‹ Dictionnaire de biographies roussillonnaisesChapitre 13 sur 227 · ARNULPHE · texte numérisé non relu

ARNULPHE

allaient vers la province de Toulouse. Un jour, le prieur de Perpignan se transporta à la maison de son ordre à Collioure. A la suite d’un échange de paroles un peu vives entre les moines, des voies de fait s’en suivirent, et les Dominicains de Collioure de rédiger immédiatement une supplique au roi dans laquelle ils se plaignaient des mauvais traitements que le P. Arnu infligeait à tous les religieux français de ce monastère. Le dossier de ces griefs fut classé dans les cartons du ministère à Paris, et préoccupa le pouvoir royal à l’égal de l'affaire du couvent de Sainte-Claire. Louvois écrivait de Vincennes à l’Intendant à la date du 21 septembre 1666 : « La lettre ci-jointe du Père Hyacinthe, soubs-prieur du couvent de S. Dominique de Collioure, vous apprendra le mauvais traitement qu'il prétend que le P. Arnoul (sic) fait à tous les religieux français du mesme monastaire, vous examinerez si la plainte est fondée et vous me ferez savoir les remèdes que l’on y pourra apporter ».

La conduite du P. Arnu fut jugée répréhensible et, quelque temps après, une lettre du roi au provincial des frères-prêcheurs de la province Occitaine ordonnait de disperser dans les couvents du royaume les novices catalans, à mesure qu'ils auraient fait profession, « pour les accoutumer autant que se pourra à la langue et aux mœurs des religieux fran- Çais. »

La défaveur royale dont fut frappé le prieur de Perpignan trouva un écho dans l'opinion publique et, durant quatre années consécutives, le P. Arnu vit son émule, le P. Descamps, supérieur des jésuites de la même cité, porter la parole sainte devant l'élite de la société de la ville, dans l'église Saint-Jean. D'ailleurs, cette rivalité entre les jacobins et les disciples de saint Ignace avait son origine dans Îles démélés antérieurs provoqués au sujet de la question de l’enseignement. Lors de son élévation au rectorat de l'Üniversité, le 7 janvier 1663, le P. Arnu avait écrit un pamphlet contre les jésuites. sous forme de mémoire aux consuls. D'après ses dires, l'Université seule aurait dû jouir du privilège d'instruire la jeunesse roussillonnaise. Mais, déjà alors, il avait élé obligé de céder devant le crédit royal accordé aux Pères de la Compagnie de Jésus, et de signer avec eux, le 17 décembre de cette même année, un accord qui leur attribuait le monopole de l'instruction secondaire, alors que l’Université se réservait celui de l’enseignement supérieur.

À la suite de ces divers échecs, la renommée du P. Arnu avait subi un moment d'éclipse. On ne le rencontre guère qu'à Espira-de-l’Agly où il autorise la fondation de la confrérie du Rosaire, à la date du 14 décembre 1667. Pendant.ce temps d'oubli et de silence, son intelligence et son activité s'étaient

dépensées au profit de la science. Il composa alors un ouvrage philosophique en cinq volumes qu'il fit imprimer à Béziers, chez Henri Martel, éditeur du roi. Ce travail a pour titre : Summa philosophiæ ralionalis, naturalis, moralis et primæ. Le contrat passé à Perpignan avec l’'imprimeur, à la date du 4 novembre 1669, nous apprend que cette œuvre devait être tirée à douze cents exemplaires pour le traité de la Logique et à mille pour les autres parties de l'ouvrage. Le format adopté était l'in-12. L'imprimeur s'engageait à se servir de caractères neufs, pelil romain. Enfin, le bénéfice de la vente devait être parlagé entre l’auteur el l'éditeur.

L'éclat de sa science dut conquérir au P. Arnu un regain de popularité : il reparut de nouveau, en 1670, sur la chaire de la cathédrale. Mais, déjà alors, le bruit de sa renommée avait franchi les limites de la ville et de la province. Son général l'avait voulu auprès de lui, à Rome, et lui avait fait l'insigne honneur de le désigner pour professer la théologie dans le fameux collège de Saint-Thomas. Appelé ensuite à la chaire de métaphysique de l'Université de Padoue, il s’y créa une réputation européenne et fut compté parmi les premiers théologiens du X VIT siècle.

L'œuvre qui a le plus contribué à immortaliser son nom dans le monde ecclésiastique est son célèbre commentaire sur la première partie de la Somme de Saint-Thomas, qu’il publia l'année 1692, à Padoue, en deux volumes in-folio, sous le titre : Doctor Angelicus, divus Thomas, divinæ voluntalis et suiipsius interpres. L'éminent théologien avait réuni dans une seconde édition Les éléments disséminés de cet important travail qu'il avait séparément livré au public, à Rome en 1679 et à Lyon en 1686. Le P. Arnu mourut à Padoue, l’année même où parut cette savante publication.

Archives des Pyr.-Or.. GC. 718. 1363, G. 78, H. (non classé). — Archives communales de Perpignan. BB. 57. — Semaine religieuse de Perpignan, 1898.

ARNULPHE. Une inscription tumnulaire gravée sur une pierre cachée derrière l'autel Saint-Joseph, dans l'église d’Arles-sur-Tech, nous apprend que le Vallespir est redevable à l'abbé Arnulphe des précieuses reliques dels Cossos Sants.

Vers l’année 960, des animaux sauvages d'une espèce inconnue et assez semblables aux singes (la tradition locale les appelle simiots) faisaient invasion dans les maisons d'Arles et des villages voisins, durant la nuit et même le jour. Ils enlevaient les enfants de leurs berceaux et, les emportant sur la montagne, dévoraient ensuite ces innocentes créatures. Dans ces tristes conjonctures, les habitants du pays s’imposèrent des jeûnes publics, pour supplier le ciel de faire cesser des fléaux aussi lamenta-

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