MONTMORT
Habert de Montmort se préoccupa des moyens de procurer l'instruction religieuse au peuple qui lui était confié. Les constitutions synodales de 1692 firent une obligation aux curés de se servir provisoirement de la Praclica del catecismo romano y doctrina chrisliana, éditée à Madrid en 1640 et dont l’auteur était le savant Jésuite espagnol Jean-Eusèbe de Nieremberg. L'évéque d’Elne avait conçu le projet de doter son diocèse d’un catéchisme diocésain. La mort entrava ses desseins et son œuvre fut reprise et exécutée par son successeur Jean de Flamenville. C’est au crédit dont il jouissait auprès de Louis XIV, que la ville de Perpignan dût la réorganisation et la fondation définitive de l'hôpital de la Miséricorde qui, quarante ans après son ouverture, n’avaitqu'une existence nominale. L’'Evêque d'Elne. à la tête de son clergé, présida la grande procession qui eut lieu le jour de l'ouverture dudit établissement et où figurérent 360 pauvres habillés proprement de drap bleu. Le zèle et la charité qu’il avait pour ses prêtres ne lui fit pas oublier les intérêts spirituels de ses diocésains. Il aurait voulu que sa parole d’apôtre püût arriver jusqu'au dernier et au plus petit de ses enfants. Pour suppléer à son impuissance, il constitua par acte authentique, le 27 mars 1684, devant M° Joseph Marc, notaire apostolique et public de Perpignan, une rente perpétuelle de 2.000 livres pour fonder une mission qui devait être donnée tous les sept ans, pendant six ou sept semaines, aux diverses paroisses de Perpignan, par quinze missionnaires capucins. Cette dotation fut augmentée par M. de la Revertière, lieutenant du roi à Perpignan, par acte passé chez Ferriol, notaire. le 11 décembre 1685. L'histoire religieuse du diocèse a conservé le récit de plusieurs missions qui furent données en vertu de cette fondation et des merveilleux effets qu'elles produisirent dans la ville de Perpignan. Quelques années avant sa mort. Louis Habert de Montmort fut affligé de diverses infirmités, principalement de la perte de la vue qu'il supporta avec une patience exemplaire. Sa résignation à la volonté de Dieu était si grande que ce prélat répondait simplement aux personnes qui faisaient des vœux pour sa guérison que, si Dieu lui donnait à choisir, il demanderait à rester aveugle, car il savait ce qui convenait à sa conscience. Louis Habert de Montmort mourut d'une attaque d'apoplexie, le 23 janvier 1645, à Montpellier, où il était allé faire soigner ses yeux. Il n'était âgé que de cinquante et un ans. Son corps fut provisoirement enseveli dans l’église cathédrale de cette ville, et son cœur, porté à Perpignan, fut déposé dans la cathédrale Saint-Jean, près de l'autel des saintes Eulalie et Julie, du côté de l'évangile. Cette déposition se fit avec une pompe extraordinaire. Le P. Jutglar, de la Compagnie de Jésus. prononça une
magnifique oraison funèbre, mais son éloquence, observe le chroniqueur Coma, fut impuissante à consoler le peuple de la perte d’un prélat si aimable, auquel le ciel avait donné tant de grâces. Plus tard, les restes de Louis Habert de Montmort furent transportés de la cathédrale de Montpellier dans celle de Perpignan et déposés dans un superbe mausolée en marbre noir et blanc, élevé au milieu de la chapelle des saintes Eulalie et Julie, par les soins de Jean- Louis Habert, comte de Montmort, intendant des armées navales à Marseille, frère du défunt. Cette déposition eut lieu le 27 octobre 1700 avec une grande solennité. Sur le mausolée fut gravée l’épitaphe suivante: Hic jacet Ludovicus de Montmor, Ecclesiæ princeps, Elnensis episcopus, Henrici Ludovici Habert de Montmor filius, Parisinus, mortuus est annos nalus LI, die XXIII Januar. anno salutis MDCXCY. Le temps et les hommes ont respecté ce monument. Il constitue encore un des plus beaux ornements de la cathédrale de Perpignan. L’évêque. revêtu de ses ornements et de ses insignes pontificaux, est représenté couché sur une dalle, au-dessus d’un sarcophage à renflements arrondis, supporté par quatre lions. Cette œuvre remarquable appartient à l’école de sculpture fondée à Marseille par Pierre Puget. Elle a pour auteur un élève du grand artiste, Jean Caravaque, directeur à Marseille des ouvrages de sculpture des galères du roi. Son nom se lit, gravé en creux, sur la bordure du linceul sur lequel est placé le corps de l’évêque : J. CARAvVAQUE F. Sur un marbre scellé au mur à côté du tombeau, on lisait avant la Révolution, cette autre épitaphe: D. O. M. Ætlernæ memoriæ illustrissimi Ecclesiæ principis Ludovici Habert de Monimort, Elnensium episcopi, regi a sanctioribus consiliis el sanctæ fideiapud Ruscinonenses inquistloris generalis, qui morluus Montepessulano, in sud majori ecclesia Perpinianensi inhumari voluil, ut præsul el clerus, quomodo in vilä dilexerunt se, ia et in morte non sinl separali. Monumentum hoc el epitaphium posuil carissimus el amantissimus fraler Joannes Ludovicus Habert, eques, dominus de Monimor, regi a secrelioribus consiliis, rei judiciariæ, civilis el ærariæ, regis lriremibus, bellicis urbium arciumque monumentis in Gallo provincia prœfeclus generalis et in Aquensi suprema curia regis senalor, libellorumque supplicum in r'egia magisler.
Louis Habert de Montmort eut deux frères et deux sœurs : l'aîné, qui fut maître des requêtes, épousa une fille de Morin. décédé membre de l'Académie française ; Anne-Louise se maria à Barrillat. lieutenant général des camps et armées du roi ; Jean-Louis fut intendant des galères à Marseille et Claude- Magdeleine unit ses destinées à Derieu, maître d'hôtel ordinaire du roi. La famille Habert de Montmort est illustre par les alliances qu'elle a contrac-
MONTOLIU — MOSSET
tées avec les maisons célèbres comme celles de Rochefort, d’Estrées, de Charost, de Saint-Luc, d'Humières, de Pontchartrain, de Berighen, de la Vrillière, de Bailleul.
Archives des Pyr.-Or., G. 3, 14, 26, 167, 260. — J. D'Erxe (S. G. Mgr de Carsalade du Pont), Monseigneur de Montmort, portrait et notes biographiques, dans la Revue d'histoire et d'archéologie du Roussillon, t. III. — Coma, Nolicies de la iglesia insigne collegiada de Sant-Joan de Perpinya. — Puiceari, Catalogue biographique des évèques d'Elne. — Semaine religieuse de Perpignan, année 1889.
MONTOLIU (François de), prieur de l'église de Tortose, fut nommé à l'évêché d’Elne, le 18 avril 1352. Ce prélat recueillit, sur le siège d'Elne, la succession d'Etienne Malet que le Pape avait transféré le 15 février précédent à l'évêché de Tortose. Le 10 juin 1352, Pierre de Cadella, chanoine d'’Elne et prévôt de Baixas, prit possession de l'évêché d’Elne. au nom de François de Montoliu. Le 18 juillet 1353, le nouveau pontife conféra le titre de sacristain de Saint-Jean à Pierre Marti, chanoine de cette église. François de Montoliu porta des réclamations au trône de Pierre le Cérémonieux, roi d'Aragon, contre les membres du chapitre d'Elne. Ceux-ci portaient des atteintes à la mense épiscopale. Le roi avant reconnu le bien fondé de la requête de François de Montoliu, fit droit à sa demande et condamna les chanoines d’Elne. François de Montoliu mourut le 12 octobre 1354.
Archives des Pyr.-Or., G. 9. — Conrad Evuvsrr. Hierarchia catholica medii œvi.
MONTPALAU (Adhémar de), abbé de la Réal dès l’année 1404, occupait le siège abbatial en 1408, lorsque Pierre de Luna tint à Perpignan le concile auquel se rendirent les dignitaires ecclésiastiques de son obédience. Adhémar de Montpalau résigna sa prélature le 6 avril 1421, en faveur de Pierre Plassa, chanoine du monastère de la Réal, qui était aussi prieur de Castellnou. Il mourut le 7 novembre 1437.
Archives des Pyr.-Or., G. 387, H. 4.
MONTPALAU (François de), abbé du monastère bénédictin de Saint-Etienne de Bañolas (Espagne), prit parti pour la domination française de Louis XIV, et se vit attribuer, par ce souverain, de multiples biens, domaines et propriétés de catalans qui optèrent pour la nationalité espagnole. Le roi de France le pourvut de l’abbave de Cuxa et de tous les bénéfices bénédictins occupés par les religieux domiciliés de l’autre versant des Pyrénées.
Archives des Pyr.-Or.. B. 394, H. 68.
MORA-CATA DE SALELLES (Joseph de), régisseur perpétuel et héréditaire de la ville de Barcelone, obtint de Louis XV, le 7 septembre 1749,
l'érection en marquisat de la baronnie de Lio dont il était le détenteur. Le premier marquis de Lilo, qui était un fin lettré, devint directeur de l’Académie royale de Barcelone. A ce titre, il accorda l'autorisation à Antoine del Duque, le 20 juin 1756, de réimprimer l'ouvrage historique sur la Vierge et l'ermitage de Nuria, écrit anciennement par un prêtre originaire de Llivia, ayant nom François Mares. Doué d'un réel talent d'épigraphiste, Joseph de Mora-Cata de Salelles déchiffra, en 1755, les caractères etle millésime gravés autour de la célèbre cloche de ce sancluaire si fréquenté. Leur vétusté. les avait rendus illisibles au vulgaire; mais en cette année. le marquis de Lio, dans un de ses pèlerinages à Nuria, se fit descendre la cloche, et y lut la légende qui court le long de la bordure et la date : 618. Il fut aussi un bienfaitcur insigne de cet ermitage. IL y fit la fondation d'une mission annuelle qui allait du 14 août au 14 septembre. Un membre de la famille Mora-Cata de Salelles occupait la seigneurie de Llo, lors de la venue de la Révolution française.
Archives des Pyr.-Or., B. 403. — Abbé J. Capetuir. Précis historique sur la seigneurie de Lilo.
MOREY (Galcerand), acheta au roi Pierre IV le Cérémonieux la seigneurie de Laroque-des-Albères. Ce chevalier équipa une galère qu'il fit armer pour le service de l'infant Martin d'Aragon et passa en Sicile avec ce prince. Galccrand Morey paraît être mort dans ce pays ; il ne laissa que deux filles, Marie et Françoise. Celles-ci étaient mineures au moment de son décès.
Archives des Pyr.-Or.. B. 121, 154, 190, 292.
MORICEAU est l’auteur d’un ouvrage intitulé : Mémoire au Roi louchant la contestation entre la noblesse el les bourgeois honorés de Perpignan, Paris, Perpignan, 1769, 1771, in-4°.
FourQuET, Catalogue des livres imprimées el manuscrits de la bibliothèque communale de Perpignan.
MOSSET (Adhémar de), chevalier, seigneur et baron de Mosset, lieutenant du roi en Cerdagne, ami et homme de confiance de Philippe de Majorque, tuteur du roi Jacques. fut charsé des délicates fonclions de nourricier de Jacques IL. Il obtint. en récompense de ses services. le 27 juin 1330, la possession des seigneuries de Montesquieu. La Roca. Nidolères. Le Volo et San Marti sur Tet: il tenait aussi du roi la seigneurie de Mosset qui avait appartenu à la famille de Canct jusqu'en 1318. date à laquelle Guillaume de Canet la vendit à Guillemet de Narbonne, qui l'échangea Le 11 février 1330 avec le roi de Majorque contre d'autres fiefs. Adhémar de Mosset à joué
‘OI LA k *« [1 L] un role important à la cour du roi de Majorque
comme conseiller royal, confident de Philippe de Majorque, inspirateur de son mysticisme, et il est surtout connu par le procès d’inquisition qui lui fut intenté sous l’inculpation de béguinisme en 1332, sur l’ordre du pape Jean XXII et à la requête du roi. Le béguinisme fut un mouvement hétérodoxe qui, durant tout le xur° siècle, mit aux prises les adeptes de l'idéal franciscain : les uns, les mystiques, les spirituels, partisans de la pauvrelé absolue, allant à la mendicité effective ; les autres, plus pratiques, préférant l'existence régulière des moines. La papauté fut amenée, pour des motifs religieux et politiques, à prendre parti contre les mystiques. Le 17 février 1317, Jean XXII lança une bulle tenant pour hérétiques tous les béguins, frères du tiers-ordre, adeptes de la pauvre vie, qui, dans leur exaltation, avaient taxé le pape d’hérésie. Vingt-cinq furent livrés à l’Inquisition ; quatre furent brûlés à Marseille et aussitôt honorés comme martyrs. La répression s'étendit à Narbonne, Béziers, Carcassonne et Toulouse. Ce conflit, d'ordrethéologique, faillitavoir un grave écho au temporel, par l'alliance des révoltés, représentés par Michel de Césène., avec Louis de Bavière qui entraîna les clercs schismatiques, se fit couronner empereur à Rome. déposa le pape légitime et intronisa un antipape dans la personne du franciscain Pierre de Corvara (12 mai 1328), papauté clandestine qui prit fin en août 1330. Pour expliquer le procès intenté à Adhémar de Mosset, procès qui intéressa les plus hautes personnalités, le pape qui en fixa la procédure, le roi et la cour qui intervinrent directement, il faut remonter aux relations de l’inculpé. Adhémar était le conseiller intime de Philippe de Majorque, tuteur du roi, et Philippe, ascète de sang royal, était lui-même à la tête des béguins et mystiques du royaume. Fils, frère et oncle des rois de Majorque et régent pendant la minorité de Jacques IT, ce prince avait la pauvreté pour idéal. De mœurs austères. il passa la moitié de sa vie à côtoyer le schisme et l’hérésie, entrant en lutte avec les papes qui ne voulaient pas autoriser la fondation de l’ordre de béguins qu'il rêvait. Dédaigneux du pouvoir, il avait refusé les honneurs. l’action politique et n'avait accepté la tutelle du roi que par devoir de famille. Saisi tout à coup de la nostalgie de la vie érémitique, il quitta brusquement la Cour en 1329, se réfugia à Naples auprès de sa sœur Sancia et de son beau-frère Robert, se démit de ses riches bénéfices, accentua son opposition à l'autorité hiérarchique. et osa prêcher contre le pape. Lui parti, les béguins. dont il était l'âme et l'appui en Roussillon, se trouvèrent à la merci des représailles. Le roi Jacques IT. libéré de la tutelle qui aurait dû prendre fin en 1335, ordonna les poursuites et on suppose qu’il voulut prendre sa revanche des
MOSSET
de Mosset au temps où il était son «nourricier ». Quoi qu'il-en soit, c'est contre Mosset que se portèrent les premiers efforts de Gui de Terrena que Jean XXII venait de nommer évêque d'Elne. Adhémar n'avait point quitté la Cour après le départ de Philippe de Majorque, mais il s'était retiré à la suite de discussions survenues avec le roi au sujet de la condamnation des béguins. Fidèle à son protecteur absent, il ne cessait de le défendre et de blâmer le roi pour les persécutions qu'il méditait. La citation lancée par l'évêque d'Elne ne le surprit pas. En décembre 1332, il s'était déjà présenté spontanément devant le lieutenant de l’inquisiteur, à Perpignan, pour lui dénoncer l’hérésie du franciscain Guillem Espitalier, son confesseur, et se mettre sans doute personnellement à couvert. Dès qu'il eût reçu l'ordre de comparaître en février 1333, il partit pour Avignon, afin d’en référer au pape. Les explications qu'il fournit eurent pour résultat de suspendre l'effet de la citation épiscopale. Le pape voulut faire procéder à une enquête sous ses yeux et le 27 février il confia à Jacques Fournier, cardinal de Sainte Prisque, le soin de la mener. La papauté cherchait alors à ruiner l'influence de Philippe de Majorque. Elle tenait à suivre le procès et à s'assurer des amis du prince transfuge. Le chevalier roussillonnais comparut le 3 mars. On lui exigea le serment en lui précisant les points sur lesquels il devait jurer de dire la vérité : hérésie des béguins, dont on le disait suspect, blasphèmes contre l'Eglise et le pape, fréquentation des hérétiques, lecture de leurs livres, vénération de leurs saints, secours à leurs sectaires. Le lendemain, Adhémar de Mosset remit au cardinal un mémoire écrit dans lequel it professait le plus pur catholicisme. Dans sa déposition, il plaida sa bonne foi et son ignorance dansles rapports qu'il avait eus avec les béguins et en particulier avec Philippe de Majorque. Le juge. dans un interrogatoire en vingt-quatre articles. fit de l'erreur un exposé qui est un document très important pour l'histoire de l'hérésie des béguins. Ce document dont l'original fut trouvé dans le chartrier de l'archevèché de Narbonne existe en copie à la bibliotheque de Toulouse (n° 625, 626, ʰ 565 à 578). Il aurait fallu entendre des témoins et on était trop éloigné de Perpignan. Mais comme l'évèque d'Elne instruisait de son côlé la même affaire, on lui demanda communication du dossier. Le roi s'intéressait au procès, il écrivit deux fois à Avignon pour s’en informer. Jean XXII répondit le 31 mars 1333. en remettant ses explications à l'entrevue qui devait avoir lieu à Avignon, à bref délai. Le roi insista pour que le procès suivit son cours à Perpignan. Le pape décida, au contraire. qu'il serait continué à Avignon, et le 4 juillet, le cardinal Fournier somma l'évêque
mauvaistraitements que lui aurait fait subir Adhémar | d'Elne d'envoyer sa procédure. [ dossier d'Elne
MOYNIER — MULI
comprend deux parties : l'acte d'accusation dressé par le roi de Majorque et l'information testimoniale reçue par l’évêque. Les charges en dix-sept articles sont écrasantes. Mosset a tenu contre le pape, ennemi de Philippe de Majorque, des discours hostiles ; il a fréquenté l’infant et blâmé ses persécuteurs ; il est le plus chaud partisan du prince béguin ; il s’est réjoui de l’équipée schismatique de Louis de Bavière ; il considère l'épiscopat comme un état de damnation. Toute la Cour de Perpignan défila à la barre et Le roi en personne déposa contre le chevalier de Mosset. Deux messagers, procureurs épiscopaux, avaient été chargés de porter le dossier à Avignon et attendaient l'issue. La procédure fut courte. L'accusé nia tout ; mais ses révélations sur les dessous de l'affaire donnèrent sans doute à réfléchir. Les témoins ne pouvant être confrontés à Avignon, on décida de renvoyer le procès à Elne ; toutefois. Jean XXII prit la précaution d’adjoindre à Gui de Terrena, Jean de Vissec, évêque de Maguelonne, chargé de ses instructions. On commençait à soupçonner le roi, sinon d'une machination de coterie, du moins de zèle suspect. La procédure traïna alors en longueur et le 43 janvier 1534, l'évèque de Maguelonne étant absent, fut remplacé par Hugues Auger, chanoine de Narbonne. La conclusion du procès n'est pas connue. On sait seulement que deux ans après, le cardinal Jacques Fournier, élu pape en 1334. sous le nom de Benoît XII, accorda à Adhémar de Mosset, et à sa femme Bérengère, l'indulgence in articulo mortlis, faveur accordée seulement aux parfaits catholiques, non suspects d’hérésie. On en peut conclure que si le procès n’aboutit pas à un acquittement, la culpabilité du seigneur de Mosset s'en dégagea si atténuée que les juges n'édictèrent que des peines légères, courtes et non infamantes ; l’adjonction d'un juge impartial le faisait d’ailleurs pressentir. À la chute de la dynastie majorquine, Adhémar de Mosset adopta le parti du roi d'Aragon Pierre le Cérémo-
nieux. Ce prince nomma une commission de cinq chevaliers au sein de laquelle siégea Adhémar de Mosset. Elle avait pour mission de dresser un règlement fixant le salaire des châtelains du Roussillon. Adhémar de Mosset avait épousé Bérengère qui ne lui donna qu'une fille. laquelle se maria à Arnaud de Saga. Adhémar de Mosset légua à ce dernier la baronnie de Mosset, par testament du 30 décembre 1355 et Lui substitua Béatrix de Saga. Béatrix unit ses destinées à celles de Bérenger d’'Oms. Le 28 avril 1374, Bérenger d'Oms et Béatrix de Saga. sa femme, vendirent la baronnie de Mosset à André de Fenouillet, vicomte d’Ifle et de Canet, pour le prix de neuf mille livres barcelonaises de tern. André de Fenouillet, par testament du 4 juillet 1386, légua ce fief à Huguet de Santa-Pau, deuxième fils de Hugues de Santa-Pau et de Béatrix de Ribelles.
Archives des Pyr.-Or., B. 15, 16. 17, 100, 110, 161, 190. — Abhé Jean-Marie Vipas, Procès d'inquisilion contre Adheémar de Mosset, noble roussillonnais, inculpé de béguinisme, dans la Revue de l'histoire de l'Eglise de France, année 190, — Communication obligeante de M. Clément de Lacroix.
MOYNIER (Jean-Baptiste) naquit à Ille en 1756, fut élu député du Tiers-Etat aux Etats généraux. Il ne voulut pas accepter le mandat qui lui était offert et, après avoir fait partie du Conseil du département, devint procureur-général-syndic en 1792, président du Comité du Salut public départemental vers la fin de 1793. et administrateur du district de Prades après la Terreur. Jean-Baptiste Moynier fut président de l'administration municipale d'Ille sous le Directoire et percepteur sous l'Empire. Ïl mourut en 1837.
Mémoires de Jaume.
MULI (Pierre), chanoine d'Elne, remplit la charge de doyen de Roussillon et de Vallespir, depuis l'année 1324 jusqu'en 1370.
Archives des Pyr.-Or., G. 113.
NABARRA fondit. en 1758, avec François Caula, une cloche pour l'église de Vernet-les-Bains.
PALUSTRE, Quelques noms de fondeurs de cloches roussillonnais.
NADAL (Pierre) fut procureur royal de Roussillon et Cerdagne, sous le règne de Pierre le Cérémonieux.
Archives des Pyr.-Or., B. 101.
NARBONNE (Pons de) était archidiacre d’Elne en 1213.
Archives des Pyr.-Or., G. 805.
NARCISSE DE SAINT-DOMINIQUE (Frère) né à Perpignan, entra dans l’ordre des Carmes déchaussés et devint prieur du Cardon. Il fit imprimer à Perpignan en 1722, une Oracio, en l'honneur du roi Louis XV, et mourut dans sa ville natale.
TORRES-AMAT, Diccionario critico de los escrilores catalanes.
NAUDO (Paul) naquit aux Angles, le 22 octobre 1794. Le nom qu'il avait reçu de la naissance aurait pu rechercher dans le monde un prestige qui ne laisserait pas d'éblouir ; son bisaïeul avait appartenu à la grande noblesse d'Espagne, sous le titre de duc de Vène. Quoique respectable. sa famille vivait dans une médiocre aisance : dans son enfance, Paul Naudo apprit à lire en gardant les troupeaux dans le bac de Llivia, les forêts de Font-Romeu et de la Matte. Au sein du foyer domestique vivait un de ses oncles, vétéran du sacerdoce de l’ancien régime. Celui-ci, discernant les heureuses dispositions du Jeune berger, lui enseigna les rudiments de la latinilé, de concert avec deux autres enfants du village. Les progrès de l'adolescent furent si rapides, qu'il ne tarda pas à devenir le second maître de ses condisciples. À seize ans, sa carrière des belles-lettres était déjà parcourue. Obligé de se fixer à Carcassonne pour couronner ses études d'instruction secondaire, le brillant élève connut toujours les mêmes succès. Lors du concours d'admission au Grand-Séminaire il conquit le premier rang, qu’il ne perdit jamais plus dans le cours de ses classes. Au sortir de l'étude de la philosophie, Arnaud-Ferdinand de Laporte
lui avait offert d'enseigner cette science aux élèves de son Grand-Séminaire. Par raison de santé, l'abbé Naudo ne put accepter les avances si flatteuses de ce pontife. Plus tard il se rendit aux désirs de son évêque, et durant six ans (1818-1824) enseigna successivement la philosophie et la théologie aux lévites des deux diocèses de Carcassonne et de Perpignan. L'abbé Naudo ne se renferma pas dans le cercle des seules sciences ecclésiastiques. La physique, la chimie, l'astronomie et la botanique avaient de l'attrait pour lui. Il suivit personnellement à l'Université les cours professés sur ces sciences exactes par des maitres éminents, et rapportait ensuite à ses disciples le fruit de ses investigations et de ses labeurs. Le 19 novembre 1823, Jean de Saunhac-Belcastel fut désigné par Léon XII pour occuper l’antique siège d'Elne, resté sans titulaire depuis la mort d'Antoine d'Esponchez (1801). Aux termes du concordat de 1817, le diocèse de Perpignan devait vivre de sa vie administrative, indépendante de celle de l’évêché de Carcassonne. Le nouveau pontife mit l’abbé Naudo, à peine âgé de trente ans, à la tête de son nouveau Grand-Séminaire, tandis qu'il appelait l'abbé Birotteau aux fonctions de vicaire-général. Pour assurer le recrutement des vocations sacerdotales, l’abbé Naudo dut chercher un établissement qui abriterait à la fois les élèves du Grand et du Petit Séminaire. Il jeta son dévolu sur un pensionnat d'instruction secondaire, qui était établi à Prades, dans les locaux d'un ancien couvent de Capucins. Un traité fut conclu en 1825 entre la municipalité pradéenne et l'administration épiscopale. Au mois d'octobre de cette même année, le nouveau séminaire diocésain ouvrit ses portes aux lévites de Perpignan. Dès le 10 mai de l’année suivante, Jean de Saunhac-Belcastel bénit et posa la première pierre d’un Grand-Séminaire sur l'emplacement de l’ancien cimetière de l'église cathédrale Saint-Jean. L'abbé Naudo y avait installé depuis peu de temps les élèves confiés à ses soins ; la révolution de juillet 1830 vint les en chasser brutalement. Une foule en délire s'était portée à cet établissement, avait enfoncé les portes, pillé les chambres, saccagé la chapelle et la bibliothèque. Le
calme revenu, l’abbé Naudo retourna à son poste
NAUDO
d'honneur et de confiance. En 1831. Jean de Saunhac le nomma vicaire-général. Après avoir refusé le siège épiscopal de Clermont en 1833, Paul Naudo se vit forcé, un an après, de monter sur celui de Nevers, que Louis-Philippe lui offrit le 22 juin 1834. Une bulle de Grégoire XVI, du 30 septembre 1834, le préconisa évêque de Nevers. en remplacement de Douhet d’Auzers, décédé le 9 février précédent. Sacré à Paris, le 9 novembre suivant, il fit son entrée solennelle à Nevers le 11 décembre 1834. En arrivant dans son diocèse, le nouvel évêque ne tarda pas à conquérir les sympathies générales. [l v créa des œuvres qui témoignèrent à la fois de son zèle et de son activité. Les cadres du personnel ecclésiastique étaient composés en majeure partie de prêtres originaires de contrées voisines ou étrangères au Nivernais. Il parcourut lui-même les plaines et les montagnes boisées de cette région et multiplia les vocations sur son passage. En peu de temps il mit son diocèse au rang le plus distingué dans les états de services rendus à l'œuvre de la Propagation de la foi. IL rétablit les conférences ecclésiastiques dans les doyennés, bâtit ou releva plus de cinquante églises ou chapelles. Grâce à son crédit et à ses libéralités, d'importantes réparations furent exécutées à la tour de la Cathédrale, ainsi qu'à quelques édifices religieux, remarquables par leur architecture. La ville de Clamecy lui dut son salut dans une circonstance critique. En 1837, lors de l'apparition des nouveaux poids et mesures, la cité s'était emplie de tumulte ; les habitants se refusaient à agréer l'innovation gouvernementale du système métrique. Le préfet du département, un général de division, plusieurs brigades de gendarmerie, huit escadrons de cavalerie, un bataillon de ligne étaient sur les lieux où quatre mille rebelles s'étaient portés. attendant l'heure du marché. Pour calmer l'effervescence, on eut recours à la médiation de l'évêque de Nevers. Celui-ci alla le long des groupes. porta çà et là des paroles qui provoquèrent la confiance et abattirent les colères. Le conflit cessa, grâce à la puissance pacificatrice de la religion personnifiée dans le doux et aimable pontife. L'année d'après, aux élections de 1838. Paul Naudo eut à se jeter entre les armes déjà fumantes de deux duellistes. Sans son intervention, la préfecture de Nevers n'aurait revu le soir que le cadavre de son chef, M. Badouix, ou un homme public couvert du sang d'un autre homme public. Le préfet de la Nièvre ayant reçu un soufflet de la main de l’un de ses électeurs, avait envoyé un cartel à celui-ci. Par son entremise conciliatrice, Paul Naudo parvint à empêcher toute effusion de sang. Le département se montra Justement reconnaissant de tels services. Tous les ans, le Conseil général votait, par une adresse à son évêque, la gratitude du pays. Louis-Philippe
lui avait aussi décerné la croix de la Légion d'honneur. En récompense de huit années d’un si fécond épiscopat dans le diocèse de Nevers, la nonciature, d'accord avec le gouvernement français, éleva Paul Naudo à la dignité archiépiscopale, sur le siège d’Avignon. Nommé le 12 juin 1845 et préconisé le 31 août suivant, Paul Naudo arriva dans sa ville métropolitaine le {1 octobre de cette même année. Sa figure était demeurée très jeune. Sous une chevelure abondante et poudrée à frimas, un large front. éclairé par des yeux brillants et rieurs qui illuminaient, d'un rayon d'intelligence et de douce malice, sa physionomie calme et grave. L'ensemble exprimait une honhomie indulgente. Il parlait avec facilité. mais sans hâte. Le charme qu'il exerçait, même sur les moins bien prévenus, venait autant de son esprit vif, fécond en anecdotes, en mots heureux, en saillies inattendues, et en réparties pleines de finesse, que de sa nature morale. On le sentait épris du vrai et du bien. Il se passionnait en présence du beau qui lui était révélé et son ardeur était contagieuse, comme sa constante belle humeur était communicative. Le chanoine Voillot, qui avait longtemps vécu dans son intimité et dont le térmoignage nous est, à ce titre, précieux, faisait de l'archevêque d'Avignon cet éloge : « Tous ceux qui l’approchaient aimaient à ne voir en lui que l’homme aimable et saint ; il y avait, en toute sa personne, comme un reflet des qualités du cœur qui effaçait toute autre idée, toute autre impression à son aspect. » L’archevêque d'Avignon se trouvant à Paris. en 1845, fut prié de présider un sermon de charité que prêchait Lacordaire. dans l'église Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Paul Naudo siégeait au banc de fabrique, ayant à sa droite l’évêque de Tulle et à sa gauche un autre prélat, Mgr Marguerie. Durant le discours. ce dernier se penchait fréquemment sur l'épaule de l’archevêque d'Avignon et lui transmettait ses impressions. Paul Naudo demeurait impassible, ou ne répondait que par monosyllabes. Sa physionomie traduisait le sentiment du respect qui l'animait pour le lieu saint. Le prélat métropolitain distribua sans compter les ressources de sa cassette entre la maîtrise de la cathédrale, les lévites de ses séminaires. les écoles, les maisons de secours et les nécessiteux de l’archidiocèse. IL prit une part active au mouvement qui sc dessinait en France, à cette époque. contre le monopole de l’enseisnement universitaire. De concert avec ses suffragants, il adressa un Mémoire au ministre de l« justice el des culles en faveur de la liberté d'enseignement. 1 est aussi l’auteur d'une Défense des religieuses hospilalières de Saint-Joseph d'Avignon, parue sous forme de Mandement. Cette œuvre pastorale, publicte en 80 pages in-4° à l'occasion de l'expulsion de ces sœurs de l'Hôtel-Dieu, qu'elles desservaient depuis
deux siècles, demeure comme un chef-d'œuvre.
Leurs iniques adversaires demeurèrent confondus à la suite de la flétrissure que leur infligea le ferme et courageux archevêque, Paul Naudo. La collection de ses mandements, lettres pastorales ou circulaires s'élève au chiffre de quarante-huit opuscules ; dans ce nombre. vingt-cinq furent publiés à Nevers et vingt-trois à Avignon. Le jour de Pâques, 23 avril de l’année 1848, Naudo succomba, sur l'autel, à une attaque d’apoplexie, vers la fin de la messe pontificale qu'il célébrait à Notre-Dame des Doms, son église métropolitaine. On grava sur son tombeau l'inscription suivante, résumé fidèle de sa carrière et de ses vertus :
Hic resurrectionem expectat Ilustr. et reverendiss. in Christo pater Paulus Naudo.
Avenionensis archiepiscopus, domo Ruscinonensis Vix trigesimum annum agens seminario suæ diæcesis præpositus, Episcopus primum Nivernii, postea ad hancce sedem translatus, ° Doctrinà pietate cœterisque virtutibus clarus. Die sancto Paschæ XXII mens. april.
Anno MDOCCCXLVI Sacra solemniter peragens.
Post sumptam quasi in viaticum propriis manibus communionem, Velut fulmine tactus, exanimis cecidit, Omni populo circumstante, attonito et lugente. __Vixit annos LTIT, mens. VI.
Beati qui in Domino moriuntur.
Le tableau sur lequel sont reproduits les traits de Paul Naudo, au Musée de Pervignan, est l'œuvre du peintre Billet. [1 a été exécuté d'après une lithographie du roussillonnais Jacques Llanta. Ses armes étaient : d'azur à un ancre d'argent, au chef cousu de gœueules, chargé de trois croix patliées et arrondies d'argent, avec la devise en exergue: /n le Domine speravi.
Abbé VoiLzor, Oraison funeébre de Mgr Naudo, archevèque d'Avignon, prononcée le 7 juin 1848, dans la Metropole, petit in-12. 48 p. — Abbé CoLouenr, Vie de l'abbé Jean-François Metge. — Pisani, L'Episropal francais depuis le Concordat jusqu'à la Séparation. — Abbé J. CavEizrr, Figures d'éveèques roussillonnals.
NAVARRE (Pierre), sculpteur. construisit le retable actuel du maïître-autel de l'église d'Elne en 1723. En 1739, il passa un traité avec l’ingénieur en chef pour la construction d'un autel, d'une statue de saint Louis et autres objets d'ameublement destinés à la chapelle de l'hôpital militaire de Collioure.
Archives des Pvr.-Or.. C. 204, G. 111.
NAVARRO (Bernard) naquit à Perpignan en 1561. [Il entra dans l'ordre des Augustins, y fit ses vœux en 1583, fut lecteur de théologie dans le couvent de son ordre à Barcelone, en 1590, et devint lecteur de l'Ecriture-Sainte dans la cathédrale d'Urgel