PAULET
fois elle se prosterna à genoux, renouvelant à Dieu le bon propos qu’elle a formé, sollicitant son assistance et remettant entre ses mains l'amendement de sa propre âme : car elle ne désirait rien tant que de tenir la promesse faite au P. Paul et de lui obéir en tout, afin de vivre et de mourir dans la grâce de Dieu. Sur ces entrefaites, elle reçut la visite de son complice, qui ne tarda pas à s'apercevoir du changement produit en elle. Surpris, il l’interrogea, la pressa ; mais l'attitude étrange et silencieuse de l’infortunée ne fit qu'augmenter son étonnement. Bientôt aux paroles douces et aux supplications qui ne purent rien obtenir, succédèrent les menaces et la violence. Mais le calme et la fermeté de la jeune femme ne se démentirent jamais. Enfin, après un long combat dans lequel le démon disputait à Dieu une âme sincèrement revenue à lui, la victime. éperdue, s'écria avec force qu’elle ferait le sacrifice de la vie, plutôt que de renouveler ses offenses à Dieu. déjà trop nombreuses, et que, dans tous les cas, elle était résolue à suivre fidèlement les conseils du P. Paul, et à accomplir autant qu'il était en son pouvoir les promesses qu'elle lui avait faites. En entendant ces paroles, le soldat, rendu plus furieux par la passion et enflammé de colère, sortit brusquement comme entrainé par les puissances infernales, et se dirigea vers le couvent de Saint-François, bien déterminé à frapper de mort ce religieux, dont les conseils et l'influence venaient de conquérir à Dieu une âme vouée jusqu'alors au culte de la créature... Il pénétra dans l’église du couvent, et là, il vit le saint religieux agenouillé au pied de l’autel de Notre-Dame et absorbé dans l’oraison. Aussitôt, il tira son épée : se précipitant avec fureur sur le serviteur de Dieu, il lui en donna un coup si violent qu'il lui fendit la tête... Le martyr eut cependant la force d'appeler à son aide la Reine des Anges, qui daigna lui adresser quelques paroles de consolation ; après quoi il rendit l'âme sous les regards de cette tendre Mère. Comme ce fait parut revêtir un caractère extraordinaire, cette image de la Vierge fut désormais l’objet d'une dévotion spéciale sous le nom de Votre-Dame de Consolalion. Ce crime ne tarda pas à être connu dans la ville de Perpignan. Ün grand concours de peuple s'empressa d'aller visiter pieusement le lieu où le confesseur avait été frappé. Ses funérailles furent célébrées avec la plus grande pompe. Le corps du bienheureux Paul fut placé dans un cercueil de bois façonné, qu'on déposa en un lieu facile à reconnaitre, dans l'enceinte même de la chapelle de Notre-Dame de Consolation. Le peuple, dans un élan spontané de piété enthousiaste, s'empressa de décerner un culte au bienheureux Paul et de le vénérer comme un vrai martyr de la foi chrétienne. Barezzo écrivait dans ses Chroniques en 1608 : « On voit
encore sa tête avec le coup... Son corps se conserve à l'abri dela corruption dans un lieu fort honorable, et est tenu par le peuple en grande vénération.» Le sang qui avait jailli de la blessure reçue par le bienheureux Paul se conserva rouge et frais, et sembla se concentrer sur une dalle, qui, perdant sa dureté naturelle, se ramollit et devint semblable à une éponge, comme pour conserver ce précieux trésor et manifester ainsi la gloire du serviteur de Dieu. Quelques efforts qué l’on put faire pour effacer les traccs de ce sang, tout fut inutile. Pour éviter les manifestations d'une dévotion trop indiscrète, les religieux du couvent se décidèrent à enlever cette dalle de l'église, et à la faire transporter dans le cloître, où il semblait qu'elle dut être confondue avec les autres dalles du pavé, à un endroit où le passage était plus fréquenté. Mais Dieu, qui est jaloux de conserver le souvenir de la sainteté de ses serviteurs, manifesta son action en continuant à faire ressortir la trace fraiche du sang du martyr dont la dalle demeura toujours imprégnée. quoique placée en un lieu où elle était toujours foulée au pied des passants. C'est alors que les religieux, à la vue d’un fait si merveilleux et si persistant, crurent devoir déplacer cette dalle, et l’appliquèrent dans une sorte d’enfoncement du mur, à une certaine élévation du sol, en ayantsoin de la protéger par un grillage en fer; les choses étaient encore ainsi disposées en 1737. ainsi que l’atteste un historien, le P. Coll. Les fidèles venaient souvent faire toucher à cette dalle des chapelets et autres objets de piété. La rage révolutionnaire a profané et détruit le corps ainsi que les reliques du vénérable Paul de Perpipignan.
Tocra DE Boxpas, L'Ordre de Saint-François d'Assise en Roussillon.
PAULET (Laurent), marchand de Perpignan, consul de cette ville en 1480, acheta, l’année suivante, la seigneurie de Banyuls-del-Aspres et de Saint-Jeanla-Cella, que la Cour avait mise à l’encan. Le 8 octobre 1484, Laurent Paulet épousa Anne Marti et de Vivès. Il avait une sœur qui se maria à François Rexach, chevalier.
Archives des Pyr.-Or., B. 311, 342, 411, 412, 419. — Abbé J. CaPEiLzr, La seigneurie de Banyuls-dels-Aspres.
PAULET (Jean), qualifié marchand de Perpignan en 1509, s'intitulait chevalier, en 1546, date de son mariage avec Marie Monyos, veuve avec deux filles, Angèleet Anne. Jean Paulet était déjà décédé en 1549, et, de son épouse. avait un fils, Bernard. Celui-ci mourut en 1586. sans laisser de descendance mâle. Ses trois filles, Ürsule, Jéromine et Barthélemine, furent constituées ses héritières universelles. Le caveau
de cette famille était creusé sous la chapelle de Saint-Gaudérique, dans l'église Saint-Jean de Perpignan.
Archives des Pyr.-Or.. E. (Titres de famille), 544.
PAULET (Louis), bourgeois de Perpignan vers le commencement du xvr' siècle, eut quatre enfants de son épouse Eléonore : Louis, son successeur; Elisabeth, femme de Jean Taqui: Catherine, qui unitses destinées à Antoine de Gleu, veuf ; et François. Celuici se maria en 1552, à Anne, veuve de Michel Llobera et eut pour fils et héritier universel Jacques-Antoine. Ce dernier ne laissa qu'un fils, François, mort sans descendance, et deux filles : Isabelle, épouse de Gaspard de Ferrera, et Lucrèce, décédée célibataire en 1637.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 544.
PAULET (Louis),fils aîné du précédent, bourgeois de Perpignan, contracta alliance, en 1553, avec Anne Mattes qui lui donna cinq enfants : Louis ; Pontien, chanoine d’Elne ; Guiomar, chanoinesse de Saint- Sauveur ; Anastasie, épouse d'André Réart ; et Jéromine, femme de Joseph de Vilanova. Louis, l’aîné, unit ses destinées, en 1583, à celles d'Angèle Pals, fille de Jean-Antoine Pals et dez Puig. Il mourut sans enfants, en 1614, et institua héritier universel, son frère, le chanoine Pontien. Louis Paulet ainsi que son cousin Jacques-Antoine furent nantis par Philippe IIT d’un brevet qui leur conférait les privilèges nobiliaires accordés aux citoyens honorés de Barcelone. Après leur mort, les membres de cette famille étaient inhumés dans la tombe qu'elle possédait dans la chapelle du Saint Nom de Jésus, à l’église Saint- Jean de Perpignan.
Archives des Pvyr.-Or., B. 380, E. (Titres de tamille), 544.
PAULET (Pontien), fils cadet du précédent, entra dans les ordres. Il se pourvut du doctorat en droit civil et en droit canon. et ne tarda pas à occuper une stalle au chapitre d'Elne. Au commencement de l’année 1600, ses confrères, les chanoines, le désignèrent comme leur procureur pour s'occuper, en cour de Rome, de l'affaire de la translation du siège épiscopal et du chapitre d’Elne à Perpignan. Pontien Paulet demeura deux années dans la Ville Eternelle, mettant en œuvre l'influence de différents person-
nages de la Courromaine et du mondediplomatique. |
Le 27 août 1601. Clément VIII signa la bulle ordonnant la translation de la résidence de l’évêché et du corps capitulaire d'Elne à Perpignan. Pontien Paulet quitta Rome dans le courant du mois de décembre 1601 et, le 8 février suivant, présenta ses comptes aux membres du chapitre d’Elne. Les frais nécessités pour
PAULET — PAUQUES
l'heureuse issue de cette affaire s’élevèrent à la somme de 4333 ducats, soit environ 40.000 francs de notre monnaie. Le 19 mai 1602, le chanoine Paulet se rendit à Barcelone, pour solliciter de l’évêque Alphonse Colonna.évêqueapostolique,la promulgation et l'exécution immédiate de la Bulle de Clément VIII. La cérémonie de la translation eut lieu le 30 juin 1602. Dans la suite, Pontien Paulet fut commissaire du Saint-Office pour le diocèse d'Elne ; ilavança en 1617, à Frédéric Cornet, évêque nommé, la somme de 455 livres, et fut en 1624 le procureur de François Senjust, prélat qui occupait à cette même date le siège épiscopal en Roussillon. Pontien Paulet descendit dans la tombe peu de temps après.
Archives des Pyr.-Or., G. 49, 54, 164, 266, E. (Titres de famille), 544. — Abbé ToRREILLESs, Translation du siège et du chapitre d’Elne à Perpignan, dans la Revue d'histoire et d'archéologie du Roussillon, t. VI.
PAUQUES (Jean) possédaitune métairie à proximité du village de Saint-Estève del Monestir, lors des guerres de Catalogne. Dès qu’il eut appris l'entrée de ses troupes à Collioure, le 13 avril 1642, Louis XIII quitta Narbonne pour venirassister à la prise de Perpignan. Le 23 avril suivant, ce souverain établit son quartier-général à la ferme de Jean Pauques. Il avait avec lui les gardes françaises et suisses, les chevauxlégers de la garde, les chevaux-légers et les mousquetaires du Cardinal. Louis XIII séjourna dans la métairie de Jean Pauques depuis le 23 avrili642 jusqu'aux premiers jours de juin. C’est là qu'il reçut les députations de la plupart des communes roussillonnaises qui vinrent lui prêter serment et le reconnaître en qualité de comte de Barcelone, de Roussillon et de Cerdagne. L'abbé de Saint-Martin du Canigou, Melchior Soler d’Armendaris, fut au nombre des personnages venus à Saint-Estève présenter leurs hommages au roi de France. Le monarqueayant demandé au prélat une relique de Saint-Gaudérique, l'abbé du Canigou lui envoya en cadeau un os du radius de ce saint, le 12 juin 1642. Les chaleurs excessives du Roussillon avaient tellement affecté la santé du roi de France; déjà très affaiblie à son départ de Paris, qu'il dut chercher une température moins élevée, mais cependant dans un lieu rapproché de son armée. Louis XIII quitta la métairie de Jean Pauques, au commencement du mois de juin 1642 et se transporta à Narbonne, pour suivre de près les opérations de la guerre. La ferme de Jean Pauques porte encore aujourd’hui le nom de mas del rey. Louis XIV, pour reconnaître les bons soins qui furent donnés à son prédécesseur, pendant le séjour qu'il fit dans cette maison de campagne, accorda à la famille Pauques divers privilèges. Des lettres du comte d'Harcourt, en date du 6 mars 1646, mirent Jean Pauques, sa famille,