FARINES — FENOUILLET
abondance dans la grande plaine du Roussillon, et rend les arrosages plus aisés et plus fertiles. Lorsqu'un agriculteur de la plaine se plaint de ne pouvoir arroser ses terres pendant la saison des fortes chaleurs, il n’est pas rare d'entendre un interlocuteur lui riposter : « Et la théorie de M. Félip ! »
Articles nécrologiques parus dans divers périodiques.
FELIPES (Jean) fut seigneur de Castellnou durant l'occupation du Roussillon par Louis XI.
Archives des Pyr.-Or., B. 411.
FENALS (Michel), religieux franciscain de Majorque, a publié : 4 c{as de la visila de varios monaslerios de monjas en las diôcesis de Tarragona, Barcelona, Gerona, Elna, Urgel, Vique el Torlosa, depuis l’année 1493 jusqu'en 1495.
TORRES-AMAT, Diccionario crilico de los escriltores catalanes.
FENOUILLET (Pierre ! de) était un chevalier roussillonnais qui avait été élevé depuis son enfance à la cour des rois de Majorque. Le 6 février 1298, il acheta à Guéralda d'Urg, sa cousine-germaine, le château et la ville d’Ille, avec divers droits dans les territoires de Saint-Michel-de-Llotes, Marsugä, Greolera et Corbera, le lieu d'Estoher et le lieu ou vilar de Vilanova (des Escaldes) en Cerdagne, le tout pour le prix de cinquante mille sols de Malgone. Tous ces biens étaient tenus en fief pour le roi de Majorque à qui il était dû seize mille six cent soixante-six sols. huit denicrs pour droits de foriscapi ou de mutation. Deux jours après l’acte de vente. le roi Jacques 1" considérant que Pierre de Fenouillet lui avait rendu de grands services, lui fit remise et don gracieux de cette dernière somme en lui confirmant cette acquisition. À quelque temps de là, Jacques I‘ requit Raymond Costa, alors évêque d’Elne, et Guillaume, abbé de Cuxa, de mettre à exécution les dernières volontés de feu Galcerand d'Urg. père de Guéralda, en ce qui concernait la vente de la moitié de la seigneurie de Joch. La mise en vente aux enchères eut pour effet d'attribuer ce fief à Pierre de Fenouillet pour la somme de douze mille sols de Malgone. Il est probable que le château de Via fut vendu peu après à ce même puissant seigneur, puisqu'il s’en trouve possesseur dans la suite. Tous les anciens domaines de la maison d'Urg se trouvèrent ainsi réunis au pouvoir de Pierre de Fenouïillet. Le9Y janvier 1303, Pierre de Fenouillet reçut également en ficf le lieu de Bula- Terrancra que le roi Jacques avait acheté de Hugues, comte de Pallars. Sanche. son successeur, lui concéda, quelques années après, les justices d’Eus, et par une charte datée de Majorque, le 27 novembre
Montagne (de Vinça en amont), plus l’eau naît avec : 1314, ce monarque décora Pierre de Fenouillet et ses
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descendants du titre de vicomte d’Ille. Ce personnoge ne survécut pas longtemps à la nouvelle faveur royale ; il mourut vers la fin de l’année 1315, car son fils, Pierre II de Fenouillet, parle de son père décédé, dans une charte du 24 janvier 1316. Il avait épousé Esclarmonde de Canet. De ce mariage étaient issus : Pierre qui ajouta à son titre de vicomte d'Ille celui de Canet ; Galcerand qui devint commandeur du Mas Deu ; Hugues qui fut successivement évêque de Vich et de Valence ; Pons, chanoine de la cathédrale de Viclr; et Marquesa qui épousa Pierre-Galcerand de Pinos.
Archives des Pyr.-Or., B. 100, 190, 272. — ALarT, La baronnie de Joch dans le Roussillonnais de 1879.
FENOUILLET (Pierre Il de), fils aîné du précédent, succéda à son père dans la vicomté d'Ille. en 1316. IL fut attaché à la cour de Jacques II, et joua un rôle actif et odieux auprès de ce monarque, à l’époque de la chute de la monarchie majorquine. Durant le célébre tournoi que ce prince donna à Montpellier. le 11 février 1341, Pierre de Fenouillet parut équipé aux armes d'Angleterre et affecta de crier : Guyenne ! Guyenne ! Après avoir été le conseiller et le confident intime de Jacques IT, il fut un des témoins à charge qui déposèrent avec le plus d’acharnement contre lui. C’est le vicomte d'Ille qui, interrogé le premier le 12 février 1344, fit la déposition la plus longue, la plus importante, celle qui servit de base à toute l'accusation. C’est lui qui raconta, con:tre Jacques II. son bienfaiteur. les détails les plus piquants et parfois les plus invraisemblables. Sa déposition mérite d’être citée in-extenso, car celle éclaire sur la fin de la dynastie de Majorque : « Lors deson voyage à Barcelone, dit-il, le roi de Majorque tint des conciliabules avec Jean de So, vicomte d’'Evol, et Pierre-Raymond de Codalet, sans m'y appeler, bien que j'eusse l'habitude d'assister à ses conseils ; ce qui m'étonna fort. Un jour, cependant, il me fit venir dans sa chambre. au monastère, et m'entretint seul à seul. Voici quelle fut notre conservation : — Vous, vicomte, m'a-t-il dit, vous êtes l’homme du roi d'Aragon ? — Oui. seigneur. Je lui ai rendu l'hommage pour ma femme et pour la terre de Luça, qui est son chef. Je ne sais ce que vous voulez dire ; mais je doute qu'il me soit permis de me prêter à quoi que ce soit contre sa personne. — Si vous combattez ce que je dis, a-t-il repris, saisi de colère et mettant la main à la garde d'un poignard qu'il portait sur lui, je jouerai du couteau avec vous. Il faut que vous me prêtiez voire concours. — Dites ce que vous voulez, seigneur, ai-je répondu très effrayé ; je ferai selon votre désir. — Alors il s'est assis sur un coffre, et moi sur un siège à ses pieds. — Vicomte, a-t-il continué. vous voyez que moi et
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les miens nous sommes dépouillés par la maison d'Aragon. Son chef a écrit contre moi au roi de France. Lors même que je boirais son sang, je ne me tiendrais pas pour vengé. J'ai formé un beau projet auquel j'ai pensé pendant que j'étais à Paris. Personne ne le connaît encore que le vicomte d'Evol etle majordome Raymond de Codalet. Vous avez vu ce pont que j'ai fait faire et qui va de ma chambre à la mer ? — Oui, seigneur, et je m'en suis fort émerveillé. — Quand le roi d'Aragon viendra ici avec les deux infants et quand ils seront dans ma chambre, je leur dirai que je veux leur parler en secret avec la reine. Vous et les autres que je choisirai, vous vous tiendrez tout armés dans cette arrière-chambre. et aussitôt que je crierai, vous sortirez. On aura désigné d'avance celui qui devra s'emparer du roi, ceux qui devront prendre Îles infants; nous les emmènerons par le pont sur la galée. qui tiendra sa poupe tout contre l'extrémité du pont. et nous les conduirons à Majorque, au château d'Oloron, pour les y garder jusqu'à ce que je sois affranchi de cet esclavage. — Seigneur, je vous crie merci ; laissezmoi raisonner avec vous. — Parlez. — Ne voyez-vous pas que la voie où vous voulez entrer est votre perdition et votre mort, la nôtre à tous ? Songez à la puissance du roi d'Aragon. Pas un homme de votre lignage ni du nôtre n’en réchappera, pas un de nos biens... — Non, vicomte, ne dites pas cela. Quand je tiendrai le roi d'Aragon, je serai libre, et ni lui ni ses gens ne pourront plus rien contre moi. Je voudrais pourtant que l'infant Pierre (l'oncle du roi) demeurût ici, car il est homme de grand conseil. La seule crainte que j'éprouve, c'est au sujet de la reine, ma femme : elle pourrait crier, car elle aime ces gens-là plus que moi. Je ne veux pas qu'aucun de vous la touche. Je vous jure, par Dieu, que s'il le faut, je la tuerai, car il vaut mieux qu'elle meure, que de nous mettre en si grand péril. Le roi de Majorque fit alors entrer le vicomte d’Evol et Raymond de Codalet et leur dit : J'ai parlé au vicomte d'Ille du projet que vous savez. — Cela nous plaît fort, ont-ils répondu. Ensuite il a engagé dans le complot plusieurs personnes, de celles qui l'avaient suivi. Ils étaient douze en tout. Il a eu avec eux des pourparlers fréquents. Il fut décidé que le vicomte d'Evol, Bernard de So, son frère, et Rarmond de Codalet saisiraicnt le roi à la gorge pour l'empêcher de crier, l'emmèneraient vers la galce, et, s’il résistait, le tueraient ; qu'Arnaud de Lordat et Jean de Saint-Jean prendraient l’infant Jacques, Pierre de Cardona et Guillaume d'Enveig l'infant Pierre, et qu'ils les emmèneraient pareillement ; que le roi de Majorque lui-même se saisirait de sa femme et l'entrainerait sur la galée, tandis que moi et Îles autres nous resterions en arrière pour faire le guct
et empêcher ceux qui surviendraient de leur porter secours. Mais réfléchissant combien un pareil scandale serait préjudiciable aux rois d'Aragon et de Majorque, je me suis arrangé pour révéler tout au preinier, par l'entremise d'un religieux. Quelques jours après, la reine de Majorque est tombée malade, et son mari a dit aux conjurés, d'un air joyeux : « À présent nous tenons notre affaire ; le roi ne pourra refuser de venir voir sa sœur ». L’infant Jacques vint la voir le premier. — Gela y est-il, m'a dit Jacques IT. — Quoi? ai-je fait. — Nous emparons-nous de l'infant > — Non, par tout ce qu'il y a de sacré au monde, car nous serions morts, et nous n’aurions rien fait. Puisque vous en voulez au roi, ayons le roi, ai-je ajouté pour détourner le coup. Pendant ce temps, l’infant décampait avec la reine, sa sœur, et l’'emmenait au palais de Barcelone, à l’insu de son mari. Celui-ci, un instant après, entendit le bruit des chevaux. — Qu'est-ce que cela ? dit-il aux siens. L'infant s'en va? — Oui, firent-ils et il emmène la reine. Alors il fut vivement contrarié. Le mème jour il m'envoya vers la reine avec le vicomte d'Evol, pour la prier de revenir. — Madame, lui fimes-nous observer, le roi veut que vous reveniez ; vous serez mieux chez les Frères-Mineurs qu'ici. — Je ne me sens pas bien, dit-elle, et je suis mieux logée ici que vous ne croyez. Nous insistämes ; elle s'émut. — Je ne m'en irai pas, fit-elle ; mon scigneur me garderait en son pouvoir, comme il l'a déjà fait. Allez-vousen, Car le roi d'Aragon ne le prendrait pas aussi bien que vous le pensez. — Tout cela est-il vrai ? nous demanda le roi de Majorque à notre retour. — Oui, seigneur, lui répondis-je. — Alors la reine sait tout, ajouta-t-il, il faut nous en aller. Et Le jour même il par-
tit de Barcelone avec ses galées. Jacques Il, pendant
que j'étais de son conseil, avait traité avec le roi de France. Il devait reconnaitre qu'il tenait de lui le Roussillon, la Cerdagne et ses autres terres du continent, pourvu qu'il défendit Majorque et les autres iles contre le roi d'Aragon. Il en parla plusieurs fois avec lui, avec le sire de Noyers et plusieurs autres seigneurs. Je l'ai accompagné plus d'une fois en France, et il me consultait, ainsi que ses autres conseillers, avant d'entretenir Île roi. Il revenait ensuite nous en reparler et nous dire que le roi repoussait sa requûte. Je sais, de plus, que le feu roi Alphonse a été plus d'une fois pressé par le roi de Majorque de venir à Perpignan voir sa fille, et que celui-ci méditait de s'emparer de sa personne dans cette ville, jusqu'à ce qu'il eût obtenu labsolution de linféodation de son royaume à la couronne d'Aragon ; mais je n'ai pas connaissance des pourparlers qui ont eu lieu dans ce but. Apres la sommalion adressée au roi d'Aragon. j'ai été consulté. ainsi que les autres conseillers. au sujet d'une ligue
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contre ce prince avec le roi de Castille et l’infant Ferdinand, son frère. Arnaud Muntaner fut dépèché pour cela au roi de Castille, et, à son retour, il me dit qu'il avait accompli de tout point sa mission ; mais les conditions du traité déplaisaient au roi de Majorque. Néanmoins, lorsque le procès lui fut intenté, les négociations furent reprises à Perpignan par l'évêque de Carthagène et le trésorier de son église, ambassadeur de Castille. Je n'y fus pas mêlé. car l’on n'avait plus confiance en moi. Un traité d'alliance avec le roi de Garbe (Maroc) a été aussi négocié par le roi de Majorque et ses conseillers. dont j'étais. Les deux parties devaient se prêter main-forte contre le roi d'Aragon et faire des ravages sur ses terres. Jacques, vicomte de Narbonne, et Dalmace de Castellnou furent envoyés avec pleins pouvoirs pour ratifier et signer le traité. A leur retour, ils dirent à leur maître, devant moi. que le roi de Garbe avait accepté. mais qu'il demandait des garanties qui n'étaient pas du goût du roi de Majorque ; et comme, sur ces entrefaites, il consentit à préter l'hommage au roi d'Aragon, l'affaire en resta là. Vers le même temps. une convention analogue fut négociée avec la commune de Pise, que le roi de Majorque devait aider à recouvrer la Sardaigne. Raymond Roig fut envoyé pour ce motif à Pise, et rapporta devant moi la réponse que cette ville. étant déjà engagée dans d'autres guerres et écrasée de dettes, ne pouvait entrer en lutte contre le roi d'Aragon. » La suite des événements montra dans le vicomte d'Ille un plat courtisan de la fortune, qui ne craignit pas d'abandonner son maître. Sa trahison inspira des plaintes amères à Jacques IL, qui. à la suite du procès engagé contre lui par le roi d’'Aragon, vit ses biens sequestrés et sa couronne ravie. Jacques IL alla assiéger Picrre de Fenouillet dans son château de Corbère. Un moment, le vicomte d'Ille feignit le repentir et se rapprocha de l’ancien roi de Majorque. Celui-ci ajouta foi à l’hypocrite manœuvre de Pierre de Fenouillet et de certains chevaliers roussillonnais. Le 11 août 1345, ce prince conclut avec eux un contrat secret par lequel il s'enwagcait, dans le cas où il recouvrerait son trône, à leur donner des terres. des revenus et des charges désignés à l'avance. Mais lorsqu'en 1347, Jacques II fit une dernière Lentative pour recouvrer sa couronne en pénétrant avec une nombreuse armée dans le Conflent qui lui était dévoué, il vit venir à lui pour le repousser, Pierre de Fenouillet et d’autres barons catalans, ses anciens sujets. Ces derniers lui enlevèrent par la force la place de Vincça et firent de la warnison un carnage épouvantable. En 1350, Pierre de Fenouillet fut envoyé à la cour de France pour entamer des négociations avec Philippe VI de Valois au sujet de la vente de la seigneurie de Montpellier.
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Les pourparlers furent interrompus par la mort du roi de France. Pierre de Fenouillet hérita vers la fin de ses jours dutitre de vicomte de Canet, qu'il ajouta à celui de vicomte d'Ille. Il joignit à ses nombreuses possessions seigneuriales la baronnie de Castelilnou et mourut en 1353. Le 13 juin de cette année-là, ses manumisseurs déclarèrent qu'à sa mort il avait. de même que ses prédécesseurs, les barons de Joch., ordonné de vendre ses châteaux et lieux de Via, Estoher et sa part de la plaine de Joch, pour payer ses dettes. De son mariage avec Constance de Proxida, il avait eu deux enfants : André et Yolande. Celle-ci épousa François de Pérellos.
Archives des Pyr.-Or., B. 97, 192, 222. — Publicateur des Pyrénées-Urientales, année 1835. — ALarT, La baronnie de Joch dans l'Almanach le Roussillonnais de 1839. — LEecoY DE LA
MarcHE, Les relations poliliques de la France avec le royaume de Majorque.
FENOUILLET (Hugues de), frère du précédent, était diacre et chanoïne d’Elne, lorsqu'une bulle de Clément VI, lancée d'Avignon en date du 24 juillet 1346, le désigna comme successeur de Michel de
Richoman, évêque de Vich, lequel était transféré sur’
le siège épiscopal de Barcelone. Le 29 août suivant, au reçu des lettres pontificales, Hugues de Fenouillet qui se trouvait alors à Poblet, écrivit au chapitre de sa cathédrale et lüi signifia qu’il avait choisi pour ses vicaires-généraux, Bérenger de Portella, archidiacre de Berga, et Guillaume-Arnaud Patau, docteur en droit. Ceux-ci arrivèrent à Vich le 2 septembre et convoquèrent les chanoines à une assemblée qui se tint dans les dépendances du nouveau cloître. Après les présentations d'usage, un des membres du chapitre prit le vicaire-général Patau par la main et le conduisit jusqu’à une stalle où il le fit asscoir un instant. On se rendit ensuite au chœur. Le procureur d'Hugues y prit possession du trône épiscopal. De là, on alla au palais de l’évêque ; le chapitre en fit donation au procureur en lui remettant un trousseau de clefs entre les mains. Huit jours plus tard, une nouvelle réunion capitulaire fut présidée par les vicaires-généraux. Ceux-ci prêtèrent serment de sauvegarder les droits, privilèges et coutumes du chapitre. Hugues de Fenouillet ne devait faire son entrée dans sa ville épiscopale que le 28 juin de l’année suivante. IL était retenu à la cour du roi d'Aragon, où il remplissait la charge aussi difficile qu'honorable de chancelier de Pierre IV le Cérémonicux.
L'influence du chancelier Hugues de Fenouillet sur l'esprit de Pierre IV paraît avoir été considérable. Ce monarque n'avait qu'une fille. Constance. Sur les conseils de l’évêque de Vich, ilenleva le gouvernement général de ses Etats à son frère don Jaime, comte d'Urgel, pour nominer l'Infante à sa
place. Pierre le Cérémonieux avait fait ce coup d'état le 29 mars 1347. Le 7 avril suivant, il émancipait sa fille, en présence du chancelier, du grand maître de l'ordre de Montesa et d’un certain nombre de courtisans. Le même jour, don Pedro, oncle du roi, les évêques de Vich et d’Elne, différents autres prélats et chevaliers jurèrent entre les mains de leur souverain de ne reconnaîïtre d'autre héritier au trône que l'Infante Constance. Cette révolution dynastique provoqua de l'agitation dans les royaumes d'Aragon et de Valence. Pierre le Cérémonieux et son chancelier furent alors dans l'obligation de se transporter en Catalogne. En chemin, ils apprirent que Jacques IT, l’ancien roi de Majorque, avait profité des mouvements d’insurrection, qu'il était entré dans le Conflent, et, qu'après avoir pris Vinça, il se disposait à pénétrer en Roussillon. Pour tenir tête à Jacques II. Pierre IV, de concert avec Hugues de Fenouillet et son frère le vicomte d’Ille, décida, le 9 juin, de contenter ses sujeis d'Aragon et de révoquer, en conséquence, ses déclarations antérieures concernant sa succession au trône. Les Aragonais exigèrent le renvoi du chancelier et la réintégration de don Jaime au commandement général du rovaurne. Le roi enleva, à contre-cœur, sa charge à Hugues de Fenouillet, qui ne tarda pas à se rendre à son évêché.
Le 28 juin 1347, l'antique cité de Vich fit une réception brillante à son pasteur qui pénétrait pour la première fois dans ses murs. Un grand concours de peuple se porta au-devant de lui, et sur le coup de trois heures de l’après-midi, le cortège pontifical s’ébranla pour se rendre à la cathédrale. Le chapitre et le clergé de la ville faisaient au prélat une escorte d'honneur. Hugues de Fenouillet, apres avoir fait oraison au pied du maïtre-autel de la cathédrale, prêta le serment d'usage entre les mains du chanoine Arnaud-Guillaume de Centelles. Un mois s'était à peine écoulé depuis l'entrée d’Hugues de Fenouillet, dans sa ville épiscopale. Le roi d'Aragon, qui était veuf, se disposait à convoler en secondes noces. Ce prince adressa à son ancien chancelier une lettre, de Monçon, pour le prier de se rendre à Barcelone et de souhaiter la bienvenue à Éléonore, fille d'Alphonse, roi de Portugal, qui allait devenir son épouse. Après s'être acquitté de sa mission, Hugues de Fenouillet était déjà de retour à Vich, dès le mois de décembre. Dans le courant de l'année suivante, il pourvut de titulaires nombre de bénétices et de stalles canonicales. Vers la fin de 1:548, il était transféré sur le siège de Valence.
Les bulles de nomination à l'évèché de Valence furent expédices d'Avignon à Hugues de Fenouillet, le 3 décembre 1348. Ce prélat déploya dans le gouvernement de cette église la prudence et l'expérience
que le maniement des affaires de l'Etat lui avaient jadis apprises. Il tint un synode en 1350 ; les dispositions en furent promulguées le 18 octobre de l’année suivante. Entre autres ordonnances qu'il édicta, il prescrivit aux curés et aux vicaires de publier en chaire l’excommunication contre les exécuteurs testamentaires qui laisseraient passer lFespace d’un an sans rendre compte de leur gestion. Hugues de Fenouillet mourut à Valence en 1356. D’après ses dernières volontés. il fit don à la cathédrale de Vich d'une miître ornéc de pierres précieuses, d’une croix riche, de deux candélabres, d'une patène et de deux burettes en argent sur lesquelles étaient gravées ses armes qui étaient de Fenouillet et de Canet.
ViLLANUEVA, Fiaje lilerario a las iglesias de España, t. I. —
Chanoine Jacques CoLLELL, Épiscopologio de Vich, t. 11. — Abbé J. CaPEILLE, Figures d'évêques roussillonnais.
FENOUILLET (André dej), fils de Pierre de Fenouillet et de Constance de Proxida, vicomte d'Ille et de Canet, succéda à son père, en 1353. Le 10 janvier de cette année, il avait épousé à Perpignan, Sibille, fille d’Aimeri VI, vicomte de Narbonne. André de Fenouillet fut au nombre des chevaliers roussillonnais qui suivirent le roi d'Aragon en Sardaigne, en 1355. C’est dans le château de Magallon, dont la défense lui avait été confiée, qu'il fut fait prisonnier en 1363, avec plusieurs de ses frères d'armes catalans. En 1367, André de Fenouillet s’attacha à la fortune d'Henri de Transtamare. On Île trouve plus tard signataire de l'acte royal de retour à la couronne du fief d’Albarrazin. En 1370, il figura avec Bérenger d’Ortafa, François et Guillaume d'Oms, François de Çagarriga et autres dans la ligue des défenseurs du principe qui refusa aux barons le droit de frapper l'impôt et celui d’immunité de la justice souveraine. surtout en matière criminelle. Picrre de Cima, alors confesseur du roi, plus tard évèque d’Elne, et Raymond de Vilanova,chambellan, furent, dans ce conflit, employés comme négociateurs pour la prérogative royale. Mais les états assemblés expressément à Montblanc, en 1371, ayant déféré au monarque assisté de deux chevaliers de chaque bord, la décision du différend, ce fut André de Fenouillet, également versé dans les armes et le droit public, que le roi choisit dans les rangs de la ligue de conveniencia. Le vicomte d'Ille mit à mort sa femme Sibille, et, en 1372. fonda un bénéfice ecclésiastique dans la chapelle du château de Perpignan pour le repos de l'âme de sa victime. Aux premières menaces d'irruption que fit l'infant de Majorque, en 1373, André de Fenouillet prit si bien ses mesures. qu'à Panissars, Jacques IIT fut vivement repoussé. Le 28 avril 1374. Bérenger d'Oms et Béatrix de Saga. sa femme. héritière universelle
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d’Adhémar de Mosset, son aïeul maternel, vendirent la baronnie de Mosset à André de Fenouillet, pour le prix de neuf mille livres barcelonaises de tern. André de Fenouillet, par testament du 4 juillet 1386, la légua à Huguet de Santa-Pau, deuxième fils de Hugues de Santa-Pau et de Béatrix de Ribelles. Il avait vendu, le 9 mars 1357, à Raymond de Pérellos toute sa part des château et lieux de Joch, Finistret et Sahorle, avec le droit de la tour de Rigarda, pour le prix de quarante mille sols barcelonais. Pierre le Cérémonieux accorda à André de Fenouillet. le 22 janvier 1375, un droit d’accroissement de juridiction, en retour des bons et loyaux services qu'il en avait reçu dans l'expédition de Sardaigne où il l’accompagna à la tête de ses vassaux, dans la guerre de Castille qui lui valut plusieurs années de captivité, et à l'invasion du prétendant de Majorque sur les terres de Roussillon et de Cerdagne. Le roi d’Aragon voulant rendre cette concession ferme et stable à tout jarnais, ne se contenta pas d'en donner personnellement l'assurance par serment prêté sur les saints Evangiles, il exigea déjà une garantie de la part du règne futur, en faisant aussi jurer le maintien de son acte royal à Jean, son fils aîné, prince héréditaire, désigné alors sous le titre de lieutenantgénéral du royaume. Les témoins de cette double assurance furent Galcerand de Pinos, François de Çagarriga, Raymond de Vilanova, Hugues de Santa- Pau. Emmanuel d'Entença et Raymond de Planella. En 1376, André de Fenouillet fut désigné par le roi d'Aragon et son fils comme commissaire chargé de négocier avec le cardinal Gilles Aysselin. Il agissait de concert avec le camerlingue Raymond Alaman, et tous deux devaient traiter avec le légat du pape pour dédommager le duc d'Anjou de la perte de sa couronne de Majorque. Les deux ambassadeurs aragonais allèrent à la rencontre du cardinal, à Sigean. Mais arrivés à Perpignan, André de Fenouillet et le camerlingue exigèrent que Gilles Aysselin vint les trouver dans cette dernière ville. Le cardinal refusant d’obtempérer aux désirs des commissaires de Pierre III, ces derniers se rendirent à la Palme. vers les derniers jours du mois de mai 1376. Ils v rencontrèrent le Iégat, mais refusèrent de négocier avec lui jusqu’au jour où il leur serait donné de voir le cardinal sur les terres du roi d'Aragon. Le cardinal et les deux ambassadeurs de Pierre III tinrent une réunion à Claira. mais leur entrevue n'aboutit à aucun résultat pratique.
Archives des Pyr.-Or.. B. 127, 143, 142, 153, 375. 394. — Lecoy
DE LA Mancux. Les relalions poliliques de la France avec le royaume de Majorque.
FENOUILLET (Pierre de), fils du précédent, possédait les seigneuries d'Ille, Bula-Terranera,