PRIÈRE
Prier est exposer à Dieu ses propres besoins ou ceux au prochain, avec le désir d'obtenir par Jésus-Christ, de sa bonté, les secours qu'on lui demande. On distingue surtout deux séries de prières : la vocale, qui ne mérite le nom de prière que quand le cœur est joint aux paroles; et la mentale, qui est une élévation de l'esprit et du cœur à Dieu, à qui l'on demande intérieurement les secours dont on a besoin. Toute prière doit être faite avec un esprit de pénitence pour être agréable à Dieu, quoiqu'il ne soit pas absolument nécessaire d'être en état de grâce. Saint Augustin, in ps. 118, nous apprend aussi qu'on peut prier Dieu en quelque situation du corps qu'on soit, c'est-à-dire couché, à genoux, assis ou debout, pourvu que l'attention s'y trouve.
Cas I. Malchion a avancé que la prière est de précepte divin en plusieurs occasions. Cela est-il vrai , et quelles sont ces occasions ?
R. La nécessité de la prière nous est marquée par ces paroles de Jésus-Christ, Matth. c. vu : Petite et dabitur vobis ; paroles qui, selon saint Thomas, renferment un vrai précepte : Petere, dit ce saint docteur, 2-2, q. 83, art. 3, cadit sub prœcepto religionis quod quidemprœceptum ponitw, Matth. \n,ubidicitur : Petite et accipietis *. C'est pour cela que l'Eglise, avant de chanter à la messe l'oraison dominicale, proteste que c'est suivant l'instruction qu'elle a reçue do Dieu, et pour obéir à ses commandements, qu'elle ose dire Notre Père: Prœceptis salutaribus moniti, etc.
Or, les principales occasions où ce précepte ob.ige, sont : 1° le temps de la maladie, de la persécution, d'une calamité particulière ou publique; 2° cel i d'une tentation violente, d'un grand danger du salut du prochain; 3° quand on est en péché mortel et qu'on »st en danger de perdre la vie; k* quand il s'agit d'exécuter quelque grande entreprise pour la gloire de Dieu, le bien de l'Eglise, etc.
Cas 11. Josse interrompt de temps en temps le canon de la messe pour ajouter et faire
des prières particulières. Sa dévotion est-elle condamnable?
R. 11 n'est pas permis à un célébrant d'ajouter aucunes prières part eu lié es au canon de la messe, excepté au temps du Mémento, où, selon les rubriques, il e t permis d'en faire quelques-unes pour ceux en faveur desquels on offre le saint sacrifice, pour tous les fidèles en général, et pour leurs besoins particuliers. Ma s elles doivent être très-courtes, comme le portent les mêmes rubriques, oret aliquantulum, et jamais faites dans un autre endroit du canon : 1° afin de ne pas faire naître par une trop grande longueur l'ennui dans le cœur des assistants ; 2U parce qu'on ne pourrait interrompre si souvent le canon de la messe sans se distraire de l'attention qu'on doit avoir aux sens des paroles qu'on récite; 3° parce que ce serait aller contre l'usage sagement établi, et se laisser emporter à un zèle hors de saison et peu éclairé; ce que l'Eglise n'a jamais approuvé, dit le cardinal Bona, 1. n, ch. 2, en ces termes: Hujusmodi inlerposiliones... inconsulta qu orumdam devotione inlroduc(as> nuhquam approbavit Ecclesia.
Cas III. Ferrand demande à Dieu qu'il lui donne plus de biens qu'il n'en a. Pèche-t-il en cela?
R. Nous devons demander à Dieu dans nos
prières la vie éternelle, et tout ce qui est un moyen nécessaire pour y arriver. Quant aux rhops temporelles , nous ne pouvons les souhaiter ni les demander à Dieu qu'autant qu'il connaît qu ell s nous conduiront à lui, ei qu'elles contribueront à noire salut. Ainsi, si Ferrand désire et demande des biens uniquement pour eux-mêmes, il pèche, parce qu'il se propose deux fins dernières, comme l'enseigne saint Thomas : Temporalia autem îicel desiderare, non quidem princip liter,ut in eis finem conslituamus, sed siùvt quœdam adminiculn, quibus adjucamur ad tendendum in bea'.itudinem, în quantum per ea vita corporalis sustentatur, et in quantum nobis organice deserviunt ad actus virtutum, 2-2, q.83, n.6.
Cas IV. Séverin est tombé dans un péché mortel, il s'en repent aussitôt; mais sa contrition n'étant pas parfaite, il demeure toujours criminel devant Dieu. Sa prière peutelle être agréable à Dieu dans cet état?
R. Il est vrai que Dieu n'exauce point un pécheur qui veut demeurer dans son péché , mais il exauce celui qui y renonce sincèremont. Séverin peut donc fa re une prière agréable à Dieu, et quoiqu'elle ne soit pas méritoire, elle peut néanmoins fléchir le Seigneur : El quamvis ejus oratio non sit meritoria, dit saint Thomas, 2-2, q. 83, art. 16, potcst lamen esse impetrativa , quia meritum innitilitr justitiœ; sed impelratio innitilur gratiœ. Sans cela comment un pécheur revienirait-il à Dieu ? Cer es, dit saint Augustin, tract. 44, inJoan , n. 13 : Si Deus peccatoresnon exaudiret, frustra illepublicanus... pectus suum percutiens, diccret : Domine, propitius esto mihi peccatori.
Cas V. Théorien, ministre converti, croit qu'il n'est pas nécessaire de s'adresser aux saints pour obtenir les grâces dont il a besoin, mais seulement à Dieu : il est néanmoins dans la disposition d'obéir à ce que son confesseur lui ordonnera. Est-il condamnable?
R. Quoique les saints ne puissent rien nous accorder par eux-mêmes, ils peuvent cependant nous obtenir par leurs intercessions les grâces dont nous avons besoin. C'est pourquoi il est bon et utile, comme l'enseigne la faculté de théologie de Paris dans son Corps de doctrine, art. 55, « d'invoquer la Mère de Dieu et les saints qui rognent dans le ciel comme des intercesseurs auprès de Dieu par le- mérites de Jesus-Christ, et on ne peut condamner celte invocation sans erreur. » Ainsi, si.Théurien ne regarde pas la pratique d'invoquer les saints comme une erreur, et qu'il soit disposé à les invoquer, si on le lui ordonne, comme une chose bonne et utile, on ne doit pas le condamner, quoiqu'il pense d'ailleurs que cette invocation n'est pas nécessaire.
— Henri Hoblen dit la même chose dans «on Analyse de la loi, lib. Il, cap. 7; et M. Camus, évéque doBelley, dansi'Avoisinement des protestants, tit. 2, seel. 11, n. 17. Cependant il y aurait une affectation suspecte à ne jamais invoquer les saints, et il serait élon-
nant qu'on ne leur dit rien en célébrant leurs fêtes.
— Cas VI. Marie prie souvent pour les âmes qui sont en purgatoire, et les prie en même temps de prier pour elle. Jeanne, qui ne doute point que les enfants qui meurent après leur baptême ne soient tous des saints, les invoque très-souvent. N'y a-t-il rien à redire dans ces dévolions?
R. Il n'y a sûrement rien à reprendre dans la dévotion de Jeanne, puisque ces bienheureux enfants sont les amis de Dieu pour toujours, et qu'ils sont pleins de charité pour les voyageurs dont ils connaissent les combats et les dangers. Il n'est cependant pas permis de leur rendre un culte public, parce que l'Eglise ne le rend qu'à ceux dont Dieu manifeste la sainteté par des miracles
Il y a plus de difficulté dans ce qui regarde la conduite de Marie. Je crois avec Bellarmin, Lessius, Sylvius, Henri de Saint-Ignace, et plusieurs autres, qu'il n'y a > ien là de répréhensible : 1° parce que saint Grégoire rapporte dans ses Dialogues, 1. îv, eh. k, que les âmes de Paschase et de Séverin, quoique encore en purgatoire, faisaient des miracles sur la terre. Or, des miracles ne se font communément qu'en conséquence des prières de ceux qui les obtiennent ; 2° parce qu'on peut croire pieusementque ces saintes âmes prient pour ceux qui prient pour elles : n'y ayant rien que de très-louable dans ce commerce de charité. Or, pourquoi ne pas prier pour ceux qui prient pour nous ; 3° parce que rien n'empêche qu'elles ne connaissent nos prières, ou par leurs bons anges, ou par les nôtres, et que d ailleurs il n'est pas nécessaire qu'elles ou les saints qui sont dans le ciel connaissent nos prières, puisqu'ils peuvent prier pour ceux qui les invoquent sans les connaître en particulier. Remarque importante et qui détruit l'objection qu'un calviniste croyait pouvoir me tirer de l'espèce d'omniscience qu'il croyait que nous attribuons aux saints. Voyez le tom. II de ma Moraie, in-S°, part. 2, de Helig., cap. ~2,a num.9D, où j'ai ajouté qu'il est dit de Jerémie, qui était encore dans les limbes : flic est qui multum oral pro populo, etc., II Mâcha!), xvu.
Cas VII. Avez-vous passé un temps considérable dans l'oubli do Dieu, sans faire aucune prière?
R. Des auteurs estimables pensent que l'omission de la prière pendant un mois entier est un péché morlel. Quand les prières cessent, dit un saint prêtre de Dieu, les secours de Dieu cessent aussi, cl l'on tombe soin eut dans dos fautes graves. L'usage semble faire une loi de prier mati i et soir, mais seulcmeni sous peint de péché véniel.
C'était, dit un pieux auteur, la pratiqua d'un enfant do qualité d'offrir son cœur à Dieu tous les matins avec beaucoup de ferveur, ce qui é ait comme l'âme de toutes les actions qu'il faisait pendant le jour. « Si je manque, disail-il, à ce devoir, comme il m'est arrive quelquefois, je suis dissipé tout lereste do la journée. »Cosaintenfanln'ayant pas encore l'âgodc douze ans, mourut avec les