V. KL. Madii. Anno
Dornini. M. CCC. XANIT :::
Quatre mois après, le roi Sanche mourait à Formiguères, et sa succession ouvrait pour les Perpiunanais une ère de troubles politiques ct religieux. Son héritier, Jacques [", étant trop jeune pour prendre en main les rênes de l'Etat, la régence avait été confiée, sur l’ordre du pape. à Philippe de Majorque, frère de Sanche et chanoine de Tours. Les Perpignanais, persuadés que le régent était dévoué à la France, lui refusèrent obéissance ct entravérent son administration. On conçoit les difficultés de Bérener Batlle, sujet dévoué à la politique pontificale autant qu'à la dynastie majorquine. L'évêque d'Elne fut un utile auxiliaire de Jean NXIT qui cut à se loucr de ses informations exactes sur les agissements de ses ouailles révollées. Au mois de mars 1325. l'interdit fut lancé sur Perpignan par deux nonces que le Souverain Pontife avait envoyés avec mission de mettre fin aux discussions. Au commencement de mai 1325, des procureurs de la ville s'acheminèrent vers Avignon et entamèrent des tentatives de paix. Le pape accepta les propositions d'arbitrage qui lui furent présentées et pria le régent de venir à sa cour pour y conclure la paix. Sur le désir des procureurs, il permit à Bérenger. évêque d'Elne, de
suspendre l’interdit lancé par les nonces pontificaux jusqu’à loctave de la Pentecôte qui tombait cette année-là le 17 juin. Si la paix n'était pas ratifiée avant cette date, l’interdit reprendrait sa force. Les négociations trainant en longueur, le pape usa de patience et prolongea de quinze jours le délai de la première suspense d’interdit. Finalement le régent et les procureurs ne s’entendirent pas et se séparèrent sans avoir rien conclu ; par suite, l’interdit pesa de nouveau sur le Roussillon.
Il ne fallut rien moins que l'intervention personnelle du pape dans les affaires politiques pour obtenir de Jacques d'Aragon la renonciation à ses prétentions sur la couronne de Majorque, mettre fin au conflit, obliger les Perpignanais à la soumission et à la libération du jeune souverain, leur prisonnier. Le mariage de Constance, petite-fille du roi d'Aragon, avec Jacques I de Majorque devait sceller la paix. Le 2 mars 1326, le cœur plein de joie, Jean XXII annonçait que, sur la prière du régent, l'infant Alphonse était récemment centré à Perpignan à la tête de cinq cents chevaliers environ. Les habitants de la ville s'étaient soumis au régent qui avait consenti à pardonner leur rebellion.
Bérenger Batlle fut témoin et signataire de l'acte d'accord conclu entre les rois d'Aragon et de Majorque, le 1° octobre 1327.
Le calme rétabli au sein de Perpignan, l’évêque d'Elne s’empressa d’édicter des constitutions tout à l'avantage de son clergé. C’est ainsi que, dès le 15 mars 1326, il promulguait un statul qu’on peut considérer comme une des premières mesures ayant favorisé le haut enseignement dans le Roussillon. Considérant que « si le clergé étudie les sciences, ses brebis ne marcheront pas dans les ténèbres de l'erreur », Bérenger Batlle statua que tous les chanoines, bénéficiers ou hebdomadiers qui étudicraient la théologie ou Île droit canon dans la ville de Pcrpignan seraient considérés comme présents dans les églises de leur résidence, tant pour les anniversaires que pour les autres distributions. H est certain que la ville d'Elne avait été pendant le moyen âge le centre principal des études ecclésiastiques dans notre. diocèse. Mais cette cité avait perdu son importance dès le milieu du xur° siècle et la ville de Perpignan, qui occupait dès lors le premier rang en Roussillon, n'offrait encore que peu de ressources en fait d'instruction. Les membres du clergé qui désiraient compléter leurs études étaient obligés d'aller dans des pays éloignés pour en chercher les principaux éléments. Le décret du 15 mars 1326 porté par Bérenger Batlle est le premier pas important fait dans le Roussillon pour favoriser l'enscignement supérieur. En 1379, l'Université qui fut créée à Perpignan compléta l’organisation pédagogique en annexant à la
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théologie les facultés de droit et des arts libéraux.
Le 4 avril 1326, Bérenger Batlle convoqua les ecclésiastiques de son diocèse à un synode dans lequel furent promulguées diverses constitutions touchant la discipline et les mœurs des clercs. Puiggari affirme que l’évêque d’Flne publia encore plusieurs autres statuls synodaux clans le cours des années 1327, 1328 et 1330. Jacques II appela Bérenger Batille dans son conseil ; le 14 août 1331, le pape Jean XXII délivrait un congé d’un an à l’évêque d'Elne pour lui permettre de vaquer aux multiples occupations de sa nouvelle charge. On trouve son nom dans les archives du Domaine de Montpellier, au mois de septembre 1332. 11 venait d’être transféré au siège de Mallorca, en remplacement de son successeur, Gui de Terrena, appelé à celui d’Elne.
Pendant les dix-sept années de son administration épiscopale à Mallorca, Bérenger Batlle s’appliqua à édicter de sages règlements et à embellir sa cathédrale. Il était à peine installé et déjà, guidé par l'expérience des hommes et des affaires qu’il avait acquise dans le diocèse d’Elne, il dressait des statuts synodaux. Ces conslitutions canoniques furent promulguées le 15 janvier 1333. L’évêque faisait une obligation à chaque chanoine nouvellement nommé d'apporter au vestiaire capitulaire, le jour de son entrée en fonctions, une chape d’une valeur de quinze livres au minimum. Il faisait ensuite défense aux sacristains de céder les ornements d'église aux séculiers qui étaient dans l'habitude de les emprunter pour orner leurs maisons, les jours de fête. Il rappelait à ses diocésains la stricte observation de la constitution Suscepli regiminis, de Jean XXII, prescrivant d'attribuer aux fabriques les revenus des cures durant la vacance des titulaires. Il introduisit l'usage de la sonnerie des cloches, dès l’aube du jour, pour annoncer lAngelus du matin. Enfin, il décida que la fête de l'Assomption de la Sainte Vierge se célébrerait dans son diocèse avec la solennité de celle de la Noël.
Üne ordonnance spéciale, portée en 1336, réglementait certains points d'ordre économique. Elle stipulait le droit qu'avait chaque chanoine de percevoir quotidiennement deux pains blancs et un quart de bon vin rouge. ,
Grâce à son initiative, le chapitre de la cathédrale vit accroître le nombre de ses membres. Son personnel n'était jusqu'alors composé que de dix-huit chanoines. Bérenger Batlle obtint de Jacques IT de Majorque la création de quatre nouvelles stalles. Par une lettre qu'il écrivit de Perpignan, le 26 avril 1338, ce monarque s’engageait à fonder quatre canonicats. Son but, en accomplissant cette œuvre pie, était de reslituer à l'Eglise de Mallorca les portions de biens dont il l'avait jadis frustrée. Cette fondation fut
approuvée par une bulle que Benoît XII lança d’Avignon, le 12 juin 1338. -
De concert avec son chapitre, Bérenger Batlle confirma, le 20 septembre 1341, la coutume ancienne qui permettait d'ensevelir dans les églises les personnes ayant créé des bénéfices ecclésiastiques. Luimême donnait de beaux exemples de générosité. Il enrichit le Trésor de sa Cathédrale d’une custode en bois argenté dont le pied était en argent massif. Il y fil graver avec ses armes la scène du Crucifiement de Notre-Seigneur. Le 1° octobre 1346, il consacra le maïtre-autel de la Cathédrale. |
Bérenger Batlle mourut le 1” novembre 1349, à Mallorca, et son corps fut enseveli dans la Cathédrale de son diocèse. On y remarque encore de nos jours une inscription qui est gravée sur une plaque en marbre : elle est placée au sommet de la muraille qui sépare la chapelle Sainte-Eulalie de Mérida de celle du maïtre-autel. On y voit, avec son tombeau creusé dans le mur, une figure d'évêque flanquée d'un écusson portant ses armes qui sont : deux papegais (perroquets). L’épitaphe en vers léonins est ainsi conçue :
B. Baiulus diclus humilis fuil ac benedictus. Ilic presul dignus, mitlis, pius atque benignus. Etlegum doctor inopum semperque receptor.
Sobrius el caslus, mundi spernens quoque fastus. Presentem dotans, ac Sedi plurima donans.
Anno milleno ler centum pentoque deno
Uno sel demplo migrat primaque novembris.
Archives du Vatican. Regesta Valicana, t. 70, 71, 116, Registres
des obligations, €. VE. — ViILLANUEVA, Viaje lilterario a las iglesias de España, t. XXII. — D'Acurny, Spicilegium, t. X. — Archives des Pyr.-Or., G. 169, 235. — Abbé J. GarEiie, Figures
d'évèques roussillonnais.
BATLLE (Bérenger), fils de Picrre Batlle, seigneur de Castell-Vell el neveu de l’évêque Bérenger, épousa Barthélemine de Llupia et eut d'elle un enfant, François.
Archives des Pyr.-Or.. B. 107, 240.
BATLLE (François), fils du précédent, garde des ports et côtes maritimes des comtés de Roussillon, sous Martin d'Aragon, devint ensuite camérier de ce roi, en 1396.
Archives des Pyr.-Or., B. 177, 232, 346.
BATLLE (Bérenger), fils du précédent, obtint de Ferdinand [" la châtellenie et le bailliage de Salces, en 1413, seconda activement Alphonse V, en 1420, dans les préparatifs de l'expédition de Sicile et de Sardaigne, et, en récompense de ses services, obtint la survivance de sa charge pour secs descendants. À sa mort, son fils Antoine-François lui
BATLLE — BEAULIEU
succéda ; celui-ci mourut vers 1442 et ne laissa qu'une fille dont la descendance s’est continuée dans la seigneurie de Molitg. La branche cadette de la famille d'Arnaud Batlle, le chancelier du roi de Majorque, fixée à Clayra, eut pour dernier représentant Gcorges Batlle qui acheta, le 25 février 1451, la baronnie de Castellnou, mourut vers 1460 et ne laissa que ‘deux filles, dont l’aînée épousa Guillaume de Château-Verdun.
Archives des Pyr.-Or., B. 253, 286, 295, 411, 414.
BATLLE (Gilles), archidiacre de Vallespir en 1554, n’est guère connu que par la fondation qu’il fit d'un bénéfice dans l’église d’Elne.
Archives des Pyr.-Or., G. 214.
BATLLE (Pierre), né à Perpignan en 1787, y esl mort le 22 décembre 1863. Orphelin dès son jeune âge, il disposait d'une fortune considérable qui fut compromise par des revers commerciaux dont son inexpérience et ses goûts d'artiste avaient fait pressentir l'événement. :
Le Roussillon et l'Espagne inspirèrent ses débuts dans la poésie. À une époque où le service militaire était obligatoire, Batlle fut attaché à l'Intendance de l'armée et envoyé à Barcelone. Ses occupations bureaucratiques lui laissant assez de loisir, il ne se détourna pas de sa voie, et c’est à cette période qu’il faut rapporter les bluettes littéraires, romances, couplets spirituels, menue monnaie de sa jeunesse, où l’on trouve néanmoins de la finesse et du trait.
Il resta à Perpignan sur la fin du premier Empire ; dans cette ville il connut M Amable Tastu ; aux chants de cette Muse son goût s'épura.
En 1821, il se rend à Paris avec le dessein d'y faire un long séjour ; mais les circonstances modifient ses projets, et il revient bicntôt en Roussillon, heureux d'avoir vu de près les célébrités littéraires de l’époque.
Toutes les illustrations d'alors qui parurent dans le département, passèrent par les mains de Batlle : artistes, romanciers, poètes, improvisateurs, tout le monde choisi allait à lui, et chacun en recevait un gracieux accueil. Par une juste réciprocité, dans les grands centres littéraires, et à Marseille cn particulier, on l’environnait des plus cordiales sympathies.
Son fils l'avait attiré dans cette dernière ville, en 1839. Batlle y demeura environ deux ans, recherché par les esprits cultivés qui découvraient en lui un émule avant d'en faire un ami. Méry et Autran furent les premiers appréciateurs d’un talent auquel il ne manquait que le grand jour de la publicité pour révéler toute sa valeur. Son intimité avec les deux poèles marseillais aurait pu le déterminer à sortir de l'ombre dans laquelle sa modestie le retenait ; mais
il résista toujours à leurs sollicitations et se contenta de livrer par intervalles quelques pièces de son portefeuille aux lecteurs délicats. |
Batile dut s’arracher à Marseille où il avait projeté le dessein de se fixer. Il quitta la ville phocéenne Île 9 septembre 1841, regretté surtout des deux amis dont les adieux poétiques l’accompagnèrent à l'heure du départ.
Déjà avant son exode pour Marseille, le poète avait ressenti les atteintes de la gravelle. La maladie et les chagrins avaient bien depuis envahi son âme, mais son cœur battait toujours et débordait de poésie, pur encens qu'il brülait parfois devant des idoles terrestres, mais dont il réserva toujours la meilleure part à Dieu.
Il faut lire, dans les colonnes du Publirateur, ses odes, ses ballades, ses épîtres, au travers desquelles circule un véritable souffle de Ivrisme et d’inspiration poétique. Plusieurs noms chers aux Roussillonnais, plusieurs sites aimés ont tour à tour excité sa verve et ses chants. Saint-Assiscle, Bages, Espira, Toulouges. le Mas-Deu, tout renaît dans ses écrits, avec sa fraicheur ravissante et le caractère grandiose de nos paysages prrénéens.
Au physique, Batlle trahissait dans sa personne une âme dont l'habitation était établie dans Îles régions de l'idéal et de l’art. Sa pâle figure encadrée dans de longs cheveux blancs, ses veux pleins de flamme, sa parole à la fois douce ct animée, sa physionomie patriarcale rendaient l'expression parfaite d'une nature d'élite.