BRIAL
qu'elle a rendus aux lettres, par les vives lumières qu’elle a répandues sur plusieurs branches des études ecclésiastiques et profanes, spécialement par son zèle et son habileté à recueillir tous les monuments de nos anciennes Annales françaises.
Le 17 mai 1805, Brial fut élu membre de l'Institut: il y succédait, dans la classe d'histoire et de littérature ancienne, à Villoison, qui mourait à cinquantecinq ans avec la réputation de l’un des plus savants hellénistes de ces derniers temps, plus renommé néanmoins par l’immense étendue de son érudition que par un goût pur et une logique sévère. Brial, aussi versé dans Ja littérature du moyen-âge que Villoison dans celle de l’antiquité, entrait à l’Académie, à l’âge de soixante-deux ans, ayant contracté pendant plus de trente, l'habitude des recherches exactes et des travaux méthodiques. Il avait acquis une connaissance immédiate et, pour ainsi dire, personnelle de tous les hommes remarqués ou aperçus, au xu° siècle et au xur°, dans la carrière des lettres, dans l'Eglise, dans les armées, dans les fonctions politiques. Des renommées, aujourd'hui presque éteintes, brillaient ou luisaient encore à ses regards ; et l’on eût mieux appris de lui les détails biographiques et chronologiques de cette ancienne partie de nos annales que celles des époques, pourtant non moins mémorables, où il a vécu lui-même. On doit le féliciter d’avoir eu cette prédilection pour des souvenirs lointains et paisibles : il en a mieux rempli la tâche à laquelle il s'était dévoué ; car pour reproduire une image fidèle et instructive d’un âge passé, il faut, s’il se peut, y vivre beaucoup plus qu'au milieu des discordes et des passions de ses propres contemporains.
Cette huitième série d'historiens de France que Brial avait commencée avec dom Clément, il l’a seul poursuivie et complétée par trois volumes publiés en 1806, 1808 et 1814. Les documents authentiques qu'il y a rassemblés sont au nombre de plus de deux mille. Brial achevait ainsi de rassembler toutes les sources de la partie de nos annales comprise entre les années 1060 et 1180. |
Pendant qu'on imprimait ces trois tomes, XIV’, XV°et XVI° de la collection, il en préparait trois autres qui allaient correspondre aux deux règnes de Philippe-Auguste et de Louis VIIT, depuis 1180 jusqu'en 1226 ; matière plus circonscrite, mais non moins riche, qui devait occuper les dernières années de sa vie. Letome X VIT, le premier de cette neuvième série, parut en 1818.
Diverses chroniques rédigées soit en Angleterre, soit dans les provinces de France longtemps soumises à la domination anglaise ; les annales particulières de la Flandre et de la Lorraine; celles du Vermandois, de Picardie, du Soissonnais, de la Champagne et de la Bourgogne, ont fourni les matériaux du
tome XVIIE, qui a vu le jour en 1822. On y compte quatre-vingt-six morceaux historiques.
Au milieu de tous ces opuscules, se distingue un ouvrage d’une très haute importante, celui de Villehardoin. Jusqu'’alors on avait écarté du Recueil des Historiens de France ceux des Croisades, parce qu’on se proposait d'en former une collection spéciale. Voyant que ce projet ne s’exécutait point, et considérant d’ailleurs que les conquérants de Constantinople, quoique croisés pour la Terre-Sainte, n'ont pris aucune part aux guerres contre Îles Musulmans en Syrie, dom Brial s’est déterminé à insérer dans ce tome X VIII un livre qui est à la fois la relation la plus originale de cette conquête, et l’un des plus vieux monuments de la langue française. Il y a joint une continuation qui était encore inédite, et enfin il a mis sous presse le tome XIX.
Il résulte des détails que l’on vient de parcourir, que dom Brial est, après dom Bouquet, celui à qui la France demeure redevable de la plus grande partie de ce Recueil, puisqu'il en a seul établi six volumes après avoir coopéré à deux autres. S'il est dans les divers genres de littérature des travaux plus brillants que les siens, il en est peu d'aussi durables, peu surtout qui aient au même degré le caractère de services : à jamais il sera le meilleur guide de tous ceux qui voudront étudier, enseigner, écrire sérieusement l'histoire de ce qui s’est fait en France depuis l’avènement de Philippe [°, en 1060, jusqu'à celui de saint Louis en 1226. Peut-être n’avait-on pas toujours pcrté dans le travail relatif aux règnes antérieurs une critique aussi éclairée, une exactitude aussi scrupuleuse et, s'il était vrai, comme des savants étrangers l’ont quelquefois reconnu, que de toutes les collections du même genre imprimées en divers pays, aucune encore n'eut élé conçue ni exécutée avec autant de méthode et de sagacité, dom Brial pourrait sembler l’homme qui a le mieux assuré à cette branche de notre littérature une si honorable distinction.
Il avait été chargé, avec trois de ses collègues de l'Institut, de continuer l'Histoire liltéraire de la France, commencée par dom Rivet. Il a eu part aux volumes XIII à XVI de cet ouvrage, ainsi qu'aux Notices et ertrails des manuscrits de la bibliothèque du roi, et à la nouvelle série des Mémoires de l'Académie. Ïl a, en outre, publié l'Eloge historique de P. Daniel Labat, Paris, 1803, in-8°. IL a donné encore, dans les Notices el ertraits des manuscrits de la bibliothèque du roi, la Nolice des leltres à Elienne, abbé de Saint-Euvert d'Orléans, puis de Sainte-Geneviève à Paris et enfin évêque de Tournay, t. X, p. 66 ; Sur les poésies de Serlon, chanoine de Bayeux au xn° siècle, t. IL p. 165 : dans la nouvelle série du Recueil de l'Académie des inscriptions, tome III, p. 57, Recherches historiques pour parvenir à l'intelligence de la cinquième leltre
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d'Yves de Chartres ; Recherches sur l'origine et l'antiquilé des colonnes ou croix qu'on voyait de nos jours sur le chemin de Paris à Saint-Denis, ibid., p. 71 ; Nouvelle interprétation du nom de Capet, donné au chef de la troisième race de nos rois, ibid., p. 77 ; Recherches historiques et diplomatiques sur la véritable époque de l'association de Louis le Gros au trône, avec le titre de roi désigné, ilid., tome VI, p. 489 ; Mémoire sur la vérilable époque d'une assemblée lenue à Chartres relativement à la croisade de Louis le Jeune, ibid., p. 508 ; Recherches sur l’objet d’un concile tenu à Chartres en 1124, ibid., p. 530 ; Recherches sur la légilimité ou non légitimité d'une fille de Louis le Gros, dont la mère est inconnue, |. V, p. 94, 1" partie ; Examen crilique des hisloriens qui ont parlé du différend survenu l'an 1141 entre le roi Louis le Jeune el le pape Innocent IH, tome VL. p. 560 ; Examen d'un passage de l'abbé Suger relaif à l'historique du Berry, t. VII, p. 129, 1" partie : Notice relative à la découverte d'un tombeau à l'abbaye de Saint-Denis qu'on croi étre celui du rot Pépin, Paris, 1818, in-8°. Il a été aussi l'éditeur des Œuvres posthumes du P. Laberthonie, avec un supplément, 1810-1811, 2 vol. in-8°.
Les ouvrages proprement dits de dom Brial, séparés de sestravaux d’éditeur, se recommanderaient comme eux, dit Daunou, par la profondeur des recherches, par la sagacité des aperçus, par la franchise des opinions et même aussi par une diction pure, toujours claire et précise. S'il dédaigne les ornements, il évite encore plus Îles négligences. Il avait contracté l'habitude de ne s'en permettre d'aucun genre.
Une instruction littéraire très étendue, mais spécialement appliquée et pour ainsi dire consacrée à l'histoire de France ou même à deux ou trois siècles de cette histoire ; une solitude studieuse, presque inaccessible à toute distraction ; une santé ferme, entretenue par des mœurs simples ct austères : telles sont les causes qui ont soutenu dom Brial dans sa longue carrière, et rendu ses travaux aussi profitables que persévérants ct paisibles. Jusqu'à l'âge de quatre-vingt-un ans, il a conservé toutes ses forces, sans autre dommage qu'un commencement de surdité, plus préjudiciable à ses confrères qu'à lui-même: sa retraite en devenait plus profonde, et le dépôt déjà si vaste de ses connaissances historiques s’accroissait à mesure qu'il pouvait moins communiquer par des entretiens. Mais en 1824, il éprouva des accidents graves qui affaiblirent ses facultés, et ne lui laissérent, pour continuer et lerminer son dernicr ouvrage, que le zèle ardent qui l'avait toujours animé. Quand on le regrettait déjà, quand on l'avait presque déjà perdu, il travaillait encore, et avec une activité de plus en plus inquiète, à ce XIX° volume, dont il ne devait pas voir la publication. Il ne la pouvait récllement plus accélérer, et ne sentait point
assez le besoin de réclamer des coopérateurs. Il assistait encore, mais avec moins d'assiduité, aux séances de l’Académie qui, par une délibération cextraordinaire, déclara qu'elle le tiendrait toujours pour présent, comme si elle cut craint de commencer, avant le temps, à ne plus le posséder.
Les souvenirs de son ancienne congrégation religieuse lui étaient restés si chers, qu’il voulut qu'on lui en rendit le costuine, au moins en peinture, dans le portrait qu'on fit de lui, en 1325. Ses regards se portaient aussi vers son pays natal qu'il avait pourtant fort peu habité. IL fonda, en 1826, des écoles gratuites pour les enfants de l’un et l’autre sexe des deux communes où étaient nés son père et sa mère, Baixas et Pia, aux environs de Rivesaltes. Une partie des fruits. assez considérables, de ses longs travaux, lui servit à doter chacune de ces communes d'une rente perpétuelle de 600 francs, destinée à l’entretien des instituteurs à condition qu'ils cnscigneraient à leurs élèves la langue française, et qu'ils les mettraient ainsi en état d'acquérir, dans la suite, une instruction plus étendue. C'était le plus digne et le précieux legs que put faire un vicillard qui devait aux études de son jeune àge les habitudes honorables et le bonheur de sa vie entière. Dom Brial mourut, âgé de 85 ans moins deux jours. le 24 mai 1828.
Nolice sur Dom Brial, en tête du t. XIX du Recueil des Historiens de France. — Revue encyclopédique, année 1828, €. FILE — Hœrer, Nouvelle biographie genérale.
BRU et DESCALLAR (Melchior de), religieuxprofès de Saint-Michel de Cuxa en 1723, fut prévôt de Cerdagne (1728-1753) et secrétaire de l'abbé dom Sauveur de Copons. Devenu prieur-claustral de l'abbaye de Cuxa. à la mort de Gaëtan de Perarnau (4755), il gouverna le monastère durant linterrègne de deux ans (1757-1759) qui sépara les abbatiats de dom de Copons et de dom de Guanter. Il compulsa les archives de l’abbaye el s’attacha à lexamen et à l'étude des actes rédigés par les notaires apostoliques touchant principalement les revenus et les propriétés
des officiers claustraux. Îl transcrivit en latin quan- : tité de documents de cette nature, datés du x1r° au
xvu siècles, puis établit une récapitulation générale de ces actes dans un chartrier renfermant sept chapitres classés par ordre chronologique. Il y releva quarante-huit reconnaissances de biens-fonds ou revenus pour la mense abbatiale, huit cent quatre pour l’abbaye, soixante-une pour la camérerie, cent vingt-huit pour la sacristie-majcure, vingt-cinq pour l’infirmeric, trente-trois pour l'hortolanie et cent soixante-dix pour l'hôpital. Melchior de Bru a dressé un relevé à peu près semblable des documents concernant le chapitre de Corneilla-du-Conflent et le prieuré de Marcevol. Il mourut le 25 novembre 1759. For, Hisloire de l'abbave rovale de Saint-Michel de Cuxa.
BRUELH — BURGOS
BRUELH (Jean-Louis de), fils de Sylvestre de Bruelh, maréchal de camp et gouverneur de la citadelle de Perpignan en 1660, et de dame de Marcilhac, sœur de l’évêque de Mende, fut le seul de ses douze frères qui ne suivit pas la carrière des armes. Le 20 décembre 1662, il fut nommé par Louis XIV inqui-
BUART (Vincent) prit possession de la rectorie de Saint-Laurent-de-la-Salanque, le 13 février 1763. Cet ecclésiastique est l'auteur de la tragédie de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ en vers catalans. Ce mystère chrétien. intitulé Triumphum Crucis suivant une transcription manuscrite du cha-
siteur du Roussillon. Dix ans après, Vincent Mar- : noine F. Parès (1846), est plus vulgairement connu
garit étant décédé, le roi désigna l’abbé de Bruelh pour recueillir sa succession sur le siège épiscopal d'Elne (11 février 1673). La question du maintien ou de la suppression de l’Inquisition dans le Roussillon étant pendante en cour de Rome, l’évêque-élu mourut, le 7 janvier 1675, sans avoir obtenu les bulles pontificales. Il était décédé chez dame Françoise de Bruelh de Méritan, sa belle-sœur, près de l’église de la Réal. Son frère aîné, Bertrand. avait succédé à son père dans le gouvernement de la citadelle. Le 25 octobre 1653. le roi lui avait fait donation de rentes sur les biens de Joseph Perarnau, Charles Réart, François Pasqual et Antoine Péjoan ; le 22 janvier 1654, il obtint une nouvelle concession de rentes sur les propriétés de Christophe de Terreros ; il avait aussi juridiction sur Serdinya. Il mourut en 1673, laissant une fille et plusieurs garçons. L'un d'eux fut prêtre et s'appelait Louis. Il obtint le pricuré de Panissas, près de Bellegarde : on le trouve auprès de son oncle l'inquisiteur, en 1673. Deux de ses frères furent soldats. L’ainé, Sylvestre. qui commandait Fort-les-Bains en 1674, lors du siège de cette place par les Espagnols, obtint la baronnie de Montesquieu, le 31 octobre 1680. Un arrêt du conseil du 30 janvier 1725 ordonna que cette baronnie serait réunie au Domaine royal; mais le 21 juin 1729, un nouvel arrêt du Conseil d’Etal décida que Marie- Anne de Bruelh serait maintenue en possession de la terre de Montesquieu.
Archives des Pyr.-Or.. B. 394, 397, 401, 403, C. 1366, Gi. 26. 42, 51, 138, 160.
sous le nom de Presa de l'hort. Aucun document contemporain ne révèle les causes qui ont déterminé son auteur à le composer. Assurément, le but poursuivi par le zélé pasteur n'a pas été de faire uniquement œuvre de poète. mais il a été de mieux instruire ses ouailles des vérités de la foi. en Îles intéressant à une prédication faite par elles-mêmes. Ce drame est une vivante mise en scène du récit évangélique depuis Jl’entrevue criminelle de Judas avec le sanhédrin jusqu’à la mort du Christ sur la croix. Le poète catalan a divisé son œuvre en deux partics inégales : {a Presa de l’hort et lo Triumfo de la Creu. Cette seconde partie est d'inspiration plus personnelle. Cette œuvre catalane est simple comme l'Evangile. Le dramaturge roussillonnais a su faire passer dans ses vers, avec un art ingénieux, la vivacité des dialogues ct l'émotion des scènes du récit évangélique.
Archives des Pyr.-Or., G. 870. — Semaine religieuse de Perpignan, 1901.
BURGÉS (Pierre), peintre à Perpignan. en 1558.
Archives des Pyr.-Or., G. 837.
BURGOS (Pierre de) était sculpteur à Perpignan au début du xvi' siècle.
Archives des Pyr.-Or., B. 419.
CABELLO (Philippe) fut abbé de Saint-Génis-
des-Fontaines durant la seule année 1625.
Gallia christiana, VL, col. 1108. — Archives des Pyr.-Or.. B. 442.
CABESTANY (Guillaume de) était fils d'Arnaud. seigneur de Cabestany. ainsi que le dénate le testament de ce baron, inséré. sous la date du 24 janvier 1174, dans le Cartulaire du Temple conservé aux archives des Pvrénées-Orientales. Elevé en qualité de page au château de Raymond de Castell- Rossello, non loin du manoir paternel, Guillaume parvint au grade d'écuyer de la châtelaine, dame Saurimonde. Spiritucl, enjoué, d’une figure agréable, il fut bientôt l'objet de l'amour de la noble et jeune châtelaine. qui fut payée de retour. Epris des charmes de Saurimonde, il fit pour elle des chansons : celle-ci lui voulut tant de bien qu’elle le nomma son chevalier : e/ esleron «ab gran joi essems lonc temps. Guillaume de Cabestany est moins connu par ses poésies, empreintes cependant de grâce et de naïveté, que par la tragique aventure qui, d'après la légende, mit fin à ses jours. Les chansons de Guillaume n'offrent rien de contraire aux principes chevaleresques ; il v fait timidement la déclaration de ses sentiments amoureux, ct l’une d'elles, la plus compromettante, à ce qu'on dit, se termine par une prière qu'il adresse à la Vierge, pour implorer son assistance auprès de sa dame inflexible. Cette fervente expression d'amour remplit de jalousie le cœur de Raymond de Castell-Rossello. Averti de ce qui se narrait dans le voisinage, ce chevalier eut des soupcons. Î alla trouver Guillaume un jour que le jeune écuver élait à la chasse à l'épervier, et lui demanda lc nom de sa dame. Avouer le fait était impossible. Le troubadour crut tout sauver en compliquant l'intrigue. C'est la belle Agnès, sœur de Saurimonde, qu'il adore. dit-il; et Raymond se trouve rassuré, heureux qu'il est du malheur d'autrui, puisque la dame Agnès est la femme de Robert de Tarascon. La généreuse dame, toute dévouée à sa sœur, se garde de détromper le jaloux châtelain qui lui fait visite : celle multiplie les apparences qui peuvent le confirmer dans sa sécurité. Elle va plus loin: elle fait entrer Robert de Tarascon. son mari, dans ce com-
plot du dévouement. Malheureusement. elle n’a pas
calculé avec la passion de sa sœur. Instruite par
Raymond du prétendu amour de Cabestany pour
Agnès, la dame Saurimonde a une violente explica-
tion avec son amant. Aveuglée par la jalousie. elle
exige que, dans une chanson, il déclare qu'il n’aime
el n'a jamais aimé qu’elle seule. Le pauvre troubadour n'ose se refuser au désir de son amante. Il compose donc et, selon l'usage des troubadours,
adresse au mari lui-même ce chant accusateur. Cette fois. le doute n'est plus possible, et Raymond ne songe plus qu’à la vengeance. Il emmène Cabestany loin du château, le poignarde, lui coupe la tête et lui arrache le cœur. Au retour, il remet ce cœur à son cuisinier, lui ordonne de l’accommoder en manière de venaison ; puis il le fait servir à sa femme qui lui avouc que onques elle ñe mangea de mets plus délical. Présentant alors la tête sanglante de Cabestany à dame Saurimonde, le terrible chätelain lui apprend quel horrible repas elle vient de faire. Elle s’évanouit de désespoir ; puis, reprenant ses sens, elle s'écrie : « Oui, sans doute, j'ai trouvé ce mets si délicieux que je n’en mangerai jamais d’autres, pour n'en pas perdre le goût.» Cette fois, la fureur de Raymond ne connaît plus de bornes. Il court à Saurimonde l'épée à la main : elle fuit, se précipite d’un balcon et se tue.
Le bruit de ce drame tragique se répandit dans les pays voisins ; et quoique la jalousie de Raymond fut assez naturelle, les mœurs chevaleresques, indignées d’un dénouement si féroce, se prononcèrent contre lui. Les scigneurs du Roussillon et de la Cerdagne, unis aux parents des deux victimes, se liguèrent et ravagèrent les terres de Raymond. Il fut arrêté dans son château par le roi Alphonse, son suzcrain, qui le dépouilla de ses biens, l’emmena prisonnier et fit faire de magnifiques funérailles à Cabestan y et à sa dame. Ils furent mis dans un même tombeau devant une église de Perpignan. On y grava leur histoire, et, longtemps encore après, les chevaliers et les dames du pays venaient annuellement à Perpignan assister au service solennel en l'honneur des deux infortunés amants. C'est sans doute à cette fin déplorable de Cabestany que l’auteur du roman de la Dame
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du Fayel a emprunté son livre, écrit vers 1228. On répugne à croire, disent fort justement les auteurs de l'Histoire lilléraire, qu'un pareil trait de férocité ait pu, même dans ces siècles barbares, être répété deux fois et à si peu d'intervalle.
Ce conte, qui se rattachait à des noms historiques, fut unanimement accepté comme l'expression de la vérité, malgré l'horreur d’un attentat sans exemple dans l’histoire des troubadours. Il faut convenir d’ailleurs que le mensonge date de loin, car Pétrarque le connaissait déjà et Boccace raconte l’aventure de Guillaume de Cabestany dans sa Qualrième journée. Malheureusement, l'auteur de cette fiction y avait mis un peu trop d'histoire ; d’où la facilité d’en démontrer l'entière fausseté. En effet, Guillaume, fils d'Arnaud de Cabestany, combattait encore contre les Maures en 1212 ; et, bien que la date et la cause de sa mort soient inconnues, ce ne fut pas le roi Alphonse, mort en 1196, qui put le venger. On sait d'autre part que Saurimonde vivait encore en 1210 et recevait à cette époque le fief de Peralada, dans la paroisse de Torrelles. Le biographe provençal raconte que Raymond de Castell-Rossello mourut dans les prisons du roi Alphonse, qui donna ses chäteaux et ses terres aux parents de Guillaume de Cabestany et à ceux de la dame qui était morte pour lui. Or, ce même Raymond vivait encore en 1205 et signait les paix et trêves du 2 octobre 1217, avec son fils qui lui succéda dans sa seigneurie et vivait encore en
Les poésies de Guillaume de Cabestany se trouvent au nombre de sept à la Bibliothèque nationale sous la cote 7698. Cinq d'entre elles ont élé imprimées dans le recueil de Raynouard.
Ravynouarb, Choir de poésies originales des troubadours. — MizzoT, Histoire lilléraire des troubadours. — Histoire littéraire de la France, t. XIV. — Hisloire de Languedoc, édition Privat, t. X. — Archives des Pyr.-Or.. Livre du Temple. — Publicateur de 1837, n° 5. — ALanT, Notices historiques sur les communes du Roussillon, 1" série.
CAGARRIGA (Bérenger de) fut un des témoins qui assistèrent à l’acte d'accord conclu entre Pons, comte d'Empories et Raymond, comte de Barcelone, en 1128. On retrouve ce même personnage présent en qualité de témoin à une convention passée entre les deux mêmes comtes, relative aux faits de Gerset et de Molins durant l’année 1130. À la même date, il assista, toujours comme témoin, à une donation consenlie par le comle Pons d'Empories en faveur de Godefroi, comte de Roussillon, d’une de ses propriétés, s'il venait à décéder sans postérité. |
Archives de la famille.
CAGARRIGA (Guiilaume de) fut présent à l’as-
semblée convoquée le 15 avril 1134, par saint Ola-
guer, archevêque de Taragone et Raymond, comte de Barcelone, dans le but de promulguer une trêve. Il signa le procès-verbal de la convention en même temps que le comte d'Urgel, Bernard de Belloch. Bérenger de Palazols. Arbert de Castellnou, et Bertrand de Montesquieu ; tous ces chevaliers sont qualifiés, dans cet acte, du titre de magnats du pays. En 1137. Guillaume de Çagarriga assista à une convention passée entre Raymond, le comte de Barcelone el Pierre, fils de Hugues, comte d'Empories.
Archives historiques de l'ordre royal de la Merci, Barcelone, 1726.
CAGARRIGA (Raymond de), fondateur de l'ordre militaire de Calatrava, était abbé du monastère cistercien de Sainte-Marie de Fitero, en 1158. Ilobtint de Sanche IIL roi de Castille, l'agrément de défendre la ville et le château de Calatrava qui étaient sans défense ct en danger de tomber entre les mains des Maures, depuis que les chevaliers du Temple en avaient fait la remise au souverain. Il fut appuyé dans sa demande par Diego Velasquez, moine de son couvent, qui avait du crédit à la cour. Jean, archevôque de Tolède et ami personnel de Raymond de Çagarriga fit exciter le peuple, dans les prédicalions, à courir au secours de la ville de Calatrava. L'abbé de Fitero, Velasquez, leurs moines et plusieurs personnes de bonne volonté se renfermèrent dans la cité. La plupart de ceux qui étaient venus combattre sous le commandement de Raymond de Çagarriga entrèrent dans l’ordre de Citcaux sous un habit plus militaire que monastique: ils furent les premiers membres de l’ordre chevaleresque de Calatrava.
PF. NX. DE GaRMA, Adarga calalana.
CAGARRIGA (Raymond de) prit part à la conquête des royaumes de Majorque et de Valence sous Jacques le Conquérant 1229-1237). Le 9 mars 1228, il avait assisté à la cérémonie de prestation de fidélité et hommage que Dalmace, vicomte de Rocaberti, fit à Hugues, comte d'Empories. Raymond de Çagarrira mourut dans les guerres de Grenade.
Archives de la famille.
CAGARRIGA (Dalmace de) reçut, le 5 juin 1281, de Pons-Hugues, comte d'Empories, inféodation des justices civiles et criminelles dans le fief de Garriga. Dalmace laissa un fils, Raymond et une fille qui épousa un de Fortia. De ce mariage naquit Bérenger de Fortia qui, en 1344, sc dit héritier de son aïeul et de son oncle dans la seigneurie de Garriga.
Archives de la famille.
ÇCAGARRIGA (Arnald de), sous-viguier de Val-
lespir, en 1318, sous le règne de Sanche de Majorque.
était en 1330, bailli de la Rocha, alors importante châtellenie.
Archives des Pyr.-Or., B. 23, 24.
CAGARRIGA (Arnaud-Guillaume de) était
bailli d'Argelès en 1351. À ce titre il délivra quittan-
ces des droits de vérification payés aux commissaires du roi d'Aragon qui avaient enquêté contre les officiers royaux en exercice dans la vigucrie du Roussillon et Vallespir.
Archives des Prr.-Or., B. 106.
CAGARRIGA (Raymond de), fils de François ct de Guillemette, épousa, le 8 février 1318, Elissende de Villarich. H était, en 1325, châtelain de Montferrer dont la propriété appartenail au puissant vicomte Dalmace de Castellnou, chef des nobles roussillonnais opposés à la régence de Philippe de Majorque. Celui-ci lui avait enjoint de venir reconnaître ses fiefs dans la ville de Thuir, pour lui prêter foi et hommage ; mais Dalinace deimeurait introuvable. Le régent chargea un officier de lui notifier une assignation. L'agent roval se présenta au château de Montferrer pour remplir sa mission ; mais Raymond de Çagarriga lui en défendit l'entrée et déclara que Dalmacc de Castellnou n'étant pas dans le château, il se refusait à accueillir toute notification. Comme le courrier se disposait à déposer les lettres à la poste du château, Rayinond de Çagarriga l'en empêcha en employant des menaces. L'envové royal dut se retirer sans avoir rempli sa mission. Raymond de Çagarriga fil son testament Le 22 septembre 1340. De son épouse Elissende il eut deux fils et cinq filles : François, son héritier universel, et Bernard ; Cécile, mariée à Raymond de Palau, Guillemette, Esclarmonde, Marquesia et Garsendis.
\rchives des Pyr.-0Or., B. 77. — Archives de la famille.
CAGARRIGA (François de), fils ainé et héritier universel de Raymond et d'Elissende de Villarich, se distingua par sa valeur sous le règne d'Alphonse JET. Devenu conseiller de Pierre TFF, il servit ce prince durant tout le cours de son règne. Isignala sa valeur contre les Français et contre le roi Jacques de Majorque avec lequel ils s'étaient coalisés, puis les cmpécha de pénétrer en Roussillon et en Cerdagne. [fut nommé gouverneur de Majorque et acquit par voie d'achat, le 11 avril 1352, le château de Pontons, de son propriétaire Bernard de Pontons. Il était viguier du Roussillon et Vallespir en 1360 ; le8 avril de cette méme année il obtenait du garde du sceau royal, la somme de cent livres à raison de sa charge. Quelques mois plus tard, il recevait concession de la chätellenie d'Opol. En 1363, il garda dans cette forleresse les ôtages qu'Henri de Transtamare avait
CAGARRIGA
donnés à Pierre IV comme gage de son alliance avec Pierre-le-Cruel, roi de Castille. Chargé d’une négociation auprès des grands du royaume en 1370, il fut de nouveau, en 1375, mis à la Lête de l’île de Majorque. Il prit sa retraite à un âge très avancé ; il vivait encore en 1401. Il avait épousé Claire qui lui donna trois enfants : Raymond, François et Pierre.
Archives des Pyr.-Or.. B. 115, 121, 133. — Fuuirx DE LA PEXŸA, Anales de Calaluña. — Puicxau, Rubriques NHIL — BruEL, Etude archéologique sur le chäteau d'Opol.
CAGARRIGA (Bernard de), fils cadet de Raymond de Çagarriga, châtelain de Montferrer et d’Elissende de Villarich, fut de bonne heure attaché à la cour du roi d'Aragon. Le 9 février 1357, d'accord avec son frère François, il concéda en franc-alleu à son beau-frère Raymond de Palau les métairies, censives et seigwneuries qu'ils possédaient sur les paroisses Sainte-Cécile de Terrades, Saint-Laurent-de-la- Muga et Cabanills. En 1372, il était majordome de Jean, comte d'Empories ; le 4 mai de cette année-là, il donnait commission à deux valets de chambre de ce seigneur pour recouvrer de la communauté séculière de Canet un cens au capital de cent mille sols ct de mille sols en pension que son frère François lui avait cédé. Dix ans plus tard, il devint majordome de la reine Sibille, épouse de Pierre IV. Il signa, comme témoin, un acte de concession de faveurs accordées par ce monarque au chapitre de Lérida, 1 avait sccondé de toutes ses forces ce prince dans l'occupation du royaume de Sardaigne. Il fut désigné par Pierre-le-Cérémonieux.avecl'Infant Jean et Jean Lull, comme commissaire chargé de vendre et aliéner divers domaines de la couronne, afin de payer les intérêts des sommes empruntées pour restaurer ce royaume.
Archives des Pyr.-Or., B. 142. — Puicxau, Rubriques X. — FLonez, España sagrada, XLVIE,
CAGARRIGA (François de), fils de Bernard et de Catherine était. en 1373, échanson du roi d’Aragon. Devenu par la suite consciller ct « uxer » d'armes de Pierre-le-Cérémonieux, il épousa cn 1380, Huguette de Perapertuse qui lui apporta en dat le château et la seigneurie de Corbère. Le roi Jean EF‘ lui vendit successivement, le # septembre 1391, la paroisse de Casefabre avec la juridiction civile el criminelle, pour le prix de six mille sols barcelonais et celle de Saint-Michel de Llotes, pour la somme de quatre mille sols barcelonais. F fut chargé, en 1395, de la garde du chäteau et de la ville de Céret. Le roi Martin Le jeune l’appela comme son conseiller à la cour de Sicile. mais il ne tarda pas à Ctre rappelé par le père de celui-ci qui régnait sur le trône d'Aragon et qui lui confia le commandement du château royal de Perpignan (1397) en remplacement de Jaspert de
GCAGARRIGA
Trégura, décédé. Au mois de juin 1396, il avait assisté au Parlement convoqué à Barcelone par la reine Marie pour aviser aux moyens de défense du pays contre les troupes du comte d’'Armagnac. Plus tard, le roi Martinl’envoya de nouveau en Sicile en lui confiant le poste de gouverneur du château de Cagliari. Sa charge de châtelain du château de Perpignan fut donnée à Bernard d’Oms, son beau-fils, qui avait épousé sa fille Marguerite : son épouse Huguctte administra la seigneurie de Corbère jusqu’à sa mort survenue en 1420.
Archives des Pyr.-Or., B. 147, 153, 163, 190, 192, 207. — Archives de la famille.
CAGARRIGA (François de) recucillit, en 1375, à la châtellenie d'Opol la succession de son père François qui venait d'être nommé gouverneur de Majorque. Il se montra digne de la confiance du roi d'Aragon, et, lorsque Île comte d'Empories menaça le Roussillon, il mit ce château sur un pied de guerre formidable. L'armée de ce rebelle. levée en France, évita les passages du nord des Corbières qu’elle savait bien défendus et pénétra dans la plaine du Roussillon par la vallée de l'Agly, mais elle fut battue et prise avant qu'elle eut causé de grands dommages. François succéda à son père dans le gouvernement de Majorque. Il en était gouverneur intérimaire en 1383. Devenu titulaire de cette charge le 17 septembre 1384, il fut confirmé dans son emploi par l’Infant Jean. héritier présomptif de la couronne, le 1° décembre de cette même année. Il était sous-viguier de Barcelone et de l'Urgell en 1393, lorsqu'il fut envoyé en députalion auprès de la reine Sibille, veuve de Pierre [IT Il arriva en Sicile. en 1394, avec des gens à sa solde, pour soutenir Île roi Martin d'Aragon contre les partisans du baron de Chiaramonte. Par sa valeur et sa prudence, il le porta à Jaire la paix avec eux, de sorte que, lorsque le roi alla prendre possession, en 1395, de la couronne d'Aragon, il laissa François de Çagarriga comme conseiller auprès de l’Infant. C’est ce qui lui valut. en récompense, outre de nombreux et riches présents, le fief de Sortino au Val de Noto. Il passa ensuite avec Île roi dans l'ile de Sardaigne qui s'était révollée et servit avec valeur jusqu'à ce que les troubles fussent apaisés. Après avoir été chargé d'une mission délicate à Avignon auprès de Benoît XIIT. en 1400, il fut nommé gouverneur de Sardaigne, l'année suivante. Il fut remplacé en 1404 par Hugucs de Rosanès. Le fief de Sortino fut assigné en dot par François de Cagarriga à sa fille unique Eulalie, épouse de Sanche de Hérédia. Celle-ci n'eut point d'enfants, et un procès fut engagé entre Sanche et Jean de Çagarriga qui réclamait cette terre. Une transaction eut lieu el le fief fut vendu à Gui Gaë-
tano, duquel descendent les marquis de Sortino et les princes de Cassero.
BruEL, Etude archéologique sur le château d’Opol. — Feux DE LA PENA, Anales de Cataluña. — Archives de la famille.
ÇCAGARRIGA (Raymond de), fils cadet de François, gouverneur de Majorque, et de Claire, scigneur de Pontos, Crexell, Baraça devint en 1387, vice-gouverneur des comtés de Roussillon et Cerdagne placés sous le commandement de Gilabert de Cruilles. Dès l’année 1388, Raymond de Çagarriga donnait avis au roi d'Aragon Jean [° des préparatifs de gucrre que faisait le comte d'Armagnac, en vue de sa prochaine occupation du Roussillon. Il repoussa, non sans de grands dangers. cet envahisseur, dans les tentatives réitérées qu'il fit pour pénétrer dans le comté. En 1397, il fut élevé à la dignité de gouvernour des comtés de Roussillon et Cerdagne. En 1401, il fut rémunéré par le roi Martin qui le gratifia des titres de conseiller et de chambellan de la reine Yolande. Le 2 août 1403, il écrivit aux châtclains de Roussillon une lettre pour qu'ils eussent à bien garder et à tenir en bon état les forteresses de la frontière, attendu qu’il avait reçu des nouvelles d’un rassemblement de compagnies françaises au château de Lordat. En 1405, il se rendit à Narbonne pour s'aboucher avec Le sénéchal de Carcassonne sur le fait des extraditions. De là, il vint aux Cortès qui s'ouvrirent à Perpignan le 30 septembre 1405. Il fut aussi du nombre des grands ou nobles qui assistèrent par ordre du roi, en qualité de conseiller, au chàteau de Perpignan et dans la salle dite de Majoricis, à l'allocution ou proposition faite aux Cortès par le roi Martin, le 26 janvier 1406. En 1409, il fut convoqué par le roi de Sicile ; il devait se rendre à sa cour avec les gens d'armes qu'il avait sous ses ordres. à la date du 15 mai, jour fixé pour la bataille qu'il allait livrer à l'ennemi. Deux ans après, il était en hostilité ouverte avec Jean de Vilamari, son cousin, qui avait surpris à main armée le château de Palau-Saverdera, situé à proximité de celui de Garriga, en Ampourdan. Les parents et amis de Ravymond se réunirent en armes au château de Garriga pour le défendre et le venger. Cette année-là encore, le gouverneur de Roussillon mit en état de défense ce comté menacé d'une nouvelle invasion par le comte d'Armagnac. En 1412, il repoussa les troupes du roi de France, Charles VI, commandées par le maréchal de Boucicaul qui s'avançaient pour soutenir les prétentions de la reine de Naples, fille de Jean [°, à la couronne d'Aragon, vacante par la mort du roi Martin. Il déplova le même zèle dans les circonstances délicates qui accompagnèrent l'élection de Ferdinand 1" à laquelle son frère Pierre, archevéque de Tarragone, prit une part active. Raymond de
Cagarriga fit encore un acte de vigueur en supprimant, en 1417, la lafurerie où les maisons de jeu à Perpignan. En 1420, le roi Alphonse V lui intima l'ordre de lever un impôt sur les sujets du Roussillon, à l'occasion du mariage de sa sœur l’'Infante Marie avec Jean TT, roi de Castille. Certaines villes el quelques bourgs refusèrent de verser leur quotepart aux commissaires Pierre Roure et Michel Jaume. Ceux-ci s'étant plaints au gouverneur du Roussillon, Ravmond de Cagarriga et son entourage négligèrent de donner suite à la réclamation, puis n’exercèrent aucune sanction sur Îles récalcitrants. Alphonse V fit des remontrances au gouverneur ; dans unc lettre qu'il lui adressa, il lui déclara qu'il était surpris ct indigné de la dissimulalion léméraire avec laquelle lui ct Jean Jou, son assesseur, avaient laissé la résistance impunie. Le gouverneur envoya sa démission au roi qui, l'ayant acceptée, nomma à la tête du comté de Roussillon, Raymond de Pérellos, gendre de Raymond de Cagarriga. Celui-ci assista aux corts qui furent célébrées à Barcelone. le 22 avril 1422 ; il vota Îles articles qui supprimèrent le privilège exclusif du débarcadère de Collioure et autorisèrent le débarquement des marchandises sur tous les points du littoral roussillonnais. Raymond de Çagar-riga avaitépousé Barthélemine, sa cousine-germaine, fille de Bernard de Çagarriga. Trois filles furent issues de cetle union : Eléonore qui épousa Guillaume de So, vicomte d'Evol ; Claire qui s'étant mariée à Raymond de Pérellos, eut pour dot la seigneurie de Garriga ; el Barthélemine qui, ayant uni ses destinées à Roger d'Alemany,apportaà celui-ci les châteaux de Pontos, Crexell, Borrassa et Romania, sous le pacte explicitement stipulé que ses enfants seralent tenus de prendre le nom et les armes de la famille de Gagarriga. De Roger d’'\emany et de Barthélemine de Çagarriga naquirent six enfants. Gaspard, l'aitné prit le noin et les armes de la mère et continua la lignée de la maison de Çagarriga. Archives des Pyr.-Or.. B. 174, 185, 199, 217, 2IS. 232, 253 —
Archives de la fanille. — DESPLANQUE, Les Infiimes dans l'ancien droil roussillonnais.
CAGARRIGA (Pierre de) était frère des deux précédents. En embrassant l'état ecclésiastique, il se pourvut du double diplôme de licencié en droit civil ct canonique. Il obtint successivement deux canonicats, lun dans l’église d'Elne et le second dans l’église de Maillorque. Lorsque Pierre de Luna fut élu pape sous le nom de Benoît XII, Pierre de Çagarriga était litulaire de l'archidiaconé de Venasque, dans le diocèse de Lérida. Le nouveau pontife attacha le jeune archidiacre à sa cour, comme camérier.
A peine fixé dans le palais d'Avignon, Benoît XII envoya des lettres apostoliques à François Clément,
CAGARRIGA
chanoine de Barcelone, pour l’investir du titre d’administrateur-général des dignités et bénéfices ecclésiastiques qu'il possédait, lorsqu'il portait le titre de cardinal de Sainte-Marie-en-Cosmedin. Il le chargeait, en même temps, de recueillir toutes les sommes appartenant à la Chambre apostolique. Pour le seconder dans cette lourde charge, François Clément s'adjoignit comme substitut l’archidiacre de Venasque.
Pierre de ÇCagarriga défendit dès lors avec ardeur la cause de son maître. Il mit au service du parti de Pierre de Luna un zèle actif et désintéressé. [Il lui prèta l'appui de sa personne, le concours de son influence et de sa fortune, avec une persévérance et une fidélité qui ne se démentirent jamais.
ILentra ostensiblement en scène au mois de décembre 1398. Un concile réuni à Paris, au mois de mai précédent, avait décrété le retrait d'obédience au pape d'Avignon, et les cardinaux avaient supplié le maréchal de Boucicaut de leur prêter main-forte contre Pierre de Luna. Sur les ordres de Charles VIF, Boucicaut vint assiéger Avignon où Benoît XIII se tenait bloqué avec trois cents Aragonais que com-. mandait son propre neveu, Rodrigue de Luna.
Voyant le pape dans cette extrémité, Pierre de Cagarriga n'hésita pas un instant à voler à son secours. Il équipa à ses frais une flotille et, du 9 décembre 1398 au 2 janvier suivant, reçut à Collioure les engagements de plusieurs chevaliers catalans. Parmi eux, il convient de citer François de Pau, Raymond de Stlanvbos, Ferrer de Sant-Marti, Bernard de Vilacorba, Picrre d'Ortafa qui partirent en guerre avec un certain nombre de leurs hommes d'armes. Jean de Rivesaltes, sacristain de l'église Saint-Jean de Perpignan, et frère Arnald, abbé de Saint-Jean-des-Abadesses, firent aussi partie de l’expédilion. Cette flotille débarqua aux Bouches-du- Rhône au mois de. janvier 1399 et suivit la double rive jusqu'à Fourques. Le sénéchal de Beaucaire réunit ses forces el fondit en vain sur les Catalans. Après quatre mois de luttes et d'efforts, sur un comimandement reçu du roi de France, Boucicaut leva le siège pour faire simple garde autour du château. Dans la nuit du 12 mars 1403. Pierre de Luna s'’échappa du palais d'Avignon par une brèche pratiquée aux murs de Notre Dame des Doms et parvint sans obstacles jusqu'à Château-Renard, sous la garde du chevalier François de Pau. Il erra pendant quelque temps en Provence, passa successivement à Carpentras. Marseille et Tarascon, cherchant à se procurer l'auréole qui s'attache aux grands fugitifs.
C'est de Tarascon que Benoît XIII lança. le 3 décembre 1403, la bulle nommant Pierre de Çagarriga à l'évêché de Lérida. L'historien Villanueva affirme avoir lu dans les archives capitulaires de Maillorque
CAGARRIGA
l'original de la lettre que l'évêque-élu écrivit au Chapitre de cette église pour lui faire connaître sa promotion à l’épiscopat. Les chanoines lui firent une réponse conçue en termes affectueux et flatteurs, au dire du même historien.
Pierre de Çagarriga prit possession de son siège, le 1° janvier 1404, par l'intermédiaire des deux procureurs : Bernard de Sos, citoyen de Barcelone, et Bernard Mascadi, bachelier en droits. Il leur avait transmis ses pouvoirs dans une lettre qu'il leur avait expédiée de Tarascon, le 13 décembre précédent. Comme don de joyeux avènement, le duc d'Orléans, qui défendait alors le parti de Benoît XIII, remit ce jour-là au nouvel évêque de Lérida six tasses d’argent.
Il fut toujours éloigné de son diocèse. L'administration ecclésiastique fut laissée entre les mains de son vicaire-général Jean Anglade, archidiacre de Tarrantona. Quant à lui, il prenait une part active aux négociations qui se poursuivaient péniblement entre les antipapes dans le but de mettre fin au déplorable schisme d'Occident.
De l’abbaye de Saint-Victor de Marseille où il avait fixé sa résidence, Benoît XIII s'occupa, dès le mois mai 1404. de frayer le chemin à quatre légats qu'il désirait envoyer à Rome, auprès de Boniface IX, son rival. Ces quatre plénipotentiaires étaient avec Pierre de Çagarriga, Pierre Raval, évêque de Saint- Pons. Antoine. abbé de Saint-Facond-de-Sahagun. et Bertrand Raoul, procureur de l'ordre des Frères- Mineurs.
Le 16 août 1404, Boniface IX accorda un sauf-conduit à l’ainbassade et à son escorte composée de saixante cavaliers et de vingt hommes de pied, sous la conduite du chevalier François de Pau. Ce cortège arriva à Pérouse le 12 septembre, et PPDA TE le lendemain pour Rome.
L'accueil que Boniface IX lui fit ne laissa rien à désirer. Deux évêques s’avancèrent hors des murs pour saluer, de la part du pontife de Rome, les envoyés de Benoît XEIIT. IT fut convenu qu'une audience serait accordée à ces derniers, le 22 septembre suivant.
Durant l'entrevue, Picrre de Çagarriga mit en avant, comme excellent moyen de terminer le schisme, la solution suivante : un projet de rencontre entre les deux papes. Boniface IX fit attendre huit jours la réponse à cette proposition.
Le 29 septembre, il ne parla que pour objecter le mauvais état de sa santé, qui ne lui permettait aucun déplacement.
Pierre de Gagarriga et ses collègues eurent beau insister et prier Boniface IX de proposer un expédient lui-même, il demeura inflexible, se refusant d'entrer en pourparlers avec un compétiteur qu'il
jugeait à peine digne du pardon. La conférence se clôtura péniblement, sur un échange de paroles aigres. Boniface IX enjoignit même aux mandataires de Pierre de Luna de partir sans retard. Mais un coup de théâtre ne tarda pas à se produire : la mort subite de Boniface, survenue deux jours après l’audience.
L'évêque de Lérida avait demandé aux cardinaux un asile sûr pour lui et ses compagnons, lorsque dans l'après-midi du 1” octobre, Antonello Tomacelli, parent du pape défunt et châtelain du fort Saint-Ange, trouva bon de s'emparer de Icurs personnes. Le Sacré-Collège, qui déplorait ce fâcheux incident, envoya des délégués au châtelain pour obtenir l'élargissement des détenus.
Mais Tomacelli, qui entendait tirer profit de l’aventure, réclama aux ambassadeurs le payement d’une rançon de dix mille florins d'or; après de longs marchandages, il consentit à la réduire de moitié. Avancée par les Florentins, la somme fut dans la suite remboursée par Benoît XIIT.
Pour se procurer les fonds nécessaires à l’amortissement de cette dette, Picrre de Luna lança une bulle aux fidèles de son obédience, le 13 janvier 1405. Elle partit de Nice et prescrivit à Aymery, abbé de Saint- Sernin de Toulouse, d'aller solliciter auprès des clercs et des laïques de Languedoc des prêts hypothéqués sur les collectes des provinces de Narbonne, Toulouse et Auch, ainsi que des diocèses de Rodez et du Puy. A la date du 9 mai 1405 le payement de la rançon était effectué.
L'emprisonnement de Pierre de Çagarriga ct des autres envoyés du pape d'Avignon n'avait duré qu'une dizaine de jours. Le 12 octobre, les ambassadeurs avaient recouvré leur liberté, quand neuf cardinaux rassemblés près de Saint-Pierre, dans la maison de l’archiprêtre, mandèrent auprès d'eux les évêques de Lérida et de Saint-Pons. Ceux-ci représentèrent aux cardinaux romains, de la part de leur chef, les maux qui résulteraient de la prolongation du schisme, et les conjurèrent, en conséquence, de ne point donner un successeur à Boniface IX. Îls ajoutèrent que Benoît XITI était disposé à accepter une discussion contradictoire entre les deux parties pour aboutir à la découverte de la vérité.
Pierre de Çagarriga cet les autres mandataires de Pierre de Luna quittèrent Rome après l'audience du 12 octobre, sous la protection d'une escorte fournie par le Sacré-Collège, et cherchérent un asile dans le chàleau de Soriano, tandis que les cardinaux, sans se soucier des ouvertures des évêques de Lérida et de Saint-Pons, se décidaient à entrer en conclave. Ils attendirent sept jours la réponse des princes de l'Eglise. La nouvelle qui leur parvint fut celle de l'élection d’un nouveau pape, Innocent VIL. L'am-
bassade de Benoît XIIT se retira alors à Florence.
Au lendemain de son élévation au souverain pontificat, Innocent VII fit écrire aux nonces du pape d'Avignon pour les inviter à revenir à Rome. Sa conviction était que l'entente finirait par s'établir entre les deux partis. Il promettait de leur donner un sauf-conduit. Mais lorsque ceux-ci se présentèrent, le nouveau pontife avait changé d'avis. Il refusa de le leur délivrer.
Dès le 22 novembre, Pierre de Çagarriga et Pierre Ravat avaient fait renouveler leurs pouvoirs par le pape d'Avignon. Sur ces entrefaites, Innocent VII convoquait un concile à Rome le 1° novembre 1405 et retardait jusqu'à cette date toute résolution. En présence de cette détermination, les évêques de Lérida et de Saint-Pons ne crurent mieux faire que de rentrer auprès de leur maître.
Leur retour fournit à Benoît XIII l’occasion de lancer une bulle qu'il écrivit de Nice, le 11 avril 1405. IL y flétrissait la perfidie des Romains et l’obstination de son rival. Quelques jours après, il quittait Avignon et partait pour l'Italie, dans le but de se rapprocher d'Innocent VIT et de tenter une suprême entrevue avec lui. |
Mais Rome était alors déchirée par les luttes des factions et le pontife de la Ville Eternelle ne tarda pas à descendre dans la tombe (6 mars 1406). Le peuple cherchant un chef pour défendre la cité, demandait à cor et à cris un successeur au pape défunt. Un vieillard de soixante-dix ans, Ange Correr, patriarche de Constantinople, fut élu sous le nom de Grégoire XII.
Ce dernier désirait ardemment l'union. Il écrivit à Benoît XIII, au roi de France, aux princes et aux universités, des lettres pressantes pour arriver à cette fin. Un moment on crut la paix venue.
Pierre de Luna qui se trouvait à Marseille lut les lettres de Grégoire XIT à sa cour pontificale, et ajouta qu'il était de l'intérêt de tous de se hâter. Il accueillit même avec des marques de bienveillance les neveux du nouveau pape de Rome, et d’un commun accord il fut décidé que les deux pontifes se rendraient à Savone pour se concerter.
On était au 21 avril 1407 et, depuis huit jours, Benoît XIII avait élevé Pierre de ÇCagarriga sur le siège métropolitain de Tarragone.
Quoique chargé de gouverner un vaste archidiocèse, Pierre de Çagarriga n’en continua pas moins d'occuper auprès du pape d'Avignon son poste de confiance et de remplir des missions de la plus haute importance. Il prit possession de son nouveau siège au mois de juillet 1407. Dès le 23 août de cette même année. il recevait de Benoît XIII l’ordre de se rendre à Savone, en compagnie de Pierre du Pont, doyen de Saint-Michel de Castelnaudary. Sa mission était de
préparer les voies de Pierre de Luna et d’y recevoir le serment des habitants. Un mois plus tard, le pape d'Avignon, fidèle au rendez-vous, faisait son entrée à Savone. |} ÿ attendit vainement la venue de Grégoire XII.
Loin de se froisser de l'étrange attitude de son rival, Benoît XIII continua de marcher dans la voie des négociations où il s'était engagé. Il fit proposer à Grégoire XII de gagner Pietrasancta ; lui-même irait à Porto-Venere, moyennant quoi il le tiendrait quitte de son manquement à la parole donnée. A cet effet. il publia une bulle, le 10 novembre 1407, dans laquelle il nommait sept ambassadeurs qui devaient s'aboucher avec le pape de Rome et statuer sur le différend qui les divisait. Pierre de Cagarriga était compris dans le nombre de ces messagers. Les sent envoyés d'Avignon furent reçus à Pise. le 24 novembre, dans la cathédrale de cette ville, en présence de Grégoire XII et de douze cardinaux et d’une grande affluence de peuple.
Sans attendre l'issue de l’entrevue, Benoît XIII avait quitté Savone, vers la fin du mois de décembre, escorté d’une flotille de six galères. Il arriva en cet équipage à Porto-Venere le 3 janvier 1408. De son côté, Grégoire XII, au lieu de se rendre à Pietrasancta s'arrêtait à Lucques, le 28 du même mois. Pierre de Çagarriga vint l'y trouver quelques jours après, de concert avec six autres ambassadeurs. Après force pourparlers. il fut conclu que les deux prétendants à la tiare se rencontreraient à une distance de cinq lieues l’un de l’autre : Grégoire viendrait à Pise et Benoît à Livourne.
Au moment de se séparer, Pierre de Cagarriga souleva des difficultés sur le choix de la ville de Livourne qui appartenait ainsi que Pise à l'obédience de Grégoire. Il fut énergiquement appuyé dans ses dires par Jean d’Armagnac, archevêque de Rouen, un des sept messagers de Pierre de Luna.
Dans une réunion qui fut tenue le 3 mars suivant, on s'était arrêté à une antre combinaison : on désignait, comme points de rencontre, Carrare à Grégoire et Avenza à Benoit. Mais le 19 mars Grégoire XIT repoussa à son tour la proposition. L'ambassade d'Avignon s'éloigna alors de Lucques en faisant entendre une protestation contre le parti-pris. manifeste de la cour de Rome de faire échouer toute tentative d'union.
Les nonces de Benoît XIII étaient de retour le 21 mars à Porto-Vencre. auprès de lcur maître. Celuici demeura fidèle à sa tactique, avec un opiniâtre esprit de suite. Il décida de reprendre les négociations et sollicita de Grégoire XIE, le 29 mars, un saufconduit pour Jean d'Armagnac et Pierre de Cagarriga, accompagnés, comme d'habitude, de cent cavaliers et de vingt hommes de pied. Le pape de
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Rome ne l’accorda qu'avec répugnance et prononça mème ces paroles : « À quoi bon ce nouveau déplacement, du moment que Pierre de Luna peut s'entendre à Porto-Venere avec nos propres ambassadeurs. munis de pleins pouvoirs pour traiter? Cet archevèque de Rouen et cet archevèque de Tarragone n'ont fait, quand ils sont venus, que rompre l'accord près de se conclure. Tout cela ne sert qu'à retarder l'union. »
Quelques cardinaux de l'obédiencee de Grégoire XIT. réunis à Pise. adressérent une lettre à Benoît XIH pour le solliciter de se rendre à Livourne. Le 20 mai 1408. Pierre de Luna envoya dans celte ville trois familiers qui devaient préparer sa prochaine arrivée. Quatre cardinaux et quatre autres personnages, confidents intimes de Pierre de Luna, au nombre desquels figurait Pierre de Çagarriga se mirent en route à leur suite. Mais sur le refns catégorique des habitants de Florence — ville alors soumise à la domination française — de donner un sauf-conduit, Benoïît XITT renonça à son vovage à Livourne.
Le bruit courait qu'on se disposait à la cour du roi de France à prendre des mesures contre le pape d'Avignon. Ces rumeurs affolèrent les partisans de Benoît XIII : Pierre de Cagarriga et ses compagnons se relirèrent précipitamment de Livourne dans la matinée du 11 juin.
On conseilla à Pierre de Luna de s'abriter en un licu sûr : son départ pour Perpignan fut arrêté.
Afin de ne pas paraître rompre toute négociation, Benoît XIII laissa derrière lui une commission représentative de plénipotentiaires, au sein de laquelle siégeait Pierre de Çagarriga. Par une encyclique, datée du 15 juin, il annonça à l'univers la convocation, pour la Toussaint prochaine. d'un concile général qui se devait se tenir dans l’église de la Réal, à Perpignan. Le 1° juillet 1407, il abordaiïit avec sa cour à Port-Vendres.
De leur côté, les cardinaux des deux obédiences, assemblés à Pise, décidèrent de réunir un concile dans cette ville, le 25 mars 1409. Grégoire XIL à son tour, appelait ses adhérents à un concile qui allait se célébrer dans une ville du nord de l'Htalie. Udine.
Le 15 novembre 1408. Benoît XIIT ouvrit solennel-
lement le concile dans l’église de la Réal. Pierre de
Cagarriga prit part aux délibérations de cette imposante assemblée de dignitaires ecclésiastiques où parurent quatre cardinaux. trois patriarches, huit archevêques, trente-trois évèques et plus de quatrevingts abbés ou chefs d'ordre. La plupart des Pères du concile s'étaient déjà retirés de Perpignan, dès le mois de janvier 1409, laissant le soin de rédiger une adresse à une commission composée de cardinaux et de prélats.
Formulée le 1” janvier, cette adresse conscillait à
Benoît XITT d'envoyer simultanément à Grégoire XII et aux cardinaux de Pise des ambassadeurs chargés de traiter du lieu, de l’époque et des conditions d’une abdication respective des divers papes.
Benoît XIII fit attendre douze jours sa réponse. Il déclara enfin vouloir suivre l'avis du concile, et désigna sept légats qui devaient se rendre à Pise, porteurs de ses instructions. Deux d'entre ces personnages atliraient plus particulièrement l'attention. C'étaient l'archevêque de Tarragone et Boniface Ferrier, général des Chartreux ct frère de saint Vincent Ferrier,
Mais le pape d'Avignon s’évertuait à faire trainer les choses en longueur. Les premiers jours du mois de mai seulement. il faisait partir pour Pise presque toute son ambassade par la voie de terre, qui était la plus longue. L'unique qui suivit la voie de mer fut Pierre de Gagarriga. L'archevêque de Tarragwone s'était embarqué le 22 mai 1400 avec la flotte du roi Martin d'Aragon, à destination de Pise.
L'ambassade de Benoît XHE conduite par Boniface Ferrier ne parvint à Pise que le 14 juin 1#19, après un vovauc hérissé de difficultés et de péripéties. Sa venue coïncida avec l’arrivée du roi Martin d'Aragon et de Picrre de Çagarriga.
Après avoir communiqué au concile leurs pouvoirs qui furent jugés peu étendus, les légats obtinrent pour le 14 juin un simulacre d'audience.
C'est entre deux haies d'une foule railleuse les saluant à coups de sifflets qu’ils arrivèrent non sans peine à l'église Saint-Martin où sc trouvaient réunis une douzaine de cardinaux. On leur donna lecture d'une sentence portée par les Pères du concile de Pise, le 5 juin précédent, par laquelle l'excommunication était lancée contre Benoît XTIT et Grégoire XIT. Lorsqu'ils s'intitulèrent les « légats du très-saint père Benoît », on se récria et on les traita « d'envorés d'hérétique ».
A la vue de si indignes procédés, ces pauvres ambassadeurs de Pierre de Luna songeaient à se retirer. Mais ils durent attendre que la foule amassée autour de l’église se fut un peu dissipée. [ls défilèrent ensuite à pied, protégés par la force publique, n’osant remonter à cheval dans la crainte d'offrir une cible commode aux projectiles des manifestants. Le lendemain, ils trompèrent la surveillance des Pères du concile et s'évadèrent sans dire adieu.
Durant leur court séjour à Pise, ni les cardinaux, ni leurs amis n'avaient osé ni leur parler, ni les reccevoir. Ce fut un Florentin avant des intérêts en Espagne qui leur offrit un asile.
La série de leurs tribulations n'était pas terminée. Quand ils voulurent s'aboucher avec Grégoire XIT. à Bologne, le gouverneur, Balthazar Cossa, leur fit dire qu’en guise de sauf-conduit, il les ferait brüler vifs,
s’il parvenait jamais à surprendre le cortège de leur ambassade.
Une fois rentré à la cour pontificale d'Avignon, Pierre de Çagarriga ne joua plus qu'un rôle effacé dans l’affaire du schisme d'Occident. Son intelligence et ses qualités diplomatiques eurent à se déployer sur un autre théâtre d'action. Jusqu'à sa mort, il demeura fidèle à l’obédience de Benoît XIII. Lorsque saint Vincent Ferrier et Alphonse V eurent abandonné le parti de Pierre de Luna, l'archevêque de Tarragone éleva encore la voix pour protester, dans une lettre pastorale écrite le 16 décembre 1416, contre les dires du concile de Constance, alléguant que Benoil XIII n'avait plus de partisans. Pierre de Çagarriga cut encore le courage d'écrire que « jamais il n'avait fait soustraction d’obédience à Benoît XIII ».
Pendant que des divisions intestines désolaient l'Eglise, le désarroi régnait à la cour d'Aragon. La mort du roi Martin, survenue en 1410, laissait la succession au trône vacante, faute d’héritier direct.
Le Parlement décida, le 16 février 1412, de réunir les Etats des trois royaumes de Catalogne, Aragon et Valence, et de choisir parmi eux un certain conseil d'hommes probes et doctes, aux mains desquels on remettait le sort de la cause dynastique.
Neuf juges furent ainsi désignés à cet effet. Pierre de Çagarriga et saint Vincent Ferrier firent partie de ce tribunal suprême qui tint ses assises à Caspe.
Le saint émit son vote le premier et porta sa voix sur Ferdinand de Castille, de concert avec cinq autres juges. Pierre de Cagarriga et les deux autres juges attribuèrent les droits à la couronne d'Aragon au comte d'Urgell. dernier descendant mâle des comtes de Barcelone. Le prestige du saint l'avait emporté sur le patriotisme de l'archevêque. Pierre de Cagarriga s inclina devant l'arrêt de la majorité des électeurs et signa, le premier des neuf juges, l'acte d'élection de Ferdinand de Castille au trône d'Aragon.
Lors de l'ouverture des Cortès en 1413, il prononça un discours remarquable dont le texte se conserve dans le fonds des archives de la Couronne d'Aragon, à Barcelone.
Ferdinand eut toujours l'archevèque de Tarragone en grande estime. Il le nomma son chancelier, et en récompense des services rendus, lui fit donation du château et de la ville d'Ager, le 1° novembre 1412. Il l'avait même désigné dans son testament comme futur conseiller de son fils, Alphonse V.
Les multiples affaires auxquelles il fut mêlé, n’empéchèrent point l’archevèque de Tarragone de travailler au bien spirituel et temporel de son archidiocèse. Ce prélat fit dresser diverses constitutions synodales tendant à la réforme du clergé: illes avait promulguées, en personne, dans le concile provincial qu'il célébra en 1410. Sous son épiscopat, le chapitre
de la cathédrale lança une ordonnance qui prescrivait de célébrer les octaves des fêtes de la Sainte Vierge avec grande solennité. Il était aussi mandé aux ecclésiastiques tenus à la récitation de l'office divin, d'ajouter aux versets et commémoraisons des vêpres et des laudes. l'Alleluia, depuis la solennité de Pâques jusqu'à celle de la Pentecôte.
Pierre de Çagarriga fit donation en faveur de sa cathédrale d'une épine de la couronne de Notre-Seigneur et d'un fragment de la frange du vêtement du Sauveur. Il avait concédé, à cette occasion, à son diocèse, la célébration d’une fête spéciale en l'honneur de cette précieuse relique. Ce jour-là, on bénissait, dans le parvis du temple saint, de l'eau qu'on distribuait aux fidèles. Le célébrant avait eu soin, au préalable, de la mettre en contact avec la frange de la robe de Jésus: on lui attribuait ainsi une vertu sainte. Il fit fabriquer un ostensoir d'argent doré d'un poids de 144 livres; on portait cette riche custode dans les processions de la Fête-Dieu. Il dota aussi le trésor de la cathédrale d'une statue en argent représentant sainte Thècle, patronne de l’église métropolitaine. Enfin il fit commencer le retable majeur en marbre de cette même église qui ne fut achevé que sous le pontificat de son successeur immédiat.
Pierre de Çagarriga mourut à Barcelone, avec la réputation d'un saint, le 31 décembre 1418. Son corps fut trouvé encore intact, sept ans après le décès. Il fut transféré en 1425 dans l’église de Tarragone, et enseveli au parvis du cloître de la cathédrale, sous le seuil de l’entrée principale de l'église. Le cercueil fut recouvert d’une plaque en bronze sur laquelle on grava l'épitaphe suivante : Hic jacel reverendissimus in Christo Pater et Dominus Petrus de Çagarriga (sic) bone memorie Archiep. Tarracon. qui obiit in civitate Barchinona. ullima die decembris anno a nativitate Domini MCCCCXVIIT, qui huic ecclesie mulla bona contulit, cujus anima requiescal in pace. Amen. Amen.
Archives des Pyr.-Or., B. 171. — ViLLaANUEVA. Viaje literario à las iglesias de España, t. XVNIE ct XX. — TonREs-AMAT, Diccionario critico de los escritores catalanes. — Noël Varois, La France et le grand schisme d'Occident. — P. EHRLÉ, Ans den acten des
Afterconeils von Perpignan. — Abbé J. CaPEILzE, Le Concile de la Itéal et Figures d'Evèques roussillonnais.
CAGARRIGA (François de) était le seul garçon issu du mariage de Raymond, gouverneur du Roussillon, avec Barthélemine. Il servit Alphonse V qui lui conféra la dignité d'échanson de l'Infant Jean : ce monarque lui avait aussi accordé la juridiction civile et criminelle sur divers lieux et châteaux de l'Ampourdan. François de Çagarriga descendit dans la tombe avant son père, et ainsi la maison de Çagarriga tomba en quenouille.
Archives de la famille.
CAGARRIGA (Gaspard de), fils aîné de Roger d'Alemany, de Belpuig de Biure, et de Barthélemine de Çagarriga, épousa, le 22 août 1447, Marguerite de Rocabruna, fille de Dalmau de Rocabruna. Il assista en qualité de damoiseau aux Cortès qui setinrent en Catalogne en 1454. Pendant les troubles qui agitèrent le règne de Jean Il, Gaspard de Çagarriga était lieutenant de ce prince. C'était le personnage sur lequel le monarque comptait le plus pour réduire les rebelles. En 1462, il vola à Gérone, au secours de la reine Jeanne, lors de l'irruption que les Français firent en Roussillon, pendant que le prince de Mélite était vice-roi de Catalogne. Il fut atteint à la tête d'un trait de baliste lancé par des soldats qui voulaient forcer l'entrée de l’église collégiale de Saint-Félix de Gérone. Le 26 juin 1462, il fit son testament à Gérone où il mourut. Il laissa cinq enfants : Raymond, l'aîné, son hérilier universel. Bernard, seigneur de Pollestres, qui épousa Clémence de Fontcouverte, Raphaëlle mariée à Gonzalve de Banvyuls, Raymonde qui se maria à Jean-Pierre de Cruilles et Louïis-Gabriel qui alla se fixer au royaume de Naples.
Archives de la famille.
CAGARRIGA (Raymond de), fils de Gaspard et de Marguerite de Rocabruna, était seigneur de Pontos, Bages et Labastide. [lavait épousé Yolande Xammar dont elle eut un fils, Pierre-François. Resté veuf il convola en secondes noces, en 1493, et se maria à Catherine dez Volo, veuve de César d'Entici, napolitain au service de la France et capitaine de hallebardiers. Sa seconde épouse avait trois filles, dont une, Cécile, unit ses destinées à Pierre-François de Çagarriga. Durant l'occupation française du Roussillon, sa maison et ses titres de famille furent brülés. Il mourut en 1512, laissant, de sa seconde femme, quatre enfants : Suzanne, qui épousa en 1510 Jacques d’Alemany ct de Biure, son cousin au second degré; Gérard, seigneur de Bages et de Labastide, qui, s'étant marié en 1520 à Anne Paulet, mourut en 1329; Isabelle qui épousa successivement Benoît de Çarrocha et Jean d’Arce, commandant du Castillet de Perpignan ; et Bernardin. Raymond de Çagarriga fonda un bénéfice à l'autel de Notre-Dame de l'église de Labastide.
Archives des Prr.-Or., B.
la famille.