RELIGION, SA NÉCESSITÉ
Rendre à Dieu le respect et le culte qui lui sont dus, c'est la religion. Dieu ne pouvait s'abstenir de prescrire une religion à l'homme, il se le devait à lui-même : ses perfections l'exigent ; il le devait à l'homme, sa condition le demande. Dieu est essentiellement l'ami de l'ordre; il veut , il approuve, il commande tout ce qui est conforme à la rai on. Or, il est dans la nature des choses que la créature dépende du Créateur, et s'il ne peut se dépouiller de sa qualité de maître suprême, il ne peut nous dépouiller de notre qualité de sujets. Son domaine sur nous est inaliénable ; il ne peut s'en dessaisir sans cesser d'être Dieu. Une femme du monde, qui, comme bien d'autres, ne savait pas trop ce que c'est que la religion, el même n'en tenait pas grand compte, se plaignait vivement de sa fille devant un missionnaire. — Mais, Madame, lui dit le missionnaire, est-ce qu'il y a des rapports entre une mère et sa fille, en sorie qu'une fille soit obligée de respecter sa mère et de lui obéir? — Comment, Monsieur, est-ce que je ne suis pas sa mère? Quel que soit son âge, n'est-elle pas ma fille? N'est-ce pas de moi qu'elle tient tout? N'est-elle pas toujours obligée de me respecter et de m'aimer? Faites, Monsieur, que je ne sois pas sa mère el qu'elle ne soit pas ma fille; les droits d'une mère sont inaliénables : ils sont fondés sur sa qualité de mère. — Vous croyez donc bien, Madame, qu'entre vous el votre fille
451 DICTIONNAIRE DE CAS DE CONSCIENCE. 4oi
il y a des rapports nécessaires; que vous avez le droit de lui commander; qu'elle est obligée de vous obéir, de vous respecter, de vous aimer; que si elle y manque, elle est coupable, vousle croyez bien? — Si je le crois bienl — Eh bienl Madame, changez le» noms : à votre place mêliez Dieu ; à la place de votre fille, mettez-vous vous-même, et vous comprendrez que la religion est nécessaire.
Cependant, avez-vous dit que Dieu est trop grand pour s'occuper de nous, et que peu lui importe ce que nous faisons? Péché mortel. Sans doute il y a entre le Créateur et la créature une dislance infinie ; mais si cette distance, celle grandeur ne l'a pas empêché de nous créer, pourquoi l'empêcherait-elle de s'occuper de nous ? Ce second bienfait n'est-il pas la suite du premier ? Les ouvrages de Dieu sont-ils donc si méprisables, qu'il ne daigne plus y jeter un regard? Il nous a faits à son image, et nous lui sommes devenus chers, comme l'ouvrage est cher à l'ouvrier. Aussi pas un siècle, pas un peuple qui n'ait cru que Dieu prescrit et récompense la vertu, qu'il interdit et punit le vice. Vous-même vous avez pu offenser Dieu sans pudeur, mais vous n'avez pu l'outrager sans remords.
Avez-vous dit qu'il suffit d'être honnête homme pour se sauver? Non, cela ne suffit pas. Honnête homme tanl qu'il vous plaira, vous remplirez vos devoirs envers vos semblables , mais vos premiers devoirs, vos devoirs envers Dieu, vous ne les remplirez pas. Mais est— il possible d'être honnête homme sans religion? Oui, peut-être, en public, et quand la vanité parle, et pour sauver les apparences; mais que vous soyez honnête homme, que vous ayez du moins des motifs assez forts, assez puissants pour l'être aux dépens de votre vanité, de vos plaisirs ? Non! si vous le dites, c'est mensonge ou jactance, et si vous l'êtes, c'est inconséquence ou folie. Un mauvais chrétien se vantait de ce titre d'honnête homme en présence de saint François de Sales. « Hé bien ! lui dit le serviteur de Dieu, vous ne serez pas pendu, mais c'est tout ce qu'il vous en reviendra.
2° L'homme est fait pour vivre en société; or, point de société sans religion; aucun Etat, dit Rousseau, ne fut fondé que la religion ne lui servît de base. Parlout où il y aura une société établie, une religion sera nécessaire, a dit Plutarque : une ville, ajoute-t-il, se passerait plutôt dusoleil que d'un culte, et l'on bâtirait plutôt une ville en l'air, que de fonder une ville sans religion. César s'étant permis devant le sénat une expression qui tendait à l'irréligion, Cicéron et Caton se levèrent et l'accusèrent hautement d'avoir laissé échapper une parole funeste à la République.
Nos prélendus philosophes se sont exprimés comme les philosophes anciens. Diderot convient que s'il était possible de former un peuple sans religion, il trouverait sa mort au sortir du berceau, dans le vice même de sa constitution. Bayle, cel homme bizarre, qui révoquait toul en doute, avoue que parlout où il y a une société, une religion est nécessaire. « Il est absolument nécessaire pour les princes et pour les peuples, dit Voltaire, que la religion soit gravée dans les esprits. « Que voulait J.-J. Rousseau? qu'on dressât une formule de foi civile par laquelL' tout citoyen ferait serment de professer une religion; que celui qui refuserait d'y souscrire fût banni comme insociable, et que celui qui, après avoir prêté ce serment, y serait infidèle, fût puni de mort. J'ose dire, affirme Machiavel, que le mépris de la religion est la seule cause de la ruine des Etats ; celait aussi le sentiment de Montesquieu. Partout où la licence d'allaquer la religion a un libre cours, l'autorité y est chancelante et sujette à de grandes révolutions, dit Mirabeau. Fabricius, un des généraux les plus distingués de l'ancienne Rome, se trouvait à la table du roi Phyrrhus avec le philosophe Cinéas, celui-ci s'exprimait comme le ferait un incrédule moderne ; le général romain, pour qui cette doctrine était nouvelle, la trouva si odieuse que, frappant de la main sur la table avec force, il s'écria : « Puissent nos ennemis suivre une telle doctrine pendant qu'ils nous feront la guerre. » Un illustre général de noire époque qu'on n'accusera pas de prévention à cet égard, Wasmglon, en résignant sa place de président des Etats-Unis d'Amérique, disait : « La religion est la base de toutes les dispositions et de toutes les habitudes qui procurent le bonheur public. » Cherchez , dit Hume , un peuple qui n'ait point de religion, si vous le trouvez, soyez sûr qu'il ne diffère pas beaucoup des bêtes brutes. »
Avez-vous dit que la religion est une invention des prêtres? Pour qu'il y eût des prêtres il fallait qu'auparavant il y eût déjà une religion : autant vaudrait dire que les hommes ont inventé l'air, parce que l'air est nécessaire à la vie.
Avez-vous lit que la reliai m n'est bonne que pour le peuple ? Mais pourquoi la religion est-elle bonne pour le peuple? Parce qu elle est un frein pour ses passions. Mais n'est-ce pas au sein des conditions les plus élevées que les passions sont plus impérieuses, et vous voulez rompre la digue du côté où les eaux se portent a\ec plus de fureor! « S'il n'était pas utile, d.t Montesquieu, que les sujets eussent de la religion, il serait utile que les princes en eussent et qu ils blanchissent d'écume le seul frein qui reste à ceux qui ne craignent pas les lois humaines. » Je ne voudrais pas, dii Voltaire, avoir affaire à des princes sans religion ; s'ils trouvaient leur plaisir à me f.iirc piler dans un mortier, je suis bien sûr que je serais pilé. » Frédéric, quoique, incrédule, assurait que s'il voulait punir une province, il lui enverrait d s hommes sans religion pour la gouverner.
Avez-vous dit qu'il suffit d'adorer Dieu eu esprit? Si l'homme était un pur esprit comme les anges, il adorerait et servirait Dieu à leur manière cl seulement en esprit; mais il a