‹ Dictionnaire de biographies roussillonnaisesChapitre 113 sur 227 · MATHIEU — MATTES · texte numérisé non relu

MATHIEU — MATTES

d'avocat, sa famille le rappela à Perpignan. Un échec subi dans une première plaidoirie à la salle des assises le fit momentanément renoncer au barreau. Entrainé, comme la jeunesse libérale de l'époque, par les événements des journées de juillet 1830, Massot-Revnier se rendit à Paris où la politique seconda sa fortune. Le garde des sceaux Dupont de l'Eure ayant cédé, en 1831, le portefeuille de la justice à Barthe, Massot-Reynier fut appelé à la chancellerie comme chef de cabinet particulier du nouveau ministre. Moins de deux ans après, la carrière de la magistrature lui fut ouverte par le parquet de Perpignan. Massot-Reynier donna de si bonne heure la mesure de sa valeur, à la barre du ministère public, qu'il ne tarda pas à être nommé avocat-général à la cour de Montpellier. Ce fut en l’année 1839. On reconnut bientôt en lui un orateur de race. Il en avait le port, le geste, l’organe, l’élocution. Utilisant ses loisirs au profit de travaux spéculatifs, Massot- Reynier publia, dans la Revue du Midi, une série d’articles sur la Philosophie du droit, travail consciencieux dans lequel l’avocat-général envisageait le Droit en lui-même, dans l'idéal, dans la loi etcommescience. Dans cette étude, comme d’ailleurs dans tous ses écrits, Massot-Reynier révéla sa façon à lui, de rendre la pensée, sous la forme d’un vocabulaire expressif. C’est ce qui fit dire à un magistrat d'élite, Irngarde de Leffemberg : « Le premier président Massot- Reynier, envisagé comme écrivain, doit être rangé dans le petit nombre de ceux dont on dit: son style. » La chute de la monarchie de juillet rendit Massot- Reynier à la vie privée. L'ancien avocat-général consacra ce temps d'arrêt dans la marche de sa carrière judiciaire, au profit de l’histoire du Roussillon. En 1848, il inséra dans les bulletins de la Société archéologique de Montpellier une étude sur Les Coulumes de Perpignan suivies des usages de la dime, des plus anciens privilèges de la ville et de documents complémentaires, publiés en roman el en lalin, in-#4, Martel aîné. « La partie bibliographique de ce travail, dit M. Brutails, est très soignée ; mais l’auteur est moins heureux lorsqu'il cherche les sources et les vicissitudes du droit perpignanais. Les théories de ce jurisconsulte sont inadmissibles aujourd'hui, parce que l'étude historique du droit a fait depuis cette époque bien des progrès. » La disgrâce dont l’avait frappé la seconde République fut de courte durée. Le gouvernement le désigna. en 1849, pour diriger le parquet du tribunal de Lvon. L'anarchie régnait alors dans cette ville. 11 fallait lui tenir tête. Le procureur Massot-Revnier s'y employa avec fermeté, sans se départir de la modération qui constituait le fond de son caractère. Il contribua puissamment au rétablissement de l'ordre à Lvon ainsi qu'à Grenoble, où il fut nommé Procureur-général, en

1851. Massot-Reynier fut appelé au même titre à Toulouse, en 1852. Deux ans plus tard, Napoléon III, par décret impérial, affecta Massot-Reynier à la cour de Rouen, et en 1861, le Procureur-général fut élevé sur place à la première présidence. C'est là que l’atteignit la limite d'âge. Dans sa retraite, il fut frappé d'une caducité précoce, et malgré la désorganisation de l'être matériel, l'esprit veilla toujours en lui. Massot-Reynier mourut à Perpignan, le 24 mars 1883. IL était commandeur de la Légion d'honneur, des ordres de Saint-Maurice et Saint-Lazare, etc. Il avait épousé une demoiselle Delaya dont il n'eut qu'une fille, Lucie. Son frère, Aimé, médecin, se maria à Félicie Guiter, sœur de Théodore Guiter, député des Pyrénées-Orientales.

V. ARAGON, Nolice sur le premier président Massot-Reynier, Montpellier, Bœæœhm et fils, 1884.

MATHIEU (Bonaventure), membre de la communauté ecclésiastique de Saint-Jean, à Perpignan, lors de la venue de la Révolution, prêta le serment à la Constitution civile du clergé, et devint, en 1790, officier municipal, puis membre du Conseil du Département. Assisté de trois autres prêtres, il célébra la messe à l’Esplanade. le 14 juillet 1790, et prononça à cette occasion. un discours patriotique. Vicaire épiscopal de l’évêque intrus Deville, depuis 1791 jusqu’en 1793, Bonaventure Mathieu fut l’archiviste et l’historiographe du clergé constitutionnel dans le département des Pyrénées-Orientales. Il a écrit un Essai d'une concilialion quelconque des trois épiscopologies.… de M. de Rebé, de M. Coma el de MM. les Bénédiclins, qui n’a jamais vu le jour. C'est une compilation faite sans critique, sans recherches personnelles et avec parti-pris. On y trouve cependant à glaner quelques renseignements curieux et inédils sur les évêques d’Elne qui vécurent au xvur siècle. Sous la Terreur, Bonaventure Mathieu sauva, par son énergie, les reliques et les fonts baptismaux de la cathédrale Saint- Jean. Après la Terreur, il devint curé de Saint-Jean et vicaire-général de l’évêque intrus Villa. Lors du Concordat de 1801. Bonaventure Mathieu se trouva à la tête des prêtres jureurs, rebelles à l’évêque Arnaud-Ferdinand de Laporte.

Abbé TorkeiLes, Histoire du clergé dans le département des Pyrenées-Orientales pendant la Revolution française.

MATTES (Jean) naquit à Perpignan. le 24 février 1809. IL fit de solides études au collège de Perpignan et entra au Grand-Séminaire de cette ville, dont le nouvel évêque, de Saunhac-Belcastel, venait de faire la fondation. Les troubles survenus à la suite des journées de juillet 1830 ayant dispersé les élèves de l'école de théologie. Jean Mattes abandonna les études ecclésiastiques et se voua à la carrière de l'en-

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seignement. Il obtint d’abord la direction de l’école des enfants de la Miséricorde, et en 1833, à la suite de brillantes épreuves d’un concours heureusement soutenu, il fut appelé, comme professeur, à l'Ecole normale de Perpignan, qui venait de s'ouvrir sous la direction de Louis Béguin. Il publia successivement en 1866: Leçons pr'aliques de grammaire faites à l'école d'adultes de Perpignan dans lesquelles l'orthographe d'usage est enseignée au moyen de la langue catalane. ouvrage parliculièrement destiné aux ouvriers du déparlement, J.-B. Alzine, in-12 de 192 pages ; Pelite géographie du département des Pyrénées-Orienlales, rédigée d'après le nouveau programme d'enseignement adoplé par l'Universilé, Honoré Saint-Martory, 1866, in-12 de 88 pages. Ce dernier ouvrage a eu six éditions successives. Le 6 juin 1850, le Conseil municipal de Perpignan octroya à Jean Mattes et à Louis Béguin une médaille d’or, comme témoignage de gralitude pour les succès obtenus par leurs cours d'adultes durant les veillées d'hiver. Jean Mattes devint successivement inspecteur primaire à Prades et à Perpignan. Il mourut dans cette ville le 8 janvier 1891. Le 5 mars 1893 eut lieu l'inauguration d'un monument funéraire, élevé à sa mémoire, dans le cimetière de l'Ouest, de Perpignan. C’est un mausolée en pierre blanche, au sommet duquel est placé un médaillon où sont reproduits les traits de Jean Mattes. Les sculptures sont l’œuvre du roussillonnais Sudre.

Articles nécrologiques parus dans divers périodiques.

MAURE (Jean), bourgeois de Perpignan, était notaire dans cette ville, à l'époque de l’annexion du Roussillon à la couronne de France. sous Louis XI. Esprit souple et insinuant, il sut toujours, et en des temps difficiles, sauvegarder ses intérêts, en passant du parti du roi d'Aragon dans celui du roi de France. En 1466, il était secrélaire de la juridiction du trésorier royal et, à ce titre, était attaché à la confiscation des biens des rebelles catalans. En 1470, il devint contrôleur de la Procuration royale, et obtint la concession des revenus possédés en Cerdagne par les abbés de Santas-Creus et de La Portella. L'année suivante, Jean Maurc fut transfuge et prêta mille florins à Jean IT d'Aragon, qui se disposait à tenir les Cortes énérales à Perpignan. Ses biens ayant été confisqués par les Français. Jean Maure obtint successivement de la reine d'Aragon, Jeanne, le greffe de la Procuration rovale ct, de Jean IT, celui de la viguerie de Cerdagne. En 1476, il reconnût de nouveau la domination française, devint secrétaire du roi de France et acquit la seigneurie et le château de Sainte-Eugénie. Lorsque le Roussillon eut fait retour à la couronne d'Aragon, Ferdinand [" octroya des provisions pour maintenir Jean Maure en possession

de ce dernier fief. Jean mourut au commencement du xvi' siècle. Une rue de Perpignan porte son nom.

Archives des Pyr.-Or., B. 283, 292, 293, 296, 302. 326, 341, 343, 378, 408, 409, 410.

MEIRI (Menahem ben Salomon), fils de Salomon Meïri, de la famille Meïr, de Perpignan, est un des plus célèbres commentateurs parmi les Juifs du midi de la France. Son nom catalan était don Vidal Salomon. Il naquit, d'après son propre témoignage, qui se trouve à la fin de la préface du Beth abbehira, vers la fin (elut, septembre) de l’année 5009 A. M. 1249 À. L., et il mourut entre les mois d’ab et de schebat (juillet-décembre) de l’année 1306. Abba Mari de Lunel adressa une lettre de condoléances à la communauté juive de Perpignan. à l’occasion de la mort de Meïri. Outre le Belh abbehira, Meïri, qui fut enveloppé dans la querelle entre les défenseurs de la philosophie et les orthodoxes, composa un grand nombre d'ouvrages. dont Renan a donné une liste critique dans ses Rabbins français du commencement du XIV° siècle. D'ailleurs, la fameuse querelle agita violemment les esprils, au Call de Perpignan. On peut s’en convaincre par l'analyse que Renan a faite des lettres adressées par des catalans au rabbin Salomon ben Adret de Barcelone et autres.

P. Vipar, Les Juifs des anciens comlés de Roussillon el de Cerdagne.

MELAIR ou MELER (Jean-Jacques), architecte et sculpteur de Carcassonne, passa, le 27 novernbre 1675, avec le chapitre de Saint-Jean, un contrat par lequel il s'engagea à construire le retable des Saintes Julie et Eulalic, qu'on voit encore dans la cathédrale actuelle de Perpignan. La main-d'œuvre de ce monument coùûta deux cent quatre-vingt doubles ; en outre, le chapitre para à l'artiste soixantedix autres doubles pour la construction du piédestal. Le 23 juin 1677. l'ouvrage d'art fut transporté de Carcassonne à Perpignan et mis ensuite en place par un serrurier nommé Compter. Les deux tableaux des saintes Eulalie et Julie et de sainte Pétronille, qui céda la place de son ancienne chapelle aux deux patronnes du chapitre cathédral, furent exécutés à Rome dans le courant de l’année 1680.

Archives des Pyr.-Or., G. 353, 354.

MERCADER (Antoine), chevalier, originaire de Puigcerda, fut un des agents les plus dévoués à la politique de Louis XI. Ce prince lui confia d'abord le commandement des châtellenies de Bar, Aristotet le Vilar, puis en fit son conseiller, et le nomma enfin viguier et capitaine de Cerdagne. Antoine Mercader acquit les seigneuries des lieux de Bolquère, Err, Palau, Guils et autres, possédés par la reine de

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MERCADER — METGE

Navarre, vicomtesse de Gastellbo. Il mourut dès les premiers jours de l’année 1499, sans laisser de descendance directe. Son neveu, Jean Porcell, marchand de Perpignan, recueillit sa succession, à la date du 15 janvier 1499.

Archives des Pyr.-Or., B. 292, 316, 320, 322, 325, 341. — ALART,

Echo du Roussillon, 1863. — A. Puyou x SaronrT, Hijos ilustres de Cerdaña.

MERCADER (Archange), abbé commendataire de Saint-Michel de Cuxa, succéda à Henri de Cardone en 1539 et siégea jusqu’après l’année 1554, puisque le B avril de cette année, son procureur afferma le {erço que percevait le monastère de Sainte-Marie du Puy de France, au territoire de Bouleternère. Ce prélat signala le début de son administralion par un acte d’absolution portant amnistie générale des délits, en faveur de ses sujets, les habitants de Codalet. En 1542. Archange Mercader fut nommé sequestre royal des biens confisqués pendant la guerre et possédés par l'archevêque de Narbonne en Roussillon: la seigneurie de Pia, la prévôté de Garrius et le Mas de la Garrigue. Dans le courant du mois d'août 1545, un évêque, Pierre Gau, conféra les ordres majeurs à dix-huit ecclésiastiques dans l’église de Saint-Michel de Cuxa.

Archives des Pyr.-Or.. B. 365, G. 1051. — Foxt, Histoire de l'abbaye royale de Saint-Michel de Cura.

MERCER (Michel) était orfèvre à Perpignan en

MERCŒUR (Louis duc de), fils de César duc de Vendôme et frère du duc de Beaufort, naquit en 1612, et mourut le 6 août 1669, à Aix en Provence. Jusqu'à la mort de son père, survenue en 1656, il porta le litre de duc de Mercœur. Après avoir fait ses premières armes dans l'expédition de Savoie (1630), il servit en Flandre, et se distingua au siège d'Arras (1640),où. malgréune grave blessure, il resla, pendant quatre heures, exposé au feu des Espagnols. Bien qu'il n'eût pas été impliqué dans le procès intenté à son père, il s'éloigna de la cour et n’y reparut qu'à la mort de Richelieu, leur ennemi. Envoyé en Catalogne avec le titre de vice-roi et le commandement des troupes françaises qui opéraient dans celte province (4 et 5 novembre 1649), il eut d’abord à déjouer les intrigues d’un partisan de Condé, le comte de Marsin, qu'il fit enfermer dans la citadelle de Perpignan, puis il reprit Castel-Léon sur l'ennemi, et résigna ses pouvoirs faute de renforts suffisants pour se maintenir contre l'insurrection qui le menaçait (octobre 1651). IL commanda en 1652, en Prevence, y apaisa Les troubles, et se rendit maître de Toulon.

En 1656, il prit le titre de duc de Vendôme, passa en Lombardie, s'unit au duc de Modène pour s'emparer de Valence, et repoussa toutes les attaques du gouverneur du Milañais. Après la mort de sa femme (8 février 1657), il embrassa l’état ecclésiastique. Nommé cardinal par Alexandre VII (7 mars 1667), il reçut de Clément IX la charge de légat a latere en France, et tint eu cette qualité le grand dauphin sur les fonts baptismaux. De Laure Mancini, sa femme, qui était nièce de Mazarin, il eut trois fils: Louis, Joseph et Philippe.

HœrEr, Nouvelle biographie générale.

MESA (Bernard de), natif de Cordoue, religieux dominicain du couvent de Tolède, devint évêque de Tripoli. Le roi d'Espagne envoya ce prélat en ambassade en France, l'an 1510, puis le députa auprès du roi d'Angleterre pour traiter du mariage de l'infante Catherine avec Arthur, prince de Galles. Bernard de Mesa se trouvait à Londres. le 24 septembre 1516, époque à laquelle il fut pourvu de l'évêché d’Elne. À cetie même date, son procureur, le dominicain Pierre-Fernand Jehen quiétait aussi son compagnon de voyage, écrivit, de Londres, à Bernard Xanxo, le riche armateur perpignanais auquel l'architecture doit le riche hôtel gothique de la rue de la Mainde-Fer, pour lui déléguer ses pouvoirs. Bernard de Mesa se vit contester la possession de l'évêché d'Elne. Mais une lettre du lieutenant du Gouverneur de Roussillon, écrite le 2 mars 1517, décida qu'après les explications fournies par l'intéressé d’une part, le cardinal d’Arboree et le chapitre d’Elne de l’autre, Bernard de Mesa devait être confirmé dans la propriété de son siège épiscopal. La même année, Jules de Médicis, archevêque de Narbonne, obtint, du pape Léon X, la restitution de l’église d’'Elne à son légitime métropolitain. Mais cette disposition ne fut pas exécutée. Les différends qui existaient alors entre la France et l'Espagne, interrompirent de nouveau les recours à l’archevêché de Narbonne, et l'évêché d’Elne ne reconnut plus de métropolitain. Bernard de Mesa mourut en 1524 et fut enseveli dans un couvent de son ordre, à Tolède.

Archives des Pyr.-Or., G. 9. #8. — Marca hispanica, col. 1482. — Puicaart, Catalogue biographique des évêques d'Elne.

METGE (Jean-François) naquit à Caudebron (Aude) le 13 décembre 1821. Son père était à la tête d'une usine fort modeste qu'un incendie dévora en une nuit. Au lendemain de ce sinistre, l'ouvrier vint se fixer à Ria avec sa famille et y établit une fabrique de papier. Après avoir fait, comme élève externe, de solides études classiques au Petil-Séminaire de Prades, Jean-François Metge entra au Grand-Séminaire de Perpignan, le 1” octobre 1842. Ses progrès

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