COMA
concile de Trente. Cette réforme liturgique eut son effet dans tout le diocèse, le samedi 26 novembre 1575, veille du premier dimanche de l'Avent, jour qui commence le cycle de l’année nouvelle pour l'Eglise catholique Evêque pieux, Pierre-Martyr Coma se trouvait toujours le premier à la célébration des offices divins, afin d’obliger les chanoines à la même ponctualité. [Il augmenta aussi leurs revenus. Pierre-Martyr Coma se préoccupa de l'instruction religieuse des fidèles de son diocèse. « Cet enseignement propagé par cet évêque, a écrit M. Desplanque, eut une forme assez originale, assez distincte de l’idée qu'on se fait du catéchisme pour qu'il vaille la peine d'être étudié. Il consistait en instructions ou lectures faites le dimanche à tous les paroiïissiens assemblés. Le type en fut fourni par le Directorium curalorum, dont un chapitre est consacré à la « Doctrina christiana » complété sur ce point par deux autres livres de Coma: la Doctrina chrisliana et le Colloqui entre dos germans de la doctrina christiana.
Après une allocution, sorte de préambule destiné à montrer la nécessité de connaître la religion pour arriver au salut, le curé lisait par fragments un bref résumé des devoirs du chrétien. Ils y étaient rangés sous six rubriques et exprimés en langue catalane, mélés de mots latins et ces six instructions étaient ainsi constituées : quid credendum, ou l'exposé des 12 articles du Credo, mis chacun sous le nom d'un des 12 apôtres ; quid observandum, c’est-à-dire les commandements de Dieu et de l'Eglise, qui. en Catalogne, n'étaient pas, comme cn France. rimés en vers exécrables, et les sept œuvres de miséricorde ; quid vilandum, et le texte énumérait les sept péchés capitaux, insistant sur la gula, la gourmandise ; quid linendum, et il s'appesantissait sur les peines de l'enfer, châtiments spirituels, châtiments corporels surtout où l’on décrit « la set irremediable », le « foch intol-lerable », les « pudors estremats » du séjour des damnés ; quid sperandum, pour convier les assistants aux joies du ciel ; quid orandum, ou comment prier Dieu, où l’on recommandait presque uniquement le Pater et l'Are, l'oraison universelle du pauvre comme du riche, dont l'union quinze fois répétée forme le mystique rosaire, couronne de roses tressée par le chrétien à la puissance divine. » Pierre-Martyr Coma avait publié déjà en 1555 la première édition de son Direclorium curalorum. C’est cette édition originale qu'il mit lui-même en vogue dans son diocèse. Six ans après sa mort, François Navarro, docteur en théologie ct lecteur à Saint-Jean de Perpignan, le réédita dans notre ville chez Sampso Arbus, sous la rubrique : Llibrel inlilulal Directorium curatorum, compost per lo illustre y
d’Elna, y ara en aquesla ultima impresa vist y regonegult per lo reverent Francesch Navarro, doctor en sacra theologia y leclor de la esglesia de San Joan de Perpinya, en Perpinya, en casa de Sampso Arbus, 1584, in-12. Venense en casa de la viuda Ymberta. D'autres éditions de cet ouvrage parurent : à Saragosse, en 1587, à Séville, en 1569, et à Valladolid en 1618. Pierre-Martyr Coma est aussi l’auteur d’un traité théologique sur les Sacrements ct d’un autre sur la Doctrina christiana.
Le 23 novembre 1571, le cardinal-légat, Michel- Bonaventure Aleyxandri, de l'ordre de Saint-Dominique et du titre de N.-D. de la Minerve, neveu du dernier pape Pie IV et à peine âgé d’une trentaine d'années, fut de passage à Perpignan. Ce prince de l'Eglise, qui se rendait de Rome à la cour de Philippe IT, fit son entrée solennelle dans la ville, escorté d’une douzaine d’évêques et au milieu des salves d'artillerie que tirèrent à la fois le Castillet et la Citadelle. Le 16 décembre suivant, le diocèse fut frappé d'interdit, comme l'avaient Cté ceux de la Catalogne, à cause du refus que faisaient les évêques de percevoir une taxe de vingt-cinq pour cent sur le revenu du clergé au profit et au nom du roi. Philippe IT l'avait obtenue du pape Grégoire XIIE Cet interdit fut levé le 29 janvier 1572. En 1576 fut célébré le jubilé accordé au diocèse. Le 31 mars 1577 Pierre-Martyr Coma lança l’excommunication contre Guillaume de Sinisterra, gouverneur du Roussillon, son assesseur et le procureur fiscal. L'interdit fut ensuite prononcé sur le diocèse et ce ne fut que le 28 septembre 1577 qu'il fut levé par François de Ribera, inquisiteur. Ces conflits avec le pouvoir civil portèrent atteinte à la santé de l’évêque d’Elne qui souffrait de douleurs néphrétiques. Trois processions furent célébrées à Perpignan. le 1° décembre 1577, pour obtenir la guérison de ce prélat. Une néphrite calculeuse lui donna la mort dans le couvent de son ordre à Perpignan, le 5 mars 1578. Son corps transporté à Elne fut enseveli au milieu de l'église.
Archives des Pyr.-Or., G. 239. — TonREes-AMaT, Diccionario de los escrilores catalanes. — Puiccarr, Calalogue biographique des évêques d'Elne. — Abbé TonnetLLes et E. DESPLANQUE, l'Enseignement élémentaire en Roussillon dans le XX XV{I° Bulletin de
la Sociélé Agricole, Scientifique et Lilléraire des Pyrénées-Orienlales.
COMA (Joseph) naquit à Perpignan, vers le milieu du xvir siècle. Reçu docteur en théologie dans l’Université de sa ville natale, il fut d’abord chanoine de la collégiale de la Réal, puis devint membre du chapitre de Saint-Jean. En 1687, Joseph Coma fut nommé recteur de l’Université de Perpignan. En 1721, Louis XV lui octroya le titre de vice-
reverendissim senyor don Fra Pere Martyr Coma, bisbe | chancelier de cette même compagnie. Cette année-là,
ses collègues, les chanoines, portèrent leurs voix sur lui et l’élurent vicaire-capitulaire du diocèse, privé de pasteur à la suite de la mort de l’évêque Flamenville. Antoine Boivin de Vaurouy, nommé au siège d’Elne, s'étant démis de son titre épiscopal avant d'être consacré, la vacance se prolongea jusqu’en 1726, date de la nomination de l’évêque Lanta. Le chanoine Coma remplit les fonctions de vicairecapitulaire durant l’espace de deux ans et demi, jusqu'au jour de sa mort survenue à Perpignan, le 20 juillet 1723. T1 fut enseveli le lendemain dans le caveau capitulaire creusé dans la chapelle des saintes Eulalie et Julie, patronnes du chapitre de la Cathédrale. Coma était, au moment de son décès, doyen de la faculté de théologie à l'Université de Perpignan.
Le zèle dont le chanoine Coma était animé envers le chapitre de Saint-Jean le détermina à faire des recherches longues, pénibles et laborieuses, dans le but d’en établir les droits et les privilèges. Ces matériaux historiques qu'il amassa lui servirent à écrire l'histoire des chapitres de la cathédrale d’Elne et de la collégiale de Saint-Jean de Perpignan. Ilfit suivre ce travail d’un abrégé biographique des évêques d'Elne. C’est un manuscrit de 500 pages, in-folio, écrit en catalan et déposé à la Bibliothèque municipale de Perpignan. Il a pour titre: Nolicies de la iglesia insigne collegiade de Sant-Joan de Perpinya. L'œuvre cest divisée en trois parties, de dimensions inégales. La première renferme treize chapitres consacrés : aux origines du diocèse, à la prétendue reconstitution de l’église de Notre-Dame dels Correchs par Charlemagne, en 813, à la fondation du chapitre de Saint-Jean en 1102, au règlement intérieur de cette collégiale. à ses revenus, à ses locaux, à la construction, dans l’église Saint-Jean, de la chapelle de Notre-Dame de la Mangrana et aux indulgences accordées à Saint-Jean le Vieux et à Saint-Jean le Neuf par les papes et différents évêques, et enfin à l'union des chapellenies de Saint-Jean à la mense épiscopale. La seconde partie de l'ouvrage ne contient que huit chapitres. Ils ont trait à l'administration intérieure de la collégiale, à ses offices (chapelain, prévôt, sacristain, moine, etc.). Il est plus difficile d'établir une classification logique pour la troisième partie du manuscrit qui se divise en seize chapitres. On y trouve successivement l'historique de l'institution des quatre syndics de la collégiale, le récit des luttes entre les évêques d’Elne et les consuls de Perpignan, des textes de statuts portés par divers prélats, de longs détails sur les péripéties qui accompagnèrent la construction de la cathédrale actuelle, des rensciunements biographiques sur les pontifes qui se succédérent sur le siège diocésain, des notes sur la chapelle du Dévot Crucifix, etc. Le chanoine Coma