‹ Dictionnaire de biographies roussillonnaisesChapitre 171 sur 227 · TERRASSA · texte numérisé non relu

TERRASSA

nommé consul. Le 4 novembre 1371, Durand de Cruilles « maître en médecine » et « seigneur » d’une nef appelée santa Maria del Pont, en ce moment au mouillage de Collioure, la « nolisait » à cinq .marchands de Perpignan pour porter 560 pièces de drap dans les ports de Trapena et de Syracuse, en Sicile, après avoir touché à Palamos. Le prix du « nolissement » était fixé à trois « farins » valant un demiflorin de Florence, pour chaque pièce de drap. Le navire était monté par 14 marins et 6 infançons, tous armés. Pierre Terrassa. consul de Collioure, devait en être le « patron ». Ce marin était de retour à Callioure le 15 avril 1372. Bien plus, le 23 juin, quelque teinps après son dernier voyage en Orient, elle l’envoya en qualité de député aux Corts de Barcelone. C'est peut-être le souvenir de cette mission qui lui inspira l'avis qu'il donnait un jour à ses concitoyens réunis en Conseil général et fort embarrassés d’approvisionner de vivres la ville que l’on disait menacée par l’Infant Jacques de Majorque, à la recherche du royaume que son père avait si maladroitement perdu. « Pour ce qui est du grain, disait Pierre Terrassa aux Coplliurencs, faites et usez-en comme à Barcelone: tâächons de savoir s’il y a des navires chargés de grain à Narbonne, et, s’il y en a. informez-vous de l’époque où ils passeront par ces mers-ci, et, alors, armez une barque pour les faire venir par force, et qu’ils nous vendent ici le grain au prix qui leur conviendra (1374). » L’Infant de Majorque ne vint pas à Collioure et Terrassa put tranquillement reprendre la mer, laissant ses compatriotes pleinement rassurés. Il y avait à la même époque à Collioure un autre marin appelé Raymond Banys. que l’on voit souvent figurer à côté de Pierre Terrassa, dans les actes de notaire. Ce sont, d’ailleurs, ces deux marins qui, de 1377 à 1395. commandèrent Îles deux navires de la ville de Perpignan, presque exclusivement occupés au commerce du Levant. Ces deux navires appartenaient d’abord à quatorze armateurs parmi lesquels figurent huit marchands ou mercaders et six pareurs ou parayres. Leur association avait été constituée par acte du 18 février 1377; elle subit par la suite diverses modifications, mais elle se maintint jusqu'en 1410 environ, et ces deux « seigneuries » flottantes restèrent toujours indivises entre les co-associés. Leurs noms sancla Maria et sanctus Johannes étaient ceux des patrons des villes de Collioure et de Perpignan. Ils furent commandés : le premier par Raymond Banys, le second par Pierre Terrassa. Quelques négociants de Perpignan ayant oublié de payer les droits, Pierre IV écrivit à son procureur royal le 22 juillet 1386, lui ordonnant de les exiger. Ces négociants étaient allés sans licence à les parts de Damas ab lurs robes e mercaderies; ils étaient partis sur le sanclus Johannes, commandé

TERRATS

par Pierre Terrassa. Parmi eux se trouvait Barthélemy Maneu. Le navire, retour du Levant, entra dans le port de Collioure le 10 août. Maneu se hâta d’acquitter le droit de licence, et le procureur royal lui signa quittance de la somme de 23 livres 2 sous barcelonais de ter. L'année suivante, Terrassa se disposait à partir pour la Sicile et le Levant. Il embarqua plusieurs perpignanais, parmi lesquels on remarque Jean Mar, Pierre Bonet, Pierre Séraguet, Raymond Tays qui étaient des gros négociants ; Jean Baster, de Collioure, partit avec eux. Tays mourut pendant le voyage. Le navire portait 1200 charges. Au mois d'octobre 1387, il se trouvait dans l'ile de Chypre, et Jean Mar et Pierre Bonet figurent dans un acte passé à Nicosie le 20 de ce mois. Là, Baster prit, du gênois Cisco Cigala, des marchandises destinées à un autre génois Giovanni de Lolina, qui était, à Perpignan, le « facteur » d’un troisième gènois appelé Marco de Mare, un grand négociant, très probablement. Continuant sa route, 12 navire descendit à Alexandrie. Baster se fixa au fondonck de cette ville, du moins pour quelques années, puisqu'on l'y retrouve en 1392, remplissant les fonctions de scriva. La nef de l'infatigable Terrassa ékait déjà rentrée à Collioure au mois d'avril 1388, et, dès le mois d'octobre de cette même année, elle se remettait en route pour Beyrout et Alexandrie. Jean Mar, qui avait fait le précédent voyage, le pareur Barthélemy f[zern, de Perpignan comme lui, Guillaume Mir, qui remplissait l'office d'écrivain sur Îe navire, partirent avec Terrassa. Mir portait diverses commandes de marchands de Narbonne, alors très commerçante. Au reciour, le navire devait toucher à Aygueces-Mortes avant d’aborder à Collioure. Pendant deux ans, je perds de vue Terrassa et sa nef. Je les retrouve dans le port de Collioure au mois de juillet 1390 se préparant à reprendre la mer pour Chypre, Damas, Beyrout et Alexandrie. Terrassa emporta des marchandises à Jacques Baster, fils de l'argenter Baster, de Barthélemi Izern, qui avait été du voyage de 1388, d'Antoine Gavella ct de Pierre Barcoll, de Perpignan. »

Pierre Vipar., Ecrpédilions des marins et marchands roussillonnais sur les côtes de la Syrie et de l'Egyple pendant le moyen-üge, dans le XLI° Bulletin de la Société Agricole, Scientifique et Lilleraire des Pyrénées-Orientales.

TERRATS (Jean - Baptiste - François de) naquit à Perpignan, le 28 octobre 1740. Il était fils de François Terrats et de Josèphe Conill. Il occupa durant plusieurs années la charge de juge de la viguerie du Roussillon et Vallespir. Fort de l'appui du comte de Mailly et de la marquise de Blanes, il sollicita en vain, en 1782, la place de conseiller au Conseil Souverain du Roussillon. Alexis Gaffard ayant été élu à sa place, il y eut entreeuxuneinimi-

tié irréconciliable. Beaucoup de conseillers la partagèrent et nuisirent même le plus possible à François de Terrats. Présenté une seconde fois parmi les trois candidats proposés en remplacement du conseiller de Cazes, le 18 mars 1788, il fut encore écarté. Aigri par ces cruelles déceptions, François de Terrats accueillit avec enthousiasme la nouvelle des élections aux Etats généraux. 11 s’efforça de diviser le Tiers-Etat de la province du Roussillon en ameutant les consuls des campagnes contre les édiles et les corporations de Perpignan. « Depuis les premiers jours de janvier 1789, raconte Jaume dans ses Mémoires, François de Terrats tint, dans l’église du collège des Jésuites, quantité d'assemblées populaires, les présida, les dirigea et pour mieux réussir, entretint correspondance avec Necker, alors ministre. de France, et suivit ses avis et ses instructions, assisté du sieur Moynier et autres. » Durant la première quinzaine de mars, François de Terrats reçut des lettres-patentes lui donnant mission de convoquer les électeurs des trois ordres et le nommant, à cet effet, lieulenant du maréchal de Noailles, gouverneur et capilaine-général de la province. François de Terrats devait procéder sans retard aux formalités requises pour la publication du règlement royal et réunir les trois Etats, le 30 du mois de mars. « Soit pour des motifs graves, dit M. l'abbé Torreilles, soit peut-être par calcul intéressé, Terrats misen demeure d'agir se déclara fort embarrassé, écrivit au Garde des Sceaux pour lui faire une infinité de questions toutes plus saugrenues les unes que les autres ». Malgré l'intervention de l'évêque d’Elne, Antoine d'Esponchez, ce fut le 6 avril seulement que l'on enregistra l’'Ordonnance de M. le juge au siège royal de la Viguerie de Roussillon et Vallespir portant convocalion des trois élats de la Province, pour nommer leurs Dépulés aux EÉtats-généraux du Royaume, imprimé, 8 pages, sans nom d'imprimeur. Elle fixait au 21 avril la réunion de la noblesse, du clergé et du Tiers-Etat. François de Terrats convoqua les délégués communaux du Tiers, pour le 16 avril, au chef-lieu de leur arrondissement respectif. Il présida à Perpignan la réunion du Tiers de la viguerie du Roussillon et du Vallespir, fut attaqué par les délégués de la cité. mais sut se faire maintenir à la présidence de l'assemblée. Le 21 avril, il ouvrit solennellement dans la chapelle Saint-Laurent (Théâtre actuel) la séance des trois ordres, où plus de cinq cents électeurs furent présents. Dès le début, François de Terrats dut tenir tête à la noblesse qui contestait son droit à la présidence et à vingt délégués perpignanais qui déclaraient vouloir faire partie de l’Assemblée générale. À la suite de troubles survenus durant la réunion, la noblesse et le clergé se retirèrent du lieu des séances et François de Terrats conservant la présidence

de l’assemblée du Tiers-Etat, fit placer dans la commission chargée de rédiger le cahier de la province, ses meilleurs amis. Les Perpignanais mécontents des décisions prises par les commissaires firent intervenir le Conseil Souvcrain de la province. Ce tribunal ayant procédé à une cuquête, rendit deux arrêts, le 23 et 24 avril 1789. François de Terrats, de son côté, sûr de l'appui de Necker, mit sous les scellés les procès-verbaux des séances. Comme il était chargé de la police électorale, il précipita les événements pour empêcher l'intervention du Conseil Souverain à quelque titre que ce fût. Grâce à sa vigoureuse impulsion, la commission du Tiers-Etat paracheva dans la nuit du 25 avril le cahier général des doléances. Le 26, l'assemblée du Tiers les adoptaet nomma trois scrutateurs chargés de recueillir les bulletins de vote. L'élection eut lieu le 27. Au premier tour, François de Terrats obtint la pluralité des suffrages et fut élu député du Tiers-Etat aux Etats-généraux. Les délégués perpignanais contestèrent cette élection et déléguèrent le conseiller Gaffard près du roi Louis XVI, pour être l'interprète de leurs réclamations. François de Terrats, de son côté, agit et se dépensa si bien qu'il obtint de la Cour comme « dédommagement de la place de conseiller, des lettres de noblesse. » Ces lettres lui furent conférées le 18 mai 1789. Elles portaient pour armes : trois rats ; mais elles ne furent enregistrées à la chambre du Domaine que le 4 décembre 1789. François de Terrats et les trois autres députés du Tiers-Etat ne se firent guère remarquer ni pendant les événements de la Révolution ni au milieu des discussions de la Constituante : « L’obscurité est préférable à la célébrité, disait l’Almanach des dépulés à l'Assemblée nationale ; l'agitation accompagne toujours l'une, et le bonheur ne quitte jamais l’autre. La preuve nous la trouvons dans les députés périgourdins, car M. Terrats se flatte d’être plus obscur et pourtant plus heureux que M. Tixedor, M. Tixedor que M. Roca, M. Roca que M. Graffan, lequel est licencié en droit.» Toutefois, François de Terrats fut nommé membre du comité de vérification, et le 6 juillet 1789, il se trouva parmi les députés qui accompagneérent le roi, lors de son entrée à Paris. Le 5 octobre de la même année, il fut nommé membre du comité des rapports. Après la législature, François de Terrats demeura à Paris, où il mourut le 10 juin 1796. De son épouse Josèphe Escriba, il laissa quatre fils : Joseph-François, l'aîné, qui se mêla au mouvement révolutionnaire ; Jean-Baptiste, chanoine d'Elne, qui prêta le serment à la Constitution civile du clergé et qui mourut à Perpignan, après s'être rétracté, le 28 juillet 1797; Antoine, receveur à Bordeaux, et Bonaven- Lure qui émigra. Josèphe de Terrats, née Escriba, mourut à Perpignan le 20 septembre 1800. Elle était

TERRATS — TERRENA

fille unique de la maison Escriba et fut héritière du

docteur Pierre Barrère (voir ce nom), son parâtre. RoserT, BounLoTon et Coucxy, Dictionnaire des parlemen-

laires. — Mémoires de Jaume. — Abbé TonrEiLres, Les élections

de 1789, dans le XXXII° Bulletin de la Société Agricole, Scientifique el Littéraire des Pyrénées-Orientales.

TERRATS-PELLISSER (Antoine), conseiller de la chambre du Domaine, à Perpignan, disputa, en 1792, une chaire de droit civil à l'Université de cette ville avec Augustin Anglade. Conseiller honoraire du Conseil Souverain, Antoine Terrats-Pellisser, fut emprisonné à Montpellier et y resta jusqu'après le 9 thermidor.

Mémoires de Jaume.

TERRE D'ICART (Bernard), noble barcelonais, épousa Aldonse de Perapertusa d'Ortaffa (voir ce nom), fille unique et héritière universelle de Pierre d'Ortaffa, gouverneur des comtés de Roussillon et de Cerdagne, décédé en 1494. Bernard Terre d'Icart prit dès lors le nom d’Ortaffa et entra en possession des biens de la famille de son épouse, en 1508. IL était conseiller et maître de salle du roi Ferdinand le Catholique, lorsque ce prince le nomma, en 1515, Procureur royal du Roussillon, à la place de Jean dez Vivers, suspendu de ses fonctions. Bernard Terre d’Icart, alias d'Ortaffa, ne remplit la charge de Procureur royal que durant peu de temps. Il eut pour successeur dans cet emploi, Gaspard de Lordat. De l'union qu'il avait contractée avec Aldonse d'Ortaffa, Bernard Terre d'Icart eut deux fils et une fille : François d'Ortaffa l'aîné, qui hérita du nom et des titres de la mère ; Jean-Raphaël Terre, surnommé Joannot Terre, qui laissa lui-même un fils, Bernard Terre ; et Aldonse, épouse d’Alphonse de Cardone.

Archives des Pyr.-Or., B. 357, 420.

TERRENA (Gui de) est aussi appelé Gui de Perpignan, parce qu'il était issu d’une famille fixée dans cette ville et qui s'y est maintenue jusqu'au moment de la Révolution. Il naquit vers la fin du xu!° siècle et entra fort jeune dans l'ordre du Mont-Carmel qui, depuis quelques années seulement, avait établi à Perpignan un de ses couvents. Après avoir fait la profession religieuse et avoir étudié les sciences sacrées dans ce monastère, Gui de Terrena alla se perfectionner dans l'étude des lettres à l'Université de Paris où il reçut le titre de maître et les honneurs du doctorat. Sa renommée ne tarda pas à s'établir. Elle lui valut une chaire de théologie et l'office honorable de Lecteur du Palais Apostolique d'Avignon. Il occupa aussi la charge de provincial des Carmes de Provence, et, en 1320, le 11 juin, les électeurs du chapitre général de Bordeaux l’appelèrent à celle du

TERRENA

Généralat de l’ordre. Gui de Terrena qui fut le treizième général des religieux Grands-Carmes, était regardé déjà alors comme un homme très versé dans les questions doctrinales de la religion catholique. Il avait reçu, dès 1318, le titre d’inquisiteur. Le Souverain Pontife utilisa ses talents en l’appelant à débrouiller, en curie, certaines affaires se rapportant aux hérésies des Spiriluels et des Béguins, alors en vogue. Il fut chargé avec Pierre de la Palud d’examiner un libelle écrit en langue catalane : De statibus Ecclesiæ secundum expositionem Apocalypsis. Il en réfuta toutes les propositions. Au dire de ses biographes, Gui de Terrena aurait composé durant le temps de son généralat, un traité intitulé: Quod libetarum quœæslionum liber unus qui est resté inédit et dont le manuscrit serait conservé dans le couvent des Carmes de Ferrava. Ses mérites incontestables lui valurent l'honneur d'être appelé sur le siège épiscopal de Mallorca après un an de généralat. Jean XXII lui expédia les bulles d2: sa nomination le 15 avril 1321. Gui de Terrena recueillit à l'évêché de Mallorca la succession de Raymond de Cortsavi, prélat roussillonnais, décédé dans le courant du mois de mars 1321. Le 6 juin de cette même année, le roi Sanche écrivait à son lieutenant, Dalmace de Banyuls, pour lui faire part de l'élévation à l’épiscopat de son compatriote et lui demander de prendre un soin tout particulier des affaires du nouveau pontife. Ce prince lui notifiait en même temps la nomination de Guillaume Hors, official de Majorque, et de Jean Aguser, curé de Saint-Jean à Valence, comme vicaires-généraux du diocèse. Le 29 août 1322, l'évêque de Mallorca publia un règlement disciplinaire sur la tenue des ecclésiastiques aux cérémonies. IL prescrivit aux chanoines, aux bénéficiers et aux clercs de n’assister à la célébration des saints offices que tout autant “qu'ils seraient revêtus de toges noires, munies d’un capuchon, larges et tombant jusqu'à terre, ainsi que du surplis. Une amende de cinq sols royaux de Majorque devait être infligée à quiconque oserait contrevenir à cette prescription. Un autre article de cette même ordonnance déterminait le rang de préséance à observer durant le parcours des processions générales. L'année suivante, Gui de Terrena eut à traiter avec les Juifs de sa ville épiscopale. La rumeur publique les avait accusés, en 1315, de certains faits délictueux qui avaient été commis dans les Iles Baléares. Depuis cette année-là, on les avait dépouillés de tous leurs biens. Leur synagogue avait mème été désaffectée et convertie en une église catholique placée sous le vocable de Sainte-Foi. Les Juifs adressèrent une supplique au roi Sanche, le priant de transférer hors du ghetto la chapelle de Sainte-Foi. Le monarque en référa à l’évêque. Celui-ci consentit à agréer la requête des Juifs. Il leur donna satisfac-

tion, mais il stipula que jamais l'enceinte de l’ancienne synagogue ne servirait à la célébration des rites judaïques. Gui de Terrena composa à cette même époque le traité : De perfeclione vitæ et conversationis catholicæ qu'il dédia au pape Jean XXII. On lit la mention suivante à la fin de cet ouvrage où il réfute l'erreur des Spiriluels sur la pauvreté de Jésus- Christ et des apôtres : opus perfeclum, in vesperis Nativitatis anni 1323. La lettre adressée au même Souverain Pontife : Ulrum invocantes dæœmonem sint hœrelici, et qui fut écrite pour confondre les écrits blasphématoires d’un certain Antoine Augustin, date aussi du temos de son pontificat à Mallorca. Le zèle de la maison de Dieu, qui animait Gui de Terrena, le détermina à fonder deux bénéfices dans la cathédrale pour seconder le préchantre et le sous-chantre, et à faire donation à la fabrique d’une magnifique statue de la Vierge, en argent doré. Cette image, revêtue d’un véritable cachet artistique, représentait la Mère de Dieu tenant d’une main l’Enfant-Jésus et de l'autre portant une fleur de lys. La méchanceté eut pourtant raison des talents et des vertus de l’évêque de Mallorca. Gui de Terrena avait soutenu de rudes combats pour défendre les droits de son Eglise. Les difficultés qui lui furent suscitées dans ces circonstances furent cause de sa translalion au siège d’Elne. Le 27 juillet 1332, il recevait les bulles de nomination à son nouvel évêché. 11 allait remplacer Bérenger Batlle, un autre perpignanais qui, de son côté, lui succéda à Mallorca. 11 y avait ncuf ans que Sanche de Majorque et Bérenger Batlle avaient posé, l’un, la premiére pierre, et l’autre, la seconde de la cathédrale de Perpignan. Les travaux avaient été suspendus à cause des luttes intestines provoquées par l'avènement de Jacques II au trône de Majorque. Gui de Terrena prit à cœur la continuation de l’entreprise de son prédécesseur. À cet effet, il renouvela, le 15 mai 1333, le décret que Bérenger Batile avait porté, le 7 juin 1321, pour subvenir à la construction de la nouvelle église : il accorda des indulgences à

| ceux qui contribueraient de leurs aumônes à cette

œuvre. Le sceau de Gui de Terrena est appendu à cette charte. Ce sceau, d'une exécution remarquable et d'une conservation parfaite, est ovale (007 sur 0"05), en cire brune, recouverte de cire rouge. Il représente l’évêque debout, revêtu des habits pontificaux, coiffé d'une mitre à forme basse, tenant la crosse de la main gauche et bénissant de la droite; sur la poitrine repose une étoile à huit rayons, dans laquelle on reconnaît le symbole héraldique du chapitre d'Elne. La figure de Gui, encadrée dans une sorte de portique bysantin, est flanquée, à la ceinture, de deux écussons: celui de droite, portanttrois pals, représente les armoiries du Roussillon, ou plutôt celles des rois de Majorque, comme suzerains

de ce comté; celui de gauche, est: parti, au premier, à deux lézards posés en pal, l’un sur l’autre, et, au deuxième, à un lion rampant, armoiries personnelles de l'évêque... Une légende en capitales gothiques entoure le sceau. On v.lit: : S : FRATRIS : GUIDONIS : D'VINA : PROVIDENCIA : EPISCOPT :

ELNENSIS. Il n’y a pas de contre-sceau. L’évêque d'Elne possédant la propriété de certains greffes appelés communément scribanias, le 10 avril 1333, le seisneur de Banvuls, Dalmace, souscrivit à Gui de Terrena l'acte de reconnaissance du fief de l’un d'entre eux annexé à la possession de son château. Il y stipule que lui et ses successeurs jouiront du privilège de nommer ou de destituer le titulaire du greffe, comme aussi de celui de vendre ou d’aliéner cette charge. A titre de redevance féodale, Dalmace s'engagea à donner chaque année, à l’évêque, une livre de cire payable aux approches de la fète de la Noël. Il prononça la formule du serment en tenant la main droite appuyée sur le livre des Evangiles et, en signe de prise de possession, fit donation au prélat d'une paire de perdreaux. Le 14 août suivant, Gui fil concession viagère de la baylie d’Elne à son neveu Guillaume Terrena, à titre de donation entre vifs. En 1339, étant conseiller intime du roi de Majorque Jacques IT, l’évêque d’Elne signa la reconnaissance féodale que fil ce prince au roi d'Aragon Pierre IV, à Barcelone, le 17 du mois de juillet. Le 27 avril 1340, de concert avec son chapitre, il retira de dessous le maïtre-autel de sa cathédrale, les reliques de sainte Eulalie et sainte Julie, pour être désormais exposées à la vénération des fidèles ; c’est depuis lors sculement que sainte Julie fut connue et associce à sainte Eulalie, patronne du diocèse. Le même évèque institua une fête en l'honneur de ces deux saintes, patronnes de l'évêché et du chapitre d’Elne. C'est en 1340 que Jacques IT fonda une collégiale séculière à l’église de la Réal, composée de douze chanoines prébendés, dont le chef portait le titre de doyen. Ce prince leur adjoignit une communauté de vingt bénéficiers et de huit clercs. Le 16 août de cette même année, le roi de Majorque fit donation à l'évêque d'Elne des lieux de Montescot et Tatzod'Avail, à la réserve de certains droits juridictionnels, notamment des causes criminelles contre les juifs. Mais les remarquables talents de Gui de Terrena allaient avoir à s'exercer sur un champ d'action beaucoup plus vaste que celui du seul diocèse d'Elne. En 1341, Benoît XIT appela ce prélat auprès de sa personne, à Avignon, et lui offrit une place dansson conseil privé. C'est de la cour pontificale que l'évèéque d'Elne écrivit, cette année-là encore, à ses vicaires-généraux pour les prier d'accorder, s'ils le jugeaient convenable, au curé de Notre-Dame de Castell-Rossello, l'administration des sacrements à

TERRENA

la chapelle de Saint-Jean de Puig-Sutrer, érigée dans sa paroisse. Gui de Terrena tint à Elne cinq synodes célèbres dans lesquels il fit éclater la supériorilé de ses lumières, sa vigilance pour la discipline ecclésiastique, son zèle pour la défense de la religion et sa fermeté pour la destruction des hérésies. On conservait ses instructions synodales dans les archives de l’église Saint-Jean de Perpignan. Baluze en a inséré quelques-unes dans sa compilation et Labbe estima qu’elles méritaient une place distinguée dans la nouvelle édition de La Collection des Conciles parue en 1672. La première assemblée des ecclésiastiques du diocèse d'Elne présidée par Gui de Terrena, se tint le 17 avril 1335. A l'issue, ce prélat proclama quatre importants articles disciplinaires. Il déclara excommuniés, ipso faclo, ceux qui déposaient de faux témoignages devant les tribunaux. Il modifia, en les atténuant, deux sentences d'excommunication lancées, l’une contre les clercs qui jouaient aux dés et l’autre contre les curés qui ne portaient pas sur eux les ordonnances diacésaines. en se rendant au svynode. Enfin, il notifia ensuite au clergé une Décrélale dau pape Jean XXIT réglementant la question des quêteurs des œuvres pies à travers le diocèse. Une seconde réunion plénière du clergé eut lieu le 1°“ mai 1337. L’évêque y prit les décisions suivantes: il fut défendu aux prêtres d’user de vêtements ou d’ornements à l’église qui n’auraient point été au préalable bénits ou consacrés par l’évêque. Les fabriciens furent mis dans l'obligation de rendre leurs comptes, chaque année, en présence du curé et des consuls de la communauté, et de verser le reliquat de leur gestion dans un laps de temps de deux mois. La chasse prohibée par le droit canonique fut interdite aux clercs, àux moines et aux religieux. Les laïques ne devaient plus toucher aux ornements des églises ni posséder les clefs des armoires ou des châsses renfermant des reliques de saints, des vases sacrés oudes vêtements sacerdotaux. Un article spécial de ces statuts enjoint, sous anathème de malédiction éternelle, aux usurpateurs ou détenteurs des biens appartenant aux léproseries, de les restituer avec les fruits perçus et de rétablir ces hospices. Les clercs, les curés, les bénéficiers étaient mis dans l'impossibilité de s’absenter du lieu de leur résidence, au-delà d’un mois, sans un motif d'absolue nécessité ou sans l’agrément de l'Ordinaire. Gui de Terrena convoqua une troisième diète diocésaine le jeudi 23 avril 1338. Ce pontife renouvela l'interdiction faite aux ecclésiastiques de se livrer à l'exercice de la chasse. Le considérant de cet article prend soin de stipuler que de nombreux clercs transgressaient sur ce point les règlements épiscopaux. Dans un autre statut il portait des peines sévères et infligeait des amendes aux prêtres qui

TERRENA

négligeaient de se rendre aux séances du synode. Dans le cours de la quatrième réunion synodale qui s'ouvritle 8 avril 1339, Gui de Terrena n'édicta qu’un seul règlement. Il lança la peine d'excommunication contre ceux qui méconnaîtraient la juridiction des évêques, des abbés, des prieurs ou des chapitres. Le 26 avril 1349, date du cinquième svnode qu'il célébra à Elne, Gui de Terrena porta deux ordonnances mémorables. Après avoir placé au-dessus du maitreautel de sa cathédrale les reliques des saintes Eulalie et Julie qui, antérieurement, reposaient dans le tombeau servant à la célébration de la messe, l’évêque décida que l'anniversaire de cette translation serait célébrée à perpétuité par une fèle du rit double dans toutcs les églises du diocèse, le 27 avril de chaque année. Ce prélat institua dans le diocèse d'Elne la fête de l’Immaculée-Conception : il voulut qu'elle fut célébrée annuellement. le 8 décembre, dans les églises soumises à sa juridiction. Les écrits qui sont sortis de la plume de Gui de Terrena recommandent ce pontife à la postérité au même titre que les ordonnances empreintes de sagesse qu’il édicta. Il est l’auteur d’une Sornme des hérésies, avec leurs réfutations, intitulée : Traclalus contra hœæreses et earum confulalionibus. Dans cet ouvrage, qui fut édité à Paris, chez Badius, en 1528, Gui de Terrena passe en revue et expose toutes les hérésies anciennes et modernes; malheureusement on y rencontre de nombreuses confusions,et c’est pourquoi l’œuvre a étésévèrement jugée. On connaît encore de cet autcur : Quæsliones ordinaricæ liber unus ; Concordia in qualuor evangelia liber unus, Cologne, 1631, chez Pierre Brachel ; Opera moralia, dont un exemplaire se trouve dans la bibliothèque d’un couvent de son ordre à Paris; De jure, seu correctorium decreti libri tres. L'auteur indique lui-mêine la cause qui l’a déterminé à composer ce volume, lorsqu'il avance que « plusieurs de ses amis lui ont conseillé d’annoter et de corroborer à l'aide de citations extraites de l'Ancien et du Nouveau Testament ainsi que des saints Pères les affirmations que maître Gracianus apporte dans son livre des Décrets » ; Super quatuor libros sententiarum ; De vitä el moribus Jesu-Christi ; Commentlaria in libros de animä; Commentlaria in 12 libros Metaphysictæ ; Exposilio in Cantica Beneds, Magnificat et Nunc duniltis, ouvrage dédié à Jean XXII. On lui attribue aussi des Commentaires sur les huit livres de la Physique d'Aristote. Tritemius prétend que Gui de Terrena a disserté sur presque tous les livres de la Bible. Posevino affirme que les Reprobationes operis cathelonicæ, dont certains écrivains lui contestent la paternité pour la rapporter à Arnaud de Vilanova, sont une production du puissant cerveau de l’évêque d'Elne.On sait, d’après Bellarmin, que Gui de Terrena appelé à siéger au conseil privé du pape Benoît XII remplit

plusieurs fois des missions, à titre de légat pontifical. Clément VI, successeur de ce pape, promut Gui au patriarchat de Jérusalem et au siège de Vaison, qu'il n' occupa jamais, à ce qu’il paraît. Gui de Terrena mourut à Avignon le 15 juin 1353, date marquée sur l'épitaphe qu'on voyait autrefois avec son efligie dans l’église des Carmes de la même ville. Cetteinscription, telle qu'on la rapporte, ne donne d’autres titres à Gui que ceux de patriarche de Jérusalem et d'évèque de Vaison. Elle est ainsi conçue : Hic jacet corpus venerabilis fralris reverendi domini Guidonis de Perpiniano qui ex priore generuli montis Carmeli, Clemenle VI patriarcha Hierosolymitanus factus mox episcopus Vasionensis, el Malleus hœrelicorum dictus fuit, quia mulla volumina comendala in hœreses scripsit quæ domino Gaucelino (alias Gaucelmo) cardinali Albanensi prælilulavit. Obiit anno MCCCLIII, die XV juni.

Archives des Pyr.-Or., B. 346, G. 22, 23, 78, 235, 1064. — Marca

hispanica, col. 1454-1467, 1480. — C. b£e Vinuiers, Biblictheca Carmelilana, Orléans, 1752, — TonRESs-AMAT, Diccionario critico de los escrilores catalanes. — NiiLaNUEvA, Vidje literario a las iglesias de España, t. XXE. — Puiccant, Calaloque biographique des évêques d'Elne. — Eurez, Hierarchia catholica medii œvi. — Abbé J. Carrie, Figures d'évèques roussillonnais. — Abbé

Jean-Marie Vibaz, Procès d'inquisition contre Adhémar de Mosset, noble roussillonnais inculpé de béguinisme (1332-1334).

TERRENA (Arnaud), alias Terren ou Terreny, était docteur en décrets et sacriste d'Elne en 1354. Les auteurs de biographies le font parent, cousin ou neveu de Gui de Terrena, évêque d’Elne. Ce qui est certain, c'est qu'il fut l’exécuteur testamentaire de ce prélat en 1354, qu'il enseignait le droit canonique à Avignon vers 1370, et qu’il y composa, en 1373, un ouvrage ayant pour titre : Questiones theologicæ. On lui attribue aussi un Tractatus de mysterio missæ et un autre : De horis canonicis. Jeanne, veuve de Bernard Pons, mercader de Perpignan, fut son héritière universelle.

Archives des Pyr.-Or., B. 105, E. (Titres de famille), 743, G. 171. — TORRES-AMAT, Diccionario crilico de los escritores catalanes.

TERRENA (Guillaume), neveu de l'évêque d'Elne, Gui de Terrena, reçut de ce dernier, à la date du 14 août 1333, concession de la baylie d’Elne, à titre de donation entre vifs. Guillaume Terrena devait toucher, sur les revenus de l'officialité, trente livres de Barcelone, à raison de 65 sous par marc d'argent. Ïl faisait sa résidence au palais épiscopal, et jouissait de quelques droits féodaux.

Archives des Pyr.-Or., G. 78.

TERRENA (Thomas) occupait une stalle de chanoine au chapitre de Saint-Jean, de Perpignan,

TERRENA (André) était consul de Perpignan en 1511.

Archives des Pyr.-Or., B. 420.

TERRENA (Pierre) fut pourvu d'un canonicat à Saint-Jean de Perpignan en 1535.

Archives des Pyr.-Or., G. 833, 836.

TERRENA (Jean-Antoine), bourgeois de Perpignan, fils de Jean Terrena et de Marguerite, contracta alliance, en 1558, avec Angèle Alerigues, fille de Michel Alerigues, mercader de Perpignan.

Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 743.

TERRENA (Louis), bourgeois de Perpignan, fut syndic de sa ville natale aux Etats de Montçon en 1585. Il mourut en 1589. Louis Terrena s'était marié à Anna Pallary qui lui avait donné deux fils : Gaspard et Gaudérique, dont les notices suivront, et deux filles : Cécile, épouse de Baldo, et Rose. Anne Terrena-Pallary descendit dans la tombe le 30 novembre 1619.

Archives communales de Perpignan, AA, 1. — Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 743.

TERRENA (Gaspard de), fils aîné et héritier du précédent, contracta alliance, en 1611, avec Elisabeth Paulet, fille de Jacques-Antoine Paulet, bourgeois de Perpignan. Philippe IT] lui octroya les privilèges nobiliaires dont jouissaient les citoyens honorés de Barcelone. On le retrouve, au mois d’août 1639, dans les rangs de l’armée des nobles catalans que commandait Dalmace de Queralt. De son union avec Elisabeth Paulet étaient issus : Gaspard, dont la notice suivra’: Marie, née en 1627, et Thérèse.

Archives des Pyr.-Or., B. 380, 390, E. (Titres de famille), 743.

TERRENA (Gaudérique), frère du précédent, testa en 1638 et ne laissa qu'une fille, Victoire, qui devint l'épouse du damoiseau Joseph de Tord, domicilié à Ripoll.

Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 743.

TERRENA (Gaspard de), neveu du précédent, était fils de Gaspard de Terrena et d'Elisabeth Paulet. Il naquit en 1626 et unit ses destinées à Françoise Arles. Durant les guerres de Catalogne, Gaspard de Terrena prit parti pour l'Espagne. En 1653, Louis XIV confisqua ses biens pour les donner à François Marti y Viladomar et à Gilbert de Joli, scigneur de Roquejean qui était capitaine du Castillet de Perpignan. Les domaines de Gaspard de Terrena étaient situés sur le territoire de Villeneuve-de-la-Rivicre et de Claira. Son épouse testa à Perpignan en 1674. Elle

TERRENA — TERREROS

déclara vouloir être inhumée dans la chapelle du Saint-Nom de Jésus qui était édifiée dans l'église Saint-Jean de cette ville. À sa mort, elle laissa un fils, Antoine, dont la notice suit, et deux filles : Françoise qui épousa Joseph Serda et Marie qui unit ses destinées à Camo Garau, docteur en droit.

TERRENA (Antoine de), fils du précédent, épousa, en 1687, Marie-Thérèse de Génerès, fille de Dominique de Génerès et de Cécile Riu. Il eut une postérité nombreuse : sept filles : Cécile, Marie-Thérèse, chanoinesse de Saint-Sauveur, Gaëtane, Joséphine, Thomase, Isabeau, Catherine ; et trois fils : Antoine, chanoine de Saint-Jean, Gui, décédé en basâge, et Jean, dont la notice suit.

Archives des Pyr.-Or., G. 139, E. (Titres de famille), 743.

TERRENA (Jean de), fils et héritier du précédent, unit ses destinées à celles de Monique de Jorda- Forcade. De ce mariage naquirent deux fils, Gaëtan et Jérôme, qui se vouèrent à l’état ecclésiastique. Gaëtan de Terrena venu au monde à Perpignan, en 1742, prit l'habit bénédictin à Saint-Michel de Cuxa, le 9 septembre 1757. En 1772, il était hortolanier de ce monastère et au mois de décembre de l’année suivante, il fut nommé prieur de Saint-Jacques de Calahons, à la place de dom de Campredon de Cahors. Gaëtan de Terrena partit en exil pendant la Révolution, ainsi que son frère Jérôme, chanoine d’Elne, dont le nom se trouve aussi sur les listes des émigrés roussillonnais.

Archives des Pyr.-Or., G. 140, 430, E. (Titres de famille), 743. — E. DELAMoONT, Hisloire de la ville de Prades.

TERREROS (Fortuné de) exerçait le commandement de la châtellenie de Puyvalador en 1507. Sa fille Eléonore, ayant contracté alliance avec un noble appelé de Galindez, eut pour enfant le damoiseau Antoine de Galindez de Terreros, dont la notice suivra.

TERREROS (Jean-Lazare de) obtint de Charles-Quint des provisions qui lui conférèrent l'office de châtelain de Puyvalador, laissé vacant par la démission de don Pedro de Castro. Plus tard, Philippe IT confia cet emploi successivement à Jacques- Lazarede Terreros et à la mort de ce dernier,survenue en 1599, le château de Puyvalador fut placé sous le commandement de l'alfere: Dalmace de Descallar (voir ce nom).

Archives des Pvr.-Or., B. 367, 368, 375, 378, 430.

TERREROS — TEYSSONNIÈRES

TÉRREROS (Antoine de Galindez de), petitfils de Fortuné de Terreros, était déjà établi à Codalet en 1571. Cette année-là, sa mère Eléonore de Galindez de Terreros lui fit des concessions minières sur le territoire de Vernet. Par un acte daté du 3 décembre 1588, Antoine de Galindez de Terreros renonça aux droits sur les mines de fer du Canigou, dont il était détenteur, en faveur d'Onuphre Giginta, abbé de Saint-Martin. Il avait épousé Marie N., qui lui donna un fils Joseph, dont la notice suivra. Veuve en 1596, Marie de Galindez de Terreros afferma à un tiers les mines qu'elle possédait à Fillols, moyennant le versement annuel de la somme de 120 livres.

Archives des Pyr.-Or., B. 435, E. (Titres de famille), 744. — Abbé J. CaPeiLe, Vernet-les-Bains, la commune, la châtellenie, les thermes.

TERREROS (François de), damoiseau de Ria, inscrivit son nom sur les registres de la confrérie de Saint-Georges, le 3 août 1562, date de la fondation de cette société par les membres de la noblesse du Roussillon et du Conflent. Il eut pour fils Jean, qui unit ses destinées, en 1596, à Thérèse de Oris, fille de Raphaël Rochafort de Oris.

Archives des Pyr.-Or., B. 374, E. (Titres de famille), 744.

TERREROS (Joseph de), fils du damoiseau Antoine de Galindez de Terreros, domicilié à Codalet, épousa, en 1598, Catherine de Serres, fille d'Onuphre de Serres, damoiseau de Perpignan. En 1624, il donna quittance d’un cens surles forges de Vernet, à Melchior Soler d'Armendaris, abbé de Saint-Martin du Canigou. Joseph de Terreros mourut en 1633, laissant deux fils, Christophe et Charles, et une fille appelée Engratia.

Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 744.

TERREROS (Christophe de), fils et héritier du précédent, était seigneur du château de Terreros sur la frontière de Biscaye. Il fit sa résidence à Perpignan et contracta alliance, en 1634, avec Thérèse Descamps, fille de Louis Descamps et de Marie de Tord. En 1639, Christophe de Terreros était enrûôlé dans l’armée des nobles catalans que commandait Dalmace de Queralt. Le 14 octobre 1653, ses biens furent confisqués et attribués à Jean Gimenells, alguasil ordinaire du roi. Le 22 janvier1654, Louis XIV fit encore donation de rentes sur les biens de Christophe de Terreros à Bertrand du Bruelh. Ce même jour, les domaines de son frère Charles de Terreros furent concédés à Louis de Casteras. Christophe de Terreros eut pour héritier son fils Jean. Le 1° octobre 1678, ce dernier afferma à un tiers des terres qu’il possédait à Elne et à Corneilla-del-Vercol.

Archives des Pyr.-Or., B. 390, 394, E. (Titres de famille), 744.

TERREROS (François de), damoiseau, domicilié à Codalet, présenta, en 1718, un candidat à un bénéfice institué dans l’église d’Escaro. En 1725, il désigna un ecclésiastique pour occuper un bénéfice qui était fondé à l'autel de Saint-Michel, dans l'église Saint-Jacques de Perpignan.

Archives des Pyr.-Or., E. (Titres de famille), 744.

TEYSSONNIÈRES (Pierre-Frédéric-8alvi), graveur de grand talent, naquit à Albi (Tarn), le 6 juin 1834, de Teyssonnières François-Frédéric, conducteur des Ponts-et-Chaussées, et de Poujal Julie, tous deux albigeois. Bien que né hors du Roussillon, notre pays n’en a pas moins à s’enorgueillir de ce fils adoptif, dont les parents s’installèrent à Catllar près de Prades, alors qu'il n'avait que 3 ans, qui y vécut de longues années et que tout le monde saluait comme un catalan de marque, tant notre langue était la sienne et tant était passionné l'amour qu'il avait pour sa seconde petite patrie, la vraie pour lui. Dès qu'il put suivre son père, il courut avec lui routes et chemins, se préparant tout jeune à la même carrière. Mais déjà son goût pour le dessin s'était révélé et sa première œuvre lui valut toutes les sévérités paternelles : on l'avait, pour quelque méfait de gamin, enfermé dans une chambre où se trouvaient des pots de peinture rouge et noire dont se servent les Ponts-et-Chaussées pour jalonner leurs tracés; pour distraire son ennui, l'enfant se mit à barbouiller sur le murun immenseChrist — le plus beau dessin de ma vie ! disait-il plus tard.— Ce chef-d'œuvre ne fut payé que d'une correction magistrale. A {8 ans, il entrait comme surnuméraire dans l’Administration des Ponts-et-Chaussés et devenait un des collaborateurs de l’Ingénieur en chef Tastu, qui a laissé à Perpignan le plus vivant souvenir. A cetitre il participa à la construction de plusieurs ponts et routes dans notre département ; en particulier, celle si bien comprise et si bien exécutée d'Arles-sur-Tech à Prats-de-Moll6 fut en grande partie son œuvre; et il avait gardé du séjour qu'il fit à cette occasion en Vallespir, au Tech, surtout, où il avait établi son quartier général, les souvenirs les plus délicieux et les plus émus. Quelques années plus tard, il conquit le grade de conducteur des Ponts-et-Chaussées et fut nommé en Corse. C’est à Bastia qu'il fit la connaissance de celle qui, bientôt, le 26 octobre 1863, devint sa femme, Albertine Bidault, fille d'un commissaire de police. Il fut ensuite successivement nommé à Toulouse, à Bordeaux, où la municipalité lui confia l'enseignement du dessin dans les écoles supérieures et professionnelles de la ville, et enfin à Paris, où il obtint le poste de directeur de l'imprimerie des Ponts-et-Chaussées. A Paris, il retrouva nombre de compatriotes et fut l’intime de Pierre Talrich, de

Redier, d'Oliva, de Farail, etc. Ses relations s’étendirent dans le monde des artistes, des éditeurs et des amateurs qui appréciaient fort ses gravures, et son atelier-appartement, d'abord rue des Martyrs, puis rue Lafferrière, reçut la visite d'innombrables amis. L'hospitalité y était large, quoique simple, la table, abondante et catalane, régulièrement ouverte aux intimes et rien n'était plus nombreux, plus mêlé, plus joyeusement gai, plus follement drôle que les soirées travesties qui se donnaient à son cinquième étage, où les masques les plus étranges mêlaient leurs entrechats, le maître toujours vèlu de son cher costume catalan (lequel a servi de modèle au sculpteur Raymond Sudre pour le pâtre de son monument « Montanyes Regalades »), et qui se terminaient par un souper froid dans de petites assiettes et avec des couverts de fer blanc. Les danses reprenaient souvent après le souper et au jour seulement s'égrenait dans la ruc Notre-Dame de Lorette cette nouvelle descente de la Courtille. Ses œuvres se vendaient bien ; l'argent affluait ; il en retirait aussi des expertises officielles ou privées que lui valait son titre d'Expert assermenté près de la Cour.Cethomme était pleinement heureux. Mais survint « l'Affaire » et Teyssonnières en fut une des premières et des plus tristes victimes. Appelé à se prononcer comme expert sur l'identité du fameux bordereau de Dreyfus, ilconclut sans réserves à la culpabilité de l’accusé ; les autres experts, d'abord d'accord aveclui, modifièrent ensuite leur opinion ; mais Teyssonnières résista à toutes les offres qui lui furent faites, si séduisantes qu'elles fussent, et maintint jusqu'au bout ses conclusions. Il fut honni et vilipendé par tous les partisans de l'innocence, rayé de la liste des experts, boycotté comme graveur; et pour comble de calamité, parmi les plus acharnés de ses ennemis se trouvèérent son propre gendre, directeur d'un journal dreyfusard, et sa propre fille, qui n’ont cessé de le poursuivre de leur haine. De ce 1894, la vie fut pénible pour Teyssonnieres. Les ressources allèrent diminuant, les relations s'étaient clairsemées, le cercle des amis se restreignit de plus en plus. Les fidèles, cependant, ne l’abandonnèrent pas. Certain même lui offrit gratuitement, à Grenelle, une pelite maison où il s'installa confortablement avec sa femme. Il allait passer l'été à Binic où, au temps de la prospérité, il avait construit une maisonnette sur le bord de la mer. Mais on avait oublié l'artiste ; aucune commande ne venait plus et le pauvre homme souffrait doublement de sa déchéance et de sa médiocrité. Un instant, cependant, l'espoir avait reparu. Quelque prélat de curie lui persuada qu'il obtiendrait pour lui la faveur de graver le portrait du nouveau pape Pie X et Teyssonnières partit pour Rome avec sa femme. Il en revint après quelques mois avec un

TEYSSONNIÈRES

magnifique portrait du Saint-Père qu'il espérait vendre à profusion dans le monde catholique; mais l'empressement fut à peu près nul et l'artiste ne gagna guère à cette œuvre que l'amitié du curé desa paroisse et l'honneur, aussi peu rénumérateur d’ailleurs, de graver le portrait de l'Archevêque de Paris, Monseigneur Amette. Entre temps mourut sa fidèle Albertine ; il ne lui survécut que peu d'années, troublées par de pénibles irruptions de sa fille, et après dix mois d’un lent et douloureux dépérissement, il s'éteignit doucement le 1”’avril 1912, à l’âge de 78 ans, entre les bras de sa sœur Emilie, venue d'Albi depuis quelque temps, et de trois ans plus âgée que lui. Avant de passer à l'artiste, un mot sur l’homme et son caractère. D'une taille un peu au-dessus de la moyenne, Teyssonnières portait, sous un nez assez fort, une grosse moustache, et la mouche sous la lèvre inférieure. Une chevelure abondante avec une mèche médiane enlevée en volute donnait à sa physionomie, qu'éclairaient vivement deux yeux petits et malicieux, un aspect assez particulier. Sa mise était modeste, parfois même négligée. Profondément original, susceptible, très personnel et très autoritaire, facilement vif et emporté, il trouvait rarement bien ce que faisaient les autres. Son éducation était peu raffinée et il affichait même son sans-gêne avec quelque complaisance. Il était extrêmement bavard, se rendant parfois même insupportable et lassant ses meilleurs amis. C'est dire qu'il ne plaisait pas à tout le monde et il fallait plus intimement le connaitre pour l'apprécier. Mais on l’appréciait vraiment et on s'attachait définitivement à lui quand on avait vu, à travers tous ses défauts, briller ses trois qualités foncières qui le définissent tout entier: une immense bonté, une loyauté absolue et une indomptable énergie. Sa bonté, qui le rendait charitable à toutes les infortunes, profondément dévoué à ses amis, prèt à se sacrifier pour eux, n'allait pas sans une grande sensibilité et il souffrait beaucoup et longtemps des petites comme des grandes contrariétés; le relâchement d'uneamitié,un manque d'égards même, provoquaient des plaintes amères. Sa loyauté en toutes choses, qui, dans les petites, se traduisait par un parler trop franc, lui valut souvent de gros ennuis. Mais ce qui était admirable surtout en lui, c'était ce ressort merveilleux qui se tendait à chaque coup du destin et qui le faisait rebondir vers une vie nouvelle avec tout son courage vite retrouvé. Quelles belles leçons d'énergie il a donné à ceux qui l'ont suivi jusqu'au bout ! Comme tous les artistes, Teyssonnières avait plusieurs cordes à son arc; il s'intitulait lui-même: géomètre, mathématicien, littérateur, sculpteur, peintre, graveur et d’autres choses encore. De fait, il écrivit quelques mauvais feuilletons, il modcla quelques glaises oubliables, il fut un

THAOSCA — THOLOSA

déplorable peintre, même danà le paysage, et son seul, mais son vrai titre à l'admiration de tous est son talent remarquable de graveur. Avec le métier le plus irréprochable, méprisant les procédés faciles, fidèle aux principes les plus classiques de son art, il a laissé une longue suite d’eaux-fortes de la plus grande beauté et dans les genres les plus divers. Qu'il interprète des scènes d'histoire, des portraits ou des paysages, « poussé à ce degré, l’art de la gravure est bien un art personnel, original, qui crée à nouveau, qui fait œuvre d'invention complète, qui ne doit plus rien au modèle que le point de départ, l’idée première. Avec du noir. le noir ingrat de l’imprimeur, on ne saurait aller plus loin dans l'évocation des couleurs et de la lumière... Ces paysages, d'une enveloppe harmonieuse, où se retrouve toulefois, pour l'observateur éclairé, la marque désignative du peintre, son travail persillé, martelé, les reliefs de ses plans, presque le décompte de ses feuilles d'arbres, mais voilé, adouci par la touche délicate du graveur, qui sait modeler sans sécheresse, noie délicieusement les contours et les entoure savamment d'atmosphère. » (Jean DarGÈNE, Pierre Teyssonnières et son œuvre. — Nouvelle Revue du 1°" février 1892). Sans pouvoir tout énumérer, citons simplement : Un Paysage de Corot, un Paysage de Rousseau, le Moine lisant de Corot, Samson et les Philislins, de Decamps, le Charmeur de Serpents de Fortunv, le Relour de Pêche de Feyen-Perrin, le Elé:er el Rebecca, de Tiepolo, une des plus belles œuvres du graveur; les portrails de Pierre Corneille par Lebrun, de Thomas Corneille par Jouvenet, de Molière par Lebrun, de la Comtesse d'Iaussonrville, d'après Ingres; les séries charmantes des Zlluslralions de Molière, d'apres Bavard, de Jacques le Faluliste, d’après Leloir, gravées pour la Société des Amis du Livre. De de Beaulieu, l'Alcoo!, le Duel, lu Première vision de la Madeleine ; de François Millet, la Gardeuse de Chèvres et la Tricoleuse ; de J.-P. Laurens, Saint- Ambroise instruisant Honorius enfünt, Le pape Formose, La Mort du duc d'Enghien, Saint-Bruno refusant Les présents de Roger comle de Calabre ; toutes œuvres magnifiques, d'une conscience et d'une vérilésaisissantes pour qui, avant vu les tableaux, leur compare la gravure. J.-P. Laurens écrivait à Teysonnières : « Je puis dire, cher Monsieur, que j'ai revu ma peinture en vovant vos eaux-fortes. Il n'y a aucune retouche à faire. Cela est définitif. Je me trouve trop heureux d'être interprété par un homme de talent qui m'a si bien compris... » Une place à part est à faire à La Pisseuse de Greuze, qui est une petile merveille. Quant à l'œuvre originale du Maitre, «elle se tient dignement en regard des épreuves si belles qu'ila tirées d'immortelles peintures...» Les Buveurs,

Page 1