‹ Dictionnaire de biographies roussillonnaisesChapitre 135 sur 227 · PÉRIGNON · texte numérisé non relu

PÉRIGNON

avoir ranimé le courage de ses troupes, il les ramena à la charge au milieu du feu de ses ennemis et se jeta le premier dans le camp espagnol qui, après un carnage horrible, fut enlevé avec tous les bagages et toutes les tentes. Pérignon reçut, dans cette affaire, un coup de baïonnette à la cuisse. Le 30 avril 1794, s’ouvrit la seconde campagne de l'armée des Pyrénées-Orientales qui, sous les ordres de Dugommier, s'avança contre les Espagnols. Ceux-ci occupaient alors la plaine du Boulou dans laquelle ils s'étaient couverts de lignes fortifiées et hérissées d'artillerie. Le général Pérignon, à la têle de sa division, passa le Tech entre Saint-Jean-pla-de-Corts et Banyuls-dels- Aspres, et après huit heures de combat, enleva le village retranché de Montesquieu qui couvrait la droite du camp espagnol. Le lendemain il attaqua le camp du Boulou, et ayant tourné les Espagnols par leur droite, il les obligea d'abandonner leurs retranchements, leur artillerie. leurs bagages et leurs magasins, et de se retirer en désordre derrière les montagnes. Pérignon franchit aussitôt les Pyrénées et prit de suite possession sur la route de Figuères pour empêcher l'ennemi de ravitailler Bellegarde. Par ses savantes manœuvres, il déconcerta les Espagnols qu’il poussa devant lui jusqu'à la Junquera, où il les défit complètement le 7 juin. Après cetle affaire, il commença l'investissement du fort de Bellegarde, qui fut pris au bout de quelque temps. A la bataille de la Montagne-Noire, où fut tué le général en chef Dugommier, le 18 novembre 1794, le centre de l’armée française fut commandé par Pérignon, qui y acquit une gloire nouvelle en gardant, pendant toute l’action, une attitude victorieuse que les efforts de l’ennemi ne purent ébranler. Il succéda à Dugommier dans le commandement en chef de l’armée des Pyrénées-Orientales ; il déploya des talents militaires qui lui assurèrent la réputation d'habile général. Dans cette occasion, Pérignon eut à lutter contre tout ce que la nature et l'art pouvaient réunir d'obstacles. Quatre-vingt à cent redoutes, placées sur les positions les plus avantageuses, hérissées de canons et défendues par 50.000 hommes, paraissaient inexpugnables. Cependant, en moins de six heures, toutes ces redoutes furent enlevées, et l’on fil taire les bouches à feu qui vomissaient la mort de toutes parts. Les bataillons français s'étaient avancés. l’arme au bras, au milieu des balles, des boulets et de la mitraille, et, arrivés à la portée de l’'enneini, ils avaient tout fait céder, à l’aide de la baïonnette. Les Espagnols, mis en pleine déroute. laissèrent au pouvoir du vainqueur leur camp ainsi que leur artillerie composée de deux cents bouches à feu. Le nombre de leurs morts fut considérable et on y compta trois officiers généraux parmi lesquels se trouva le général en chef comte de la Union. A la

suite de cette brillante action, Pérignon fit cerner le fort de Figuères, qui capitula le 27 novembre. La garnison, forte de 10.000 hommes, fut faite prisonnière de guerre ; on trouva dans la place deux cents bouches à feu. la plupart de gros calibre, deux cents milliers de poudre, une quantité considérable de boulets et d’obus et un magasin immense de toute sorte de subsistances. On y prit aussi 600.000 francs de numéraire qui se trouvaient dans les caisses espagnoles. Quoique le temps de la mauvaise saison fut arrivé, Pérignon n'en conduisit pas moins son armée à de nouveaux succès. Il résolut de s'emparer de Roses. Cette place importante était sans cesse ravitaillée par une flotte espagnole, alors commandée par un des meilleurs amiraux de l'Espagne. Roses était, en outre, défendue par le fort de la Trinité, surnommé le bouton de Roses, situé sur une montagne très élevée, au bord de la mer. Pérignon conçut le projet de s'emparer de ce fort, qui n'avait jamais été pris parce qu'on l'avait toujours cru inaccessible. Les ingénieurs de l’armée tentèrent de dissuader le général de son dessein. objectant que l'attaque était impossible. « Mais c'est aussi l'impossible que je veux », riposta Pérignon. Persistant dans sa résolubon, celui-ci fit tailler dans le roc un chemin de trois lieues de long ; les canons furent hissés à la prolonge, sur une ligne presque perpendiculaire. Soldats, officiers, généraux. tous mirent la main à l'ouvrage. Les boulets, les obus furent portés sur l'arçon de la selle, et l’on parvint enfin à établir une batterie de vingt-quatre canons ou mortiers. La surprise des Espagnols fut des plus grandes lorsqu'ils se virent attaqués de ce côté. Après dix jours de tranchée ouverte, et quoique le feu des forts et de la flotte fut terrible, Pérignon ordonna l'assaut. Il monta le premier à la brèche et enleva le fameux bouton de Roses dont la garnison se replia dans la ville. Cette action eut lieu dans la nuit du 6 au 7 janvier 1795. Aussitôt après la prise de ce fort, Pérignon résolut d'attaquer la place de Roses défendue par une forte garnison et par de nombreux retranchements. La saison était des plus rigoureuses et tellement contraire, que le soldat avait de la neige jusqu'au ventre. Quelques factionnaires furent trouvés morts de froid, et l’on fut obligé de relever les postes de demi-heure en demi-heure. L'armée se décourageait, soit à cause des privations qu'elle endurait, soit parce qu'elle croyait impossible de s'emparer d'une place toujours secourue par la flotte espagnole. Les ingénieurs eux-mêmes déclarèrent au général en chef que les travaux du siège ne pouvaient être continués si le formidable retranchement qui couvrait Roses n'était enlevé : « Eh bien, répondit Pérignon, qu'on se prépare. Demain, à cinq heures du matin. je serai à la tête des grenadiers, et à sept

j'aurai chassé les ennemis de leurs retranchements.» Effectivement, cette entreprise fut exécutée avec la plus granae bravoure. et son résultat décida bientôt après la reddition de Roses, qui tomba au pouvoir des Français le 3 février 1795. La paix ayant été conclue entre la France et l'Espagne par le traité de Bâle, le 22 juin de la mème année, le gouvernement français jugea que le guerrier qui, par ses exploits et ses victoires, avait le plus contribué à cette paix était digne de cimenter les relations amicales avec la cour de Madrid. Le général Pérignon fut nommé ambassadeur à Madrid ; Charles IV le reçut avec la plus grande distinction. Par ordre du Directoire exécutif. Pérignon négocia et conclut à Saint-Ildefonse. le 19 août 1796, un traité d'alliance défensive et offensive entre la France et l'Espagne. Il occupa jusqu'en 1798 le poste d'ambassadeur en Espagne. De retour en France, le général Pérignon eut un commandement en ltalie. Fait prisonnier à la bataille de Novi, le 15 août 1798, il devint sénateur en 1801, maréchal de France en 1804, et n'exerça plus de commandement dans les armées actives. Il se rallia aux Bourbons qui l’élevèrent à la pairie en juin 1814. et le firent marquis en 1817. Pérignon, qui avait été créé comte en 1808, mourut à Paris ie 25 décembre 1518.

HœrEr. Nouvelle biographie generale.

PERPIGNAN (Frère Luc de), capucin, a écrit

une Vie de saint Félir de Canlalice.

TORRES-AMAT. Diccionario crilico de los eseritores calalanes.

PERRIN (Valentin) fabriqua la plus ancienne des quatre cloches de l'église paroissiale de Prades. Elle porte la légende suivante: Vallantinus Perrinus me fecil. LHS. MRA. Sancle Martine ora pro nobits, 1654. Delamont estime que cette cloche provient de Saint-Martin du Canigou.

DeLauonr, Hisloire de la ville de Prades. — PALusTRE. Quelques noms de fonudeurs de cloches roussillonnais.

PETIT (Bonaventure), naquit à Prades le 23 octobre 1811. IL fit ses études au Petit-Séminaire de cette villenouvellement institué et reçut de son père, professeur de violon, et du frère Pascual, religieux franciscain chassé d'Espagne, les premières leçons de piano et d'harmonie. A l'âge de vingtans, il se rendit à Paris pour y suivre les cours du Conservatoire de musique. Adinis après concours, Bonaventure Petit commença ses études musicales par les classes d'harmonie, puis reçut d'Halévy des leçons de furue el de composition. Il suivit ensuite les cours d'orgue que professait Lefebure-\Welv. Bonaventure Petit quitta la capitale et vint offrir les services de son talcntimusical à son paysnatal qu'il ne quitta jamais

PERPIGNAN — PEYRESTORTES

plus. Fixé à Perpignan, il devint d’abord professeur de musique au pensionnat du Sacré-Cœur et au Conservatoire municipal. Il ne tarda pas à obtenir au concours les grandes orgues de la cathédrale de Perpignan, qu'il joua durant soixante-deux ans avec une maitrise qui le plaça au rang des meilleurs organistes de France. Les compositions religieuses occupent une grande place dans les œuvres musicales de ce maëstro. On a de lui trente-deux messes à grand orchestre. Plusieurs ont eu de la notoriété, particulièrement la Messe de Requiem, à grand orchestre, qui fut exécutée sous la direction d'un maître distingué, Virginis, aux obsèques de Mgr Gerbet, le 41 août 1864. Elle produisit une impression profonde. Parmi les chants d'église les plus renommés dus à l'inspiration de Bonaventure Petit, il convient de mentionner un premier Stabat, composé au profit de l’œuvre naissante, à Perpignan, des Petites-Sœurs des pauvres, et un second S{abat qui fut exécuté à grand orchestre, sous sa direction. en 1877, par la maîtrise de la cathédrale. On a aussi de lui des Noëls devenus populaires, des morceaux d'orgue, des cantiques qui font pour ainsi dire partie du répertoire classique. Outre la musique sacrée, Bonaventure Petit cultiva aussi la musique dramatique et la musique de chambre. Gerardo, grand opéra en deux actes; Velleda, grand opéra en quatre actes; la Clochelle d'amour, opéra-comique en un acte ; le Bailli du village, opéracomique en trois actes. eurent du succès sur Île théâtre de Perpignan. Velleda qui fut joué vingt-deux fois consécutives au théâtre municipal de la ville fut admis au Grand-Opéra de Paris. Ce que Bonaventure Petit a écrit avec le plus d'entrain, ce sont les morceaux de musique d'inspiration locale roussillonnaise. Le Relour à Banyuls, constitue une barcarolle typique, un hymne d’allure rapide, alerte, approprié au milieu dans lequel il doit être chanté. Le Salut au Roussillon cest, on l'a dit, «un chant d'amour, d'espoir et d'enthousiasme ; il se répercutera de génération en génération, avec sa mélodie claire, berceuse et douce comme la brise d’un soir d'été.» Bonaventure Petit mourut à Perpignan. le 3 mars 1901, à l'âge de quatre-vingt-dix ans.

Articles nécrologiques parus dans divers périodiques.

PEYRESTORTES (Arnaud de) commença, en 1333. la construction du cloître des Grands-Carmes de Perpignan, comme en témoigne l'inscription suivante :

Anno Domini M CCC XXII

fuit inceptum claustr

um per fratrem \rnaldum de Parictibus tortis et fuit completum

anno Domint M CCC XLIT.

Le cloitre des religieux Grands-Carmes de Perpignan (arsenal actuel) démoli par l'artillerie en 1820,

PEYRET — PEYRO

fut acheté comme moëllons au mètre cube, par le baron Alexandre Guiraud, de l’Académie française, et relevé par lui dans son parc de Villemartin, près de Limoux. Ce monument, tel qu'il a été rebâti, après trois ans de travaux de tout genre, forme un quadrilatère de 23 mètres de long sur 17 mètres de large. Tous les arceaux des plus longs côtés sont en marbre blanc, et ceux des autres côtés en marbre gris uni. Ceux-ci sont au nombre de quarante-quatre et les autres au nombre de vingt-deux.

DE BoxNeroy, Epigraphie roussillonnaise.

PEYRET (Simon) fondit, en 1408, pour la chapelle du Château royal de Perpignan, une cloche, aujourd'hui détruite, qui était. paraît-il, un vrai chef-d'œuvre.

DE Boxxeroy, Epigraphie roussillonnaise. — PALUSTRE, Quelques noms de fondeurs de cloches roussillonnais.

PEYRO (Barthélemy) appartenait à une famille de négociants perpignanais qui, durant le moyen âge, faisaient le commerce maritime avec le Levant. Un de ses parents, Pierre Peyro, s'embarqua à Barcelone, en 1354, sur la nef de San{a-Maria-Nunciada, pour l’île de Chypre, afin d'y importer des marchandises; mais il trouva la mort dans la traversée. Barthélemy vint au monde à Perpignan, dans la première moitié du xiv° siècle. C'était l’époque où Sanche, roi de Majorque, venait de fonder le couvent des Carmes dans la capitale de son royaume (1323) ; un autre illustre perpignanais, Gui de Terrena, ancien général de l'Ordre, occupait le siège d'Elne. Le jeune Barthélemy dut être un des premiers religieux du couvent des Carmes de sa ville natale. Les succès couronnèrent ses études, et il obtint Île grade de maître en théologie. Les charges et les honneurs ne tardèrent pas à lui être confiés. En 1379, ilétait provincial des religieux de son ordre à Naples. Clément VIT, l'appela au siège épiscopal d’Elne, le 24 octobre 1384, à la suite du décès de Dalmace, survenu à Rome. Ce dernier. évêque-élu dont on ignore le nom patron\mique, ne fut pas sacré et ne prit jamais possession de son évêché. Le Souverain Pontife laissa à son prédécesseur Raymond de las Escalas, transféré à Lérida le 7 octobre 1380, l'administration du diocèse d'Elne. L'épiscopat de Barthélemv Peyroeutune durée d'un quartdesiècle. Pendant les premières années, ce prélat fut le plus souvent absent de son diocèse ; on le trouve occupé à remplir des missions diplomatiques. De multiples affaires liées à la charge pastorale absorbèrent la seconde partie de son pontificat. L'administration diocésaine d’Elne fut entre les mains de Raymond de las Escalas, l’ancien titulaire du siège épiscopal, jusqu'au 21 février 4387. À cette date, Barthélemy Peyro s'engagea

à payer les 1500 florins que la Chambre apostolique exigeait à l’arrivée de tout nouvel évêque dans le diocèse. Les Regesla Valicana apprennent qu'il n’effectua le versement de cette somme qu'en 1391 et 1392. L'évèque d'Elne employait son influence et son activité dans une mission politique à laquelle ses origines et ses relations durant son séjour à Naples ne furent point étrangères. [l négocia, dès 1390, le mariage de l’'Infante Yolande d'Aragon, âgée de dix ans avec Louis II, duc d'Anjou et roi de Sicile. Cette union, qui ne fut bénie que le 1” décembre 1400, mit fin à la guerre entre la maison d'Anjou et celle d'Aragon. En1395, peu de temps après son élévation au Souverain Pontificat, Benoît XIII envoya Barthélemy Peyro en ambassade à Rome, auprès de son rival Boniface IX ; mais n'ayant pu obtenir de saufconduit pour la sécurité de sa personne dans la Ville Eternelle, l'évêque d’Ene dut renoncer à sa mission et retourna à Avignon sans avoir parlementé avec Boniface IX. Barthélemy Peyro fut très dévoué à la cause de Pierre de Luna. En décembre 1404. Benoit XIII s'occupait de remplir ses coffres. Il emprunta en Aragon deux cent mille florins d’or; il avait chargé de cet emprunt Bérenger, évêque de Tarragone, et Jean Lobera, chanoine de Majorque. Des instructions données pour ce dernier commissaire, le 1 novembre 1404, apprennent que le chapitre d'Elne était taxé à deux mille florins et que Barthélemy Peyroétait invité à en faire autant, enrenonçant au vœu qu'il avait fait de se rendre à Jérusalem. Au mois de février 1402, Pierre de Luna fit une levée de troupes. Il invita alors l'évêque d'Elne à le rejoindre en personne avec cinq ou dix hommes d’armes, à moins que celui-ci ne préférât lui envoyer deux mille florins de plus. Barthélemy Peyro fut aussi habile politique que savant profondément versé dans les sciences sacrées. Îl est connu comme auteur d’un ouvrageintitulé De Sanctis, au sujet duquel il ne nous est pas possible de préciser si la matière se rapporte à l'hagiographie ou à la théologie proprement dite. Le souci de l'évêque d'Élne, qui était moine, fut de conserver l'esprit de leur vocation aux ecclésiastiques de son clergé. A cet effet, il édicta de multiples constitutions synodales dès l’année 4392. Il en publia encore de nouvelles en 1394, 1401, 1402. 1404 et 1406. C’est ainsi qu'on le trouve, le 2 novembre 1400, réglementant le service des bénéficiers d’Elne. leur assistance aux offices et les distributions quotidiennes de leur communauté. Il enjoint, dans une autre circonstance au curé de Corbère de sonner régulièrement l'Angelus ; il lui recommande d'emporter avec lui deux saintes hosties, lorsqu'il administre le viatique aux malades, de crainte qu'au retour, durant le trajet de la maison à l'église, les fidèles ne se livrent à un acte vain de latrie. D'après un ordre du roi d'Aragon,

il décréta, le 1° février 1402, que tous les bénéficiers qui passeralent six mois sans venir résider dans les lieux de leurs bénéfices seraient privés de leurs émoluments. De concert avec l’archidiacre du Conflent, Jean Jaubert, et divers autres chanoines, il créa un nouveau Ccanvnicat au sein du chapitre de sa cathédrale. Les divers actes administratifs qu'il accomplit ne furent pas sans créer des ennuis à Barthélemy Peyro. « En 1406, raconte Puiggari, d’après le chanoine Coma, il eut un démêlé avec les chanoines de Saint-Jean, et voici à quelle occasion. Sous l’épiscopat de Bernard-Hugues de Sainte-Arthémie (1346-1348), ces chanoines se comportaient si scandaleusement dans leur maison canoniale et claustrale qu'il devint nécessaire de les en tirer et de les séparer. [ls reçurent alors chacun des secours et des provisions pour leur entretien. Mais du temps de Barthélemy, ils se trouvèrent si mal dece changement qu'ils voulurent reprendre leur premier état. N'ayant pu l'obtenir de cet évêque, ils adressèrent à l’antipape Benoit XIII de vives plaintes contre lui en l’accusant de vouloir abolir à jamais la vie commune dans leur maison qu'il laissait même dépérir; d’avoir diminué de plus de moitié tout ce qu’il était obligé de leur fournir et de refuser obstinément de pourvoir à leur vestiaire. Benoît remit cette affaire à Gui, évêque de Préneste, qui la termina par une transaction; mais la vie commune ne fut pas rétablie. » Vers ce même temps, l’évêque d'Elne soutenait contre Martin 1", roi d'Aragon, une lutte inégale. dans laquelle Île pouvoir de ce monarque faisait peser son autorité abusive sur le domaine du for ecclésiastique. Des chapelains attachés au château roval de Perpignan, et à ce titre « familiers du roi ». s'étaient rendus coupables d'actes indiswnes de leur condition. En vain. Barthélemy Peyro essava-t-il de réprimer les scandales ; le prince écrivit des lettres-patentes par lesquelles il confiait l'instrnction de cette affaire criminelle à un ecclésiastique. auditeur en la cour royale. En même temps il adressait à l'olMficial de l'évêché des instructions par lesquelles ïl fui interdisait d'exercer sa juridiction sur les ecclésiastiques du château roval. Dans une autre lettre écrite à Jean Vilafranca. prieur de Catalogne et commandeur de Bajoles, Martin 1° intimait à celui-ci la défense de comparaître en cour de Rome pour une affaire évoquée par l'évêque d'Elne. Enfin, une provision de la reine Marie avait exempté Barthélemy Peyro de la juridiction du viguier dans quelques cas de procédure. Son époux, le roi Martin, ne tarda pas à révoquer cette concession. Il y avait dix années que les perpignanais vénéraient dans l'église des Dominicains de leur ville la relique du bras gauche de Saint Jean-Baptiste dont le ciel Les avait merveilleusement dotés. Sous l'épiscopat de Raymond de Las

PEYRO

Escalas (1377-1384), un religieux jacobin, du nom de Guillaume Albert, était parti pour Athènes dans le but d'obtenir l'explication des légendes hiéroglyphiques qui couraient le long de la boîte servant de reliquaire. La version latine desinscriptions grecques apportée d'Athènes à Perpignan fut remise officiellement par ce moine à Jacques Barro, abbé de la Réal. Celui-ci en fit dresser procès-verbal, par un notaire, en présence de quelques docteurs en théologie choisis dans les couvents des Dominicains, des Carmes. des Franciscains, des Augustins, el de quelques docteurs en droit civil. Cette commission scientifique considérant la multitude des miracles opérés et la teneur de l'inscription de la châsse, déclara à l'unanimité que cette relique était la main de Saint Jean-Baptiste. D'après les ordres de l’évêque. il fut mandé de la vénérer comme telle. Les Dominicains, en conséquence, exposaient le bras gauche du Précurseur à la vénération des fidèles, chaque année, le 29 août, le jour de la fête de la Décolilation de Saint Jean-Baptiste. Barthélemy Peyro interdit aux religieux de Saint-Dominique cette démonstration extérieure du culte envers la précieuse relique dont ils étaient détenteurs. IL invoquait pour raison qu'elle n'avait pas reçu l'approbation du Saint-Siège. Le couvent des jacobins de Perpignan envoya en Grèce un de ses religicux, Dominique de Cardone, avec mission d'en rapporter une nouvelle version. Elle fut rédigée à Nicosie, dans l’ile de Chypre. Elle était, à peu de chose près, identique à la première. Elle fut signée par Hersénius, évêque des Grecs, et Gulinus. son vicaire-général. Benoît XIII, au tribunal duquel l'affaire avait été portée, désigna Antoine Gircos, abbé de la Réal, pour la solutionner. Le 25 Janvier 1407, François, chanoine de l'Eglise d'Elne, requit un acte public de cette nouvelle version, du notaire impérial, Louis de Saint-Dominique. Un événement extraordinaire, survenu cinquante ans après les faits que nous racontons, vint confirmer la raison d'être de la dévotion des perpignanais envers leur chère relique. L'évèque d'Albi, légat du Saint- Siège pour l'Espagne, vint à passer par Perpignan. C'était, selon toute vraisemblance, Godefroi, d'abord évêque de Trèves, qui, en 1462, faisait le siège de Perpignan, et quatre ans après, en 1466, remplissait dans la Castille, auprès de Henri et d’Alphonse son frère. la mission que le Souverain Pontife Paul 11] lui avait confiée. Godefroi étant donc à Perpignan et voulant être édifié au sujet de la relique de saint Jean- Baptiste, ordonna dela jeter dans le feu, en présence d'un très grand nombre de témoins réunis dans la sacristie du couvent. Ce qui ne fut pas fait: car des arceaux et des croix, tombant, étouffèrent le foyer, et ce foyer ou fourneau qui avait besoin naturellement d'un point d'appui, demeura suspendu en l'air,

PEYTAVI — PHILIP

à la grande admiration de tous. Saisi de frayeur et rempli de joie par un tel miracle, l’évêque donna aussitôt vingt marcs d'argent pour un reliquaire, où la main de saint Jean-Baptiste est conservée. Barthélemy Peyro mourut vers le milieu de l’année 1408, à la veille de l'ouverture du concile de la Réal. Archives des Pyr.-Or., B. 188, 222, 346, G. 9, 169. — Gallia christiana, VI, col. 1114. — ToRRES-AMAT, Diccionario crilico de los escrilores catalanes. — Puiccani, Catalogue biographique des évêques d’Elne. — Ulysse CHEVALIER, Répertoire des sources historiques du moyen-âge. — Conrad Eusez, Hierarchia catholica medii œvi. — Noël VaLois, La France et le grand schisme d'Occident. — Franz ERNLE, S. J. Martin de Alpartils, Chronica

actitatorum temporibus domini Benedicti XIII. — Abbé J. CAPEILLE, Figures d'évêques roussillonnais.

PEYTAVI (Antoine), peintre à Perpignan durant la seconde moitié du xvr' siècle, travailla principalement pour les églises du Roussillon. Il peignit, en 1567, le retable du maître-autel de l’église de Molitg, dédié à la Nativité de la Vierge Marie. En 1581, il travailla à celui de la chapelle de Notre-Dame des Délaissés, située dans l’église Saint-Jacques de Perpignan. Antoine Peytavi exécuta, en 1584, les peintures du retable de la Conception à l’église Saint- Jean de cette même ville. L'année suivante, il s’engagea, par contrat, à peindre un retable que Pierre Barrufet, menuisier de Perpignan venait de construire pour l’église de Salses. Au début de sa carrière, Antoine Pevtavi fut associé avec Jean Perles et Joseph Brell. De concert, ces trois artistes décorèrent le retable de Notre-Dame du Rosaire pour l’église des Dominicains à Perpignan, et des retables pour les églises de Cabestany, Osséja, Valiella et Nyer. Antoine Peytavi acheva le retable de ta chapelle de Tous les Saints, de l’église Saint-Jean, à Perpignan. En 1574, il avait peint aussi la nouvelle bannière de la corporation des pareurs de drap, établie dans cette cité.

Archives des Pyr.-Or., G. 134, 240, 546. 875, 934. — P. VipaL, Histoire de la ville de Perpignan.

PHILIP (Bonaventure-Pierre-Martin) naquit à Vinça, le 11 novembre 1805. Il se sentit poussé de bonne heure à embrasser l’état ecclésiastique. A peine ordonné prêtre, en 1828, il fut destiné par l’évêque, de Saunhac-Belcastel, à professer les sciences sacrées au Grand-Séminaire de Perpignan.

Diverses branches de l’enseignement ecclésiastique lui furent successivement confiées ; mais ce fut surtout sur la chaire de la théologie morale que Bonaventure Philip fit briller les talents de son intelligence lucide et de son jugement sûr. L’éminent professeur enseignait depuis quinze ans l'éthique chrétienne, lorsque l’évèque d’Elne lui conféra, en 1841, un canonicat, au sein du chapitre de sa cathédrale. Douze ans plus tard, en 1855, Bonaventure

Philip abandonna l’enseignement pour donner tout son temps à l'achèvement des importants ouvrages de théologie qu'il se proposait de publier. Il avait déjà édité, en 1849, un premier livre intitulé: L'action providenlielle constamment manifestée dans l'établissement et la propagation du christianisme, au milieu des erreurs el des persécutions des lemps passés et de l'époque moderne, ou Lettres philosophiques sur l'hisloire du christianisme. Dans ce volume, Bonaventure Philip prouve avec une grande puissance de logique que l’action providentielle se servira du christianisme pour sauver la société contemporaine. Il y démontre que les systèmes philosophiques modernes sont la conséquence fatale de l'oubli des principes chrétiens. Après avoir posé les fondements et préparé le terrain, l’auteur monta l'édifice. C’est ce qui fit l'objet d’un nouvel écrit, édité quatre ans après, sous le titre: Le principe religieux ou Etudes sur les Livres saints appropriés aux besoins de notre lemps. Bonaventure Philip, après avoir prouvé la vérité historique de la Révélation et de l'action de Dieu sur le monde, indique, suivant les Livres saints, le véritable remède des maux qui désolent la société ; il expose dans l'ouvrage les divers développements successifs que Dieu a donnés à la Révélation par laquelle il s’est manifesté aux hommes. Il fut ainsi amené à présenter une analyse des enseignements renfermés dans les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament. La conclusion qui se dégage à tout instant des tableaux et des récits bibliques, c’est que le Créateur, qui a renfermé dans les trésors de la nature les biens nécessaires à la famille humaine, a aussi déposé dans les Livres sacrés les divers remèdes dont l'esprit et le cœur humain peuvent avoir besoin dans les différentes époques et durant la longue suite des générations. Ayant quitté la chaire d'éthique qu’il occupait au Grand-Séminaire de Perpignan, Bonaventure Philip s'occupa de mettre en ordre les notes de ses cours. Il se contenta d’abord d'un simple Dictionnaire de théologie morale. I1 fut livré à la publicité en 1857. Rédigé en français, ce volume était destiné à rendre les études théologiques moins laborieuses et moins embarrassées. Ce nouveau livre, hautement approuvé par Mgr Gerbet et honoré d’un brefélogieux du Saint-Père, était comme un bouquet théologique offert par l’auteur à ses anciens disciples et à ses frères dans le sacerdoce. ainsi que le lui écrivait Mgr Galtier, évêque de Pamiers, dans la lettre qu'il lui adressa en lui envoyant le litre de vicaire-général de son diocèse. Le Nouveau diclionnaire de théologie morale, au témoignage de Mgr Gerbet, fit un grand bien non seulement dans le diocèse de Perpignan, mais encore dans les diverses parties de la France où il fut répandu à profusion. Mgr Plantier l’appelait un

Répertoire précieux. En 1867, Bonaventure Philip publia : Les Conférences théologiques, dogmaliques et morales, en quatre volumes. « Par une concision qui ne nuit pas à la netteté de la pensée, par une clarté de langage qui ne compromet pas la profondeur des vues, les Conférences, disait Mgr Ramadié, évêque de Perpignan. étaient appelées à rendre de grands services aux prêtres qui en feraient l’objet de leurs études. Sans effrayer les intelligences ordinaires, elles intéressent les esprits élevés. » Bonaventure Philip avait été nommé vicaire-général honoraire du diocèse de Perpignan, par Mgr Gerbet, en 1857. Il mourut à Perpignan le 12 février 1872.

Semaine religieuse de Perpignan, année 1872.

PI (Guillaume), fils de François Pi, de Barcelone, vint se fixer à Collioure vers l’an 1324 et se livra au commerce maritime. Îl eut quatre enfants : Guillaume, Jean, Arnaud et Bernard. Ce dernier entra dans la magistrature, s'attacha d'abord au parti de Jacques 1[, roi de Majorque, puis à celui de Pierre le Cérémonieux qui le nomma, en 1345, juge de la cour du bailli à Perpignan. L'aîné de la famille, qui fut aussi le successeur de Guillaume à Collioure, portait le mème nom que son père. Il laissa à son tour trois fils : Jean, son héritier universel, Raymond et Guillaume établi à Cadaquers.

Archives des Pyr.-Or., B. 96. — LE Duc bu RoussiLzon, Biographies carlovingiennes, Perpignan, Latrobe, 1870.

PI (Pierre-Antoine), originaire de Collioure, vivait vers la fin du xvr' siècle. D'abord professeur d'humanités à l'université de Barcelone, il quitta ensuite le monde pour revêtir la bure de moine au couvent de Saint-Jérôme d'Hébron. Les édiles de la cité de Barcelone, ayant eu connaissance de son dessein, allèrent le trouver pour le prier de ne pas donner suite à sa résolution. fls lui promirent même d'augmenter ses émoluments. Mais l’éminent professeur demeura sourd à leurs prières et à leurs promesses. Dans la solitude du cloître, il cultiva la poésie; mais on ne connaît de lui qu’une comédie en vers latins intitulée : Don Juan d'Autriche à Lépante. En 1782, on en conservait encore le manuscrit dans son couvent. Des vers latins sur {a Terre sont encore attribués à ce poète.

LE puc pu RoussiLLon, 0p. cil.

PI (Jean), petit-fils de Guillauine Pi, épousa Elissende dont le nom de famille n’est pas connu. Il eut d'elle trois enfants. L'ainé. appelé aussi Jean, continua la famille à Collioure ; Pierre, le second, s'était d'abord fixé à Ille en 1421, mais il habitait Elne en 1438. Bernard, le troisième, embrassa l’état ecclésiastiquc. Le 6 avril 1440 il était curé de Thuir et assis-

PI

tait à Elne au Conseil, tenu par les trois archidiaconés d'Elne, de Conflent et du Vallespir.

Le puc pu RoussiLLON, op. cil.

PI (Jean), fils aîné du précédent, capitaine de navire à Collioure, allant chercher un chargement de sel dans l’île d'Yviça, au mois de juillet 1438, emportia une lettre de recommandation pressante pour le gouverneur et le procureur royal de cetteile. Ceux-ci étaient informés, par le lieutenant du procureur royal et le juge du patrimoine du roi en Roussillon, que le retour de Jean Pi était attendu avec impatience parce que son navire devait porter en Sicile des messagers du roi d'Aragon. Jean Pi vivait encore en 1457. De son épouse il eut deux fils : l'aîné qui porta le même nom que lui et Antoine, bénéficier à l’église d’Argelès.

LE puc pu RoussiILLON, 0p. cil.

PI (Jean), fils du précédent, armateur et négociant à Collioure fit un voyage dans l'ile de Sicile, en 1448, sur la galère de Perpignan. Cela lui valut, au retour, un procès avec d’autres marins, ses associés, contre le capitaine Connylil et son étatmajor. Lorsque le Roussillon passa sous la domination de Louis XI, Jean Pi devint lieutenant de Bérenger d’Oms, gouverneur de Collioure. En 14375, il résigna ses fonctions entre les mains de son fils ainé Jean et mourut au début de l'année 1479. Jean Pi avait épousé Jeanne dez Puig et avait eu d'elle, outre Jean l'aîné, deux autres fils, Michel et Antoine. Michel se livra au négoce à Collioure et succéda à son frère Jean dans la charge de lieutenant du gouverneur de Collioure.

Archives des Pyr.-Or., B. 406, 409. — LE Duc pu ROUSSILLON, op. ci.

PI (Jean), fils ainé du précédent, avant d'être investi de l'office de lieutenant du gouverneur à Collioure, avait commandé un navire, à l’aide duquel il rendit de grands services aux troupes réunies par les ordres de Louis XI sur la côte du Languedoc, en 1474, sous le nom d'armée du Roussillon. Jean Pi céda sa charge à son frère Michel ; celui-ci l'exerçait encore en 1490. En mourant il laissa trois fils connus. Jean, l’ainé, continua à Collioure la famille dont la descendance s’est perpétuée jusqu’à nos jours dans celte localité, bien qu’un rameau se fut constitué à Perpignan en la personne de Gaspard Pi, petit-fils de Jean, qui devint notaire et bourgeois honoré, à la suite d’un privilège accordé par Philippe III. La lignée de Gaspard disparut le 26 mai 1661, jour du décès de son fils Joseph, mort sans postérité, laissant l'héritage à sa sœur Magdeleine Montalt. Antoine, le cadet, fut consul de Collioure en 1556, et

Melchior, le plus jeune, s'étant établi à Perpignan, fut la souche de la principale branche de la maison Pi. Un des fils de Melchior, Onuphre se fixa à Rivesaltes et devint le père de plusieurs enfants, parmi lesquels Jean, dont la notice suivra.

Archives des Pyr.-Or., B. 380, E. (Titres de famille), COOO, — LE puc pu ROUSSILLON, op. cil.

PI (Gaspard), né à Perpignan, vers la fin du xv° siècle, entra dans l’ordre des Augustins et s’acquit une telle réputation de science et de vertu, que Charles-Quint le nomma son confesseur. Ces confesseurs étaient désignés par les corts du royaume et faisaient partie du conseil privé du roi où ils votaient les premiers. Gaspard Pi mourut en 1538.

Annuaire de 1834. — DE GAZANYoOLA, Hisloire du Roussillon. — Le puc pu RoussiLLo, op. cit.

PI (Jean), fils d'Onuphre Pi, pagès de Rivesaltes, reçut de Philippe IV, le 21 septembre 1633, le titre de bourgeois de la ville de Perpignan. Il avait épousé Angèle Jaubert. Sept enfants naquirent de leur mariage : François, qui laissa une fille unique ; Françoise, laquelle contracta alliance avec Emmanuel de Guanter, seigneur de Montferrer ; Onuphre, chanoine d’Elne, fondateur du Collège de Perpignan; Antoine, dont la notice suivra ;: Eudal, mort sans descendance directe ; Marie, épouse de Jean Lassus ; Onuphre, femme de Cabaner, de Rivesaltes ; Claire, mariée à Montserrat Pellissier, de Pia.

Archives des Pyr.-Or., B. 388, E. (Titres de famille), 600-601.

PI (Onuphre), fils du précédent, embrassa la carrière ecclésiastique. Il occupait déjà, en 1644, une stalle au sein du chapitre de Saint-Jean, à Perpignan. Le 29 août de cette année-là, il écrivit un premier testament dans lequel il exprimait deux de ses volontés les plus chères. Il déclara vouloir doter l’église de Saint-Jean d’une statue en argent, repré-

sentant l’'Immaculée-Conception, d’une valeur de mille ducats, équivalant à douze réaux l'un. Deux ans après, cette clause testamentaire eut son effet : le 11 septembre 1646, le chanoine Onuphre Pi passa contrat avec François Pons, orfèvre de Perpignan, pour la fabrication en argent d'une statue de la Vierge. À cette époque, il avait aussi fondé conditionnellement un établissement d'éducation dans sa maison de la rue du Procureur royal (Main de fer). Il stipulait dans ce testament que les étudiants de sa famille et ceux de Rivesaltes y fussent admis prétérablement à tous autres. Cette fondation du chanoine Pi reçut son exécution effective, le 14 août 1667, à la suite d’un testament qui créa à Perpignan. un collège sous l’'invocation de la Vierge Marie, pour l'éducation de ses proches. L'établissement était

PI

situé dans un des quartiers les plus agréables de Perpignan, à côté d’un grand jardin, entre la porte du Sel, la rue de la Miséricorde, l’hôpital et le rempart. Le fondateur l’affecta à l'éducation de six enfants de sa famille et ordonna à ses exécuteurs testamentaires de veiller sur ce point, défendant à l'autorité ecclésiastique d'y déroger, fut-ce pour n'importe quel motif. Les volontés expresses du chanoine Pi furent respectées durant trente années seulement. En 1701, et sur les instances de l’évêque d'Elne, de Montmort, les héritiers confièrent la direction du collège Pi aux Jésuites ; en 1704, ils concédèrent à ceux-ci la permission d’adjoindre d’autres internes aux six jeunes gens de la famille Pi. En 1762, les Jésuites expulsés furent remplacés par des prêtres séculiers. Ceux-ci, outre les six étudiants de la maison Pi reçurent dans leur établissement des pensionnaires payants; leur nombre était de cinquante en 1789. Le pensionnat de Pi occupait l'emplacement actuel du collège communal de Perpignan. Le 1° mars 1789, un incendie dévasta cette maison d'éducation. Il n’en resta qu’un bâtiment, aujourd'hui la partie la plus ancienne de l'édifice actuel, autour duquel, sans plan préconçu, se sont groupées les autres bâtisses. En 1797, l'abbé Jaubert obtint l'autorisation de le transformer en pensionnat privé d'instruction secondaire. Le 7 septembre 1808, cel ecclésiastique céda à la ville sa maison d'éducation, qui fut officiellement transformée en collège communal. Onuphre Pi mourut à Perpignan le 18 janvier 1676. Le surlendemain, son cadavre fut inhumé dans la vieille église de Saint-Jean, au pied de la chaire. On conserve le portrait du chanoine Pi dans le salon d'honneur du Collège de Perpignan.

Archives des Pyr.-Or., G. 60, 136, 138, E. (Titres de famille), 600. — Abbé ToRrREeILLES, Le Collège de Perpignan. — Centenaire

du Collège de Perpignan (6 juin 1908), Perpignan, imprimerie de l’Indépendant.

PI (Antoine de), frère du précédent, reçut, le 2 mai 1657, des lettres d'annoblissement. Il assista comme tel à l'assemblée du bras militaire de Catalogne. de Roussillon et de Cerdagne, qui se tint à Perpignan, le 4° mai 1659. Antoine de Pi avait épousé Isabelle Ballaro dont il n'eut qu’une fille appelée Jeanne. Il convola en secondes noces avec Raymonde de Tord, dont le fils, Magin de Tord, contracta alliance avec sa fille unique, Jeanne de Pi. Antoine de Pi mourut le 22 février 1682.

Archives des Pyr.-Or., B. 400, 401. E. (Titres de famille), 601.

PI (François de), fils aîné de Magin de Tord et de Jeanne de Pi, parcourut une brillante carrière militaire. Il était colonel de dragons en 1709. Il fut,

480 PICAS — PIERRE

dans la suite, maître de camp et chevalier de Saint- Louis. François de Pi avait uni ses destinées à celles de Thérèse de Calvo, décédée à Rivesaltes le 3 décembre 1733, sœur de Marie, épouse de François-Xavier d'Oms, mère du marquis d'Oms et de Josèphe, épouse d’Ardena, comte des Illes. Le marquis Joseph d'Oms fut l'héritier de François de Pi. C'est à ce titre qu’il était le patron du collège de Pi, au moment de la Révolution.

Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 601.

PICAS (Hippolyte) naquit à Perpignan, le 6 décembre 1796. Il était fils d’un avoué de cette ville. Après avoir étudié le droit à Toulouse, Hippolyte Picas se fit inscrire au barreau de sa ville natale, où il ne tarda pas à se placer au premier rang. Sous la Restauration, il se mit au service de la cause libérale et défendit un grand nombre d’accusés politiques, entre autres Armand Carrel dont il devint l'ami. Pendant le règne de Louis-Philippe, il continua de prendre part aux luttes de l'opposition. Nommé, en 1848, commissaire du Gouvernement provisoire à Perpignan, il calma, par son énergique attitude, une rixe imminente entre paysans et gardes nationaux. Hippolyte Picas fut élu, le 4 juin 1848, en remplacement de François Arago qui avait opté pour la Seine, représentant des Pyrénées-Orientales à l’Assemblée Constituante, par 15.048 voix contre 1.106 à Victor Aragon et 964 à de Genoude. Il fit partie du comité de législation et vota avec la gauche. Hippolyte Picas combattit vivement, après le 10 décembre, la politique de l'Elysée et appuya la demande de mise en accusation contre Louis-Napoléon et ses ministres, à l'occasion des affaires de Roine. Non réélu à l’Assemblée législative, Hippolyte Picas reprit sa place au barreau de Perpignan. IL mourut dans cette dernière ville, le 25 novembre 1861.

RoëerT. BourioTox et Couuxy. Dictionnaire des Parlemen:laires. — Horace CnauveT, Histoire du parti républicain dans des Pyrénées-Orientales.

PIERRE fut placé à la tête de l’abbaye de Saint- Michel de Cuxa en 1977. Il la gouverna durant l’espace de vingt-cinq ans. En 1096, l'abbé Pierre assista au concile que le pape Urbain II assembla à Nimes pour la délivrance de la Terre-Sainte. En se rendant dans la Palestine, en 1102, Guillaume Jorda, évêque d'Elne, constitua l'abbé de Cuxa son exécuteur testamentaire. Dans le courant de cette même année, l'abbé Pierre descendit dans la tombe.

Marca hispanica, col. t1#4. — For, Histoire de l'abbaye royale de Saint-Michel de Cu.ra.

PIERRE fut élu abbé de Saint-Martin du Canigou le 25 septembre 1172. Il succéda à Gérald, frère de

Raymond, dont l'abbatiat avait été troublé par de multiples coups de main, opérés dans son monastère par les moines de La Grasse. Dès ie début de son administration, Pierre se rendit à Rome pour se plaindre de cet état de choses auprès du Souverain Pontife. Le pape Alexandre III fit droit à ses réclamations en lançant une bulle, le 22 avril 1173. Le roi d'Aragon voulut, de son côté, donner une preuve de l'intérêt qu’il portait à l’abbaye de Saint-Martin et à ses religieux. Alphonse II les autorisa, en 1172, à construire une forteresse dans le lieu de Marquixanes, et, par son testament de la fin du mois de décembre 1194, il légua au monastère du Canigou une rente annuelle de cent cinquante sols. L'abbé Pierre était un religieux d’un mérite distingué, d'une grande fermeté de caractère, possédant toutes les qualités indispensables à un bon administrateur. Dès son retour de Rome, il donna tout son temps, tous ses soins à son monastère, afin de réparer le mal qu'avait causé la soumission de l’abbaye de Saint-Martin du Canigou à celle de La Grasse. Aussi les traces de ruine et de misère disparurent-elles insensiblement et l’abbaye retrouva son ancienne splendeur. Le 26 mars 1178, Pierre, baron de Domanova, abandonna au monastère de Saint-Martin l'église de Saint-Pierre de Belloc, entre Vinça et Rodès. Le 2 avril 1195, jour de Pâques, l’abbé Pierre institua une confrérie dans l’église du monastère. Les qualités administratives de ce prélat étaient si éminentes, qu’en 1203 le roi d'Aragon, Pierre Il, le nomma abbé de Saint-Michel de Cuxa, afin qu'il restaurât ce monastère tombé dans un tel état de ruine et de misère « que ni Dieu ni les hommes ne pouvaient plus y être dignement servis ». D’importants travaux matériels furent entrepris à Cuxa, notamment celui de la reconstruction de la voûte de l’église qui menaçait de crouler. Pierre remplasa cette voûte en bois par une autre en bois supportée par des arceaux en marbre rouge. Une charte portée par le roi d'Aragon, en date du 30 avril 1203, annula les actes de vente ou d'’aliénation des biens du monastère faits par Arnald, prédécesseur de l'abbé Pierre. L'abbaye de Cuxa reprit dès lors son ancienne importance. Pierre gouverna les deux monastères du Canigou et de Cuxa jusqu'au 23 janvier 1212, date de sa mort.

Inventaire de dom d'Agullana, n* 95, 117. — Marca hispanica, col. 465. — Gallia chrisliana, t. VI, col. 486, 1187.

PIERRE, abbé de Saint-Martin du Canigou, fut élu le 7 mai 1282 et cessa ses fonctions le 9 octobre 1290. Le 2 octobre 1282, ce prélat unit au monastère du Canigou le prieuré de Saint-Romain de Llupia, qui existait déjà en 954.

Inventaire de dom d'Agullana, n° 112.

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