‹ Dictionnaire de biographies roussillonnaisesChapitre 107 sur 227 · MARCA · texte numérisé non relu

MARCA

et à vérifier les pouvoirs des commissaires. Le lendemain eut lieu la seconde conférence. On discuta la question de savoir si le promontoire qui séparait ab antliquo l'Espagne des Gaules était le cap de Creus ou le cap de Cerbère. Marca, s'appuyant sur l'autorité du géographe Pomponius Méla, démontra que c'était le cap de Cerbère. Il détruisit absolument l'opinion de l’espagnol Fernando Nunès. qui avait été jusqu'à fausser le texte latin. On passa après au comté de Conflent ; les Espagnols prétendaient qu'il avait toujours fait partie de la Cerdagne. Marca prouvait au contraire qu'il avait jadis dépendu du Roussillon et du diocèse d’Elne. La conférence fut un moment interrompue par les offices du mercredi de la Semaine Sainte. La séance eut lieu ensuite; mais. dans une interprétation sur des textes d'auteurs anciens, Hyacinthe Serroni s’embrouilla si bien, que Marca se crut obligé de le désavouer auprès de Le Tellier. Les Espagnols revendiquèrent le Capcir, faible portion de terre séparée de l'Espagne par l’Aude, ayant appartenu jadis au diocèse de Narbonne et relevant alors de celui d'Alet. Fls n'étaient pas moins tenaces pour la Cerdagne. Marca corrigea la version de Strabon donnée par Guillaume Xylander ; il en tira cette conséquence que, d'après le texte grec, les Ceretani faisaient presque tous partie de l'Espagne, et qu'ils s’'étendaient en outre dans les Gaules. Les prétentions de Marca, et surtout son habileté infinie et sa prodigieuse érudition, tendaient à faire de la vallée d'Ürgelun versant français. Le texte du traité des Pyrénées donnait toute la Catalogne aux Espagnols. Or, \Marca essaya de prouver qu'Urgelétaiten Septimanie. Ilne manquait pas de documents: Eginhard, le poète saxon, un diplôme de Charles-le-Chauve, conservé dans les archives de l'église d'Urgel, lui donnaient raison. Il ajouta que, d'après une charte de Louis-le- Débonnaire, le monastère de Sainte-Grâce, dans le diocèse d'Urgel, jouissait des mêmes privilèges que ceux de la Seplimanie. Marca insisla sur ce fait que les comtes d'Urgel ne furent pas feudataires du comte de Barcelone. ni des rois d'Aragon, mais des rois de France. jusqu'au régne de Jacques 1", roi d'Aragon. De là une discussion très nourrie et très intéressante entre les négociateurs. Nous ne pouvons les suivre dans icurs arguments, solides de part et d'autre. Les Espagnols défendaient leur bien avec une àäpreté légitime; les Français le convoilaient avec une non moins légitime ardeur. Les conférences furent interrompues le 28 mars, à cause de la solennité du jour de Pâques. Le lundi, on reprit la discussion agilee les Lrois jours précédents. On parla de nouveau du comté de Conflent. Les Espagnols prétendaient que lou devait le leur attribuer en entier, d'après le traité de paix qui stipulait la restitution à l'Espagne de tous les versants qui inclinent vers ce

pays. Les Français prirent texte de cet aveu pour réclamer la Cerdagne et le pays d’'Ürgel, observant qu'ils sont du côté de la France sans limites naturelles. On disputa et l’on ne s’entendit guère. Les prélats français dirent enfin que l'inspection des lieux et la lecture des anciens légitimaient leurs revendications. Ces raisonnements ne restèrent pas sans réponse. La discussion allait se terminer le 13 avril. On fit alors un procès-verbal de tout ce qui avait été dit et convenu de part et d'autre. Les deux jours suivants se passèrent à étudier les limites du Roussillon et de la Catalogne au xvn” siècle. Après une discussion soutenue avec vigueur des deux côtés, les Espagnols consentirent à établir une ligne divisoire. entre Banyuls et Cerbère, mais à condition que la France ne réclamcerait plus Lanziana, Silva, ni le monastère de Saint-Pierre de Roda. On avait cherché si le château de Bellegarde était dans le Roussillon ; et, dans la séance du 4 avril, les Espagnols essayérent de prouver que le vicomté de Castellnou s’étendait jusqu’en Catalogne. Les commissaires étrangers comprirent enfin qu'ils avaient affaire à un homme supérieur. profondément versé dans les antiquités de ce pays. Aussi, ne voyant aucun moyen de se tirer de ces diflicultés, et ne voulant pas, d'autre part, s'engager outre mesure, ils suspendirent les négociations, sous prétexte de déférence envers les deux plénipotentiaires royaux, Mazarin et Louis de Haro. Ils leur envoyèrent plus tard des mémoires faits au prieuré de Sainte-Mariedel-Camp en Roussillon; ils v développaient leurs opinions sur les limites définitives à établir dans les Pyrénées. L'annexion stipulce se réalisa par l’établissement de la ligne frontière. Ce grand événement fut consacré à Cérel par une inscription dont on ne sait s’il faut attribuer l'honneur aux commissaires délimitateurs ou aux religieux du couvent des Capucins, que l'on voit à mi-côle, au sortir de la petite ville. en s'acheminant vers l'Espagne. C'est là que les deux prélats avaient 6lé reçus et qu'ils eurent à délibérer avec les commissaires de Philippe V. C'est aussi là que vingt ans auparavant (octobre 1640), le comte don Ramon de Guimera, déléguée des Corts de Barcelone. s'était rencontré avec Duplessis-Bezançon. émissaire du cardinal de Richelieu, muni d'un pouvoir du roi signé à Annens, le 29 août 1640, pour régler les conditions qui placèrent. pendant plusieurs années, la principaulé de Catalogne sous la domination française. Ces deux faits importants donnent à Céret et à la maison relisieuse où Hs se sont accomplis, une notoriété historique. L'inscription comimémoralive, sans date apparente. mais qui doit être probablement celle du traité des P\rénées (4659), est gravée sur le chapiteau d'une colonne d'où l’eau s'échappe de neuf gargouilles supportées

par un groupe circulaire de neuf cariatides, pour tomber dans le bassin de marbre de la fontaine dite dels nou raigs. Ce chapiteau sert de piédestal à un lion symbolisant l'Espagne et porte en légende ce jeu de mots, en mémoire du changement de nationalité :

« Venite Ceretenses, Leo factus est gallus ! »

Suivant une tradition locale. le lion, qui regardait la France, fut alors tourné vers l’Espagne, du côté de Bellegarde. Cette grave mission remplie, Marca songea à rentrer dans son diocèse. Mais en passant à Perpignan, il fut pris d’une grosse fièvre qui l’obligea à garder le lit. Il profita des répits que lui laissa la maladie pour composer une dissertation latine sur la relique du bras gauche de saint Jean-Baptiste conservée dans l'église des Dominicains de Perpignan. Le 2 mai 1660. Marca reinit à ces religieux son travail qui fut imprimé plus tard, soit dans les Opuscula publiés par Baluze, son secrétaire, soit dans les dernières éditions du De Concordiä. Durant son séjour à Toulouse, il ajouta le troisième livre à son Marca hispanica, d’ailleurs commencé depuis 1648. C’est en 1650 que Marca rédigea les deux premiers livres de son grand ouvrage. Il l'avait d'abordintitulé: Catalonya illustrala ; mais, plus tard. dans ses nombreuses recherches pour la délimitation des frontières des Pyrénées, il observa qu'Eginhard et bon nombre d'auteurs du moyen âge appelaient ce pays la Marche d'Espagne, en latin Marca hispanica. Ce rapprochement fortuit avec son propre nom. lui suggéra l'idée de lui donner ce titre définitif : « Marca hispanica sive limes hispanicus. hoc est geographica et historica descriptio Cataloniæ, Rusciuionis et circumjacentium populorum. »

Dans le premier livre, l’auteur décrit la Catalogne, les comtés du Roussillon, de Conflent et de Cerdagne, le Capcir et la vallée de Carol, les sources de l’Aude, Narbonne et ses antiquités, la Septimanie, dont il explique le nom peu ancien. et l'antique [lliberis. Le second livre traite des peuples primitifs de la Catalogne ou de l'Espagne tarragonaise:; en passant, il relève les noms de villes récentes ou moins anciennes. On y trouve enfin une élégante description sur Monserrat. Dans le troisième livre, Marca s'occupe de l'histoire de ces pays, depuis Pépin-le-Bref jusqu’à Charles-le-Chauve, insistant tout particulièrement sur les questions ecclésiastiques, c’est-à-dire sur les luttes des chrétiens contre les Maures et les Sarrasins. Le Marca hispanica ne parut toutefois que vingtsix ans après la mort de son auteur et il fut achevé d'imprimer pour la première fois le #4 septembre 1688. Tant de travaux ne devaient point rester sans récompense. Louis XIV, juste appréciateur des talents et des mérites, nomma le 26 février 1662 Pierre de Marca à l'archevèêché de Paris pour succéder au cardinal de

MARÇA

Retz. Mais la mort déjoua les plans du monarque. Le 19 juin de cette même année, le nouvel archevéque de la capitale mourut avant d'avoir reçu les bulles de Rome. Le poète Colletet composa à cette occasion l’épitaphe suivante bien connue :

Ci-git Monseigneur de Marca

Que le roi sagement marqua

Pour le prélat de son Eglise,

Mais la mort qui le remarqua

Et qui se plait à la surprise

Tout aussitôt le démarqua.

MARÇA (Thomas de), originaire du Rasès, vint en Roussillon à la suite de Pons de Caramany et se fixa à Cornella-de-la-Rivière, vers l’an 1340. Il suivit le parti du roi Pierre IIT d'Aragon qui, en 1345, lui fit donation de dix mille sols sur les biens de divers rebelles. Ce prince lui octroya aussi le droit d’entretenir huit cents têtes de bétail dans les pasquiers de Roussillon et Cerdagne. Thomas de Marça fut successivement châtelain de Força-Réal et juge à l’Audience Royale. A l'époque où Pierre le Cérémonieux craignait une attaque en Roussillon, de la part du roi Jacques II de Majorque qu'il avait détrôné, Thomas de Marça fit de grandes dépenses pour l’approvisionnement et l'armement de Força-Réal dont il avait la garde. Plus tard, il fut dédommagé par le roi d'Aragon. Thomas de Marça ne laissa pas d'’enfants de sa femme, Françoise. Pierre de Marça, damoiseau de Cornella-de-la-Rivière, épousa, le 16 mars 1361, Sibille, fille de Guillaume dez Fonts.

Archives des Pyr.-Or., B. 97, 100, 110, 113, 190. — ALaRrT, Notices historiques sur les communes du Roussillon, 1° série.

MARÇA (Jean de), petit-fils de Pierre et de Sibille dez Fontz, damoiseau de Cornella-de-la-Rivière, figura dans le traité de paix conclu, le 7 mai 1407, au Portal de la Cellera de cette localité, entre Guillaume d’Estoher, Antoine d’Urg et divers membres de la famille Pons-Ramon. Jean de Marça épousa Guillemona et sa maison se divisa ensuite en plusieurs branches qui occupèérent diverses seigneuries. La famille qui résida à Cornella-de-la-Rivière posséda des droits de leude assez importants sur les marchandises qui traversaient le territoire compris entre le Coll del bou (près de Força-Réal), le Coll de Terranera à l’ouest, le Puig de Moto (près de Corbère) et la Pedra-ferral (au-dessous de Pézilla). Ces droits appartenaient anciennement aux souverains de ce pays qui les avaient aliénés en faveur des prédécesseurs de la famille de Marça, et ces délimitations déterminent l'étendue des possessions des anciens comtes de Cerdagne et de Besalu, dans le Roussillon proprement dit. La pedra-ferral, qui formait, sur les bords de la Tet, l'ancienne limite des deux comtés, est un bloc de cœæœmentum qui provient sans doute

MARÇA — MARCÉ

d'une voie de l'époque romaine. Elle se voit à quelques centaines de mètres du village de Pézilla, au bord du chemin de Villanova-de-la-Rivière.

Archives des Pyr.-Or., B. 182. 197, 208, 223. — ALART, op. cit.

MARÇA (Plerre de), fils du précédent, s’occupa d'opérations financières fructueuses, faisant le traitant et affermant des impositions communales. Il servit d’intermédiaire dans des affaires délicates, et possédait, en 1434, le château de Vernet, près de Perpignan. Pierre de Marça ajouta à ses autres affaires une nouvelle entreprise, celle d’une maison de jeu. Ce fut du temps où il détenait cette seigneurie, et avec son autorisation, qu’une troupe de gens sans aveu s'installa à domicile dans le château du Vernet. Les individus que cette habitation seigneuriale abrita faisaient métier de jouer. Ils y installèrent un matériel confortable, et, à la nuit, des habitants de Perpignan y arrivèrent en se faufilant, pour engager la partie. D’autres distractions furent réservées aux goûts pervertis, et l’établissement devint prospère, Il eut bientôt son public d’habitués. recruté parmi les gens établis, gênés jusque-là par leur notabilité, et parmi les fils de famille retenus par leurs parents. Le scandale devint un jour excessif. Le jeu, tel qu'on le pratiquait au château du Vernet, était une escroquerie dans laquelle, après des alternatives de gain, le client finissait par tout perdre. Il y eut, à la suite de ces revers de fortune, des scènes déplorables, des rixes dangereuses. Il semble même qu'il en résulta des désordres et des troubles à Perpignan. Le seul moyen que les consuls trouvèrent pour faire cesser cet état de choses fut d’acheter le château du Vernet à Pierre de Marça. La vente eut lieu le 9 mars 1443, au prix de 960 livres. Pierre de Marça acquit plus tard, par voie d'achat, du damoiseau François de Ribes, la viguerie, le bailliage et tous les droits de la vallée de Ribes. En 1437, la reine Marie confia le château de Força-Réal à Pierre de Marça jusqu'au jour de la prise de possession effective de la forteresse par Bernard d'Avinyo, le nouveau titulaire. Pierre de Marça afferma aussi les revenus du commandeur de Bajoles, de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Sous la domination de Louis XL il fut le tuteur du jeune Bernardin de Cagarriga, et comme tel, prèla serment au roi de France. Pierre de Marça eut pour fils Jean. Celui-ci épousa Francine, et vivait encore en 1496.

Archives des Pyr.-Or.. BR. 191, 254, 254, 260, 267, 283, 284, 311,

407, AON, 411, 414. — DespranouE, Les Infames dans l'ancien droit roussillonnais.

MARÇA (Galcerand de) était chanoine d'Ürgell et de Gérone au début du xv° siccle.

Archives des Pyr.-Or., B. 202.

MARÇA (Thomas de), chevalier, contracta, en 1425, un engagement pour le service d’Alphonse V, et fit les campagnes de l'expédition du royaume de Naples, après avoir fourni, au préalable, à son souverain cinq chevaux, quatre lances et un page.

Archives des Pyr.-Or., B. 268.

MARÇA (Galcerand de) obtint, d’'Alphonse V le Magnanime, confirmation des scrivanies de Conflent, cédées en sa faveur par la communauté séculière de Villefranche-du-Conflent.

Archives des Pyr.-Or., B. 234, 240, 367.

MARÇA (Jorda de), damoiseau, vivait en 1480.

Il épousa Jeanne de Tregura. Celle-ci était décédée en 1508, et ses héritiers furent Ange de Vilanova et Jean de Ça Nespleda.

Archives des Pyr.-Or., B. 411, 414, 417, MS.

MARÇA (Thomas de), damoiseau de Cornellade-la-Rivière, acquit. à pacte de rachat, le 5 mai 1513, la moitié du moulin Stremer, de Salces. II possédait, dès 1499, d'autres moulins dans cette dernière localité.

Archives des Pyr.-Or., B. 415, #18, 420.

MARÇA (Jean de) habitait Millas et obtint de l'empereur Charles-Quint provision de lettres de noblesse. Scs armes portent : d'asur à trois rochers d'argent.

Archives des Pyr.-Or., B. 368.

MARCOÉ, docteur en médecine de l’Université de Perpignan, publia vers 1755, chez J.-B. Reynier, imprimeur de cette ville, une Dissertation en forme de leltre sur la nature, les vertus et l'usage des eaux thermales de la Preste. L’exemplaire que possède la Bibliothèque de Perpignan porte, sur le feuillet qui sert de couverture, cette note manuscrite : « Je rédigeai cet ouvrage à la prière de M. Damien Costa, professeur et docteur en médecine ».

MARCÉ (P.), recteur de Corneilla-de la-Rivière, s’adonna aux études agronomiques. Il publia en 1385, un Essai sur la manière de recueillir les denrées de la province de Roussillon à moindres frais, de les

améliorer ainst que les terres el sur les autres avantages

qu'elle pourrail retirer, Perpignan, in-12. Ce livre contient des renseignements précieux sur les procédés agricoles de cette époque. P. Marcé ne fut pas seulement un agronome observateur et curieux, il donna aussi ses soins aux sciences ecclésiastiques. Dès 1782, il avail déposé sur les bureaux du synode diocésain un rituel qu'il avait composé, el dans

lequel il revendiquait le maintien des rubriques locales. Il allait jusqu'à accuser l’évêque de Gouy « d'avoir égaré le dit rituel ». Une délibération du synode diocésain, en date du 10 avril 1782, rejeta la proposition de l’abbé Marcé. Celui-ci édita à Avignon, en 1788, l’Exercitium diurnum parochorum, ex ulriusque fœderis paginis mutuulum, in-24.

Archives des Pyr.-Or., G. 4. — FourqQuer, Catalogue des livres

imprimés el manuscrits de la bibliothèque communale de Perpignan.

MARCILLO (Emmanuel), natif de la ville d’Olot (Espagne), entra dans la Compagnie de Jésus et devint professeur de philosophie au collège de Barcelone. En 1685, il fit paraïtre dans cette ville un livre intitulé : Crisi de Calaluña, dans lequel il prétendit faire, connaître les origines religieuses du Roussillon. Cet auteur, absolument dénué de critique, ne fait aucune autorité en histoire.

ToRREs-AMmaT, Diccionario crilico de los escrilores catalanes. —

MARGARIT (Jean Moles de) naquit à Gérone vers 1415. Il appartenait à une ancienne et illustre maison de Catalogne. L'un de ses ancètres, Bérenger, se signala par sa valeur au siège de Tyr qu'il parvint à faire lever au sultan Saladin. en 1188. Un autre de ses aïeux, Vincent de Margarit prit part aux expéditions de la conquête du royaume de Valence, entreprises par Jacques le Conquérant. L’historien Dez Clot, dans sa Chronique, mentionne Pierre de Margarit comme un vaillant marin qui se distingua dans le combat naval livré dans le port de Barcelone contre Le roi de Castille. Jean Moles de Margarit embrassa la carrière ecclésiastiqueet fut successivement pourvu des sept dignités capitulaires de la Cathédrale de Gérone. Il était déjà regardé à cette époque comme un excellent théologien; on le considérait encore comme un profond jurisconsulte. doublé d'un cosmographe entendu et d’un fin littérateur. En 1445, le chanoine Jean Moles de Marwarit devint vicairegénéral de l'évêque de Gérone. En 1448, il était archidiacre de cette ville épiscopale. Il fut envoyé en mission à Rome par les membres du chapitre de Gérone. Jean Moles de Margarit étant de passage à Perpignan, le 2 mars 1448, la communauté ecclésiastique de Saint-Jean le chargea de solliciter du Souverain Pontife l'union à leur église des chapelles de Saint-Etienne de Modagons et de Sainte-Thècle. Le 22 décembre 1451, la reine Marie ordonna de mettre Jean de Margarit, chanoine et sacristain de la cathédrale de Gérone, en possession de la chapellenie d'Ille, en remplacement de Lazare Castello. décédé. Son savoir, son éloquence et sa piété le désignèrent au choix du roi d'Aragon et du Pape, qui le firent

MARCILLO — MARGARIT

monter sur le siège d'Elne, le 23 mars 1453. Le 9 juillet suivant, il prêta, par procureur, le serment usité au chapitre de Saint-Jean. Le 23 août de la même année, il fit son entrée solennelle à Perpignan, et le 26, il célébra la messe dans la nouvelle église de Saint-Jean qui n’était pas encore achevée. Le 4 mars 1458, le roi Jean II d'Aragon l’envoya complimenter le pape Pie II sur son heureux avènement à la chaire de Saint-Pierre. L'évêque d'Elne rencontra la cour pontificale à Mantoue. Pie IT avait convoqué dans cette ville une réunion de princes chrétiens dans Île but de se concerter pour entreprendre la guerre contre les Turcs. Jean de Margarit prit la parole au sein de cette auguste assembiée. Le 25 janvier 1461, ce prélat fut, avec l'archevêque de Tarragone et l'élu de Syracuse, député par Pie IT auprès du roi d'Aragon, pour le supplier de rendre au royaume de Chypre son ancienne indépendance. Jean de Margarit, considérant que l'ignorance où était son clergé ne permettait pas d'y trouver un seul sujet propre aux fonctions d’official et que la cité d’Elne ne pouvait offrir comme la ville de Perpignan des moyens d’instruction, ordonna par un règlement en date du 18 décembre de la même année, que ces fonctions seraient

réservées aux seuls chanoines de la collégiale de

Saint-Jean. Pour les obliger à s’en rendre capables, il défendit d'admettre, à l’avenir, dans ce chapitre, quiconque n'aurait pas pris le grade de docteur ou de bachelier, soit en théologie, soit en droit civil ou canonique, de licencié ès-arts ou de maître en médecine. C’est par ses soins que fut construite ou couverte l’avant-dernière travée de l’église Saint-Jean de Perpignan, ce que semble assez témoigner, en effet, l’écu de ses armoiries timbré d’une miître, sur la clef de la voûte. À propos de ces armoiries, il faut dire qu'il existe aux Archives départementales trois sceaux différents de Jean de Margarit. Le 7 avril 1458, le prélat fit concession d'un bénéfice dans l'église de Saint-Mathieu, au sagc et discret Barthelemi Foquet. Cet acte est scellé du sceau du vicariat, de 0”08 sur 0"045. La disposition du dessin est analogue à celle de la plupart des sceaux des prédécesseurs de Jean de Margarit : au centre, les deux patronnes d'Elne, sous des portiques gothiques et surmontant un écusson aux armes de l'évêque : parti, au 1° à 3 marguerites, 2 et 1 ; et au 2° à un oiseau qui paraît être un paon. L'écusson sommé d’une mitre sépare la légende en minuscules gothiques. Le 8 juin 1457, cet évêque s'était servi d’un sceau secret, de forme ronde, de 0"04 de diamètre, dans l’acte de concession d'un bénéfice de Clayra. à Jacques Vilar. Au centre de ce sceau on voil un aigle aux ailes éployées, couronné d'une mitre, tenant entre ses serres l’écusson du prélat. La légende est devenue tout à fait illisible. Enfin, le 6 juin 1460, Jean de Margarit écrivant à

MARGARIT

Jean de Saint-Martin, archidiacre majeur d'Elne, pour le charger de mettre le chanoine Jean des Casesnoves en possession de l’église paroissiale de Sainte-Marie-la-Mer, scella sa lettre de son anneau manuel qui est ovale (0"018 sur 0"015) et représente son écusson $sommé d’une mitre, ainsi que la légende en minuscules gothiques. C'est le premier de ces sceaux qu'on retrouve sculpté et peint sur la clef de l’avant-dernière travée de l’église Saint-Jean. Suivant Moreri, les services rendus au roi d'Aragon, Jean Il, par Jean de Margarit, alors cardinal et évêque de Gérone, et son frère Bernard, dangereusement blessé au siège de la dite ville en défendant la reine d’Arayon, furent si noblement appréciés, que ce prince crut ne pouvoir mieux les récompenser qu'en permettant à ces deux frères et à la postérité de Bernard, de l’un et de l’autre sexe, de porter en chef des armes de leur maison qui étaient de gueules à trois margueriles d'argent écarlelé à trois pals de gueules, les arines royales d'Aragon, de Navarre et de Sicile. Jean de Margarit n’a jamais fait usage de ces armoiries en Roussillon. En 1462, ce prélat fut transféré au siège de Gérone. Il se trouvait encore à Elne le 7 février de cette même année. A cette dernière date, il concéda la faculté d'ériger un autel dans une chapelle nouvellement construite par Bernard Dauder, sur le territoire de Malloles. Mais huit jours plus tard, il prit possession de son nouvel évêché. Son pontificat sur le siège de Gérone eut une durée de vingt-deux années. Jean de Margarit prit une part active aux suerres qui ensanglantèrent la Catalogne à cette époque. Prélat belliqueux, il revêtit l’armure pesante du guerrier pour défendre le roi d'Aragon et les immunités de son Église. Il tira encore l’épée pour attaquer la ville de Corsa qui s'était révoltée contre sa juridiction seigneuriale. Il excommunia le capilaine Jean Çarricra qui avait épousé sa propre nièce. Yolande. Devenu chancelier de la Principauté de Cata-

logne.Jean de Marswarit ménagea, en cette qualité, la°

paix entre Sixte IV el le roi de Naples, Ferdinand I". Il bénit, en 1476. la première pierre du môle de Barcelone. En 1480, il prorogea les Cortes de Barcelone et écrivit l’année suivante un ouvrage d'histoire avant pour titre : Paralipomenon Ilispaniæ, Grenade, 1545, in-4°. Comme le nom du livre l'indique, cette œuvre n’est qu'un supplément des écrivains qui avaient traité de l’histoire de l'Espagne depuis les temps Îles plus reculés jusqu'au règne de Thcodose le Grand. Elle contient dix livres et est dédiée aux rois catholiques. Quoiqu'elle renferme quelques erreurs chronologiques et géographiques, elle n’en éclaire pas moins d'un jour lumineux les périodes de l'histoire ancienne qui précédèrent l'invasion des Maures en Espagne. Cet ouvrage a été réimprimé dans Hispunia illustrata d'André Schott, Francfort, 1633, t, [. in-fol.

Jean de Margarit a aussi publié : De la educacion de Fernando principe de Aragon et De coronû regum vel de regis officio oplimo imperio. Il avait aussi composé une histoire détaillée des événements survenus

en Catalogne, de son vivant. Ce travail qui avait été

inspiré par l'emprisonnement et la mort du prince de Viane, lors du soulèvement suscité par le comte de Pallas et des chevaliers catalans, est demeuré manuscrit. Il est conservé dans les archives de la cathédrale de Barcelone et a pour titre: Templum Donmnini. Sur la demande de Ferdinand le Catholique, le pape Sixte IV décora Jean de Margarit de la pourpre romaine, au mois de novembre 1483 et lui donna le titre de cardinal de Sainte-Balbine. Jean de Margarit mourut à Rome l’année suivante (5 novembre 1484) et son corps fut inhumé dans l’église du Saint-Esprit. En 1607, un de ses parents, le napolitain Jules Moles, fit graver sur son tombeau l’épitaphe suivante:

Joanni Moles, Sanctæ Romanæ Ecclesiæ Cardinali Gerunda: in Iberia illustri genere orto, Eloquentia, doctrina ac pietate insigni, Discordiis inter summum Pontificem Nicolaum V.

Et Alphonsum Regem [I sua solertia sedatis ; Regum Aragoniæ et Castellæ ad Pont.

Max.

Pium Il et Sixtum IV aliosque pontifices Et Respublicas ad eorum bella paccanda Oratori, Atque Italica pacis compositori Julius Moles Ne tanti viri suæ gentis = Memoria periret post annos C XXV.

P. M. D. C. Vil.

Romæ lucenm amisil nonis nov.

Anno MCDL XXXIN.

Le cardinal Jean Moles de Margarit eut deux frères : François qui était viguier de Gérone en 1472, et Bernard, seigneur de Castell-Ampurda.Gelui-cise signala dans divers combats ainsi qu'au siège de Gérone. Il eut un fils Louis, qui, après avoir pris aux Marocains les iles Gerbes, en fut nommé le gouverneur. Pierrede Margarit, fils de Louis, fut élevé à la cour de Ferdinand V. [Il s'embarqua en 1492 pour les Indes, sur la flotte de Christophe Colomb. Ce fut lui qui découvrit et donna son nom à l'archipel des îles Marguerites. En 1539, Louis de Margarit élait lieutenant et capitainc-général des armées de Charles-Quint. Ce dernier eut pour fils Léandre de Margarit de Gallart qui, à son tour, engendra Philippe de Margarit de Biure, père du premier marquis d'Aguilar.

Communication obligeante de Myr de Carsalade du Pont, évêque de Perpignan. — Archives des Pyr.-0r., G. 236, 790, — TORRES-AMAT, Diccionario crilico de los escritores calalanes. — Puiqcan, Catalogue biographique des évêques d'Elne. — LPELLA Y Foncas, Un catala i-lustre, Biografia de D. Joseph Margaril y

de Biure, Géronce, in-8”, 1876. — FouciERr, Sphrayislique roussillonnaise.

MARGARIT DE BIURE (Joseph de) naquit à Castello-d’'Empurias, le 10 février 1602. Son père Philippe était seigneur de ce lieu et sa mère, Béatrix de Biure, appartenait à la famille des barons de Val- Hespinosa, fief situé dans les environs de Tarragone. À la suite d’un long procès qui avait surgi entre les deux familles alliées, Joseph de Margarit passa sa jeunesse dans les propriétés du domaine maternel. IT était âgé de trente-huit ans, lorsqu'éclata le soulèvement de la Catalogne qui se disposait à secouer le joug de Philippe IV, roi d'Espagne. Joseph de Margarit, à la tête d’un petit nombre de soldats, dut, d’après les ordres de la Députation et des Etats, harceler la grande armée que le cabinet de Madrid envoya contre Barcelone, retarder sa marche, donner ainsi le temps de lever des troupes et de pourvoir à la sûreté de la ville. Il réussit complètement dans cette opération difficile. Ce fut lui qui, après le siège de Tarragone, fut envoyé vers Louis XIII, pour le supplier d'établir un vice-roi en Catalogne et pour démontrer la nécessité d'assiéger Perpignan. Joseph de Margarit eut de fréquentes entrevues avec le cardinal Mazarin, dans le palais de Ruel. Dans une circonstance, le ministre de Louis XIII émit des craintes sur l'alliance de la Catalogne avec la France. Il alla jusqu à prédire un rapprochement de la province annexée et de l'Espagne. Au seul énoncé de cette hypothèse, Joseph de Margarit bondit de son siège et, s'exprimant en catalan, dit à Mazarin : « Senyor, Vostre Eminencia saber desitja, com es just, si ‘Is catalans faltaran a Ilur promesa : sobre lo que obligat me veig a dirli que ‘Is catalans saber desitjan tambe si la Fransa mancara a lo capitulat ; assegurantli de part de tota la provincia que si la Fransa no falta, tampoch Catalunya faltara... ». Margarit s'engagea à donner, comme témoignage de fidélité au gouvernement français, les membres de sa famille en ôtage. « Fort bien, répliqua Mazarin en prenant les mains de Margarit. Puisque les catalans* tiendront leur engagement, comme vous voulez me l'assurer, pour ma part, je vais maitriser l'Espagne comme le cavalier qui impose le mors à un coursier.. Je lui imposerai ma loi, et puisqu'il y a de réels avantages pour Sa Majesté d'occuper la Catalogne, cette province nous ouvrira les portes pour circonvenir le roi d'Espagne dans son palais de . Madrid.» Dès lors, Joseph de Margarit obtint tout ce qu'il sollicita de Louis XIII. Ce prince vint en personne attaquer la capitale du Roussillon et nomma Margarit, gouverneur. En cette qualité. il empêcha le marquis de Pobar de porter secours à la ville de Perpignan, fut promu maréchal de camp, en 1642, reprit possession de la vallée d’Aran

au cœur de l'hiver 1643, commanda à Barcelone | et maintint cette place au pouvoir des Français, | nuel de Llupia, père et fils. Par une lettre datée de

MARGARIT

malgré les défaites de d’'Harcourt et de Condé. Ce fut lui qui se chargea, en 1650, d'arrêter Marchin, devenu suspect au cardinal Mazarin, et de le conduire à Perpignan. Sa fermeté ainsi que les nombreux sacrifices personnels qu’il ne cessait de faire à la cause française lui valurent, en 1651, le grade de lieutenant-général. Cependant, dès cette époque, tout espoir était perdu pour les Français, d'occuper plus longtemps la Catalogne. Privé de secours et réduit à une garnison déjà affaiblie par de perpétuels combats, Margarit n’hésita pas à défendre Barcelone jusqu’à la dernière extrémité. En ce temps une maladie contagieuse jonchait de morts les rues et les places de la cité. Cinquante mille catalans avaient succombé. La ville n'avait plus de troupes. Margarit qui avait vu périr autour de lui quarante de ses domestiques, frappés par le fléau, voulut, du moins, retarder la soumission de Barcelone. Il retira des hôpitaux quatre mille hommes échappés à la peste, qui avait décimé autour de fui les populations. effrayées ; il renforça tous les postes, et se prépara, avec le comte d'Ille, à une résistance opiniâtre. La flotte ennemie parut à la vue du port et en ferma l'entrée. Du côté de la terre, une armée nombreuse pressait la place : on vit que celle-ci ne pouvait être secourue. Cependant Margarit repoussa les sommations du général ennemi, comme il repoussa ses attaques vives et prolongées. Quinze mois s'’écoulerent et durant ce long intervalle le héros catalan se multipliait partout : hors des murs, pour commander les sorties, sur les remparts, pour les défendre, dans les hôpitaux, pour y secourir les blessés. Enfin, toute résistance devint impossible. Le peuple murmura, une sédition allait livrer les portes à l'ennemi qui, déjà, proclamait le pardon de tous, à l'exception de celui de Margarit. Satisfait d’avoir rempli toutes ses obligations envers le roi et d’avoir vu quarante mille Espagnols perdre la vie au pied des murs dont la défense avait été confiée à son courage et à sa loyauté, Margarit se jeta dans une frêle embarcation. traversa la flotte ennernie et arriva sain et sauf à Perpignan. Là, il reçut de Louis XIV la récompense de sa bravoure et de sa fidélité. La terre d'Aguilar fut érigee en marquisat pour lui. Il avait perdu en Espagne son immense fortune ; ses chäteaux avaient été incendiés ; sa tête avait été mise à prix. Le traité de 46:59 lui rendit une partie de sa fortune, et lorsque Philippe Ÿ monta sur le trône des Espagnes, la famille de Margarit recouvra toutes les possessions que lui avaient léguées ses pères. Margarit obtint, en outre, le 18 juin 1633, les biens de Thomas de Banyuls, d'Antoine de Genères et du vicomte d’Evol ; le 8 novembre de cette même année. il reçut concession cle rentes sur les domaines de Gabriel et Emma-

MARGARIT

Paris. le 26 janvier 1658. le roi de France le nomma vice-roi et lieutenant-général de Catalogne, en remplacement du duc de Candale. Joseph de Margarit occupa cette haute situation jusqu’à la paix qui fut conclue au Traité des Pyrénées. Dans le cours du mois de juillet 1667, des lettres patentes de Louis XIV lui concédèrent la jouissance des villes de Thuir et de Toluges pour lui et ses enfants mâles ; mais le 11 avril 1669. de nouvelles instructions royales ordonnèrent que ces deux villes feraient retour au Domaine. Le marquis d’Aguilar reçut en dédommagement la baronnie de Brens, en Languedoc. avec la métairie de la Grange. Il mourut en 1685. Du mariage qu’il avait contracté avec sa cousine Marie de Biure, Joseph de Margarit avait eu sept enfants: Hyacinthe, qui mourut à onze ans ; Gaspard, né en 1631, qui combattait aux côtés de son père, dès l’âge de dixhuit ans et qui mourut à Perpignan en 1656, étant colonel de cavalerie ; Jean, l’héritier du nom, des titres et des biens de la famille ; Joseph. qui fut abbé de Saint-Martin du Canigou depuis 1692 jusqu’en 1698 et qui, ayant résigné cette prélature pour une autre dignité ecclésiastique de Narbonne, mourut en 1701 ; Jacques, qui épousa une demoiselle Castello, décédée sans postérité ; Raphaëlle. qui se maria à Galcerand de Cruilles, comte de Montagu. et Béatrix, qui unit ses destinées à celles de Jean-François de Gléon, vicomte de Durban.

Archives des Pyr.-Or.. B. 394, 309, 401. — Prrsa x ForGas, op. Cil.

MARGARIT DE BIURE (Vincent de), frère du précédent, religieux de l'Ordre de Saint-Dominique. recommandable autant par ses talents que par ses vertus, publia un livre de théologie intitulé: Quesliones de sanclo Thomas. Le 14 octobre 1642. Louis XITI le désigna pour l'évêché de Lérida ; le prince voulait récompenser Joseph de Margarit des services qu'il rendait à sa couronne et reconnaître les mérites du dominicain qu’il désirait élever à la prélature. Mais pour obtenir du Pape la faculté de nommer aux dignités ecclésiastiques de la Catalogne, le roi de France fut obligé de prendre, comme les souverains d'Espagne, un indult particulier pour cet effet, vu que cette province n'était pas assujettie au Concordat. Rome resta sourde aux sollicitations du roi de France jusqu’en 1669. Vincent de Margarit demeura évêque élu de Lérida jusqu'en 1646. A cette date, il fut transféré sur le siège épiscopal de Solsone, qu'il administra encore sans recevoir la consécration pontificale. En 1651. Vincent de Margarit passa sur le siège de Barcelone, et en 1658 sur celui d'Elne. Louis XIV n'ayant obtenu la faculté de nommer à l'évêché d’Elne et aux autres bénéfices consistoriaux du diocèse qu’en 1663, par une bulle datée du 9 avril,

Vincent de Margarit ne fut confirmé par le Saint- Siège qu’en 1669. Il prit possession de son évêché le 17 avril 1669, prêta serment et fut admis le même jour à la communauté de Saint-Jean. Le 3 juin de la même année, il fut sacré dans l'église métropolitaine d'Auch, par l'archevêque Henri de Lamothe- Houdancourt, qu'assistèrent les évêques de Couserans et de Bayonne. Vincent de Margarit prêta serment de fidélité au roi le 27 août suivant. Le 8 mars 1671, il bénit la nouvelle église paroissiale de Saint- Mathieu de Perpignan, et mourut le 21 décembre de l'année suivante. Son corps fut enseveli provisoirement dans la chapelle de Saint-Benoiïit, au vieux Saint-Jean. Il fut transféré, Le 1° mars 1722, au tombeau de la famille des Margarit, dans la nouvelle église, tout près du bénitier à droite en entrant.

Archives des Pyr.-Or., G. 1. — ToRRESs-AMaT, Diccionario crilico de los escrilores catalanes. — PuicGant, Catalogue biogra- Q f Q , s kS phique des évêques d'Elne. — PELLA Y ForGas, op. cil.

MARGARIT DE BIURE (Jean de), neveu du précédent, était fils de Joseph de Margarit, marquis d'Aguilar. Jeune encore, il publia à Barcelone, en 1645, un volume intitulé: Reltérico epilome latino y caslellano en quatro llibros aumentado con diferentes ejemplos de insignes oradores en muchos idiomas i util a todos los estados. Le 11 juin 1675, il épousa Raphaëlle de Négrell de Cruilles de Bas, sœur utérine de Galcerand de Cruilles, comte de Montagut et baron de Mosset. Ce dernier étant décédé sans laisser de postérité, Raphaëlle de Cruilles fut son héritière universelle, à l'exception du comtat de Montagut créé, le 13 juillet 1599, en faveur de Gerald de Cruilles et de ses seuls descendants mâles. Du mariage de Jean de Margarit de Biure et de Raphaëlle de Cruilles naquirent: Jean, marquis d’Aguilar ; Joseph, qui mourut en 1707, âgé de vingt-trois ans, avec le grade de colonel; Dominique-Marie, épouse de Ros, comte de Saint-Féliu, et Marie-Anne, femme de D. N. de Millas. noble catalan de La Bisbal. Jean de Margarit de Biure, de Cruilles, de Santa-Pau, marquis d'Aguilar et baron de Mosset servit dans l’armée française et mourut à Perpignan, le 5 avril 1701. Il fut inhumé dans le vieux Saint-Jean.

Archives communales de Perpignan, GG. 39. — TonRES-AMAT, op. cil. — PELLA Y FoRGAS, 0p. cit.

MARGARIT DE BIURE (Jean de), marquis d'Aguilar, fils et héritier du précédent, n'eut qu’un enfant, Dominique. A son tour celui-ci laissa deux filles : Jeanne-Hippolyte-Rose et Marie-Anne. La première épousa le chevalier Pierre-François-Ignace de Bon, sous la condition de prendre le nom et les armes des Margarit, marquis d’Aguilar. La cadette se maria au marquis Joseph d’Oms de Tord de Calvo. Pierre-

Page 1