‹ Dictionnaire de biographies roussillonnaisesChapitre 10 sur 227 · ANTOINE — ARAGO · texte numérisé non relu

ANTOINE — ARAGO

malade, et le 28 septembre suivant elle rendait son âme à Dieu. Elle mourut avec la réputation d'une sainte. Son corps, gardé dans le couvent des Clarisses de Perpignan, est dans un merveilleux état de conservation.

ToLra DE Bonnis, L'Ordre de Saint François d'Assise en Roussillon.

ANTOINE était abbé d'Arles en 1275.

Gallia christiana, VI, col. 1089.

ANTOINE Il, abbé d'Arles en 1435. Le concile de Bâle lui octroya, ainsi qu’à ses successeurs, le 17 octobre 1438, le privilège de se servir d'ornements pontificaux. Il figure dans la 28° session de ce concile qui élut, le 30 octobre 1439, Félix V comme antipape.

Gallia christiana, VT, col. 1092.

ANTOINE HE, de Narbonne. abbé d'Arles depuis 1493 jusqu'en 1503.

Gallia christiana, VI, col. 1092.

ANTON (Jacques), religieux de l'ordre de Saint- Augustin, naquit à Matar6 et professa à: Barcelone en 1588. Il parcourut les archives des maisons de son Ordre fondées en Catalogne, et écrivit un ouvrage sur la fondation de ces couvents. Il en composa un sccond sur les écrivains illustres de son Ordre depuis l’année 1307 jusqu'en 1637. [l mourut avant que son œuvre eut vu le jour, dans le couvent de Sainte-Marie de Grâce, à Perpignan, en 1637.

TOnRRES-AMAT, Memorias para ayudar à formar un diccionario crilico de los escrilores calalanes.

ARAGO (François) naquit à Estagel le 26 février 14786. Son père, licencié en droit, possédait de petites propriétés dont le revenu faisait vivre la nombreuse famille. « Mes parents m'envoyèrent à l'école primaire d'Estagel, ditil lui-même dans son Histoire de ma jeunesse. où j'appris de bonne heure à lire el à écrire. Je recevais en outre, dans la maison paternelle, des leçons particulières de musique vocale. Je n'étais, du reste, ni plus ni moins avancé que les autres enfants de mon âge. Je n'entre dans ces détails que pour montrer à quel point se sont trompés ceux qui ont imprimé que, à l'âge de quatorze à quinze ans, je n'avais pas encore appris à lire. »

Le père d'Arago étant allé se fixer à Perpignan, d'abord comme membre de l'Administration départementale, puis comme trésorier de la Monnaie, toute la famille quitta Estagel pour lv suivre. Le jeune François fut alors placé comme externe au Collège communal de la ville où il s’occupa presque exclusivement d’études littéraires. Les auteurs français furent seuls l’objet de ses lectures de prédilection. Son esprit se porta vers l'étude des mathématiques à la suite d’une circonstance singulière. [l se

promenait un jour sur le rempart de Perpignan où un officier de génie faisait exécuter des réparations : « Cet officier, dit Arago, était très jeunc ; j'eus la hardicsse de m’en approcher et de lui demander comment il était arrivé si promptement à porter

l'épaulette. — Je sors de l'Ecole polytechnique, répondit-il. — Qu'est-ce que celte école ? — C'est une école où l’on entre par examen. — Exige-t-on beau-

coup des candidats? — Vous le verrez dans le programme que le gouvernement envoie tous les ans à l'administration départementale : vous le trouverez d’ailleurs dans les numéros du Journal de l'école qui existe à la bibliothèque de l'École centrale. »

Arago se munit du programme des examens, et abandonnant Corneille, Racine, Molière et La Fontaine, se livra à l’étude des sciences positives. Sur le champ, il eut un obstacle à surmonter. Le cours de mathématiques était professé, à l'Ecole centrale, par l'abbé Verdier dont les connaissances, au lémoignage d'Arago lui-même, n’allaient pas au-delà du cours élémentaire de La Caille. Arago se prit à étudier en particulier, durant ses heures de loisir, les traités de Legendre, Lacroix et Garnier. Au bout d'un an et demi, il était prêt à subir son examen. Il se rendit à Montpellier à cet effet. Mais Monge qui devait examiner les candidats élant tombé malade à Toulouse, les invita à venir à Paris. Arago ne pouvant lui-même, à cause d'une indisposition, accomplir un si grand voyage, retourna à Perpignan où il continua à se préparer en étudiant les ouvrages de Lagrange, d'Euler et de Laplace. Un an après, il se rendit à Toulouse en compagnie d'un candidat qui s’élail aussi préparé au concours d'admission sur les bancs du collège de Perpignan. « C'était la première fois que des élèves venant de Perpignan se présentaient au concours, dit Arago à qui nous empruntons le récit de son examen ; mon camarade, intimidé, échoua complètement. Lorsque, après lui, je me rendis au tableau, il s'établit entre M. Monge, l'examinateur, et moi, la conversation la plus étrange : « Si vous devez répondre comme votre camarade, il est inutile que je vous interroge. — Monsieur, mon camarade en sait beaucoup plus qu'il ne l'a montré: j'espère être plus heureux que lui, mais ce que vous venez de me dire pourrait bien m'intimider et me priver de lous mes moyens. — La timidité cst toujours l’excuse des ignorants ; c’est pour vous éviter la honte d'un échec que je vous fais la proposition de ne pas vous examiner. — Je ne connais pas de honte plus grande que celle que vous m'infligez en ce moment. Veuillez m'intcrroger, c'est votre devoir. — Vous le prenez de bien haut, Monsieur! Nous allons voir tout à l'heure si cette fierté est légitime. — Allez, Monsieur, je vous attends! » M. Monge m'adressa alors une question de géométrie à laquelle

je répondis de façon à affaiblir ses préventions. De là, il passa à une question d'algèbre, à la résolution d'une équation numérique. Je savais l'ouvrage de Lagrange sur le bout du doigt ; j'analysai toutes les méthodes connues en développant les avantages et les défauts : méthode de Newton, méthode des séries récurrentes, méthode des cascades, méthode des fractions continues, tout fut passé en revue; la réponse avait duré une heure entière. Monge, revenu alors à des sentiments d'une grande bienveillance, me dit : « Je pourrais, dès ce moment, considérer l'examen comme terminé: je veux cependant, pour mon plaisir, vous adresser encore deux questions: Quelles sont les relations d'une ligne courbe et de la ligne droite qui lui est tangente ?» Je regardai la question comme un cas particulier de la théorie des oscillations que j'avais étudiée dans le Trailé des fonclions analytiques de Lagrange. « Enfin, me dit l'examinateur, comment délerminez-vous la tension des divers cordons dont se compose une machine funiculaire ? » Je traitai ce problème suivant la méthode exposée dans la Mécanique analytique. On voit que Lagrange avait fait tous les frais de mon examen. J'élais depuis deux heures et quart au tableau ; M. Monge, passant d'un extrême à l’autre, se leva, vint m'embrasser, et déclara solennellement que j'occuperais le premier rang sur sa liste. Le dirai-je ? pendant l'examen de mon camarade, j'avais entendu les candidats toulousains débiter des sarcasmes très peu aimables pour les élèves de Perpinan ; c'est surtout à litre de réparation pour ma ville natale que la démarche de M. Monge et sa déclaration me transportlérent de joie. »

Arago entra à PEcole polrvtechnique avec le numéro 1 à l’âge de dix-sept ans, en 1803. Ses proures dans l'étude des sciences furent tels qu'un an et demi aprés il entrait à l'Observatoire comme secrétaire du bureau des Longitudes, en remplacement du fils de Méchain, démissionnaire. Il n'avait accepté ectte situation qu'à la condilion de pouvoir rentrer dans l'artillerie, si cela lui convenait. C'est

pour ce molif que son nom resta inscrit sur la liste

des élèves de l'Ecole pol\technique. Il débuta par un travail sur les affinités des corps par la lumière, et devint quelque temps après le collaborateur de Biot dans les recherches sur la réfraction des gaz. En 1806, l'empereur Napoléon, sur la recoimmandation de Monge, le chargea, avec M. Biot et deux comainissaires espagnols, MM. Chaix et Rodriguez, de continuer la grande opération géodésique de Delambre et Méchain, pour donner une mesure plus parfaite de l'arc du méridien terrestre, mesure qui a servi de base au nouveau système métrique. Les deux savants français se mirent aussitôt à l'œuvre en établissant un grand triangle destiné à relier l'ile

d'Iviça, l'une des Baléares, à la côte d'Espagne. Ils plantèrent leurs tentes sur le sommet de ce triangle, c'est-à-dire sur une des montagnes les plus élevées de la Catalogne, pour se mettre, par des signaux, en communication avec M. Rodriguez, placé sur la montagne de Campuey, dans l'île d'Iviça. Exposés à toutes les intempéries, ils passèrent plusicurs mois de l'hiver dans ces solitudes escarpées. « Souvent, dit M. Biot, la tempête emportait nos tentes et déplaçait nos stations. M. Arago, avec une constance infatigable, allait aussitôt les rétablir, ne se donnant pour cela de repos ni jour ni nuit.» En avril 1807, les opérations principales furent terminées. M. Biot, empressé d'arriver par le calcul au résultat définitif, partit pour Paris ; M. Arago allait seul achever les travaux commencés, lorsque la guerre éclata entre l'Espagne et la France.

Pris pour un espion par les Majorquains soulevés, M. Arago n'eul que le temps de se déguiser en paysan et d'emporter les papiers contenant ses observations. Grâce à son accent catalan, il traversa inconnu la foule ameutée, se réfugia, à Palma, sur le vaisseau espagnol qui l'avait conduit dans File, ct parvint à sauver ses instruments. El passa plusieurs semaines, absorbé dans ses calculs, dans la citadelle de Belver où l'avait enfermé le capitaine du vaisseau pour le soustraire à la fureur populaire. Enfin, il obtint sa liberté et la permission de se rendre à Alger. Là, le consul de France l'embarque sur une frévate alsrérienne faisant voile pour Marseille, On était déjà en vue des côtes de France, lorsqu'un corsaire espagnol joint la frégate et s'en empare ; M. Arago est fait prisonnier, conduit au fort de Rosas, jeté sur Îles pontons de Palamos et accablé de mauvais traitements. Cependant le dey, à la nouvelle de l’insulte faite à son pavillon, exige et finit par obtenir qu'on rende la liberté à tout l'équipage. On reprend le chemin de Marseille, on arrive. Le jeune savant se croyait au bout de ses infortunes ; Lout à coup une affreuse tempête du nord-ouest repousse le vaisseau, le chasse et Ile jette sur les côtes de la Sardaigne. Autre péril: les Sardes et Ies Alsériens sont en wucerre ; aborder, c’est retomber dans une nouvelle captivité. Par surcroit de malheur, une voie d'eau considérable se déclare ; on se décida alors à se réfuuier vers la côte d'Afrique. Le vaisseau, à moitié désemparé ct prêt à couler bas, toucha entin à Bougie, à trois lieues d'Alger. Déguisé en bédouin, et sous la conduite d’un marabout, Arago se rendit à Alger auprès du nouveau dey qui ne l’accucillit pas aussi gracieusement que son prédécesseur, tué dans une émeute. Mais, grâce aux instances multipliées du consul, il parvint à recouvrer scs instruments et sa liberté, et se dirigea pour la troisième fois vers Marscille. Le bâtiment de guerre sur lequel

il se trouvait n’échappa à une croisière anglaise qu'à force de voiles.

Le jeune et intrépide savant revit le sol natal durant l’été de 1809. Pour le récompenser de tant de labeurs, l’Académie, contrairement à ses règlements, le reçut dans s on sein à vingt-trois ans, et Napoléon le nomma proicsseur à l'Ecole polytechnique. Ce fut là que le digne rival de Monge et de Laplace enseigna l'analyse et la géodésie pendant plus de vingt ans.

Comme savant, Arago a rendu de grands services à la science, moins peut-être par ses découvertes que par l’admirable talent avec lequel il a su la populariser dans ses cours d'astronomie à l'Observaloire, dans ses comptes rendus académiques et dans ses notices de l'Annuaire du Bureau des Longitudes. Plusieurs branches de la physique, particulièrement l’optique et l’électro-niagnélisme, lui doivent de notables progrès. Il adopta avec ardeur la théorie de l’ondulation, d’après laquelle le phénomène de la vision est produit, non par une émanation directe des rayons lumineux (théorie de l'émission), mais par le mouvement d’un fluide insaisissable, l’éther, qui transmet à la vue les ondes lumineuses, comme l'air transmet les sons à l'oreille ; il élargit la voie ouverte par Malus qui, en observant les modifications subies par la Tumière à son passage à travers un milieu transparent, cristallisé, découvrit Le phénomène de la polarisation. La double réfraction de la tourmaline, c’est-à-dire la propriété de scinder en deux parties tous les rayons lumineux qui la traversent, conduisit M. Arago à l'invention d'un instrument ingénieux, le polariscope. 1 s'aperçut que toutes les fois que la lumière passe par la tourmaline, espèce de verre minéral, elle était identique dans le double rayonnement produit par cette même tourmaline ; tandis que la lumière, envoyée par un corps gazeux, se réfléchissait, en traversant ce minéral, sous deux couleurs différentes. En soumettant ainsi à l'action de cetle substance minérale les rayons émanés des corps célestes, M. Arago fut conduit à des données fort intéressantes sur la constitution physique du soleil et des comètes. — On doit encore à M. Arago l'invention de plusieurs appareils ingénicux pour déterminer, avec toute la précision possible, les diamètres des planètes, en obviant aux causes d'erreur produites par lirradiation, c'est-àdire par l'écartement des rayons que lance le corps lumineux. Entrant dans la voie ouverte par OErstedt et Ampère, il ajouta de nouveaux faits aux connaissances sur l'électro- magnétisme. FF découvrit ainsi qu'on peul aimanter une verge d'acier en la plaçant au centre d’un courant électrique convenablement dirigé ; il observa aussi le premier l'action exercée par un barreau de cuivre mü circulaitrement sur

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l'aiguille aimantée, observation qui doit faire rejeter le cuivre dans la construction des -boussoles. Pour cette découverte du magnétisme par rotation, M. Arago reçut en 1829, de la Société royale de Londres, la médaille de Copley ; distinction d'autant plus flatteuse qu'elle n'avait jamais été accordée à aucun Français, et qu’il avait contesté aux Anglais plusieurs inventions dont ïls se glorifient, entre autres celle de la machine à vapeur. Nous passons sous silence les travaux de M. Arago sur les réfractions comparatives de l'air sec et de l'air humide, sur la scintillation et la vitesse des rayons des étoiles, sur la météorologie, sur divers points de l’histoire des sciences, etc. La plupart de ces travaux ne furent connus que par suite de communications verbales faites à l’Académie ou à des savants qui les ont consignés dans leurs ouvrages.

M. Arago succéda, en 1830. à Fourier, comme secrétaire perpétuel (classe des sciences mathématiques) de l’Académie des sciences, et en cette qualité, il a prononcé des Eloges qui peuvent être cités comme des modèles de style et de narration.

Les œuvres complètes d'Arago ont été publiées par Barral (1854-1859), en 16 volumes in-8&°.

Le rôle de vulgarisateur qu’Arago s’élait donné, il le remplit éminemment dans les différentes chaires qu'il occupa, soit comme professeur à l'Ecole polytechnique, soit comme professeur à l'Observatoire.

« À l'Ecole polytechnique, a dit un de ses élèves, Arago avait professé lour à tour la géodésie, la géométrie, la théorie des machines, l'astronomie et la physique en s'astreignant, sans sécheresse et sans vaine subtilité, à la savante et solide rigueur que le jeune auditoire peut supporter et qu'il attend de ses maitres. Le cours d'astronomie professé à l'Observaloire, au nom du Bureau des Longitudes, demandait des qualités bien différentes. Au lieu d'approfondir, il fallait effleurer. L'entrée était Libre ; et, si le public mérite toujours d'être instruit, il rend souvent la tâche difficile à ceux qui osent l'entreprendre : les auditeurs, pour la plupart incapables d'une étude

lente et profonde, voulaient sans faligue, sans ennui,

occuper leurs loisirs pendant une heure ou deux. Il fallait leur mesurer en quelque sorte les vérités, sans exiger d'eux un temps qu'ils ne pouvaient donner et une patience qui leur eût bien vite échappé. L'esprit flexible d'Arago., également capable de descendre et de s'élever, savait éclairer les auditeurs les moins préparés sans cesser de satisfaire les plus doctes. Cest en se faisant toujours comprendre qu'il se faisail toujours admirer, et son enseignetïnent, net ct lumineux sans être dowmatique, en habituant les gens du monde aux grandes idées scicntifiques, a puissamment contribué à leur imprimer le goût des vérités abstraites ct sérieuses. »

Arago était très physionomiste. Il avait l'habitude, quand il commençait son cours, de chercher au milieu de l'auditoire la tête la plus niaise ; et, chaque fois qu'il faisait une démonstralion un peu diflicile à comprendre, il se tournait vers celte tête, et selon qu'il remarquait une moue de mécontentement ou un signe de satisfaction, il rendait sa démonstration plus claire, la rectifiant encore, si la mouc persistait, ou s'en tenait à ce quil avait dit et ne changeait rien à sa méthode si la satisfaction se reflétait sur le visage de cet auditeur. Cet artifice singulier, mais ingénieux, fit qu'Arago fut toujours compris de ceux qui suivirent ses leçons.

En 1812, François Arago fut chargé par le Bureau des Longitudes de faire un cours d’'Astronomie, et ce cours a été continué jusqu'en 1845. À dater de 4819, il fit périodiquement partie du jury central pour l'examen des produits de l'industrie. Membre du conseil de perfectionnement du conservatoire des Arts ct Métiers, il introduisit d'importantes améhorations dans l'organisation de cet utile établissement. En 1821, Arago exécuta des observations géodésiques sur les côtes de France et d'Angleterre. En 1822, il fut nommé membre et plus tard directeur du Bureau des Longitudes. Le 7 juin 1830, il fut enfin nommé secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, section des sciences mathématiques, par trenteneuf suffrages sur quarante-quatre votants.

Les plus brillants travaux d’Arago sont antérieurs au moment où il fut atteint par les exigences de la vice politique. Ils datent de 1811, 1820, 1824. C'est pourquoi nous nous arrélerons dans le récit de sa vie scientifique à l’époque où il entra au Parlement.

Ce ne fut qu'après la Révolution de juillet 1830 que François Arago se trouva mêlé à la politique active. successivement élu député par le collège du département des Pyrénées-Orientales, en même temps que par le 12° arrondissement de Paris, le 15 juillet 1831 ; puis par les collèges de Perpignan et de Narbonne, le 21 juin 1834; par Perpignan et par le 6 arrondissement de Paris, Le 4 novembre 1837 ; enfin par Perpignan en 1839, 1842 et 1846, il alla prendre place, dès le début, à l'extrème-gauche de la Chambre des députés, vota avec l'opposition et prit une part importante à tous les grands débats sur les questions de marine, de canaux, d'instruction publique, de chemins de fer, etc. Partisan de la République, il se prononça en toute circonstance contre Iles divers ministères conservateurs de Louis Philippe. IF fut parmi les 135 signataires du compte rendu de l'opposition, publié après: la mort de Casimir-Périer, et qui était comme le programme de la gauche. Cette opposition s'accentua encore lorsque, à partir du 29 octobre 1840, le ministère Guizot se fut ensragé plus à fond dans la politique dite de résistance.

Quand éclata la Révolution du 24 février 1845, François Arago fut porté par acclamation au Gouvernement provisoire dont il signa tous les décrets. L'opinion qu'il y représenta était l'opinion républicaine modérée qui avait pour principal organe Le National, et qui prévalut d’ailleurs dans les conseils du Gouvernement. Arago se montra opposé tant au radicalisme politique dont Ledru-Rollin était le chef, qu'aux doctrines socialistes exposées et défendues par Louis Blanc. Spécialement chargé, à titre provisoire, de la direction supérieure des ministères de la marine et de la guerre, il remit, ainsi que ses collègues, ses fonctions à l’Assemblée nationale constituante, en mai 1848. Il venait de recevoir une fois de plus, le premier sur cinq, le mandat de député des Pyrénées-Orientales avec 36.390 voix sur 36.773 volants. Elu en même temps par la Seine, il opta pour ce dernier département. EH fit partie de la commission exécutive choisie par l'Assemblée et marcha avec les troupes contre l'insurrection dans les journées de juin. Son appui était acquis au gouvernement du général Cavaignac: il se sépara donc de la Montagne, dans quelques circonstances, et vola tantôt avec la gauche, tantôt avec la droite.

Arago possédait à un haut degré les qualités qui font les grands orateurs ct les déploya avec beaucoup d'éclat, aussi bien sur les chaires de la science qu’à la tribune française. « Lorsque Arago monte à la tribune, a dit Timon dans son livre des Oraleurs, la Chambre, attentive et curieuse, s'accoude et fait silence. Les spectateurs se penchent pour le voir. Sa stature est haute, sa chevelure est bouclée et flottante, et sa belle tête méridionale domine l'assemblée. IL y a dans la contraction musculeuse de ses tempes une puissance de volonté et de méditation qui révèle un esprit supéricur.

A la différence de ces orateurs qui parlent sur tout et qui ne savent, les trois-quarts du Lemps, ce qu'ils disent, Arago ne parle que sur des questions préparées qui joignent à l'attrait de la science Fintérêt de la circonstance. Ses discours ont ainsi de la généralité et de l'actualité, et ils S'adressent en même temps à La raison et aux passions de son audiloire. Aussi ne tarde-t-il pas à le maitriser. À peine est il entré en malière, il attire et concentre sur ni tous les rewards. Le voilà qui prend. pour ainsi dire, la science entre ses mains! la dépouille de ses aspérités et de ses formules techniques, et il la rend si perceptible, que les ignorants sontaussi étonnés que charmés de le comprendre. Sa pantonimie expressive anime tout Forateur. x a quelque ehose de lumineux dans ses démonstrations, et des jels de clarté semblent sortir de ses Yeux, de sa bouche et de ses doigts. Il coupe son discours par des interpellations mordantes, qui défient la réponse. ou par de

piquantes anecdotes qui se lient à son thème et qui J'ornent sans le surcharger. Lorsqu'il se borne à narrer les faits, son éloculion n'a que les grâces naturelles de la simplicité. Mais si, face à face de la science, il la contemple avec profondeur pour en visiter les secrets et pour en étaler les merveilles, alors son admiration commence à prendre un magnifique langage, sa voix s'échauffe, sa parole se colore, et son éloquence devient grande comme son sujet.»

Fatigué par ses luttes politiques autant que par ses travaux scientifiques, François Arago ne joua à l'Assemblée législative — où les Pyrénées-Orientales le renvoyérent par 24.244 voix sur 32.466 votants — qu'un rôle effacé. Il n'y prit jamais la parole et se borna à voter avec la gauche modérée. H ne fit adhésion ni à la politique présidentielle de l'Elysée qui prépara le coup d'Etat de décembre 1851, ni à l'Empire restauré. TT fut, en 1852, dispensé de la formalité du serment au Gouvernement nouveau, serment que durent prêter tous les fonctionnaires. Il mourut peu de mois après, Le 2 octobre 1853.

Bior, dans le Mercure de 1809. — AnaGo (François), Hisloire de ma jeunesse. — bdE LOMÉNIE, Galerie des contemporains, W. —

Hœren, Nouvelle biographie générale. — Dictionnaire des parlementlaires.

ARAGO (Jean), frère du précédent, né à Estagel en 1788, élait caissier de la Monnaie de Perpignan lors de la scconde Restauration, qui le destitua de son emploi. Sans bul arrêté, il s'embarqua alors pour la Nouvelle- Orléans. Bientôt il se joignit à l'expédition de Mina Jeune, ct ses connaissances en administralion militaire, puisécs quelques années auparavant auprès du général Duhesme, duquel il avait été secrétaire, lui furent d'un grand secours. Dans cette guerre de l'indépendance, entreprise pour secouer le joug des Espagnols, Jean Arago ne se distingua pas moins par sa bravoure que par ses talents militaires. En 1818, à la suite d'une espèce d'insurrection du corps des officiers contre le Padre Torres, il fut nommé par ceux commandant en chef. Cette nomination fut confirmée par le gouvernement national. Depuis la fin de 1816 jusqu'à la fin de 1821, où les soldats de l'indépendance firent leur entrée à Mexico, tout fut travaux el dangers pour Jean Arago. Resté presque seul de la tentative de Mina, il fut poursuivi, luttant sans cesse contre Îles troupes royales et contre toute espèce de privations, jetant partout des idées de liberté et continuant la guerre nationale avec un succès incspéré. Tour à tour compagnon d'armes ou ami des hommes qui ont gouverné le Mexique, Jean Arago ne chercha jamais à s'élever par l'intrigue ou la faveur. Sa protection sauva plus d'une fois du pillage le quarticr des négociants français durant les émeutesfsurvenues à Mexico. Santa-Ana lui dut

une grande partie de ses premiers succès presque sans revers. En 1836, Arago, bravant les symptômes de l’hydropisie, voulut suivre l'expédition du Texas ; mais dans les derniers jours de juin il rentra à Mexico, où il expira le 9 juillet 1836. Tour à tour directeur général du corps du génie qui lui dut une organisation convenable, pacificateur des villes révoltées, major-général d'armées expéditionnaires, gouverneur des provinces où sont situées les mines les plus riches du Mexique, Jean Arago ne laissa même pas à sa mort la somme nécessaire aux frais de sa sépullure.

Micuaub, Biograplie universelle.

ARAGO (Jacques), le troisième des frères du célèbre astronome, naquit à Estagel le 10 mai 1790. À peine avait-il achevé ses études, qu'il se mit à courir le monde et à visiter successivement la Corse, la Sardaigne, l’Italie, la Sicile, une partie de l'Orient et les rivages de l'Afrique. Il avait alors vingt ans, et, le sac sur le dos, le crayon à la main, il amassa, dans ces voyages, une ample moisson de connaïissances curieuses.

En 1817, il obtint du Gouvernement la permission de s’embarquer sur l’Uranie en qualité de dessinateur. Homme d'art et d'étude, Jacques Arago ne songeait qu'au bonheur d'entreprendre un grand vo\age de circumnavigalion, d'où il rapporterait sans doute quelques découvertes, et où son activité trouverait, en tout cas, l’alimert dont elle avait besoin. Tous les passagers de l’Urante, et surtout le capitaine Freycinet qui la cominandait, ont rendu cet honorable témoignage à Jacques Arago, que nul ne se montra ni plus patient, ni plus hardi, ni plus intelligent, soit pour affronter les tempêtes, soit pour endurer les plus cruelles privations. I partagea le désastre de l'Üranie qui échoua aux îles Malouines, et ne rentra en France qu'en 1821.

À son arrivée, il habila successivement Bordeaux (1823-1828), Toulouse (1829), où il s'occupa de littéra- Lure el où il fonda plusieurs journaux. En 1835, il obtint, en société avec L. Walter, la direction des théâtres de Rouen ; mais la cécité précoce dont il fut frappé à la suite d'une maladie l'obligea à quitter ce poste en 1837. La privation du sens de la vue ne lui enlcva rien de son activité intellectuelle.

Outre plusieurs pièces de théâtre, dont quelquesunes, comme le Cadet de Gascogne (1836), Un Noviciat diplomalique (1834), ont eu du succès, Jacques Arago a publié : Promenade aulour du monde pendant les années 1817-1820, sur les corvelles du roi l'Uranie et la Physicienne, commandées par M. Freycinet, Paris, 1822, 2 vol. in-8°, avec atlas in-fol., ouvrage plusieurs fois réimprimé ; Promenades hisloriques, philosophiques el pittoresques dans le département de la Gironde,

Bordeaux, 1829, in-8°, avec atlas in-fol.; Souvenirs d'un aveugle ; Voyage autour du monde, enrichi de 60 dessins et de notes scientifiques par François Arago, Paris, 1838 et années suivantes, 2 vol. grand in-8°, ouvrage plusieurs fois réimprimé; Pujol, chef des Miquelets, récit plein de charme et de vivacité d'un des plus curieux épisodes de la guerre d'Espagne (1808-1814).

Jacques Arago est aussi l’auteur d'un petit tour de force littéraire généralement peu connu. Il publia en 1853, à Paris, une brochure de trente-trois pages «tirée à petit nombre pour quelques curieux » qui est intitulée : Voyage aulour du monde sans la lettre À. C'est dire que, dans le texte de l'ouvrage, l’auteur s'est ingénié à ne jamais employer la lettre A. C'est un véritable casse-tête qui a dû coûter beaucoup de temps à l'écrivain. A la lecture, si l’on n’était pré-

venu par le titre, on ne s'en apercevrait pas; le style.

est clair, assez uniforme et, à part quelques tournures bizarres nécessitées par la règle de ne jamais employer la lettre À, rien ne choque. Üne inconnue, le traitant de fou, lui répondit par une lettre sensée, d’où le C était entièrement banni.

Jacques Arago est décédé à Paris en 1855 ; au bas de son portrait, dessiné par N. Maurin, on avait gravé ce distique qui définit d'un mot la portée de son œuvre :

Ton nom est un reflet du grand nom de ton frère ; A vous. François, les cieux ; à toi, Jacques, la terre.

HœærEr, Nouvelle Biographie générale.

ARAGO (Etienne), né à Perpignan le 9 février 1802, était le dernier frère de François Arago. I fit ses études au collège de Perpignan, dirigé alors par un ecclésiastique, et à l'école de Sorèze, et vint ensuite à Paris où il fut admis comme préparateur de chimie à l'Ecole polytechnique. Mais il se livra bientôt tout entier à son goût pour les lettres et surtout pour le théâtre. IL s'était associé aux premiers travaux de Balzac, et avait composé avec lui L'hérilière de Birague, histoire tirée des manuscrits de dom Rago, ex-prieur des bénédictins, mise au jour par ses deux neveux (Paris, 1822, 4 vol. in-12) : dom Rago n'était autre qu'Etienne Arago. Cet ouvrage obtint peu de succès ; les collaborateurs se séparèrent et Arago devint vaudevilliste.

Il a fait représenter à Paris, sur tous les théâtres de genre, une centaine de pièces, presque toutes, selon l'usage, en société avec un ou deux collaborateurs. Parmi les noms auquel le sien a été le plus souvent uni, nous citcrons : MM. Maurice Alhovy, Ancelot, Anicet-Bourgeois, Benjamin Antier, Bayard, Decomberousse, Derville (Desnoyers), Desvergers (Chapeau), Dumanoir, Dupeuty, F. Duvert, Jaime, Lepoitevin Saint-Alme, Lubize, Rougemont, Théau-

lon, Varin, Paul Vermond et Ferdinand de Villeneuve.

La plupart de ces pièces ont eu du succès et plusieurs sont restées au répertoire. Parmi les vaudevilles et comédies mêlées de couplets, nous mentionnerons: Stanislas, ou la suile de Michel et Christine, 1822 ; Un Jour d’'embarras, 1824 ; l’Anneau de Gygès, 1824 : l'Amour et la Guerre, 1825 ; le Compagnon d'inforlune ou les Prisonniers, 1825 ; C'est demain le trei:e ou le Sentiment et l'Almanach, 1826 ; Gérard el Marie, 1827 : les Quatre Artistes ou les Lettres et les Portraits, 1827 ; la Fleuriste, 1827 ; le Cousin. Frédéric ou la Correspondance, 1829 ; le Prix de Folie, 1834; les Malheurs d'un joli garcon, 1834; Théophile ou Ma Vocalion, 1834 ; les Pages de Bassompierre, 1835 ; le Démon de la nuit. 1836 : Arriver à propos, 1836 ; le Cabaret de Lustucru, 1838 ; les Mémoires du diable, 1842 ; Brelan de troupiers, 1843 ;: Une Invasion de griselles, 1844 ; etc. Citons encore, dans un autre genre: le pauvre Arondel ou les trois talismans, vaudeviille-féeric en deux actes, 1828 ; 27, 28 el 29 juillet, tableau épisodique des trois journées, 1830 ; les Chemins de fer, vaudeville-revue composé à la mécanique, avec les couplets faits à la vapeur, 1833 ; Paris dans la comète, revuce-vaudeville, 1836. Dans le genre mélo-dramatique, il a composé : le Pont de Kehl ou les Faur lémoins, 1824 : Lia ou une Nuit d'absence, 1826 ; l'Avocal, 1827 : la Fille du porlier, 1827; Mandrin, 1827. Les pièces qui sc rapprochent le plus de la comédie proprement dite, sont : Départ, séjour el relour, 1827 ; Madame Dubarry, 1831 : la Vie de Molière, 1832 ; Casanova au fort Saint-André. 1836 ; les Maris vengés, 1839. Son œuvre principale est une comédie en cinq actes et en vers, les Aristocralies, jouée en 1847 au Théatre-Français.

En 1829, Etienne Arago avait acquis de M. de Gucrchy le privilège de la direction du Vaudeville. L'exploitation de cette scène ne l'enrichit pas : l'incendie du théâtre acheva sa ruine, le privilège fut donné à un autre en 1840, et le directeur déclaré en faillite avec un passif de 246.313 francs. Il a, plus tard, au prix d’épargnes et de constants sacrifices, paré tous ses créanciers pour oblenir une pleine réhabilitation (juin 1872). Mêlé, sous la Restauration, à la polémique de ce qu’on appelait la petite presse, il avait été rédacteur de la Lorgnetle et de l'ancien Figaro. Après avoir quitté le Vaudeville, il donna au Siècle des nouvelles signées de divers pseudonymes, notamment de celui de Jules Verney. En 1841, il fut un des fondateurs de la Réforme, et jusqu'en 1848 il concourut activement à la rédaction politique de ce journal. H y publia un roman historique, les Bleus et les Blancs, tableau pittoresque des guerres vendéennes, qui n’a paru en volume que beaucoup plus tard, 1862, 2 vol. in-18. Il y fit aussi la critique théàtrale.

Dès l'âge de vingt ans, Etienne Arago s'élait jeté

dans toutes les luttes politiques. Il était entré de bonne heure dans la Charbonnerie. Le 27 juillet 1830, il ferma les portes du Vaudeville, distribua sur les barricades toutes les armes qui étaient en réserve dans le garde-meuble de son théâtre, paya de sa personne durant les trois jours et, le 29 juillet, fut à l'Hôtel-de-Ville un des aides-de-camp de La Fayette. Il fut au nombre des délégués envoyés auprès de Louis-Philippe par la jeunesse républicaine. Licutenant d'artillerie dans la garde nationale, il fut compromis, avec MM. Guinard, Godefroy-Cavaignac ct la plupart de ses amis, dans les événements de 1832 et de 1834. Il put se soustraire aux poursuites de la police et se cacha quelque temps dans un coin de la Vendée, puis il revint coneourir à l'évasion des détenus de Sainle-Pélagie que devait juger la Cour des Pairs. Dans la campagne des banquets réformistes de 1847, il suivit la ligne politique de M. Ledru-Rollin et, pendant les journées de février, il parut en armes au poste où les engagements furent le plus vifs. Dans l'après-midi du 24, il s'était emparé de l'hôtel des Postes et installé à la place du directeur général. Il en conserva les fonctions jusqu'à la fin de la présidence du général Cavaignac. C’est alors qu'il consentit à retarder de quelques heures le départ des courriers qui portèrent en province le compte rendu de la séance du 25 novembre 1848 et la réponse de l’Assemblée constituante aux accusations dirigées contre le général Cavaignac. C’est sous son administration que fut appliqué en France l'usage des timbres-poste à 20 centimes.

Etienne Arago avait été élu, le 23 avril 1848, représentant du peuple à l'Assemblée constiluante par le département des Pvrénécs-Orientales ; il y vota ordinairement avec la gauche. Après l'élection du 10 décembre, il fit une opposition trés vive à la politique de l'Elysée et signa la mise en accusation du président et des ministres à l'occasion du siège de Rome. Il ne fut point réélu à l'Assemblée législative. Au 13 juin 1849, il se plaça à la tête des gardes nationaux qui répondirent à lappel de la Montagne. La Haute-Cour de Versailles le condamna par contumace à la peine de la déportation. 11 avait pu se réfugier en Belgique. Le 2 décembre 1851, à la nouvelle du coup d'Etat, il essaya de rentrer en France jusqu'à Valenciennes. Bientôt après, il organisa à Bruxelles un comité de secours pour les émigrés. Le gouvernement français obtint son expulsion à la suite de ses articles dans {a Nalion sur les vainqueurs et les vaincus des guerres civiles. Après s'être arrêté en Angleterre, en Hollande, à Genève, sans trouver nulle part une entière hospitalité, il alla habiter Turin où il reprit ses travaux littéraires jusqu'à sa rentrée en France, en 1859. En 1862 (15 août), sa démission de la Société des gens de lettres, à propos

de prétendues libéralilés de M. Mirès envers quelques écrivains, eut un certain éclat.

Les événements de 1870 lui rendirent un rôle. Nommé maire de Paris par le Gouvernement de la Défense nationale, il s'efforça d'assurer l’ordre pour mieux établir la République ; il se signala par son activité dans les divers services municipaux intéressant la défense et provoqua une souscription publique pour la fabrication des canons. Il ouvrit immédiatement les écoles communales laïques aux familles de la banlicue réfugiées dans la ville. À la journée du 31 octobre, il présida la réunion des maires et, pour arrêter les progrès de l’émeute, il crut pouvoir promettre au nom du Gouvernement des élections municipales à bref délai ; cette promesse donna lieu à de bruyants débats. Étienne Arago se démit de ses fonctions de maire quelques jours après. Il les avait exercées sans vouloir toucher de traitement. Nommé, le 17 novembre, commissaire général des monnaies, il refusa cet emploi comme une sinécure. Aux élections du 8 février 1871, il fut élu représentant à l'Assemblée nationale dans les Pyrénées-Orientales par 18.870 voix, mais il jugea que «sa vicillesse devait refuser cette tàchc », et il donna sa démission. Après avoir rempli encore à cette époque une mission extraordinaire en Italie, il rentra dans la vie privée. Il eut à se défendre auprès de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale contre les accusations du général Ducrot à l’occasion de la journée du 31 octobre, et leur opposa le plus énergique démenti. Dans les derniers jours de février 1878, il fut nommé archiviste de l'Ecole des Beaux-Arts. Quelque temps après, il fut nommé conservateur du musée du Luxembourg. Il n'a pas abandonné ses fonctions jusqu'à sa mort, survenue le 7 mars 1892.

À la suite des événements qui l'avaient éloigné de France, Etienne Arago publie : Spa, son origine, son histoire, ses environs el ses jeux, poème en sept chants, Bruxelles, 1851, in-16, poésie ; Une voir de l'eril, Genève. 1860, in-18 ; les Postes en 1848, 1867. in-# ; l'Hôtel de Ville au 4 seplembre el pendant le siège, réponse à M. le comte Daru et aux commissions d'enquête parlementaire, 1874, in-18. [ a achevé, dit-on, des comédies de caractère et préparé le recueil de ses Souvenirs. En 1865, il s'était chargé du feuilleton théâtral de l'Avenir nalional.

VaPEREAU, Dictionnaire des Contemporains.

ARAGO (Emmanuel), fils de François, avocat, né à Paris le 6 août 1812, débula dans la carrière du barreau en 1836, où il se distingua. A peine âgé de trente-quatre ans. il fut élu par ses confrères membre du conseil de l’ordre, et ce titre honorable lui fut confirmé dans l'élection suivante. Dans le grand nombre de causes politiques et de procès de presse

qu'il plaida, c'est à ses convictions de démocrate, et souvent à ses sympathies pour les accusés dont il avait accepté la défense, qu'il dut ses plus belles inspirations. Sans entreprendre la longue énumiération des affaires dans lesquelles il justifia la confiance de son parti, il suffit de rappeler qu'il fut choisi, en 1839, pour défendre, devant la cour des pairs, Barbès et Martin-Bernard. En février 1848, il prit une part active au mouvement révolutionnaire. Le matin du 24, lorsqu'on annonçait publiquement l'abdication de Louis-Philippe, c'est lui qui, du haut du balcon de l'hôtel de la rue Lepelletier, occupé par les bureaux du National, et où s'étaient réunis les délégués républicains de tous les quartiers, protesta contre cette abdication en proclamant la déchéance de la monarchie et la nécessité d'un gouvernement provisoire. Choisi par cetle réunion pour s'opposer à la proclamation de fa régence dans la Chambre des députés, il:courut au Palais-Bourbon avec MM. Sarrans jeune, Chaix et Dumméril, chargés de la même mission. Après avoir traversé la place de la Concorde, toute couverte de troupes, les délégués arrivèrent à la grille de la Chambre, et parvinrent à se la faire ouvrir au moment précis où survenaient de leur côté la duchesse d'Orléans, ses fils et les ducs de Nemours et de Montpensier. Ils pénétrèrent jusque dans la salle des séances en même temps que la princesse désignée comme régente de France : et tandis que M. Dupin lisait à la tribune l'acte d’abdication, Emmanuel Arago, se tenant sur les marches mêmes de la tribune, protestait à haute voix, en revendiquant ics droits de la nation. Des députés de l'extrême-gauche, MM. Ledru-Rollin, Marie, Crémieux, puis M. de Lamartine, renouvelèrent, comme représentants, cette protestation venue du dehors. Puis, le peuple arrivant en foule, les princes et la duchesse disparurent, non sans périls, et le gouvernement provisoire fut décrété séance lenante.

Quelques jours après, le 27, Emmanuel \rago reçut mission de se rendre à Lyon, en qualité de commissaire général de la République. On représenlait cette grande ville, avec ses cinquante mille ouvriers, comme un foxer certain de désordres sanglants., et l'on dut laisser à l'initiative du commissaire général la plus complète latitude.

Les actes principaux de son administration furent: l'établissement d'un impôt de quatre-vingt-dix centimes ct le prélèvement sur un fonds de 500.000 francs destiné au Comptoir national de Lyon de la somme nécessaire pour entretenir les ateliers nationaux. Un vote de l’Assemblée constituante, dans la séance du 15 février 1849, mit fin aux violentes accusations dont Emmanuel Arago était l’objet à ce propos. Un certain nombre de pétitionnaires, habitants de Lyon, avaient dénoncé ces actes comme illégaux et arbi-

traires. L'Assemblée considéra que, pris dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, et régularisées d’ailleurs par un décret du gouvernement provisoire, ils méritaient une approbation. Elle passa à l'ordre du jour, après avoir entendu les explications du principal intéressé, et sur le rapport favorable de Frichon.

Aux élections du 23 avril 1848, Emmanuel Arago fut élu, le troisième sur cinq, représentant des Pyrénées-Orientales par 30.330 voix sur 36.773 votants. Mais il ne prit que très peu de part aux votes de la Constituante, ayant rempli, depuis son élection jusqu'à l'avènement à la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte, les fonctions de ministre plénipotentiaire à Berlin. Démissionnaire au 10 décembre 1848, il revint à Paris occuper son siège de représentant et vota avec la gauche.

Réélu, le 13 mai 1849, à la Législative par son département, le deuxième sur quatre, avec 21.478 voix sur 32.466 votants, il vota ordinairement avec la Montagne, contre la droite monarchiste el contre la politique présidentielle. Le 2 décembre l'enleva à la vie parlementaire ; il reprit sa profession d'avocat à Paris et plaida notamment le procès de Berezowski, en 1867, qui avait, au Bois de Boulogne, tiré un coup de pistolet sur l'empereur de Russie.

Candidat de l'opposilion démocratique aux élections du 22 juin 1857 dans les Pyrénéces-Oricntales, il échoua ct se présenta, le 24 mai 1869, à la fois dans son département d'origine et dans le Var; il réunit un plus grand nombre de voix mais ne réussit pas encore. Ce ne fut qu'aux élections partielles du 22 novembre 1869, dans la 8° circonscriplion de la Seine, qu'il fut élu au Corps législatif, avec 19.832 voix sur 32.823 votants. Il remplaçait Jules Simon qui venait d'opter pour la Gironde.

Il alla siéger à gauche, fit une vive opposition au ministère Ollivier, contre lequel il prit plusieurs fois la parole, et vola contre la déclaration de guerre à l'Allemagne.

Après la chute de l'Empire, Emmanuel Araro fut, comme député de Paris, un des membres du Gouvernement de la Défense nationale, proclamé à l'Hôtelde-Ville le 4 septembre 1870. Lors du départ de Crémieux, Glais-Bizoin et Fourichon, délégués à Tours pour représenter le Gouvernement en province, il fut chargé, par intérim, du ministère de la Justice pour la partie politique. Il se trouvait à l'Hôtel-de- Ville, le 31 octobre, lors du mouvement insurrectionnel ; prisonnier des envahisseurs, il fut, à la fin de la journée, délivré par la garde nationale. Après l'amnistie, il fit lui-même partie de la seconde délégation envoyée à Bordeaux auprès de Gambetta ct chargée de faire exécuter le décret du Gouvernement

sur les élections. Gambetta ayant donné sa démission

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