‹ Dictionnaire de cas de conscience; (volume 2)Chapitre 121 sur 402 · PÉCHÉ · texte numérisé non relu

PÉCHÉ

Le Péché, pris dans un sens général, est le violement de la loi de Dieu, et une désobéissance à ses saints commandements. Tout péché est originel ou personnel. L'originel est celui avec lequel nous naissons, privés de la grâce originelle, et que nous lirons de celui d'Adam : le personnel ou actuel est celui que nous commettons actuellement par aclion, par parole, par pensée ou par désir. On distingue encore deux sortes de péchés actuels : savoir le mortel et le véniel. Le mortel prive l'âme de la grâce, en détruisant la charité, qui en est la vie. Le véniel ne produit pas ces funestes effets, parce qu'il ne fait que diminuer la charité. Le péché véniel peut devenir mortel en six manières, selon saint Thomas, 1-2, q. 88. 1° Ratione finis ullimi, quand on aime mieux offenser Dieu mortellement, par exemple, manquer la messe un jour de dimanche, que de s'abstenir d'un péché qui de sa nature n'est que véniel, tel qu'est un entretien inutile ; 2" Ratione finis mortalis, comme quand on dit à une fille une parole llaiteuse dans le dessein de la porter au crime ; 3° Ratione conscientiœerroneœ, comme lorsqu'on dit, que l'on fait ou que l'on omet quelque chose, croyant qu'il y a péché mortel, quoiqu'il n'y en ait point ou qu'il ne soit que véniel; k" Ratione contemptus, comme lorsqu'on commet un péché véniel par mépris de la loi qui le défend ; 5" Ratione periculi, comme lorsque, malgré l'expérience de sa propre faiblesse, on ne dit qu'une parole badine à une femme qu'on sait être disposée à la séduction ; 6° Ratione scandait, comme quand un directeur, ou un religieux, dit ou fait quelque chose qui, quoique léger en soi, est capable de scandaliser notablement ceux qui en sonl témoins.

Lue chose qui mérite beaucoup d'attention et à quoi on en l'ail très-peu, ce sont les péehés d'omission et les péchés d'aufrui. Chaque état, depuis le trône jusqu'à la pius vile cabane a Dictionnaire dk Cas de conscience. IL li

ses obligations. On n'y pense presque point; cl pourvu qu'on s'abstienne des pécîiôs de commission, on se croit innocent. C'est cependant pour des devoirs omis que Dieu condam-* nora une infinité de personnes. Xon collegistis me; non cooprruistis me; non visitas fis me. Pour ce qui est des péchés d'autrui dont on est la cause pour les avoir commandés, conseillés, approuvés, inspirés par ses mauvais exemples, combien avons-nous raison de dire svoc le roi prophète : Ab alienis peccatis parce servo tuo, Psal. xvm, li. Cas I. Toute parole oiseuse est-elle péché tulante mendacio, dit saint Aug. /. de M end.

réniel?

R. On n'en peut douter, puisque Jésus- Christ dit en saint Mallh. c. xn : Omne verbum otiosum, quod locuti fverint homines , reddent rationem de eo in die judieii. Il est bon cependant d'observer avec saint Thomas, in 2 sent. dist. 40, art. 5, ad 8, que par paroles oiseuses on ne doit entendre que ce qu'on profère sans avoir une droite intention, ou sans une juste nécessité, et que par conséquent on dit souvent des paroles plaisantes par divertissement, qui ne sont pas pour cela oiseuses, ni péché : ce qui arrive surtout lorsque ces paroles ne sont ni impies, ni offensantes, ni tendantes à l'impureté; mais qu'au contraire elles n'ont pour fin que d'entretenir l'amitié, en rendant les personnes qui les profèrent agréables et aimables à ceux à qui elles parlent.

Cas II. Un péché véniel peut-il quelquefois devenir mortel? Par exemple, Jean dérobe un sou à un homme riche, ce qu'il fait tous les jours. Ce péché peut- il devenir mortel?

R. Un péché qui n'est que véniel de sa nature ne peut jamais devenir mortel. Cependant celui qui le commet peut devenir coupable de péché mortel par les circonstances qui l'accompagnent. C'est ainsi que les petits larcins de Jean peuvent, par leur multiplicité, le rendre coupable de péché mortel ; parce qu'en les répétant souvent, il deviendra enfin coupable d'une injustice notable à l'égard du prochain, et détenteur injuste d'une somme suffisante pour faire un péché mortel ; et en ce cas son péché, qui hors de ces circonstances ne serait que véniel, devient, lorsqu'elles y - sont jointes, certainement mortel. C'est la doctrine de saint Thomas, 1-2, q. 88, art. k.

Cas III. Lœliuê, âgé de six à sept ans, ment déjà pour s'excuser. A-t-il assez de raison à cet âge pour pécher?

R. Ladius pèche par les mensonges qu'il fait, s'il a assez de jugement pour connaître que le mensonge est défendu par la loi de .Dieu : autrement il ne pèche pas.

— Il est difficile qu'un enfant élevé chrétiennement ignore à six ou sept ans que le mensonge est un péché. C'est une des premières leçons que lui font ses parents, au sortir de la plus tendre enfance.

Cas IV. Victor peut-il faire un péché \éniel pour empêcher Maevius d'en commettre un mortel '.'

R. Il n'est jamais permis de faire un mensonge, quelque léger qu'il puisse élro, et quelque bien qu'il puisse produire, quand même celui qui ment procurerait à son prochain la vie éternelle par son mensonge. Ad sempiternam salutem nul lus ducendus est opi-

n et 42.

Cas V. Hiérotimr, profès d'un ordre qui oblige tous les religieux à jeûner le vendredi, n'a pas jeûné la veille de Saint-Matthieu, qui arrivait le vendredi des Qualre-Temps. A-t-il commis par cette seule omission un double péché qu'il doive spécifier dans sa confession?

R. La multiplication des péchés, quant à l'espèce, se doit prendre, non pas précisément des différents précepte* contre lesquels on pèche, mais des différents motifs par lesquels ils ont été faits. Or Hiérotimé, par son omission, a violé, deux préceptes, dont les motifs sont différents, savoir : le précepte de l'Eglise dont le motif est l'abstinence; et le précepte de sa règle dont le motif est la vertu de religion. Il a donc commis un double péché qu'il a dû exprimer distinctement dans sa confession.

11 n'en serait pas de même d'un séculiei' qui n'aurait pas jeûné ce même jour, quoiqu'il eût violé deux préceptes. Parce que l'Eglise en faisant ces deux préceptes n'a eu qu'un motif principal, qui est l'abstinence. Ce séculier n'aurait donc pas commis un double péché qu'il dût spécifier dans sa confession.

— La même raison qui fait qu'Hiérolime commet deux péchés ferait que celui à qui son confesseur aurait ordonné de jeûner le samedi, en commettrait deux, si ce jour-là il mangeait de la viande.

Cas VI. Raoul a fait un mensonge léger, et s'est enivré un jour de dimanche. Ces deux péchés sont-ils plus griefs que s'ils les avait commis un autre jour?

R. Le mensonge n'est pas plus grief pour l'avoir fait un jour de dimanche, parce que, comme dit saint Thomas, 2-2, q. 122, art. k, ad 3 : Peccatum veniale non excludii sanctitatem. Mais le péché qu'il a commis en s'enivrant devient plus grief par la circonstance de la sainteté du jour; quia magis fiomo impeditur a rébus divinis per opus peccati , ajoute saint Thomas, quant per opus licitum, quamvis sit corporale. Raoul doit donc expliquer la circonstance du jour du dimanche en confessant son péché.

— Celle décision est très-importante et très-peu suivie dans la pratique. Je prie qu'on lise ce que j'en ai dit, tom. III. de ma Morale, p. 1, cA. Ut, dans YAppcndix de Circwnslanliis.

Cas VII. Aubcrt forme le dessein de dérober 300 liv. à Jean, et sur-le-champ, ou deux heures après, il exécute sa résolution. Commet-il en cela deux pèches différents, l'un de pensée, l'autre d'action, qu'il doive tpécifier eo confession?

R. Si Aubert exécute son dessein immé-

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