‹ Dictionnaire de biographies roussillonnaisesChapitre 154 sur 227 · SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

SAINT-JEAN

de refuge contre les maladies contagieuses qui trop souvent décimaient la population de la ville de Poitiers, et dans lequel «les plus timides pouvaient aller chercher le caline et la sécurité dont ils avaient besoin pour se livrer à la contemplation du Très- Haut ». Ces attentions délicates ne purent fermer la bouche aux mécontents. Certains moines n'en continuèrent pas moins à crier et à écrire « que leur abbé était un homme d'une science bien cachée... qui faisait dire la grand’messe bien matin, et qu'il lui tardait beaucoup qu'elle fut dite, pour aller diner ». Charles de Saint-Gelais mourut dans son abbaye de Fuye-Montjault, le 3 juillet 1500. IL fut inhumé à l’entrée de l’église, au pied d’une croix en pierre sur laquelle est gravée l'inscription suivante: « Hic, est sepullura D. Caroli de S. Gelasio episcopi et abbalis hujus monastlerii ; anima ejus el animæ omnium Jidelium defunclorum requiescant in pace. Amen. »

E. pe Foucmten, Un Poitevin en Roussillon au XV° siècle ; Notice sur Charles de Saint-Gelais, evéque d'Elne (1470-1475),

Extrait des Mémoires de la Socièlé des antiquaires de l'Ouest, t. XXVIL.

SAINT-JEAN (Arnaud ! de) contracta mariage avec Bérengère, la fille du vidame de Montescot. En 1211, les deux époux firent don à l'hôpital de Perpignan d’un fief que la famille de Montescot possédait à Corneilla-del-Vercol. Arnaud [de Saint-Jean vivait encore en 1234. Le 30 juillet de cette année-là, il se dessaisissait en faveur des Templiers du Mas-Deu des biens du défunt Bernard d'Anvis, en son vivant vassal de Guillaume de Montesquicu. Ün de ses frères, appelé Guillaume, possédait un honneur ct des droits sur le village et sur le territoire de Saint-Jean-plade-Corts. fl les vendit à la maison de Fontfroide de Perpignan, moyennant une somme de 4.275 sols barcelonais.

Abbé J. Caprice, La seigneurie de Saint-Jean-pla-de-Corts.

SAINT -JEAN (Bérenger ! de), ayant succédé à

son père Arnaud 1”, Jacques, roi d'Aragon, prit sous

sa sauvegarde, le 28 juillet 1266, la forêt que le nouveau seigneur possédait dans Île territoire de son fief, avec défense à qui que ce füt d'y chasser et d'y faire pacager. C'est le premier exemple connu en Roussillon, de ce que l'on appela plus tard « mise en devèse ou défends » d’une forêt scigneuriale pour la chasse, la pêche et l'usage du bois et du pacage, qui ne pouvaient y être pratiqués qu'avec une permission expresse du seigneur. Le roi déclarait d'ailleurs que si les habitants ou d'autres personnes avaient joui antérieurement de droits de ce genre dans la dite forût, le seigneur était tenu de les leur conserver. Les paysans laisserent à Bérenger la libre jouissance de la chasse et de la pêche privées, mais ses

suzerains lui contestèrent les droits de justice. Guillaume de Vilarasa, viguier de Roussillon, agissait au nom du roi d'Aragon. Ce fontionnaire lui demanda compte de ses privilèges judiciaires sur la localité ct sur les manses de Vilargeil et du Castillet. Ün conflit suivit. Jacques ["intervint,et, par une charte datée du 27 juillet 1274, renouvela et ratifia en faveur de Bérenger les droits de justice jadis concédés à Minimilla, par le comte Oliba. Abbé J. CaPEILLE, op. cil.

SAINT-JEAN (Arnaud Il de), fils du précédent, fut élevé à la dignité de viguier de Roussillon, contre l'autorité de laquelle son père s'était butlé. A ce titre, il réglementa en personne, le 9 avril 1296, un point litigieux qui divisait le roi de Majorque et les seigneurs de Saint-Hippolyte. Il s'agissait de fixer la délimitalion du territoire de ce village et de celui de Salses. Les Templiers avec Bernard de Montlaur et Pierre de Gastcll étaient co-seigneurs de Saint- Hippolyte ; Salces dépendait directement de l'autorité royale. D'un commun accord, mais sur l’iniliative d'ArnaudIl de Saint-Jean, la ligne de démarcation fut établie dans le pré communal des habitants de Garrius. Arnaud Il de Saint-Jean mourut jeune. Il laissa veuve Gallarde son épouse avec trois enfants en bas âgc : Bérenger qui devait lui succéder et deux filles Guillelmine et Bérengère. Pour récompenser les bons offices du viguier défunt, le roi de Majorque inféoda, le 21 juillet 1299, à Gallarde et à ses héritiers les justices légères du lieu de Riunoguës. On appelait de ce nom celles qui ressorlaient aux magristrats inférieurs ou municipaux.

Abbé J. CAPEILLE, op. cit.

SAINT-JEAN (Bérenger’ Il de), fils du précédent, est sans contredit le membre le plus connu de cette famille. Ses mœurs guerrières et ses aventures chevaleresques sontdignes d'un paladin d’un moyenage. Lorsqu'il prit possession de la seigneurie, sa position de famille était brillante. En dehors du château de Saint-Jean-pla-de-Corts, il se déclarait propriétaire d'un grand nombre de domaines situés sur la paroisse Sainte-Marie du Boulou. Il avait soin de noter dans un acte de reconnaissance de vasselage en date du 17 juin 1309, qu'il les tenait en fief pour le roi. Sanche de Majorque reporta en sa faveur, le 16 juillet 1313, les concessions judiciaires faites jadis par l’Infant Jacques à son grand-père. L'état de sa fortune lui permit de se porter garant à ce monarque, en compagnie de quelques hauts seigneurs roussillonnais, pour la dot de 60.000 sous barcelonais menus de tern, de Gueralda de Rocaberti promise en mariage au noble Guillaume de Canct. Mais l'art de la uerre le séduisit. C’est grâce à ses dispa-

sitions testamentaires qu'il nous est donné de connaître les expéditions auxquelles il prit part. Il guerroya successivement dans le pays de Flandre, en Angleterre et en Guscogne. Il soutint la politique des Anglais contre la france. Au moment où il dictait son testament (1346) il intimait l’ordre de donner à Bérenger d'Ortaffa letiers des cent marcs d'argent que lui servait Edouard III, roi d'Angleterre. De plus, il léguait la somme de cent sols à Guillaume Casals, le compagnon dévoué qui l'avait suivi dans les Iles Britanniques. Cinquante sols devaient, en outre, être attribués à Pierre Molar pour l'avoir escorté en Flandre ; une pareille somme devait être versée à Bada de Montner, son fidèle Achate durant l’expédition de Gascogne. Au moment où s’ouvrit la guerre de Cent ans, Bérenger de Saint-Jean s’atlacha à la fortune de Jacques, l’infortuné roi de Majorque. En 1343, son château de Saint-Jean-pla-de-Corts fut assiégé et pris par le roi d'Aragon. A cette période agitée se rapporte le récit suivant narré par Alart dans l’Echo du Roussillon : « Au milieu des troubles et de l'agitation qui signalèrent la chute du royaume de Majorque, mais pour des causes et dans des circonstances qui nous sont inconnues, deux habitants du Volo, nommés Jacques Llaurador et Pierre Rabassé6, furent assassinés par une bande de gens dont les habitudes et la moralité semblent suffisamment caractérisées par le surnom de l’un d’entre eux, vulgairement décoré du sobriquet de Mit hi foch (mets-v-feu). [ls appartenaient tous à la compagnie de Bérenger de Saint-Jean, à l'exception de deux qui étaient au service de sa tante, la dame d'Ortaffa. Le seigneur de Saint-Jean se trouva compromis dans cette grave affaire, autrement que par les gens de sa suite ou de sa famille ; car il fut compris dans les poursuites et arrêté comme auteur ou complice de l'assassinat, ainsi que le noble Huguet d'Ille. son compagnon. Les deux victimes avaient laissé plusicurs enfants en bas-âge, et comme la justice rovale n'inspirait pas alors une confiance illimitée aux sens du commun, surtout lorsqu'il s'agissait de quelque haut baron, les jeunes pupilles trouvèrent nombre d'amis et de valedors qui prirent leur défense et menacèrent les accusés d’une de ces guerres ou querelles privées qui étaient dans les mœurs de l'époque, et ne s'éteignaient que dans les ruines et le sang. La reine Marie d'Aragon fut viveinent affectée de ces malheureuses dispositions ; elle intervint personnellement en faveur des deux seigneurs inculpés, et surtout dans l'intérêt des enfants des deux victimes, et ce fut sur ses instances que Île sei- #neur de Saint-Jean consentit à compocer avec ses adversaires. Îl fit donc avec eux, pour son propre compte el au nom d'Huguet d'Ille, un traité de paix et trêve dont voici les principaux articles : — Pre-

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