‹ Dictionnaire de cas de conscience; (volume 2)Chapitre 136 sur 402 · POSSÉDÉ · texte numérisé non relu

POSSÉDÉ

On appelle possédé, en latin dœmoniacus ou a dœmonio nbsessus, celui qui esl tourmenté corporellement par le démon. Le démon parle souvent par la bouche des possédés; de sorte qu'il est quelquefois difficile de distinguer si c'est le possédé même ou le démon qui parle. Il y a pourtant plusieurs moyens de le discerner. Voici les principaux : 1° lorsqu il dit des choses ou prolère des paroles dont l'intelligence surpasse la portée du démoniaque ou de ceux qui l'entendent; 2° quand il déclare des choses secrètes qu'on ne peut savoir à cause de la grande distance des lieux ou d'autres circonstances ; * 3° quand il obéit à des commandements purement intérieurs; V° quand la personne passe, dans un moment, de l'état d'une faiblesse extrême à une force extraordinaire, ou des abois de la mort à une santé parfaite et robuste. Voilà les principaux indices par où l'on peut discerner la possession démoniaque d'avec une maladie naturelle, et surtout des vapeurs noires et malignes qui brouillent la tête et uâlent l'imagination de ceux qui en sont attaqués, au point qu'ils s'imaginent être possédés ou obsédés du démon. 11 leur cause même quelquefois des contorsions si violentes et si extraordinaires, que personne ne douterait presque de leur possession.

— Cas I. Luciits a été appelé pour secourir une personne de quarante-cinq ans qu'on disait possédée. Son peuple l'y a enfin entraîné malgré lui. Il a fait à celle femme des commandements intérieurs auxquels elle a obéi. Il lui a parlé latin et grec, et elle lui a répondu en ces deux langues, quoiqu'elle ne sache pas lire. Il lui a vu faire des mouvements qui l'ont étrangement surpris. H se

les prétendus esprits forts en conviennent comme les autres, et que toute leur ressource est de nier intrépidement ce qui est constaté par un nombre presque infini de lémoins de la plus éclairée et de la plus sévèro probité; 5°qu il n'est point surprenani qu'un vrai possédé entendeaujourd'hui etqu'il n'entende pas demain, qu'il parle bien un jour et qu'il parle Irès-mal le jour d'après ; qu'après

disposait à faire lesexorcismes, lorsque deux avoirdécouvertunsecretilparaisseselromper beaux esprits du temps lui ont dit qu'il allait se donner en spectacle; que les possessions n'étaient que des songes-creux ; que les mouvements dont il se disait témoin n'avaient rien de plus surprenani que ceux qu'on a vus dans les convulsionnâmes, et qu'il n'attribuait cependant pas au démon. Ces raisons ne l'ayant pas loul à fait ébranlé, il est retourné chez la malade, où il y avait beaucoup de monde. Ses agitations étaient aussi étonnantes que la veille; mais elle n'a plus obéi aux ordres qu'il lui donnait intérieurement ; et loul lclalin qu'elle lui a parlé s'est réduit à quelques paroles qu'elle avait entendues dans l'Eglise, et où il n'y avait ni sens, ni raison; ce qui a fait dire à un plaisant de la compagnie, que son diable clait incongru. Que doit faire le curé, pour ne blesser ni la bienséance, ni la religion?

B. Il doit poser pour pr ncipe : 1° qu'il y a eu des possessions, et qu'il peut encore y en avoir; 2° qu'il y en a une infinité qui n'ont de réel que la simplicité ou la fourberie de ceux qui s'en croient atteints, ou qui font semblant de le croire; 3" que c'est principalement aux médecins à juger si tels mouvements ou telles dispositions du corps sont du ressort de la nature ; quoiqu'il y en ail dont tout le monde peut juger (1 ; 4" que l'obéissance auxeommandements intérieurs, et l'art d'entendreoude parler une langue qu'on n'a jamais apprise, sont des preuves certaines de l'opération d'une intelligence étrangère ; que

(t) Les possédés font quelquefois des choses si supérieures aux lois de la nature, qu'on ne peut s'y méprendre. Ce n'éiaii pas selon les règles de la physique, que leCocliincliinois, dont p;irlc M. de la Court dans sa Lettre à M. Winsow, fut trumporté dans un clin d'œil au vlanclur de l'Eglise ; qu'il y resta pen-

sur l'autre; parce que, outre qu'il n'est point nécessaire que la possession soit continue, il esl très-important au démon de répandre de l'obscurité sur son propre ouvrage, soit pour empêcher la gloire qui en revient à Dieu, soit pour déconcerter les ministres de l'Eglise, soit pour rendre suspecls les dogmes de l'Eglise, en faisant juger par une imposture réelle ou apparente que tout ce qu'on a dit en ce genre n'est qu'une pure illusion. Au reste, comme il y a beaucoup de précautions à prendre dans cet examen, un curé y doit procéder mûrement, calmer l'imagination de ses paroissiens que la contagion de l'exemple pourrait infecter, ne rien faire sans l'avis de son évêque ; et, supposé qu'il en vienne aux exorcismes, se souvenir qu'il est un genre de démons qu'on ne peut chasser que par le jeûne et la prière.

Cas II. Àchilles, possédé par le démon , fait des jurements, des blasphèmes et des actions criminelles. Pèchc-t-il mortellement en cela ?

H. Ackillcs n'est pas coupable de ce qu'il dit et fait en cet état, parce qu'il n'est pas libre, et que c'est le démon même qui se sert de sa bouche et de sa langue pour proférer les jurements et les blasphèmes qu'il prononce, et qu'il fait en cet homme les actions criminelles dont il est parlé dans l'exposé. C'est la décision de S. Th. 1,2, q. 89, art. 30.

Cas III. Baliluifar a dans sa paroisse un

dant plus d'une demi-heure, tes pieds collés et la tête m t'as ; et que par ordre de l'exorciste, le démon le jeta «le là ii les pieds, sans lui faire de mal. Voyet la lettre de ce *;ige ci vertueux preire des Missions Etrangères; loin. Il, de ma petiio Sihvlattiqve, pag. -loi.

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