INTRODUCTION VII
monter la garde aux grilles du château !. Il faudra la grande secousse de la Révolution, l'angoisse de l'invasion et de la vraie Patrie en danger pour relever l'intérêt historique.
Une nouvelle époque commence ; mais, dès lors du moins, l'Histoire est fixée, les documents abondent et nous les possédons. Après les travaux de Fervel, de Pierre Vidal, des abbés Torreilles et Capeille, il reste peu de choses à apprendre. Et c’est ainsi que l'indépendant Roussillon gagnera en liberté ce qu’il avait perdu en importance politique ; il a trouvé sa naturelle destinée ; il restera néanmoins si lointain qu’on a pu songer à le découvrir au fond des « Pyrénées inconnues » et il a fallu dans notre siècle toute l'intelligence et le dévouement des représentants élus pour le placer enfin dans une situation désormais enviée. |
Il en est de même au point de vue historique de tous les petits pays, de tous les anciens fiefs qui sont venus se souder au noyau français ; leur histoire locale, pittoresque par ses détails, se perd dans un ensemble en devenant l’histoire de la France. Mais l’histoire d’une petite province peut n'être faite réellement que de détails ; celle du Roussillon a cela, au contraire, de remarquable qu’elle touche aux événements les plus considérables : croisades, expéditions territoriales et méditerranéennes, luttes schismatiques, transformations de royaumes, invasions de frontières.
De ces événements effacés dans le recul du temps, M. l’abbé Capeille nous donne des visions successives ; par des témoins, il évoque des faits et les confirme. Le grand mérite de son travail est d'apporter des preuves, de fouiller partout dans des sillons inexplorés et d’y faire germer la curiosité et aussi la certitude. Le Dictionnaire n'est pas, dira-t-on, l’histoire du Roussillon ; il ne décrit pas, en effet, la série des événements, mais il identifie les hommes qui y ont participé. M. l’abbé Capeille a jalonné, déblayé une route que d’autres pourront élargir encore ; il a tracé la voie, placé des repères, groupé sur des noms, sur la vie des individus les faits dont l'Histoire se compose et qui permettent la reconstitution et le contrôle. Assurément, le Dictionnaire ne constitue pas l'Histoire dans la succession des siècles ; il donne seulement des coupures d’histoire ; mais, si un dictionnaire n’est pas le langage, il contient pourtant toute la langue.
Quand on a compulsé un si grand nombre de documents, on ne peut se flatter qu'aucune erreur ne se sera glissée dans le texte ; que les archives, en apparence authentiques, seront toutes immaculées. Un document, mème sur parchemin, peut être erronné. Il y a de fausses chartes comme de fausses tiares, et c’est surtout dans les vieilles choses que le doute est parfois permis. Mais M. l’abbé Capeille est un travailleur de bonne foi ; il a toujours indiqué les origines de ses renseignements et on peut les contrôler. Les communications particulières sont aussi garanties par leurs auteurs et je suis assuré de répondre aux intentions de M. l'abbé Capeille en adressant en son nom ses vifs remerciements ? à tous ses correspondants.
t Dominique d'Oms. Raymond de Banyuls.
? Parmi les correspondants anonymes, il convient de mentionner spécialement le regretté M. Gustave Cazes. qui a mis à la disposition du Dirlionnaire une collection importante de notes inédites réunies par M. Prosper Cazes, son pere, sur des personnalités roussillonnaises contemporaines.