d'Espagne et plusieurs seigneurs romains, qui étaient venus au-devant de lui. Il revit la capitale
du monde chrétien le 16 juin, au milieu de la joie générale, et son premier soin fut de se rendre à l'église de Saint-Pierre, où il fut reçu par le cardinal d'York, doyen, à la tête du sacré collège et du chapitre. Ce jour heureux fut célébré par des réjouissances publiques; et, le 26 juin, Sa Sainteté tint un consistoire secret où elle fit part aux cardinaux des résultats de son voyage, et des preuves de respect et d'attachement qu'elle avait reçues du clergé et des fidèles de France. Elle ajouta que son séjour dans ce royaume avait resserré pour jamais les liens qui unissent les catholiques avec le chef de l'Eglise. Le conseil ajiostolique, que le pa[>e avait établi avant son départ, et les administrateurs publics, méritèrent les éloges du sain( Père par le zèle avec lequel ils avaient rempli leurs fonctions respectives. Rassuré enfin par les intentions pacifiques que lui manifestait Napoléon, il s'occupa du bonheur de ses peuples. Ce[)endant il vit avec peine que le Code donné aux provinces italiennes, réunies à l'empire français, contenait sur le mariage et le divorce des dispositions contraires à l'esprit de l'^Eglise. Le pontife fit des représentations à Napoléon i,ui n'y rériondit, six mois après avoir été sacré par Pie Vil, que par l'occupation du port et de la forteresse d'Ancône. Le pape se plaignit di' cet inique procédé dans une lettre que Sa Sainteté elle-même écrivit à Napoléon; maison n'y eut aucun égard. Après la victoire d'Austerlitz, suivie du traité de Presbourg (qui fit passer sous la domination de Bonaparte Venise, l'Istrie, la Dalmatie, les îles de l'Adriatique et les bouches du Cattaro), Napoléon adressa à Pie Vil, le 7 janvier 1806, une lettre arrogante, dans laquelle il lui reprochait de suivre de mauvais conseils, et notamment ceux du cardinal Consalvi. Il ajoutait qu'il n'avait fait occuper Ancôneque comme Protecteur du saint-siége, et jiour empêcher que cette place ne lût souillée par les Grecs et par les Turcs. Les justes griefs de Pie VII contre Napoléon s'augmentaient de jour en jour. Le pape avait signé, le 16 septembre 1803, un concordat avec la république italienne; mais aussitôt que cette ré[)ublique fut érigée en royaume, on s'empara, au mépris de ce traité, des livres ecclésiastiques, et on les mit en vente, ainsi que les biens-fonds des évêques. On supprima ensuite des monastères, et l'on en réunit quelques-uns avec d'autres établissements religieux. D'envaliissement en envahissement, la puissance séculière s'arrogea une autorité exclusive sur les églises dépendantes du saint-siége. Le pontife fit de nouvelles réclamations, et comme elles n'eurent aucun succès, il cessa de donner des bulles pour les évôchés d"Italio. En attendant, Bonaparte s'empara des principautés de Rénévent et de Ponte-Corvo, sous le dérisoire prétexte qu'elles étaient un sujet de dispute entre la cour de Rome et celle de Naples. On promit au saint Père des indemnités qu'on ne donna point. Napoléon, après avoir chassé de ses Etats le roi de Naples, Ferdinand IV, était devenu maî-
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tre de loule l"Italie. Il plaça sur le trône de Naples, d'abor.l Joseph, son frère, nuis son beau-frère Mural. Il donna la Hollande à son frère Louis, et en môme temps Lacques et Pioinbino à madame Bacciochi, sa troisième sœur. D'après ce bouleversomcnt, opéré en une seule année (1806), Pie VII avait tout k craindre, et pour ses propres Etats et pour sa personne; mais Napoléon, avant de porter le grand coup, parut vouloir se concilier l'aflection du clergé français; il rendit plusieurs décrets en sa faveur, et prit des mesures assez sages relativement aux établissements ecclésiastiques.. Cependant Pie Vil décréta la canonisation de cinq bienheureux, savoir : François Caracciolo, Benoît do Saint-Philadelphe, Angôle Merici, Hyacinthe Marescotti, et Colette Boilet, Française, dont Pierre de Vaux a écrit la Vie. Depuis 1767, sous le règne de Clément Xlll, Rome n'avait point vu une pareille solennité; elle eut lieu le 2i- mai 1807. Cette même année, l'empereur français érigea en royaume la Westplialie, qu'il donna à son plus jeune frère Jérôme. Après avoir ainsi placé sur des trônes presque toute sa famille, Bona[)arte obséda, l'année suivante, le saint Père par de nouvelles demandes aussi indiscrètes que captieuses (1); il exigeait que le pape se joignit à la confédération (lu Rhin, qu'il ferm;U aux Anglais les ports d'Ancône et do Civita-Vecchia, et se plaignit, en outre, de ce qu'il entretenait des relations avec l'Autriche, et avec le roi Ferdinand IV, qui était alors à Palerme. Pie VII rejetant de pareilles demandes, un > armée française aiarclia sur Rome. On dit d'abord ({u'elle ne feiait qu'y passer pour se rendre à Nnides: mais, arrivée à la porte del Popolo, elle désarma les soldats d • Sa Sainteté, et s'empara du ciiâteau Saint-Ange. Presque aussitôt on braqua le canon devant le palais Qu\rinal, que lo pape habitait. On le somma de satisfaire aux exigences de Napoléon, à défaut de quoi l'armée française occuperait les provinces romaines. Six cardinaux eurent ordre de se rendre dans le royaume de Naples, dont ils étaient orij^inaires. Dans le mois de mars, quatorze autres cardinaux italiens furent renvoyés chacun dans leur patrie respective. Dans cet intervalle, le général français Miollis avait incorporé dans des régiments français la plus grande partie des troupes |iapales. Le 27 du même mois de mars, Miollis publia un ordre du jour jiar h'quei ces troupes restaient délinitivement au service delà France. Le 2 avril suivant, Na|)oléon rendit, à Saint- Cloud, deux décrets, dont l'un réiniissait fi perpétuité iwi royaume d'Italie les provinces d'Url)in, d'Ancône, de Macerata et do Camérino; l'autre décret ordonnait la conhscatiou des biens des cardinaux, prélats, olli-
(t) Nous ne comptons pas au nombre de ces deinaiides (.files qui siMil niciuioimirs dans une lettre do Pie VII, du 5 février ISOS : celle lettre est apocryplie, et c'est par enonr qu'elle se trouve en plu- Sieurs éditions de sa C.orre&jwndance.
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ciers, etc., et autres employés à la cour de Rome, qui ne se rendraient pas dans leur pays natal. Le 7 avril, un détachement français força la grande porte du palais pontilical, y entra avec violence, désarma la plus grande partie de la garde, dont on emprisonna les nobles; et le prélat Cavalchini, gouverneur de Rome, fut exilé à Fenestrelle. Le 11 juin, dss olliciers français avant pénétré dans l'appartement du cardinal Gabrielli, pro-secrétaire d'Elai, mirent les scellés sur ses papiers, et renvoyèrent ce prélat à son évôché de Sinigaglia. Voilà quels étaient les procédés qu'on avait p.iur le chef de l'Eglise, qui, malgré ces persécutions, n'oubliait pas les intérêts de la relig'on, et, le 10 avril, déclara vénérable Marie-t^loîilde de France, reine de Sardaigne. Dès le 16 mars. Sa Sainteté avait déjà informé les cardinauî de tout ce qu'il avait eu à soutfiir depuis l'invasion des Français. Le pontife tint un nouveau consistoire, le 11 juillet 1808, dans lequel Sa Sainteté protesta contre les mesures que ses ennemis employaient envers sa personne et son Eglise. Il fit adresser secrètement à tous les prélats et curés de l'Etat de l'Eglise une instruction dont le but était de les prémunir contre les pièges que leur tendraient les ennemis communs , en exigeant, entre autres choses, un serment absolu, et ne leur permettant que la formule conçue en ces termes : « Je promets et jure de ne )irendre « part à aucune conspiration, complot ou sé- « dition coutre le gouvernement actuel , « comme aussi de lui être soumis et obéis- « sant dans tout ce qui iv sera point con- « traire aux lois de Dieu et de l'Eglise. » Pour armer les sujets contre leur souverain légitime, le général Miollis créa des gardes civiques, composées des personnes les plus turbulentes; il établit des commissions militaires, et fit fusiller M. Vanni de Caldarola, colonel au service de Ferdinand IV, et né sujet du saint-siége. Au milieu de ces actes arbitraires, et tandis que l'on continuait d'exiler les autres cardinaux, prélats, etc., ce général- demanda, le 31 décembre 1808, d'être admis avec son état-major auprès de Sa Sainteté, pour la complimenter à l'occasion de la nouvelle année. Pie VII, sans s'écarter de la modération dont il avait fait preuve tant de fois, se borna à lui faire dire que, « malgré sa tendresse pour la nation « française, qui lui avait donné tant de té- « luoigoages de respect et d'attachement, il « ne |iouvait voir des personnes qui étaient, « peut-être contre leurs propres sentiments, « les exécuteurs d'un plan ignominieux, et « qui avilissait aux yeux du monde cn- « lier l'auguste caractère du chef de l'Eglise « et du souverain de Rome. i> Pendant que le saint Père était soumis à la surveillance la plus vexatoire, les gardes civiques de nouvelle création commettaient, dans les villes et les campagnes, les plus grands désordres. Le pontife écrivit au général français une lettre énergique et pleine d'un noble courage; mais on n'eut aucun égard h ses justes réclamations. Le pape défendit i)ar un bref,
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secrètement répandu, tout enrôlement pour une nation étrangère, et offrait le pardon à tous ceux qui, étant déjà enrôlés, se retireraient immédiatement : malheureusement ces mesures ne produisirent que peu d'effet. Les journaux deRome, rédigés sous l'influence des autorités françaises, ne causaient pas moins de peine au saint Père; ils tâchaient de jeter le discrédit et le ridicule sur les prêtres, sur leurs fonctions , et n'épargnaient pas le pape. La gazette romaine reproduisit le Disco^lrs sur la situation de V empire, prononcé en France le 2 novembre 1808, dans lequel ou sup|)0sait que Pie VII avait consenti aux articles organiques relatifs au con- ^cordat. Ce discours contenait en outre d'autres fausses assertions tendantes à déshonorer le pontife et à détruire la souveraineté temporelle dusaint-siége.Pie VII, vivement affligé, ordonna au cardinal Pacca de déclarer, en son nom, aux ministres étrangers, résidant à Rome : « Que ni le concordat, ni « les lois organiques ne pouvaient faire ces- « ser la distinction marquée par Dieu même « entre les deux puissances spirituelle et « temporelle, ni donner à Bonaparte la juri- « diction divine, accordée à l'Eglise et à son
« chef visible ; qu'il élait faux que le
■< concordat eût reconnu et consolidé l'indé- « pendance de l'état de l'Eglise en France...; « enfin, qu'il était calomnieux de dire que « le concordat eût consacré la tolérance des « autres cultes, etc. » Le saint Père ne fut pas moins affecté d'entendre répéter par la même gazette les harangues prononcées devant Napoléon, le 27 octobre 1808, par les députés du Musone, du Tronto et du Metauro, provinces que celui-ci avait enlevées au saint-siége. On peut relever la substance de ces harangues par ce passage tiré de la
réponse de Bonaparte « La théologie
« qu'ils apprennent ( les prêtres ) dans leur « enfance leur donne des règles sûres pour « le gouvernement spirituel , mais elle ne « leur en donne aucune pour le gouverne- « ment des armées et |iour l'administration ; « ils doivent en conséquence se renfermer « dnns le gouvernement des affairesdu ciel. » Le déplorable état où se trouvaient l'Eglise et son chef ne permettant pas de tolérer des réjouissances tumultueuses, Pie VII fit avertir les curés de Rome qu'il n'y aurait pas de carnaval pour l'année 1809. Aussitôt que le commandant en fut instruit, il fit insérer dans la Gazette de Rome que Sa Sainteté autorisait les masques, les courses, les banquets, etc. Cependant aucun ouvrier ne voulut préparer les charpentes nécessaires pour les courses ; le carnaval arriva, et les rues furent désertes. Le peuple romain donna un témoignage non moins éclatant de son dévouement, en célébrant avec pompe les journées des ik et 21, époques de l'élection de Pie Vil, et de son couronnement à Venise. Sur ces entrefaites, le général Leraarois vint remplacer Miollis, et, sous sa domination, la position du saint Père ne fit qu'empirer. Wais la terrible catastrophe de cette longue tragédie s'approchait : elle arriva enfin, et la
plus violente usurpation s'opéra. Enivré par ses conquêtes, et d'une ambition qui n'était jamais rassasiée, Bonaparte rendit dans son cam]) impérial de Vienne, le 17 mai 1809, un décret qui dépouillait le pape de tous ses Etats, et qui commence ainsi : « Consi- « dérant que lorsque Charlemagne, empereur « des Français, notre auguste prédécesseur, « fit don aux érêquçs de Rome de diverses « contrées, il les leur céda à titre de fiefs, « pour assurer le repos des sujets, et sans « que Rome eût cessé, pour cela, d'être une « partie de son empire... etc. » Suivent les articles dans lesquels on nommait une consulte extraordinaire, composée de MM. Miollis, Salicetti, Degérando, Jeannet, etc. Le pontife, après avoir vainement protesté contre cet acte d'iniquité, n'ayant plus de mesures à garder, lança une bulle d'excommunication contre les auteurs, complices et fauteurs de cette usurpation et des maux qui avaient affligé l'Eglise. La bulle, datée de Sainte-Marie-Majeure, le 10 juin de l'année 1809, fut publiquement affichée, et le lendemain elle fut annoncée à Napoléon. Le 6 juillet 1809, le saint Père adressa à ses sujets une proclamation où il se plaignait des cruelles vexations qu'il avait éprouvées , et manifestait ses craintes qu'on ne voulût l'arracher de Rome. Ces craintes n'étaient que trop fondées. S'attendant d'un moment à l'autre à la plus criminelle de toutes les violences, Pie VII avait fait murer les principales avenues du Quirinal. Le 5 juillet, il apprit que, dans la nuit de ce jour, il devait être enlevé. Il pouvait en appeler à son peuple ; mais il voulut éviter l'effusion du sang. Il se borna à ordonner à ses gardes la plus exacte surveillance : précaution inutile. Un traître, François Bassola, ancien porte-faix du Quirinal, et auquel le pape avait fait gr;\ce de la vie, servit de guide aux Français, conduits par le général Radct, alors inspecteur de la gendarmerie. A une heure du matin, un gros détachement de troupes entoure le Quirinal ; des officiers de police avaient été mis aux aguets dans les environs. Le général, avec son état-major, attendait l'issue de cette audacieuse entreprise dans le palais Colonna ; Radet et les siens escaladent les murs du jardin; on arrive au corps-de-garde des Suisses, qui n'était composé que de trente-huit hommes.
Leur commandant fait demander au pape s'ils devaient repousser la force par lu force. D'après la réponse de Pie VJL ils se laissent désarmer. Les portes des appartements du saint Père sont brisées ; le général entre le chapeau sous le bras; le pontife, entouré des cardinaux Pacca et Despuig, écrivait à son bureau; sa figiue était calme, celle de Radet paraissait agitée. 11 fut quelques instants sans pouvoir prononcer un seul mot ; enlin, d'une voix tremblante, il dit au pape « qu'il avait une mission bien désagréable à « remplir ; mais ([u'ayant prêté serment d'o- « béissance et de fidélité à l'empereur, il ne « pouvait se dispenser de s'en acquitter...» — « Pourquoi venez-vous troubler ma de-
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«meure? que voulez-vous ?» lui dit
Pie Vl[ avec dignité. A ces paroles, les soldais Aient tous en uu^me teni|;s leurs chapeaux. Le général ajoute alors qu'il vient lui proposer, de la part du gouvernement français, d'abdiquer sa souveraineté temporelle, qu'à cette condition Sa Sainteté pouvait rester tranquille à Rome. Pie VII levant les yeux au ciel, el le montrant de la main : « Je n'ai agi, en tout, répondit-il, qu'après « avoir consulté l'Esprit-Saint, et vous me « mettrez en pièces (mi taqlierete in pez- « zetti) |jlutôt que de me faire rétracter ce « que j'ai fait. » Le général ayant insisté, le saint Père répartit : « Et si vous avez « cru devoir exécuter de pareils ordres de « votre empereur, à cause du serment que « vous lui avez [)rèté, pensez-vous que nous « puissions abandonner les droits du saint- « siège, auquel nous sommes lié par tant « de serments? Nous ne pouvons renoncer à « ce qui ne nous appai tient pas. Le domaine « temporel est à l'Eglise romaine, nous n'en « sommes que les administrateurs. Au reste, « après ce que nous avons fait pour votre « em|iercur, nuus ne devions pas en atten- « dre ce traitement... » — « Je sais, dit le « général, que l'empereur vous a beau^ oup « d'obligation.... » — « il m'en a plus encore « que vous ne jjensez, » ajouta Pie Vil avec
un accent expressif Radet signifia alors
au pape qu'il devait le conduire cliez le commandant en chef, pour y apprendre sa destination déliniiive. On permit au saint Père de se faire accompagner du cardinal Pacca. On les tlt entrer dans une voiture, qu'un gendarme ferma à cl f : avant d'y monter, le pape donna sa bénédiction à la vilh; de Rome. La voiture, au lieu de se diriger vers la demeure du général en chef, sortit de la ville par la porte Salara, tourna les murs, et, i^ trois lieures du matin, elle arriva au dehors île la porte del Popoto. Le pa e se plaignit avec doi.lenr à Radet de son artifice, et de l'avoir fait partir sans les personnes qu'il avait désignées pour l'accompagner. Radet répondit que ces personnes lu rejoindraient au plus tôt avec les provisions qui lui seraient nécessaires ; et il ajouta : « Saint Père, il est « encore temps de signer votre renonciation « aux droits leinporels. » — Non! fut la seule réponse du courageux pontife. La voiture était entourée d'un piquet de gendarmes; le général Radet était assis sur le siège. On avait placé partout des relais. A la Storia, les postillons , fondant en larmes, se jetèrent aux genoux du pa|)e, qui leur donna sa bénédiction. Figli mici, coroj/io vd orazione , leur dit-il : « Courage, mes enfants, courage et « prière. » Quelque jirécaution qu'on prît, on devinait dans presque tous les endroits par où il passait, que (^'étaith; pape que l'on emmenait captif; [lartdut l'inquiétude et l'aflliction se montraient sur les visages, et on n'entendait (pie des sou[)irs et des sanglots. On iK! saurait exprimer la douleur (pie ressentirent les Romains, (piaiid ils ajiprirent renlèveineut de hnir souverain. A[très dixneuf heures d'une marche précipitée, on ar-
rivai Radicofani, où le pape fut rejoint par le pri'lat Duria, le neveu (lu cardinal Pacca, un chapelain, un chirurgien et deux domestiques. A Poggibiinzi, la voiture versa : Radet eut un poignet démis et Sa Sainteté reçut une forte commotion. L'auguste victime calma reffervescence du peuple , qui paraissait disposé à l'arracher des mains rie ses persécuteurs. Non loin de Turin , près de Rivoli et Suze , le saint Père qui avait déjà eu quelques atteintes de fièvre, se trouva mal ; il dit à M. Roissard , colonel de gendarmerie , qui avait remplacé Radet : « Avez -vous ordre de me conduire « mort ou vif? Si votre ordre est de me faire « mourir, continuons la route; sinon, je veux « m'arrùter. » On fit halte quelques heures , et l'on arriva le soir au Mont-Cenis , où le pape passa deux jours à l'hospice. A Grenoble, et surtout à Nice , où il arriva le 7 août, le saint Père reiait des marques touchantes de respect et d'attachement : l'exreine d'Etrurie , Marie-Louise, et son fils, étaient exilés dans cette ville ; ils vinrent se jeter aux pieds du pape, lui demander sa bénédiction. Le soir de son arrivée, on illumina loute la ville, excepté les maisons des autorités françaises. Dès le 1" avril , le carilinal Pacca avait été séparé du saint Père, et enfermé dans la citadelle de Fenestrelle, oiî il resta trois ans et demi. Le lieu d'exil pour PieVII fut fixé à Savone. On chercha h l'éblouir par le faste de son palais, par un nombreux domestique et un riche traitement.
La cathédrale de Savone reçut le nom de chapelle papale. M. de Salmatoris , Piémontais, et chambellan de Napoléon, présidait à cette magnificence , à laquelle Pie VH était insensible, et il demeurait solitaire dans ses appartements. M. César Rerthier fut nommé maître du palais du pape, qui était surveillé et gardé plus strictement même qu'à Rome. On ne lui laissait |)oint parvenir de placets , excepté ceux qui roulaient sur des matières spirituelles, et qui avaient été examinés aupaiavant par le maître du palais. Croyant pouvoir mieux les surveiller, Napoléon fit venir à Paris tous les cardinaux qui se trouvaient à Rome lors de l'enlèvement du saint Père, et n'en excepta que ceux qui étaient malades. Lors du divorce de Ronaparte avec Joséphine, on ne daigna pas , dans un acte aussi important, consulter le chef de l'Eglise: ce fut l'ofticialité de Paris qui prononça le divorce. L'empereur avait exigé que les'cardiiiaux fussent présents à la cérémonie de son mariage avec l'archiduchesse Marie- Louise : treize de ces carilinaux n'y ayant pas assisté, on leur retira leurs pensions, on leur défendit de [lorter les marques de leur dignité, et on leur enjoignit de ne plus paraître qu'en noir; ce qui donna lieu à la distinction des cardinaux rouf/es et ties cardinaux noirs. Malgré la surveillance à laquelle on avait soumis le saint Père, d'abondants -secours lui venaient des fidèles ilaliens et Irançais : il entretenait même une correspondance secrète avec ses serviteurs les [dus af- -; fuies. Cei)endant Bonaparte remplaça, de son
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propre mouvement, quelques évoques décodés en France et en Italie ; ne pouvant prendre les informations nécessaires, le pape refusa d'expédier les bulles. Napoléon convoqua (par une lettre du 16 novembre 1809) une commission d'évêques, pour chercher , disait-il, à pourvoir aux besoins de l'Eglise. Cette commission était composée des cardinaux Maurj et Fesch, de cinq évoques , du P. Fontana et de l'abbé Emery , supérieur général de Saint-Sulpice. On présenta trois séries tie questions: la première concernant le gouvernement de l'Eglise en général , la seconde sur le concordat, la troisième sur les Eglises d'Italie, d'Allemagne, et la- bulle d'excommunication. La commission termina ses travaux le 11 janvier 1810. Son rapport , sans heurter trop fortement les principes, montre néanmoins quelque complaisance pour un despote facile à irriter. Il décréta , le 25 février 1810, que l'édil de 1(582 sur les quatre articles du clergé était une loi pour l'empire. Le 17, il tlt décréter par le sénat que le pape prêterait serment de ne rien l'aire contre les quatre articles. Tous les moyens furent employés par Napoléon pour arracher au pape soii assentiment. On lui promit une représentation digne de son rang, des palais et deux millions de revenu. Les cardinaux Gaprara, .Maury et l'évèque de Casai, furent successivement envoyés à ce sujet auprès de Pie VII ; mais ce vertueux p<uitife demeura intlexible. Peu de temps après, le cardinal Fesch ne se montrant pas très-disposé à seconder Ks vues de son neveu Napoléon , celui-ci nomnia à l'archevêché de Paris le cardinal Maury. Ce prélat crut pouvoir imiter la conduite des évoques nommés par Bonaparte, qui s'étaient fait investir ])ar les chaintres du titre d'administrateurs spirituels des diocèses vacants, pour on exercer les fonctions ; il écrivit même au pape pour lui annoncer sa nomination. Le saint Père lui répondit par un bref, du 3 novembre 1809, dans lequel il lui ordonnait de renoncer à l'administration du siège de Paiis, le menaçant, en cas de désobéissance, d'agir à son égard conformément aux saints canons. La police impériale fut mise en mouvement pour découvrir ceux qui avaient répandu ce bref. On arrêta M. d'Astros, vicaire général de Paris , et on l'enferma à Yincennes. On le somma de doinier sa démission ou de dénoncer la personne qui lui avait communiqué ce bref : il ne voulut faire ni l'un ni l'autre. On enferma les cardinaux Gabrielli et Oppizzoni, et le P. Fontana, dans le château de Vinconnes ; d'autres ecclésiastiques furent également emprisonnés. On assure que le pape avait jiréparé encore un autre bref (du 18 tiécembre), mais qu'il fut saisi chez Sa Sainteté. Il était adressé à M. d'Astros , et il déclarait « nul et sans effet tout ce que ferait « le cardinal Maury, sciemment ouparigno- « ranco, dans l'administration du diocèse de « Paris. » Nai)oléon , irrité de «e nouveau bref, lit révoquer , par le chapitre, les ])0uvoirs de M. d'Astros. Par un autre bref, du 2 décembre 1810, le saint Père déclara que
l'évèque deNancy,nomméparBonaparteàrarcheyôché de Florence, ne pouvait administrer ce diocèse, d'après le second concile œcuménique de Lyon, qui défend à celui qui a été élu pour une église, de se charger, avant d'avoir reçu l'institution canonique, de l'administration spirituelle ou temporelle de cette église. Le chapitre de Florence ayant adhéré aux décisions du saint Père, ses membres furent destitués ou emprisonnés. Le système de persécution contre le pape devenait de jour en jour plus tyrannique. Tandis qu'il se promenait, le 7 janvier 1811, dans les jardins de son palais, des agents de police s'introduisirent dans les appartements "de Sa Sainteté, fouillèrent dans son secrétaire particulier, et saisirent tous ses papiers, parmi lesquels se trouvèrent un bref q\n conféiait au cardinal de Pietro des pouvou's extraordinaires, et un autre adressé au vicaire général de Paris. On priva dès lors le pajie d'encre , do plumes, de papier, et on le sépara du prélat Doria, de son confesseur , de tous ceux enfin qu'on soupçonnait d'avoir facilité sa correspondance au dehors. L'évèque môme de Savone fut aussi compris dans cette mesure tyrannique. On signifia en outie au saint Père qu'il ne pourrait plus sortir de ses appartements. Cependant , soit honte, soit remords , Napoléon révoqua cet ordre cruel au bout de dix-sept jours, et tout fut remis sur l'ancien pied. Dans cet état de choses. Napoléon convoqua une seconde commission d'évêques , [)réparatoire au concile où l'on devait discuter les bulles et les dispenses ecclésiastiques. La commission répondit aux deux questions qui lui furent faites sur ce sujet : 1" cjue dans les circonstances oîi l'on se trouvait, c'était aux évèques que les lidèles devaient s'adresser pour obtenir les dispenses, mais seulement pour tout ce qui était relatif aux besoins journaliers des lidèles; 2° que puisque le pape refusait les bulles sans alléguer aucune raison canonique, le moyen le plus sage était défaire ajouter au concordat une clause iiortant que Sa Sainteté ilonnerait l'institution dans un temps déterminé, faute de quoi le droit d'instituer serait dévolu au concile de la province. Quatre évèques furent choisis pour se remlre en députation auprès du pape, munis d'un message signé de douze évoques qui s'étaient réunis chez le cardinal Fesch. La députation fut reçue avec bienveillance par Pie VII, qui, quoitpie méconnu et capitif, ne pouvait jamais démentir sa bonté naturelle. On assure que le pape promit, le 19 mai, qu'il accorderait l'institution canonique dans les formes voulues parle concordat; mais il parait qu'en résumé le saint Père n'avait jirétendu accorder aux métropolitains que des pouvoirs provisoires. Il déclara en même temps qu'il ne ratifierait jamais fusurjiation de sa souveraineté temporelle , et qu'il ne prêterait point le serment demandé par le sénatus-consulte du 17 février 1810. 11 [tarut décidé à vivre des secours des fidèles , et refusa de nouveau les deux millions en biens ruraux que le même acte lui assurait. Le
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concile ili'S évôquns de France et d'Italie s'ouvrit lo n juin 1811, dans l'église métropolitaine de Notre-Dame de Paris. Il ne tint mruiie session, et il était composé de qua- (re-viniJ,t-quin/.e membres , savoir : six cardinaux, neuf arclicvôques et quatre-vinôU évéques. Depuis le concile de Trente , on n"avait pas vu une si nombreuse réunion de prélats. Le cardinal Fesch présidait. 11 prêta le premier le serment d'être attaché à la loi, et de rendre au pontife romain une véritable obéissance , et reçut ensuite le même serment des Pères du concile. Après cette première séance, il n'y eut que des congrégations générales ou particulières ; elles euient lieu à l'arcLievèché. Bonaparte avait voulu former un bureaude police dans l'assemblée, alin derinfluencer. Cette mesure excita de justes réclamations. Dans la quatrième congrégation , les évêques italiens se plaiguireut que , dans Yadresse , on eût suivi les quatre articles de 1682, qu'ils ne reconnaissaient pas, et ils protestèrent contre cette j)artie de l'adresse. En même temps, l'évoque de Chambéry proposa d'aller réclamer de Bonaparte la liberté du saint Père : cette proposition n'eut |ias de suite. L'évêque de Nantes lut de nouveau, dans la cinquième congrégation, l'adresse qu'il avait rédigée : elle avait été retouchée par la commission; mais le prélat s'étant avisé de dire qu'elle avait eu l'approbation de l'empereur , cet aveu servile excita l'indignation de toute l'assemblée. Les débats devinrent plus vifs à la lecture du paragraphe relatif à ïexcommunication; on eu retrancha cette partie, mais Napoléon ne voulut point recevoir Yadresse avec celte omission. Enlin , dans une nouvelle congrégation (au 8 juillet), l'assemblée déclara qu'elle estimait i/u'uvant de prononcer sur les questions qui lai étaient proposées, le concile, pour se conformer aux règles canoniques, devait solliciter la permission d'envoyer au pape une députation qui lui exposât l'état à'-plorable des églises, et qui conférât avec lui sur les moyens d'y remédier. Cette décision irrita fortement Bonaparte. Pour K' calmer, quelques prélats concertèrent avec lui un projet de décret contenant en sul)stance « que l'empereur nommerait il tous les sièges vacants, et que le [lapc donnerait, six mois après, riiistitutioa canonique, (^t (pie, ce délai expiré, ou procéderait à l'inslilulion canoni([ue et à la consécration. » Ce décret l'ut rejeté par l'archevêque de Bordeaux ; le lendemain (0 juillet), l'évêciue de Gand s'unit à lui, et six autres membres rétractèrent leur première approbation. Il ne resta ({ue cpiatre voix en faveur du décrcit. Le concile décida alors ([ue le décret, avant d'avoir force de loi, devait être soumis à l'approbation du saint Père. Mais Napoléon cassa le concile le 10 juillet. Les évùijuiis de Cand, d(! Tournai et lie Troyes, furent conduits, le 12 du même mois, au donjon de Viucennes. t)n essaya ensuite de reformer le concile. Lo 5 août, ou tint une congrégation généi'alc, et l'on vota i>ixv assis cl levé, alin d'Olor toute liberté aux
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suffrages : le décret proposé par l'empereur fut adopté. Napoléon, un peu calmé, choisit une députation formée de plusieurs évoques, et pernnt aux cardinaux Doria , Duguani, Koverella, Butfo (Fabrice), et de Bayanne, d'aller rejoindre le pape. Les députés arrivèrent à Savone vers la fin d'avril, et reçurent un bon accueil du saint Père, qui, cédant à leurs instances, consentit, dit-on, le 20 septembre, à confirmer, par un bref, les articles du 5 août ; mais le pape ne reconnaissait pas les évêques assemblés à Paris comme co«c?7e national; il approuva uniquement les cinq articles, avec quelques restrictions. 11 félicita ces évêques de la soumission filiale et de la véritable obéissmice qn'Ws avaient témoignées pour lui el l'Eglise romaine, cette mère et maîtresse de toutes les autres. Ces dernières expressions ayant porté à son comble la colère de Bonaparte, il interrompit les négociations, et rappela les cardinaux k Paris. C'est ainsi que se termina ce simulacre de concile, convoqué avec tant d'éclat, et qui avait réuni les prélats des deux principaux pays soumis à l'Eglise catholique. 11 y avait déjà trois ans que le pape vivait dans une dure captivité. Le pontife, toujours égal à Ini-même, calme et résigné, ne. se laissait point abattre par tant d'infortunes. Des prélats distingués, un envoyé de la cour d'Autriche, qui tit exprès le voyage de Vienne à Savone, ne purent obtenir du despote aucun adoucissement au sort de sa victime. Tout à coup vint l'ordre de le transporter à Fontainebleau. Le colonel Lagorsse, chargé de le conduire, ne l'en prévint qu'au moment tlu départ. Un seul prélat qu'il avait auprès de lui, M. Bertazzoli, archevêque d'Edesse, le rejoignit près de Turin. Sa Sainteté partit seule avec son conducteur. La voiture traversa Lyon k dix heures du soir, et, le20juiu 1812, elle arriva k minuit au château de Fontainebleau. Le pape logea d'abord chez le concierge ; mais, quelques heures après-, on reçut l'ordre de lui ouvrir les appartements. Les cardinaux qui se trouvaient à Paris, et autres prélats, furent invités k aller otfrir leurs honnnages au pontife. Ils avaient été précédés, dans ce devoir, parle ministre des cultes et l'intendant de la couronne. Le train de magnificence oCi l'on mit le service du saint Père, une es[)èce de liberté qu'on semijlait lui accorder, et celle de pouvoir ailiuettrc à sa messe tous les fidèles qu'il en jugerait dignes, auraient pu faire croiie que la bonne intelligence étaitj-établie entre l'empereur et le chef de l'Eglise. Le journal olliciel appuyait cette opinion en annonçant que le pape était libre. A c 'tte époque, on fit de grands préparatifs à rarchevêché, et l'on en conclut que le pontife venait l'habiter et demeurer désormais k Paris. CependaniPieVII resta à Fontainebleau, oCi il accueillait tout le monde avec son att'abililé ordinaire. 11 demanda eu grâce de n'être plus obligé de recevoir un caidinal qui s'était fait l'agent de son persécuteur. Son cœur paternel était navré de douleur en voyant ce même persécuteur sévir eu France et en Italie contre
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les ecclésiastiques les plus attaches aux règles de l'Eglise. Napoléon, par ses apparences (le réconcili'itioa avec le saint Pure , voulait l'amener à un secon 1 concordat. Le conqui''rant était de retour de bH désastreuse campagne de Russie. Pour réussir dans son projet, il envoya auprès du pape ((nelques prélats français, qui, lui faisant cianidre un schisme dans l'Eglise, le délerniinèrent entin à .promettre de se prêter aux moyens de réconciliation qu'on lui présenterait. D'a|)rès cette ijromesse, le 19 janvier 1813, Napoléon se présenta inopinément devant Pie VII. Le 23 janvier 1813, on présenta au pape quelques articles qui devaient servir de base à un nouveau concordat. Napoléon s'engageait k ne lui donner aucune publicité jusqu'à ce cjue les conditions en eussent été ré^^lées de part et d'autre. Au mépris de sa promesse, il lit annoncer, par ses ministres, au curps législatif, un concordat revêtu de la signature du saint Père; mais celui-ci persista. Napoléon, de son côté, déclara les articles du concordat obliç/atoires dans tout l'empire français, et renvoyait devant les tribunaux les évêques et les raétro[iolitains qui ne s'y soumettraient pas. Cependuit toute l'Europe s'était liguée contre Na|)oléon. Murât, alors roi de Naples, avait abandonné sa cause, et avait envahi les Etats de l'Eglise. Bonaparte, préférant, pour [lunir cette inj;ratitude, que Pie VII les possédât plutôt que son beau-frère, envoya trois évêques à Fontainebleau pour entamer de nouvelles négociations avec le saint Père, qui déclara positivement qu'il ne s'en occuperait qu'à son retour à Rome. Le 17 janvier 1814, M. de Beaumont, évêque de Plaisance, lui présenta un projet de traité, par lequel on rendait au saint Père la partie occidentale de ses Etats. Le pape répondit : «La restitution de « mes Etats est un acte de justice, et ne peut «devenir l'obji't d'un traité. Il est inutile de «me presser à cet égard: tout ce que je « ferai ici paraîtrait l'elfet de la violence, je « ne demande qu'à retourner à Rome ; et « alors nul obstacle ne m'arrêtera pour re- « médier aux maux de l'Eglise. » Le '22, le colonel Lagorsse vint communit(uer respectueusement au pape l'ordre de son départ pour Rome. Entouré de dix-sept cju'dinaux, qui se jettent à ses pieds, il mêle ses larmes aux leurs, et soutenu par le cardinal Mattei, il atteint la voilure, où il monte avec son aumônier, l'évêque d'Edesse. Le pape voyageait sous le nom d'évôque d'Imola. Ainsi que dans ses deux premiers voyages, il fut reçu partout avec les plus vives marques de respect et d'aH'ection. A Orléans, en levant ses mains au ciel, il s'écria : Je bénis debon eœur la bonne ville d'Orléans...! A Cahors, deux dames riches et pieuses, n'ayant pu approcher du saint Père, à cause d'une foule considérable, s'habillèrent en villageoises , s'introduisirent sous ce costume dans l'auberge»oCi il était, et le servirent à table. A Nimes, tout le clergé alla au-devant du pape, tandis que le peuple criait : Yiie le saint Pèrel Un prolestant môme ne put s'eoipê-
Voilà le plus
cher de dire à haute voix (/rand homme du sircle ! A Beaucaire, les prô 1res le placèrent et le portèrent sous un dais. A Nice, à la Croix-de-Marbre, sur la côte de Gênes, à San-Remo, il fut accueilli avec les mêmes démonstrations de joie. Arrivé à Sayune, il y resia jusqu'au 19 mars, et quatre jours après il se trouva à Firenzunla, au milieu des troupes alliées, qui d'un autre côté, occupaient déjà une partie de la France. Après avoir envoyé un délégué à Rome, pour prendre possession de la capitale, il demeura plusieurs mois à Imola et à Césène, sa patrie. Le 4- mai, le saint Père adressa à ses sujets romains une proclamation touchante, qui fut reçue avec des transports de joie. Sur ces entrefaites. Murât, qui se disait autorisé par l'Autriche, voulant garder Ancône et ses Marches dépendant des Etals romains, le pape dépêcha le cardinal Consalvi auprès des souverains alliés, que ce prélat rejoignit à Londres {Voy. Consalvi) , et ses négociations eurent un résultat avantageux. La chute de Napoléon rendit la liberté aux cardinaux dispersés dans plusieurs villes de la France, et ils vinrent se réunir au saint Pèie. Pie VII lit son entrée dans Rome, le 24 mai 1814, avec une pomi^e extraordinaire. Charles-Emmanuel l\ , roi de Sardaigne, et sa belle-sœur, la duchesse de Chablais, allèrent au-devant du souverain pontife.Lours majestés catholiques, leur famille, l'ex-reine d'Elrurie, reçurent Sa Sainteté au sortir de sa voilure. Nous ne décrirons pas l'enthousiasme du peuple de Rome en revoyant son digne et vertueux souverain, ni les cérémonies qui eurent lieu dans une circonstance aussi solennelle. A jieiue entré dans Rome, le pontife se rendit à la basilique de Saint-Pierre, pour rendre grûce de sa délivrance à l'auteur de toutes choses , qui avait fait triompher sa vertu au milieu de tant de cruelles épreuves. Les premiers soins du saint Père furent de réparer les églises, de rétaldir plusicui'S couvents, et de remédier, autant que [lossible, aux maux causés par les troubles d'une assez longue anaichie. Le 23 juillet, l'ancieu évoque de SaiiU-Malo, Cortois de Pressigny, arriva à Rome en qualité d'ambassadeur du roi Louis XVllI, jiour continuer les négociations au sujet de l'Eglise de France. Le 6 août 1814, le pape communiqua, dans un consistoire, aux cardinaux sa bulle Sollicitudo omnium Ecclesiarum, etc., qui rétablissait la compagnie de Jésus. Le P. Panizzoni, provincial des jésuites, qui revenait de Sicile avec cinquante de ses religieux , reçut un exeuij)laire de la bulle des mains du souverain pontife. Un édit du 15 avril 1815 renouvela ceux de Clément XII et de Benoit XIV, contre les réunions maçonniques , établies dans les Etats romains peudapt l'occupation des Français. Ce pays, dès le mois de mars, était retonibé sous lé joug de Bonaparte, qui s'était évadé de l'île d'Elbe. Mural, après s'être réconcilié avec son beau-frère, chercha à soulever l'Iialie contre les Autrichiens. Le )ai)e lui refusa le passag.i de ses Etats, qu'il ui avait demandé. Les troupes napolitaines
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s'avaneant n(5anmoins vers Rome, le saint Père (luilta cette ville, suivi des ambassadeurs de France, d'Esiiagne et d'Autriche, et lie quinze cardinaux. Pendant les (H'énements de la guerre, le saint Père séjourna à Floience et à Gènes. Mais l'heure du châtiment était arrivée. Napoléon, vaincu de nouveau jiar la coalition européenne , avait été forcé de faire une seconde abdication, et était tond)é au pouvoir des Anglais, tandis c[ue Mural, repoussé par les Autrichiens, s'était vu, de sou côté, contraint de quitter un royaume où il ne revint que pour y trouver la mort. Le retour de Ferdinand IV dans son royaume de Naples, et les talents diplomatiques que déploya le cardinal Consalvi auprès des souverains réunis au congrès de A'ienne (du 1" novembre ISIV au 9 juillet 1815), flrent rendre au saint Père, non-seulement Ancône et ses Marches, Bénévent et Ponte-Corvo, mais les trois légalions de Bologne, Ravenne et Ferrare, qu'il avait été obligé de céder par le traité de ïolentino. De retour dans sa capitale, après avoir fait un court séjour à Turin, pour céder aux instances du roi de Sardaigne, Pie Vil donna de nouveau ses soins aux adaires temporelles et spirituelles de ses Etats. On entama avec la France des négociations pour un nouveau concordat. M. de Rlacas , ambassadeur du roi de France à Rome, fut chargé de la conclusion de ce -grand acte , qui eut lieu le 11 juin 1817. Mais ce concorclat, annoncée h toute l'Europe, ne fut jias exécuté. Cependant, et d'après la nouvelle circonscription stipulée d?ns le concordat, on nomma les nouveaux évèqiies, et le saint Père, ilans le consistoire du 1" octobre 1817, expédia les bulles pour trente de ces prélats, mais ils ne furent pas installés. Ce ne fut que deux mois après qu'on parla du concordat à la chambre ; la majorité ministérielle ])araisjant disposée à le rejeter, le projet ne fut pas même discuté. La moitié des sièges épiscopaux en France étaient vacants; les évèques, justement alarmés de ce grave inconvénient, ainsi que des dangers que courait la religion, qui manquait de ministres au milieu de livres impies ([u'on ne cessait de publier, et considérant d'autres maux qui aiUigeaient l'Eglise, écrivirent au saint Père une lettre aussi respectueuse qu'énergique. J'ie Vil, désirant [iiévenir de plus grands dangers, consentit à un arrangement ])rovisoire, par lequel il fut nommé aux évèehés conservés parle concordat de 1801. Sa Sainteté expliqua les motd's cpii l'avaient portée à cette condi'SL-i'n lance, dans le consistoire du 23 août 181!), et par l'allocution suivante : « Le roi de France, dans le désir de donner « un témoignage solennel de son excellenle « bonté, nous a déclaré jiar une noie officielle « que son intention est d'abréger, le plus qu'il « sera possible, la durée des mesures provi- « soiresqui ont été convenues entre nous et « SaMajesté,pourreniédierauxinaux les jjIus « pressants de l'Eglise de France; que son « intention est également d'employer, de « conccit avec nous, tous les moyens ((ui
« sont en son pouvoir, pour faira jouir cette « Eglise des avantages qui résultent pour « elle de l'état stable et délinitif qu'elle doit « avoir, comme aussi de réaliser, suivant les n formes constitutionnelles de son royaume, « et à mesure que les ressources de l'Etat le « ]jormetti'ont, sans surcharge pour ses peuce pies, l'augmentation du nombre des sièges « épiscopaux, ainsi qu'il sera reconnu né- (I cessaire pour les besoins des fidèles. » Cependant une nouvelle chambre de députés ayant été formée en 1819, lors de la chute du minislère, le nombre des évèehés fut porté à 80. Ce fut avec une satisfaction toute paternelle que Pie VII vit ce nouveau triomphe de la religion. Mais, presque en même temps, le saint Père eut des sujets de douleur. La dangereuse secte des carbonari avait excité à la révolte les Napohtains; le cri de Vivent les Cortês d'f^/ja^nc' retentit jusque dans les villes frontières des Etats du saintsiège, où les patriotes de Naples avaient essayé d'établir ce qu'ils appelaient une union patriotique pour l'Etat romain. Pie VII expédia, le 18 avril 1821, une bulle dans laquelle il prémunit ses sujets contre les attaques du philosophisme, et défendit de nouveau les réunions clandestines, et notamment celles des francs-maçons. Cependant , les troupes de l'Autriche ayant battu les patriotes, tout rentra dans l'ordre, et Ferdinand IV put gouverner encore son royaume d'après ses anciennes lois. Le pape reçut ce monarque dans le palais Quirinal, à son retour du congrès de Vienne , où l'avaient appelé les souverains qui y étaient réunis. Le saint Père, toujours attentif au bien de la catholicité , entretenait une correspondance active avec le roi et le clergé d'Espagne, opprimés par les Cortès. Pie VU fit tout ce qu'il lui fut possible pour diminuer les maux qui aiUigeaient les Eglises catholiques d'Allemagne, ainsi que celles de la Suisse, île la Hollande et de l'Angleterre. L'âge avancé, une enlluie survenue aux jambes, et autres incommodités, empêchaient souvent le saint Père de paraître aux cérémonies publiques.il menait une vie retirée, et se promenait, dans une petite voiture, dans ses jardins du Quirinal. Le (5 juillet 1823, il parut plus gai et mieux portant que de coutume. Tout le monde s'étant retiré à dix heures, le pape, resté seul, après avoir dit son bréviaire, ayant besoin d'un livre qui était sur la cheminée, et ne voulant apjieler personne, se leva de son siège, et prit le livre; mais au moment où il allait se rasseoir sur son fauteuil, les jambes lui manquèrent, et il tomba entre le fauteuil et la cheminée. Le cri que la douleur lui arracha en tombant attira auprès de lui le cardinal Consalvi et plusieurs personnes de sa maison. Quand on l'eut relevé, on s'aperçut que, dans sa chute, il s'était cassé le col du fémur. On lui prodigua tous les secours de l'art : mais une lièvre violente survint, accompagnée de délire, au milieu duquel on l'entendit plusieurs fois prononcer les mots d(ï Sat-one et de Fontainebleau. Le quatrième jour, la lièvre cessa, et pendant une semaine
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Sa Sainteté parut se trouver mieux. Le roi (le France, affligé du fâcheux accident arrivé au saint Père, lui envoya aussitôt, par la poste, un de ces lits mécani(iues qui, par leurs divers ressorts, suppléent au défaut de mouvement dans les membres. Sa Sainteté se montra très-sensible à cette attention. Cependant, à l'aide d'une rampe construite tout autour de sa chambre à coucher, le saint Père, en s'y appuyant, pouvait marcher quelques minutes ; malheureusement , au bout de quarante jours le mal augmenta. Le 18 août, le cardinal Bertazzoli administra k Sa Sainteté le viatique : on voulut lui donner
des cordiaux « Je n'ai d'autre soin à
« prendre, dit-il, d'une voix éteinte, que de « préparer mon ùme à rendre compte à Dieu « de ma longue carrière. » Le 19, il reçut l'extrême-onction, après quoi il chargea M. de Blacas, ambassadeur du roi de France, de faire connaître à ce fils aine de rFr/lise « les derniers vœux qu'il formait pour la « conservation de ses jours et la prospérité :< de son royaume. » L'agonie du saint Père fut longue, mais tranquille. Le 20 août 1823, à six heures et demie du matin, il rendit le dernier soupir : c'était l'âme du juste qui abandonnait un corps périssable pour voler au sein de son créateur. Pie Vil avait atteint sa quatre-vingt-troisième année. Le cardinal dalla Genga lui succéda, le 27 septembre, sous le nom de Léon XII. On a ['Histoire du pape Pie VII, j:)ar M. le chevalier Artaud de Montor, 3° édition, revue et considérablement augmentée, 3 vol. in-12.
PIE Vlll (François-Xavier Castiglione), né le 20 novembre 1761, à Cigoli, dans la marche d'Ancône , entra, dès sa jeunesse, dans la carrière ecclésiastique, et devint, en 1800, évoque de Monte-Alto. Il conserva ce siège jusqu'en 181G, époque à laquelle Pie VII, dont il s'était concilié la laveur, le créa cardinal le 8 mars, et le nomma à l'évèché de Césène, ville où ce pontife avait reçu le jour. Castiglione fut plus tard appelé à occujjer le siège épiscopal de Frascati, et, lors de la mort de Léon XH, survenue le 10 février 1829, il se trouvait le doyen de cette classe de cardinaux qu'on appelle de l'ordre des évèques, pour les distinguer de ceux qui appartiennent à l'ordre des prêtres et des diacres. Il fut chargé, en cette qualité, de répondre aux ambassadeurs de France , d'Espagne et d'Autriche, qui, selon l'usage, exprimaient devant le conclave rassemblé, les vœux de leurs cours respectives sur l'élection du nouveau clief de l'Eglise; le discours prononcé par M. de Chateaubriand, se terminait par les phrases suivantes : «....La mémoire de Léon XH sera « vénérée par la France. Le royaume, que « gouverne si glorieusement le lils aine de « l'Eglise, n'oubliera pas les conseils paciti- « ques qui ont empêché la discoïde de trou- « bler, môme passagèrement, les nouvelles « i)rospérités de la patrie. Léon XII joignait « h ses vertus apostoliques cette modération « d'esprit et cette connaissance de son siècle, « si nécessaires aux chefs des empires. Emi-
« nentissimes seigneurs, vos lumières as « sureront au saint-siége, dans le prochain « conclave, un succès digne de ce pontife « conciliateur. Si vous êtes des princes puis- « sants, vous êtes aussi les ministres de « cette religion charitable qui abolit l'escla- « vage parmi les hommes, qui, simple à ,1a « fois et sublime, est également appropriée « aux besoins de la société naissante et à « ceux de la société perfectionnée; vos suf- « fragi'S indépendants iront bientôt chercher « parmi vos pairs un vrai pasteur pour la « chrétienté, un souverain éclairé pour la « plus illustre portion de cette noble Italie, « qui dicta des lois au monde antique, qui « civilisa le monde moderne, qui toujours « féconde et jamais épuisée , nourrit au- « jourd'hui à l'ombre de sa gloire le souve- « nir de sa grandeur. Qu'il me soit permis, « éminentissimes seigneurs, d'ollrir en parti ticulier au sacré Collège l'hommage de ma « profonde vénération. » Dans sa réponse le cardinal Castiglione disait : « Le sacré Col- « lége connaît la diOiculté des temps.-.. : « toutefois, plein de confiance dans la main « toute-puissante du divin auteur de la foi, « il espère que Dieu mettra une digue au « désir effréné de se soustraire à toute ad- « torité, et que, par un rayon de sa sagesse, « il éclairera les esprits de ceux qui se flal- « tent d'obtenir le respect pour les lois hu- « maines indépendamment de la puissance « divine. Tout ordr» de société et de i>uis- « sance législative venant de Dieu, la seule « véritable loi chrétienne peut rendre sacrée
« l'obéissance Le conclave espère que
« Dieu accordera à l'Eglise un pontife saint « et éclairé..., qui réglera sa conduite selon (c la politique de l'Evangile...., qui est la « seule véritalile école d'un bon gouverne- « ment..., et qui montrera aux admirateurs « étrangers de la gloire ancienne et nouvelle « de Rome, le Vatican et le vénérable institut « de la propagande, pour démentir celui qui « accuserait Rome d'être l'ennemie des lu- « mières et des arts. » Au bout de tientecinq jours d'un scrutin toujours renouvelé, et durant lesquels les probabilités de l'élection n'avaient point paru être pour lui, Castiglione fut élu pape à la presque unanimité des sulfrages. Il en parut surpris, et montra de l'hésitation à accepter; mais on fit tirer le canon du château Saint-Ange, signe de l'élection accomplie, les cardinaux se prosternèrent à ses pieds, et il s'écria : « Que la « volonté de Dieu soit faite ! » Pie VIII (c'est le nom que prit le nouveau pontife) confia la cliarge de secrétaire d'Etat au cardinal Albani. Le gouvernement pontilical adressa à tous les prélats de la chrétienté une lettre encyclique dans laquelle le saint Père s'exprimait contre la liberté de la presse, les sociétés bibliques , etc. Le gouvernement français n'en voulut point permettre la publication, et réfusa explicitement l'exeqiialur. Les sociétés secrètes, qui s'étaient formées dans les Etats romains, tixèrent aussi l'attention de Pie VIII, et plusieurs des membres qui en faisaient partie furent sévèrement
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jugés. On sait qu'après la mort de ce pape une révolution éclata à Boloij;ne, et se rén.rniiit dans les Etals romains, oii les soldais aiiiricliions vinrent bientôt l'étoulfer. Un i)ref fut adressé aux évoques de la nouvelle province ecclésiastique de Fribourg en Brisgavv, qui supportaient, sans élever aucune réclamation, his envahissements de la puissauce temporelle, et dont quelques-uns, par leur conduite, paraissaient conniver avec les ennemis secrets du catliolicisnie. Le saint Père les rapjjelait avec force à leurs devoirs, comme évoques, et proclamait de nouveau que VEglise est Hlire par Vinstilulion divine. Après la révolution qui éleva, en 1830, Louis-Philippe sur le trône, le chef suprême de l'Eglise déclara, dans plusieurs brefs adressés à différents évoques, notamment k son éminence le cardinal de Rohan, archevêque de Besançon, que chacun pouvait, sans blesser sa conscience, prêter serment au nouveau pouvoir, et que rien ne s'opposait à ce qu'on fit dans les églises les jirières publiques pour le roi des Français, puisqu'il régnait paisiblement , nunc tranquillatis rébus. Le pontificat de Pie VIII a été de courte durée. L'état de souffrance dans lequel il se trouvait depuis longtemps s'aggrava tout à coup vers celle époque, et il mourut dans des sentiments exemplaires de piété, le 30 novembre 18.30, après un règne d'un an et huit mois. Grégoire XVI lui succéda. M. Arlaud de Montor a écrit \ Histoire du pape Pie VIJl, ouvrage faisant suite aux Histoires de Pie VII et de Léou XII, 1 vol. in-8% 1843.
PIEIR (Nicolas), gardien du couvent des récollets, est le chef des illustres martyrs de Ciorcum que Guillaume de la Marck fit mourir près de la ville de Briel par des su|)plices cruels et recherchés. Voi/. La Marck. Le P. Pieck avait 38 ans lorsqu'il scella de son sang la foi catholique, le 9 juillet 1573. Ses com{)agnons étaient au nombre de 18, prêtres et religieux, qui étaient lombes entre les mains du tyran par la prise de Gorcum. Il y avjut huit prêtres et deux frères de l'ordre do Saint-François : Jérôme tle SVeert, Théodore d'Embden, Nicaise Hésius, Wdlehadus Dauus, Godefroi de Marvel, Antoine de Weert, Antoine de Hornaer, François de Roi, de Bruxelles; Pierre d'Ascli, brabançon, et Corneille de "VVyck : trois cui'és, Léonard Véchélius, natif do Bois-lc-Duc, et Nicolas Poppélius, pasteur h Gorcum; Godefroi Duiiœus, docteur on théologie; Jean d'Ooster- •wyck, chanoine régulier de l'ordre de Saint- Augustin; Adrien Bécanus, et Jacques Lacops, religieux de l'ordre de Prémontré; André Wallcri, [lasleur .\ Heynorl; et Jean de Colonia , dominicain , pasteur à Hornaer. Ils furent tous cruellement tourmentés par des sup^)licos (ju'on n'ose môme rapporter, afin qu ils remassent la présence réelle du corps de Jésus-Christ dans l'eucharistie et la primauté du pa|)e. Comrue ils persistaient dans leur croyance, on leur enfonça jircmièremeul des chandelles brûlantes dans les narines cl dans la bou(;he; i)uis on leur
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coupa le nez, et flnalement ils furent pendus dans une grange, près de Briel. Ils souffrirent tous le martyre avec une constance incroyable. Voy. Musius. Un frère récollet apostasia par la crainte de la mort; mais quelque temps après il fut pendu pour avoir volé. Le savant Heuterus, ayant répondu avec moins de fermeté que les autres martyrs, conserva la vie, mais il répara cette faiblesse dans la suite. Estius a écrit V Historia martyrum gorcorwen^mw, Douai, 1603. Leurs reliques furent transportées depuis en ditt'éientes églises des Pays-Bas catholiques, où on a vu ari-iver par leur intercession plusieurs miracles. Le pape Clément X les mit au nombre des saints, le 14 novembre 1675, et en fit célébrer la fête au jour de leur martyre.
PIKRQUIN(Jean), fils d'an avocat de Charleville, né vers 1672, étudia à Reims, où il prit le degré de bachelier en théologie. Il fut, pendant 40 ans, curé de Châtel-sur-Aisne, dans le diocèse de Reims, où il mourut en 1742, âgé d'environ 70 ans. Sans négliger les fonctions pastorales, il s'occupait de divers objets de curiosité et de science physique. Il a écrit sur la couleur des nègres, sur l'évocation des morts, sur le sabbat des sorciers, sur les transformations magiques, sur le chant du coq, sur la 'pesanteur de la flamme, sur la preuve de l'innocence par l'immersion, etc. On a rassemblé ses OEuvres philosophiques et géographiques, Paris, 1744, 1 vol. in-12. Elles ott'rent des choses singulières, dont plusieurs ne sont pas assez vérifiées, d'autres sont fausses, et d'autres plus vraies qu'on no le pense communément aujourd'hui. On a encore de lui : une Vie de saint Juvin, Nancy, 1732, in-8" de 116 pages; une Dissertation, sur la Conception de Jésus-Christ, et sur une Sainte Face qu'on a voulu faire [tasser pour une image constellée, Amsterdam, 1742, in-12.
PIERRE (saint), le prince des apôtres, fds de Jonas et frère de saint André, naquit à Belhsaïde. Son premier nom était Simon; mais le Sauveur lui donna dans la suite celui de Céphas, qui en syriaque signifie Pierre , en disant qu'il bâtirait sur cette pierre son Eglise, que l'enfer ne renverserait jamais. «Par où, dit un habile théolo- « gien,Jésus-Christ a voulu faire comprendre « qu'en élevant saint Pieire à la dignité de « chef des apôtres, il en faisait la pierre fon- « damentale de son Eglise. Puisqu'il dit que « cet édifice ne sera point renversé , mais « subsistera jusqu'à la fin des siècles, il faut « que l'autorité de saint Pierre ait |iassé à « ses successeurs, et que son siège soit tou- « jours le centre de l'unité, auquel les fidè- « les doivent tenir pour être membres de « l'Eglise. Ainsi ont raisonné les Pères, et « après eux les théologiens; les hérétiques « et les incrédules font de vains eil'orts pour « obscurcu- cette vérité. » Jésus-Christ l'ayant rencontré avec son frère André, qui lavaient leurs filets sur le bord du lac de Génésareth, ordonna à Pierre de les jeter en pleine mer. Ouoiqu'ils n'eussent rien pu prendre de la nuii, de ce seul coup ils prirent tant de pois-
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sons, que leurs barques en furent remplies. Alors Pierre se jeta d'étonnement aux pieds du Sauveur, qui lui dit de quitter ses rets pour le suivre; et depuis ce temps-là il lui demeura toujours intimement attaché. Il avait une maison à Capliarnaûiu, où Jésus- Christ vint guérir sa belle-mère ; et quand il choisit ses douze apôtres, il mit Pierre à leur tête. Pierre fut un des témoins de sa gloire sur le Thabor. De retour à Capharnaiim, ceux qui levaient le demi-sicle pour le temple, demandèrent à Pierre si son maître le payait. L'apôtre, par ordre de Jésus-Christ, jeta sa ligne dans la mer, et prit uu poisson dans la gueule duquel il trouva un sicle, qu'il donna pour son jriaître et pour lui. Pierre assista à la dernière cène, et fut le premier à qui Jésus-Christ lava les pieds. Il se trouva dans le jardin des Olives, quand les soldats arrêtèrent Jésus-Christ; et transporté d'un zèle mal entendu pour son maître, il coupa l'oreille k Malchus, serviteur du grand prêtre Caiphe, chez lequel il suivit Jésus - Christ. Ce l'ut là qu'il renia trois fois Notre-Seigneur, et qu'ayant entendu le coq chanter, il sortit de la salle, et témoigna son repentir par ses larmes. Saint Pierre, après avoir reçu de Jésus-Ciu-ist l'ordre de paître, non-seulement les agneaux, mais les brebis, c'est-à-dire non-scLdement les simples lidèles, mais encore les pasteurs, fut témoin de la glorieuse Ascension de son divin maître. Le jour que le Saint-Esprit descendit sur les apôtres, Pierre prêcha avec tant de force Jésus-Christ ressuscité, que 3000 personnes se convertirent et demandèrent à être baptisées. Quelques jours après, comme il montait au temple avec Jean pour y faire sa prière, il trouva à la porte un homme perclus qui lui demanda l'aumône.
Pierre lui ayant dit qu'il n'avait ni or ni argent, lui commanda île se lever au nom de Jésus de Nazareth. Cet homme se leva aussitôt, marcha et entra dans le temple, gloriflant Dieu. L'ombre de Pierre rendait la santé aux malades, et on les lui apportait de tous côtés. Le grand i)rêtre et les Sadducéens, jaloux des progrès de l'Evangile, firent saisir les apôtres, et les lirent mettre en prison. Mais un ange les ayant délivrés, ils allèrent dans le temph' annoncer de nouveau Jésus- Christ. Leurs ennemis, plus irrités que jamais, étaient sur le point de les faire mourir, lorsque Gamaliel les détourna de cette cruelle résolution. Us se contentèrent donc de les faire battre de verges : traitement que ces illustres confesseurs de Jésus - Christ soutinrent avec joie, se félicitant d'avoir été trouvés dignes de souffrir pour le nom de leur cher maître. Pierre sortit de Jérïisalem pour visiter les fidèles des environs. Il arriva a Lydde, où il guérit Enée, paralytique depuis huit ans; et cette guérison opéra la conversion des habitants. La résurrection de Tabithe produisit le même effet à Joppé. Peu de temps après il alla à Antioche, et y fonda l'Eglise chrétienne. Il pai'courut aussi les .provinces de l'Asie Mineure, vint ii Rome l'an i2 de l'ère vulgaire, et y établit son
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siège épiscopal. La capitale du monde lui jiarut le lieu le plus propre à la propagation de la religion divine dont il était le premier ministre. Cette grande ville qui, comme dit saint Léon, avait, par sa célébrité et sa puissance, répandu ses superstitions sur toute la terre , devait dans le dessein de Dieu devenir l'humble 'servante de la vérité , et étendre ensuite sa domination spirituelle bien au delà des bornes de son ancien empire : Qaœ cras magislra erroris, fada es discipula
veritatis , latins prœsideres religione divina
quant domiiiatione terrena. C'est en cette année 42 que commencent les vingt-cinq années de pontificat que l'on donne communément à saint Pierre. Revenu à Jérusalem pour célébrer la Pùque de kh, il y fut arrêté par ordre d'Hérode-Agrippa, qui avait fait mourir saint Jacques le Majeur. Son dessein était de le sacrifier à sa complaisance pour le peuple; mais la nuit même du jour ifue le tyran avait fixé pour le mettre à mort, l'ange du Seigneur tira l'apôtre de prison, et il sortit de Jérusalem. On croit que de là il alla pour la deuxième fois à Rome, d'où il écrivit sa première Epître vers l'an 50 de l'ère vulgaii'e. Pierre, chassé de Rome avec tous les autres Juifs par l'empereur Claude, revint en Judée, et lit l'ouverture du concile de Jérusalem. Il y parla avec beaucoup de sagesse, et il fut conclu que l'on n'imposerait point aux gentils le joug des céréuionies légales. Il alla peu de temps après à Antioche, et ce fut là que saint Paul lui résista, parce qu'il semblait, par complaisance pour les juifs, favoriser l'observance des anciens rites. « C'est très-injustement, dit l'abbé Ber- « gier, que les hérétiques et les incrédules « ont pris occasion de ce fait pour calom- « nier ces deux apôtres; il n'y a dans la con- « duite de l'un et de l'autre aucun trait d'hy- « pocrisie ni de mauvaise foi. Ceux d'entre « les protestants qui ont conclu de là que « saint Pierre n'était pas infaillible, se sont « joués du terme; ils devaient conclure tout « au plus que saint Pierre n'était pas impec- « cable. Tenir une conduite de laquelle on « peut tirer une fausse conséquence et une « erreur, ce n'est pas enseigner pour cela « l'erreur. Saint Pierre [)0urrait donc avoir « péché dans sa conduite, sans avoir failli « dans la doctrine. » Cependant quelques Pères et quelques critiques ont cru que le Céphas dont il s'agit en cet endroit n'était pas saint Pierre. Voy. Céphas, Keukherdère. Retourné à Rome, il écrivit sa deuxième Epître aux fldèles convertis. Le but de cette épitre est de les affermir dans l'attachement inviolable qu'ils doivent avoir à la doctrine et à la tradition des apôtres, et de les prémunir contre les illusions des faux docteurs. Le feu de la persécution était alors allumé; Pierre fut condamné à mourir en croix. Il demanda d'avoir la tête en bas, « de peur (dit uh saint <i Père) qu'on ne crût qu'il affectât la gloire « de Jésus-Christ, s'il eût été crucifié comme « lui. » Ce prince des apôtres fut attaché à la crois le môme jour, selon la plus commune opinion , et au même endroit où saint Paul
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fut décapité, l'an 00 de J.-C, et le 12' rÔKiie (lu barbare Néron. Sa mort fixa ir
du irrévo'eablonient à Rome le premier siège de l'Eglise clirétierme, (|u'il avait d'abord établi à Autiodie. Dès lors ilome est devenue la Jérusalem du christianisme, la résilence de son premier pasteur, le centre de l'union catholique, l'oracle et la règle de toutes les églises; où les Pères et les théologiens de tous les siècles ont (-herché des décisions dans des matières dilliciles; où l'on a vu échouer les artifices de tous les sectaires qui ont essayé d'altérer la doctrine de Jésus- Christ; où ont reçu leur mission tous les hommes aposloli(iues qui, après la première publication de l'Evangile, ont porté aux nations cette lumière divine. Après quoi il ne faut pas être sur[)ris si la fureur des hérétiques, si les sarcasmes des mauvais catholiques se sont tournés dans tous les temps, mais surtout dans ce siècle de vertiges et d'eiTCurs, contre cette grande mère des chrétiens, s'ils ont fait tous leurs ell'orts pour faire regarder comme une usurpation, comme le fruit de l'ambition et de l'intrigue, l'autorilé que le ponlife romain exerce dans l'Eglise universelle, en vertu des pouvoirs reçus de Dieu même. « De là, dit le comte d'Albon, « dans SCS Discours sur l'histoire, le gouver- « nement, tes usuf/es , ta tillérature de plii- « sieurs nations (le t'Jùiroiie, les iléclamalions « fougueuses qu'on fait lelentir sans cesse « à nos oreilles, et que bégaient les cniants « qui ne savent pas l'histoire. Détruisons des « accusations aussi graves qu'injustes; fixons « les idées; ne croyons pas avoir fait à Home « chrétienne les reproches que nous pour- « ri(jns faire avec fondement à la conduite de « queli[ues-uns de ses pontifes; et ne don- « nous pas à conclure qu'on est en droit de « déprécier l'une, quand même on aurait « raison de blâmer les autres. Rome cliré- « tienne ne doit rien à la politi(|ue : si elle a « éicmlu sa puissance dans les régions enve- « loppées des plus épaisses ténèbres; si elle " a soumis à ses lois des peuples qui écliap- <( lièrent aux armes, et ne reconnurent ja- « mais l'empire des plus célèbres conqué- " ranis ; si des hordes sauvages, (jui n'ont « j.iuiais prononcé les noms d'Alexandre « et de César, oui écouté la voix de ses « |ionlil'es avec resi)ect, en ont reçu les ins- « truclions comme des oracles; si , dé- " vouée à la paix, Rome a fait tles conquêtes « que lui eût enviées Rome consacrée à la « guerre , ces prodiges ne furent pas l'ou- « vrage des jiassions humaines ; les liassions M humaines ne servirent qu'à les rendre plus « éclalantes , iiuisqu'elles se liguèrent pour « 0[)poser de plus grands obstacles à l'exé- « cution des projets qu'elles avaient tant « d'intérêt à traverser. » r«//.saintCKÉ(;ouin, saint Léon, Isidore Micucvron, Lltheii, Wk- LANcuTuoN. Un écrivain, connu jiar d'excellents ouvrages ascétiques, a fait sur le même sujet les réilexions suivantes : « Pour moi , « lorsque je vois le chef des chrétiens, le « successeur de saint Pierre assis sur le trône « des Césars, régner dans Rome, et de cette
« capitale du monde chrétien faire entendre « sa voix pastorale à tous les peuples de « l'univers; lorsque je réfléchis sur la ma- « nière dont s'est opéré ce prodigieux chan- « gement , je ne puis m'em|)echer de ni'é- « crier : Le doigt de Dieu est ici. Lorsque je « compare laspleniieuret la magnificence du « Vatican avec l'obscurité et l'horreur des « prisons mamertines ; lorsque je me dis à « moi-même : Celui qui a gémi dans ces « atlix'ux cachots est honoré dans cette su- « perbe basilique, et son successeui' habile « ce siimptueux palais ; la même religion qui « conduisait en secret quelques fidèles aux « iiieds du saint apôtre humilié sous ses « fers, conduit publiquement tous les peu- « pies du monde aux pieds du saint Père « son successeur, l'ayonnai.t sous la tiare; un X tel spectacle, je l'avoue, me ravit, me (rans- « porte, me pénètie de l'espect, de joie et « de reconnaissance. Je ne crains pas d'ap- « pliquer à cet événement les paroles de la « sainte Vierge dans son cantique : Dieu a « renversé les tyrans de leur trône, et y a placé « ceux qu'il tenait dans lluunitiation. Eglise « sainte, triomphe/.; et que toute la gloire « en soit à votre céleste ejioux, qui a opéré « sur la terre de si grands prodiges ; que vos « vrais enfants s'en réjouissent et triom- « iihent avec vous ! » Quelques protestants ont i>oussé l'esprit de parti jusqu'à soutenir que saint Pierre n'a jamais été à Rome, et n'a conséquemraent pas fondé ce siège ; mais les savants les plus ennemis de l'autoiité papale les ont solidement réfutés. Prarson, évêque anglican , dans une Dissertation qui se trouve parmi ses Œuvres, a donné à ce fait toute la démonstration dont il est susceptUjle. En effet, tous les monuments de l'histoire déposent en sa faveur. Saint Pierre, écrivant aux autres églises, leur dit : L'Eglise assemblée dans Bahylone vous salue. Cette Rabylone était, au rapport de Papias , la ville de Rome, d'où lapôtre écrivait alors. Saint Jérôme et les autres interprètes s'accordent avec Papias sur l'explication de ce texte. Hégésippe qui, comme ce deinier, touchait aux temps apostoliques, a publié l'Histoire du martyre que saint Pierre a souffert à Rome. Saint Irénée et saint Ignace, discil)les de saint Pierre, nous apprennent (lue cet apôtre avait fixé son siège à Rome. TertuUien appelle les hérétiques au témoignage de l'Eglise romaine fondée jiar saint Pierre. Saint Cyprien nomme souvent cette église la Chaire de Pierre. Arnobe, saint Epiphane, Origène, saint Athanase, Eusèbe, Lactance, saint Ambroise, Optât, saint Jérôme, saint Augustin, saint Chrysostome, Paul Orose, saint Maxime, Théodorot, saint Paulin, saint Léon, etc., nous ont laissé le catalogue des évoques de Rome, depuis saint Pierre jusqu'au pontife qui occupait le saint-siége de leur temfie ; et depuis cette époque, tous les écrivains ecclésiastiques et profanes l'ont conduit jus(ju'à Pii' I\, qui reuqilit aujourd'hui le siège de saint Pierre. Quelle autre religion que la calli(ill([ue peut présenter une succession si maniuée et si connue ? Et faut-
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il s'étonner si ses ennemis se sont efforcés d'en détruire le fondement? Quelle secte a ' osé feindre une chaîne de ])asteurs légitimes si serrée et si bien suivie? Confingant taie quid Jiœretici ! C'est le défi que donnait Tertuliicn à tous les hérétiques , et ce défi si hardi et si sûr a gagné bien de la force et de Timporlance depuis Tertullien : il parlait de la sorte, lorsque la durée de l'Eglise ne comptait pas encore deux siècles ; ([u'eût-il dit si une succession non interrom[)ue do dix-huit siècles s'était montrée à lui par les titres et J«s monuments les plus manifestes elles plus incontestables? « 11 y a toujours, «dit Bossuet, ce l'ait malheureux contre «. les hérétiques : ils sont séparés du grand « corps de l'Eglise. Mais pour nous, quelle « consolation de pouvoir, depuis notre sou- « verain pontife, remonter sans interruption « jusqu'il saint Pierre , établi par Jésus- « Christ; d'où, en repren-int les pontifes de « la loi, on va jusqu'il Aaron et Moise, de « là jusqu'aux p.itiiarches et jusqu'à l'ori- « giije du monde 1 Quelle suite ! quelle tra- « ditiou 1 quel enchaînement merveilleux ! » — Outre les deux épitres de saint Pierre qui sont au nombre des livres canoniques, on lui a attribué plusieurs ouvrages comme ses Actes, son Evangile, son Apocalypse, tous ouvrages supposés.
PIERRE (saint), évêque d'Alexandrie en 300, fut regardé comme un des prélats les plus illustres de son temps, soit pour sa doctrine, soit pour ses vertus. Sa constance fut éprouvée dans les persécutions de Uioclétien et de Maxiraien, et il reçut la palme du îBiarlyre en 311. Pendant son épiscopat, il fit des canons péniteutiaux, et déposa dans un synode Mélèce de Lycopolis , convaincu d'apostasie et d'autres crimes. Théodoret nous a conservé quelques Lettres de ce saint évêque, dans le i' livre de son Histoire. Le P. Combefis a donné deux sortes d'actes du martyre de saii:t Pierre, les uns publiés par Surius, et les autres par Métaphraste ; mais ils ne méritent aucune croyance, et ne s'accordent ni avec Eusèbe, ni avec Théodoret. PIERRE-CHRYSOLOCUE (saint), né à Imola, fut élu archevêque de Ravenne vers l'an 4-33. 11 s'était préparé aux vertus épiscopales par la régularité de la vie cénobitique : moyen excellent pour former de bons pasteurs [Voy. saint Norbert). Saint Germain d'Auxerre s'élant rendu à Ravenne, pour obtenir de l'empereur Valentinien la gri\ce de quelques criminels, tomba dangereusement malade, et eut la consolation de mourir entre les bras de Pierre-Chrysulogue, qui hérita de son cilice et de son ca'mail. L'hérésiarque Eutychès, instruit de l'éloquence de Pierre, voululTaitirer dans sou parti ; mais le saint évoque lui répondit d'une manière à le confondre. 11 le renvoya à la lettre de saint Léon je Grand à Flavien, lettre qui est un abrégé de ce que l'on doit croire sur le mystère de rmcarnatiou. 11 mourut, selon quelques-uns, en 4-58 ; d'autres disent le 2 décembre 4oO. Ses ouvraj,es ont é é imprimés à Venise, en 1150, in-fol., par les soins du P. Sébaslien-
DlCT. DE BlOORAPHJE RELIG. 111.
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Paul de la Mère de Dieu. On en a donné une nouvelle édition à Augsbourg , 1758, in-fol. On y trouve 176 Sermons, discours ou humélies^ Ia plupart fort courts ; et dom Luc d'Acheri en a publié cinq nouveaux dans son Spicilége. L'illustre évoque y explique en peu de mots, d'une manière assez agréable, le texte de l'Ecriture. Son style est coupé, quoique assez suivi ; ses itensécs sont ingénieuses ; mais elles sortent quelquefois du naturel, et ne renferment que d(^s jeux de mots. Les critiques du dernier siècl.' ont jugé que ses Sermons n'ont rien d'assez élevé ni u'assez éloquent pour lui avoir tait méiiter le nom de Chrysoloijne (homme dont les paroles sont d'orj , qui ne lui fut donné que 250 ans après sa mort, ])ar Félix, évêque de Ravenne, rédacteur de ses ouvrages. Ils tiraient leur force de la véliémeiice du saint efzélé orateur, du ton vif, touchant et pathétique dont il les pi'ononçait, et qui jiroduisiiit sur son peuple le plus grand effet. — M. l'abbé Migne a fait entrer uans son Cours complet de Patrologie les OEuvres très-compUUes de saint Pierre-Chrysologue, reproduites d'après l'édition de Sébaïtien Pauli et celles de plusieurs autres commentateurs, suivies des OEuvres également complètes de saint Vidérien et de saint Nicétas , d'après Sirmond et Mai, 1846, 1 vol. \n-k\
PIERRE NOLASQUE (saint), fonaateur de l'ordre de la Merci , pour la rédem[)tion des captifs, naquit vers 1189 dans le Limiagais, au diocèse de Saint-Papoul en Languedoc. Ses parents étaient nobles. Il s'attacha dans sa jeunesse à Simon de Montfort, qui le mit auprès de Jacques , roi d'Aragon. Son esprit et sa vertu lui acquirent les bonnes grâces de ce prince. Pierre |>rofita de son ciédit auprès de lui pour établir un ordre religieux militaire, destiné à briser les fers des clirétiens captifs chez les musulmans. Ce fut le 10 août 1223, et non 1218, que se forma cette société respectable. Pierre Nolasque, qui l'institua étant laïque, voulut que les obligations de ses chevaliers ne fussent pas moindres que celles des religieux du chœur. Après avoir donné la première forme à son ordre, il réunit l'office de rédempteur à celui de supérieur général. On assure qi;e , dans les deux premières expéditions qu'il fit dans les royaumes de Valence et de Grenade , il retira 400 captifs des mains des infidèles. 11 passa ensuite en Afrique, et y essuya beaucoup de traverses. Enfin après avoir vécu S"pt années dans l'exercice de toutes les vertus, il mourut saintement la nuit de Noël, eu 1256 ou 1258, à 67 ans. Saint Louis faisait un cas particulier de ce saint fondateur, et l'honora de plusieurs lettres. Pierre s'était associé dans l'insiitution de son ordre avec Raimond de Pegnafort ; et ce fut conjointement avec ce saint qu'il donna à ses religieux l'habit que nous leur voyons encore aujourd'hui. 11 n'était pas prêtre, comme l'ont cru quelques auteurs. On ignorait le lieu de sa sépulture; mais Charles 111, roi d'Espagne, ayant fait fniie des fouilles à Barcelone (selon les indications données dans
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une lettre du P. Jacques Podralbes, jésuite, découverte à Ferraro le 8 mars 1786) , on trouvn, eu 1788, le 25 avril, le corps du saint à une grande profondeur, au bas d'un escalier, dans une niche , en habit de chevalier, avec sa cuirasse et sa longue épée , suivant le costume de son temps, et une inscription qui marque que c'est le corps de saint Pierre Nolasque.
PIERHE DE VÉRONE (saint), né de parents hérétiques eu 12l)o, dans la ville dont le nom lui est resté, puisa dès sa première enfance, dans une école catholique, une foi pure et ferme, dont les instigations de ses ])roches ne purent le détacher. Il entra dans l'ordre dos frères prêcheurs, que gouvernait encore saint Dominique. Il s'y rendit célèbre par le ministère de la parole de Dieu : son zèle et sa ca[)acité lui tirent confier la charge d'inquisiteur à Milan. Il opéra des conversions sans nombre , et ne se ht pas moins d'ennemis ; les hérétiques obstinés frémissaient de voir affaiblir leur parti par le zèle de Pierre. Mais plus le danger croissait pour ses jours, plus s'enllammait son ardeur pour le martyre. Le dimanche des Rameaux , 2i mars 1-252, comme il prècliail ii Milan devant un auditoire immense, il dit d'une voix fort élevée qu'il savait indu bitablem mit que sa mort était résolue par une troujJC de conjurés ; en effet, il fu. assassiné sur le chemin de Cùme h Milan le G avril de la même année, par deux scélérats soudoyés. Innocent IV le canonisa un an après sa mort. Un de ses assassins , nommé Carin ou Marin , entra chez les dominicains de Forli en qualité de frère convcrs, et expia son crime par les exercices d'une austère pénitence. La Vie de Pierre a été écrite par Léontino, dominicain, qui avait demeuré longtemps avec lui à Vérone, etqui fut depuis p^triarcbe de Jérusalem. On l'appellequolquefois Pierre de Milan.
PIERRE u'Alcantara (saint), né en li99 à Alcantara, du gouverneur de cette ville, entra dans Tordre de Saint-François, dont il fut provincial en 1538 et en loV2. Le désir d'une plus grande perfection le tit retirer sur la montagne d'Aïubida eu Portugal ; il y établit une réiorrae, qui fut apiirouvée en 1551 par Jules III. Ce saint mourut en 15(>2, regardé comme un motlèle de morlirtcation et de pénitence. Clément IX. le canonisa. On a de lui un traité de ïoruifon mentale, qu'il couiposa à la prière d'un gentilliommo rempli di; piété, (\n'\ l'avait souvent entendu parler sur celte matière. Ce livre a été regardé comme un chef-d'œuvre par sainte Thérèse, par Louis de Grenade, par saint François de Sales, par le pape Grégoire XV. 11 est encore auteur d'un excellent traité De la paix de l'âme. On dit ipi'après sa mort il appar.d il saiute Thérèse , environné d'une clarté cèles te, et disant ces paroles, rapportées dans l'ofhce do sa fête : Félix pœnilenlia, quœ tantam milti promeruitfiloriam! — S(ir l'édition de ses OEuvres complètes, parM.Migne, V. Thérèse. PIERRE , écrivain ecclésiastique , n'est connu que par un Traité sur rincarnation et
la grâce, que l'on a joint aux OEuvres de saint
Fulgence. Cet ouvrage se trouve aussi dans la Bibliothèque des Pères. L'auteur s'y donne le titre de diacre ; c'est tout ce que l'on en sait. Il vivait dans levr siècle.
PIERRE DE Sicile naquit en cette île vers le milieu du ix" siècle. 11 est connu par son Histoire des manichéens. Cet ouvrage, que l'on trouve dans la Bibliothèque des Pères, contient des faits curieux et importants, qui font counaitre l'état et les sentiments de cette secte, dans le temps où l'auteur vivait. 11 a été donné séparément par Mathieu Raderus, Ingolstadt, ISOV, en grec et en latin.
PIERRE DAMIEN (le bienheureux) , né à Ravenne vers l'an 988, fit concevoir d'heureuses espérances dès son enfance ; elles ne furent pas vaines. Après avoir enseigné avec réputation, il s'enferma dans la solitude de Sainte-Croix d'Avellane, près d'Eugubio, et devint firieur, puis abbé de ce monastère. Le pape Etienne IX, instruit de son mérite, le lit cardinal cl évêque d'Ostie en 1057, et l'employa dans les affaires de l'Eglise romaine. Pierre Daniien continua, sous les papes suivants, d'être chargé de diverses affaires, dont il s'acquitta avec applaudissement. Il consacra tous ses soins à faire revivre la disci|)line dans le clergé et dans les monastères. Il mourut saintement (Onnne il avait vécu, à Faënza le 22 février 1072, à Si ans. Il s'était démis auparavant de son cvêché. On a de lui des Lettres, des Sermons, des Opuscules, les Vies de saint Odiinn, de saint Romuald el de saint Dominique l'Iîncuirassé , et tl'autres ouvrages, qui ont été recueillis en quatre tomes formant un in-fol.; ils sont utiles i^our la connaissance de l'Iiisloire ecclésiastique du XI' siècle. On y trouve une érudition variée, de la clarté, de l'aisance et de la force dans le style, quoicpi'il ne soit pas toujours pur, et que les idées manquent quelquefois de justesse. La lecture n'en pont être que très-utile, surtout auv ecclésiastiques et aux religieux. Il prit le siuiiom de Damien, par reconnaissance ]iour un de ses frères qui portait ce nom, et auquel il devait sr)n éducation. L'éditon des ouvrages de ce Pèi-e, donnée à Paris, 11)63, in-fol., est assez estimée. Sa Vie a été écrite par S. Jean de Loili, son disciple, jmis évêque de Gubbio, et publiée pai' dom Mabillon, Sec. G, Bened. PIEKRE IGNÉE, cest-à-dire de Feu, célèbre religieux de l'ordre de Val-Ombreuse, et issu de l'illustre maison des Ald'.lirandins, fut fait cardinal et évêque d'Albano en lO'iS. Pierre de Pavie, évêque de Florence, fut accusé de simonie et d'I^érésie par les religieux du monastère de Saint-Jean-Gualberl. Cette accusation agitait tous les esprits; on proposa de la justitier. Pierre Ignée fut choisi, en lOGi, par les moines de son couvent, pour faire l'épreuve du feu contre l'évêque. Ces sortes d'épreuves avaient été défeiulues par quelques conciles : mais ces canons n'étaient pas patout en vigi eur, et l'on croyait pouvoir excepter quelques cas particuliers. {Voy. Cuarlemagne, Eugène II.) Pierre entra gravement , les pieds nus et à petits pas, en présence de tout le
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peuple de Florence, dans un Jjrasier ardent entre deux bûchers cnibrns-s, et il alla avec une démarclie mesurée jusqu'au bout. S'étant aperçu qu'il avait laissé tomber son mani;nile, il retourna sur ses pas, et le retira du milieu des llauunes aussi entier et aussi blanc qu'il l'avait en y entrant. Le vent de la llainnie agita ses cbeveux, tlt flatter son étole et son aube; mais rien ne b.'ûla, pas môme les poils de ses jambes. Quand il fut parvenu à lextrémité des deux bûchers, il voulut y passer derechef, pour en sortir par où il était entré; mais le peuple le retint. Ce récit est tiré de la lettre cjue le clergé et le peu[)le de Florence écrivirent à cetle occasion au pape Alexandre. Les écrivains de ce temps-là, et surtout Didier, abbé du Mout-Cassin, depuis pa|)e, sous le nom (le Victor III, eu parient comme d'une chose très-certaine. Cependant Pierre de Pavie , après avoir été suspendu quehjue temps par le pape, continua d'être évêqiie de Florence, soit qu'il donnât des preuves bien fondées de réspiscence, soit que, dans un temps de division et de trouble, il fût plus aisé de convaincre le coupabb; cjue de le punir; soit entin (jue le pape ne crût pas devoir tenir compte d'une preuve ilkgale et contraire aux canons.
PIERRE, dit 1 iV/Hf/e, gentilhomme français d'Amiens en Picardie, quitta la profession des armes, pour embrasser la vie érémitique, et ensuite celle-ci pour la vie de jiôlerin. Il fit un vo>age dans la Terre-Sainte, vers l'an 1093. Touché de l'étal déplorable où étaient réduits les chrétiens, il en parla à son retour d'une manière si vive' au pape Urbain II, et lit des tableaux si touchants, que ce pajio l'envoya de province en province exciter les [irinces à délivrer les fidèles de l'oppression. C'est l'occasion et l'origine de la première croisade. Il faut ôtre bien affermi (ians l'insensibilité |)hiiosoi)hique, pour prétendre que les chrétiens eussent dû abandonner leurs frères, et céder l'empire des Constantin et des Théodose à des usurpateurs, à des tvraiis sanguinaires, ou ahicher une injustice étrange en lundamnaut ces expéditions sur le [)eu de succès qu'elles eurent. Nous avons déjà obse.vé d'après un ancien, que cetle manière île juger était propre aux inj?ensés. Voij. saint BiiiiNAKD. « Peut-être, dit un auteur judi- « cieux , que le zèle de la religion ti't jié- « cher contre les règles de la prudence; « mais, ce qui nous importe encore uncpie- « ment ici, on ne viola point les lois de !'é- « quilé. Ainsi donc le feu de la guerre, « l'enthousiasme des croisades , examiné « froidement d'après les preuves de fait que «présente toute la suite de l'histoire, et « non pas sur les vagues repioclies de fana- « tisme, non pas sur les déclamations iiiju- « rieuses d'un phdosophismo plus fanatique « et plus intolérant que ce qu'il appelle « ainsi, l'exhibition des faits , dis-je, fait « seule évanouir ici toute idée d'injuslice. « Des vues ueut-êtro fautives, mais légiti- « mes de oolitiquo ; la nécessité de la pro-
« pre défense et la convenance de la diver- « sion , fiirent un nouveau sujet de ces « guerres, et foin-nissent un nouveau jour « pour les justitier pleinement aux yeux de' « toule personne tant soit peu versée dans « le droit de la jiaix et »:e la guerre. Hap- « pelez-vous un moment quel fut le génie « de l'islamisme à son origine, et quel sys- « tème d'opp;ession il ne cessa fiointde sui- « vre avec acharnement, tant qu'il eut eii « main la force oppressive et la préjiondé- « rance du pouvoir : le but constant du pre- « mier auteur de cette absurde religion fut « d'y soumettre les trois parties du monde « connu, non )iar la voie engageante (.e la « persuasion, qu'elle ne pouvait soutenir, « mais par le poids menitrier du cimetene, « par l'abrogation des lois, la dégradation du « genre humain, et .e mépris de toute hu- « manité. Tout était sanctilié par le zèle de « l'Alcoran ; et pourvu qu'on tendit à cette « fin, il n'était plus de moyen, soit séditieux, « soit tyrannique , soit meurtrier et bar- « bare, qui ne devint légitime. Les peuples, « qui couraient au-devant du joug, qui se « f isaient un mérite de la révolte et de l'a- « jiostasie, entraient en communauté de na- « tion et de privilèges avec la secte mons- « trueuse qu'ils grossissaient de jour en «jour : on faisait impitoablement tomber « le reste sous le tranchant des armes, ou, « jiarun traitement encore plus déplorable, « on les réduisait sous les chaînes à la C(ju- « dition des bêtes de somme. iNui peiq)le, « nul empire, nul droit de cité ni de majesté, « nulles de ces lois primitives et sacrées « parmi les nations même en guerre, n'é « talent révérés par ces violateurs enthou- « siastes de tout droit et de toute religion. « Ne seraient-ce donc pas ces infraclcurs « brutaux de tout lien social, qui enflamrae- « raient toute la véhémence pinlosoplii(jue, '( si les ternies vaguts de fanatique et de fa- « natisme exjiriniaient autre chose dans son « jargon, que la haine de l'Evangile et de la <i vertu? )> D'abord, les philosoiljes , pour déguiser, sous le voile de l'amour du bien public, leur haine contre fout ce qui tient è la religion , ont [nétendu que les croisades avaient eu des conséquences funesles i\ l'Europeenlière. Cette imagination n'a point (ardé à s'évanouir. Ils connaissent aujourd'hui qu'il en est résullé de gr;inds avanla- }.i,es ; t[ue la navigation ut le commeri e durent îeuis principaux iirogiès,o;i pour mieux dire, leur création et leur véiit.ible exisleni e. à ces traiisiiiigralious peri)étnelles de^ Occidentaux vers l'Orient; que les arts repassèient en Eurofie; i|ue les guerres parliculièirs et les hostiJtés inleslincs qui dix-hirent le sein d'un même étal furent abolies, etc. (1); mais ils prétendent (|ue ces avantages ont élé des suites accidentelles, et n'existaient pas dan» l'intenlion des croisés : plaisante maniera
(1) Ils ont encore oublié que la noblesse, en sa portant sur l'Asie, aliéna une partit; du ses biens, ou enipi unta par jiypolbècjiu; des sommes considérables du peuple même dont elle facilita l'omancipation.
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(le raisoniwr, et qui prouve bien la tortiiosiW: ilu iiioiisonj^e 1 Est-ce la chose ou l'intention qu'il s'agit ici de juger? et si la clioso est bonne et utile, quel droit ai-je de prononcer qu'elle n'a point été telle dans îes vues de celui qui l'a procurée? Le grand eiïet des croisades n'a certainement pas échappé aux chefs de ces expéditions lointaines. Ils savaient très-bien que le moyen ie plus ollicace de garantir l'Europe de la fureur malKJuiétane était de porter la guerre en Asie. « (Jui peut donc crier à l'injustice, « dit l'autiMir que nous venons de citer, « contre les ligues formées par les nations « chrétiennes, alin de [larer à la fureur si « bien dévoilée de leur ennemi naturel I « Qui peut leur faire un crime d'avoir porté « la guerre au cœur de son empire, pour y « fixer son inquiétude et ses efforts, et l'em- « pèclier de brouiller au loin? Qui ne mani- « l'esté son i)enchanl odieux pour ces nations « conjurées contre le christianisme, en usant « contre leurs adversaires d'un rigorisme « contraire à toutts les règles, non-seule- « meut des plus justes représailles, mais de « la plus inilispc'.isable défense, à toutes les « ui.iximcs de la prudence et de la saine po- « litique? Or, que ces considéra'ions aient « dirigé les chefs ue la république chré- « tienne, c'est ce qui ne saurait plus nous « paraître douteux, dejuiis que nous avons « entendu le pape Urbain II, au concile de « Clermont, et ses successeurs en tant d'au- « 1res rencontres, exhortant les princes et « les peuples à réprimer l'insolence des mu- « sulmans, alléguer, en termesexprès, ledes- « sein qu'avaient ces intidèles de subjuguer « tous les royaumes, tous les empires, d'a- « néantir toute puissance chrétienne. » Pierre paraissait peu propre, au premier abord, à conduire une allaire si importante. C'était un petit honuue, d'une physionomie peu agréable. Il portait une longue barbe et un habit fort gnissier; mais sous cet extérieur humilie il cachait un grand cœur, du feu, de l'éloquence, de l'enlhousiasme; c'était un homme d'un courage liéroïque, d'un esprit élevé, d'une vivacité et d une énergie de sentiment qui fai.-<iiit passer ses ])ropres affections , ^d'une manière irrésistibk' , dans l'àm • de tous ceux à (jui il parlait. Sa vie pauvre et très-auslère lui conférait un degré nouveau d'aulorité. Il distribuait ce (ju'on lui donnait de meilleur, ne mangeait que du pain, ne buvait que de l'eau, mais sans atfeclation, et avec la piété judicieuse qui convenait à un génie de cet ordre. Il eut bientôt à sa siiite une foule innombrable, dodefroi de Bouillon, chef de la partie la |)lus brillant(i de la croisade, lui contia l'autre. L' ermite guerrier se mit à leur tôte, vêtu d'une longue tiuiique de grosso laine, sans ceinture, les pieds nus, avec un grand froc et un |)etit manteau d'ermite. Il divisa son armée en deux |iaities; il donna la preniieie à Gauthier, pauvre gentilhomme de ses amis, et conduisit I aune. Ce solitaire comuianddit quarante mille liommes d'infnnlerie «t une nombreuse cavalerie. C«tt«
multitude indisciplinée fut défaite en plusieurs combats par les Turcs, et il ne resta que 3000 hommes qui se réiugièrent à Constantinople. Pierre se joignit ensuite à Godefroi de Bouillon et autres chefs croisés. Se trouvant en 1097 au siège d'Antioche, qui traînait en longueur, et réfléchissant sur le peu de succès qu'il avait eu dans la conduite d'une armée, tandis qu'il en avait eu un si grand et si prompt à former la croisade, il crut qu'il avait rempli la tâche que la Providence lui avait marquée, et que ce serait jjreiidre le change que de continuer l'emploi de général. Il résolut de se retirer; mais Tancrède, prévoyant l'etl'et que ce départ aurait sur l'esprit des croisés, lui fit faire serment de n'abandonner jamais une entreprise dont il était le premier auteur. 11 signala son zèle par la conquête de la Terre-Sainte, et fit des merveilles au siège de Jérusalem, l'an 1099. Après la prise de cette ville, le nouveau patriarche le fit son vicaire général en son absence , pendant qu'il accompagna Godefroi de Bouillon, qui allait au devant du soudan d'Egypte, pour lui livrer bataille auprès d'Ascalon. Il mourut dans l'abba} e de Neu-Moùtier, près de Huy, dont il était fondateur. Son tombeau qui était dans une grotte sous la tour, a été comblé dans ces dernières années, lorsqu'on a réparé l'église, dit Feller, sans qu'on ait songé à conserver la pierre sépulcrale avec ré()itaphe de cet homme illustre ; son corps f a été transporté dans la sacristie, oii on le voyait dans une urne de bois. « Ceux de nos « auteurs modernes, dit M. Moreau, pour « qui toute entreprise religieuse est un ob- « jet de raillerie, et ceux qui ont été plus « frappés des désordres que nos croisés se « permirent en Orient , que de la grandeur « et de la noblesse du projet qui les réunit, « ont voulu faire de Pierre l'ermite un fou « enthousiaste, un homme qui eût mérité « d'être enfermé. Ceux qui réiléchissent plus « froidement, ceux qui , jiour juger des ac- « tions , se transjiortent au siècle qui les a « produites, ont dû se former une tout autre « idée de cet homme singulier. Pour moi, « j'avoue que son génie m'étonne, et que « son courage me parait approcher de celui « qui fait les héros dans tous les gen- « les. Je le vois arriver de Jérusalem à « Rome, parcourir ensuite l'Italie, la France, « l'Allemagne, et ne manquer son but nulle « part. Quelle devait être l'élévation de ses « idées, la force des images dont il savait « les revêtir, la rapidité de ses mouvements, « le feu de ses expressions! H n'eut pas les « talents d'un général, je n'ai pas de peine « à le croire ; aussi ne le vit-on jamais en- « dosser la cuirasse : il commit des impru- « dences, cela peut être encore ; et qui est- « ce (jui n'en commit pas dans ces expédi- « tions lointaines ? i^Iais seul il avait eu- « flammi toute l'Europe; il s'était fait sui- « vie des peuiiles; il avait déterminé, per- « suade, entraîné les rois, les grands, les 0 ministres ; il produisit dans le monde un « changement inattendu : h sa voix les ty-
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« raiis cessèrent d'infester leur patrie, et « cette ardeur guerrière qu'on ne pouvait « éteindre, et qui était le fléau général de « l'Europe esclave et malheureuse, il la maîr « trisa, il la porta en Asie, il la tourna tout « entière contre des ennemis qui étaient eux- « mêmes des usurpateurs persécutant de- « puis 50 ans des hommes que nos ancêtres « regardaient avec raison comme leurs frè- « res. Ne valait-il pas mieux, après tout, « combattre ces brigands d'Asie, que d'égor- « ger, comme on faisait alors, ses parents et M ses compatriotes? Non, le solitaire d'A- « miens ne fut point un insensé, il mérite « une place parmi les hommes justement « célèbres. » Discours sur l'histoire de France, t. XIV. M. Mailly a peint Pierre l'Ermite des plus noires couleurs dans son Esprit desCroisades, ouvrage qui ne contient ciueVespril de l'auteur, et point du tout celui de ces expéditions lointaines , et qui , sous l'appareil d'une érudition factice, n'est qu'un recueil de déclamations, de jugements faux , et surtout de calomnies contre des personnages illustres. M. Michaud a représenté avec plus de vérité et de noblesse Pierre l'Ermite et les croisades dans son Histoire des Croisades.
PIERRE DE Cluny ou Pierue le Vénérable, né en Auvergne, delà famille des comtes de Moiitboissier, était le septième de huit enfants mâles. Un d'eux seulement resta dans le siècle. Pierre, suivant l'exemple de ses fieres, se fit religieux h Cluny. Prieur de Vézelay, il devint abbé et général de son ordre en li"21, à l'âge de 28 ans. Ses talents et ses vertus lui méritèrent cette place. A peine y fut-il élevé, qu'il lit revivre la discipline monastique, sans affecter des austérités recherciiées. Le pape Innocent II vint à Cluny en 1130. Pierre l'y reçut avec magniticence. Il donna un asile à Abailard, qui trouva en lui un ami et un père. Il l'engagea à rétracter ses erreurs et à faire pénitence. L'abbé de Cluny combattit les erreurs que Pierre de Bruys et son sectateur Henri répandaient dans la Provence, dans le Languedoc et dans la Gascogne. Enfin, après avoir rempli dignement sa carrière, il mourut saintement dans son abbaye, le 24 décembre 1156. On a de lui six livres de Lettres, et plusieurs ouvrages curieux et intéressants, entre autres un excellent Traité sur la Divinité de Jésus-Christ, un contre les Juifs : des Traités sur le Baptême des enfants, contre Pierre de Bruys ; sur ['Autorité de l'Eglise, sur les Basiliques, les Eglises et les Autels ; sur le Sacri/ice de la Messe, sur les Suffrages pour les Morts, sur les Louanges de Dieu par les Cantiques et les instruments de musique, sur le Culte de la Croix, etc. Quoique son raisonnement n'ait ni la chaleur ni la vigueur de celui de saint Bernard, il présente et développe les preuves d'une manière qui ne subjugue pas les esprits avec le même empire, mais qui opère la même persuasion dans ceux qui ne se lassent point de le suivre. Son stylo est ordinairement net et correct, surtout dans ses lettres, qu'on a conservées au nombre de près de 200, et
qui annoncenr une faculté de voir ôl de sentir analogue à sa rare prudence. Pierre le Vénérable avait un sens droit et naturel, une charité rare, un cœur compatissant. 11 partagea constamment avec saint Bernard et l'abbé Suger la supériorité du mérite et de la célébrité sur les grands hommes de ce temps. Ses qualités, moins brillantes que celles de ses deux émules, n'étaient pas moins solides ; et les chefs de l'Eglise les employèrent souvent avec un égal succès à la conduite des affaires les plus importantes. Dans les négociations délicates qui lui furent confiées, il montra de la prudence et de la dextérité. En gagnant la confiance par les. charmes de sa candeur et de sa douceur, il ne trahit jamais la cause qui lui était confiée, ni par une molle complaisance, ni par une simplicité imprudente. 11 défendit son ordre contre saint Bernard qui reprochait aux religieux de Cluny d'être trop somptueux en bâtiments, d'avoir une table trop peu frugale, de s'éloigner de quelques pratiques de la règle de saint Benoit. Pierre le- Vénérable répondit à ces reproches d'une manière satisfaisante; mais ils ne se trouvè-^ rent que trop vérifiés, lors de la révolution, de France en 1789; car les religieux de- Cluny allèrent eux-mêmes au devant de leur dissolution, et livrèrent les dépouilles dis sanctuaire à des mains profanes, pour en recevoir le triste présont de la liberté du sièclj. Son Apologie, ainsi que ses autres écrits, se trouvent dans la Bibliothèque de Cluny, publiée à Paris en 1614, in-fol. Sa Vie, écrite par un de ses disciples nomma- Rodolphe, a été publiée par dom iMartène-. PIERRE LOMBARD, af.pelé le Maître des Sentences, fut nommé Lombard, parce qu'il était né près de Novare dans l,i Lombanlie. Il se distingua tellement k Paris, qu'il fut fait écolâtre ou président de l'école de cette ville, et ensuite pourvu de l'évôché de cette capitale. 11 avait été auparavant clianoine de Cliartros. Philippe, fils du roi Louis le Gros, et frère de Louis le Jeune, refusa cet évêché, et le fit donner à Pierre Lombard, son maître. Ce savant en prit possession eu 1159. Il n'en jouit pas longtemps, étant mort en 1164. Ce prélat était bien capable d'instruire son peuple ; ses exemples soutenaient ses instructions. Tout le monde connaît son ouvrage des Sentences, sur lequel nous avons tant de Commentaires. C'est un recueil des passages des Pères, Jont il concilie les contra lictions- apparentes, à peu près comme Gratien l'avait fait dans sort Décret. Ce dernier compilateur était sans doute fort inférieur à Pierre Lombard ; mais celui-ci tombe dans plusieurs de ses défauts. 11 fourmille de questions inutiles ; il eu omet d'essentielles; il appuie ses raisonneaients sur des s('ns figurés, qui sont moins des preuves sohdes du dogme que du peu de sagacité de ceux qui s'en servent. On doit lui pardonner ces imperfections, t-i ton considère que Pierre vivait dans un temps barbare, et qu'il fut le premier auteur qui. entreprit de réduire Iji
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tliéologie en un corps entier. Il est certain qu'il s'en acquitta avec assez d'ordre il de luélhode. Son ouvraj^e. dont la première éditiou est de Venise, 1477, in-!olio, est divisé en quatre livres, ef chaque livre en plusieurs paragraphes. On trouva dans cet ouvrage, après la mort de l'auteur, une proposition condamnée par le pape Alexandre III. La viiici : Clirisius, secuiidum qnod "st homo, non est aliquid. Il voulait dire s.ins doute, ulic/iiid absolutum rjuod persunain constituât; mais son inlention n'était point assez exprimée. On a encore da Pierre Lombard un Commentaire sur les Psaumes, Paris, ioVl, in-folio, et un autre sur les Epitres de saint Paul, 1537, in-lolio. Les trois ouvrages de Lombard parurent réunis à Nuremberg, en 14-78, et à Bàle en 1486. Une des meilleures éditions du livre des Sentences est celle de Louvain, 1557, in-4°, par les soins d'Antoine Glienart.
PIERRE DE Celles, religieux, natif de Troyes, s'étant distingué par sa piété et par son savoir, fut élu abbé de Celles vers 1130, et de là transféré à l'abbaye de Saint-Remi de Reims en 1162. Placé sur le siège épiscopal de Chartres en IISO, il l'occupa jusqu'en février 1187, année de sa mort. On a de lui des Lettres, des Sermons, des Traités de la conscience, des pains de proposition, du tabernacle, etc., dans la Bibliothèque des Pères; et recueillis par le P. Sirmcnd, Paris, 1613, in-S" ; et par dom Anibroise Janvier, Pans, 1671, in-4».
PIEhRE DE Blois, fut ainsi appelé parce qu'il avait vu le jour dans cette ville. Après avoir étudié à Paris et à Bologne, il devint précepteur, puis secrétaire de Guillaume II, roi de Sicile. Appelé eu Angleterre par le roi Henri II, il obtint l'archidiaconé de Bath, dont il fut dépouillé sur la. fin de ses ^ours. On lui donna celui de Londres, mais li y trouva plus d'honneur que de revenus. Il y aviiit été auparavant chancelier de Richard, archevêque de Cantorbéry, qui faisait un grand cas de son mérite. Cet estimable écrivain mourut en Angleterre l'an 1200. Il était d'un caractère austère, et il se signala par son zèle pour la discipline et les règles ecclésiastiques. On a de lui 183 Lettres, 63 Sermons, et d'autres ouvrages, dont la meilleiiie édition est celle de Pierre de Gous.sainville en 1667. Il s'y élève avec force conire les déié^lemcnts du clergé. Les écrivains proteslants l'ont souvent clié dans leurs déclamations contre ce corps, sans distinguer le langage d'un enfant zélé pour la gloire de sa mère, et celui d'un ennemi acharné h la calomnier et à la perdre. Son style est coupé, senti niieux, plein d'antithèses et de jeux de mots. Les Sermons publiés sous le nom de Pierre de Blois (lar le P. Busée, Mayenco, 1600, sont de Pierre Comesti r. Il a continué VUistoire des monasti'res d'Ànqlclerre d'ingulfe, depuis 1091 jusqu'en 1118, publiée par Savile en 13%. Les auteurs de l'IIistoiie do l'Egli^o gallicane disent que Pierre de Blois est le premier qui se soit servi du mot de trans-
suostantiation : c'est une er'enr. Foy. Hil- DEBERT. Etienne, évêque d'Autun, contemporain d'Hildebert, qui assista au sacre de Philippe, fils lie Louis le Gros, le 14 avril 1129, dit dans son Traité du sacrement de l'autel, chap. 1.3 : Oramus ut... oblatio punis et vini transsuhslantietur in corpus et sanguine m Jesu Clirisli.
PIERîlE CO.MESrOR, ou le Mangeur, né à Troyes, fut ch;'noine et doyen de celte ville, puis chancelier de l'église de Paris, en 116'i- ; il enseigna pendant quelque temps la théologie. 11 quitta ses bénétices pour se faire chanoine régulier de Saint- Victor k Paris, où il finit sa vie en 1198 selon quelques-uns, et selon d'autres au mois d'nct.)bre 11T9. Il était enterré ou plutôt emmuraiilé dans une voûte qui séparait di ux chapelles, il droite du choeur. Nous avons de lui : Historia scliolastica, 1486; c'est une histoire sacrée, mêlée de l'histoire profane, depuis la Genèse, jusqu'aux Actes des Apôtres. L'auteur charge sa narration de longues dissertations, qui renferment des raisonnements bizarres et des fables ridicules. Elle a été traduite en français, sous le titre de Bible Escolastre, et en llamand. Des Sermons, publiés sous le nom de Pierre de Blois, par le P. Busée, jésuite. Mavence, 1600, in-4°. Ou fit cette épitaphe à Pierre Comestor :
Peirus eram, quempetra tegit, diclosque Comestor. Nuiic cometlor. Vivus ilocui, nec cesso docere Moriuus : ul dical, qui me vidai incineraium : Quod suiuus isle fu-il, erimus quaudoque quod
[iiic est.
Ou lui attribue Catena temporum : c'est une compilation indigeste de l'Histoire universelle, Lubeck, 1475, 2 vol. in-fol., traduite en français sous le titre de Mer des histoires, Paris, 1488, 2 vol. in-fol.
PIERRE (saint), archevêque de Tarentaise en Savoie, naquit au village de Saint-Maurice dans le diocèse de 'Vienne, en 1100. Après avoir pris l'habit religieux à Bonnevaux en Dauphiné, il était devenu abbé de Tamié, lorsqu'on le choisit pour archevêque de TarentaJse vers 1140. Saint Bernard et le chapitre de l'ordre l'engagèrent à accepter cette dignité, parce que l'Eglise de Tarentaiseavail eu beaucoitp à soutfrir pendant l'adiuinislralion de son dernier prélat. Pierre travailla pendant treize ans à rétablir partout l'ordre et la piété, puis, s'étant résolu à vivre dans la retraite, il alla se cacher dans un monastère de son ordre eu Allemagne. Mais ses diocésains qui le chérissaient autant qu'ils le vénéraient réussirent cv le lamener au milieu d'eux. Pierre fonda sur divers points des Alpes des hospices destinés à secourir les voyageurs dont un grand nombre périssait en traversant ces moniagnes. Lorsque l'antipape Victor III disputait la tiare au pape Alexandre» III, il prit courageusement le parti du pontife li'gitimo contre l'empereur Frédéric 111 ut)nt il était le vassal en sa qualité d'archevêque do Tarentaise. Animé d'un zèle ardent pour la propagation de l'Evan^jHe, il
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porta avec succès la parole de Dieu en Alsace, en Bourgogne, en Lorraine, et en diverses contrées de l'Italie. Le pape le chargea de réconcilier le roi de France, Louis Vil, et Henri 11, roi d'Angleterre (1171). Après avoir terminé les dilléremls de ces deux monarques, il obtint d'eux qu'ils feraient tenir dos conciles dans leurs états, afin qu'Alexandre III y fût reconnu. A peine était-il rentré dans son diocèse que le même pape le renvoya vers le roi d Angleterre pour le réconcilier avec son fils ; mais il n'obtint pas cette fois le même succès. Il mourut, pendant son voyage de retour, le IV septembre 1174, à Bellevaux, maison de l'ordre de Cîteaux, diocèse de Besançon. Célestin III le canonisa en 1191, et l'Eglise célèbre sa mémoire le 8 mai. On trouve dans le tome II de FHist. de Cîteaux par dom Le Nain, sa Vie écrite par GeoH'roy d'.Hautecombe, qui fut le compagnon des travaux de Pierre. Sa Vie a été écrite aussi par M. l'abbé Clievray, chanoine de Cbambéry et de Tarentaise, 1 vol. iu-8", avec portrait.
PIERRE LE Chantre {Pctrus Cantor), docteur de l'université, et chantre de l'église de Paris, auteur d'un livre intitulé Verbum abbreviatum, ainsi nommé parce qu'il commence par ces mots, tirés de l'Epitre aux Romains, se fit religieux dans l'abiiaye de Loiig-Pont, où il mourut vers 1197. On trouve dans les bibliothèques plusieurs autres ouvrages de cet auteur, en manuscrits. Celui que nous avons cité n'est pas toujours exact. 11 fut imprimé à Mons en 1C39, in-i", par les soins de Georges Galopin, moine de Saint-Guislain.
PIERRE, dit de Colombario, était évoque d'Ostie \crs le milieu du xiv" siècle. Il couronna l'empereur Charles IV à Rome, en 13i6, et fit l'Histoire de son voyage en cette ville. L'auteur et l'ouvrage seraient oubliés, si Labbe n'en eût fait mention dans sa Bibliothèque de manuscrits.
PIERRE ALPHONSE, juif portugais, converti à la foi dans le \ii' siècle, prouva que sa conversion était sincère, ce qui n'est pas toujours ordinaire chez cette nation. La Bibliothèque des Pères oiïre do cet auteur un Dialogue contre les juifs, qui renferme les motifs de sa conversion, et de fortes raisons adressées à ses anciens confrères pour suivre son exemple.
PIERRE DE Poitiers, chancelier de l'église de Paris, mort l'an 1200, est auteur de auelques écrits insérés dans la Bibliothèque es Pères, et d'un Traité des sciences, imprimé à la fin des Œuvres de Robert Pullus, Paris, 1653, in-fol. Ce traité prouve que l'auteur était un des premiers théologiens de son siècle.
PIERRE, moine de Vaux-de-Cernai, ordre de Cîteaux, au diocèse de Paris, dans le xiii' siècle, accompagna en Languedoc Gui son abbé, un des douze que le pape Innocent IV nomma pour aller combattre les albigeois. Il fut témoin oculaire des événements de cette guerre, dont il a écrit
VHistoire. Elle est curieuse, intéressante, et montre par les faits les plus éclatants comme les plus incontestables, à quel point d'horreur et d'alarme publique ces odieux hérétiques avaient porté leurs excès. Cette histoire a été imprimée k Troyes en 1615, in-8°, et dans la Bibliothi'que de Cîteaux de dom Tissier. Arnaud Sorbin l'avait traduite de latin en français, Paris, 13t)9.
PIERRE, nommé communément Pierre martyr. Voy. Vermigli.
PlkRRE JPASCHAL (saint). Voy. Pasciial.
PIERRE de HoNESTis. Voy. Honestis.
PIERRE DE Lune. Voy. Benoît, anti-pape, après l'article Benoît XIV.
PIERRE de Luxembourg. Voy. Luxem-
BOtBG.
PIERRE DE Léon. Voy. Anaclèt, anti-
■paiie.
PIERRE (Corneille de La), Cornélius a .
Lapide ou Corneille Cornelissen van den Stëes, célèbre commentateur de l'Ecriiure sainte, né à Bocholt, dans la Camjiipe liégeoise, en 1566, entra dans la compagnie de Jésus, et s'y consacra à l'étude des langues et des belles-lettres, et surtout à celle de l'Ecriture sainte. Après avoir professé avec succès k Louvain et à Rome, il mourut dans cette dernière ville le 12 mars 1637, âgé de 71 ans, en odeur de sainteté. Son corps fut enterré dans un endroit à part, pour qu'il put être distingué, au cas qu'il s'agit de sa béatification. Nous avons de lui 10 vol. de Commentaires sur VEcriture sainte , pleins d'excellentes choses, mais qui ne sont pas toujours assorties à celle dont il s'agit : le jugement et la critique de l'auteur n'égalaient pas sa vaste érudition. On estime, plus que le reste de ses Commentaires, ce qui regarde le Pcntateuque et les EpUres de saint Paul. La meilleure édition du corps complet de ses Commentaires est celle d'Anvers, 1681 et années suivantes, 10 vol. in-fol. Tirinus et Menochius ont fait grand usage de ses commentaires ; ils n'ont fait souvent que les abréger en ôtant tout ce qui est étranger au sens littéral.
PIERRE de Saint-Louis ( le P. ) , dont le nom de famille était Barthélemi , naquit à Valréas, dans le diocèse de Vaisoii, on 1626. Il avait 18 ans lorsqu'il fut épris de la beauté d'iuie demoiselle nommée Madeleine ; mais il eut la douleur de la voir enlever par la petite vérole, au moment où il était sur le point de l'épouser. Sa mélancolie, après cette perte , lui inspira le dessein de se faire carme. Le P. Pierre était né avec quelque goût pour la poésie : il la cultiva dans son nouvel état. Pour sanctifier son travail , il forma le dessein de chanter dans un poëme les actions de quelque saint ou sainte. Il balança longtemps entre Elie , qu'il regardait comme le fondateur de son ordre, et la Madeleine, patronne de son ancienne maîtresse. Enfin, les reproches que lui fil en songe son ancienne Madeleine le déterminèrent à célébrer cette sainte. Il entreprit une espèce de poëme héroïque , qui lui coûta cina ans de
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veilles. Dès que cet oi.viMgo fut acho\é, il so rendit à Lvon , où , après quelques traverses, il vint .^ bout de le faire iin|)rimr'r sous ce litre : La Madeleine au désert de la S'iinle-Baiime en Provence, poème spirituel et chrétien, en 12 Uvns. Le privilège pour l'impression est daté de 1668, et il est h croire que l'ouvrage (in-12) fut imprimé la môme année. On V mit un nouveau frontispice en lG7i. Ce poëme, chef-d'œuvre de pieuse extrava(/ance, selon l'expression de La Monnoye, jouit de l'honneur d'une seconde édition en 1091, dans la même ville ; plusieurs exemplaires de cette édition portent la date de 1700. Le P. de Saint-Louis ne vit pas cette espèce de triomphe de sa Madeleine : il était mort d'une hvdrnpisie de poitrine quelque temps auparavant. C'était un de ces hommes qui, comme a dit un critique, ont l'esprit froid et la tète chaude. Son ouvrage était devenu fort rare ; La Monnoye le fit réimprimer dans son recueil de Pièces choisies, tant en prose qu'en vers, La Haye , l'U , 2 vol. in-8". Le P. de Saint-Louis avait achevé avant sa mort uu autre poëme sur le prophète Elle , et lui avait donné pour titre VEliade. La ressemblance de ce nom avec celui d'Iliade lui paraissait d'un heureux augure pour le succès de son poëme; mais il n'a point paru : les carmes eurent la iirudence de le supprimer. 11 avait anagrammalisé les noms de tous les papes , des empereurs, des rois de France, des généraux de son ordre, et de presque tous les saiiits. On cite encore de lui : La Muse bouquetière de Notre-Dame de Lorette, Vilerbe , 1072, in-8°. L'abbé Follard, chanoine de Nîmes, a donné une Vie du P. Pierre de Saint- Louis, dans le Mercure de juillet 1750.
PIERUE DE Saint-André, nommé dans le siècle Jean-Antoine Rampalle, était de l'Ile, près Cavaillon, dans le comtat Yenaissin. 11 se lit carme en 16't0 , et se distingua tellement par sa science et ses vertus, qu'il fut élevé aux premières dignités de son ordre. 11 fut fait détinitcur général l'an 16C7 , et mourut h Rome le 29 novembre 1671. On a de lui : De la Chiromancie naturelle, Lyon , 1653, in-8° ; Vies de iiUisieurs saints de son ordre; une Traduction en français du Yoijage dans l'Orient, du P. Phili[)[ie°de la Sainte- Trin;té, Lyon, 165.'5, in-8'; des Traqédies sacrées; une édition de V Histoire ficnérale des carmes de la conqréijation d'Italie, par le P. Isidore de Saint-Joseph, avec des suppli'inents et des corrections, en latin, Home, 1668-1671, "2 vol. in-fol.
PIKHKE DE Bruts. Voy. Bbuys.
PIEKKE n'OsMA, Espagnol, professeur en théologie dans l'université de Salamanque , soutint, dans le sv' siècle, que la confession était un établissement humain et non une institution divine ; ce (jui lut condamné comme hérétique, et par les théologiens et |iai- le pape Sixte IV. l-j-reur renouvelée par Calvin , Zwingle, et plus récemment par un docteur de Vienne , nommé Eybel , qui, en 178'i, publia une diatribe allemande, pour l)rouver que la confession ét.til une invenlion moderne, comme s'il était possible que
dans un temps où la piété des fidèles était si ' refroidie, on eût pu réussir à faire recevoir une loi aussi pénible que celle de la confession auriculaire. Ce novateur fut victorieusement réfuté par le P. Fulgence Hiillinghoff, dans un savant Traité intitulé : An^/^w/^as confessionis privatœ , Munster, 1789, in-12. Des philosophes de ce siècle, d'ailleurs conjurés contre le christianisme, ont reconnu la sagesse et l'utiUté de cette divine institution. Luther s'opposa à son abolition, comme d'un des plus im|Jortants objets de la religion. Voy. le Catéchisme philosophiuue , tome III, n"50l.
PIETRA-SANTA (Sylvestre), en latin, Petra Sa/if/n, jésuite, né l'an 1590 à Home, mort dans la même ville en 164-7, enseigna d'abord les hum uiités , puis la philosophie à Fermo, dans la Marche d'Ancône. Pierre-Louis Carafa, alors gouverneur de cette ville, et plus tard cardinal, le prit pour son confesseur, et l'emmena avec lui lorsqu'il fut investi de la dignité (le nonce apostolique à Cologne. Après son retour en Italie, Pietra-Santa devint recteur du collège de Lorette; il se fixa ensuite à Rome , et prononça devant le pape Urbain VIII l'oraison funèbre de l'empereur Ferdinand II , qui fut imprimée dans cette ville, 1637, in-i". Indé]iendamment de quelques écrits de controverse contre Pierre Dumoulin et André Rivet, minisires jirotestants, on a de lui : Iter Fuldense, ad visilationcm ejus cœnobii, L'i6s,e, 1627, in-i°; Iter Moguntinum... ad electionem archiepiscopi , Liège, 1629 , in-4° ; Sacrw hibliorum metaphorœ, et ex iis documenta morum cenluria 1, Cologne, 1631, in-i°; De symbolis heroicis , libri IX, Anvers, 163i , in-V, avec figures; Amsterdam, 1682, in-4°; Tesserœ gentilitiœ, ex legibus fecialium descriptœ, Rome, 1638, in-fol. Ces deux derniers ouvrages qui traitent de l'art héraldique sont curieux et rares; Thaumasia rerœ reliqionis contra perfidiam sectarum, Rome, 16i3-1655, 3 vol.in-i°; Vila Roberticardinalis Bellarmini, trad. de l'italien de Jacques Fuligatti,avecdesaugmentations, Liège, 1626, in-i"; Anvers, 1631, in-8" ; Vita Gregorii X, pontificis maximi , trad. di' l'italien , Rome , 1655, in-i°, ouvrage posthume; une édition des OEuvres d'E(hriond Cam[)ian , Anvers , 1631 , in-8°. Un article lui a été consacré, pag. 711 de la Bibliolheca Soc. Jesu, du P. Soulhwell.
PIETRO (Michel de), cardinal, évoque de Porto, né à Albano en 17'i.7, fut fait , trèsjeune encore, professeur d'histoire ecdésiasticjue et de droit canonique. La réputation qu'il avait acquise d^ms cette place, engagea Pie VI h le nommer secrétaire de la congrégation extraordinaire qu'il créa pour s'occu- ]>er du synode de Pistoie. On croit qu'il eut part h la rédaction delà buUe Auctorem fidei, publiée en 179'i. , contre les actes de ce synode. Il devint ensuite évèque d'Isaure in parlibus, consulteur de l'inquisilion, examinateur du clergé , et camérier d'honneur du pape. Pie VI, forcé de s'éloigner de Rome en 1798, le nomma délégué apostolique en son absence. Les services importants qu'il