VI INTRODUCTION
quelques-uns, reconstitué la généalogie. Mais la vie de ces personnages n'est-elle pas liée intimement à l’histoire de la province, histoire surtout intéressante à cette époque du Moyen Age où le Roussillon, tleuron détaché des couronnes de Majorque ou d'Aragon, participait directement à la politique de ces royaumes, recevait d'eux une impulsion très voisine et agissait en vue d’une sorte de communauté fedérale ? Ipoque mal connue, où les races avaient formé les frontières plus que les obstacles naturels du sol. Quelle fut l’existence de ces paladins, chanceliers, châtelains, isolés dans un pays abrupt, en rivalités permanentes, aussi jaloux d’autorité que fiers de leur indépendance ? Il faudrait le demander aux ruines de Montferrer, de Cabrenc, de Força-Real, Castelnou et Corbères, de Rodès, Paracols, Evol, Puigvalador, Saint-Martin ou Cuxa, de Tautavel ou Fenouillet et autres repères escarpés, témoins d’un passé d'une réelle puissance, ruines qui dénotent une organisation militaire qui fit ses preuves aux rives de Sardaigne, de Sicile et de Naples et dans les brillantes expéditions où la valeur catalane combattit et triompha.
M. l'abbé Capeille a ranimé ce monde disparu et nous l’a en partie dévoilé; il éclaire la vie des féodaux roussillonnais d’un éclatant rayon de lumière et de vérité ; il nous apprend ainsi l'Histoire par l'existence et la présence des hommes ; ilcite devant nous quiconque à occupé une charge, tenu un rang, participé à la vie publique par des services ou des talents, et dans une esquisse biographique produit les titres qui intéressent l’histoire générale ou locale. Dans cette époque trouble autant que troublée, tout détail prend alors son relief, tout renseignement devient précieux. Méthode speciale d’investigation et de recherche par laquelle ce bloc mystérieux du Roussillon aragonais ou espagnol a été profondément pénétré. Qui de nous, en parcourant les Biographies, n'a élé surpris de constater l'étendue de notre ignorance ?
Plus tard, après la réunion à la France, tout nous est mieux connu, mais l'intérêt faiblit : la province a cessé d’avoir son existence particulière ; le petit Roussillon, géographiquement français, a été absorbé par la grande France et sa vieille histoire finit. Certes, l'annexion de 1659 ne fut pas une conquête, mais une fusion, un retour à l'unité, à la communauté historiques. Et pourtant, de par la force des circonstances, il semble que notre pays ait alors vécu des jours de pénible transition. L'élément local écarté, éliminé, cède la place aux appétits des nouveaux venus. À la transformation politique succèdent la dispersion des individus, les mutations de fortunes, conséquences des sentences d’exil, de confiscations de biens des rebelles qualifiés ennemis du Roi, dont nos archives contiennent les nombreuses liasses (B. 394). Diminué dans son importance, satellite éloigné du centre administratif et des faveurs, le Roussillon végètera sous le beau soleil ; il verra se succéder une série d’intendants qui ne parlent plus sa langue, mais s'entendent fort bien à dresser les rôles de toutes sortes de capitations et de vingtièmes. Les Noailles, les Mailly remplaceront les gouverneurs de race roussillonnaise dont les descendants seront réduits à solliciter de modestes lieutenances à Versailles pour