MAILLY
commencé. La situation de Port-Vendres avait frappé Vauban, à la sagacité duquel rien n'’échappait ; il proposa sans succès de fortifier cette ville. Plus tard, le maréchal de Maïlly remit sur le tapis les idées du ministre de Louis XIV, et il fut assez heureux pour obtenir du roi quinze années d’exemption de tout impôt pour ceux qui voudraient bâtir à Port-Vendres. Dès 1775, on avait travaillé au curage et à l’agrandissement du port; cinq ans plus tard, on éleva un monument en l'honneur de Louis XVI, surune belle place carrée en face du port; c’est un obélisque mesurant quatre mètres à la base et près de 27 mètres de hauteur. |
En 1790, Louis XVI confia au maréchal de Mailly le commandement de l’une des quatre armées décrétées par l’Assemblée nationale. Le 1* avril 1791, le roi nommait le comte de Mailly, commandant des 14° et 15° divisions militaires. Mais les événements se précipitaient, et, lorsque le vieux maréchal eut appris la fuite de Louis XVI et de la famille royale, il résigna ses fonctions de commandant, le 22 juin 1791. D'après la relation d’un capitaine au régiment des gardes suisses, récemment publiée, le maréchal avait été chargé par le roi de la défense du château des Tuileries ; le même officier raconte que, pendant que donnaient l'artillerie et la mousqueterie de Santerre, le comte de Maïilly demeura constamment à la fenêtre de l'appartement dans lequel il se trouvait depuis le début de l'attaque. T1 fit riposter à coups de fusil par les soldats suisses et l’action devint générale. Il ne dut son salut qu’à la générosité d’un homme du peuple qui fut frappé de son air vénérable et de son grand âge. Le comte de Mailly refusa de suivre les nobles en émigration. Il alla se refugier avec son épouse et son jeune enfant au château de Moreuüil. Il pouvait se croire à l’abri des persécutions sanglantes, lorsque, le 7 septembre 1793, il fut arrêté sur l’ordre d'André Dumont, député à la Convention nationale, et conduit à la citadelle de Doutllens. où il entra le 26 septembre. Il y demeura avec sa femme et son enfant durant six longs mois. Chaque jour, le geôlier réunissait les détenus et leur faisait connaïtre les noms de ceux que le tribunal révolutionnaire appelait à sa barre. Cette lecture était toujours écoutée avec non moins d'attention que de crainte ; ceux dont le tour n'était point encore venu retournaicnt à leurs occupations. Quant au maréchal qui. comme la plupart des détenus de marque, jouissait d'une liberté relative, il faisait assez souvent sa partie de cartes ; mais il conservait ses allures de grand seigneur. et fidèle observateur de l'étiquette, il n’admetlait auprès de lui qu’un très petit nombre de ses compagnons de captivité. Le 28 ventôse an II (18 mars 1794) le maréchal dut se séparer de sa fidèle épouse et de son fils chéri. Il fut alors écroué à la
MALARTIC — MALBES
prison des Baudets à Arras. Il y avait été envoyé par l'agent national du district de Doullens, sur la poursuite de Joseph Lebon. Celui-ci confia à un certain Darthé le soin de l’interroger. Aussitôt Darthé signa un ordre de comparution ainsi libellé : « Le commissaire du représentant du peuple Joseph Lebon requiert le comité de surveillance de faire conduire de suite au deuxième bureau du département, le nommé de Mailly, ci-devant maréchal de France, détenu à Doullens, à présent à Arras. » Après que la formalité de l’interrogatoire eût été remplie, Lebon adressa les pièces à l’accusateur public : « Vu l’interrogatoire subi par le nommé Mailly, ci-devant maréchal de France ; vu les pièces à sa charge, d’où il résulte qu'il est prévenu d’avoir souhaité la contrerévolution et de l'avoir fait espérer à son fils, arrête. » On reprochait au maréchal d’avoir écrit à son fils, le 12 novembre 1792, une lettre trouvée à Doullens, dans laquelle il disait : « L’honneur de notre nom et particulièrement de notre branche, eut été porté au plus haut degré dans d’autres circonstances ; mais, si ces circonstances ne sont pas remplies, elles ne sont pas anéanties et un jour heureux les ramènera, non sur ma tête mais sur la vôtre. » Le sieur Potier, substitut, fit ressortir dans ces lignes un crime contre la sûreté intérieure de l'Etat, et, le 3 germinal an II (23 mars 1794), malgré les moyens de défense présentés par Lefran, le comte de Mailly était condamné à mort et exécuté le jour même sur la place du Théâtre. Il monta à l’échafaud avec le même courage et le même sang-froid que ceux dont il avait donné tant de preuves sur les champs de bataille. Arrivé sur la plate-forme, il s'écria d’une voix forte : « Je meurs fidèle à mon Roi,comme l'ont toujours été mes ancêtres. Vive le Roi!» Le maréchal était âgé de 87 ans.
Le maréchal de Mailly possédait les véritables qualités d’un militaire, témoin ses faits d'armes et les guerres de Louis XV auxquelles il prit souvent une part très active. Mais il faut avouer qu'il a eu les défauts, pour ainsi dire, de sa situation. «Il fut généreux à l'excès, dit M. Torreilles dans les Elections de 1789, mais d’une vivacité que l’on prendrait quelquefois pour de la grossièreté si l'on ne savait que l’on a affaire à un soldat plus criard que méchant.» Son caractère et sa position dominante Île rendirent orgueilleux et souvent d'une satte vanité ; son action puissante dans la province le fit s’immiscer dans toutes les affaires civiles, militaires et ecclésiastiques. Qu'on juge de son orgueil, en lisant le portrait si connu du maréchal que le chevalier de Mautort a buriné dans ses Mémoires récemment édités : « M.de Mailly, dit-il, était connu à la cour de Louis XV sous les noms de marquis de Tuffiéres, baron de Montorgueil. Quand il arrivait de Paris pour résider dans
son gouvernement, il était annoncé d'avance par plusieurs courriers qui se succédaient. Il recevait avec emphase les visites des différents corps, de l'état-major et des magistrats. Il conservait la garde d'honneur due aux gouverneurs seulement le jour de leur arrivée, mais qu'il est d’usage de renvoyer. Il avait, en outre, tout le temps de sa résidence, indépendamment de la garde extérieure attribuée à sa place, les six gardes de la connétablie qui faisaient le service dans son antichambre, à l'instar des gardes du roi... Il était toujours en souliers à talons rouges : iln’en mettait pas même d’autres lorsqu'il allait à la chasse... Il donnait des fêtes de temps en temps. C'est principalement dans ces occasions qu'il rassemblait davantage encore ses grands airs et sa dignité. » Le maréchal de Maillv se maria trois fois. En 1732, il épousa la troisième fille de J.-B. Colbert, ministre d'Etat. Cette dernière mourut à la suite de ses couches en 1734. Le 28 février 1737, il convola en secondes noces et épousa Marie de Séricourt qui mourut à son tour le 28 septembre 1778. Enfin, par contrat du 6 avril 1780 et à l’âge de soixante-treize ans, le comte de Mailly unit ses destinées à Blanche de Narbonne- Pelet, fille du vicomte de Narbonne, âgée de vingt ans. Le 19 février 1792, il en eut un fils qui, devenu pair de France en 18415. servit les Bourbons sous la Restauration. Il mourut en son château de Rochelle- Mailly le 14° juillet 1878, ayant eu de son mariage deux garçons et quatre filles. Quant à l'épouse du maréchal, elle échappa aux massacres de la Terreur et mourut à Paris le 15 janvier 1840, après quarantecinq ans de viduité.
Alcius LeDIEU. Le Maréchal de Mailly, Paris, Alphonse Picard et fils, 1895.
MALARTIC (Amable-Gabriel de), comte de Montricoux, seigneur de Saint-Antonin et de Saint- Geniès, né en 1713. était président de la cour des Aides de Montauban. lorsqu'il fut nommé, en 1774, premier président du Conseil Souverain de Roussillon. 11 mourut à Paris en 1792. En 1706, Jean-Vincent de Maurès de Malartic était brigadier des armées et lieutenant du roi à Perpignan.
Archives des Pyr.-Or., G. 271. — Mémoires de Jaume.
MALBES (Alexandre), ingénieur, directeuradjoint de l'exploitation des chemins de fer du Midi, chevalier de la Légion d'honneur, du Medjidie, de Saint-Svlvestre, né à Saint-Paul-de-Fenouillet, le 25 juillet 4831, mourut à Perpignan, le 23 août 1876. Après de fortes études au collège de Perpignan et à Sainte-Barbe, Malbes entra le neuvième à l'Ecole Polytechnique, lors du concours d'admission de 4851. Il sortit le troisième de l'Ecole des Ponts-et- Chaussées. Attaché au service des travaux hydrauli-
ques de la marine à Toulon, où l’on exécutait alors les grands ouvrages qui ont fait de ce port le premier établissement de notre marine militaire, il fit preuve d'une profonde aptitude technique qu’il appliqua pendant douze ans à plusieurs travaux importants et variés, tels que le Grand-Pont tournant, la darse de Missiessy, l'Ecole Polytechnique, et bien d’autres. Le désir de vivre près des siens lui fitquitter Toulon en 1868. Malbes retourna à Perpignan et y resta durant quatre ans chargé successivement du service ordinaire et de celui des chemins de fer en construction de Port-Vendres en Espagne, de Perpignan à Prades et de Perpignan à Quillan. Pendant la guerre franco-allemande, Malbes dirigea les travaux d’une fabrique de capsules ; ses talents d'organisation réussirent à obtenir une forte économie dans les dépenses de la pyrotechnie. En 1872, Malbes retourna dans l'administration de la Compagnie des chemins de fer du Midi et y occupa jusqu’à sa mort le poste élevé de directeur-adjoint de l'exploitation.
Articles nécrologiques parus dans divers périodiques.
MALER (Jean) naquit à Perpignan en 1486. Il fut reçu bachelier, à Toulouse, l'Université de Perpignan se trouvant alors dissoute à la suite des guerres de Louis XI. Son père François Maler, notaire et clavaire de Perpignan, fut l’un des syndics que la ville envoya au roi d'Aragon, Ferdinand le Catholique, pour demander le rétablissement des chaires de cette compagnie. Jean Maler fut élu recteur de l’Université de Perpignan, en 1506. A peine âgé de vingt ans, il ne dut sa nomination qu'à son grand savoir, car il n'était pas encore docteur. Il alla prendre ce grade à Bologne après son rectorat et mourut sans doute Jeune, puisqu'on ne connaît rien de sa vie ni de ses œuvres.
Archives des Pyr.-Or., B. 418, 419, 420. — HEexny, Histoire de Roussillon, t. IL.
MALET ou OMALE (Etienne) était abbé de la Chaise-Dieu (ordre de Saint-Benoît. diocèse de Clermont), lorsque par la faveur du pape Clément VI, son parent, il fut nommé évêque d'Elne, immédiatement après la mort de Bernard Forner, survenue le 145 janvier 1350. Le jour même, le Pape le recommanda à Pierre de la Jugie, archevèque de Narbonne. Après son élection, Etienne Malet proinit (23 janvier 1350), de payer les services. Le Pape Clément VI lui donna, la mème année. une lettre de recommandation pour le chapitre de la basilique de Saint-Pierre in Urbe de Rome. Cette lettre était expédiée d'Avignon et portait la date du 14 septembre 1350. Invité le 28 septembre de l’année suivante par l'archevêque de Narbonne au prochain concile de Béziers. il y assista, par procureur,
le 7 novembre 1351. Le |
MALER — MANALT
45 février 1352, Malet fut transféré à l'évêché de Tortose et prit possession de ce siège le 21 mars 1352. Il mourut à Rome le 15 janvier 1356, au dire de l'historien Villanueva.
Bazuzr, Histoire des papes d'Avignon. — VirLANUEvA, Viaje lilerario «a las iglesias de España, t. V. — Puiccart, Catalogue biographique des évêques d'Elne. — Conrad Eusez, Hierarchia catholica medii œvi.
MALLA, chevalier, fut exécuté à Perpignan, sur la place de la Loge, le 10 mai 1586, sans qu'on puisse préciser les griefs qui pesaient sur lui et qui lui valurent la peine capitale.
Archives des Pyr.-Or., G. 240.
MALMONT (Nicolas de), chanoine d’Elne, fut cardinal de Limoges au dire de Coma, historien de "église Saint-Jean de Perpignan.
Coma, Noticies de la.iglesia insigne collegiada de Sant-Joan de Perpinya.
MALUS (Jean) était peintre dans le Roussillon, en 1558.
Archives des Pyr.-Or., G. 837.
MANALT (Dominique) fut le dernier capitaine du Castillet à Perpignan. Le 20 décembre 1651, il reçut de Lamothe-Houdancourt, nomination aux fonctions de commandant de cette forteresse. Le 24 avril de l’année suivante, Dominique Manalt fut installé dans cette charge. Il figura dans l’assemblée de la noblesse de Catalogne, Roussillon et Cerdagne qui fut tenue, le 1° mai 1659. à l'effet de nommer le Protecteur et les divers officiers de cette insigne association.
Archives des Pyr.-Or., B. 394, 398, 400.
MANALT (Nicolas de) appartenait à une vieille famille de bourgeois nobles de Perpignan dont la maison élait située sur la Halle au Blé. Il fut le seul roussillonnais que Louis XIV choisit pour le placer au sein du Conseil Souverain établi par lui à Perpignan, aprés le Traité des Pyrénées. Nicolas de Manalt occupait à celte époque, depuis le 12 mai 1642, la place de juge des seconds appels de Conflent ct Cerdagne qui lui avait été octroyée par Raymond de Bas. Pour le récompenser de son attachement au parti français, Louis XIV lui avait aussi fait donation, le 26 novembre 1654, de rentes sur les biens de Marie Baldo, épouse de Joseph Taqui. Nicolas de Manalt mourut en 1688. Son immense bibliothèque composée d'ouvrages de droit, de théologie, de littérature, en catalan, en latin, en français et en plusieurs autres langues témoigne d’une rare érudition.
Archives des Pyr.-Or., B. 393, 394.
MANDILL — MARCA
MANDILL (François), fondeur roussillonnais, est cité dans différents actes de 1695 à 1730. IL était décédé en 1741, date à laquelle ses héritiers étaient en procès.
PALUSTRE, Quelques noms de fondeurs de cloches roussillonnais.
MANIEL (Vincent-Joseph-Jacques), né à Perpignan le 5 janvier 1813, est mort à Versailles le 23 avril 1871. Sa famille était fixée à Perpignan, où son père remplissait les fonctions de contrôleur des Contributions directes. Entré jeune au collège de Perpignan, il ne quitta cet établissement d’éducation que pour l'Ecole Polytechnique. Il obtint le numéro # de sa promotion. Elève ingénieur en 1834, il fut envoyé, pour sa première mission, au pont du Lot, à Cahors, et l’année suivante au pont de Cherbourg. En 1836, il sortait le premier de l'Ecole des Ponts-et-Chaussées pour être attaché au secrétariat du Conseil. Après une année de labeurs incessants, Maniel fut désigné pour collaborer aux travaux du canal latéral de la Garonne. Il résida d’abord à Moissac, puis à Agen où il fut promu à la deuxième classe, le 7 mai 1840. Un arrêté du 18 juillet de cette année-là le fit passer de l'administration des canaux à celle des chemins de fer du Nord. Successivement chargé, pour le compte de l'Etat, de la construction, puis de l'exploitation, soit de la ligne de Valenciennes, soit de la ligne de Lille à la frontière, il résida six années entières à Valenciennes, livré à de sérieuses études. En récompense de ses services et de ses travaux, il obtint : le 21 juillet 1845 la décoration de l'Ordre de Léopold de Belgique, la croix d'honneur le 26 avril 1846, et la première classe de son grade le 8 mai 1847. IL épousa la fille de Legrand, sous-secrétaire d'Etat aux Travaux publics sous le règne de Louis-Philippe. Dès 1847, Maniel ne comnta plus au service de l'Etat. La Compagnie du Nord l'avait distingué et se l'élait attaché, avec l'agrément du ministre, en lui confiant l’entretien et le matériel de la voie. Il occupa le poste d'ingénieur en chef de la voie durant l’espace de huit années. Le 1” avril1855, Maniel partit pour Vienne (Autriche), avec l’autorisation du ministre des Travaux publics, en qualité de directeur-général de la Compagnie des chemins de fer de l'Etat. Durant les huit années qu'il séjourna en Autriche (1855-1863), il porta de 1039 à 1323 kilomètres la longueur du réseau qu'il exploita. Ce ne fut pas sans difliculté que Maniel, décidé à la retraite, put être relevé de ses fonctions. Il s'était, à l’origine, lié avec la Compagnie pour cinq ans. D’année en année, cédant à de vives instances, il prolongeait son séjour en Autriche. Sa décision devint irrévocable en 1863 ; il put enfin rentrer en France cette année-là. De 1863 à 1867, Maniel, établi à Paris, prit encore, en qualité d'administrateur, une part active
à la direction des chemins de fer autrichiens et du nord de l'Espagne. Officier de l’Instruction publique, membre du conseil supérieur de l’enseignement secondaire spécial, membre du jury de l'Exposition universelle, il prêta encore son expérience à maintes commissions industrielles. L'année même de son retour en France, il fut promu au grade d’oflicier de la Légion d'honneur ; en 1867, il entra au conseil des Ponts-et-Chaussées comme secrétaire. Maniel rompit alors tout lien avec les diverses compagnies industrielles et se consacra aux importantes fonctions qu'il conserva jusqu’à sa mort. Après avoir été nommé inspecteur général le 17 décembre 1868, Maniel succomba à une maladie de gorge contractée durant le terrible hiver de 1871.
E. CÉZANNE, Jacques Maniel, Paris, Chaumerot, 1873.
MARCA (Pierre de) naquit à Gan (Basses-P yrénées), le 24 janvier 1594. Sa famille noble et ancienne comptait des membres qui s'étaient distingués dans la magistrature. Placé, dès l’âge de neuf ans, au collège d’Auch, tenu par les Jésuites, il s’y fit déjà remarquer par des qualités et une intelligence précoces. Ses humanités achevées, il suivit les cours de l'Université de Toulouse, et avant sa vingtième année il était déjà inscrit avocat au barreau de Pau. Ün véritable talent oratoire lui valut d’être nommé conseiller au Conseil Souverain de cette ville, à vingt-un ans. Le plus brillant avenir s’ouvrait devant lui. Le # juin 1618, il épousa Marguerite de Forgues, fille unique de l’une des maisons les plus riches et les plus connues de la capitale du Béarn. Mais le bonheur conjugal ne fut pas de longue durée, Pierre de Marca perdit sa compagne chérie dans le courant de l’année 1631. Il fut très affecté de cette perte cruelle ;: en vrai savant, il sut toutefois trouver dans la solitude et dans les études un adoucissement à sa douleur. La période de sa vie, qui va de 1631 à 1640, fut pour lui un temps de labeurs incessants. Il rernplissait alors les fonctions d'Intendant de la Justice. C’est aussi à cette époque qu’il songea sérieusement à rentrer dans les Ordres. Un traité de l'Eucharistlie, qu'il écrivit alors, témoigne non seulement de sa grande foi, mais encore de son goût pour les ét des ecclésiastiques, signe de vocation non équivoque. Il consacra ses moments perdus à recueillir les matériaux de son Jlistoire du Béarn, digne pendant de son futur Marca Ilispanica. Sa réputation allant tous les jours grandissant, Marca fut nommé, en 1640, conseiller d'Etat à Paris. Il vint siéger au Parlement à un moment critique. C'était l’époque où se débattait entre jurisconsultes et théologiens la fameuse question des libertés de l'Eglise gallicane. Sa position, son influence, son prestige lui firent un devoir dé prendre part à ces discussions. Ilcomposa même,
à ce sujet, un ouvrage intitulé: De concordiä sacerdolii el imperi. Ce volume, entiché de doctrines libérales, vit le jour en 1641. Un nouveau deuil frappa Marca cette année même. Son père était mort à Pau. Ce malheur fixa définitivement sa vocation. Il fut nommé par le roi à l'évêché de Couserans; mais Rome fit oppusition au choix de Louis XIII, à cause du livre de (‘oncordiä que la congrégation de l’Index venait même de condamner. Louis XIV était sur le trône, sous la régence de sa mère, quand la Catalogne, de plus en plus mécontente des Français, commençait à invoquer l'Espagne comme libératrice. Ce changement complet dans les dispositions des Catalans donnant lieu à la régente de craindre la perte de la plus belle conquête du règne précédent, son gouvernement crut la prévenir en nommant pour cette province un haut administrateur qui, sous le titre de visiteur général, devait s’occuper exclusivement de la réformation des abus attentatoires aux privilèges des habitants. Ce visiteur général fut Pierre de Marca. L’évêque nommé de Couserans resta sept ans en Catalogne. Il fut dans ce pays, au dire même de son biographe, «un noble et digne représentant de la France. Ses quelques défauts personnels disparaissent, lorsqu'il s’agit de l'intérêt du roi et de la grandeur de la patrie ». De Marca avait, d’ailleurs, accepté sa siluation comme un pis-aller. Il travailla, durant son séjour en Catalogne, à aplanir les difficultés qui entravaient la nomination à son siège épiscopal. Tout le mal venait de son ouvrage mis à l’index. Il le refondit en entier et en donna une édition corrigée. La Cour de Rome récompensa cet acte d’abnégation en agréant la nomination royale. C'était en 1648; de Marca se disposa alors à
réception des Ordres. Ordonné prêtre le 2 avril de certe même année à Barcelone, il était, le 25 octobre suivant, sacré évêque à Narbonne, dans l'église des Saints Just et Pasteur, par Claude de Rebé. Clément de Banzi, évêque de Béziers, et Nicolas Pavillon, évêque d’Aleth, le futur champion du Jansénisme dans le Midi de la France, assistèrent le prélat consécrateur. De retour en Catslogne, il passa par Perpignan où, sur l'invitation du chapitre, il administra le sacrement de confirmation aux enfants de cette ville ; il alla ensuite visiter Elne, et il rentra au mois de novembre à Barcelone. Malgré son vif désir d’être relevé de ses fonctions de visiteur-général, il dut encore rester trois longues années en Espagne. Enfin, en 1651, le nouvel évêque put se rendre au milieu de ses fidèles de Couserans. Il était depuis un mois à peine dans cette ville, où ses diocésains le tenaient en grande vénération, qu'il fut inopinément désigné par le roi pour l'archevêché de Toulouse. De nouvelles difficultés surgirent soudain, qui retardèrent l'expédition des bulles pontificales. Innocent X ne