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dioses. Debout, la statue de saint Pierre mesurerait quatre mètres de hauteur. Autour de leur chef, le collège apostolique forme comme une escorte d’honneur. Sur le fronton de la niche principale, on distingue les armes de l'Eglise romaine: la tiare surmontée de la croix et les clefs du paradis en sautoir,
entources de rameaux de chêne. Le cartouche est.
supporté par les mains de deux anges. A droite et à gauche des armes, s’élançant des corniches où ils touchent à peine, quatre anges, aux ailes déployées et aux vêternents flottants, sonnent de la trompette et proclament le triomphe de Pierre. Quatre tableaux de haut relief, placés dans les compartiments latéraux, rappellent les scènes les plus mémorables de la vie du saint : Jésus donnant à Pierre les clefs du ciel, l'ange qui le délivre de la prison, la résurrection de Thibide, sa mort sur la croix, la tête en bas. À côté de ces statues et de ces tableaux, s'élèvent des colonnes torses qu'enlace fortement la vigne aux feuilles et aux fruits bien nourris. Pendant qu'il exécutait le retable de l'église de Prades, Joseph. Sunyer commença à construire celui de l'église de Collioure. Le 6 octobre 1698, cel artiste passa un traité avec les membres du conseil de fabrique de cette localité. Sunyer s’engagea à élever ce monument religieux en l’espace de quatre années. L’ensemble du retable de l'église de Collioure forme un portique à trois étages que séparent des frises à corniches accentuées, et qui sont supportées par des colonnes torses sur lesquelles s'entrelacent des guirlandes. Au milieu, on aperçoit la statue de la Vierge Marie. Sur la partie supérieure de l'édifice, on distinguc l’image de saint Pierre. Lcs statues des anôtres sont placces sur les côtés, aux divers étages du monument. Dans les intervalles qui séparent les statues, se trouvent des tableaux polychromés représentant les mystères de la Nativité, de l'Epiphanie, de la Visitation et de l'Annonciation. Deux médaillons manquent à l'ensemble. On leur a substitué une toile sur laquelle est peint un sujet religieux. Le piédestal du maître-autel de Collioure fut placé le 15 avril 1699. Le 18 avril de l'année suivante. on procéda à l'installation et à la bénédiction des statues de la Vierge, des apôtres silués sur la premitre rangée du monument ct des deux tableaux qui retracent les scenes de la vie de Marie. La cérémonie fut présidée par l'abbé Riera. curé d’Argeles, délégué par l'évêque d'Elne, Jean de Flamenville. Les autres statues des apôtres avaient été placces dans le courant de l'année 1701. Le 17 décembre de cette même année, Île prieur du couvent des dominicains de Collioure bénit ces diverses images qui occupaient chacune leur place respective. Lorsque le retable de l'église de Collioure fut élevé, un peintre nommé Joseph Babores se chargea de la décoration. Cel
SUNYER
artiste exécuta son travail pour la somme de cinq cents livres. En 1704, Joseph Sunyer avait été appelé à construire le retable de l’autel-majeur de Font- Romeu. Le 29 septembre de cette année-là, il perdit un fils appelé Pierre qui fut inhumé dans la chapelle de cet ermitage, ainsi que l'indique une table de marbre encastrée dans le mur de l’église, sur la façade intérieure, du côté de l'Evangile. Joseph Sunyer avait achevé ce monument au mois de juin 1707. M. l'abbé E. Rous le décrit en ces termes dans son Histoire de Notre-Dame de Font- Romeu : « L'artiste a donné à cette œuvre la forme des triptrques. Les volets latéraux, quoique fixes, affectent une légère inflexion qui leur fait produire. avec le compartiment central, un angle obtus. Le retable entier se <ompose d'un soubassement dissimulé en partie par l'autel, de deux ordres superposés et surmontés l’un et l’autre d’un assemblage de moulures en corniche, ou si l’on veut, d’un entablement très riche et d'un couronnement presque triangulaire, dont les lignes sont cachées ou brisées par des statues ou autres ornements de sculpture qui les dominent. Au-dessus du soubassement qui a, dans sa partie haute, les trois panneaux de la légende (de Font-Romeu), s’ouvre, au centre, la niche de la Madone, sur laquelle ressort un baldaquin où l'artiste a mis à profusion ses décorations. Dans le même ordre, chaqu2 compartiment latéral présente un tableau en relief qui a pour sujet, du côté de l'Evangile, la Nativilé de Notre- Seigneur et l’Adoralion des bergers, et, du côté de l'Epitre, l’Adoralion des Mages. Dans l'intervalle des colonnes doubles et vitinéennes qui s'élèvent de chaque côté de ces tableaux, se dressent, à gauche, la statue de la Foi, à droite, la statue de l’Espérance, et au centre, deux anges vêtus à la manière des guerriers antiques et tournés vers l'Image de Marie. La même disposition a élé observée dans le second ordre. Au-dessus du baldaquin de la Vierge se trouve la statue de saint Martin, titulaire et patron de la paroisse d'Odeillo. Les tableaux en relief reproduisent, à gauche, l’Annoncialion, et à droite, la Visilalion de la Sainte-Vierge. Dans l'intervalle des colonnes, sont les statues des quatre grands doctcurs de l'Eglise latine. Le sommet du couronnement est occupé par l’image du Père éternel ou Dieu créateur qui se penche vers la terre, et chacun de ses angles par une statue de vierge. Ce retable, où le moindre espace a sa moulure ou sa décoration, est richement et totalement doré. Les statues et les tableaux en relief sont polvchromés.» En 1712, Joseph NSunrver entreprit la cons'ruction du camaril de Font-Romeu. On appelle de ce nom une loge ou petile chambre carrée mesurant quatre mètres de côté, qui est contiguë à l’autel-majeur de l'église de cet ermitage. « Elle a pour plafond, continue M. l'abbé E. Rous,
une demi-sphère surmontée, au centre, d’une lanterne octogone et aveugle. Deux escaliers y donnent accès par deux portes parallèles. Sur l’un des deux autres côtés. se trouve pratiquée une niche de forme absidale, dans laquelle se dresse un autel dédié au Christ en croix, ayant au pied et debout la Vierge- Mère et saint Jean l’évangéliste. Il fait face à la niche centrale du retable, ouverte intérieurement aussi sur le camaril. Aux angles, sur des socles fixés au parquet, sont campés quatre anges de grandeur naturelle, qui jouent de divers instruments. A la hauteur de leurs têtes, sont appliquées au mur de grandes conques dorées qui tiennent lieu du nimbe et du pinacle affectés aux statues des saints. Audessus des deux portes d'entrée sont, à l’intérieur, deux riches médaillons, soutenus chacun par deux anges qui, sans appui apparent, semblent se jouer et se balancer dans l'espace. Ces médaillons reproduisent en relief : l’un, la Présentation de Marie au Temple; l'autre, un épisode de la Fuile en Egypte, et non, comme on l'a dit, la Naissance de Jésus-Christ. Ce dernier nous montre dans le ciel un soleil brillant ; le bœuf et l’âne placés, par un gracieux anachronisme, entre des arbres verdoyants : un ange occupé à cueillir des fruits ; sur le premier plan, à gauche, Marie assise qui reçoit les caresses de Jésus, et à droile, saint Joseph puisant de l’eau à une fontaine qui jaillit d'un rocher, et se retournant ravi vers l'Enfant et sa Mère pour jouir de leurs jeux altendrissants. Cette scène est pleine de charme, autant par ses détails que par la manière dont elle est trailée. Au-dessus de l'autel du Christ, deux anges soutiennent de leurs mains un cartouche qui porte les très saints Cœurs de Jésus et de Marie. En face et sur la porte à deux battants qui permettait de pénétrer dans la niche centrale du retable pour placer ou retirer la Madone de l’Invention, d’un médaillon également soutenu par deux anges se détache en plein relief une petite et très belle statue qui représente plutôt l'Immaculée-Conceplion que l’Assomplion de Marie. Tous ces sujets ont été richement et délicatement peints sur fond d'or, selon les procédés de l’ancienne polychromie..… Ce dernier travail ne fut commencé qu'en 1712, cinq années après l'achèvement du retable. Il fut continué les années suivantes el, dès que la maçonnerie brute fut terminée, Joseph Sunver vint de Manresa, où il avait séjourné pour quelque entreprise de son art, el il sengagea, par un acte passé à Odeillo, le 22 juillet 1718, à faire les travaux intérieurs et les sculptures du camaril pour la somme de 85 doubles (environ 790 francs), à la condilion que tout le bois nécessaire lui serait gratuitement fourni par l’'Administration de Font-Romeu. » Le retable de la chapelle de Ro, qui est de petites dimensions et sur lequel
est gravé le millésime 1704, est aussi l'œuvre de Sunyer. Il y aurait lieu de s'étonner que lc ciseau de cet artiste ait pu suffire à la production d'ouvrages si multiples, si l’on ne savait qu'un grand nombre d'ouvriers travaillaient habituellement sous sa direction. L'œuvre de Sunyer a été très sévèrement jugée par Boher, dans le Discours sur l'archilecture roussillonnaise que publia cet artiste en 1821 : « La richesse, le feu, l'imagination, y est-il dit, tout fut épuisé dans les autels sortis du brülant ciseau de Sonier (sic). Sonier fut à la fois, dans le Roussillon, l'âme, la merveille et le fléau de l’art. Quel malheur que trop d'imagination ait emporté cet artiste si loin du goût de l'antiquité, et que son génie se soit trompé en prenant pour beau ce qui n'était que richesse et confusion. Vit-on jamais des ouvrages frappés avec plus de force, d'âme et de mouvement que eeux qui parurent alors dans cette contrée ? Mais aussi vit-on, dans aucune époque, moins de sagesse, d'harmonie, de simplicité et de cette élévation dont l'architecture recoit le plus grand prix? Tels sont les traits qui manquent et ceux qui se font remarquer sur tous les
SUNYER
autels du siècle de Louis-le-Grand, existans encore aujourd'hui dans les églises de Collioure, de Vinça, de Prades et de Font-Romeu. » — « Dans l’ensemble, reprend M. l'abbé E. Rous, ce jugement, qui veut être sévère et qui tend à diminuer le mérite de Sunyer, est loin de lui ravir toute gloire. L'on peut convenir que Sunyer a été moins académique et moins épris de l'antique païen que Boher ; mais il a été plus original et plus fécond que son émule. Le plan architectural des autels de Sunyer serait plus. parfait s’il élait plus simple et moins chargé d'ornements ; mais chacun des détails pris à part révèle une grande habileté. L'imagination de Sunyer est chaude et luxuriante ; son ciseau a de la fougue et se laisse emporter quelquefois dans un mouvement exagcré ; mais il garde toujours la correction du dessin et l'harmonie des proportions. »
Abbé E. Rocs, fHlisloire de Notre-Dame de Font-Romeu, Lille, Desclée, 1890, — Firmin Vicexs, Les beaur-arts à Prades, Pra-
des, Cocharaux, 1898. — J. FaLGuërEe, Collioure, notice hislorique, Perpignan, Payret, 1898.
TABARIÉS (Antoine) était originaire de Saint- Pons de Thomières, en Languedoc. Il vint se fixer à Perpignan dans les premières années du xvur siècle et ouvrit dans cette ville un important commerce. Eu 1726, Antoine Tabariès ayant reçu un héritage de Jean Tabariès, Jean-Jacques Tabariès, receveur des tailles du diocèse de Saint-Pons, le fit assigner devant le Conseil des requêtes du Palais, près le Parlement de Toulouse. Antoine Tabariès présenta à son tour une requête au Conseil Souverain du Roussillon, afin d'obtenir la cassation de l’assignation reçue. Un arrêt du Conseil de Paris, en date du 9 septembre 1730, annula la citation du Parlement de Toulouse et déclara qu’Antoine Tabariès, en sa qualité de mercader de Perpignan, ne ressortait que du Conseil Souverain du Roussillon. Antoine Tabariès avait épousé Marie Labarthe et eut d’elle quatre enfants : Antoine-Barthélemy., dont la notice suit ; Thérèse qui, ayant uni ses destinées à Assiscle de Llucia, devint la mère du procureur-général-syndic François-Xavier de Llucia (voir ce nom), Rose et Geneviève, décédées sans descendance. Antoine Tabariès mourut en 1739.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 72% bis.
TABARIÉS (Antoine-Barthélemy), fils et héritier du précédent, fut avocat au Parlement et seigneur de Grandsaignes, dans le diocèse de Saint- Pons. Le 30 octobre 1755, il obtint du roi Louis XV aliénation des justices et des droits de la ville du Boulou, de pair avec Joseph de Kennedy-Joly. Dans la suite, Antoine-Barthélemy Tabariès fut nommé directeur des monnaies de la ville d'Aix. Il mourut à Paris, le 14 août 1762. Le 24 janvier 1765, un arrêt du Conseil porta que la rente de 270 livres, moyennant laquelle Antoine Tabariès avait élé fait engagiste du Boulou, devait être réduite à la somme de 450 livres. Antoine-Barthélemy Tabariès avait contracté alliance avec Antoinette Mars. A sa mort, il laissa un fils, Marcellin, qui était né en 1758, et une fille, Geneviève, née en 1761. Marcellin Tabariès était déjà décédé en 1802. A cette date, ses deux enfants survivants étaient respectivement âgés de 10et {1 ans.
Archives des Pyr.-Or., B. 403, 404, E. (Titres de famille), 72% bis, G. 1052.
TABERNER (Michel), religieux de l’ordre des Frères-Mineurs, vivait au xvi' siècle. Il a composé: Gesla seu vila incomparabilis Cosmæ Damiani Hortolani, abbatis monasterii Villæ Bertrandi canonicorum regularium.
ToRRES-AMAT, Diccionario crilico de los escrilores catalanes.
TABERNER (Barthélemy), chanoine de Gérone, avait rédigé une épiscopologie du diocèse d’Elne, souvent défectueuse et fautive. Le chanoine Joseph Coma (voir ce nom) a repris cette œuvre en la corrigeant et en l’augmentant.
Puiccari, Catalogue biographique des évêques d’Elne (préface).
TABERNER Y DE ARDENA (Joseph de) naquit à Barcelone le 17 mai 1670. Son père, François de Taberner y de Rubi, devint dans la suite comte de Darnius ; sa mère s'appelait Ignace de Ardena y de Aragon. Joseph de Taberner y de Ardena avait pour frère Olaguer de Taberner, qui était comte de Las Illas au commencement du xvu° siècle. Après avoir pris les grades à l’Université de Barcelone, Joseph de Taberner y de Ardena embrassa la carrière ecclésiastique. 11 ne tarda pas à être nommé chanoine et trésorier de la cathédrale de sa ville natale. Il employa tous les moments de loisir que lui laissaient ses devoirs professionnels à recueillir des chartes et des documents concernant l’histoire de la Catalogne. Se trouvant à Perpignan en 1710, en compagnie de son oncle Jean de Taberner y de Rubi, évêque de Gérone, chasse de son siège pour des raisons politiques, il parcourut les bibliothèques des divers couvents de cette ville. Il acquit des connaissances très étendues sur l’histoire du Roussillon. En 1718, Joseph de Taberner fut nommé à l'évêché de Solsone. Deux ans plus tard, son vieil oncle ayant été promu à l’archevêché de Tarragone, Joseph de Taberner fut appelé à recueillir sa succession à Gérone. Il prit possession de son nouveau diocèse le 7 mars 1721, dix-sept jours seulement avant la mort de son oncle, qu'il assista dans la maladie et à ses derniers moments. Il déploya un zèle apostolique pour l’évangélisation de ses ouailles. 1l adressa souvent des homélies aux membres du chapitre de
sa cathédrale et des sermons aux fidèles de Gérone. Il établit des réglements du chœur, et lui-même préchail d'exemple en observant la plus rigoureuse ponctualité dans les cérémonies pontificales. Sous son épiscopat eut lieu la béatification de saint Dalmace Moner, dominicain de Gérone. Joseph de Taberner fit célébrer avec grande solennité les fêtes en l'honneur du bienheureux, dont le corps était conservé dans la cathédrale de son diocèse. Il parcourut souvent les paroisses de l'évêché de Gérone. C’est dans le cours d’une tournée pastorale qu’il prit le germe d’une maladie qui le conduisit au tombeau, le 16 janvier 1726. Joseph de Taberner fut inhumé dans une chapelle de la cathédrale de Gérone, à côté de son oncle, l’archevêque Jean de Taberner y de Rubi. Les corps de ces prélats reposent dans un caveau qui est privé de pierre tumulaire et d’épitaphe. Joseph de Taberner avait composé : Compendio hislorico de los anliguos monasterios e insignes iglesias de les condados de Rosellon, Ampurias y Peralada; Arbol genealogico de la casa de los condes de Rosellon, Peralada y Ampurias ; Tratado historico de los vizcondes de Rosellon; Historia de los condes de Ampurias y Peralada; Diserlaciones historicas de los condados de Rosellon, Conflent y Vallespir. À sa mort, Joseph de Taberner confia les manuscrits de ces œuvres inédites à son frère François, qui était chanoine de Gérone. Les deux derniers de ces ouvrages sont entre les mains de son héritier, le comte de Darnius, domicilié à Barcelone. Le Traltado hislorico de los vi:condes de Rosellon a été publié dans la Revista de Ciencias historicas, Barcelone, 1880.
TORRES-AMAT, Diccionario crilico de los escrilores catalanes. — ViLLANUEVA, Fiaje literario a las iglesias de España, t. XIV.
TALLET (Guillaume-Gaucelme de), chevalier, demanda, par son testament de 1211, à être enseveli dans l’église du monastère d’Arles-sur-Tech, à laquelle il fit un legs de cent sols. Il laissa à l’église de Taillet des revenus qu'il possédait aux alentours de cette localité. Selon sa volonté, Guillaume-Gaucelme de Tallet fut inhumé dans l'abbaye d'Arles, et le monument funéraire qu'on éleva à sa mémoire se voit encore de nos jours, au-dessus de la Tombe vénérée d'où coule une eau sans cesse jaillissante. « Ce monument, dit Louis de Bonnefoy, se compose de quatre blocs de marbre légèrement veiné de bleu, encastrés dans la muraille et disposés en forme de croix latine. Sur le plus grand de ces blocs est sculpté en relief un personnage couvert de vêtements à plis serrés. Ses mains sont croisées sur la poitrine ; sa barbe est touffue et fixée par le bas ; ses cheveux, courts et parfaitement alignés sur le front, pendent en longues mèches sur les côtés. Ce bloc a 1°76 de longueur ; la largeur, qui est de 0°50 dans le
oo Gene
TALLET
haut, suit le mouvement du corps à partir des épaules et va en diminuant jusqu'aux pieds, où elle se réduit à 0"31. Un second bloc, large de 0"45, haut de 0°35, placé au-dessus de celui-ci et formant la branche supérieure, porte une main bénissante en demi-relief sur une croix grecque et cette inscription gravée en creux :
ANNO : XPistI M HIT : IDus : APriLis GAVCELMYS : MI
ILLesimO : CC...
OBINIT : GUILLelM...
LES : DE : TELET :
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Les bras, enfin, sont deux blocs carrés ayant 040 de côté et sur chacun desquels est sculpté, en relief plat, un ange à genoux, la tête tournée vers la main divine. ll court dans le pays, au sujet du personnage, une légende aujourd'hui confuse ; on la reconnaîitra dans les lignes suivantes, empruntées à l'historien Pujades : « L'inscription que je viens de rapporter nous apprend que cette statue représenteun chevalier appelé Guillaume Gilterme d’Artalet. Une ancienne tradition raconte qu'après avoir inutilement épuisé tous les remèdes contre un cancer qui lui avait dévoré le nez et une grande partie de la joue, il fut guéri par la vertu de l’eau de la sainte tombe. Mais le P. Llot, vu la présence des anges auprès de la statue, pense que ce chevalier fut un saint personnage, un vaillant soldat de Jésus-Christ, au service duquel il fit de généreuses actions, comme toujours en ont su faire les membres de la maison d'Oms, aujourd'hui seigneurs du lieu de Taillet ; qu'il mourut l’an 1000 de Notre-Seigneur ; qu’il fut enseveli dans cette tombe vénérée et que, de son corps, en manifestation de sa sainteté, par l'effet de la puissance divine, a coulé depuis lors et coule encore l’eau sainte qui a opéré tant de miracles (Cronica de Calaluña, liv. vin, cap. xv). Au jugement de Llot et de Pujades, les quatre blocs ont toujours appartenu à un seul et même monument ; l'inscription est l’épitaphe du défunt représenté au-dessous, et le P. Llot considère la main bénissante comme un signe indicateur (mano indicante) placé là pour attirer sur le bas-relief l'attention du passant. Pujades relève cette crreur d'iconographie et rend à la main divine son véritable caractère. Mais on ne comprend pas pourquoi les deux écrivains adoptent la date de l’an 1000. Les deux C après millesimo sont encore très lisibles. L'angle du marbre a disparu. Personne, je pense, ne voudra supposer qu'il ait emporté autre chose que le chiffre des dizaines ou celui des unités. Le caractère de l'écriture appartient évidemment aux premières années du xnr siècle, au plus tard, etrien ne manque au chiffre des centaines. On ne s'explique pas davantage le nom d'Oms que le P. Llot semble vouloir donner à Guillaume-Gaucelme ; l'épitaphe est muetle à cet égard. L'histoire du cancer
TALON — TAMARIT
n’a peut-être d'autre origine que le trou disgracieusement ouvert au milieu du visage. Ce trou est une cavité régulière faite avec soin, comme pour amorcer une pièce de rapport destinée à corriger l'erreur du ciseau ou quelque défaut du marbre : un nez postiche, en un mot, tombé plus tard par accident. » Lot DE RiBERA, Historia de la translacio dels sants martyrs Abdon y Sennen. — Pusanes, Cronica de Cataluña. — B. TAYLOR, Voyage pitloresque en Roussillon, planches. — Pr. MÉRIMÉE, Notes d'un voyage dans le Midi de la France. — Vida dels sants Abdon y Sennen. — DE PoRTALoN, Bulletin des Commissions historiques, t. 1H. — DE BARTHÉLEMY, Bull. monum., t. XXIII. — DE CAUMONT, Bull. monum., t. XXVIIL. — L. DE BonxeroY, Epigraphie roussillonnaise. — Tozra DE Bonpas, Jisloire du mar-
tyre des saints Abdon et Sennen. — Abbé A. CRastRE, Histoire du martyre des saints Abdon et Sennen, Perpignan, Payret. 1910.
TALON (Pierre), seigneur de La Maison-Blanche, fils de Pierre Talon et de Germaine Babinet, fut nommé surintendant et commissaire général des vivres aux armées de Louis XIV. Le 17 janvier 1755, il épousa, à Perpignan, Isabelle du Lac, veuve de Pierre de La Cavalleria, qui avait obtenu, le 11 mai 1654, donation des biens de Jean et de Charles de Liupia ainsi que des domaines de Thérèse d'Oms de Santa-Pau, roussillonnais considérés comme rebelles par le roi de France. Après le Traité des Pyrénées, ces divers fiefs firent retour à leur propriétaire respectif. Pierre Talon et son épouse occupèrent la maison située dans la rue de la Main de fer dont la façade est ornementée dans le style gothique fleuri. Anne d'Autriche y séjourna le 10 avril 1660, à l’occasion du passage de Louis XIV à Perpignan. De l'union contractée entre Pierre Talon et [sabelle du Lac naquit une fille appelée Catherine.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 726, G. 710, 825.
TALRICH (Pierre) naquit à Serralongue en 1810. Orphelin de bonne heure, il dut quitter son village natal. Il se rendit à Paris où il parvint, par son travail, à une honorable situation. Picrre Talrich fut, dans la capitale de la France, un des plus ardents catalanisants. 1l fonda à Paris le cercle {o Pardal, où les fils du Roussillon se réunissaient pour parler leur langue maternelle et célébrer des fêtes en l'honneur de leur pays natal. Au mois de décembre 1855, lorsque l’Estudiantina calalana et la Cobla des Mattes arrivèrent à Paris pour participer aux fêtes du Soleil, Talrich se rendit à la gare pour leur souhaiter la bienvenue. Il salua les deux sociétés de ses compatriotes en improvisant le quatrain suivant:
Vosaltres que venin, ab tota l'armonia
Del nostre bel parlar, nos portar l'alegria, Infants de Perpinya, vos obrim nostre cor :
Pel nostre Rossello es tot omplert d'amor.
Pierre Talrich s'était essayé avec bonheur dans la poésie catalane avant l'apparition de son œuvre
er eh —
principale, Recorts del Rossello, qu'il publia à l'âge de soixante-dix-sept ans. Il était déjà connu dans le monde catalanisant pour sa Cantala al Rossello et pour ses Recorts de las Escaldes. Cette dernière œuvre avait même remporté un prix dans un concours poétique. En 1887, Pierre Talrich fit imprimer à Perpignan l'édition de Recorts del Rossello, illustrée par Le Nain et Teyssonières. Un souffle de mélancolie empreinte de couleur locale et de lumière intense remplit le volume. C'est le Roussillon, le Capcir, la Cerdagne et le Vallespir qui passent dans l'esprit, lorsqu'on lit les vers fermes et pleins du poème de Picrre Talrich. Ce poëte avait aussi écrit en prose française, vers 1855, un drame en quatre acles, Vasconcellos, qui fut publié à Paris, en 1902, chez Plon, par les soins de son petit-fils, M. Paul Brinquant. Pierre Talrich mourut à Paris, le 28 février 1889. Il suivit de quelques jours dans la tombe son frère Eugène, qui avait été administrateur du Siècle et fondateur du Temps. Le buste de Pierre Talrich, œuvre d'Alexandre Oliva, se trouve au Musée de Perpignan.
Articles nécrologiques parus dans divers périodiques.
TAMARIT (Michel de), damoiseau de Barcelone, fils de François de Tamarit et de Marie Amat, seigneur de La Espunyola, Monclar et Montmajor, (fiefs situés en Catalogne) adopta le parti de la France contre l'Espagne, à la suite des Margarit, Calvo, etc. Pour le récompenser de ses services, Louis XIV lui fit donation, le 21 août 1653, de rentes sur les biens de François de Oris, seigneur de Néfiach, et sur ceux de Jean Cornell, mercadier. Sur ses instances, une enquête fut faite, en 1654, sur le service des postesdépèches depuis la soumission de la Catalogne à la France. Elle établit qu'il n’y avait, à cette époque, qu'un grand courrier à Perpignan, Gérone, Vich et Lérida. Michel de TFamarit contracta alliance, le 9 septembre 1663, avec Madelcine de Semmanat, fille d’Alexis de Semmanat et de Marie de Ros. Cette union ne fut pas des plus heureuses. Après dix-neuf ans de mariage, Madeleine de Tamarit de Semmanat abandonna le domicile conjugal et alla se réfugier dans le couvent des chanoinesses de Saint-Sauveur, où elle ne tarda pas à mourir. Michel de Tamarit administra jusqu à la mort les biens de ses enfants ainsi que ceux de sa femme situés à Perpignan, Vernet, Ponteilla et Saint-Laurent-de-la-Salanque. Une clause du testament qu’il dicta en 1688 stipulait que son cadavre devait être inhumé dans l’église de Saint-Michel de Barcelone. si cette ville appartenait jamais à la France. Dans le cas contraire, il demandait à être enterré à Perpignan. dans un caveau du cimetière Saint-Jean. À sa mort, Michel de Tamarit laissa trois enfants : Joseph, qui fut son héritier,
dont la notice suit; Raymond et Monique. Celle-ci épousa un membre de la famille d’Esprer et en eut plusieurs enfants qui s’allièrent aux maisons de Bombes et de Bordas.
Archives des Pyr.-Or., 13. 394, 398, E. (Titres de famille), 727.
TAMARIT (Joseph de), fils aîné et héritier du précédent, fixa sa résidence à Saint-Laurent-de-la- Salanque. Il s'était marié à Catherine d'Oms. De cette union naquirent : Marie-Anne-Josèphe-Denvyse de Tamarit le 14 juin 1715, et Antoine-Gaudérique-Jean de Tamarit le 10 mai 1720. Joseph de Tamarit mourut le 25 octobre 1727 et fut enseveli à Perpignan, dans la chapelle du Dévot-Crucifix. Sa fille, Marie-Anne de Tamarit, devenue veuve après son mariage avec Jean d’Esprer, d'Ille, entra en religion et fut abbesse du couvent de Sainte-Claire de Perpignan en 1775 et en 1781. Elle n’émigra pas durant la Révolution et mourut en 1794. Antoine de Tamarit, frère de Marie- Anne de Tamarit, émigra et mourut en Espagne sans enfants, laissant tous ses biens à son épouse Augustine de Banyuls.
Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 727.
TANNEGUY DU CHATEL était fils puiné d'Olivier Du Châtel et de Jeanne de Plœuc. Il devint vicomte de La Bellière par son mariage avec Jeanne, vicomtesse de La Bellière, chevalier de l’ordre du roi, son chambellan et grand écuyer de France. Il succéda à la faveur de son oncle auprès du roi Charles VII. Il fut aussi lieutenant du comte du Maine dans le gouvernement du Languedoc, et en celte qualité il demanda aux états de la Provence, en 1454, 1455 et 1466, les augmentations d'impôts que les circonstances rendaient nécessaires. Son oncle se complut à lui enseigner l’art de la guerre et les devoirs de la chevalerie. A la mort de Charles VIE, il montra comment il les comprenait. Tous les courtisans avaient déserté le palais, empressés d'aller présenter leurs hommages au nouveau roi, Louis XI, qu'ils avaient si souvent desservi près de son père ; Tanneguy fut le seul qui ne quitta point le roi défunt pour le roi vivant. Il resta près du corps de son bienfaiteur ; et comme nul, pas même Louis XI, ne songeait à lui rendre les derniers devoirs, seul aussi il se chargea des frais de ses funérailles, pour lesquelles il dépensa 30.000 écus qui ne lui furent remboursés que dix ans plus tard. C'est par allusion à ce trait de dévouement qu’en 1560 on mit l'inscription suivante sur le drap mortuaire du roi François II, dont les funérailles étaient négligées par les Guises : Où es! maintenant Tanneguy Du Chälel? et après lui plusieurs historiens ont attribué à tort celte conduite au prévôt de Paris, mort douze ans avant Charles VII. Après avoir
TAMARIT — TANNEGUY
accompli ce devoir, Du Châtel vint en Bretagne, et le duc François IT, qui le nomma grand-maitre de son hôtel, obtint par ses ambassadeurs une surséance à la reddition de ses comptes comme grandmaitre de l'écurie (grand-écuyer) du feu roi. En 1463, le duc le choisit pour un des commissaires chargés de régler en son nom les différends qu'il avait avec Louis XI. Malgré les services importants qu'il avait rendus au duc François II, Tanneguy encourut la disgrâce de ce prince pour avoir essayé d'empêcher la dame de Villequier de s'immiscer dans les affaires de l'Etat. Obligé alors de se réfugier en France, il y fut bien accueilli par Louis XI qui, malgré son antipathie pour les anciens serviteurs de son père, s’empressa de s'attacher un homme si utile. Dans ce but, il lui rendit la charge de grand-maître des écuries et le comprit, en 1469, dans la première promotion de l’ordre de Saint-Michel. L'année précédente, il l'avait nommé lieutenant-général ou gouverneur de la Cerdagne et du Roussillon, que le roi d'Aragon avait cédés à Louis XI moyennant 300.000 écus d'or. Le 14 juin 1469, Tanneguy Du Châtel conduisit des renforts à travers le Roussillon pour porter secours aux troupes de Dunois qui avaient envahi l’Ampurdan. Mais le manque d'argent l'obligea à revenir presque aussitôt en arrière. Un peu plus tard, il reprit la même route. Il était à Arles-sur-Tech le 26 septembre. Il envahit à son tour l’Ampurdan et enleva Camprodon qu'il pilla ainsi que Besalu et Olot. Parmi les dépouilles que Tanneguy Du Châtel enleva à Camprodon, se trouvait un magnifique reliquaire en argent qui contenait le corps de saint Pallade, archevêque d'Embrun (534-539). Le lieutenant-général du Roussillon avait donné ordre à ses soldats de transporter au château de Perpignan les restes précieux de saint Pallade. L'histoire du transfert de ces reliques et de leur séjour en Roussillon (1469-1477) est des plus curieuses. Voici en quels termes elle est racontée par un historien français du xvn‘ siècle, le jésuite Marcellin Fornier : « Les soldats chargèrent, dit-il, le coffre qui enfermait le corps de saint Pallade sur une monture, avec laquelle ils marchent jusques à un destroit précipiteux d'un rocher, entre la ville de Prats de Mello (je ne sçay quel est ce lieu) et la ville d'Arles. En cet endroit, par un funeste accident, la jument, avec sa charge, tomba du haut de ce rocher en bas et en précipice. Ceux qui se trouvèrent là présents ou qui l’accompagnoient, à ce spectacle, espris de tremblement et saisis d’effroy, se mirent à crier, tout espouventez, en invoquant le glorieux sainct Pallade. La puissance de Dieu se fit bien voir en un fort signalé miracle : car, de cette chute, ny le coffre où estoit porté le sainct corps ne receut aucun dommage ny rupture, ny la beste qui en estoit chargée n'en fust