PÉREIRE
candidature. M. Lireux se rendit de commune en commune faisant des promesses de toute nature et distribuant, a-t-on dit, de l'argent. La délégation fut reçue par Napoléon III. On étala une carte sur une table, on expliqua au souverain le tracé du nouveau chemin de fer. L'affaire traîna en longueur et en fin de compte la concession ne fut pas accordée. Les électeurs furent convoqués. Isaac Péreire arriva à Perpignan et commença ses tournées, où, dit-on, les banquets, les beuveries furent multipliés outre mesure. Des dons furent faits aux mairies. aux églises ; le tribunal de Prades eut pour sa part un tableau du Grecco, représentant le Christ en croix. On promit les paquebots de Port-Vendres pour l'Algérie, le chemin de fer de Perpignan à Arles, etc. Justin Durand, sur ces entrefaites. rentra de la session législative et se disposait, lui aussi, à faire des tournées, lorsque tout à coup on annonça qu'isaac Péreire venait de recevoir, de son frère Emile, une dépèche l’informant que le Gouvernement observerait la neutralité entre les deux candidats. On communiqua la lettre au préfet. Le député sortant fut outré. Il se considéra comme abandonné par le Gouvernement, auquel, sur la demande du préfet, ilavait promis, dans sa profession de foi, un dévouement sans réserve. Il se désista de sa candidature, se démit de ses fonctions de maire et de conseiller général. Il engagea ceux de ses amis qui occupaient des fonctions électives à démissionner également, et Île préfet, qui avait fait avec entrain campagne en sa faveur, fit afficher à Perpignan et dans Île département, des placards engageant les électeurs à voter pour Isaac Péreire, unique candidat. L'appel fut entendu. Les amis de Justin Durand prêchèrent en vain l’abstention. Isaac Péreire fut élu député au Corps législatif, le 31 mai 1863, par 28.494 voix sur 29.138 votants. Justin Durand ne se considéra pas comme définitivement battu. Il recueillit tous les faits qui avaient le caractère de corruption électorale et il protesta contre l'élection. Il se rendit à Paris, alla voir tous les membres du Corps législatif. leur racontant ce qui s'était passé. L'opposition, considérant Péreire comme un impérialiste, dépourvu d'indépendance à raison des liens étroits qui l'attachaient au régime, prit parti pour Durand. Ee 24 novembre 1863, Emile Ollivier demanda une enquête. Emile Péreire voulut défendre son frère et commença par cette phrase malheureuse : « L'argent n'a joué qu'un faible rôle dans l'élection...» — « C’est beaucoup trop », interrompit Jules Favre, et l'élection fut cassée séance tenante. Les électeurs furent convoqués pour le 20 décembre suivant. Isaac Péreire, invalidé, se représenta et Justin Durand se remit sur les rangs ; mais le premier l’emporta et fut réélu par 21.322 voix contre 14.869 obtenues par
PERELLOS
son concurrent. Isaac Péreire siégea au Corps législatif dans les rangs de la majorité dynastique. Justin Durand songea à prendre sa revanche aux élections de 1869. A dater du jour de sa défaite et durant six années, il prépara le terrain électoral. Isaac Péreire, de son côté, perdit la faveur de l’opinion, soit parce qu'il n'avait tenu aucune des promesses faites, soit à cause de la situation précaire de ses affaires de banque. Le Crédit mobilier avait eu une large part dans les opérations financières auxquelles la transformation de Paris, la fièvre croissante des expropriations et la création improvisée de quartiers neufs servirent de prétexte. Il compliqua ses destinées en les associant à celles de la Compagnie immobilière. Une riouvelle série d'actions émises et placées sous l'influence d’une apparente prospérité ne put sauver la situation ; la ruine de diverses entreprises patronnées par l'institution-mère entraîna la liquidation de celle-ci. sous la responsabilité morale et mème judiciaire des directeurs et des membres du conseil d'administration. Au mois d'octobre 1867, Emile et Isaac Péreire durent donner leur démission et se relirérent même de plusieurs sociétés dont ils étaient administrateurs, notamment de la Compagnie transatlantique. Les paquebots n'avaient pas été établis et il n’avait plus été question du chemin de fer d’Arles-sur-Tech. Dès lors, Isaac Péreire renonça à se représenter dans une circonscription des Pyrénées-Orientales. Il posa sa candidature à Limoux et fut réélu, le 24 mai 1869, dans la troisième circonscription de l'Aude, par 10.293 voix contre 9.133 à Louis de Guiraud, candidat indépendant. Isaac Péreire fut invalidé et, s'étant représenté, échoua, le 6 février 1870, avec 8.804 voix contre 10.313 à l'élu, Louis de Guiraud. Officier de la Légion d'honneur du 13 août 1864, Isaac Péreire a publié: Rôle de la Banque de France el organisation du crédit en France (1864) ; Budget de 1877 ; Question financière; La réforme de l'impôt (1877); La question religieuse (1819); Politique financière (1879). I1 donna à la Liberté, dont il avait acheté un grand nombre d'actions en 1875 et qu'il céda à son fils Gustave, des articles remarqués sur les questions économiques, créa un prix de 100.000 francs pour le meilleur mémoire sur le paupérisme, et. en souvenir de son grand'père, fonda, en 1875, à Paris. une école de sourds-muets. Isaac Péreire mourut au château d'Armainvilliers le 12 juillet 1880.
HœrEr, Nouvelle biographie générale. — RouEnT, BOURLOTON et Coucxy, Diclionnaire des Parlementaires. — Horace CHAUVET,
Histoire du parti républicain dans les Pyrénées-Orientales. — La Veu del Canigo, n° du 20 août 1911.
PERELLOS (Raymond de) était. au début du xiv' siècle, seigneur du misérable village de Perellos, situé au-dessus d'Opoul, sur la frontière du Rous-
sillon et du Narbonnais. Ses ancêtres et lui-même n'avaient pas fait grand bruit dans l’histoire, mais à partir du milieu du xiv° siècle, cette famille eut diverses branches qui fournirent plusieurs hommes distingués dans l’art militaire, les ambassades, la marine et l'Eglise. Raymond de Perellos eut, entre autres fils, François et Raymond qui furent les auteurs des deux principales branches de la maison.
ALART, Lo baronnie de Joch, dans l’almanach Le Roussillonnais, année 1879.
PERELLOS (Guillaume de) reçut, en 1345, de Pierre IIT, roi d'Aragon, le greffe du patrimoine royal, pour une durée de dix ans.
Archives des Pyr.-Or., B. 97.
Branche aînée PERELLOS (François de), fils ainé de Ray-
mond, seigneur de Perellos, fut un personnage en vue durant le x1v° siècle. Il parcourut une carrière militaire et diplomatique aussi longue que brillante. Successivement baïilli et châtelain de Tautavel, bailli de Salses, huissier d'armes du roi, il accompagna en Italie, le 4 septembre 1358, la princesse Isabelle allant se marier à Jean II Paléologue, marquis de Montferrat. Pierre le Cérémonieux, en récompense de ses services, éleva François de Perellos au rang des ricos hombres qui était la plus haute dignité de la noblesse dans ses états. Ce monarque lui accorda, le 30 mars 1366, des lettres-patentes par lesquelles il lui concédait à perpétuité les villes de Rueda et d’Epila avec le titre de vicomte. Il le nomma, en même temps, son chambellan. Dans la charte portant érection des terres de Rueda et d'Epila (Aragon) en vicomté, avec litre de vicomte de Ruceda en faveur de François de Perellos, il est question des services que ce dernier a rendus au monarque. Entre autres faits mentionnés, on relève le suivant : « Il avait fait venir contre Pierre, roi de Castille, les compagnies et gens de guerre qui couraient en France, Bourgogne, Lombardie et autres pays, sous la conduite de Bertrand du Guesclin (de Clequino), comte de Longueville.» Vers 1360, François de Perellos acquit, par voie d'achat, la seigneurie de Saint-Marsal, laissée en deshérence à la suite du décès de Bertrand de Saint-Marsal. François de Perellos passa plus tard au service de la France. Le roi Charles V Île pourvut de la charge d'amiral, par lettres-patentes du 3 juillet 1368. IT était conseiller de Louis d'Anjou, lorsque ce prince l’envoya à Barcelone, en 1370, auprès du roi d'Aragon. à l'effet de s'entendre avec lui pour la défense de leurs domaines respectifs. De son épouse Constance de Fenouillet, François de Perellos eut, entre autres enfants : Michel, arche-
vêque d'Embrun ; Raymond, son successeur ; Pons et Yolande.
Archives des Pyr.-Or.. B. 110, 133, 222. — MorEri, Grand dictionnaire hislorique, édit. 1825. — DE GazaANyoLa, Histoire du Roussillon. — Abbé J. Carrie. Etude historique sur Millas. —
LECUY DE La Marcur, Les relalions politiques de la France avec le royaume de Majorque.
PERELLOS (Michel de), fils du précédent, embrassa la carrière ecclésiastique. Il était chanoine de Majorque lorsque Clément VII le nomma à l’archevêché d'Embrun, l’année même de son élévation à la chaire de Saint-Pierre (1378). Le jésuite Marcellin Fournier prétend que « nostre Michel avait servi d'équier et de gentilhomme à Robert avant son élection ». Cet historien le fait même parent ou allié du cardinal Pierre de Luna; cette assertion est, en partie, l'expression de la vérité, puisque, du vivant de l'archevèque Michel de Perellos, la veuve de son neveu épousa le comte de Luna. Fisquet affirme que « Michel de Perellos fut sacré par Île souverain Pontife lui-même, dans la grotte merveilleuse de Gaëte, au royaume de Naples ». «Ne vous estonnez pas, dit à son tour Fournier, si Pierre, maintenant cardinal, a esté revestu de cet honneur dans cette spélonque de Caiïiète, et Michel, archevesque.… La raison en estoit que l'antipape Clément, avant esté créé à Fundi, en la campagne d'Italie, par les cardinaux français, entre autres par Picrre de Luna... à l’instigation de Jeane, roine de Naples et de Sicile. obtint de la revne Jeane, le fort de Caïiète pour sa retraite... Non loing de la forteresse, est cette spélonque, dans Caiète, merveilleuse et fréquentée pour la dévotion du lieu. 1! est asseuré que la roche de ce promontoire qui pousse avaut dans la mer plus de quatre mille a esté crevassée en deux par un tremblement de terre que la tradition rapporte à la mort du Fils de Dieu : ce qu'on dit mesmes attesté par un miracle, qui a donné matière à un épigramme qui se lit en l'endroit. où l'on voil une main empreinte, qui fut celle d’un juif incrédule, La merveille a eslé que, du sommet de ce rocher fendu, un grand quartier de roche, s'effondrant par le milieu des crevasses, fut arresté sur le milieu par l'estresseur de l’espace. et a servi comme d'un fort propre pavé à une chapelle qui a esté bastie audessus, et fort bien ajustée pour la dévotion des peuples. La mer qui se glisse au-dessoubs de la roche escartelée cest entendue en toute heure, par
ses grondements, et considérée par la fenestre de la
chapelle en bas... De la forteresse, par un chemin capable d'un seul homme de front, vint à cette spélonque Robert ou Clément, antipape, cet, en ce lieu, il donna le chappeau rouge à Pierre de Sarrasenas et la mitre à Michel de Perellos. » Ce dernier vint à Embrun commencer un épiscopat débonnaire qui
PERELLOS
devait durer l’espace d’un demi-siècle, exactement quarante-huit ans. Il paraît avoir suivi la fortune de Clément VII qui, élu le 20 septembre 1378, en Italie, se fixa à Avignon au mois de juin 1379. Bien que siégeant à proximité de son maitre, Michel de Perellos ne fut guère mêlé aux événements du schisme d'Occident. Il se cantonna toute sa vie dans la direction des affaires administralives du diocèse, l’évangélisation de son troupeau et la gestion des biens temporels composant la mense archiépiscopale.
Le diocèse d'Embrun était infesté, depuis deux siècles, de l’hérésie des Vaudois qui avaient réussi à imposer aux populations simples du Dauphiné leurs captieuses el dangereuses erreurs. Dès 1379, les adeptes de leurs doctrines furent cités à comparaitre devant l'inquisiteur pour répondre des crimes qui leur étaient imputés. Les inculpés refusérent de se présenter et plusieurs d’entre eux, prévoyant sans doute Île sort qui les attendait, prirent le parti de quitter le pays. On en vint alors aux mesures extrèmes. Le 1” juillet 1380, du haut de la chaire de la cathédrale d'Embrun, l'inquisiteur condamna et livra au bras séculier cent huit Vaudois de Vallouise, trente-deux de Largentière et vingt-neuf de Fressinières. Michel de Perellos comprit que la persuasion aurait raison, plutôt que la violence, de ses diocésains égarés. Dans un de ses voyages à la cour papale d'Avignon, il entretint Benoït XIIT de la situation faite aux hérétiques des régions embrunoises. Pour les amener à la vraie foi, il sollicita de Pierre de Luna l'honneur et l'avantage de voir son troupeau évangélisé par saint Vincent Ferrier, l'apoôtre alors en vogue, que Benoît XIII gardait auprès de lui pour diriger sa conscience. Le saint accepta cette nission, pénétra dans les provinces alpestres au début de l’année 1401 et v prèécha durant trois mois consécutifs. Le prestige et l'influence du thaumaturge surent vaincre les difficultés presque insurmontables d'un apostolat ingrat entre tous : « Le soldat de Jésus- Christ, raconte Fournier, entend ce déplorable estat, et armé, non des armes terriènes, ains des célestes. se transimarche devant cette vallée. Il conduit à cet effet. une grande troupe de saintes âmes qui le suivoient, et qui pratiquoient des exercices d’une grande pénitence pour frapper les veux et les erreurs de ces peuples, par le spectacle de ces pressants exemples, et les ramolir par ce moyen el les fleschir a prendre les routes contraires à celles qu'ils avoient tenu... Peu de jours s'escoulent, que ce peuple se trouve tout autre ; qu'il quitte son humeur farouche et sauvage ; qu'il fait divorce avec ses erreurs, et se laisse gagner aux persuasions de la vérité, devenu sectateur de la vraye religion chrestiène et catholique. Leur mélioration ne se tint pas seulement à démentir leur hérésie et à se despouiller de leurs
PERELLOS
vices. Ils se rangèrent encor avec telle ardeur aux exercices de toutes les vertuz et de la piété que, durant tout le temps que le bienheureux Vincent fit séjour auprès d'eux, et beaucoup de temps aprez, ils rendirent attestation à leur véritable conversion par les signes très manifestes de leurs œuvres... Quelle joye ne devoit tirer Michel, archevesque, de tels succez, et de la réduction de ce peuple tout changé ! »
Le zèle que déployait Michel de Perellos dans l'exercice de ses fonctions spirituelles, faisait place à une bonté poussée jusqu'à la faiblesse lorsqu'il traitait des affaires de l’ordre temporel. Les terres, les revenus, les châteaux de l’archevèêché devinrent la proie des meinbres de sa famille qui allèrent jusqu’à vendre ce qui était inaliénable, sans que le pontife débonnaire eut jamais le courage de réprimer ces fatales déprédations : « Ses parens qui le suivirent d'Espagne, dit Fournier, vindrent faire leurs profits au dépens de l’église d'Ambrun, comme les mouches suivent l’odeur et la fumée des viandes, et s'attribuèrent quantité de ses biens ; de manière que, comme ils tenoient les principales places archiépiscopales et ne se soucioient que de faire leur main, les bâtimens allèrent en ruine et l’archevesché fust despouillé.. Ils abusèrent si bien de la simplicité de leur parent archevesque, et mesnagèrent en sorte les affaires de cette crosse, que plusieurs droicts, par la dissipation ou aliénation, ou anéantissement des papiers furent perduz». Si sa famille, par des procédés indélicats, déconsidéra Michel de Perellos aux yeux des populations embrunoises, il est juste de reconnaître que ce pontife eût toutefois le mérite de discerneret de mettre en relief un de ses compatriotes, roussillonnais comme lui, qu'il attacha à sa curie épiscopale, en lui conférant la dignité de vicairegénéral, Jacques Albert, fils de Bernard Albert, procureur royal de Roussillon, frère de Bernard Albert, gouverneur de cette provinceet de Galcerand, évêque d’Elne. Michel de Perellos. qui devait sa fortune aux pontifes d'Avignon, embrassa dans la suite le parti urbaniste. Le 3 août 1407, les ambassadeurs de Benoît XIII à Rome avaient donné ordre de lever un impôt dans les terres de l’obédience avignonnaise. Le clergé y fit une opposition systématique. Ce fut principalementen Dauphiné, Languedoc etGascogne que la résistance fut organisée, ayant à sa tête les archevêques d'Embrun et de Vienne. Michel de Perellos ne figure pas dans les rangs des prélats qui assistèrent au concile de la Réal, bien que son frère Raymond y paraisse comme un des fermes soutiens de Pierre de Luna. Son procureur se trouve au contraire dans la liste des Pères du concile à Pise et à Constance. Michel de Perellos employa le vicomte de Roda, son frère, auprès de l'Empereur Sigismond qui se trouvait à Perpignan, au mois d'octobre 1415,
pour lui prêter le serment de fidélité au nom de l'archevêque, du chapitre et du clergéd'Embrun.lIlen obtint pour son église deux lettres-patentes, ex pédiées de cette dernière ville, à la date du 15 octobre 1415. La première lui accordait le plein pouvoir de se défendre par les armes et la force ; l’autre confirmait tous les privilèges queles empereurs avaient accordé aux Embrunois depuis les temps les plus reculés. Cette dernière renouvelait l'investiture de tout le temporel qui avait ses obligations à l'empire. L’archevêque d'Embrun portait les titres de prince, triscamérier, secrétaire et conseiller d'Etat à la cour impériale. C'est encore Michel de Perellos qui obtint du pape Marlin V,en 1417, confirmation du privilège accordé à ses prédécesseurs, qui concédait à l’archevêque d’Embrun le droit d’être reçu en cour de Rome, en qualité de protecteur de l’ordre de Citeaux. Le 20 février 1421, il ratifia lui-même les statuts et privilèges dont jouissaient les communautés de la terre archiépiscopale d'Embrun. Cette année-là encore, il entreprit la restauration des vitraux de l'église Notre-Dame et donna à cette fin la somme de quatre cents florins. Il fit peindre ses armoiries, qu'on peut encore admirer de nos jours, sur la grande et splendide rosace de la cathédrale d'Embrun. à côté de celles de Geoffroy le Meingre, dit Boucicaut, gouverneur du Daupliné. Ces mêmes armoiries sont reproduites sur le sceau de cet archevêque dont il existe deux spécirnens auxarchives des Hautes-Alpes, appendus à des documents de 1416 et 1423. On y voit la Vierge assise portant une fleur de lys de la main droite et l’Enfant-Jésus de la main gauche. L’archevêque mitréettenant la croix est au-dessous, à genoux accosté de deux écussons portant : écarlelé aux 1 et 4 d'un burelé, aux ? el 3, de trois poires (allusion au nom de Perellos). Michel de Perellos mourut chargé d'années le 1° mai 1427. Il fut enseveli dans la chapelle de Saint-Martin de son église métropolitaine. « Ce fut un homme simpleet sans malice à qui l’on n’eût à reprocher qu'une trop grande faiblesse pour ses parents », dit avec raison Fisquet. Sur son lit de mort, il aurait pu redire ces paroles de nos saints Livres qu'un pape du moyen-âge avait sur les lèvres en expirant : Si mei non fuerint dominuli lunc immaculalus er.
H. FisqueT, La France pontificale, archeveéché d'Embrun, 2° édit. Paris, s. d., t. 11. — Abbé Paul GUILLAUME, Histoire générale des Alpes Marilimes ou Cottiennes, Champion, 3 vol.
in-8°, 1890-1892. — Noël Vazois, La France et le grand schisme d'Occident. — Abbé J. CaPEIiLe, Figures d'évèques roussillonnais.
PERELLOS (Raymond de), frère du précédent, recueillit la succession de son père François, à la tête de la vicomté de Roda. Il figura brillamment à la cour aragonaise. Dès son avènement au trône, Jean l°* l'avait choisi pour son conseiller et son
chambellan. Le 5 septembre 1387, Raymond de Perellos reçut de ce prince la concession des justices, autres droits et revenus des lieux de Millas, Réglella, Nefiach, Saint-Marsal, Perellos et Saint-Martin de la Ribera. Son cousin, le baron de Joch, qui portait le même nom que lui, et qui occupait la châtellenie de Rodès, était décédé au mois de septembre 1384, ne laissant que deux filles, Constance et Eléonore. Le Domaine royal ne pouvait laisser entre les mains d’une femme, la propriété de la châtellenie d'une forteresse aussi importante que l'était alors celle de Rodès. Le roi d'Aragon, Jean I", racheta cette châtellenie et la revendit, le 10 mars 1393, avec la scigneurie de Rodès et de Ropidera, pour sept mille florins, à Raymond de Perellos, vicomte de Roda à qui il devait des sommes considérables ; mais pour pouvoir payer le prix de la châtellenie à la dame de Joch, le souverain dût vendre. le 1° mai 1393, les lieux et château de Llo au même vicomte, pour vingt mille sols barcelonais. Le 13 février 1391, une charte de Jean [° avait érigé en vicomté les lieux de Perellos, Millas, Montner. Céret, Réglella et autres, sous le titre de vicomté de Perellos. Dès ce jour, Raymond de Perellos réunit sous son nom le double titre de vicomte de Roda et de Perellos. La mort tragique de Jean [° survenue à la suite d’une chute de cheval, dans une partie de chasse, fit une profonde impression sur l'esprit de Raymond de Perellos. Gaubert Fabrice de Bagud, moine cistercien et historien des rois d'Aragon dans le xv° siècle, raconte que ce seigneur, désolé de la mort désastreuse de son maître, et surtout craignant pour son salut, entreprit le voyage d'Irlande, pour visiter une caverne connue sous le nom de Purgatoire de saint Patrice, où l’on s'’imaginait qu’on pouvait s’instruire de l’état des âmes dans l’autre monde. Il y passa une nuit et prétendit avoir vu des choses merveilleuses. Dans la relation qu'il en publia, il affirma que le roi était condamné à de fortes peines, mais qui ne devaient pas être éternelles. Cette caverne où le bon chambellan crut voir de si étranges choses... le pape la fit fermer en 1497, dans le but de couper court à toutes les superstitions dont elle était l’objet. Après l'élévation de Pierre de Luna à la papauté, Raymond de Perellos devint un de ses premiers lieutenants au palais d'Avignon. Vers la fin du mois de novembre 1398, Benoït XIII envoya le vicomte de Roda en ambassade à Paris, auprès du duc Louis d'Orléans. Raymond de Perellos fut de retour à Avignon, vers le 23 avril 1399. Le palais des papes élant alors assiégé par Boucicaut, le vicomte de Roda ne put pénétrer auprès de son maitre ni lui communiquer les intentions du duc d'Orléans. Picrre de Luna dépêcha une seconde fois Raymond de Perellos à Paris, pour porter une lettre attendrissante qu'il avait écrite le 25 avril 1399 à
PERELLOS
l’adresse de Charles VI. Revenu à Avignon le 15 août 1399, Raymond de Perellos, bien qu’il fut chargé des commissions du roi de France, obtint à grand peine la permission de pénétrer dans le palais papal. Il dut en ressortir au bout de peu de temps et même se retirer à Villeneuve-les-Avignon, jusqu'à l’arrivée des ambassadeurs de Louis d'Orléans. Il se trouvait encore en mission à Paris, le 31 mai 1400. A cette date, il reçut une lettre de Benoît XIII, par laquelle ce pontife le chargeait de solliciter la protection des Français. Les lettres de Charles VI qui confiaient la garde du palais d'Avignon à Louis d'Orléans furent portées de Paris à Avignon, le 11 février 1401, par les envoyés du Pape, Raymond de Perellos et Boniface Ferrier. Dans un acte passé à Avignon, le 4 avril 1403, le vicomte de Roda figure comme capitainegénéral de la ville pour le Pape. Le jour de l’ouverture du concile de la Réal (45 novembre 1408), Raymond de Perellos porta le dais sous lequel s'avançait Benoît XIII De son épouse Sibille, le vicomte de Roda laissa deux fils : Raymond, son successeur, et Louis.
Archives des Pyr.-Or., B. 153, 190, 367, 375. — DE GAZANYOIA, Hisloire du Roussillon. — Noël Varoiïs, La France et le grand schisme d'Occident. — Abbé J. Carrie, Elude historique sur Millas, Précis historique sur la seigneurie de Llo. — Franz Enae,
Martin de Alpartils, Chronica actitatorum temporibus domini Benedicli XIII.
PERELLOS (Pons de), frère des deux précédents, avait reçu de l'héritage paternel 55.000 sols. Pour lui payer cette somme, Raymond de Perellos, l'aîné, dut vendre. à pactes de rachat, le château de Montner. Pons de Perellos percevait aussi une rente de 4.400 sols sur la leude du poisson, à Perpignan. Ce droit lui avait été concédé, comme payement de la dot de son épouse Marie de Steenhoont, originaire du diocèse de Cambrai. Le 10 novembre 1393, le roi Jean vendit à Pons de Perellos, tuteur d’'Eléonorede Perellos, baronne de Joch et sa future belle-fille, la seigneurie de Rigarda, de Glorianes, de l’Autzina et de Sahilla, c’est-à-dire le mère et mixte empire, la juridiction, avec host, chevauchée et autres droits seisneuriaux que le Domaine royal possédait en ces lieux, pour 7.700 sols. Ces lieux furent acquis par les barons de Joch, en 1417. En 1399, la reine Yolande, veuve de Jean T° vendit à Pons de Perellos les lieux de Llauro et de Tresserra. Le 16 mai 1402, dans un appel de sentence relative aux cavalcades données dans la ville d'Embrun, Pons de Perellos est appelé frère de l'archevêque de cette cité : Poncio de Perillonibus, fratre R°° in Xrislo patris domini nostri Michaëlis Ebredunensis archiepiscopi. En 1409, Pons de Perellos fut chargé d'une mission diplomatique en Bourgogne. Pons de Percllos mourut en novembre 1416. Il avait eu deux fils : Michel et Pons, et une
PERELLOS
fille Jeanne. Michel, l'aîné, qui avait épousé, au mois d'avril 4404, sa cousine Eléonore de Perellos, dame de Joch, mourut sans postérité dans le courant de l’année 1407. Pons, le fils cadet, succéda à son père et mourut en 1426 ne laissant qu'une fille, Elfa de Perellos, de son épouse Louise de Mur, qui se remaria avec le comte de Luna. Elfa mourut en bas âge vers 1433 et sa succession passa à sa tante, Jeanne, fille de Pons de Perellos, qui avait épousé Louis-de Chalon, comte de Tonnerre. Le 13 mars 1436, le procureur de la comtesse de Tonnerre vendit Glorianes et Rigarda à Simonette de Poitiers, épouse de Louis de Perellos, vicomte de Perellos et de Roda et seigneur de Rodès.
Archives des Pyr.-Or., B. 136, 147, 177, 185, 190, 240. — ALART, La baronnie de Joch, dans l'almanach Le Roussilionnais, année 18S0. — Abbé Paul GuiLLauME, Hisloire generale des .Alpes Marilimes ou Cotliennes.
PERELLOS (Yolande de), sœur des précédents et de l'archevêque Michel, fut dame des lieux de Saint-Féliu d'Amont et d’Avall. Antoine Pinvya, bourgeois de Perpignan, fut son héritier.
Archives des Pyr.-Or., B. 24.
PERELLOS (Raymond de), fils ainé de Raymond, vicomte de Roda et de Perellos, et de Sibille, son épouse, fut appelé à la cour du roi d'Aragon, Alphonse V, à titre de conseiller et de « munter » majeur de ce souverain. En 1421, il fut nommé à vie à l'office de Gouverneur des comtés de Roussillon et de Cerdagne, vacant par la démission de son beaupère Raymond de Çagarriga. Raymond de Perellos avait. en effet. épousé Claire, la fille cadette de ce dernier. Des lettres du prince portèrent letraitement affecté au nouveau Gouverneur à la somme de dix mille sols annuels. Raymond de Perellos suivit son souverain dans les expéditions militaires qu'il dut entreprendre en Sardaigne et dans le royaume de Naples. Ce chevalier s’y couvrit de gloire. Il se distingua encore à la prise de l'ile des Querquens, sur la côte d'Afrique. En 1426, Raymond de Perellos avait acheté les lieux de Claira, Saint-Laurent-de-la-Salanque, Eus, Le Soler, Castellnou et Bellpuig à la reine Marguerite, veuve de Martin d'Aragon. qui tenait ces fiefs de son oncle, Pierre de Fenouillet. Des lettres d'Alphonse V, en date du 23 février 1428, confirmèrent cette vente et portèrent, en outre, dovation de tous les droits du monarque sur les biens de Pierre de Fenouillet, vicomte d'Ille et de Canet, en faveur de Raymond de Perellos. C'était la récompense des services militaires qu'il avait rendus en Sardaigne et à Naples. Le 30 septembre 1429. Alphonse V fit donation de la ville de Thuir. à Raymond de Perellos, avec l'intégralité des droits pécuniaires et honorifiques de la seigneurie. Cela souleva de vives protes-
tations parmi les habitants. Pour y faire droit et moyennant 3000 florins versés au trésor royal, la donation faite à Raymond de Perellos fut rapportée en 1431, et le roi s'engagea formellement à ne jamais aliéner à l'avenir ses droits seigneuriaux sur Thuir. A cette époque, Raymond de Perellos portait le titre de capitaine-général des mers et de maréchal d’Aragon et de Sicile. Comme tel, il conclut une trêve, le 16 juillet 1430, avec les ambassadeurs des rois de Navarre et de Castille. Raymond de Perellos devint ensuite camerlingue de Sicile. Durant son absence. son frère Louis de Perellos administra les comtés de Roussillon et de Cerdagne comme « son lieutenant ». La reine Marie fit donation à Raymond de Perellos, des revenus royaux du Volo, Cortsavi et Montbaulo, en compensation de la vicomté d’Ager, en Catalogne. Cette princesse lui concéda aussi les châteaux. les vallées ct les alqueries de Ceta et Travadell. dans le royaume de Valence. Raymond de Perellos mourut vers 1442. Lors de son décès, Raymond de Canet exerça la régence du gouvernement des comtés de Roussillon et de Cerdagne, dont Bernard Albert ne tarda pas à être effectivement pourvu. Il mourut sans laisser de descendance et transmit en héritage à son neveu François de l‘enouillet, le titre et les biens de la vicomté de Roda et de Perellos. Un monument funèbre fut érigé en sbn honneur dans l’église Saint-François de Perpignan. C'était un mausolée en marbre blanc, sur lequel reposait une statue qui représentait Raymond de Perellos en costume de guerrier, revêtu de son armure et avec le chien symbolique à ses pieds. Ce monument disparut au moment de la Révolution.
Archives des Pyr.-Or.. B. 209, 217, 218, 224, 226, 230, 242, 233, JS. 240, 244. 253, 234, 2N3, 257, 262. — P. Puiccarr, Archéologie locale, dans le FJI' Bullelin de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales.
PERELLOS (Louis de), frère du précédent, exerça la direction intérimaire des comtés de Roussillon et de Cerdagne, pendant le long laps de temps que Raymond de Perellos passa en Italie et en Sicile. En 1436, un conflit s’éleva entre le pouvoir civil et l'autorité ecclésiastique ; Louis de Perellos soutint vigoureusement la lutte contre l’évêque d'Elne. Le point de départ du différend fut l'assassinat de Guillaume Amarell. Ermengald Grimau, clerc-marié (conjugatus) de la ville de Perpignan, fut arrêté par ordre de Louis de Perellos, comme complice du crime. La liberté de ce prévenu ayant été réclamée d'une manière inconvenante par un prêtre, commissaire de l'official. le vicomte, exerçant le pouvoir exécutif en tant que lieutenant du gouverneur. fit aussi arrêter cet ecclésiastique. L’évèque d’Elne, Galcerand Albert, lança immédiatement l'interdit sur la
ville. Louis de Perellos, irrité, fit saisir les revenus de l'évêché et malgré les ordres de la reine maintint le séquestre, «attendu, disait-il, que selon les stils on n’admet pas l'imposition d'interdit en ce pays, et que, s’il y en a eu d’imposés, les évêques ont dû avouer qu'ils ne pouvaient le faire, et ils ont été obligés de les retirer et de se soumettre, comme on peut le voir par les registres de la viguerie du Roussillon. » Louis de Perellos avait épousé Simonette de Poitiers et avait eu d'elle deux enfants : Ravymond qui suit et François qui prit le nom de Fenouillet.
Archives des Pyr.-Or., B. 245. — ArLART, Almanach Le Rous-
sillonnais, année 1888. — Abbé J. Carkizze, Etude hislorique sur Millas.
PERELLOS (Raymond de), fils aîné du précédent, provoqua en 1430 une sortie de l’hosf ou de la Ma armada de Perpignan contre la localité de Millas, dont il était seigneur. « Le 15 janvier 1430, raconte un contemporain, l'host de Perpignan sortit contre le lieu de Millas, à la suite d’une plainte déposée contre Mgr Raymond de Perellos. seigneur de Millas, neveu du gouverneur du Roussillon, contre le chevalier Esplugues et le nommé Bach de Thuir, au sujet de bêtes à laine qu'ils avaient saisies à « En Tardiu » de Thuir habitant de Perpignan. L’host alla camper aux olivettes de Saint-Genis le long du Bulès, à une petite distance de Millas où l’on abattit tout ce qu'il y avait d'oliviers. Il est vrai que quandils voulurentattaquer la ville, le dit Mgr R. de Perellos consentit à traiter : on trouva le bétail réclamé dès les premières perquisitions, et l’on se saisit du bailli de Millas qui fut amené prisonnier avec une bonne chaine au cou, par les consuls et le bailli de Perpignan.» Ecœuré de faire le récit de ces faits, le chroniqueur ajoute avec une amertume quil ne sait dissimuler: « C'est une affaire bien embrouillée et qui s’embrouillera encore, si Dieu n'en dispose autrement. Que Dieu nous vienne en aide. Amen. » La reine Marie d'Aragon, lieutenante-générale du royaume en l'absence d’Alphonse V, intervint et ordonna la cessation de cette guerre intestine entre les Perpignanais et les gens de Millas. Raymond de Perellos ne survécut point à son pére, et avec lui disparut le noi patronymique de cette illustre famille roussillonnaise.
Archives des Pyr.-Or., B. 244. — ALant, Echo du Roussillon, année 1805.
Branche cadette ou des barons de Joch
PERELLOS (Raymond de), frère de François et fils de Raymond, seigneur de Perellos. commence à être mentionné en 1349, avec le titre de damoiseau. Il
PERELLOS
1353. En 1355, il porte le titre d'uxer (huissier) d'armes du roi d'Aragon. Il était déjà marié avec Isabelle, fille aînée de Roger de Ravenac et dame de la moitié de la seigneurie de Joch, dont il acheta lui-même l’autre moitié le 9 mars 1357, à André de Fenouillet, vicomte d'Ille et de Canet. Le 7 mai 1359, le roi Pierre d'Aragon nomma le damoiseau R. de Perellos à la châtellenic de Rodës, en remplacement du damoiseau Pierre de Millars, natif de Perpignan, qui devait passer dans l’île de Sardaigne. Cette châtellenie comprenait alors lebailliage des lieux de Rodès, Ropidera et Vilella. Le 20 juin 1362, le roi ajouta trente livres à son salaire de châtelain qui était de quarante livres, à La condition qu'il entretiendrait un servent de plus pour la garde du château. Enfin, le 6 mai 1370. le même roi concéda « à moss. Ramon de Pereylos cavaller » et à successeurs à perpétuité, la châtellenie du château et forlalici de Rodès, avec cent livres de salaire par an à prendre sur les revenus royaux de Rodès et de Ropidera, à la condition que, si son successeur était une femme ou un mineur (comme il arriva à la mort de Raymond) il y serait nommé un bon châtelain, sur l'avis du roi. Ce privilège donnait, en outre, des droits vraiment exorbitants à Raymond de Perellos, qui pouvait, du haut des fortifications de Rodès, faire la guerre ou la paix contre tous ses ennemis, sauf le roi et les habitants de Rodès qui étaient d'ailleurs tenus de faire le service de garde du château comme précédemment. Le roi d'Aragon conservait, outre le droit de fief, la haute juridiction du château de Joch et de son territoire. Cette part de seigneurie fut aliénée par acte fait à Tortose, le 8 janvier 1365. Le roi Pierre le Cérémonieux vendit à perpétuité en libre et franc-alleu à Raymond de Perellos « le mère et mixte empire et toute autre juridiction par lui possédée au dit chàteau » pour le prix de 8000 livres de Barcelone. Raymond de Perellos avait aussi acquis, on ne soit de qui ni quand, le lieu de Glorianes. Par une charte du 5 janvier 1376, le roi Pierre d'Aragon nomma Raymond de Perellos, son conseiller et uxer d'armes, aux fonctions de gouverneur de Roussillon et Cerdagne, en remplacement d'Arnau d'Orcau. Il conserva ces fonctions jusqu'au dernier jour de son existence, c'est-à-dire jusqu'à la fin de septembre 1384. Le 5 octobre suivant, le roi d'Aragon lui donna pour successeur Gilabert de Cruilles. Isabelle de Rovenac, épouse de Raymond de Perellos, était décédée vers l'an 1378 et comme elle ne laissait pas de postérité, elle avait laissé sa succession à sa sœur Esclarmonde de Llupia. Celle-ci fit abandon de ses droits sur la seigneurie de Joch à Raymond de Perellos, le 23 février 1383. Raymond de Perellos s'était remarié bientôt après la mort d'Isabelle, avec
fut viguier de Conflent pendant le trienni de 1351 à | Constance qui semble avoir appartenu à la famille
PERELLOS — PEREZ
Marimun, de Barcelone. Il eut deux filles de ce nouveau mariage, Eléonore et Constance.
Archives des Pyr.-Or., B. 121, 133, 136, 142, 145, 153, 190, 209,
232. — ALarT, La baronnie de Joch, dans l'almanach Le Roussillonnais, année 1879.
PERELLOS (Eléonore de), fille aînée du précédent, recueillit sa succession et posséda la seigneurie de Joch pendant soixante-quinze ans. Elle et sa sœur restèrent d'abord sous la tutelle de leur mère Constance, de leur cousin Raymond de Perellos, vicomte de Roda.et de Ferrer de Marimun, citoyen de Barcelone, qui était probablement un parent de leur mère. Plus tard, en 1393, le couverneur de Roussillon leur donna pour tuteur leur oncle, Pons de Perellos, majordome du roi d'Aragon. Ce fut en cette qualité que Pons de P:rellos prit possession des lieux de Joch, Finestret et Sahorre, le 22 septembre 1393. Le même jour il fit l'inventaire des biens de ses deux nièces, se composant de la seigneurie de Joch, Finestret, Sahorle, du territoire de Glorianes avec ses revenus. du mas de Darnach, au territoire de Saint-Jean-la-Cella. Depuis la mort de Raymond de Perellos (1384), la châtellenie de Rodès était régie par des commandants que nommaient les tuteurs de la dame de Joch ; mais le Domaine royal ne pouvait pas laisser entre les mains d’une femme la garde d’une forteresse aussi importante que l'était alors celle de Rodès. Jean 1° racheta cette châtellenie et la revendit, le 10 mars 1393, avec la scigneurie de Rodès et de Ropidera, pour sept mille florins, à Raymond de Perellos, vicomte de Roda. à qui il devait des sommes considérables, de sorte que, pour pouvoir payer le prix de la chätellenie à Eléonore. le roi dut vendre, le 4° mai 1393. les lieu et chatcau de Llo au même vicomte pour vingt mille sols barcelonais. Le 10 novembre 1393, le roi d'Aragon vendit à Pons de Perellos, tuteur de la dame de Joch, la seigneurie de Rigarda, de Glorianes, de l'Alzina et de Sahilla, pour la somme de sept mille sept cents sols. Ces lieux furent plus tard acquis par les barons de Joch. Cependant les deux filles de Raymond de Perellos étaient devenues majeures et ce fut la cadette qui fut mariée la premitre. Constance de Perellos épousa Bernard-Bérenger de Perapertusa, fils de Guillaume de Perapertusa, seigneur de Rabouillet. Rocavert, Sequera, Prats et Trévillach, au pays de Fenouillèdes. Elle lui apporta en dot trente mille sols barcelonais. Le contratde mariage fut passé à Millas, Le 11 août 1401, et les descendants de Constance héritèrent en 1459. de la baronnie de Joch. Quant à Eléonore, elle épousa au mois d'avril 1404 son cousin, le chevalier Michel de Perellos, fils ainé de son tuteur Pons et de Marie de Steenhoont. Le 24 novembre 1406, Île procureur d'Éléonore de Perellos prêta hommage et
serment de fidélité pour la moitié du château de Joch, à Jean de Foix, vicomte de Castellbo, avec prestation d'une paire de gants de cuir blanc. Le mariage de Michel de Perellos ne fut pes de longue durée et ce seigneur mourut dans le courant de l’année 1407, sans laisser de postérité. Devenue veuve, Eléonore de Perellos convola en secondes noces, quelques années après, avec le chevalier Bérenger de Vilaragut, descendant d’une ancienne et noble famille catalane. A partir de 1418, Bérenger de Vilaragut s’attacha à relever la baronnie de Joch qui avait dépéri depuis la mort de Raymond de Perellos. Il soutint plusieurs procès contre ses voisins, notamment contre les habitants de Vinça. Il eut surtout un grand procès vers 1432 au sujet des dechs cu limites de cette ville, mais après de longues enquêtes et procédures, il ne paraît pas qu'il y ait eu de sentence, et les choses demeurèrent dans l’état où elles étaient auparavant. Vers 1440, les barons de Joch acquirent la seigneurie de Rigarda et de Glorianes. Dans un acte du 15 mars 1442, Bérenger de Vilaragut est appelé «seigneur des lieux de Joch, de Rigarda, de Finestret, de Sahorle, camerlingue et conseiller de la Reine, attaché continuellement à son service et à sa cour. » Eléonore de Perellos était veuve de Bérenger de Vilaragut en 1449. Elle n'eut pas d'enfants de son second mariage. Elle est encore mentionnée comme vivante le 10 janvier 1458. mais elle mourut dans le courant de la même année ou au commencement de l’année suivante, car il est déjà question de son successeur, en juillet 145%. Son héritage revint naturellement aux enfants de sa sœur, Constance. mariée à Bernard-Bérenger de Perapertusa. Celui-ci étant décédé au mois d'avril 1413, Bernard, un deses cinq enfants, recueillit la succession d'Elconore de Perellos, dans le courant de l’année 1459.
ALART, La baronnie de Joch, dans l'almanach Le Roussillonnais, année 1880.
. PEREZ-ROY (François), valencien, docteur en théologie et chanoine d'Alcala, fut nommé évêque d'Elne le 21 juin 1638. en remplacement de Gaspard de Priéto, décédé le 30 octobre précédent. Le 9 décembre 1638. le chanoine d'Elne Raphaël Llobet prêta serment. à l'église Saint-Jean de Perpignan, au nom du nouvel évèque du diocèse. Le 18 du même mois, celui-ci fit son entrée dans sa ville épiscopale. Le 24 avril 4640, François Perez-Rov députa à sa place, au concile provincial qui devait se célébrer à Barcelone, Joseph du Vivier de Saint-Martin. archidiacre du Vallespir, chanoine d'Elne et son vicaire-général. Il ne tint pas à François Perez-Roy que Perpignan ne fut préservé des ravages du siège qu'il soutint durant le mois de juin 1640. Le marquis de la Rena, originaire de Florence, général d'artillerie et capi-
taine-général du Roussillon, ainsi que les autres chefs de l’armée espagnole de Catalogne dont les troupes étaient campées devant la porte Saint-Martin, écrivirent, le 10 juin, aux consuls de Perpignan, leur donnant quatre heures pour accueillir leurs troupes dans la ville et les y loger. Dans leur réponse,
les consuls déclarèrent impossible de loger l’armée :
et mème de la recevoir dans la cité. à cause des désordres que commettraient les soldats. En présence de cette détermination, le marquis de la Rena fit tirer sur la ville, du haut de la citadelle. L'évêque François Perez-Roy se rendit, au péril de sa vie, au-devant du capitaine- général, pour le fléchir. Dans une seconde lettre, les généraux espagnols réunis à la citadelle rendirent les consuls de Perpignan responsables de l’ordre et les avisèrent d’avoir à arrêter, la nuit suivante, les soldats mutinés qui seraient en ville avec leurs complices. Les consuls n'obtempérant pas à ses ordres, le 13, la Rena fit tirer sur la ville, malgré les protestations et la déclaration qu'ils lui firent de leur impuissance à loger la troupe et à arrêter les soldats mutinés. Ces doléances ne furent pas écoutées, et la Rena menaça les consuls de prendre la ville de force. Dans cette extrémité, l'évèque d’Elne, accompagné de Gabriel de Llupia, se rendit une seconde fois auprès du marquis de la Rena pour intercéder en faveur de ses ouailles. Le peuple, par son refus obstiné de recevoir les troupes du capitaine-général, fit échouer cette démarche. L'opposition ne céda que lorsque plus de six cents projectiles, lancés dans une seule matinée contre les maisons, en eurent ruiné ou incendié une grande partie. Aussitôt, le bon prélat, en compagnie de Gabriel de Llupia, alla assurer le général de la soumission des habitants. Le feu cessa, les troupes furent logées, mais la ville fut saccagée durant trois jours consécutifs. En 1641, François Perez-Roy fut transféré au siège de Cadix dont il ne prit pas possession de quelque temps. car le 23 août 1643, ce prélat est mentionné avec son titre d'évêèque d’Elne sur le registre de cet évêché. Louis XIII, devenu maître du Roussillon en 1642, avait bien nommé, le 13 avril 1643, à la place de Perez-Roy, l’archidiacre du Vivier; mais ce dernier, n'avant pu obtenir ses bulles parce que la paix n'était pas encore conclue entre la France et l'Espagne et pour d’autres difficultés, se retira dans son prieuré de Sainte-Anne, à Barcelone, où il finit ses jours. La vacance du siège d'Elne se prolongea pendant vingt-cinq années, durant lesquelles l'administration du diocèse fut successivement entre les mains des deux vicaires capitulaires rivaux, Jérôme Lléopart et Sébastien Garriga.
Archives des Pyr.-Or., G. 259, — Archives communales de Perpignan, AA. 6. — Mémoires de Pierre Pasqual. — PuiGcari, Calalogue biographique des évêques d’Elne.