PASCAL — PASCHAL
fut placé à la tête de l’antique église-cathédrale d'Elne. Les qualités quile distinguèrent comme curé déterminèrent le choix que fit de lui l’évêque Etienne Ramadiéen lui confiant la direction du Grand-Séminaire de Perpignan, à la date du 16 avril 1872. En le plaçant à ce poste, ce prélat nomma Augustin Parès chanoine titulaire et vicaire-général honoraire du diocèse. Tous ces titres le désignèrent aux suffrages du chapitre cathédral comme vicaire capitulaire, lors de la nomination d'Etienne Ramadié à l’archevêché d'Albi, le 26 juin 1876. Ayant quitté le Grand- Séminaire, le15 octobre1876, Augustin Parèss'’adonna tout entier aux fonctions de sa charge canoniale et aux recherches sur l’histoire religieuse du diocèse d'Elne. Les cartons de ses archives personnelles renferment trois œuvres inédites, dont la publication serait d’une grande utilité pour les historiens roussillonnais. Elles ont pour titre: Chronique du chapitre cathédral de l'église d'Elne aujourd'hui de Perpignan, 5 tomes; Liber ordinalionum venerabilis capituli in ecclesià Elnensi ab antiquissimis temporibus observalorum, anno 1380 confeclus (transcriptions et nombreuses notes), { tome; dissertalions diverses sur les prélendus évéchés de Ruscino, Collioure, etc.,{tome. Le chanoine Augustin Parès est décédé à Perpignan, le 10 mars 1890.
Semaine religieuse de Perpignan, année 1849. — Communication obligeante de M. l'abbé Marcellin Fourcade. curé de Cabestany.
PASCAL (Jacques) était fils de Guillaume, qui habitait Vernet-les-Bains vers 1300. L'abbé de Canigou. Guillaume de Cervoles, avait cédé à ce dernier, le 23 décembre 1300. un emplacement situé dans la primitive installation thermale de cette station balnéaire. En vertu d’une reconnaissance féodale du 18 mars 1350, Jacques Pascal, propriétaire des bains, s'était déclaré homme propre de l'abbé Raymond Patau, après acquisition et adjonction aux siennes des maisons de Pierre Sabater. Trois ans après, le domaine s’accrut des édifices appartenant à Guillaume Noëlls, prêtre. En 1367, on trouve Jacques Pascal faisant acte de vasselage au monastère de Saint-Martin ; mais, en 1376. le roi d'Aragon confisqua les bains et exerca sur lui une vengeance politique. Vers le milieu de l’année 1374, une petite armée, forte d’au moins six mille hommes, se trouva réunie dans la ville de Narbonne, attendant les ordres de l’Infant. Il se mit à leur tête au commencement d'août et se dirigea sur les Pyrénées. C'est en Roussillon qu'il pénétra d’abord pour tâcher de passer de là en Catalogne où il espérait surprendre son ennemi. Il marcha directement sur le col de Panissars. Mais là il trouva le passage soigneusement gardé. Force lui fut d'obliquer sur la droite et de se frayer une
issue à travers les montagnes du Conflent. Dans cette contrée, il trouva, comme autrefois Jacques Il, de nombreux partisans. Le propriétaire des bains de Vernet, Jacques Pascal fut du nombre. Il occupa aussi le Mont-Canigou, dont les moines obtinrent leur grâce, en disant que leur couvent avait été envahi de vive force. L’Infant en amena cependant un certain nombre à sa suite comme otages, vola les trésors religieux du couvent, puis se dirigea vers la forteresse de Vernet, s’en empara et la ruina. La population de Vernet qui était composée de soixantedix maisons diminua d’un tiers : le Princeps namque rédigé en 1385 mentionne le village et n’y compte que vingt feux. En 1377, Pierre IV usa de représailles et confisqua les bains ainsi que leurs dépendances à Jacques Pascal, qu'il condamna au dernier supplice comme rebelle à sa dynastie et adhérent au roi de Majorque. Le 7 mai de cette même année, le procureur royal, Bérenger de Magarola. considérant que les thermes seraient plus productifs. s'ils étaient inféodés, que s'ils continuaient à demeurer entre les mains du monarque, les inféoda à Raymond Costa, alias Samaler, de Villefranche, ainsi qu’à ses descen:dants, moyennant une redevance annuelle de six livres dix sols monnaie barcelonaise de tern et un prix d'entrée de vingt sols barcelonais. La confiscation et l'inféodation n'atteignaient aue les droits emphytéotiques de Pascal, car la propriété effective des bains continua à demeurer dans le domaine seigneurial du monastère du Canigou.
Archives des Pyr.-Or., B. 132, 143. — LEcoY DE LA MARCHE, Les relations poliliques de la France avec le royaume de Major-
que. — Abbeé J. Carrie, Vernet-les-bains, la commune, la chülellenie, les thermes.
PASCHAL (Antoine) fut châtelain de Puig- Balados. sur le déclin du règne de Pierre le Cérémonieux.
Archives des Pyr.-Or.. B. 145, 15i.
PASCHAL (François) nommé châtelain de « la Tour del Far de Tautahull » par Pierre IV, roi d'Aragon, occupa cette position militaire sous les successeurs de ce monarque, Jean [°”, Martin [° et Ferdinand I". Une ordonnance de Bernard Albert, procureur royal, lui avait d’abord donné pour successeur Pierre Jorda, d’Estagel. À sa mort, il fut remplacé par Martin Campla.
Archives des Pyr.-Or., B. 145, 159, 163, 181, 182, 203, 228, 234, 238, 240, 253.
PASCHAL (Antoine), peintre de Gérone, peignit, en 1534, le retable de Saint-Pierre et Saint-Félix, dans l'église de Laroque-des-Albères.
Archives des Pyr.-Or.., G. 799.
PASQUAL (François), fils de Lazare Pasqual, notaire perpignanais et petit-fils d’un notaire de Gérone, était destiné, sinon par goût, du moins par tradition, à continuer une carrière de famille. Calme et réfléchi, il songea, pour occuper ses loisirs, à relater, sous forme de Mémoires, les faits qui se déroulaient autour de lui. Les Mémoires commencent en 1595, époque de son mariage, pour finir, comme il le note dans une petite rubrique, jusqu’au moment où il passera d’une vie dans l’autre. L'idée de léguer à ses descendants l’histoire de son temps ne germa dans son esprit qu’à l’époque où la France, songeant à s'emparer du Roussillon, fit continuellement des incursions destinées à procurer l'occupation définitive. « De 1595 à 1632 environ, dit M. Masnou, Pasqual ne parle que des évenements heureux ou malheureux de sa famille, de ses affaires personnelles ; par ci par là, une relation succincte des faits importants pour l'histoire de Perpignan, mais pas de récits détaillés qui puissent intéresser le Roussillon. De plus, ce sont des notes éparses jetées sur des feuillets détachés et qui, plus tard, réunies, furent transcrites sans ordre sur le registre qui est parvenu jusqu'à nous. C’est pourquoi les dates sont souvent interverties. Mais à partir de 1632, Pasqual s'est rendu compte de l'intérêt que pourraient présenter pour son pays ces simples notes ; aussi, dès ce jour, apporte-t-il le plus grand soin à consigner jour par jour, et pourrait-on dire, heure par heure, les événements dont il a été le témoin ou dont il a eu connaissance. On suit pas à pas l'entrée des Français en Roussillon, leurs succès et leurs revers, et finalement l’envahissement de Perpignan. D'un autre côté, on assiste à la ruine de la capitale du Roussillon par la soldatesque espagnole qui, mal ou pas contenue par ses chefs, la transforme en écurie et la traite en ville conquise. Les horreurs de la guerre lui ont laissé une telle impression qu'il ne peut s'empêcher de s’écrier : « Mes enfants et descendants, je vous en prie avec instances. si Jamais vous entendez parler de guerre, éloignez-vous à ce seul mot, car les soldats nous traitent plus mal que des esclaves. » On sent poindre à travers les lignes les angoisses de cet homme sage et craintif qui entrevoit, à brève échéance, la fin d'une domination qu'il verra disparaître presque à regret. Ces Mémoires sont ceux d’un bourgeois calme et laborieux pour qui la vie aurait dû s'’écouler facile et monotone, et non lui procurer des émotions pour lesquelles son tempérament et son éducation ne l'avaient point préparé. » En 1905. M. Masnou publia le texte catalan de ces Mémoires dans le tome IV de la Revue d'Hisloire el d'Archéologie du Roussillon, d'après le manuscrit original déposé à la bibliothèque de Perpignan. "PauilMassoc, Mémoires®de Pierre Pasqual (1595-1644).
PASQUAL — PATAU
PAT AU (Castillion), damoiseau de Villefranche, soutint ainsi que son frère Bernard le parti de Jacques II de Majorque contre Pierre IV, roi d'Aragon. Ils furent enfermés en 1346 dans les prisons royales de Villefranche. La familie Patau habita ensuite Vernet-les-Bains et se livra à l’industrie métallurgique, extrayant le minerai de fer des gisements du territoire de cette localité. Déjà, en 1355, un premier privilège royal avait été concédé à Castillion Patau, l'ancien prisonnier politique de Pierre IV, l’autorisant à exporter en France ou ailleurs deux charges de minerai de fer du Conflent par jour, sa vie durant, sans payement de péage, passage, leude ou autres droits. Cette faveur lui avait été octroyée en récompense des services qu’il avait rendus à la cause du roi de Majorque pendant la guerre de Sardaigne. où il avait constamment servi avec deux chevaux armés, et pour la blessure que lui avait occasionnée la « machine » de la ville d'Algher, lorsqu'il défendait et gardait la bastide d'où le roi se proposait d’attaquer la ville. Un privilège subséquent l'autorisait à exporter, en tout autre jour de la semaine, les charges de minerai non extraites à cause des jours de fête. Castillion Patau avait épousé Catherine Bertran. De ce mariage naquirent deux fils, Bernard et François. L’aîné, qui devint leur héritier universel. était bachelier en décrets. Comme tel, il vendit une maison et son jardin sis à Vernet, au lieu dit {a Orta, le 28 avril 1362, et signa une transaction avec l'abbé du Canigou, le 24 septembre 1382, pour céder au monastère un certain nombre de censaux. Le 10 septembre 1423, il fit encore donation à Jean, abbé de Saint-Martin, d'une propriété qu’il avait achetée à Guillaume Boer, alias Batile, de Codalet. François de Verniola, seigneur de Calce, avait vendu, le 22 septembre 1419, à Bérenger Batille, de Rivesaltes, les treize sols dix deniers qu'il percevait chaque année sur les biens de Bernard Patau. Quant à François, il fit son testament le 19 avril 1425, fixa sa sépulture dans l’église Sainte-Eulalie de Millas et nomma parmi ses manumisseurs son frère Bernard du lieu de Vernet, auquel il légua une baliste. Un acte de procuration dressé cette année-là par François Mauran désigne entre autres témoins le damoiïiseau Bernard Patau qui faisait sa résidence dans le châteaufort de Vernet. Raymond Patau occupait la seigneurie de Fornols, en 1465.
Archives des Pyr.-Or.. B. 110, 408, H. 173, 174. — Abbé
J. Carte. Vernet-les-bains, la commune, la chatellenie, les thermes.
PATAU (Raymond), frère du précédent, fut nommé abbé de Saint-Martin du Canigou, le 6 août 1348, en remplacement de Pierre de Vernet. Comme tel, il déclara posséder, en 1350, les seigneuries de
PAU
Castell, Vernet, Marquixanes, Llunat, Avellanet, Juncet (dels Masos), Orella, Celra, Guixa, Marli et Berdoll. Le 19 mars 1351. Pierre IV accorda à Raymond Patau, le privilège de rebâtir la forteresse de Marquixanes que ses troupes avaient demantelée en 1347. Ce prélat mourut le 15 avril 1360. Son successeur, Pierre, ne fit que passer sur le siège abbatial de Saint-Martin-du-Canigou, car il descendit dans la tombe l’année même de sa promotion.
Inventaire de dom d'’Agullana, n° 121. — ZurtTA, Anales de la
corona de Aragon, t. IT. — ALanT, Géographie hislorique du Conflent.
PAU (Guillaume de), chevalier, acquit par voie d'achat, en 1270, d'Hugues IV, comte d'Ampurias, les fiefs des Abelles et de Cervera. Il s’attacha de bonne heure à la dynastie des rois de Majorque, car dès 1276, on le trouve remplissant l'office de viguier de Roussillon qu'il détenait aussi en 1279. Peu de temps après il représentait Jacques [° dans la ville de Montpellier. Dans le cours du mois de novembre 1281, Pontchevron, sénéchal de Beaucaire, envoya à Guillaume de Pau cinq commissaires pour lui donner communication d’un mandement ro val, luisignifiantquelesactes rédigés dans la seigneurie de Montpellier devaient contenir la formule « sous le règne de Philippe, roi de France. » Guillaume de Pau et les autres officiers du roi de Majorque répondirent à Pontchevron par une fin de non recevoir. Le sénéchal exaspéré brusqua la situation. Après des sommations qu’il adressa à Philippe-le-Hardi, durant le mois de janvier 1282, il assembla des troupes pour marcher contre les récalcitrants. En face du danger, Guillaume de Pau envoya des ordres à Arnaud Batlle, juge, pour se soumettre et éviter l'invasion des troupes françaises. « Ce dévouement à la cause des rois de Majorque alla plus loin encore, dit Alart ; il prit même un caractère d'hostilité contre l’Aragon, puisqu'’en 1285, lors de l'invasion du roi de France. ce fut, au dire du chroniqueur Bernard dez Clot (Cronica del rey en Pere, cap. axvs), l'abbé de Saint-Pierre de Rodes qui vint au camp des Français ab un cavaller qui ha nom En Guillem de Pau, pour rendre compte à PhilippelIll des dispositions prises par le roi Pierre d'Aragon, et ce fut sur ces indications que les Français prirent le chemin du col de la Massane pour entrer en Catalogne. »
ALART, Nolices historiques sur les communes du Roussillon, 1” série. — LanGLots, Le règne de Philippe II le Hardi, Paris,
Hachette, 1887. — Lrcoy DE LA MARCHE, Les relalions politiques de la France avec le royaume de Majorque.
PAU (Guillaume de), chevalier, seigneur des Abelles, était, en 132%, lieutenant général du roi Jacques de Majorque dans les par{s cismarines, c'està-dire en Roussillon, Cerdagne et Montpellier. Il eut
un fils, nommé Bernard, qui lui avait succédé, comme seigneur de la baronnie de Pau, dès l'an 1338.
ALART, OP. Cil.
PAU (Bérenger de), petit-fils du précédent et fils de Bernard de Pau, seigneur des Abelles en 1372. A cette date des démêlés étant survenus entre le roi d'Aragon Pierre le Cérémonieux et Jean, comte d'Empories, tous les biens de celui-ci furent mis sous sequestre. La seigneurie de Banyuls fut confisquée et le fief des Abelles ayant été envisagé comme une dépendance de cette vallée, subit le même sort. Bérenger de Pau et le comte d’Empories élevèrent des protestations contre cette erreur, le 11 avril 1372. Le Domaine reconnut le bien fondé de leurs réclamations et le Procureur royal restitua, le 7 décembre suivant, le château des Abelles qu'il reconnut libre de tout lien de féodalité envers le seigneur de Banyuls. Bérenger de Pau eut pour successeur, dès 1395, Jean de Pau.
Archives des Pyr.-Or., B. 12%. — ALART, 0p. cit.
PAU (Jean de), seigneur des Abelles, soutint, en 1395, une guerre privée avec François de Pau, seigneur de Cervera. Des intermédiaires s’interposèrent entre les deux adversaires et obtinrent qu'il y aurait suspension d'armes ou de méfaits durant l’espace de six mois et dix jours, à dater du jour de la prestation du serment. Jean et François de Pau, accompagnés de tous ceux de leurs valedors qu'ils voulaient comprendre dans l’armistice, se présentèrent le 21 janvier 1396, à Perpignan, devant Guillaume Comes, lieutenant du viguier Dalmace de Darnius, et jurèrent la trêve sur le livre des saints Evangiles. Jean et François de Pau firent ensuite la remise au viguier d’un cartel portant les noms de tous ceux qu'ils désiraient comprendre dans la trêve. Ce document contient d’une part le nom de trente valedors du seigneur des Abelles et de l’autre la liste de trente trois servants du seigneur de Cervera. Le viguier reçut les serments, du 21 janvier 1396 au 10 février suivant. La trêve fut violée avant son expiration, de la part de François de Pau qui fut mis hors la paix el tréve ainsi que ses valedors, par le viguier de Roussillon et Vallespir. Le bailli, les consuls, les prud'hommes et des particuliers de Collioure avaient favorisé cette violation ; en conséquence, ils furent poursuivis par le viguier, Ferrer de Canet, comme fautcurs de gens mis hors de la loi. La commune de Collioure protesta contre ces poursuites, en vertu des constitutions de paix, et. sur les instances des consuls, le rai d'Aragon. Martin |", manda au viguier de lui renvoyer toutes les pièces de ce procès, le 1” juin 1397. Jean de Pau futun familier de Benoît XIIT à la cour papale d'Avignon. Le 26 mai 1408, Pierre de Luna
l'envoya auprès de Paul Guinigni, seigneur de Lucques, afin de se plaindre des mauvais traitements infligés par ses officiers aux ambassadeurs du pape. Comme seigneur justicier, Jean de Pau avait des prisons dans son château ; le 12 mars 1412, un certain Pierre Riera fut retiré des geôles du manoir des Abelles, moyennant serment et caution. La famille de Pau ne résidait guère dans cette seigneurie des Abelles qui était administrée en 1422, par Bernard Coll, familier de Jean de Pau. Ce chevalier avait épousé Béatrix. De leur union naquirent trois fils: Jean, son successeur, Hugues et Bernard dont les notices suivent.
Noël Vazois, La France el le grand schisme d'Occident. — ALART, OD. Cil.
PAU (Jean de), fils aîné du précédent, fut seigneur de Pau et des Abelles. En 1425, lorsque le roi d'Aragon, Alphonse le Magnanime, entreprit son expédition au royaume de Naples, Jean de Pau reçut les engagements que les chevaliers catalans contractèrent pour accompagner leur souverain en Îtalie. Jean de Pau fut viguier de Roussillon et Vallespir et huissier d'armes du roi. Par une ordonnance royale, Alphonse V lui vendit la Font-Dame de Salses. Plus tard, Jean de Pau fit donation à son frère Hugues, commandeur de Bajoles, de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, de tous ses droits sur la fontaine. de Salses, le château des Abelles, le lieu de Cinclaus, un moulin dans les fossés de Perpignan et la moitié des dimes de la vallée de Banyuls. Le 3 novembre 1435, la reine Marie, lieutenante-générale du royaume convoqua le chevalier Jean de Pau aux corts générales qu'elle assembla à Monçon, à l'effet de délibérer sur la ligne de conduite à suivre envers les Gênois qui venaient de faire prisonnier son mari, le roi Alphonse V. « Un bien mauvais cas. dit Alart, attira la vindicte publique sur cette famille, et notamment sur Jean et sur son frère Hugues qui furent poursuivis et condamnés en 1440 comme auteurs ou complices du meurtre du prêtre Jean Borrell, attaché à la cour de la reine d'Aragon. La seigneurie des Abelles et tous les biens du baron de Pau, ainsi que la commanderie de Bujoles, furent confisqués. Les deux frères furent reconnus jusqu'à un certain point coupables de ce détestable assassinat et une partie de leurs biens fut vendue pour parer les frais de la procédure et l'énorme indemnilé due à la partie civile. Mais plus tard, gràce à l'intervention de divers personnages importants, et surtout de Bernard de Pau, évêque de Gérone, la reine Marie restitua la commanderie de Bajoles. par lettres-patentes datées d'Alcaniz, le 12 août 1441. Par d'autres lettres du 14 mars suivant, elle restitua aux deux frères leurs autres biens, et leur fit remise des fortes amendes
PAU
auxquelles ils avaient été condamnés. » Jean de Pau hérita des biens de François de Pau, seigneur de Cervera et ancien commandant des troupes pontificales d'Avignoi:. Jean de Pau et ses frères Hugues et Bernard furent présents à Perpignan, le 31 octobre 1448, au contrat de mariage d'Isabelle, fille de Jean de Pau, avec Bernard Borr6, bourgeois de Perpignan. Jean de Pau laissa un fils qui reçut au baptême le même nom que lui et dont la notice suivra.
Archives des Pyr.-Or., B. 209, 240, 254, 257, 262, 266, 268, 273. — ALART, OD. Cil.
PAU (Hugues de), frère du précédent, entra dans l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Il obtint la commanderie de Bajoles et fut, à ce titre, seigneur de Bompas et de Saint-Nazaire. Hugues de Pau acquit, par voie d'achat, la nef Sancla Catharina qui mouillait dans le port de Collioure. Un jour, l'équipage du commandeur de Bajoles enleva des parcelles de reliques du chef et du corps de Saint-Louis. Des poursuites furent exercées contre Hugues de Pau, mais Alphonse V donna ordre de ne pas les continuer, parce que le commandeur de Bajoles avait désavoué et fait arrêter les auteurs du pieux larcin.
Archives des Pyr.-Or., B. 226, 240, 241, 257, 262.
PAU (Bernard de), frère des deux précédents, fut nommé à l'évêché de Gérone le 18 juin 1436. Le nouvel élu était docteur en droit, chanoine de la cathédrale de Gérone depuis 1417, et grand archidiacre d’Elne depuis 1424. IL avait encore rempli les fonctions de vicaire-général d'André Bertran, son prédécesseur médiat ; il recueillit sur le siège de Gérone la succession du cardinal Jean de Casanova, ancien évêque d’Elne, décédé le 18 mars 1436. Bernard de Pau, d'accord avec les membres du chapitre de sa cathédrale, décida de n'admettre dans le corps canonical que des ecclésiastiques issus de familles nobles. Le concile de Bäle confirma cette ordonnance le 24 mai 1437. Bien qu'il'adhérât à l’obédience des Pères de cette assemblée, Bernarà de Pau ne prit cependant aucune part à ses sessions. Les registres des ordinalions du diocèse de Gérone mentionnent la présence de l’évêque au milieu de son troupeau jusqu'en 1444. Cette annce-là, Eugène IV appela Bernard de Pau à Rome. Le 6 mai 1444, les jurés de la ville épiscopale écrivirent une lettre au Souverain Pontife pour le supplier de laisser le pasteur à la tête de ses ouailles. Ils avaient soin de faire ressortir, dans le texte de leur requête, les vertus éminentes du prélat qui les gouvernait. Bernard de Pau partit néanmoins pour la Ville Eternelle le 8 mai 1444. Le séjour qu'il y fit fut de deux ans et demi. Il n'était de retour à Gérone que le 3 novembre 1446. Bernard de Pau fut sujet à des attaques de goutte; il s'adjai-
PAU
gnit un auxiliaire, Michel, évêque de Nicée. Il consacra les dernières années de son existence aux œuvres de charité. Il construisit à ses frais la chapelle de Saint-Paul qui se trouve dans la cathédrale de Gérone. C’est là qu’il voulut être inhumé. Il fit donation au maître-autel d’ornements, garnitures, nappes, chapes, chasubles et étoffes brodées d’or, marquées du chiffre de ses armes : un paon. Les fonts baptismaux de la cathédrale de Gérone sont dus aussi à la générosité de ce prélat. Bernard de Pau mourut dans son palais épiscopal, le 26 mars 1457, à l’âge de soixante-treize ans. Son corps, d’après ses dernières volontés, fut déposé dans un magnifique mausolée orné de sujets variés et artistiques. Sur un livre entr'ouvert que deux génies supportent de leurs mains, on lit une épitaphe qui célèbre les louanges et les bienfaits de l’évêque. Elle est conçue en ces termes :
Hoc in sepulcro conclusus marmore jacet
Doctor de Pavo Bernardus genere clarus
Sedi bis denis et binis prœfuit annis
Ut pastor pius, clemens et valde benignus
Hic quanta fecit fabuntur opera semper
In sancti Pauli capellam struxit honorem
Quam comendandam remittimus aspicienti
Hanc pulcram binis beneficiis prœdotavit
Duplam in festo ac vesperis accomodavit
Ad mortis diem anniversarium egit
Quo vix est ullum hac in ecclesia visum
Altare maius quo pallio magnificavit
Capa casullis et nannis auro de textis
Attendant cuncta dum dantur maxima festa
Qui si vixisset, maiora quoque dedisset.
Obivit mortem in dic vicesimo sexto
De mense marci anno L septimo
Post quadringenum millenum Domini annum Orent ad Christum pro ipso prospicientes.
Archives des Pyr.-Or., G. 122. — ViLLANUEvVA, Viaje lilerarie a las iglesias de España, t. XIV. — Abbé J. CaPeiLce, Figures d’évèques roussillonnais.
PAU (Jean de), neveu du précédent, fils de Jean de Pau, seigneur des Abelles et de Cervera, mourut après 1457. En 1467, sa veuve Francine réclama, au nom de ses enfants mineurs, la Fontaine de Salces dont le fisc s'était emparé après l'occupation du Roussillon par Louis XI. Entre autres enfants, Jean de Pau et Francine laissèrent deux fils, Jean et François, dont les notices suivent.
ALART, Notices historiques sur les communes du Roussillon, 1" série.
PAU (Jean de), fils aîné du précédent, eut, en 1476, ses biens mis sous sequestre, comme rebelle roussillonnais, hostile à la domination du roi de France en Roussillon. Après la rétrocession de la couronne d'Aragon, Ferdinand le Catholique concéda à Jean de Pau des revenus sur Prats-de-Mollo, Montbolo, Cortsavi, La Bastide et Conat. Ce chevalier jouit aussi, à Belpuig, du droit de passage sur les
troupeaux qui se rendaient aux pasquiers de Cortsavi. Le tarif du péage s'élevait à trois sols par centaine de têtes de bétail. Jean de Pau épousa Eléonore, fille de Romeu de Rocafort, damoiseau de Vinça, et mourut sans enfants, vers l'an 1511. Il eut pour successeur son frère François.
Archives des Pyr.-Or., B. 302, 342, 415, 417, 418. — ALART. op. cit.
PAU (François de), frère et successeur du précédent, épousa Béatrix, fille de Jean de Castro de Pinos. Elle était déjà veuve en 1514 et mourut à son tour vers 1517, laissant une fille nommé aussi Béatrix, dernière héritière du nom et de la baronnie de Pau, qu’elle transporta, vers 1525, à la famille de Rocaberti, par son mariage avec François, seigneur de Bellera, frère d'Onuphre, vicomte de Rocaberti. Ce furent les descendants de François de Rocaberti, parmi lesquels on distingue François, décédé vers 1637, Jacques qui mourut vers 1649 et Antoine qui vécut jusqu'à la fin du xvur° siècle, qui occupèrent la baronnie de Pau avec les seigneuries de Cervera et des Abelles. « Des lettres royales du # octobre 1653, dit Alart, attribuërent tous les biens de dona Anna de Rocaberti et de ses enfants à Jacques de Souillac, sieur de Châtillon, maréchal de camp des armées de Sa Majesté et lieutenant du roi en Roussillon et Cerdagne, qui, à ce titre, prit possession de Spolla, de Pau, des Abelles et autres lieux de la famille Rocaberti, le 20 juillet 1655. Plus tard, ces mêmes biens furent confisqués en faveur de Benoît de Bassèdes y de Calvo, qui afferma les herbages des montagnes de Cervera et des Abelles à Cosme Xatart y de Costa, baïlli de Prats-de-Mollo, par acte du 17 juin 1696. Ils furent de nouveau restitués à la paix; mais il est fort probable que la famille de Rocaberti, dégoûtée de cette possession insignifiante et devenue d’ailleurs si incertaine par les alternatives de paix et de guerre, prit le parti de l’aliéner définitivement ; et c'est ainsi que l'on voit Cosme Xatart, le fermier de de 1696, prendre, en 1702, le titre de seigneur des Abelles, où il faisait acte de seigneurie par criées et création de bailli et de juge. En 1718, il conservait encore cette possession qui se trouvait, en 1789, au pouvoir de Dominique Izern, de Rigarda. »
ALART, OP. Cül.
PAU (Quillaume de), damoiseau et seigneur de Cervera dès 1361, était domicilié à Banyuls. Il appartenait à une branche cadette de la famille seigneuriale des Abelles. Par acte du 18 avril 14383, il vendit à vie, moyennant une rente annuelle de quarante sols et quatre deniers barcelonais, le droit de pêche sur le rivage de sa seigneurerie, à un nommé Pierre Huguet, de Collioure. Guillaume de Pau épousa
Françoise, fille de Bérenger Amoros, damoiseau d’Argelès. À son décès, il avait institué héritier universel son fils ainé François de Pau, auquel il substitua ses autres enfants Guillaume, Bernard et Bérenger.
ALART, OP. Cil.
PAU (François de), fils du précédent, seigneur de Cervera, fut en guerre, en 1395, avec le seigneur des Abelles, Jean de Pau. Au mois de décembre 1398, il s’enrôla dans la flotille qu'avait équipée Pierre de Çagarriga, dans le but de porter secours à Pierre de Luna bloqué dans Avignon par les armées du roi de France. François de Pau joua un rôle au palais des papes d'Avignon, sous le pontificat de Benoit XIII. Dans la nuit du 12 mars 1403, il assista Pierre de Luna, lors de son évasion du palais des papes. Il l'accompagna sous sa garde jusqu’à Château-Renard. Le 16 août 1404, François de Pau commanda l’escorte de soixante cavaliers et de vingt hommes de pied qui protégeait l'ambassade envoyée à Rome, par Benoit XIII, auprès de son rival, Boniface IX. Le 1" octobre, il fut enfermé dans le château Saint-Ange par le directeur de cette forteresse, Antonello Tomacelli : il ne dut sa délivrance qu'à une forte rançon payée par Pierre de Luna. Le 1° juin 1407, François de Pau était maître de l'hôtel du Pape. Benoit XIII lui octroya, ce jour-là, une gratification de 1500 florins, en récompense des services qu'il avait rendus à sa personne. Françoise de Pau, mère du chevalier François de Pau, dit Alart, « garda, sa vie durant, l’usufruit des biens de son mari. Il y a lieu de croire que François de Pau mourut sans postérité, ainsi que ses frères ».
ALART, 0p. Ci. — Franz EnuseE, Chronica actilalorum lempo-
ribus domini Benedicti XII — Noël Varoïs, La France et le grand schisme d'Occident.
PAU (Jacques), éminent jurisconsulte de Barcelone. naquit à Perpignan. dès les premières années du xv' siècle. Avant lui, son père et son grand-père avaient joui d'une grande renommée, comme magistrats consommés. Jacques Pau fut d'une intégrité à toute épreuve, et son éloquence était limpide, concise et élégante. Le roi d'Aragon, Jean IT, le choisit à cause de ses qualités, pour son assesseur. Ce fut alors que Jacques Pau composa un volumineux ouvrage de jurisprudence rempli de données juridiques de la plus sûre solidité. En écrivant cette œuvre. il se proposa pour but principal de combler les lacunes du droit romain. Ün éminent jurisconsulte maillorquin qui vécut quelques années après lui. Barthélemy Vérino. s'est beaucoup inspiré des théories de Jacques Pau. Ce dernier mourut à Barce-