LUNA
porté par Bernard de Vilacorba, lieutenant du gou- | alors une des plus imposantes assemblées que men-
verneur, Raymond de Pérellos, vicomte de Roda et les consuls de Perpignan Jean Cômes et Jean Gravelada. A l'issue de la grand’messe, on procéda à l’ouverture des sessions du concile. Les Pères du concile de la Réal tinrent quatorze réunions, à partir du 15 novembre 1408 jusqu'au 26 mars 1409. Les dignitaires de l'Eglise qui répondirent à l’appel de Pierre de Luna pour se rendre à Perpignan, vinrent de la Castille, de l'Aragon, de la Navarre, du pays de Foix, de l’Armagnac, de la Provence, de la Savoie et de la Lorraine. La liste des Pères du concile de la Réal qui contient trois cent quarante-neuf noms, comprend : sept cardinaux, trois patriarches, onze archevêques, trente-six évêques personnellement présents, onze titulaires d’évêchés qui se firent représenter, quatrevingt-trois abbés, quarante autres qui envoyèrent des procureurs, six chefs d'ordres militaires, sept chefs d'ordres religieux, trente-septdélégués d’églises cathédrales, quatre députés d'universités, etc. De cette assemblée, Benoït XIIT attendait une issue favorable à secs vues. L'événement trompa ses espérances. La plupart des Pères du concile de la Réal s'étaient déjà retirés de Perpignan, dès le mois de janvier 4409, laissant à une commission composée de cardinaux et de prélats le soin de formuler une adresse. Rédigée le 1° février, cette adresse conseillait à Benoît XIII d'envoyer simullanément à Grégoire XII et aux cardinaux de Pise des ambassadeurs chargés de traiter du lieu, de l’époque et des conditions d’une abdication respective des deux papes. Après bien des atermoiements, Pierre de Luna déclara vouloir suivre l'avis du concile, mais la lenteur calculée qu'il apporta daus l'envoi de l’ambassade eut de fâcheuses conséquences. Le concile de Pise qui s'était réuni le 25 mars 1409 lança, le 5 juin suivant, une sentence d’excommunication contre les deux prétendants à la tiare. Benoit XIII demeura fixé au château royal de Perpignan jusqu'aux derniers jours du mois de juillet 1409. Il quitta alors cette ville pour se rendre « a la torra del senyvor rev appellada Bellesguart », située aux environs de Barcelone. Ïl y arriva le 8 août; le dimanche 29 septembre, jour de saint Michel, il faisait son entrée triomphale dans la capitale de la Catalogne. De grandes fêtes furent données dans cette cité en son honneur. Après le concile de Perpignan, Benoït XIII choisit Tortose pour sa résidence habituelle. L'empereur d'Allemagne, Sigismond, pensant avec raison que l’entrevue de Pierre de Luna et du roi d'Aragon était le nœud de l'affaire du schisme d'Occident, proposa une rencontre pour le mois de juin 1415. Il avait d'abord été décidé qu'elle s'effectuerait à Nice, mais Ferdinand étant tombé malade, il fut convenu que Perpignan serait le théatre des conférences projetées. Perpignan vit
tionne l'histoire. Durant deux mois, les trois cours du pape, de l’empereur d'Allemagne et du roi d'Aragon déployèrent leurs magnificences dans les salles du château et les rues de la ville. Ferdinand l" étant installé au château depuis le 3f août 1415, l'antipape demanda l'hospitalité aux Franciscains, tandis qu'un logement avait été préparé à l'empereur Sigismond dans le couvent des Grands-Carmes.
Outre, les trois cours, outre les comtes de Foix, de Savoie, de Lorraine et de Provence, il v eut à Perpignan (septembre-novemmbre 1415) les ambassadeurs du concile de Constance, savoir : l'archevêque de Tours et les principaux légistes et docteurs, l’ambassade de France, composée de l'archevêque de Reims, de l'évêque de Carcassonne, du grand-maitre de Rhodes, du Prévôt de l’Université de Paris et de trois docteurs de Sorbonne. L'Angleterre était représentée par l’évêque de Worcester et des docteurs ; le roi de Hongrie par son grand chancelier ; le roi de Navarre par son protonotaire ; la Castille par le célèbre archevêque de Burgos, Paul de Sainte-Marie. et par un nombre considérable de seigneurs et de maîtres en toutes les Facultés. Ce fut plus qu'un congrès européen. Sigismond voulut qu'un rai Maure captif y assistât. « Le lendemain de son arrivée à Perpignan, qui était le samedi 20 septembre 1415, raconte le chroniqueur don Fernand Perez de Gusman, l’empereur d'Allemagne, toute sa cour et les ambassadeurs des rois chrétiens allèrent voir Benoît XIII. Celui-ci les attendait dans son grand salon somptueusement paré. À côté de son trône, il y en avait un autre, un peu moins élevé sur lequel l'empereur devait s’asscoir. Quand Sigismond arriva, Pierre de Luna se leva et se découvrit la tête. Tous les deux se donnèrent la main et le baiser de paix. Cela se fit parce que l’empereur ne reconnaissait pas Benoïit XIII pour vrai pape. Celui-ci voulut faire asseoir Sigismond le premier. L'empereur s’y refusa, tous les deux s'assirent en même temps. Sigismond lui ditqu'ilvenaitavecungrand plaisirde le voir, d’abord pour connaitre son excellente personne, ensuite pour travailler à la pacification de l'Eglise de Dieu. qui devait s'opérer en ne reconnaissant qu'un seul vicaire de Jésus-Christ. C'était dans ce but qu'il venait de si lointains pays, nou sans grandes fatigues et dangers de sa personne, ct qu'il le suppliait de ne pas s'opposer à celte paix, cela dépendant de lui plus que de tout autre, tant à cause de son âge que de son grand savoir. Il suffisait pour cela qu'il voulut bien renoncer à la dignité papale, comme l'avaient fait les papes Jean et Grégoire. Il rendrait par là grand honneur à Dieu et tirerait la chrétienté de troubles profonds. Le Saint-Père lui répondit que sa demande était fort juste et digne d’un prince trés