ORIS — ORRY
était établi à Barcelone, dès l’année 1632. En 1660, il chargea son procureur de prendre possession en son nom des lieu, terroir et juridictions de Néfiach ainsi que des droits qu'il possédait sur Vinça. François- Jean de Oris figura dans les rangs des nobles catalans présents à l’armée de Dalmace de Quéralt levée en 1639. Le 21 août 1653, Louis XIV fit donation de rentes sur les biens de François de Oris en faveur de Michel de Tamarit, damoiseau de Barcelone. François de Oris contracta mariage avec N. Puigjaner, de Barcelone, et de cette union naquit Charles, qui possédait des fiefs à Néfiach et à Vinça, au début du xviu' siècle. Anne de Descallar, femme de ce dernier, était veuve en 1745.
Archives des Pyr.-Or., B. 390, 394, E. (Titres de famille), 516.
ORIS (Rochafort de), fils cadet de Martin-Jean de Oris, était déjà fixé à Millas en 1571. Il testa dans cette localité, cette année-là. Il avait épousé Guiomar de Llordat qui vivait encore en 1600, après avoir mis au monde cinq enfants: Arnaud, Jérôme, Marie- Anne, Thérèse et Anne.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 516.
ORIS (Jérôme de), fils et héritier du précédent, se maria à Paule de Meca, qui était veuve en 1603. Ün fils, Jean, était issu de leur union. Il épousa, en 1636, Hélène d'Alemany de Bellpuig. fille de Charles d’Alemany de Bellpuig, seigneur de Tortella, au diocèse de Gérone.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 516.
ORNACH (Pierre d’) fut nommé abbé de Saint- Michel de Cuxa en 1482 et régit durant onze années ce monastère. Avant lui, le siège abbatial était resté vacant pendant quatorze ans. À la mort de Pierre d'Ornach, l'abbave de Saint-Michel de Cuxa fut donnée en commande à César Borgia.
FoxrT, Hisloire de l’abbaye royale de Saint-Michel de Cura.
ORNOS (Georges) occupait l'archidiaconé d’Elne en 1416. Le 18 mars 1416, après la renonciation à l'obédience de Benoît XIII, prononcée au commencement de cette année par saint Vincent Ferrier, le roi d'Aragon avait nommé Georges Ornos au grand archidiaconé d’Elne. Ce prince lui avait intimé, en même temps, l'ordre de méconnaître la juridiction de Pierre de Luna. Les partisans de Benoît XIII créèrent des embarras à Georges Ornos, et Ferdinand I" dut couvrir de son autorité l’archidiacre d’Elne.
Archives des Pyr.-Or., G. tt.
ORRY (Philibert), comte de Vignori, financier et ministre français, né à Troyes, le 22 janvier 1689, mort au château de La Chapelle, près Nogent-sur- Seine, le 9 novembre 1747. Il descendait de Marc Orry, qui avait été libraire à Paris et duquel il avait emprunté les armoiries : de pourpre à un lion d'or, rampani et grimpant sur un rocher d'argent. Son père était Jean Orry, directeur général des finances espagnoles. Sa mère, d'une famille bourgeoise de Beaune, se nommaïit Jeanne Esmonvyn. Philibert Orry entra d’abord comme cornette dans un régiment de cavalerie ; mais il quitta bientôt le service pour acheter une charge de conseiller au parlement de Paris, et il devint maître des requêtes en 1712. Dix ans après, il obtint l’Intendance de Soissons, d’où il passa à celle de Perpignan le 26 juillet 1727. Il recueillit la succession de François Legras, seigneur de Luart, qui venait d'être nommé ambassadeur à Constantinople. Philibert Orry a laissé son nom à une digue de 1100 mètres en amont et 400 mètres en aval, du pont dit de Pierre, à Perpignan. Ce travail fut exécuté pour contenir les eaux de la Tet, qui, à la moindre crue, se déversaient vers le nord et causaient des dommages incalculables aux terres de la vaste plaine, entre cette rivière et l’Agly. Cette digue mesurait 20 mètres d'épaisseur et 2° 66 d’élévation, avec un talus au double du côté des terres. Orry fut nommé à l’Intendance de Lille, au mois de septembre 1729, et, le 20 mars de l'année suivante, le roi l’'appela à l'emploi de contrôleur général des finances, que laissait vacant Le Peletier des Forts. Le cardinal de Fleury cherchait à rétablir l'ordre dans les finances par des économies ; il redoutait les hommes à projets, à expédients. Sous ce double rapport, Orry devait complètement remplir ses vues; on voit peu d'exemples d'une administration où les dépenses inutiles aient été combattues avec autant de persévérance. Le contrôleur général allait sur ce point jusqu’à lutter contre le roi lui-même. « Sire. dit-il un jour à Louis XIV, pendant la guerre 1701, j'ai fait l'aumône. sous les murs de Versailles, à des hommes portant la livrée royale, et je ne voudrais pas qu’il enarrivät autant sous mon administration. » Cependant, les guerres des successions de Pologne et d'Autriche obligèrent le gouvernement français à recourir aux emprunts. aux créations d'offices, etc. On compte que, sous Orry, les charges annuelles du trésor furent augmentées de 18 millions. Ce ministre ayant projeté d’abolir certains droits d'exportation, ilamena les fermiers généraux à en faire d'eux-mêmes la remise un an avant l'expiration de leur bail (1744). Ïl eut aussi, dit-on, l’idée d'établir la taille d’après les plans de l’abbé de Saint-Pierre ; mais la difficulté des circonstances l'y fit renoncer. Orry ne s'était pas marié; il habitait avec son frère, Orry de Fulvy,
ORSÉOLO
auquel il avait fait obtenir une place d'intendant des finances, l'hôtel de Beauvais, rue Saint-Antoine, à Paris, qu'il avait hérité de son père. Tout entier à ses fonctions, il n’imposait aucune contrainte à la rudesse de ses manières. M”° d’Etioles (depuis de Pompadour), qui, d’après les bruits de la cour, était depuis peu de temps la maîtresse du roi, vint lui demander une ferme générale pour son mari. « Si ce qu'on dit est vrai, lui répondit le contrôleur général, vous n'avez pas besoin de moi; si ce n’est pas vrai, vous n'aurez point la place. » Il fut nommé conseiller d'Etat à vie en décembre 1730, ministre d'Etat en 1736, et, la même année, le roi lui donna la direction générale des bâtiments, arts et manufactures. En cette dernière qualité, il fit rétablir au Louvre les expositions annuelles de peinture et de sculpture, suspendues depuis 1704. Il accorda des pensions à plusieurs artistes, au peintre Natoire, entre autres, et au poète Gresset, qui lui adressa une épître de remerciements. Pourtant, les musiciens de la reine étant venus réclamer le payement arriéré de leurs gages, Orry les reçut fort mal : « Qu'ils me laissent en repos, s'écria-t-il, j'ai sur les bras, en Bohème, une musique qui presse bien davantage. » Ses compatriotes eurent aussi à subir ses boutades. Lors d'une famine qui désola Troyes en 1740, cette ville députa deux de ses conseillers vers le contrôleur général pour en obtenir des secours. Le ministre les accueillit bien d’abord; mais, s'étant mis à énumérer les moyens de leur venir en aide, il se leva brusquement et leur tourna le dos en disant : « Etes-vous donc faits, vous autres, pour entendre ces matières-là ! » Orry fut disgracié par l'influence de M°*° de Pompadour. Machault lui succéda au contrôle général des finances, le 6 décembre 1745, et Le Normand de Tournechem, parent de la favorite, le remplaça comme directeur général des bâtiments. Il se retira dans sa terre patrimoniale de La Chapelle, en Champagne, où il mourut deux ans après.
HœrEr, Nouvelle biographie générale. — DE GazANYoLA, Hisloire du Roussillon.
ORSÉOLO (Saint Pierre), issu de l’ancienne famille des Ursins de Rivo-Allo. naquit à Venise, en 928. L'histoire ne fournit aucun détail biographique sur son père : on sait toutefois que Pierre Orséolo était âgé de quatre ans, lorsque Orso Participace abdiqua le dogat pour finir ses jours dans un monastère. Le chroniqueur Dandolo montre le jeune saint uniquement appliqué, dès son enfance, à plaire à Dieu. Pierre Orséolo contracta mariage, en 946, avec Félicie Maripetra, de l’une des plus riches maisons de Venise. A l’âge de vingt-cinq ans, il fut appelé avec Badoer, fils du doge, au commandement de la flotte vénitienne, dans une expédition entreprise
=: EEE SE
contre Îles pirates de Narenta. L'escadre de Venise comptait trente-trois vaisseaux. Un premier engagement ne donna aucun résultat décisif. Les Narentins furent repoussés loin des Lagunes, maïs n’en persistèrent pas moins à tenir la mer. Une deuxième expédition ayant été reconnue nécessaire, l'ennemi fut attaqué avec une plus grande vigueur, et, malgré sa résistance, les efforts des Vénitiens furent couronnés de succès. Le héros de la journée. Pierre Orséolo fut reçu en triomphe par le Sénat et par les habitants de Venise. En 958, le doge Pierre Candiano III étant décédé, le peuple lui donna pour successeur son fils Pierre Candiano IV. Ce prince choisit Pierre Orséolo comme membre du Sénat et l’admit dans son conseil privé. Comme tel, Pierre Orséolo signa, en 960, un décret défendant le commerce des esclaves chrétiens. Dès le début de son dogat, Candiano IV, voulant témoigner devant le peuple et le Sénat l'estime toute particulière que lui inspirait un si précieux conseiller, le choisit comme ambassadeur auprès de l'empereur Othon [*. en l’associant à son propre frère Vital dans une négociation fort délicate. Il s'agissait d'obtenir pour la République la confirmation et, d’après certains auteurs, la concession à perpétuité de divers privilèges, déjà précédemment concédés, mais dont la jouissance devait être confirmée tous les cinq ans. Il importait donc que ces relations diplomatiques fussent bien conduites et
.que le nouvel empereur, pour l'honneur et dans
l'intérêt de la République, eût affaire à un homme d’une irréprochable distinction, parfaitementinstruit des intérêts respectifs de l'Italie et de l'Etat vénitien, et de tout point capable de régler ces rapports internationaux, dont les difficultés exigent de la part de ceux qui en sont chargés une si grande prudence et des connaissances si étendues. Ce fut à Rome, où Othon se trouvait alors. que fut signé ce nouvean traité, à l'entière satisfaction des Vénitiens. On retrouve encore, en 971, Pierre Orséolo souscrivant un décret inspiré par le plus pur patriotisme chrétien. Quelques commerçants vénitiens, sans considération pour le dommage que leur mauvaise action pouvait occasionner à la République et à la religion, ne se faisaient pas scrupule de vendre aux Sarrasins du fer, des armes et engins de guerre. De concert avec l'empereur grec, pour qui le voisinage de ces ennemis de l'Eglise était à la fois un péril et une opprobre, le gouverneinent de Venise rendit un décret défendant sous les peines les plus sévères d'apporter, de vendre ou d'envoyer aux ennemis du nom chretien aucune arme, aucun engin de guerre, ni le fer, ni le bois pouvant servir à en fabriquer. Cet acte, comme celui de 960 contre l'esclavagisme, porte la signature de Pierre Orstolo. Candiano IV, après un règne de dix-sept ans fait de dissimulation, de scan-
dales et de violences, souleva la haine et le mépris de ses sujets. Dans les premiers jours du mois d'août 976, une foule immense se rua sur le palais ducal en demandant l’abdication du doge. Candiano fut vaillamment défendu par ses mercenaires ; les assiégeants employèrent alors le feu pour réduire le tyran. En peu de temps, le palais ducal et l’église Saint-Marc devinrent la proie des flammes et furent réduits en cendres. Candiano fut massacré par le peuple irrité et Pierre Orséolo élu à sa place, le 12 août 976. Elevé au faite du pouvoir, celui-ci voulut inaugurer son administration publique par des bonnes œuvres. Son premier acte fut d'exiger de Venise coupable comme une sorte de confession publique ou d'’expiation nationale, qui put être considérée comme une protestation personnelle contre le meurtre de son prédécesseur. Pierre Orséolo voulut que son peuple prêtäl le serment solennel de ne jamais souffrir ou permettre aucune tentative contre les intérêts de la République ou contre la vie du souverain. Îl se trouva, dès les premiers jours de son règne, en présence de graves difficultés suscitées par les membres de la famille Candiano, dont le parti était resté puissant et dont le crédit auprès de l’empereur Othon [" pouvait engager celui-ci dans une politique violente, pleine de périls pour la république de Venise. Pierre Orséolo, par sa bénignité, sut vaincre tous les obstacles ; il montra envers ses ennemis une douceur et une égalité d'âme telles qu'il parvint à gagner leurs cœurs. Ii transigea avec les descendants de son prédécesseur et ouvrit dans Venise l'ère de l'apaisement et de la concorde. Un de ses premiers soins fut de restaurer à ses frais l'église Saint-Marc et de convertir en hospice pour les pauvres et les pèlerins sa maison paternelle. fl gouverna la république avec gloire et avec sagesse. rapportant tout au bien commun de la patrie. C'est à Pierre Orséolo que Venise est redevable de l’établissement d’un système financier fonctionnant régulièrement dans l'Etat. Jusqu'à lui. les impôts avaient varié suivant les circonstances. II les rendit permanents, et prépara ainsi un trésor public sans cesse alimenté par le produit des douanes, des droits de port, de ceux perçus sur la vente du sel, des confiscations et des amendes judiciaires, mais surtout par l'impôt annuel du dixième du revenu déclaré par le contribuable sous la foi du serment. Des peines très sévères furent édictées contre les fraudeurs. Une
prospérité rapide autant qu'inespérée se répandit sur ;
Venise de plus en plus charimée et séduite par les vertus de son souverain. Le 12 octobre 977. Pierre Orséolo conclut avec l'fstrie un traité par lequel cette nation reconnaissait la souveraineté de Venise et se détachail de plus en plus de l'Empire. Au milieu de tous ces succès, l'âme du doge se laissa envahir par
ORSÉOLO
une profonde lassitude des choses d'ici-bas et par le dégoût des grandeurs humaines. En même temps un besoïn d’austérité et de pénitence pénétrait son esprit et son cœur. Après un premier enfant que son épouse lui avait donné, en 961, Pierre Orséolo avait déjà fait vœu, de concert avec elle, de chasteté perpétuelle. Il se sentait entrainé vers la vie parfaite ; il désirait abdiquer le pouvoir, quitter le monde et se consacrer au Seigneur. La Providence mit bientôt le comble à cette résolution pieuse, par l'intermédiaire de Guarin, abbé du monastère de Saint-Michel. de Cuxa. Ce prélat, qui se rendait à Romeen pèlerin, s'arrêta à Venise pour vénérer les reliques de saint Marc. Il eut occasion de remarquer et d'admirer la piété du doge et son assiduité aux devoirs religieux. Il s’entretint avec lui de la gloire du ciel et le détermina à embrasser un genre de vie plus parfait. Il le décida à servir Dieu loin du siècle. à l'ombre d'un monastère. Le doge demanda quelque temps pour mettre ordre à ses affaires. Guarin s'éloigna pour continuer son voyage el, au retour, repassa à Venise afin de permettre à Pierre Orséolo de mettre son projet à exécution. Celui-ci demanda à Guarin la faveur de le suivre dans son monastère de Cuxa, où il lui serait loisible d’obéir à ses directions spirituelles. En outre, le doge sollicita la même grâce pour quatre de ses amis, Romuald, Marin, Jean Maurocène et Jean Gradenigo. Le saint religieux v acquiesça. et, le 1” septembre 978, Pierre Orséolo abandonnant patrie et famille, partit nuilamment avec ses cinq compagnons de voyage. Pour n'être pas reconnu des espions, il se déguisa en conducteur de voiture et c’est ainsi qu'il traversa Vérone, toute la Lombardie et le Midi de la France. En approchant du monastère de Cuxa, il ôta ses chaussures et fit le reste du chemin pieds-nus. Son arrivée excita l'admiration universelle. Il entra au noviciat des Bénédictins avec Gradenigo et Maurocène, tandis que Romuald et Marin se retirèrent dans la forêt
| voisine de Cuxa pour y mener la vie érémitique. Les
occupations les plus humbles furent celles qu'il rechercha de préférence. Il s’'employa principalement à exercer la charité vis-à-vis des pèlerins et des mendiants. On le voyait souventlavant les pieds aux cheminots, prodiguant ses soins aux malades et aux infirmes ; il obtint même de ses supérieurs la faveur de distribuer aux pauvres le pain, dont il se privait volontiers lui-même. Après deux ans révolus de profession religieuse, Pierre Orséolo devint sacristain ct gardien de l’oratoire de l’abbaye de Cuxa. Comme tel, il reçut la charge du soin de la sacristie et de la préparation des objets nécessaires aux cérémonies religieuses. Son emploi lui faisait aussi une obligation de sonner l'heure des exercices de la vie monacale, tant la nuit que le jour. Pierre Orséolo ne
ORSÉOLO
quittait l'église que durant quelques instants : il prenait de courts moments de sommeil, assis dans sa stalle, couché sur les dalles du sanctuaire ou prosterné devant le tabernacle. Il ne tarda pas à être favorisé de visions célestes et d’extases surnaturelles. Il eut toutefois à subir des tentations violentes du démon, qui se présenta souvent à lui sous des formes physiques. Une nuit, Pierre Orséolo l’aperçut dans l'église : il s'avançait vers lui et d’un ton furieux le menaça de lui ôter la vie. ::n même temps, le démon saisit un énorme pain de cire, et le lança avec rage sur le saint pieusement prosterné dans le sanctuaire. Mais l'énorme masse, lancée de haut en bas par le bras du tentateur, fut détournée dans sa chute par une main invisible, et étant allée frapper avec une extrême violence contre l’angle de la pierre de l’autel, elle s'y brisa en deux morceaux. Au même instant, le démon éteignit toutes les lampes qui brùlaient dans l’église et s’'évanouit aux yeux de Pierre Orséolo, non sans un vacarme, qui, à l'exemple d'un tremblement de terre, ébranla tout le monastère. Orséolo pria alors Dieu, avec larmes, qu'il daignât rallumer par la main des anges les lampes éteintes. Une merveilleuse clarté illumina aussitôt les profondeurs de la nef et inonda de rayons le sanctuaire. Ramassant ensuite les débris du pain de cire qui gisaient à terre, Pierre Orséolo rapprocha l’un de l’autre et, les ayant bénits au nom de la sainte Trinité, les deux morceaux se rajustèrent pour ne former ensemble qu'un tout unique. Poussé bientôt par le désir d'une solitude plus étroite, Orséolo demanda et obtint la permission de bâtir, non loin du monastère, une cellule à peine assez large pour s'asseoir et se coucher. Les jeûnes, l'oraison et le travail manuel furent ses occupations habituelles. Son fils Pierre étant venu le voir. en 986, Pierre Orséolo lui prédit qu’il deviendrait dage un jour. L'événement justifia pleinement cette prédiction, du vivant même du saint. Celui-ci recommanda en même lemps à son fils de ne jamais se départir de la justice, et de conserver aux églises du Seigneur tous leurs droits intacts. Enfin, après dix-neuf années de vie monastique, d’exquise piété et de continuelle pénitence, écoulées dans l'abbaye de Cuxa, Picrre Orséolo, averti par révélation divine qu’il ne tarderait pas à s'endormir du sommeil de la mort, rendit son âme à Dieu. le 10 janvier 997. Il expira. couché sur la cendre et le cilice, à l’âge de soixante-neuf ans. Son corps fut processionnellement promené dans le monastère, suivi d'un nombreux cortège. Il fut enseveli dans le cloitre de Cuxa, par une exception à la règle ordinaire, et déposé tout près du seuil de la portelatérale de l'église. Romuald ne tarda pas à partir pour l'Italie où il fonda l'Ordre des Camaldules. Marin le suivit bientôt après et se retira dans un désert dela Pouille,
LE
tandis que Gradenigo alla s'enfermer au Mont- Cassin. Peu de temps s'était écoulé depuis que le saint corps d'Orséolo reposait sous les dalles du cloître, près du seuil de la porte de l’église, quand il plut au Seigneur de manifester la gloire de son serviteur aux religieux du monastère, et par eux à toute la contrée, jalousement attentive à tout ce qui regardait cette grande mémoire. Il arriva donc qu’une nuit, nombre de moines qui devançaient, chacun à son gré, l'heure des matines pour faire oraison dans l'église, virent très distinctement au-dessus de la tombe du bienheureux des lumières merveilleuses, dont la brillante clarté faisait resplendir le cloître tout entier. Saisis de ce sentiment de crainte qu'inspire toujours, même au plus courageux, la vue d’un phénomène inexplicableet probablement surnaturel, les plus timides n'osèrent plus se rendre à l’église ou se groupèrent en compagnie pour se donner mutuellement quelque assurance. Cherchant à s'expliquer la cause d’une aussi remarquable apparition, tous les frères furent unanimes à interpréter cette lumière céleste qui partait du saint tombeau comme une révélation miraculeuse de la gloire d'Orséolo. Dès lors, ils se sentirent portés à se recommander à lui avec une confiante vénération,et chacun implora son secours pour obtenir de Dieu la grâce d’imiter ses vertus et de persévérer dans une parfaite observance de la règle. Au mois de mai1027,0liba, évêque de Vich et abbé de Saint-Michel de Cuxa, retira le corps de Pierre Orséolo du cloître et le déposa dans le sanctuaire de l’église, à une certaine hauteur du sol. Cette insigne relique fut désormais l’objet d’une grande vénération dans tout le pays. et son culte s’étendit bientôt jusque dans les régions éloignées, grâce aux nombreux prodiges qui se produisirent sur sa nouvelle sépulture. Le monastère de Cuxa devint un but de pèlerinage où les foules accouraient. Deux lampes furent entretenues nuit et jour sur le tombeau du saint, et l'anniversaire de cette translation fut célébré tous les ans par un office solennel suivi d’une procession. En 1566, Louis de Çagarriga, abbé de Saint-Michel de Cuxa, fit procéder à un nouveau déplacement du corps de saint Pierre Orséolo. Le chroniqueur Pujades raconte que, depuis cette translation, le souvenir du lieu où la précieuse relique avait été renfermée, s'était effacé de la mémoire des religieux de Cuxa. Ce ne fut qu'en 1616, qu'on fit la découverte du tombeau du saint doge, à la suite des travaux effectués dans la muraille du chœur. L'abbé de Cuxa, de Puigmari, fit construire un mausolée et grava sur une grande plaque une épitaphe commémorative. Le 6 décembre 1644, Michel Salabardenya. abbé de Cuxa, fit fabriquer une châsse en bois doré dans laquelle il déposa, avec les restes du saint doge. une déclaration sur parchemin, attestant
leur authenticité, et exposa ouvertement lereliquaire sur un autel de l’église. La cause de saint Pierre Orséolo ayant été déférée à la congrégation des rites, en 1730, un décret de Clément XII, en date du 2 mai 1731, permit de célébrer sa fête, le 14 janvier. Le 30 septembre 1732, une relique insigne fut extraite de la châsse du bienheureux et envoyée à la république de Venise qui environna son arrivée de témoignages d'affection et de démonstrations d’allégresse. Le 29 septembre 1790, le corps de saint Pierre Orséolo fut transporté dans l’église paroissiale de Prades, où il est encore religieusement conservé aujourd'hui. Henri ToLra, Saint Pierre Orséolo, doge de Venise, puis béné-
dictin du monastère de Saint-Michel de Cura en Roussillon (Conflent), sa vie et son temps, Paris, A. Fontemoing, 1897, in-8°.
ORTAFFA (Grimald d’), fils de Jourdane, est mentionné pour la première fois dans l’aveu féodal de la seigneurie d'Ortaffa, qu'il fit aux ides de novembre 1171, à Guinard II, dernier comte de Roussillon. Celui-ci lui inféoda trois vignes allodiales, situées à Ortaffa, et trois manses à Villanova-de-la-Raho : il lui concéda, en outre, les pasquiers, avec les cogucies (amendes pour adultère) et homicidies (amendes pour meurtre), des habitants d'Ortaffa. Grimald d'Ortaffa est encore connu par l'acte de concession qu'il fit, d'accord avec son épouse Brunissende, la veille des ides de janvier 1184, en faveur de l’église d’Elne, pour la prise d’eau du Tech et le passage du ruisseau d'arrosage d’'Elne à travers le territoire d'Ortaffa. Grimald d’'Ortaffa vivait encore en 1202, et il laissa, entre autres enfants, deux fils, dont l’un, Pierre d'Ortaffa, fut archidiacre et prévôt d’Elne, et l’autre lui succéda dans sa seigneurie.
Archives des Pyr.-Or., B. 16. — ALarT, Journal des Pyrénées- Orientales, 1870.
ORTAFFA (Raymond d’), archidiacre d’Elne, figura, le 25 juin 1195, comme témoin d’une fondation perpétuelle, faite par son collègue l’archidiacre du Conflent, Artaud.
ORTAFFA (Guillaume d’), fils de Jourdane et frère de Grimald d'Ortaffa, seigneur d'Ortaffa, était archidiacre d’Elne, lorsqu'il fut élevé sur le siège épiscopal de ce diocèse. Au mois de mars 1202, ce prélat donna au monastère de Fontfroide et à Bernard, abbé, l’église de Saint-Sauveur de Canamals, avec les dimes, prémices, etc. L'an 1206, il céda à Pierre, prieur de Sainte-Marie d'Espira-de-l’Agly. tous ses droits seigneuriaux sur cette même église. Le chevalier Raymond de Tatzo fit hommage à Guillaume d'Ortaffa, le 29 avril 1205, pour les fiefs qu'il tenait de lui, à savoir: la dîime de Tatzo et le tiers
ORTAFFA
de la dîme de Palau. Le 19 mai suivant, Guillaume de Canet promit fidélité entre les mains de l’évêque d’Elne. Le 13 des calendes d'avril 1207, Guillaume d'Ortaffa fut présent au serment de vasselage que le vicomte Guillaume de Castellnou prêta à Bernard, abbé, et au couvent de la Grasse. Le 4 des nones de juillet de cette même année, le pape Innocent III écrivit à cet évêque et à son chapitre que lorsqu'ils traiteraient d’affaires ecclésiastiques, l'opposition d'un seul membre ne pourrait prévaloir sur l'utilité générale, comme c'était depuis longtemps l'usage dans l’église d’Elne. Le 10 des calendes de juillet 1208, Guillaume d’Ortaffa céda aux Frères hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, selon le désir du Souverain Pontife, l’église paroissiale de Collioure. Il se réserva cependant les droits épiscopaux pour lui et ses successeurs. Guillaume d’Ortaffa mourut le 13 avril 1209 et fut enseveli dans le cloître d’Elne, où on lit encore son épitaphe qui est ainsi conçue :
« T w Anno Christi M CC VIII idus aprilis obit Guillelmus de Ortafano episcopus Elnensis in cujus Tempore ecclesia Elnensis adquisivit honorem de Avalrino et castrum sancti Cypriani et possessiones De Podio. Hic optinuit auctoritate
Privilegiorum regum Francie quod aliquis homo Vel femina ecclesie Elnensis non firmaret
Directum in curia seculari pro aliquo facto.
En dehors de l'intérêt qu'elle offre au point de vue épigraphique, cette inscription tumulaire contient un renseignement qui éclaire les données du droit roussillonnais : « Ces derniers mots sont précieux dans l’histoire des seigneurs et de la juridiction royale, dit Gispert-Dulçat. Ils nous font connaître en quoi consistaient les privilèges des anciens rois de France, relativement à la juridiction territoriale de l’évêque d’Elne. Dans le livre des stiles, déposé aux archives des domaines du roi de Roussillon, nous lisons une ordonnance de l’année 1349, au sujet de quelques articles convenus entre l'évêque d’Elne et les officiers royaux. L'ordonnance et l’épitaphe s’éclairent mutuellement, » Puiggari est plus explicite que Gispert-Dulçat. Il prend soin de définir et de détailler les attributions de l’évêque et du souverain : « Les rois de France. Louis le Pieux, Lothaiïire, Charles le Simple, dit-il, avaient accordé ou confirmé à l'église d'Elne un territoire propre. avec pleine juridiction (Marca, tit. 6. 10, 13, 27). Ces privilèges furent méconnus dans la suite. sous les suc-
cesseurs de ces princes ; mais l’évêque Guillaume
d'Ortaffa, qui siégea de 1202 à 1209, en obtint la réhabilitation, comme le témoignent son épitaphe sur un mur du cloitre et la charte donnée à ce sujet par Pierre If, roi d'Aragon, alors régnant. Cependant. dans ce diocèse, de même que dans les autres.
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cette juridiction, après un long flux et reflux, comme dit Montesquieu, finit par reculer devant la juridiction royale ».
Archives des Pyr.-Or., G. 23. — Gallia christiana, VI. col. 1050. — GisPERT-DUuLÇAT, Observations sur le traité du 17 des calendes d'août 1258, considéré principalement dans son rapport avec le Roussillon, Perpignan, Jean Goully, 1790, in-4°. — Puiccanti, Notices sur la ville d’Elne, Catalogue biographique des évèques
d'Elne. — DE Bonneroy, Epigraphie roussillonnaise. — Abbé J. CaPeiLee, Figures d'évèques roussillonnais. 1
ORTAFFA (Pierre d’), fils de Grimald d’Ortaffa et neveu du précédent, était archidiacre et prévôt d'Elne en 1229. Le 30 juin de cette année-là, il reçut l'hommage de Pierre de Mudahons, qui promit de lui payer, ainsi qu'à ses successeurs, chaque année à Noël, une demi-livre de cire. Pierre d'Ortaffa lui promit en retour aide et protection. Pierre d'Ortaffa mourut le 7 mars 1247, ainsi que l’atteste son épitaphe conservée dans le cloître d'Elne :
+ Anno Domini M CC XL VII nonas ma
rcii obiit venerabilis Petrus de Orta
ffano, archidiaconus Elne, cujus anima per miser icordiam Dei requiescat in pace. Amen.
Archives des Pyr.-Or., G. 115, 118. DE BoxxeroY, Epigraphie roussillonnaise.
ORTAFFA (Pons d’), frère du précédent, seigneur d’Ortaffa, se trouve parmi les signataires des constitutions de paix et trêves que Nuyno Sanche fit jurer par les principaux barons de Roussillon et de Cerdagne, le 6 des nones d'octobre 1217. Les manuscrits 7226 (fol. 356) et 2701 (fol. 254) de la Bibliothèque nationale contiennent deux chansons de Pons d’Ortaffa, troubadour, qu’'Eméric David a peutêtre un peu trop maltraité en le déclarant « un poète d'un peu de chaleur et sans amour. » (Histoire lilléraire de la France, t. XIX, p. 611). Ce troubadour ne parle, en effet, que des douleurs dont son amour l'accable ; il veut mourir, il veut impatiemment la mort, et l’on peut deviner à ce désespoir qu'il n’a d'autre objet que de flatter une noble dame du Narbonnaïs à laquelle il offre son encens. Mais il n'ose lui déclarer son amour. Îl en a, dit-il, perdu la raison; il veut se faire moine et aller vivre dans un désert :
Si ai perdut mon saber
Qu'a penas sai on m'estau,
Ni sai don ven ni on vau,
Ni quem fauc lo jorn nil ser.
A ! per poc mon desesper
O nom veu monges d'Anjau
O nom met dins una clau
On hom nom pogues vezer.
Ce n'est pas vivre, ajoute-t-il,
Vida non es, ans es morir, Per que val mais morir viatz Qu'aital afan tot jorn sofrir.
« Il serait curieux, dit M. David. de connaître exactement l’époque à laquelle appartiennent les deux pièces de vers. Nous pourrions voir par là jusqu’à quel temps s’est maintenu l'usage des troubadours de mourir pour les dames de haut parage ». Nous ne prendrons pas la question sur le même ton et nous sommes loin de penser que Pons d'Ortaffa ait songé à mourir pour une grande dame. Ces compositions ne sont que des exercices de pure galanterie, comme en trouve dans les poésies de tous les troubadours. Quant à l’époque où vivait notre poète, il faudrait la rapporter au xu° siècle, d’après Puiggari qui avait cru retrouver dans l’auteur de ces deux pièces le « chevalier Pons de l’Esgleya d'Ortaffa » qui entra dans l’ordre du Temple en 1174 (Annuaire de 1834). Ces vers ne sauraient appartenir qu'au chevalier Pons 1° d’Ortaffa, du xur siècle. sil’on tient compte, non-seulement des sentiments qui y sont exprimés, mais encore de la langue qui a un cachet plus moderne et plus rapproché du catalan que celle des troubadours roussillonnais du x siècle, tels que Bérenger de Palasol et Guillaume de Cabestany. Quoi qu’il en soit, on a conservé le testament de Pons d’Ortaffa, fait à la date du 11 des calendes d'août 1240. II v mentionne sa sœur Alamanda, son frère Pierre l’archidiacre, son épouse Saurina, fille d'Huguet de Tatzo. ses fils Pons et Grimald, encore mineurs à cette époque, et sa fille Alisende. La copie de ce document porte la date du mois de mars 1246, et ce fut probablement l’époque du décès du testateur.
Archives des Pvr.-Or., E. (Titres de famille), %17. — Histoire du Languedoc, t. X. — AranT. Journal des Pyrénées-Orientales,
ORTAFFA (Pons Il d’), n’est connu que par le serment qu'il prêta avec les autres seigneurs roussillonnais et catalans à l’infant Pierre d'Aragon, le 7 des calendes d'avril 1251. Il mourut, paraïit-il, sans enfants. et laissa son non et sa succession à son épouse Sibille, comme cela résulte des faits suivants : Sibille épousa en secondes noces le chevalier Guillaume de Durban, qui reconnut le fief d'Ortaffa au roi Jacques d'Aragon, le 4 des calendes de juillet 1275. Guillaume laissa deux enfants : une fille qui fut son héritière et un fils Pierre-Arnald de Durban, encore mineur en 1291 et au nom duquel sa mère « Sibille, dame du château d'Ortaffa, veuve de Guillaume de Durban, reconnut au roi Jacques Î[" de Majorque les fiefs qu'elle tenait de « feu Pons d'Ortaffa, son premier époux » (veille des calendes d'avril). Il est probable que Pierre-Arnald de Durban mourut en bas-àge et sa succession revint à sa sœur Clémence.
Archives des Pyr.-Or., B. 16, 73 — ALART, Journal des Pyré-
nées-Orientales, IST0.
ss
ORTAFFA (Bérenger { de Perapertusa d'), époux de Clémence, fille et héritière de Sibille, qui était veuve de Guillaume de Durban, fit l'aveu féodal du château d'Ortaffa, au roi de Majorque Jacques [*, le 3 des ides de septembre 1301. Bérenger I" et ses descendants prirent désormais le nom d'Ortaffa ct occupèrent la seigneurie d'Ortaffa pendant les siècles suivants. Bérenger [" mourut avant 1309.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 517.
ORTAFFA (Bérenger Il! de Perapertusa d'), damoiseau. connu de l’an 1311 à 1335, élait déjà décédé en 1338. Il avait épousé Esclarmonde de Saint- Jean, sœur du chevalier Bérenger de Saint-Jean, seigneur de Saint-Jean-pla-de-corts. Bérenger Il d'Ortaffa guerroya en France contre les Anglais, en compagnie de ce dernier et laissa deux fils: Bérenger, qui lui succéda, et Pierre. Celui-ci contracta mariage, en 1355, avec la pupille Marguerite de Corbère, qui était l’héritière universelle d'Arnaud de Corbère et d'Huguette, son épouse.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 517.
ORTAFFA (Bérenger III de Perapertusa d’), fils et héritier du précédent, reçut en héritage de son oncle Bérenger de Saint-Jean. décédé vers 1350. le tiers des cent marcs d'argent qu'Edouard III, roi d'Angleterre. devait lui servir annuellement. Bérenger [TT d'Ortaffa eut de son épouse, Françoise, deux fils : Bérenger IV, son successeur, et Pierre. Devenue veuve en 1360, Françoise d'Ortaffa convola en secondes noces avec Pierre Adalbert, gouverneur du royaume de Sardaigne. Ce dernier institua son héri- Lier Pierre d'Ortafla, deuxième enfant de son épouse, sous la condition expresse que lui et ses descendants prendraient le nom et les armes de la famille Adalbert. Pierre d'Ortaffa ne laissa de Sibille, son épouse, qu'un seul fils, du nom de Raymond.
Archives des Pyr.-Or.. B. 196, E. (Titres de famille), 517. — Abbé J. CaPEize, La seigneurie de Saint-Jean-pla-de-corts.
ORTAFFA (Bérenger IV d’), fils aîné et héritier du précédent, reçut d'Ermengaud Marti, procureur royal, le 3 avril 4375, un mandement pour faire la reconnaissance féodale de la moitié du lieu de Saint- Jean-pla-de-corts, qui lui était dévolue à la suite du décès de son oncle Jean de Bellcastell. Bérenger IV d'Ortaffa acheta, en 1384, la châtellenie d'Opol ou de Salvaterra, de François de Çagarriga, conseiller de Pierre IV le Cérémonieux. L'infant Jean le nomma châtelain et bailli de Collioure et lui fit une rente de deux mille sols sur les leudes et autres revenus de cette ville maritime. Le 20 janvier 1387, ce prince lui concéda le mère et mixte empire, le francalleu et la juridiction totale sur les châteaux et les
ORTAFFA
territoires d'Ortaffa et de Saint-Jean-pla-de-corts. Dans le cours de cette année-là, Jean I" fit encore donation à Bérenger IV d'Ortaffa du château de Tautavel et de ses dépendances. Ce chevalier avait aussi acquis les justices de Brulhä et de Vingrau ainsi que les lieux de Llès, Travessères et Valiella en Cerdagne. Au mois de juillet 1392, il vendit la châteilenie d'Opol ou de Salvaterra à Bernard de Vilacorba. A l'avènement de Jean I” au trône d'Aragon, Bérenger IV d'Ortaffa fut attaché à la Cour en qualité de chambellan et de conseiller du roi. 1l devint aussi grand-maître de la maison de la reine Yolande. Bérenger IV d'Ortaffa laissa de son épouse Guillemona sept filles, dont trois Eléonore, Esclarmonde et N. entrèrent au couvent de Saint-Sauveur ; trois autres s'unirent aux familles de Sant-Marti. de Çagarriga et de Pau; Clémence étant demeurée célibataire institua pour son héritier, son frère Bérenger V d'Ortaffa. Bérenger 1V n'eut qu’un fils du même nom que lui, qui lui succéda en 1395. Il fut ReCYEn dans l’église de Sainte-Eugénie d'Ortaffa.
Archives des Pyr.-Or.. B. 120, 133, 139, 153, 190, 196, 253, 254, 384, E. (Titres de famille), 517. — Abbé J. CaPEILLE, 0p. cit.
ORTAFFA (Raymond d'), fils de Pierre Adalbert ou de Perapertusa et de Sibille. est plus connu sous le nom de Raymond d'Ortaffa. Il ne vécut guère en Roussillon, suivit la carrière des armes, et passa dans le royaume de Naples, vers l’an 1435, à la suite du roi Alphonse d'Aragon. On a de lui la lettre de change suivante, datée de Naples le 5 décembre 1449: « Al molt hon.e car frare, mas. B. Riambau a Perpeza. Jhs. A Napols, a sinch de decembre 1449. Molt honor. e car frare, si per la primera de cambi pagat no havets, per aquesta segona pagarets ; a la husansa. an Gilem Crestia sent ducats — dich C. ducats — a raho de vint s. per ducat. E son per la valor de que jo son content assi den Frances Milas. Per que, al tems, feu bon compliment. Deu sia abtots. Vostre frare, qui a vos me recoman, R. d'Ortaffa. » Le titre de frère est une formule souvent emplovée dans les effets de commerce de cette époque, car Bernard Riambau était un simple bourgeois de la ville de Perpignan, ancien procureur ou chargé d'affaires du seigneur de Castell-Rossello, dont il laissa protester l'effet, en déclarant que « no te res del dit Mossen Ramon d'Ortaffa, e per consegent non pagaria malla. » Après la prise de Constantinople par Mahomet II, les Turcs ne trouvèrent guère de la résistance que dans l'Albanie où Georges Castriot, plus connu sous le nom de Skander-bech, soutenait l'honneur des armes chrétiennes. Il trouva de puissants auxiliaires dans les soldats aragonais qui vinrent se joindre à lui, sous la conduite du seigneur de Castell-Rossello. « Leur chef, dit Zurita, fut un che-
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valier catalan, nommé Raymond d'Ortaffa, qui était chargé de garder et de défendre les châteaux des côtes d’Albanie, entre autres ceux de Scallutzo et du cap d'Arago. Alphonse nomma Scander-bech son capitaine-général en Albanie, et Ramon d’'Ortaffa, qui portait le titre de vice-roi, fut autorisé à battre monnaie à Croza, capitale du pays » (Annales, Liv. xvi, n° 27). Ceci se passait en 1454. et l'historien d'Aragon ne donne aucun autre détail sur cette expédition ni sur les destinées de Raymond d’Ortaffa, qui ne revint plus en Roussillon. Yolande, sa fille unique, mourut avant lui. Elle avait épousé Jean de Grimau, bourgeois de Perpignan, dont elle n’eût qu'ur'e fille unique du nom de Grimalda, quifut ainsi héritière universelle de Raymond d’Ortaffa et de la seigneurie de Castell-Rossello. Jean de Grimau, qui s'était remarié, ne prit jamais le titre de seigneur de ce château, bien qu’il ait fait divers actes seigneurlaux, notamment le 24 mai 1461, cn qualité de tuteur de sa fille qui épousa bientôt après le damoiseau Antoine dez Vivers.
ALART, Volices historiques sur les communes du Roussillon, 1” série.
ORTAFFA (Bérenger V d’), fils de Bérenger IV d'Ortaffa ct de Guillemona, conclut, le 25 septembre 1396, un acte notarié avec les consuls de Saint-Jeanpla-de-corts, par lequel il déclara restituer et confirmer à ses vassaux l'usage de leurs anciennes « libertés. franchises, habitudes et observances ». Il assigna une rente viagère sur les revenus de Tautatavel à ses sœurs Esclarmonde et Eléonore, chanoinesses au couvent de Saint-Sauveur, à Perpignan, et vendit, en 1400, le lieu de Saint-Jean-pla-de-corts à Raymond de Llupia, seigneur de Bages et de La Bastide. Bérenger V d'Ortaffa épousa, en 1397, Aldonse de Cruilles et eut d’elle trois fils : Jean-Philippe, son successeur, Godefroi et Pierre. Il mourut le 25 novembre 1406.
Archives des Pyr.-Or.. E. (Titres de famille), 317. — Abbé J. CaPEILLE, LA seigneurie de Saint-Jean-pla-de-corts.
ORTAFFA (Jean-Philippe d’), fils ainé et héritier du précédent, fit son testament à Gérone le {4 avril 1475 et mourut sans descendance.
Archives des Pyr.-Or.. E. (Titres de famille), 517.
ORTAFFA (Godefroi ou Jaufre d’), frère du précédent. suivit Alphonse V dans l'expédition du royaume de Naples, en compagnie de son frère, Pierre d'Ortaffa. En 1425, ces deux chevaliers avaient contracté un engagement, aux termes duquel ils devaient fournir chacun à l'armée du roi d'Aragon, trois chevaux, un page et un « pilart » armé « de
cama et de cuxa ». Godefroi d'Ortaffa devint dans la suite gouverneur de Minorque.
Archives des Pyr.-Or.. B. 268, E. (Titres de famille), 517. — Annuaire de 1834.
ORTAFFA (Pierre d’), frère des deux précédents, prit part aux campagnes militaires d’Alphonse V, et obtint, en 1424. la châtellenie d’Opol ou de Salvalerra, à la suite de la démission faite en sa faveur par le titulaire de la forteresse, Bernard de Vilacorba. Pierre d'Ortaffa, qui possédait aussi la leude royale de Formiguères, délivra. en 1462, la reine Jeanne d'Aragon assiégée dans Gérone par les Catalans révoltés et commandés par le comte de Pallars. Il avait épousé Isabelle Ça Portella, petite-fille de Bernard de Vilacorba, qui fut héritière de la seigneurie de Théza. De cette union naquit un fils unique, appelé Pierre, comme son père.
Archives des Pyr.-Or., B. 253, 254, 257, 268, 278. 290, 292, 406,
ORTAFFA (Pierre d’), fils du précédent, devenu l'unique héritier de la famille d'Ortaffa, reçut de Louis XI, la châtellenie et le bailliage d'Opol. Mais il ne tarda pas à prendre parti pour Jean II contre la France, et se distingua surtout par la part qu’il prit à la vigoureuse défense de Perpignan pendant le siège mémorable de 1475. Obligé de s’expatrier après la reddition de cette place, ses biens furent confisqués au profit du capitaine Regnault du Chesnay. Pierre d'Ortafla ne rentra dans sa patrie qu'après la restitution du Roussillon au roi Ferdinand le Catholique, en 1493. Ï1 fut alors nommé gouverneur des comtés de Roussillon et de Cerdagne ; mais il ne jouit pas longtemps de la gloire et de la haute considération qu'il avait acquise dans es événements dont son pays avait été le théâtre, et il mourut en 1494, en laissant sa succession à sa fille Aldonse. Le roi d'Aragon lui donna pour successeur au gouvernement des comtés Louis d'Oms, fils de Bernard d'Oms, dont Louis XI avait fait trancher la tête.
Archives des Pyr.-Or.. B. 299, 300, 302, 336, 340, 341, 342, 357, 409, 412, #13, 415.
ORTAFFA (Aldonse de Perapertusa d'), fille unique et héritière universelle du précédent, épousa Bernard Terré d'Icart, noble barcelonais, qui prit désormais le nom d'’Ortaffa et entra en possession des biens de la famille, en 1508. De cette union naquirent deux fils et une fille, savoir: François d'Ortaffa, qui hérita du nom et des titres de la mère: Jean-Raphaël Terré, surnommé Joannot Terré, qui eut lui-même un fils, Bernard Terré: et Aldonse, épouse d’Alphonse de Cardone. Aldonse d'Ortaffa, épouse de Bernard Terré, était veuve lorsqu'elle fit,
le 18 août 1538, à Barcelone, un testament mystique qui devint, au début du xvin° siècle, la source d’interminables procès entre les descendants issus de la tige d'Ortaffa Terré. Elle mourut le 23 janvier 1550 et son fils François recueillit sa succession.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 517-519.
ORTAFFA (François d’), fils ainé de Bernard Terré et d’Aldonse d’Ortaffa, naquit en 1520. Il était chevalier de l'Ordre de Saint-Jacques, et avail épousé EÉléonore-Guiomar de Madrigal, dont il laissa deux fils : Bérenger et François qui suivent. Il mourut en
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 517-519.
ORTAFFA (Bérenger d'), fils aîné du précédent, fut seigneur d'Ortaffa, Théza, Brulhä, baron de Llès et Travassères et commandeur de l'Ordre de Saint- Jacques. Philippe II, roi d'Espagne, ayant donné des provisions à Jacques de Madrigal, encore mineur, pour lui confier le commandement du Château majeur de Perpignan, désigna en même temps Pierre de Cardone comme régent de l’alcaydie durant la minorité du titulaire. Pierre de Cardone, à son tour, envoya une procuration aux frères Bérenger et François d'Ortaffa qui prirent possession de l'office attribuëé à Jacques de Madrigal. Bérenger d'Ortaffa contracta mariage, en 1571, avec Marguerite de Grimau, veuve de Pons de Malla, seigneur de Vilarno, au diocèse de Gérone. Celle-ci, devenue veuve une seconde fois en 1588, testa en désignant comme ses manumisseurs son frère François de Grimau en même temps que ses sœurs Pétronille et Isabelle. De l’union de Bérenger d’Ortaffa et de Marguerite de Grimau naquirent deux fils, Jean et Ferdinand, dont les notices suivent.
Archives des Pyr.-Or., B. 375, (Titres de famille), 517-519.
ORTAFFA (François d’), frère du précédent, fut capitaine de cavalerie et gouverneur du château ainsi que de la ville de Puigcerda. Il se maria à Anne de Taqui, fille de François de Taqui et d'Angèle d'Oms et mourut en 1586, laissant un fils appelé aussi François. La veuve Anne d'Ortaffa de Taqui légua une partie de sa succession, en 1603, au recteur de la compagnie de Jésus de Perpignan, pour l’aider à fonder un collège dans cette ville. Elle demanda à être inhumée sous la chapelle de Saint-Antoine de Padoue qui était située dans l’église du couvent de Saint-François, du côté de l'Evangile. Dans ce caveau reposait le cadavre de son époux. Anne d'Ortaffa de Taqui avait obtenu du Saint-Siège l'autorisation de fonder dans cette église une confrérie sous l’invocation du Crucifix. Cette association pieuse qui était
ORTAFFA
affiliée à une antique confrérie établie à Rome fut gratifiée de nombreuses indulgences par le pape Clément VIII. Le jour de Pâques une procession à laquelle assistaient les associés se déroulait dans la nef de l'église conventuelle.
Archives des Pyr.-Or., B. 380, E. (Titres de famille), 517-319.
ORTAFFA (Jean d'), fils aîné de Bérenger d'Ortaffa et neveu du précédent, épousa, en 1580, Jeanne de Grimau, fille de François de Grimau et d'Isabelle. Il mourut l'année suivante, laissant une filleunique, Victoire, qui unit ses destinées à François de Oris et qui était déjà décédée en 1602. Le 13 septembre 1590, Jeanne de Grimau, veuve de Jean d’Ortaffa, convola en secondes noces avec Alexis Albert, seigneur de : Millas, Ponteilla et Reynès, et occupa les seigneuries de la famille d'Ortaffa jusqu’en 1627. Ayant perdu son second mari en 1615, elle laissa sa succession à son neveu François de Grimau qui. lui-même, mourut sans postérité et eut pour héritière sa veuve Marie de Llupia.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 517-519. — ALART, Notices historiques sur les communes du Roussillon, 2° série. — Abbé J. Capelle, Elude hislorique sur Millas.
ORTAFFA (Ferdinand d’), frère du précédent, capitaine de cavalerie en 1596, fut nommé commandant du Castillet de Perpignan en 1603. Il épousa Cécile Girau-Torner qui lui donna quatre enfants : François, Hugues, Charles, qui font l’objet des notices suivantes, et Jéromine, qui épousa un membre de la maison de Ros. Ferdinand d'Ortaffa mourut à Perpignan, le 28 décembre 1610, dans sa maison d'habitation, située sur la rue des Carmes. Son corps fut enseveli dans le caveau de famille creusé sous la chapelle de Saint-Antoine de Padoue (érigée dans l’église du monastère de Saint-François, actuellement chapelle de l'hôpital militaire).
Archives des Pyr.-Or., B. 378, E. (Titres de famille, 517-519.
ORTAFFA (François d'), fils aîné et successeur du précédent, ne prit possession de la seigneurie d'Ortaffa qu'en 1627. Jusqu'alors les fiefs de la famille avaient été occupés par sa tante, Jeanne de Grimau, veuve de Jean d’Ortaffa. Le 12 janvier 1624, François d'Ortaffa remplaça. au commandement militaire de Puigcerda, Querol et La Tour Cerdane, François de Sabater que le roi d'Espagne venait de révoquer. Il figura. en 1639, dans les rangs de l’armée des nobles de la principauté de Catalogne dont Dalmace de Queralt était le chef. Ses frères, Hugues et Charles d'Ortaffa. combattirent à ses côtés. François d’Ortaffa épousa, en 1628, Marie Berart de Gualba qui lui apporta en dot la seigneurie d’Eus. Ce fief fut offert,
ORTAFFA
comme cadeau de noces, à la nouvelle mariée, par son oncle maternel Guillaume-Raymond de Gualba. François d'Ortaffa, qui mourut à Perpignan le 5 avril 4650, laissa deux fils: Raymondet Joseph dont les notices suivront.
Archives des Pyr.-Or., B. 384, 390, E. (Titres de famille), 517-519.
ORTAFFA (Hugues d'), frère cadet du précédent, avait été l'héritier des biens patrimoniaux de sa mère Cécile Girau et Torner. Il contracta un premier mariage, en 1628, avec Agnès Joli et Ros, fille de Raphaël Joli, bourgeois honoré de Perpignan. Peu de temps après, Hugues d'Ortaffa devint veuf. En 1631, il convola en secondes noces avec Victoire de Blanes, fille de Michel de Blanes et d’Angèle de Vallgornera, mais celle-ci descendit aussi dans la tombe le 27 novembre de cette même année. Son cadavre fut inhumé dans l’église d’Alénya, devant les fonts baptismaux. Trois ans plus tard, Hugues d'Ortaffa se remaria avec Paule de Séragut, veuve de Joseph Ça Rocha, damoiseau de Gérone, qui avait déjà une fille de son premier mari, Cécile Ça Rocha. Hugues d’Ortaffa était déjà décédé en 1649. Le 21 octobre 1663, Paule, sa veuve, prêta serment de fidélité
au roi de France, entre les mains de François Ro-.
manya, viguier de Roussillon et Vallespir. Elle mourut le 21 octobre 1681, et fut ensevelie dans la chapelle du dévot Crucifix de Perpignan. Sa fille Théodorine épousa Joseph de Sorribes.
Archives des Pyr.-Or., B. 401, E. (Titres de famille). 517-519.
ORTAFFA (Charies d’), frère des deux précédents, embrassa la carrière militaire. Il servit en Flandre, en qualité d’alfere:, dès 1622. Par un décret rendu à Bruxelles, le 4 juillet de cette année-là, l’infante Isabelle lui accorda un supplément de dix écus mensuels pour sa solde, en raison de ses brillants états de services. En 1628, Charles d'Ortaffa se distingua encore aux sièges de Burghes et de Breda. Ce fut lui qui s’empara des forts de l'île de Saint-Martin et des points militaires de Saint-Flirt, de Saint-Philippe et de Saint-Ambroise. Charles d'Ortaffa fut nommé le 25 sept:mbre 1629, inspecteur des gens de guerre, de l'artillerie et fabriques militaires de Catalogne, Roussillon et Cerdagne.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 517-519.
ORTAFFA (Raymond d'), fils aîné de François et de Marie Bérart de Gualba, succéda à son père, en 1650. Il épousa cette même année Aldonse de Cahors de Marza et mourut dix ans après, ne laissant qu'une fille unique Marie. Le 12 novembre 1670, celle-ci transporta le manoir de ses ancêtres à la
maison du Vivier de Lansac par son mariage avec Alexandre du Vivier. seigneur de Montfort, capitaine au régiment Royal-Roussillon, fils de Guillaume du Vivier et d'Anne de Verniole. Des lettres-patentes de Louis XIV données à Saint-Germain-en-Laye, le 14 novembre 1674, firent don à Alexandre du Vivier de la seigneurie de la Clusa confisquée à François Puig et Terrats, décapité à Perpignan pour crime de lèse-majesté. De l’union d'Alexandre du Vivier et de Marie d’Ortaffa était né un fils, Antoine, qui descendit dans la tombe, le 16 février 1701, à peine âgé de dixsept ans. Alexandre du Vivier eut pour héritier. en 1714, son cousin Alexandre du Vivier de Lansac et ses descendants possédèrent jusqu'à la Révolution les seigneuries d'Ortaffa, d'Eus, de La Clusa, etc.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 517-519.— ALART, Notices historiques sur les communes du Roussillon, 2° série.
ORTAFFA (Joseph d'), frère du précédent, naquit en 1640. En 1663, Louis XIV le nomma séauestre royal des rentes de la vicomté de Canet. Joseph d'Ortaffa épousa, le 11 février 1666, Marie de Vilaplana, fille de François de Vilaplana Agullo de Copons, domicilié à Perpignan, et de Marie Descamps, décédée. La jeune mariée apporta en dot à son époux le château de Saint-Hippolyte qui était alors dans un état de complet délabrement. Joseph d'Ortaffa. dont la maison d'habitation était située à Perpignan sur la rue d’Espira (siège actuel de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales), releva de ses ruines le manoir de Saint-Hippolyte où il se plaisait à venir souvent séjourner. Il mourut à Perpignan, le 17 octobre 1674, et son corps fut déposé dans letombeau dela famille, creusé sous la chapelle de Saint-Antoine de Padoue, qui se trouvait dans l’église conventuelle de Saint- François. De son union avec Marie de Vilaplana il eut quatre enfants : Bonaventure, qui lui succéda; Antoine, Hippoyte, morts en bas-âge ; Marie-Thérèse. Marie d’Ortaffa de Vilaplana mourut en 1685. Bonaventure d’Ortaffa, encore mineur, fut placé sous la tutelle de son oncle Charles de Ros d'Ortaffa, dont il épousa plus tard la fille, Hippolyte. Marie-Thérèse d'Ortaffa, alors âgée de quatorze ans, fut confiée à Thomasine d’Ardena d'Aragon, marquise de Montferrer qui s’occupa de son éducation.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famiile), 517-519.
: ORTAFFA (Bonaventure d’), fils du précédent, né en 1672, parcourut une brillante carrière militaire. Commandant à Bellver en 1714, colonel de dragons en 1719, il devint dans la suite commandant-général des miquelets ou arquebusiers et maréchal des camps et armées du roi. A la mort de son parent Antoine du
Vivier, survenue en 1701, Bonaventure d'Ortaffa engagea un procès contre l'héritier de celui-ci, pour revendiquer la possession des ficfs appartenant à la maison d'Ortaffa. Il assigna Alexandre du Vivier de Montfort en ouverture de quatre fidei commis perpétuels contenus, le premier dans le testament de Marie d’Ortaffa tie Berart de Gualba et les trois autres dans les testaments de François, Ferdinand et Bcrenger d'Ortaffa. ses ascendants. La matière du premier de ces fidei commis était différente de celle des trois autres; Bonaventure d'Ortaffa prétendait au contraire qu'elle était identique. Le 114 mai 1717, une sentence du Conseil Souverain déclara qu'il y avait substitution perpétuelle dans le testament de Marie d'Ortaffa et qu'il n’en existait aucune dans les testaments de François, Ferdinand et Bérenger d’Ortaffa. Les parties firent mutuellement appel de cet arrêt ; un nouveau jugement allait être porté. lorsque Bonaventure d'Ortaffa produisit, pour fortifier sa demande, le testament d’Aldonse d'Ortaffa-Terré. La Cour, par arrêt, du 27 juin 1727, confirma la sentence et netrancha pas la question du testament d’Aldonse d'Ortaffa-Terré. parce que cette nouvelle demande n'avait pas été formée en première instance. Elle réserva toutefois à Bonaventure d'Ortaffa le droit d'agir à cet égard devant le premier juge, sauf appel. Bonaventure d'Ortaffa ne donna passuite aulitige que, toutefois.ses descendants reprirent quarante-cinq ans plus tard. De l’union que Bonaventure d'Ortaffa contracta, en 1695, avec Hippolyte de Ros d'Ortaffa étaient issus: Antoine, son héritier, et Marie-Thérèse qui
épousa. le 8 avril 1736, Antoine de Pagès, seigneur :
de Saint-Jean-pla-de-corts, fils de Joseph de Pagès de Vilanova et de Joséphe de Copons.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 517-519. — Ar-
chives de Madame Babut., née Jaubert de Passa.
ORTAFFA (Antoine d'), fils et successeur du précédent, était seigneur de la baronnie et de la vallée de Conat, en 1763. Par exploit du 20 décernbre 1771, il rouvrit le procès que son père avait en- Llamé contre la famille du Vivier de Lansac qui détenail les seigneuries d'Ortaffa, d'Eus, La Clusa. etc. Antoine d'Ortaffa voulut prouver que l'esprit et la lettre du testament d'Aldonse d’Ortaffa-Terré, fait à Barcelone, le 18 août 1538, établissaient une substitution perpétuelle dont la branche de sa famille était en droit de bénéficier. Mais par sentence du 16 novembre 1774, la cause fut décidée en première instance en faveur du marquis François-Hippolvte du Vivier de Lansac, possesseur des fiefs d'Ortaffa, de La Clusa. Antoine d'Ortaffa et son fils Paul d'Ortaffa d'Alemany de Ros. interjetèrent appel de cet arrêt. Le marquis du Vivier intime publia pour sa défense trois volumes, savoir : un Mémoire manuscrit de
ORTAFFA — ORTALLO
136 pages de copie; un Second mémoire imprimé à Perpignan de 84 pages in-folio, et un Troisième mémoire imprimé à Montpellier, grand in-folio, de 68 pages. Les chevaliers d’Ortaffa, appelants. firent éditer une Réponse aux trois mémoires qui renferme 171 pages in-folio. L'issue du procès ne nous est pas connue. Antoine d’'Ortaffa unit ses destinées à Marie-Thérèse de Ros de Margarit et eut d'elle un fils, Paul, qui suit.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille). 517-519. — Archives de Madame Babut, née Jaubert de Passa.
ORTAFFA (Paul-Bonaventure-François d'), fils d'Antoine, naquit le 30 avril 1745. Il était cornette au régiment de cavalerie de Noailles quand il se maria, le 143 mai 1766, avec Marie de Ros de Banyuls. Paul d'Ortaffa parvint aux grades les plus élevés. Il fut mestre de camp d'infanterie, inspectour des gardes-côtes de la province de Roussillon et brigadier des armées du roi. Le 23 avril 1789, l'Ordre de la noblesse du Roussillon assemblé pour nommer ses députés aux Etats-Généraux, le choisit, à la pluralité des suffrages, pour son président. Le baron d'Ortaffa dirigea les débats des diverses séances tenues durant les derniers jours du mois d’avril 1789 par les cent trente-cinq membres de la noblesse roussillonnaise qui figurèrent aux réunions de leur Ordre. Les douze commissaires chargés de la rédaction des condoléances s’assemblérent dans la maison du baron d'Ortaffa et rédigèrent sous ses yeux leur important travail qui fut ensuite approuvé par l'Assemblée plénière des nobles. Le 30 avril 178, Paul d'Ortaffa prit la parole, au nom de ses collègues, au sein de l’Assemblée générale des trois Elats de la province de Roussillon. Il protesta contre la forme de convocation employée pour la tenue des Etats généraux et contre la prestation du serment des députés de la noblesse par devant l’Assemblée générale. Paul d'Ortaffa émigra en 1792 et mourut en 1825. Il ne laissa que deux enfants : Ferdinand-Jean- Bonaventure-Bérenger d'Ortaffa, qui est décédé à Perpignan, le 4 mars 1870, et une fille, Rose-Victorine-Marie.
Archives des Pyr.-Or. E. (Titres de famille), 517-519. — ALART. Notes el documents hisloriques sur le departement des Pyrenees- Orientales.
ORTALLO (Bernard d'’), nommé abbé d'Arles en 1399, succéda à Pons de Vilanova. Ce prélat assista au Concile de la Réal tenu en 1408 et célébra des synodes dans son monastcre durant les années 1416, 1418 et 1423. Il mourut le 11 août 1434.
Gallia chrisliana, vi. col. 1002. — Abbé J. CaPriLiE, Concile de la Real.
ORTEGA — OSTENSIUS
. ORTEGA (Etienne), notaire de Perpignan, contracta alliance, en 1576, avec Anne Roig. Le 15 septembre 1578, il fut nommé secrétaire de la communauté ecclésiastique de Saint-Jean. À sa mort. il laissa un fils du nom de Jean.
Archives des Pyr.-Or.. E. (Titres de famille), 520, G. 240.
ORTEGA (Jean), remplaça son père dans les charges de notaire à Perpignan et de greffier de la cour ecclésiastique du diocèse d’Elne. En recueillant la succession de Jérôme Soler, son prédécesseur à ce dernier office, Jean Ortega fut dans l'obligation de lui intenter un procès. parce qu'il refusait de livrer les archives du greffe. Soler fut condamné et excommunié. Jean Ortéga devint dans la suite fermier de la cour ecclésiastique et secrétaire de la Procuration royale des comtés de Roussillon et Cerdagne. Il avait épousé en 1594, Rose Arles, fille d’un jardinier de Perpignan, qui lui donna trois fils: Joseph, Antoine et Gabriel. Le premier, auquel Jean Ortega transmit la charge notariale, mourut sans postérité. Le plus jeune, Gabriel, fut d’abord bénéficier de l’église Saint-Jean, occupa ensuite la cure d'Evol et d'Olette et résigna cette charge, le 14 juillet 1665, en faveur de Jean-Etienne Ribes, bénéficier de Prades.
ORTEGA (Antoine), fils du précédent, fui nommé, le 27 juillet 1637, suppléant de Michel Rodo, archiviste du Domaine. Devenu peu de temps après secrétaire de la Procuration royale, il ne tarda pas à recevoir de Philippe IV, roi d'Espagne, un privilège qui lui conférait le titre de notaire à Perpignan. Antoine Ortega se maria à Anne Pinyes qui lui donna un fils. Raphaël.
Archives des Pyr.-Or., 387, 388, 445, E. (Titres de famille), 520.
ORTEGA (Raphaël d') était secrétaire de la Procuration royale lorsqu'il épousa, en 1649, Magdeleine Closells, fille de Mathieu Closells, marchand d'Olot, qui entra dans les ordres à la suite de son veuvage. Raphaël Ortega, qui fut créé bourgeois noble de Perpignan, dans le cours de l’année 1668, laissa quatre fils : Raphaël, Charles, Félicien et Louis. Ce dernier fut docteur en droit, comme son frère aîné, Raphaël. Charles et Félicien embrassèrent l'état ecclésiastique. Le 24 septembre 1706, Charlesd'Ortega obtint une stalle au sein du chapitre de Saint-Jean à Perpignan ; il occupa aussi la chaire de théologie à l'Université de la même ville, et mourut en 1731. Félicien d'Ortega, docteur en théologie. était recteur
de Montesquieu en 1685 et bénéficier de Saint-Jean
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille). 520, G. 234, 272,
ORTEGA (Raphaël d'), fils aîné du précédent, docteur en droit et bourgeois honoré de Perpignan, devint conseiller du roi, juge en la Cour royale ordinaire et substitut du Procureur-général au Conseil Souverain du Roussillon. Il épousa en 1668, Marie Piquer, fille de François Piquer, bourgeois noble. De cette union naquirent trois filles: Marie-Thérèse, héritière universelle de la maison d'Ortega et épouse d'Antoine de Jorda ; Claire ; et Marie, religieuse dominicaine au couvent de Sainte-Catherine, à Perpignan.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 520.
ORTODO (Jean-Onuphre), issu d'uneancienne famille de Puigcerda, naquit dans cette cité, vers le milieu du xvr siècle. Après avoir obtenu le doctorat en droit à l’Université de Lérida. il fut nommé notaire de sa ville natale par les consuls de la localité. En 1584, Jean-Onuphre Ortodo commença la rédaction d’un journal manuscrit qui est parvenu jusqu'à nous, dans lequel il relata, sous forme d’éphémérides, les événements notables survenus en Cerdagne, durant la seconde moitié du xvr' siècle et au début du siècle suivant. Ce précieux document constitue une riche source narrative d'histoire locale parmi le fonds des archives communales de la ville de Puigcerda. On y trouve à glaner de nombreux renseignements utilisables pour l'histoire civile, religieuse, politique et administrative de l’ancien comté de Cerdagne. Ce manuscrit est intitulé : Dielarium fidelissime ville Podii Cerelani. Ortodo assista, à titre de délégué par la ville de Puigcerda, aux Cortès tenues à Monçon, en 1585. Il mourut dans son lieu d’origine, en 1616.
ToRREs-AMarT. Diccionario crilico de los escriltores catalanes. — À. Pusoz x SaroNT, Hijos ilustres de Cerdana.
ORTOLANES (Pierre), pcintre de Perpignan, vivait sous le règne d’'Alphonse V, le Magnanime. Archives des Pyr.-Or., B. 254, 405.
OSTENSIUS, :ingt-deuxième abbé de Saint- Michel de Cuxa, succéda à Gausfred TITI, après une vacance de trois années. Ce prélat assista à la consécration de la nouvelle église de Notre-Dane d'Arles, faite par Artaud, évêque d’Elne, le 13 octobre 1157.
Marra hispanica, col. 1321. — For, Histoire de l'abbaye royale de Saint-Michel de Cuxa.
OTGER (Le Duc), ou Otkar, surnommé Cathalon, était fils d’un duc de Bavière, qui vivait au commencement du vin” siècle. Il suivit Charles Martel dans son expédition d'Aquitaine, et fut nommé gouverneur de cette province, en récompense des services qu'il avait rendus pendant la guerre. Appelé par les Wisigoths d'Espagne, Otger les secourut avec succès contre les Maures, précéda Charlemagne en Catalogne, à la tête de neuf barons, qui devinrent la souche des plus illustres familles du pays, et mourut
OTGER
devant les murs d’'Ampurias, dont il faisait le siège. Les barons ensevelirent ses restes à Saint-André d’Exalada ; mais, peu d'années après, le monastère fut emporté par une crue subite des eaux de la Tét, et le tombeau disparut dans cet immense cataclysme.
Tomicx, Historias e conquestas dels excellentissims y catolichs reys de Arago e de lurs antecessors los comtes de Barcelona. — Pusapes, Cronica universal del principado de Cataluña. — Etienne DE COoRBÈRE, Calaluña illustrada, Naples, in-fol., 1678.
PAGÉS (Gaudérique), docteur ès-lois, était fils de Jean Pagès, bourgeois de Perpignan, mentionné avec ce titre dès l’année 1357. Gaudérique fut juge des premières appellations de Roussillon et de Cerdagne (1430-1435).
Archives des Pyr.-Or., B. 235. — Communication obligeante de M. Albert Salsas.
PAGES (Jean), fils du précédent, docteur ès-lois, fut nommé, par Alphonse V, assesseur du gouverneur de Roussillon et de Cerdagne, en remplacement de François Castello, révoqué. Jean II, son successeur, en fit son conseiller, le créa chevalier et lui confia les hautes fonctions de vice-chancelier du royaume d'Aragon. Le 19 août 1460, Jean Pagès acquit de Bérenger d'Oms, damoiseau de Perpignan, le château et le village de Saint-Jean-pla-de-corts, moyennant la somme de cinquante mille sols. Par sa situation, Jean Pagès fut trop en vue à la cour aragonaise pour ne pas suivre la fortune politique de ses princes. Ces souverains lui accordèrent toute leur confiance en l'appelant à négocier les affaires de la plus haute importance. Déjà au mois de juin 1459, 1l se trouva au nombre des plénipotentiaires qui engagèrent des pourparlers avec les diplomates du roi de France, dans le but de ménager un traité d'alliance entre Charles VIT et Jean II d'Aragon. L'avènement de Louis XI au trône changea la face des affaires et le Roussillon passa bientôt sous la domination de ce monarque. Celui-ci se conduisit dans l'administration des comtés de Roussillon et de Cerdagne en véritable ennemi du roi d'Aragon. Par une ordonnance du 16 septembre 1467, il confisqua sur Jean Pagès la terre de Saint-Jean-pla-decorts. Sa maison de Perpignan fut saccawée et livrée au pillage. Fidèle à son souverain, Jean Pages prit le chemin de l'exil ; il conserva sur la terre étrangère l'affection de son maître qui le nomma l’un de ses exécuteurs testamentaires quelque temps avant sa mort, arrivée le 19 janvier 1479. Les biens de Jean Pagès et de son fils, Gaudérique-Clément, avaient d'abord été attribués par Louis XI à Jean de Garric. Ce dernier étant décédé sans enfants légitimes, Boffile de Judice, vice-roi de Roussillon. en fit dona-
lion à Julien de Stor et à Samson de Grime. Jean Pagès épousa en premières noces, à Puigcerda, en 1439, Jeanne Solanell, fille de Jean Solanell, bourgeois de cette ville ; et en deuxièmes noces, Antoinette Cases, fille de Bernard Cases, de Perpignan, dont il eut deux enfants connus : Marguerite et Gaudérique-Clément. Jean Pagès fit son testament à Barcelone, le 6 mai 1481.
Archives des Pyr.-Or., B. 272, 283. 296, 318, 326. — Abbé
J. CaPEILLr, La seigneurie de Saint-Jean-pla-de-corts. — Communication obligeante de M. Albert Salsas.
PAGES (Gaudérique-Clément de), fils du précédent et d’Antoinette Cases, son épouse, couitracta mariage, en 1474. avec Catherine dez Volo. fille de feu Jacques dez Volo, chevalier, et de Catherine qui. à la mort de son mari, avait convolé en secondes noces avec Thomas dez Vivers, scigneur d’Alénya. Catherine dez Volo apporta en dot à Gaudérique- Clément de Pagès un héritage au Soler et certains droits féodaux sur la cité d'Elne. De leur union naquit un fils nommé François. Gaudérique-Clément de Pagès était décédé avant la rétrocession du Roussillon à la couronne d'Aragon, et sa veuve épousa en deuxièmes noces le damoiseau Jacques del Aran.
Archives des Pyr.-Or. B. #15, E. (Titres de famille), 523. — Abbé J. CaPEILLE, op. cil.
PAGES (François de), damoiseau, fils du précédent, prit possession en 1512 de la seigneurie de Saint-Jean-pla-de-corts. Il fit donation, par son testament, au chapitre de Saint-Jean, de la remarquable image du Dévot Crucifir qui de nos jours encore, est l'objet d'un culte spécial à Perpignan. « Ce crucifix. dit Henry. morceau remarquable de la statuaire religieuse antérieure à la Renaissance. montre le Sauveur des hommes. comme on le représentait alors, non en figure académique, aux formes mâles, pleines et bien musclées. mais dans toute la vérité historique... En voyant cette figure. on n'est pas étonné de la haute vénération dont elle a été l’objet. L'homme-Dieu vient de rendre le dernier soupir ; sa mort a mis fin aux douleurs du supplice, dont les traces se montrent encore tant dans l'état de contraction
des doigts des pieds qu'au mouvement des traits du visage. et aux souffrances de toute une vie, ce que témoigne l’extrême amaigrissement du corps. Tout est bien senti dans l'exécution de cette sainte image. Le poids du corps tend les bras que retiennent un peu en arrière les clous des mains: ce corps que la mort vient de frapper. s'affaisse sur les membres inférieurs, forcés de fléchir sur eux-mêmes parce que les clous des pieds bornent le mouvement de descente. La tête. morte, abandonnée à son propre poids, tombe sur la poitrine qu'elle entraine en avant, et dont le surplomb tend fortement sur les côtés la peau qui les couvre. » Par une délibération en date du 30 juin 1529, le chapitre de Saint-Jean de Perpignan désigna deux chanoines pour effectuer l'exécution des dispositions testamentaires de François de Pagès et décida que l’acquisition de l’image du Dévot Crucifix serait opérée par le neveu du bedeau du chapitre. On songea à bâtir pour le Dévot Crucifix une chapelle particulière. Le 13 janvier 1534. on résolut d’affecter un lopin de terre contigu à l'église Saint-Jean à la construction de la nouvelle chapelle. On recueillit des aumônes et on se mit à l'œuvre. En moins de neuf ans, l'édifice religieux fut bâti. Le 12 mars 1543, le chapitre décida de transférer le Dévot Crucifix, du vieux Saint-Jean dans la Chapelle du Christ. La translation eut lieu, en effet. le vendredi de la semaine de la Passion de cette même année 1543. C’est dans cette chapelle que fut creusé le caveau où furent déposés les corps des défunts de la famille de Pagès. François de Pagès, qui avait épousé Angèle d'Oms, mourut en 1526.
Archives des Pyr.-Or., G. 252. — HExrny, Guide en Roussillon. — Abbé J. Caetizze, 0p. eil. — Communication obligeante de M. Albert Salsas.
PAGES (Gaudérique de), damoiseau.fils du précédent, occupait déjà la seigneurie de Saint-Jean- Pla-de-corts en 1526. A cette date, il délivra une quittance pour fourniture de vins, vivres et autres objets faite à des soldats allemands. Gaudérique de Pages était vice-gouverneur de Roussillon, en 1533. Il fit son leslament en 1549. devant Antoine Fita, notaire à Perpignan, et laissa sa succession à son épouse, Sigismonde. fille de Louis d'Oms, seigneur de Corbère et ancien gouverneur des comtés de Roussillon et de Cerdagne. Celle-ci mourut le 3 décembre 1571, après avoir arrêté ses dernières volontés. Elle fixa sa sépulture dans l'église paroissiale de Saint-Jean-pla-de-corts. en l'endroit où son mari et quelques uns de ses enfants étaient déjà ensevelis. Elle désigna comme manumisseurs son frère, Jean d'Oms. seigneur de Corbère et sa propre fille, Yolande de Pages, épouse de Charles de Llupia.
PAGÈS
Jean-François de Pagès, son fils, fut son héritier universel.
Archives des Pyr.-Or., B. 355, G. 737. — Abbé J. CAPEILLE, op. cit.
PAGES (Jean-François de), damoiseau, fils du précédent, épousa. cn 1570, Raphaëlle-Guiomar de Gleu qui lui apporta en dot la seigneurie de Saint- Estève. Ce nouveau fief resta annexé aux domaines de la famille de Pagès jusqu'à la moitié du siècle suivant. En 1651, « la seigneurie de Saint-Estève, dit Alart, se trouva occupée, nous ne savons comment, par Antoine Generès, bourgeois honoré et immatriculé de la ville de Perpignan. » Du mariage de Jean-François de Pagès et de Raphaëlle Guiomar de Gleu naquirent trois enfants : Jacques baptisé à Thuir, le 28 juin 1577 qui mourut en bas-âge, Gaudérique qui devint le successeur de son père et Jéromine qui épousa plus tard don Jean de Llupia y Çaragossa, procureur royal de Roussillon et de Cerdagne. Jean-François de Pagès descendit dans la tombe longtemps avant son épouse et sa belle-mère. Dans le testament qu'il fit, le 8 avril 1587, l’une et l’autre sont désignées pour exécuter ses dernières volontés. Raphaëlle Guiomar, sa veuve, mourut à son tour, le 9 août 1596. Comme elle était décédée ab inteslat, son fils, Gaudérique la fit inhumer dans la chapelle du Dévot Crucifix. se réservant la faculté de faire transporter plus tard son cadavre ailleurs.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 523. — Abbé J. CAPEILLE, op. ci.
PAGES (Gaudérique de), chevalier, fils du précédent, unit ses destinées, le 19 décembre 1600, à Paule. fille de Jacques de Vallgornera, seigneur dels Bous (diocèse de Gérone) et d'Anne de Senjust, dont la maison devait donner un évêque au siège d'Elne, François Senjusl. La succession de ce prélat décédé à Gérone, son dernier siège, durant le mois de mai 1627, suscita un différend entre Gaudérique de Pagès et La Chambre apostolique. Le seigneur de Saint- Jean-pla-de-corts, se prévalant de son titre d’héritier. avait retenu par devers lui les quatre mules de l’équipage épiscopal. Le tribunal ecclésiastique lui enjoigwnit « au nom de la sainte obéissance, sous peine d'excommunication majeure latæ sententir et de mille ducats d'amende, de restituer, dans l'intervalle de trois jours, les quatre bêtes de somme au chanoine Michel Rois, sous-collecteur de la Chambre apostolique. » Gaudérique de Pasès obtempera aux ordonnances des supérieurs ecclésiastiques. Il laissa un fils du nom de Joseph, qui lui succéda.
Archives des Pyr.-Or.. E. (Titres de famille), 523. — Abbe
J. CaPEILLE, op. ci.
PAGÈS
PAGES (Joseph de), fils du précédent, chevalier, portait le titre de seigneur de Saint-Jean-pla-de-corts, dès l’année 1634. Le 9 avril 1635, il contracta alliance avec Marie-Anne, l’une des quatre filles issues du mariage de Thadée del Viver et de Sant-Marti, seigneur de Maureillas et de Calce avec dona Marie de Descallar. Pendant les guerres de Catalogne, Joseph de Pagès figura au nombre des nobles catalans, présents à l’armée de Dalmace de Queralt. Des criées faites à Perpignan, le 28 août 1639, par ordre du comte de Santa-Coloma. le désignèrent comme lieurtenant de la compagnie des feudataires qui servaient par substitution, dont le commandement avait été confié à Bernard d'Oms, seigneur de Calmella. Le 20 août 1653, le roi de France fit donation de rentes sur les biens de Joseph de Pagès. en faveur du chevalier Benoît Ginebreda. Le seigneur de Saint-Jeanpla-de-corts et sa famille fixèrent alors leur résidence à Tortose. En 1661, Joseph de Pagès était déjà décédé et sa veuve administra, après lui, la baronnie. Leur fils, Joseph de Pagès recueillit ensuite leur succession.
Archives des Pyr.-Or., B. 489. 390, 394, E. (Titres de famille),
#23. — p'Hozier, Armorial général ou registre de la noblesse de France, VI. — Abbé J. CaPEiLLE, 0p. cit.
PAGES (Joseph de), fils du précédent, épousa. le 26 octobre 1673. Gaudérique de Vilanova, fille d'Hyacinthe de Vilanova de Çagarriga et d’Elisabeth d'Oluja, qui lui donna un enfant auquel on assigna au baptême le prénom du père.
D'HOZIER, op. cil.
PAGÈS (Joseph de), fils du précédent, chevalier, baron de Sant-Jean-pla-de-corts. de Vivès. fut aussi seigneur engagiste de Pujol et de Lavall. L'alliance qu'il contracta. le 18 janvier 1698, avec Josèphe de Copons, fille de Michel de Copons de Tamarit, conseiller du roi, Président du Conseil Souverain du Roussillon, et de Marie-Thérèse de Réart, lui valut, ainsi qu’à ses descendants, une place de conseiller d'honneur au tribunal suprême de la province. Il rédigea son testament en 1722, mais il mourut seulement en 1743. Joseph de Pagès laissa un fils. Antoine, qui lui succéda.
Archives des Pvr.-Or., GC. 1643, E. (Titres de famille), 524. — Abbé J. Caprie, La seigneurie de Saint-Jean-pla-de-corts.
PAGES (Antoine de), fils du précédent, naquit le 23 août 1703. Il fit ses preuves de noblesse, Île 4 février 1716, lors de son admission au collège Mazarin, appelé des Quatre-Nalions, à Paris. Le 24septembre 1735, Antoine de Pages épousa dona Marie- Thérèse d'Ortaffa et de Ros. De ce mariage naquitun enfant appelé Michel. Antoine de Pagès figure. en
on nt tes? en D oo
qualité d’exécuteur testamentaire de Jacques de Lacombe, brigadier et lieutenant du roi à Perpignan, dans un acte de constitution de rente faite par don Xavier de Pi et Tord, le dernier jour de l’an 1744.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 323. — D'Hozier, Armorial general ou registre de la noblesse de France, VI. — Abbé J. CAPEILLE, op. cit.
PAGES (Michel de), fils du précédent, épousa, le 9 octobre 1768. Marie de Banyuls de Bellissen. De leur contrat de mariage. il conste que Joseph de Banyuls de Montferrer, père de la fiancée, fit donation à sa fille, ce même jour, de la somme de 24.000 livres. Le 24 juillet 1766. Antoine et Michel de Pagès souscrivirent une déclaration chez M° Bonnet, notaire à Perpignan, aux termes de laquelle ils reconnurent appartenir à la famille de MM. de Pagès, seigneurs de La Calletière et de Fallière. établis dans les pays d'Aunis et de Saintonge, quoique descendants de Raymond de Pagès, écuyer et capitaine (ou capitoul) à Toulouse en 1489. Cette maison était alors représentée par Pierre de Pagès, né en 1726, capitaine de grenadiers; Louis de Pagès. né en 1717, chanoine de la cathédrale de la Rochelle : et par Jean de Pagès, né en 1718, capitaine au régiment Comtois-infanterie, qui a laissé des descendants. Le grave et judicieux généalogiste D'Hozier a accepté bien légèrement cette commune origine de deux familles qui n'ont jamais eu d'autres liens que ceux résultant d'une trompeuse homonymie. Michel de Pagès mourut le 1” octobre 1786. Il laissait trois enfants : Joseph, Antoine et Jean. D’après ses dispositions testamentaires rédigées le 2 août 1783, l’aîné devait être son héritier universel, et les deux autres devaient percevoir dix mille livres chacun, le jour où ils accombpliraient leur vingt-cinquième année. Ses suprêmes volontés ne furent point exécutées. Au moment de la Révolution, il n’v avait dans le chàteau de Saint-Jean-pla-de-corts que des pupilles, c'est-à-dire des adolescents placés sous la tutelle de leur oncle. Mariano de Guanter. Leurs biens furent confisqués au nom de la Nation el vendus. Toutefois. sous le règne de Louis XVII, une partie des propriétés retourna au dernier survivant de l'ancienne famille seigneuriale de Saint-Jean. « M. Jean Sarda. dit la Feuille d'affiches de Perpignan, dans son numéro de samedi 20 juillet 1816, a fait avec M. le chevalier de Pagès, un arrangement : il a rendu à celui-ci, moyennant ie remboursement du prix qu’il avait coûté, la partie de ses domaines qu'il avait acquise. » La descendance de la maison de Pagès s’est éteinte dans la famille Muñoz.
Archives des Pvr-Or., E. (Fitres de famille), 524 — D'Hozin.
op. cit. — Abbé JS. Carrie, op. ei — Communication obligeante de M. Clément de Lacroix et de M. Albert Salsns.
PAGES (Bonaventure-Jacques-Joseph), fils de Jean Pagès, propriétaire, et d'Anne Carrère, naquit à Palau-del-Vidre le 14 juillet 1806. A peine eut-il terminé ses études qu'il se fit inscrire comme avocat à la Cour de Paris. Il v séjourna peu de temps; la Révolution de 1830 l’v trouva plein de jeunesse et d'enthousiasme : il lui donna une active adhésion, prétendit appartenir à une famille persécutée en 1815 par la réaction royaliste et fut nommé le 19 août 1830, sous-préfet de Prades, en remplacement de Bernigaud de Chardonnet. (luoique à peine âgé de vingt-quatre ans, il sut faire face aux difficultés qui suivirent le changement de régime. L'Espagne avait vu à regret la chute de Charles X; le gouverneur général de la Catalogne s’était porté sur Puigcerda avec la brigade du général Monet et avait interrompu les communications sur la frontière. Informé le 17 novembre 1830 par le maire de Bourg-Madame de la présence inquiétante d'un corps d'armée espagnol, Pagès se rendit en toute hâte à Mont-Louis, fit sortir la garnison, se dirigea vers Bourg-Madame, où les troupeaux qui pacageaient aux abords de la frontière avaient été refoulés, vit le gouverneur de Puigcerda, exposa le danger diplomatiquequi pouvaitrésulter del’émotion des populations françaises et reçut l'assurance écrite que le général Monet se retirerait vers la Seo d'Urgel. À la même époque, et tandis que des émeutiers brülaient le Grand-Séminaire de Perpignan, il empêcha la dévastation du Séminaire de Prades et rétablit l'harmonie entre les habitantset les troupes détachées à Prades que des querelles particulières avaient altérées. Cependant aux élections de 1832, son frère, maitre des requêtes au Conseil d'Etat (qui épousa dans la suite la fille de M. Etienne, pair de France) se présenta à Prades avec l'appui du gouvernement. Le sous-préfet intervint vivement en sa faveur, souleva les protestations des électeurs et son maintien étant devenu impossible, Bonaventure Pagès fut envoyé à la Tour-du-Pin, le 30 juillet 1832. Il débuta dans ce nouveau poste, en affirmant son dévouement à la monarchie de juillet et le 8 septembre il adressa aux maires de son arrondissement une circulaire dans laquelle il se flattait d'avoir contribué à renverser le gouvernement de la Restauration. En 1834, lors des troubles de Lyon, il fut cerné dans sa souspréfecture par les insurgés : il sut les contenir avec des douaniers accourus des brigades voisines. Improvisant ensuite des bataillons de garde nationale, il les porta sur Lyon et, si les circonstances l'avaient exigé. ces renforts auraient pris part à la défense de la ville ; en méme temps, il fit poursuivre et arrêter les fuyards. Sa conduite fut appréciée en haut licu et malgré une rupture survenue avec le Conseil municipal de la Tour-du-Pin qui lui retira la jouissance gratuite d'un logement concédé depuis plus de trente
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ans dans un bâtiment communal, il fut approuvé et soutenu. Il sollicita alors la préfecture de l’Ain et obtint en 1835 la sous-préfecture de Sarreguemines. Thiers. alors ministre de l'Intérieur, écrivit, le 14 novembre 1835, une lettre au préfet de l'Isère, dont les termes flatteurs prouvaient hautement la confiance du gouvernement dans le zèle de ce fonctionnaire. Deux ans après, Bonaventure Pagès passait, le {4avril 1838, à la sous-préfecture de Rethel. Les notes de son préfet le dépeignent ainsi: « Instruit, capable, grande finesse d'esprit, commerce facile, conciliant, manquerait pourtant de fermeté et d'idées arrêtées ». Le 5 juin 1840, Bonaventure Pagès obtint la préfecture de la Haute-Loire. Il y fit un court séjour bien que le Conseil général, appréciant le haut mérite, les connaissances et les lumières dont le préfet avait donné des preuves au cours de la session. lui eùt voté des remerciements. Il fut nommé préfet de la Lozère le {‘’août 1841 et presque aussitôt chevalier de la Légion d'honneur. — La Lozère fut un poste périlleux. Deux députés, le général Meynadier et Rivière de Larque, fidèles soutiens du ministère, disposaient de tout pouvoir dans le département. Renouard, conseiller de préfecture, et, en même temps, avocat, était leur grand agentélectoral et leur hommedansies bureaux. Le préfet, fonctionnaire consciencieux, s'avisa que le conseiller de préfecture Renouard était appelé à apprécier les droits des communes, dont il devenait l'adversaire, le lendemain, comme avocat, et c’est à la suite de cette dualité de fonctions, que certaines communes s'étaient vues enlever la propriété de leurs bois dans des procès malengagés. Bonaventure Pagès le prit de haut. somma Renouard de renoncer à ses doubles fonctions et demanda une enquête au Ministère des Finances qui critiqua sévèrement les manœuvres du conseiller de préfecture. Celui-ci, fort de ses appuis, se plaignit au ministre Duchatel d'avoir été diffamé, menaça d’un procès public, tandis que d'autre part, le préfet continuait à dénoncer les actes de concussion du meneur électoral. Lutte inégale et en tout temps pénible. Une lettre de Rivière de Larque, député, adressée au Ministre de l'Intérieur fit pressentir le dénouement. En juillet 1843, Bonaventure Pagès fut brutalement révoqué par Duchatel pour avoir refusé d'absoudre un agiotage que les inspecteurs des Finances avaient blâmé. Le Conseil municipal de Mende protesta contre l'injustice par une délibération du 18 juillet ; les journaux d'opposition le National, le Siècle, le Constilutionuel s'indignèrent du triomphede l'intrigue et dela concussion. Duchatel se crut généreux en offrant à Bonaventure Pagès de lui continuer un traitement de disponibilité qui fut dignement refusé. Le préfet disgräcié rentra à Perpignan. On le pria, à Prades, de se présenter contre Théodore Parès, député sortant. Il refusa aussi
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et se mit au service de l'administration pour soutenir à Céret le candidat du gouvernement. Il n'apaisa pas les rancunes et attendit trois ans sa réintégration. Le 6 novembre 1848, après la chute du gouvernement de juillet, il fut appelé à la préfecture du Jura et ses notes lui rendent enfin justice en témoignant « que victime de son devoir, il s’est toujours montré plein ” de fermeté, d'indépendance et d'énergie ». Mais la vie du préfet fut souvent instable. Le 11 janvier 1849, Bonaventure Pagès était nommé préfet de la Côted'Or et ce brillant avancement était bientôt suivi de la croix d’officier de la légion d'honneur (14 décembre). Les fleurs cachaient le fossé. Le prince Louis- Napoléon vint à guetter le pouvoir; pour pressentir l'opinion, il décida, en août 1850, de visiter la vallée du Rhône et Bonaventure Pagès se trouva à Dijon pour le recevoir. Il alla attendre le président de la République au pont d’Aisy, à vingt-quatre lieues de Dijon, fut admis dans la voiture et très satisfait des mesures prises pour échauffer l'enthousiasme, il se init à la tête du cortège. L’enthousiasme ne tarda pas, en effet, à se manifester par les cris de: vive la République, auxquels le Prince ne répondit pas. Dans son rapport au Ministre de l'Intérieur, le malheureux fonctionnaire traduit son malaise : « Lorsque le cortège est arrivé à Montbard, dit-il, une trentaine d'énergumènes, payés probablement sur ce point, comme ils l'ont été à Dijon, ont vociféré vive la République.. Ils n’ont pu franchir la haie des gardes nationaux.. et plus loin les’ Chevanne, frère du maire de Montbard, s’est élevé sur la roue de la voiture du Prince et a proféré d’une voix de stentor le cri de vive la République; ses voisins l’ont fait descendre ; cependant les journaux ont prétendu que Chevanne, après s'être emparé de la main du Président, l'avait forcé à répéter le cri de vive la République démocralique ! Et le préfet ajoute : « Si ce criminel outrage s'était accompli sous mes yeux, la répression ne se serait pas fait attendre. » Le prince Napoléon dina à la préfecture et se rendit à 10 heures au bal qui lui était vifert au théâtre par la municipalité. Il ouvrit le bal avec Madame Pagès et se retira à minuit. En rentrant à la préfecture, Bonaventure Pagès apprit que, pendant le diner,un groupe d'ouvriers. précédés d'un drapeau, s'était présenté devant les grilles et que le commissaire central les voyant avinés les avait éloignés. Le préfet approuva, mais le lendemain le bruit se répandit que les ouvriers étaient venus offrir leur drapeau au prince-président et qu'ils avaient été éloignés par ordre du préfet. Fàächeux malentendu, irréparable contre-temps. Quelques mois après, Bonaventure Pagès était envoyé en disgrâce à Rennes, le 7 mars 1851. Ce fut son dernier poste. Le 9 décembre, au lendemain du coup d'Etat, il était révoqué. Quelle cause attribuer à cette chute?
Toujours la fatalité des circonstances qui grandit ou brise les carrières. Comme tous ses collègues, Bonaventure Pagès avait reçu des ordres la veille du coup d'Etat ; il les avait exécutés : il avait convoqué le général commandant la division, le premier président et le procureur général, à qui il avait donné ses instructions en vue de troubles possibles. Il avait centralisé, dans chaque sous-préfecture, les brigades de gendarmerie de l'arrondissement et l’ordre ne fut point troublé. Mais il ne put empècher l'explosion des sentiments d'indignation des citoyens attachés à la légalité. Le 3 décembre, le Journal de Rennes et le Progrès publièrent des articles violents contre le prince Napoléon. Ce fut en vain que Bonaventure Pagès fit saisir les exemplaires à la poste; le ministère de l'Intérieur était prévenu. Une note brève donne l'impression de son ressentiment et cette note est signée Morny: « Il est urgent de destituer et remplacer de suite le préfet de Rennes et de supprimer le journal Le Progrès. Le rédacteur doit être arrêté — à faire de suite — ». Ordre télégraphique fut aussitôt envoyé à Maurice Duval, commissaire extraordinaire à Nantes, de révoquer Bonaventure Pagès et de pourvoir provisoirement à l'intérim qui fut confié à Colombel. maire de Nantes. Les amis de Bonaventure Pagès intervinrent en vain: le général Guesviller, commandant les 14° et 15° divisions. le comte de la Riboisière, député, le conseil général, le maire de Rennes, envoyèrent leurs protestations ; Bonaventure Pages eut beau écrire des lettres de félicitations et d'excuses, approuver le coup d'Etat, assurer le gouvernement de son zèle, il ne fut pas réintégré. Le 3 décembre 1852, il fit cependant remettre confidentiellement à Persigny par Drouyn de Lhuys, ministre des Affaires étrangères. une demande qui frappa le ministreetqu’il retint pour «être examinée »; mais une note du 19 janvier, prise au cours des audiences, porte cette irrévocable condaimnation: « Vu maire Dijon — M. Pagès. ancien préfet, habile, talents. tres hostile au président, Orléaniste » — C'était la disgräce sans appel. Persigny put disparaitre, vingt ministres lui succéder, la note fatale resta : Bonaventure Pages fut désormais écarté. Bonaventure Pagès n’a pas laissé de descendance. Il perdit sa fille unique en 1860 et mourut à Paris le 18 mars 1808, dans la maison de retraite de Saint- Périsse.
Communication obligeante de M. Clément de Lacroix.
PAILLARY ou PALLARY (Bonaventure), maïitre-fondeur de la ville de Perpignan, passa contrat, le 2 août 1736, avec l'intendant de Jallais, pour la fonte de deux cloches, l’une de 1.500 livres et l’autre de 800, poids du pays, destinées à la nouvelle église de Mont-Louis. Le contrat indique, en outre, comme
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devant être fournis par Paillary, six grands chandeliers de cuivre de trois pieds de hauteur, une croix « proportionnée » sur le pied de laquelle seront gravées les armes du Roi, deux lampes de cuivre, plus un moule à hosties pour iequel il ne lui fut rien payé. Le prix de la fonte des deux cloches, dont l’une dépasse sensiblement le poids fixé (930 livres au lieu de 800), s'éleva, façon comprise, à raison de 28 sols 6 deniers la livre de fonte, à la somme de 3.458 livres 9 sols 6 deniers, à quoi il faut ajouter 600 livres pour accessoires servant au montage. C’est probablement à ce fondear qu'il faut attribuer la cloche de l'église de Font-Romeu, près Mont-Louis, datée de 1737 et attribuée par M. l’abbé Rous à un certain B. Pallans, qui nous est totalement inconnu. Le {* juin 1744, Paillary passa contrat avec les consuls de Rivesaltes pour la façon de quatre cloches neuves (étain et cuivre) et, en 1753, il expertisa une cloche fondue par Raymond Criballer pour l'église de Thuir et la déclara défectueuse aux anses.
Archives des Pyr.-Or., C. 202, 1840. — Abbé E. Rous, Hisloire
de Notre-Dame de Font-Romeu. — PALUSTRE, Quelques noms de fondeurs de cloches roussillonnais.
PALACIOS (Bernard de) était, en 1559, cornmandeur de Saint-Antoine de Vienne, à Perpignan. L'évêque d'Elne, Pierre Coma, le nomma vicaire général de son diocèse, en 1569. Bernard de Palacios devint, dans la suite, général de l'Ordre de Saint- Antoine en Aragon et commissaire de l’Inquisition pour le diocèse d’Elne.
Archives des Pyr.-Or., G. 48, 162, 239.
PALAOL (François), maître des œuvres du chàteau royal de Perpignan, sous le règne de Jean [‘, fit des réparations à cet édifice, immédiatement après le décès de ce monarque, c'est-à-dire en 1395.
Archives des Pyr.-Or.. B. 163.
PALAUDA (Bernard de), fils de Raymond, chevalier, obtint de Jacques L", roi de Majorque, concession des justices de Sainte-Colombe (sur Thuir). À la chute de la dynastie majorquine, son fils Ravmond de Paiauda. adopta le parti de Pierre Le Cérémonieux et demanda à la Cour du Patrimoine roval de Roussillon el de Cerdagne d'opérer la délimitation des territoires de son château de Sainte-Colombe et de celui de Castellnou.
Archives des Pyr.-Or.. B. 96, 190.
PALAZOL, PALASOLS «u PALLOL (Bérenger de) était originaire du fief de Pallol, ancienne villa situte dans le voisinage et à l’ouest d’'Elne, le seul domaine de ce nom que l'on rencontre dans l'ancien comté du Roussillon. Dans l'Histoire du
Languedoc, dom Vaissète place Bérenger de Palazol au nombre des troubadours qui fleurirent sous Raymond V, comte de Toulouse. Au dire de Ginguené (Histoire littéraire de la France, t. xv, p. #43), il serait mort vers la fin du xu° siècle ; l'Annuaire de 1834 le fait contemporain de Guillaume de Cabestanvy, tan-. dis que Henry, dans son Histoire du Roussillon, le déclare postérieur à ce troubadour qui vivait et guerroyait encore en 1212. Raynouard (Choix des poésies originales des troubadours) reproduit l’ancienne notice romane suivante qui précédait les chansons de Bérenger de Palazol, dans les manuscrits de la Bibliothèque nationale : « Bérenger de Palazol fut de la Catalogne, de la terre du comte de Roussillon. Ce fut un chevalier sans fortune, mais distingué par ses talents, instruit et plein de bravoure. Il composa de bonnes poésies, et chanta N'Ermessen d'Avignon, femme d'En Arnaut d'Avignon, qui était fils de Na Maria de Peiralata. » Alart dissertant sur l'opinion de l'Annuaire de 1834 avance que Guillaume de Cabestany fut précédé de vingt-cinq ans au moins par Bérenger de Palazol, qui brillait déjà detout son éclat avant 1150. « Qu'il chantât, dit-il, dès cette époque, l'épouse d’'Arnaut d'Avinyo, c'est ce que nous ne saurions ni dire ni penser ; et, en admettant que cette Marie, dont parle le biographe provençal, soit la même que celle dont le nom se trouve sur nos parchemins, sa belle-fille figurerait une des dernières, dans l'ordre de date, sur la liste des amours du poète. Quoiqu'il en soit, Bérenger ne nomme Ermessende dans aucune des chansons qui restent de lui. Il existe dans les chansons mêmes de Bérenger une indication... qui suffit pour déterminer l’époque où il florissait... Nous voulons parler de l'envoi de la chanson... (dont) voici le dernier couplet :
Aissi finira ma chanso,
E no vuelh pus longa sia,
Que pus greu la ‘n apenria
Mo Senher, e siey companho,
Lo coms Jaufres, que Dieus ampar,
Quar es adreitz e conoissens
E fay tans de riex faitz valens
Lauzengiers no ‘T pot encolpar.
Le comte Jaufre, seigneur de Bérenger de Palazoi. ne peut être que Jofre ou Gausfred HT. comte de Roussillon dès l'an 1113.et mort seulement en février 1164. Dans cette longue existence. marquée par tant de désordres et de ruines, il est cependant possible de préciser, entre l'an 1145 et l'an 1150 environ, l'époque si digne d'interêt, où le comte Jofre et sa petite cour apprenaient les chansons du poële-cavalier. » Les composilions de Bcrenger de Palazol sont assez nombreuses et se distinguent par les mêmes qualités que celles de Guillaume de Cabestany. Le Choir des poésies originales des lroubadours publié par Raynouard en renferme six au tome im, deux fragments
au tome v et trois morceaux traduits au tome nr. Alart appelle Bérenger de Palazol « un tendre génie qui chante ce qu'il éprouve, dans une langue énergique et polie, avec ce goût, qui, sans atteindre encore à la pureté classique, recherchaïit au moins cette grâce qui s'allie si facilement au naturel et à la vérité des sentiments. »
Annuaire de 1834. — ALarT. Bérenger de Palazol, dans le X°
Bulletin de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales.
PALLAROLS (Raymond de), damoiseau de Fillols. demeura attaché au parti de l’infortuné Jacques II, roi de Majorque. Comme:tel, il fut compris dans la liste des quarante-quatre nobles dont Pierre le Cérémonieux confisqua les biens, comme rebelles et traîtres à leur souverain. Sa mère Blanche de Pallarols et son épouse Ermessende revendiquèrent leur dot à la Cour du Patrimoine royal de Roussillon et Cerdagne. Raymond de Pallarols avait un frère, nomimé Arnald qui suivit la fortune de Jacques IT: ses biens furent aussi saisis et attribués à des partisans du roi d'Aragon.
Archives des Pyr.-Or., B. M.
PALMA (Bérenger de) occupait, dès 1250, la charge de sacristain de Saint-Jean à Perpignan, seconde dignité du chapitre de cette collégiale. Le 42 septembre 1250, Bernard de Berga, évêque d’Elne, le désigna pour régir l'Aumône concurremmentavec un certain Raymond Gervell. Le 18 janvier 1271, Bérenger de Palma remplissait l'office de procureur de la prévôté d'Elne. Il fut aussi procureur de Bernard de Sala, évêque d'Elne, au concile provincial de Béziers, en 1281. Le 13 juillet 1287, il apposa sa signature au bas d’un statut capitulaire réduisant à quinze le nombre des canonicats de l'église d’Elne, parce que les ressources ne suffisaient pas à un grand nombre de chanoines. Bérenger de Palma mourut le 30 décembre 1290, ainsi qu'en témoigne l'inscription gravée sur un bas-relief en marbre que l’on aperçoit, à gauche, en sortant de l’église par la porte latérale de la cathédrale de Perpignan, appelée anciennement porte de Bethléem :
Anno : Xristi : M: CC : LXXXXI : HT : kalendas :
Januarii : obiit : Berengarius : de : Palma : sacrista : Perpiniani : qui : instituit : Suum : anniversarium : ejus : anima : requiesCat : in : pace :
Les armes parlantes de Palma, un palmier, sont répétées sur la bordure du marbre. dont la partie droite est engagée dans le mur de retour. Le marbre entier mesure 98 centimètres de longueur sur 55 centimètres de hauteur, et la bordure compte pour six centimètres du pourtour. Le défunt est couché sur la litière funèbre, ou ferelrum, la tête nue, les mains
PALLAROLS — PALMAROLE