COUT ER OR
AMARELL (Michel), nommé procureur royal de Roussillon et Cerdagne par Jacques II de Majorque, en 1339, s'attacha ensuite à la fortune du vainqueur, Pierre II d'Aragon. Ce monarque lui conserva sa charge, mais Michel Amarell ne tarda pas à être victime de jalouses machinations. Après avoir été destitué de son glorieux office, il fut déclaré innocent des accusations portées contre lui, et Pierre d'Aragon, en 1345, lança une ordonnance pour le faire rentrer en possession de sa charge, de son salaire et des arriérés qui lui étaient dus.
Archives des Pyr.-Or., B. 97, 99, 136.
AMARELL (Guillaume), député auprès du roi Pierre IN par la Ville de Perpignan, mort assassiné en 1436, dans la soirée du 14 juin. Dans la nef centrale du vieux Saint-Jean, on lisait cette inscription en langue catalane : « La vigilta de Corpus Christi lany M GCCC XXXNVT lo honorable en Guillem Amarell burges he embaixador d'aquesta vila fo mort cruelment per defensio de la causa publica ; cujus anima requiescat in pace. » L'assassinat de Guillaume Amarell fut un deuil public ; on en jugera par les lignes suivantes extraites d'un vieux registre de la communauté des prêtres de Saint-Jacques : « À quatorze de juny del any mil quatre cents e trente (sic) entre VIE Oo VIT hores de nit, mataren mossen Guillem \marell, mercader, al cami qui va de Perpinya à Toluges, lo qual mori per defensio del poble de Perpinva; lo qual mata un filol seu, com venia del seu mas, y aso ere la vespre del Corpus, y lo dia del Corpus lo tingueren en longe en memoria era mort per defensio de la” vila : per s0 la vila fa memoria del qual un anniversari tots anys la vespre del Corpus. Anima ejus requiescal in pace. Amen.»
L'assassin ou les assassins s'étaient soustraits à la vindicte publique ; peut-être même leur évasion avait-elle été favorisée par les officiers rovaux. On est autorisé, du moins, à le conclure des termes de la requête adressée au rot Alphonse par les consuls de Perpignan, transcrile au Livre vert mineur, fol. 4352, Ces magistrats Y nomment le coupable François Giginta. juge au royal patrimoine, dont Amarell avait 66 chargé de dénoncer les méfaits, et réclament contre lui ou ses complices toute la sévérité des lois. Hs demandent qu'il soit fait défense à tous officiers de leur donner asile où protection, et même que le roi s'interdise à lcur égard le droit de grâce.
Cette affaire criminelle eut sa répercussion jusque dans la vie religieuse et municipale de la cité. Ermenwald Grimau, clerc-marié (conjugalus) de la ville de Perpignan, fut arrêté par ordre de Louis de Percllos comme complice du crime. La liberté de ce prévenu avant été réclamée d'une manière inconvenante par
un prêtre, commissaire de l'offieial, le vicomte,
AMARELL — AMFOS
exerçant le pouvoir exécutif en tant que lieutenant du gouverneur, fit aussi arrêter cet ecclésiastique. L'évèque d'Elne, Galccrand Albert, lança immédiatement l'interdit sur la ville. Louis de Perellos, irrité, fit saisir les revenus de l'évêché et malgré les ordres de la reine maintint le séquestre, «attendu, disaït-il, que selon les stils on n’admet pas l'imposition d'interdit en ce pays, et que, s’il v en a eu d’imposés, les évêques ont dù avouer qu'ils ne pouvaient le faire, et ils ont été obligés de les retirer et de se soumettre, comme on peut le voir par les registres de la viguerie du Roussillon. » Un Guillaume Amarell était consul de Perpignan en 1462.
DE BoN\EFOY, Epigraphie roussillonnaise. — Archives des Pyr.-Or., G. 503, B. 245, 407.
AMBLART (Guillaume), peintre de Perpignan (1348-1367), appelé aussi Emblart pictor et Amblardus ou Amblart pintorius Perpiniani, est cité pour la première fois comme témoin d’un testament fait à Perpignan pendant la grande peste de 1348 (18 cal. juillet). On le retrouve ensuite comme témoin de divers actes faits dans la même ville en septembre 13538, février 1365, janvier 1366 et, pour la dernière fois, le 18 octobre 1367. Il mourut avant 1376.
Vipau, Recherches relalives à l'hisloire des Beau:r-Arts el des Belles-Lettres en Roussillon, dans le XX VII Zullelin de la Société Agricole, Scientifique et Liltéraire des Prrénées-Orientales.
AMFOS de BRUGES, peintre à Perpignan (1283- 1309. Le nom d'Amfos, forme catalane du prénom Alphonse, était devenu, comme la plupart des prénoms, un véritable nom de famille en Roussillon, où il était assez commun au XIE siècle. Le peintre Amfos semble originaire de la Belgique, et on le lrouve associé avec le peintre Raymond Frener, le G des ides de septembre 1283 (Amos de Brugiis pictor habitator Perpinianti. On le voit propriétaire d'une lerre sise à Vilanova de Raho dans un acte du 15 des cal. de décembre 1309. Son épouse Boneta vivait encore en 1331 avec ses trois fils dont le cadet, Martin Amfos, était déjà argentier ou orfèvre en 1325, et le plus jeune, du nom de Pierre, se disait clerc et agé de plus de 25 ans en 1331.
Araur, Notes historiques sur la peinture el les peintres roussilonnais, dans Le NIN° Bullelin de la Société Agricole, Scienti- Jique el Lilléraire des Pyrenées-Orientules.
AMFOS (Barthélemy), fils aîné du précédent, est qualifié de peintre dès lan 1321. Son nom est écrit Em/fossius, Amos el Anfos. On le retrouve dans un acte du 5 des nones de juillet 1331, par lequel, d'accord avec sa mère et ses deux frères, il vendit à un lisserand la maison de son père, située au Puig de Saint Jacques, pour 15 livres 10 sols.
ALant, Notes historiques sur la peinture et les peintres roussillonnais, dans le XIX* Bulletin de la Sociélé Agricole, Scienti- » 0 LA . É *
Jique el Lilléraire des Pyr.-Or. — Archives des Pyr.-Or., B. 25.
AMIGUES — ANGLADA
AMIGUES (Jules), littérateur et journaliste. né à Perpignan, en 1829, fit dès sa jeunesse divers \oyages à l'étranger. En 1860, il envoya d'Italie au journal le Temps une correspondance qui inaugura dans ce journal les Lettres d'Italie, continuées depuis par M. Erdin. Il traduisit à la même époque l'/lisloire d'Italie du comte Cesare Balbo, en la continuant jusqu'aux derniers événements. En 1864, il fut chargé de la correspondance politique du Moniteur universel, sans renoncer à la collaboration du Temps. Le ministère dont le Moniteur était l'organe officiel Fautorisa, deux ans plus tard, à fournir aussi une correspondance à la Presse, dirigée à ce moment par Emile Ollivier. En 1869, Amigues resta d'abord attaché à la rédaction du Moniteur, devenu feuille indépendante ; il s'en sépara au mois de juillet suivant pour fonder un journal dont la préfecture de police refusa de recevoir el d'enregistrer le titre : la République... avait été décoré de la Légion d'honneur en 1867. Après le 4 septembre 1870, Amigues servil la cause bonapartiste par sa collaboration aux divers jourpaux du parti. Pendant linsurrection de la Commune, il soutint dans ses articles et ses brochures la cause de Paris. Après le rétablissement de l'ordre, il prit vivement en mains la défense du capitaine Rossel, traduit devant les conseils de guerre, et, la condamnation prononcée, il s'efforça de provoquer sa gràce en organisant des manifestations en sa faveur parmi la jeunesse des écoles. Lorsque la lutte électorale entre de Rémusat et Barodel vint faire échec à la politique de Thiers, il fit afficher un placard et distribuer une brochure recommandant labstention aux parisiens. Plus tard, dans l'affaire du comité central bonaparliste, mise en lumière par l'enquête parlementaire sur Pélection de Bourgoing, dans la Nièvre, il cut, à coté de Rouher, un rôle signalé comme très important par les rapports de Savary, commissaire de lenquête, et par Léon Renault, préfet de police (mars 1875 Aux frais du comité, il répandit à profusion des numéros de l'Espérance nationale dont il était le fondateur, avec accompagnement de photographies de l'ex-prince impérial. La distribution des pholographies d'Aimigues luimême entraîna, à la même époque, la condamnation correctionnelle de son éditeur. Toujours Fun des premiers à organiser l'agilalion bonapartiste, c’est lui qui avait mené des députations ouvrières à Chislehurst, à propos de la mort de Napoléon HT et de la majorité de son fils. Amigues, devenu lun des rédacteurs en chef du journal l'Ordre, en signa les articles les plus violents contre les hommes ct les choses de la République. Sous le ministère du 16 mai 1877, il fut porté aux élections générales du 11 octobre pour la Chambre des députés, comme candidat officiel du maréchal, dans la 2° circonscriplion de
Cambrai, et sa candidature réunit 10.534 voix contre 9.863 oblenues par le candidat républicain Bertrand- Milcent, député sortant ; mais son élection fut invalidée dans la séance du 9 mai 1878, et au scrutin qui suivit celte invalidation il ne fut pas réélu.
Amigues avait publié sous l'Empire : l'Eglise et les nationalistes, brochure anonyme ; l'Elal romain depuis 1S15 jusqu'à nos jours : Polilique et finances en Italie : deux volumes de romans ou nouvelles: les {mours slértles et Jean de l'Aiguille ; les Fêles romaines illuslrées, ele. Aimigues avait voulu aborder aussi le théàtre. Ia fait représenter à la Comédie française, en colaboralion avec Marcellin Desboutin, un drame historiqueen verset cinqactes, Maurice de Sarre (ART), qui n'oblint qu'un succes d'estime.
ANDREU (François), changeur, obtint le # novembre 1430, l'afferme de la Monnaie rovale ou Secca de Perpignan pour un espace de cinq ans. I frappa des florins d'or d'Aragon.
Archives des Prr-Or., B, 240,
ANDREU (Félix), docteur en droit de Perpignan, fut nommé par Jean F' juge du Domaine royal dans celte ville, en remplacement de François Giginta, décédé. T'adopta, en 1463, le parti de Louis XT qui lui conserva sa place el le nomma commissaire des confiscations opérées sur les roussillonnais fidèles au roi d'Aragon. En 1472, il fut fait seigneur de Rodes. Son fils, François, aussi docteur en droit et seigneur de Rodes, fut juge de Finquisition en Roussillon et Cerdagne (5131.
Archives des Pyr.-Or., R. 292, 295, EN, 409, 410, #16.
ANDREZEL (Jean-Baptiste-Louis Picon d’), chevalier, seigneur d'Andrezel, La Mothe Saint Méry, Monteimont et autres lieux, conseiller du roi, secréaire de Sa Majesté, fut nommé Intendant en Roussillon, Cerdagne el comté de Foix, au mois d'octobre 1716, en remplacement de Charles de Laneuville. Le 19 mai 1719, obtint le Utre d'Intendant de Farmée d'Espagne: fe tt mars 1724, 11 passa à Fambassade de Constantinople.
\echives des PyreOr., CG ASSURE,
ANGLADA (Joseph). C'est bien à tort que l'on fait naître le docteur Joseph Anglada à Perpignan. Voici, dans son intégrité originale, son acte de baptême inséré dans les registres de catholicité de Céret : « L'an nil sept cent soixante-quinze et dix-neuvième du mois d'octobre, je soussigné prôtre-curé de Péglise paroissiale d'Elne, du consentement de M. Alabail, curé de la paroisse de Saint-Pierre de la ville de Céret, av baptisé selon rit el forme de notre sainte mère l'Eglise romaine, Joseph, Luc. Baudire, né le 18" du même mois, fils légitime et naturel du sieur Joseph \nglada d'en médecine et de la dame Anne
Cabaner son épouse. Ont été parrains le s’ Joseph Anglada-Roure, bis-aveul du baptisé, el la dame Anne Cabaner, grand-mère aussi du baptisé, de la paroisse de Rivesaltes, lesquels requis de signer, le parrain et le père ont signé, la marraine a déclaré ne savoir. En foi de ce, etc. »
Joseph Anglada tenait de famille une véritable prédisposition naturelle pour la médecine. Rien d'étonnant, par conséquent, qu'il ait brillé par son talent dans cette carrière.
Il étudia à Montpellier et à Paris, et occupa pendant environ douze ans la chaire de thérapeutique el de matière médicale à la faculté de Montpellier. Tour à tour professeur de médecine légale et de chimie à celte même faculté. il en devint ensuite le doven. Il a publié :
1° Dissertation sur les connaissances el les qualités
nécessaires au médecin, Montpellier, 1797, in-# ;
2° Mémoires pour servir à l'histoire générale des eaux minérales sulfureuses et des eaur thermales. Paris, 1, 4827 : IT, 1828. in-8° :
3° Trailé des eau.r minérales el des élablissements thermaur du département des Pyrénées-Orientales, Paris, 1833, 2 vol. in-8°. Un autre professeur de chimie, ami, compagnon et collaborateur d'Anglada dans ses recherches, M. Bouis. combla les lacunes de cet ouvrage en publiant une notice spéciale sur les sources d'Amélie-les-Bains. La mort n'avait pas permis au docte cérélan de les analyser.
4 Trailé de loricologie générale, enrisagée dans ses rapports avec la physique. la pathologie, la thérapeutique el la médecine légale, Paris, 1835. in-8°, ouvrage posthume, publié par le fils de l'auteur.
» Anglada (Jet Bouis (D.), professeur de chimie à Perpignan: Vofice sur les élablissements thermaux de Vernel, Pyrénées-Orientules, Albv, 1837, in-8° :
5 Anglada (iet Bérard: Notice sur les eatur acidules, alcalino-ferrugineuses du Boulou et de Saint-Martinde Fenouillard. Pyrénées-Orientales, Montpellier, LN40, in-8".
Joseph Anglada est mort le 19 décembre 133.
ANGLADE (Jean-François-Félix) naquit à Fillols le 9 juin 1849. Ses parents étaient de pauvres paysans auxquels il prêta le secours de ses bras jusqu'à ce qu'il eut atteint l'âge de quinze ans. Au mois d'octobre 1864, Jean Anglade entra au Petit-Séminaire de Prades et ne tarda pas à se distinguer par sa piété et son assiduité au travail. Admis au Grand- Séminaire de Perpignan en 1870, il dut en sortir immédiatement après pour voler au secours de la patrie. Lorsque la paix fut proclamée, l'abbé Anglade retourna au Grand-Séminaire où il s'adonna à l'étude des sciences ecclésiastiques et à la sanctification de son äme. [Il pratiqua les devoirs de son état avec une
ANGLADE — ANTIGO
vertu telle qu'il mourut avec la réputation d’un saint, le 44 avril 1876, après avoir reçu l'ordre du diaconat.
Abbé Bo\ET, 1892, in-K°.
ANGLESOLA (Bérenger d’), évêque de Gérone et cardinal de l'obédience de Benoît XIII (Pierre de Luna), avait suivi la fortune de ce pape ct était arrivé avec lui à Perpignan, le 25 juillet 1408, pour prendre part aux délibérations du Concile de La Réal. La mort le surprit à Perpignan, le 23 août suivant.
Abbé CareiLe, Le Concile de La Réal, Perpignan, Comet, 1908.
ANTIGO (Anne-Marie) naquit à Perpignan le 19 janvier 1602. Son père, Michel Antigo, était drowuiste ; sa mère se nommiail Marcelline Pujol. A l'age de dix-neuf ans, le 24 mars 1621, elle entra au couvent de Sainte-Claire de sa ville natale. Elle s'appliqua à pratiquer les vertus de son élat d'une façon éminente et eut une particulière dévotion aux mystères de la Passion de Notre-Seigneur., Elle devint l’objet de faveurs signalées du ciel. Retenue à l'infirmerie, sœur Antigo se sentil un jour assez forte pour assister à la messe. Avant obtenu, par l'intermédiaire d'une religieuse infirmière, la pernnission de se lever, elle exprima le désir de faire la sainte communion. L'abbesse survintet. voulant éprouver sa vertu, feignit de ne lui avoir pas permis de sortir de sa cellule et lui dit : « Est-ce ainsi que vous préférez votre volonté à l'obéissance? » Sans essayer de résister, sœur Antigo se prosterna et demanda pardon. L'abbesse lui répondit en lui défendant de rentrer à l'infirmerie de six mois. Elle lui prescrivil de se tenir pendant huit jours à la porte de la tribune au moment où les reliwieuses s'y rendaient pour communier, cet de se prosterner aux pieds de chacune d'elles en les priant de lui obtenir son pardon. Tandis qu'elle accomplissait sa pénitence, Le prêtre qui distribuait la cominunion à la communauté remarquait que chaque jour une sainte hostie s'envolait du ciboire. Le huilième jour, il en fit part à la supérieure, ajoutant qu'elle devait avoir dans le couvent une religieuse priviléuiée du ciel. L'abbesse comprit qu'il s'agissait de la sœur Antigo. Interrogée, celle-ci répondit que c'était à elle effectivement que Notre-Scigneur avait accordé cette faveur. |
En 1642, elle vit un démon furicux exercer sa rage sur la communauté réunie. Il arrachaït de sa main vingt religicuses du couvent de Sainte-Claire et les transportait au loin. Elle-même se vorxait la proie du ravisseur. Ce fut pour sœur Antligo un mystere dont elle comprit le sens dix ans plus tard.
Ses qualités lui concilièrent le respect ct la confiance de ses compagnes. Elle fut nommée vicaire aux élections du 22 mars 1639, et abbesse le 30 mars
Vie el vertus de l'abbé Jean Anglade, Latrobe,
ANTIGO
À cette époque, le changement de nationalité révolutionnait le Roussillon. Parmi les mesures rigoureuses prises par le gouverneur, François de Sagarre, se trouvait la condamnation à l'exil de vingt religieuses Clarisses de Perpignan. Le 10 novembre 1652, sœur Antigo, avec dix-neuf de ses compagnes, fut frappée de proscription. Elle se rendit à Barcelone, au couvent de sainte Elisabeth, où elle demeura huit ans, édifiant la communauté hospitalière.
Là, elle fut encore l'objet de faveurs extraordinaires. Son confesseur, le P. Figuères, étant malade dans son couvent, la Mère Antigo lui apparut pendant son agonie, de sorte que le mourant s'écria : Mare Anna-Maria! Mare Anna-Maria ! com es entrada assi ?... « Mère Anne-Marie! Mère Anne-Marie! comment êtes-vous entrée ici ?... » Et après avoir prononcé ces mots, il rendit le dernier soupir. Les religieux qui étaient présents ne tardèrent pas à divulguer dans la ville et au couvent de Sainte-Elisabeth ce fait étonnant. Une des compagnes de la Mere Antligo l'ayant suppliée avec d’instantes prières de lui dire la vérité à cet égard, elle avoua «qu'elle s'était, en effet, trouvée auprès de son directeur au dernier moment de son agonie; mais elle supplia sa confidente de ne le révéler à personne avant sa mort... Ceci, dit le Rév. Castells, son confesseur, m'a cté confié par une religieuse digne de foi.» La sainte Clarisse aurait été favorisée en cette circonstance du don de bilocation, car on pense bien qu'elle n'avait pas alors quitté son couvent.
Dans le même monastère de Sainte Elisabeth, une religieuse nommée Sœur Paule, plus ancienne en religion que la Mère Antigo, voulant un jour éprouver la haute vertu qu'on lui attribuait, lui dit intérieurement et en son absence: « Mère Anne-Marie, si vous êtes vraiment telle que le disent les autres religieuses, je vous commande par obéissance de venir ici sans retard...» À peine Sœur Paule avaitelle fait cet appel en son cœur, que la Mère Anne- Marie entra dans sa cellule, disant: «Que voulez-vous, Sœur Paule, ne m'avez-vous pas appelée?» Sœur Paule le nia. car elle n'avait proféré aucune parole ; mais la Mère Anne-Marie persistant à dire : Jo he ohyl que me cridaveu... « J'ai pourtant entendu que vous n'appeliez...», Sœur Paule le nia une seconde et une troisième fois et, à la vue d'une telle merveille, demeura confuse et convaincue. Elle révéla maintes fois ce fait à d'autres sœurs qui le transmirent plus tard au Rév. Castells.
À l'occasion d'une visite faite, le 10 avril 1660, par la reine Anne d'Autriche au couventde Sainte-Claire de Perpignan, l'abbesse sollicita et obtint l’amnistie pour les religieuses exilées. Le 25 mai 1660, la Mère Antigo et ses compagnes proscrites reprirent leur place au couvent de leur ville natale.
Ce Monastère, soumis jusqu'alors à la juridiction des religieux de l'Observance, passa sous celle de l'Ordinaire, le 2 mai 1664, à la suite d'un décret d'Alexandre VIT. Ce changement fut la cause d’un dissentiment parmi les religieuses, et l'exécution des actes pontificaux fut entravée de diverses manières pendant trois ans. Ce ne fut qu'en avril 1667 qu'ils obtinrent leur effet et que l'évêque d’Elne, secondé par l'autorité royale, entra en possession de ses droits sur le couvent de Sainte-Claire.
Le premier acte de l'Ordinaire fut de procéder à l'élection d'une nouvelle abbesse : la R. M. Anne- Marie Antigo fut choisie ; son dévouement absolu à l'autorité du Saint-Père, la possession de soi et le calme surnaturel qu'elle avait montrés dans les moments difficiles la désignaient comme la personne la plus capable de ramener les esprits à l'unité et d'assurer en même temps, par sa fermeté, le fonctionnement du régime récemiment inauguré ct définilivement établi par la volonté souveraine du Vicaire de Jésus-Christ. Elle y employa ces dons surnaturels dont elle était comblée cet qui faisaient d’elle une âme étrangère à toutes les passions humaines ct uniquement passionnée pour la vérité et le droit.
Peu de temps après le début de ce tricnnat, le Pape Alexandre VIT rendait son âme à Dicu, le 18 mai 1667.
En présence de cette vacance du Saint-Siège, les oppositions à peine déconcertées el assoupics se réveillèrent et se prirent à espérer que le nouveau Pape reviendrait sur les actes de son prédécesseur. Cette disposition indiquait une soumission imparfaite, tendait à entretenir le malaise dans la Communaulé et annonçait une nouvelle tentative pour rouvrir, au détriment de la paix, le débat à peine terminé. La T. R. Mère Antigo, voyant combien scrait préjudiciable pour le Monastère cette téméraire et d'ailleurs inutile entreprise, n'hésita pas à recourir au nouveau Pape, Clément IX, et à solliciter de lui aide et protection. Elle obtint entière satisfaction. Clément IX, par un Bref qui mit un terme à ce trop long dissentiment. confirma et renouvela toutes les décisions antérieures.
La suite du second triennat de Mère Antigo se passa sans incident notable. Elle travailla à élever les esprits de ses compagnes en les appliquant à l'observance régulière, à la parfaite célébration de l'office choral et à la contemplation des choses divines.
Quatre ans avant sa mort, libre de toute charge ct accablée par l'âge et les austérités, elle concentra ses aspirations vers sa fin dernière. Le 8 septenmbre 1676, la Sainte-Vierge el sainte Anne, ses patronnes, lui apparurent et lui annoncèrent sa mort prochaine. Trois ou quatre jours après, elle Lombait